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Par : jld
Publié : 16 mars

Est-il moral de désirer le bonheur ? III, 3 : l’autonomie et l’impératif catégorique

Est-il moral de désirer le bonheur ?

III. La recherche du bonheur même méthodique et raisonnée, ne saurait-être à proprement parler moralement

3) L’autonomie et l’impératif catégorique.

Nous sommes moraux lorsque notre volonté est bonne, c’est-à-dire quand elle n’est pas déterminée par notre intérêt (lorsque notre volonté est une «  volonté désintéressée  » dit Kant), donc lorsqu’elle n’obéit qu’à la raison. Mais ceci ne nous dit pas en quoi doit consister une volonté pour qu’on puisse la reconnaître comme morale.

Il n’y a rien qui soit bon, sauf une « volonté bonne » (Kant). Mais qu’est-ce qu’une « volonté bonne » ?

Tout le reste, intelligence, finesse du jugement (les qualités de l’esprit), courage, persévérance (qualités du tempérament), la richesse, le pouvoir (« dons de la fortune » (Kant)), tout cela peut être mis au service du mal, ou au service des inclinations de la sensibilité (particularité), au détriment du devoir.

Ces choses ne sont pas bonnes en soi. Leur valeur est conditionnée par la fin au service de laquelle elles sont enrôlées. Lorsqu’on les pose comme objets de la volonté, on émet des impératifs (« il faut… ») hypothétiques (qui ne sont valables que si on suppose une autre fin).

exemple :

  • Il faut gagner de l’argent pour aller en vacances.
  • Il faut gagner de l’argent pour nourrir sa famille et éduquer ses enfants.
  • Il faut gagner de l’argent pour se saouler tous les soirs.

Les actions posées par ces impératifs ne sont bonnes que comme moyen pour autre chose, et non absolument. Or cette fin est posée par la volonté. Une volonté bonne est seule bonne en soi ( et non conditionnellement ou relativement ), et confère sa valeur aux autres qualités. Mais comment savoir si une volonté est bonne ?

La solution est toute simple, mais en même temps difficile car un peu abstraite. Il faut partir de ce que l’on sait : une volonté bonne, c’est le contraire d’une «  volonté intéressée  » (qui se détermine en fonction de son intérêt) autrement dit égoïste, c’est donc une volonté « désintéressée ». Mais une volonté intéressée ou égoïste, c’est toujours la volonté de satisfaire un intérêt ou un désir particulier (valable pour moi, mais pas forcément pour autrui).

On tient alors la solution : une volonté désintéressée, une volonté bonne, c’est une volonté qui se détermine non comme volonté particulière, selon un projet (ou une « maxime » comme dit Kant dans la citation suivante), mais comme une volonté « universelle », c’est-à-dire qui pourrait être la volonté de n’importe qui. Quand elle obéit à la raison, la volonté s’arrache aux particularités de notre nature (nos goûts, nos penchants) et accède à l’universalité. Pour être bonne, la volonté doit simplement pouvoir être universalisable (rationnelle). C’est le sens de l’impératif catégorique ( c’est-à-dire qui affirme sans conditions)  :

« Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle » (Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, p.94)

Pour traduire : Agir moralement, c’est toujours se demander si la volonté qui est la mienne (et qui est toujours particulière, qui me distingue des autres) pourrait être considérée comme partageable par n’importe qui.

La maxime, c’est la règle particulière, subjective d’une action donnée (« je veux ceci… », « je veux faire cela… »). La maxime n’est morale que si elle peut valoir aussi pour tout être rationnel. Elle n’est donc morale que si elle peut commander d’agir même au préjudice des inclinations particulières.

exemple : La fausse promesse.

On ne peut formuler l’impératif (universel) : « tu ne feras jamais que des fausses promesses », car alors l’idée même de promesse (vraie ou fausse) ne veut plus rien dire.

