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Publié : 29 avril

Calebasse 2 : Édenté et Wang Pivot du ciel

Cet apologue, extrait du Tchouang-Tseu, présente un dialogue entre Édenté (Son nom en chinois veut dire « mordre brisé ». Cela veut dire qu’il utilise son intelligence – et sa langue – non pas pour comprendre, mais uniquement pour réfuter : il cherche des noises, comme on dit) et son maître Wang Pivot-du-Ciel (son nom chinois veut dire « roi exemplaire » : la vertu du roi consiste à unir les hommes). Hsi-che et dame Li étaient deux femmes célèbres pour leur beauté.
Je vous donne à lire la première partie de cet échange.

Édenté et Wang Pivot du ciel
Cet apologue, extrait du Tchouang-Tseu, présente un dialogue entre Édenté (Son nom en chinois veut dire « mordre brisé ». Cela veut dire qu’il utilise son intelligence – et sa langue – non pas pour comprendre, mais uniquement pour réfuter : il cherche des noises, comme on dit) et son maître Wang Pivot-du-Ciel (son nom chinois veut dire « roi exemplaire » : la vertu du roi consiste à unir les hommes). Hsi-che et dame Li étaient deux femmes célèbres pour leur beauté.

Édenté demanda à Wang Pivot-du-Ciel :
- Savez-vous s’il existe quelque chose qui fasse l’unanimité ?
- Comment le saurais-je ?
- Savez-vous ce que vous ne savez pas ?
-Comment le saurais-je ?
-Alors, on ne peut rien savoir de rien ?
- Comment le saurais-je ? Néanmoins, je vais essayer de te faire comprendre mon point de vue. Comment savoir si ce que j’appelle connaître est en réalité ne pas connaître et ce que j’appelle ne pas connaître est en réalité connaître ? Permets-moi de te poser une question : lorsqu’on dort dans un lieu humide on attrape un lumbago et on a les membres tout ankylosés, mais en sera-t-il de même pour une anguille ? Juché en haut d’un arbre un homme tremble de frayeur, mais il n’en est rien pour un singe. Lequel de ces trois êtres sait ce qu’est la demeure idéale ? L’homme se nourrit de la viande des animaux domestiques, le cerf d’herbe, la scolopendre se régale d’orvets et le hibou de rats, lequel des quatre a le meilleur palais ? Le singe fait de la guenon sa compagne, la biche s’accouple avec le cerf, l’anguille fraie avec les poissons ; les hommes considèrent Hsi-che et dame Li comme les plus belles des femmes, et pourtant à leur vue les poissons s’enfoncent dans les eaux, les oiseaux s’élancent dans les airs et les tigres se pourlèchent les babines, ne voyant en elles qu’un amas de chair fraîche. Laquelle de ces quatre espèces détient la vérité concernant la beauté idéale ? C’est ce qui me fait dire que, tout bien considéré, les distinction entre justice et charité, entre bien et mal, ne font que semer le désordre et la confusion. Je ne veux absolument pas entrer dans ces arguties.

Tchouang-Tseu, chapitre 2

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3 Messages

  • Calebasse 2 : Édenté et Wang Pivot du ciel

    il y a 3 mois, par Pfeffer Nino

    Ce texte fait réfléchir, on retrouve globalement la même thématique que dans le passage du même auteur sur l’albatros. Les hommes se croient supérieurs aux autres espèces ; ils sont certains d’avoir les meilleurs goûts et le meilleur mode de vie. Cependant, la réflexion de Tchouang-Tseu réfute cette certitude. Ne pouvant pas communiquer avec les animaux, il nous est en réalité impossible de savoir quel est le meilleur met parmi la viande tendre que nous connaissons, les rats ou encore l’herbe, pour reprendre l’exemple du philosophe étudié. En adoptant ce point de vue, c’est la place de l’Homme dans l’univers qui est remise en question. Sommes-nous réellement supérieurs aux autres animaux ? Ou bien n’avons-nous finalement rien que ne possède pas le singe, mis à part notre évolution ?

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    • Calebasse 2 : Édenté et Wang Pivot du ciel

      il y a 3 mois, par Cindel

      Dans ce texte, c’est la définition même de connaissance qui semble se jouer. Mais comme dans l’autre extrait, on voit que toute espèce possède des besoins propres et des conditions de vies différentes. Alors on peut se poser la question de ce qui est vrai ou faux comme le fait Tchouang-Tseu. Les singes ne sont pas des êtres humains comme les êtres humains ne sont pas des oiseaux. Comment pouvons nous nous sentir supérieur à un être que nous ne sommes pas et que nous ne pouvons réellement comprendre ?
      Dire que l’on connaît peut en quelque sorte paraître vaniteux puisque cela révèle une certaine idée de supériorité mais la différence ne signifie pas une inégalité du pouvoir.
      Les hommes croient connaître la nature mais ils ne la comprennent pas forcément. Ceci entraîne ce que l’on peut voir de nos jours : les espèces en voie de disparition, les abattoirs,... Est ce bien ou mal ? C’est simplement une vision du monde. Pourtant, je pense qu’avant tout, avant de connaître, de savoir, de juger, il faut surtout chercher à comprendre même si ça demande des efforts.

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      • Calebasse 2 : Édenté et Wang Pivot du ciel

        il y a 3 mois, par jld

        Bonjour Nino et Cindel,

        Vous avez tous les deux raison. Mais votre approche de ce passage est trop générale, donc trop vague. On y trouve bien entendu les idées forces du Tchouang-Tseu approchées avec l’histoire de l’albatros et du roi de Lou. Mais l’angle (et donc ce dont il est ici question à proprement parler) est différent : il s’agit de savoir quelle connaissance nous pouvons acquérir de la réalité (c’est d’ailleurs le thème général de ce deuxième chapitre du livre), et donc ce que parler veut dire.
        De ce point de vue, il n’est pas anodin que ce passage consiste en un DIALOGUE qui met en scène deux façons d’utiliser la parole.
        Vous pouvez tenter d’approfondir votre compréhension de ce passage en prenant comme fil directeur cette idée de dialogue, et en voyant que ce que propose ici Wang Pivot du ciel est une forme de relativisme (du point de vue de la connaissance) dont il indique aussi les enjeux.

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