Une maxime de la fausse promesse — pour qu’elle soit utile — serait : « Il faut que tout le monde fasse de vraies promesses, tienne sa parole, sauf moi ». La condition pour que ma fausse promesse soit utile, c’est que les autres la croient vraie. Une telle maxime ne peut donc être que particulière : quand je projette de faire une fausse promesse, je ne peux pas vouloir en même temps que tous considèrent les promesses comme fausses.

Ne pas tenir — volontairement — ses promesses suppose donc la loi universelle le devoir : « Tu tiendras tes promesses » ; mais pour l’enfreindre (donc se soumet à une volonté mauvaise, purement individuelle).

L’impératif catégorique peut prendre la forme de l’impératif pratique :

« Agis toujours de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien en ta personne que dans la personne de tout autre en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » ( Id., p.105 ).

En effet, si j’ai le projet (particulier, égoïste) de traiter autrui comme un simple moyen (d’en faire mon esclave), mon projet va avec le désir d’en être moi, le maître : je veux un esclave pour moi (et je ne veux en aucun cas devenir moi-même esclave de celui que je veux asservir). Donc je ne peux en aucun cas vouloir que ma maxime (mon projet) soit considérée comme une loi universelle : elle n’est intéressante qu’à la condition de ne valoir que pour moi. Le devoir moral est donc de traiter autrui non comme une fin, mais comme un moyen.

explication :

L’impératif du devoir (catégorique) pose une fin non conditionnelle, mais valable en soi, absolument.

Tout ce qui est empirique (les choses, les inclinations sensibles) n’a de valeur que conditionnelle.

Ce qui a une valeur intrinsèque (en soi ), absolue, c’est la bonne volonté, la volonté d’un être en tant qu’il est rationnel : c’est la personne humaine.

Ainsi, les choses ont un prix. Seule la personne humaine a une valeur, c’est-à-dire une dignité :

« Tout a un prix ou une dignité. Ce qui a un prix peut être aussi bien remplacé par quelque chose d’autre, à titre d’équivalent ; au contraire, ce qui est supérieur à tout prix, ce qui par suite n’admet pas d’équivalent, c’est ce qui a une dignité. » ( Id. p.113 )

D’où la condamnation de l’esclavage ( l’esclave n’est qu’un outil) mais pas du travail salarié (l’employé, l’ouvrier, sont bien des outils, mais pas seulement : ils ont des droits).

La moralité suppose donc la réconciliation d’un Je ( d’un moi individuel et singulier ) et d’un universel. Quand je suis moral, je ne cesse pas d’être moi, mais je vis à un niveau universel.

La moralité fait du moi (individu empirique soumis aux déterminations naturelles, exo-déterminations) un Je (un SUJET) autonome (sa volonté n’obéit qu’à la Raison : auto-détermination), se reconnaissant lui-même dans ses propres actes (multiplicité empirique) puisque leur source est unique : la Raison.

Ce Je est responsable puisqu’il se reconnaît comme l’auteur de sa propre vie. L’acte moral, c’est l’expérience de l’universel au sein même du Je agissant.

L’autonomie de la volonté (faculté qu’a la volonté de se donner à elle-même sa propre loi)

suppose

  • que la volonté n’est pas soumise au déterminisme naturel
    qui suppose
  • la liberté de la volonté, c’est-à-dire que la volonté n’est pas contrainte par des causes étrangères à elle-même, mais se détermine seule.

Þ LIBERTE = AUTONOMIE = MORALITE

Ainsi, un acte ne peut être évalué moralement ( n’a de sens moral ) qu’à la condition d’être libre c’est-à-dire autonome.

En aucun la recherche du bonheur ne peut donc être considérée comme morale, même si tous les êtres humains le cherchent. Car ce n’est pas en tant qu’ils sont des humains qu’ils le désirent, mais en tant qu’ils sont des animaux. Au contraire, le seul devoir qui s’impose à nous absolument, c’est le respect de la personne humaine

Bilan des repères utiles :

intéressé/désintéressé

catégorique (non conditionnel)/conditionnel

absolu / relatif

universel / particulier

nécessaire / contingent