Par : jld
Publié : 18 mars

Merleau-Ponty

« L’artiste est celui qui fixe et rend accessible aux plus « humains » des hommes le spectacle dont ils font partie sans le voir.
Il n’y a donc pas d’art d’agrément. On peut fabriquer des objets qui font plaisir en liant autrement des idées déjà prêtes et en présentant des formes déjà vues. Cette peinture ou cette parole seconde est ce qu’on entend généralement par culture. L’artiste selon Balzac ou selon Cézanne ne se contente pas d’être un animal cultivé, il assume la culture depuis son début et la fonde à nouveau ; il parle comme le premier homme a parlé et peint comme si l’on n’avait jamais peint. L’expression ne peut alors être la traduction d’une pensée déjà claire, puisque les pensées claires sont celles qui ont déjà été dites en nous-mêmes ou par les autres. La « conception » ne peut pas précéder l’« exécution ». Avant l’expression, il n’y a qu’une fièvre vague et seule l’œuvre faite et comprise prouvera qu’on devait trouver là quelque chose, plutôt que rien ».

MERLEAU-PONTY, « Le doute de Cézanne »,
in Sens et non-sens, pp.31-32

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2 Messages

  • Merleau-Ponty

    Justine Gervais
    Marie Repetto
    Marième Fal

    Terminale 5

    Colloque sur l’art : texte de Merleau Ponty

    Ce texte de Merleau-Ponty se nommant “Le doute de Cézanne” dans Sens et non-sens nous expose son point de vue sur l’art.
    Dès la première phrase du texte, Merleau Ponty nous explique ce qui fait qu’un artiste est un artiste. Ce dernier permet de révéler aux hommes le spectacle, l’oeuvre d’art dans laquelle ils vivent, agissent et dont ils font partie sans en être conscient. L’artiste ne fait pas que révéler cette part artistique, il la fixe.

    Dans la seconde et troisième phrase , Merleau Ponty met en évidence sa thèse. Pour lui l’art doit plaire et instruire, “Placere et docere”. “On peut fabriquer des objets qui font plaisir en liant autrement des idées déjà prêtes et en présentant des formes déjà vues.” Mais l’art ne sert pas qu’à agrémenter, ne sert pas qu’à décorer.

    Dans la suite du texte l’art, la peinture, le cinéma, sont dit faisant partie de la culture puisqu’ils ne représentent pas quelque chose de novateur. Ils reprennent sans cesse les mêmes codes, créant un nouvel objet de culture qui n’apporte rien d’innovant. Nous pouvons par exemple penser au cinéma hollywoodien qui respecte des codes très strictes et qui le limite dans sa créativité. Il n’y a aucune originalité car il sont souvent réalisés et scénarisé de la même façon.Ce qui est réalisé permet aux spectateurs de s’identifier et est accessible à tout le monde. En revanche, ce qui fait que l’on peut considérer un homme comme étant un artiste est sa capacité à apporter des éléments jamais vus auparavant, qui révolutionne son domaine. C’est alors que sa production ne fait plus partie de la culture mais est une oeuvre d’art à part entière. Le film Elephant de Gus Van Sant arrive par exemple à chambouler son spectateur en incorporant des idées et des techniques inédites, en faisant un film spécial et reconnu comme étant un chef-d’oeuvre. Les longs travelling sont très spécifiques à ce réalisateur. Il crée son propre art et son propre imaginaire qui ne ressemble à aucun autre film ou même réalisateur. De même, le film Shining de Stanley Kubrick est un chef d’oeuvre de par sa réalisation, avec par exemple la symétrie dans les couloirs qui est très spécifique de ce film. Le réalisateur a utilisé un système inédit, le steadicam, qui a permis une fluidité nouvelle dans les mouvements de caméra.

    Cette culture est constamment en évolution depuis son début. Seulement l’art est basé sur des fondements anciens mais se réinvente pour chaque artiste, puisqu’ils ont chacun leur façon de voir et de faire l’art. “il parle comme le premier homme a parlé et peint comme si l’on n’avait jamais peint”. L’artiste exécute et s’invente une façon de réaliser son oeuvre et change en permanence. L’artisan quant à lui, utilise toujours la même façon de faire, il conceptualise le projet dans sa tête puis ensuite il le réalise, comme nous le dit Karl Marx “Ce qui distingue le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche.”
    Chaque artiste a sa façon de s’exprimer et traduit son expression, son point de vue et ses idées à travers son art et sa technique.Il traduit une idée bien claire de sa tête ou même de celle des autres et la retranscrit dans son oeuvre. Pour le philosophe, il faut d’abord réfléchir à son oeuvre, à l’idée qu’on veut faire passer pour ensuite la réaliser. Merleau Ponty exprime cette idée avec la phrase “La “conception” ne peut pas précéder “l’exécution”” . Il dit aussi qu’une oeuvre qui est comprise montrera que l’on doit y trouver quelque chose, une idée, un concept. Merleau-Ponty le dit dès sa première phrase “l’artiste est celui qui fixe et rend accessible aux plus “humains” des hommes le spectacle dont ils font partie sans le voir.” Donc pour qu’une oeuvre fonctionne il faut que le spectateur, qui est acteur dans l’oeuvre, comprenne son message et sa pensée.

    Pour conclure, le philosophe nous dit que l’art permet de retranscrire une idée tout en étant beau, mais cela ne signifie pas pour autant que celui-ci est décoratif. Cependant, l’art est une part de la culture à partir du moment où celle-ci n’est pas novatrice. En revanche, lorsqu’elle devient innovante elle s’écarte de la culture pour devenir sa propre culture.

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    • Merleau-Ponty

      il y a 3 mois, par jld

      Bonjour,

      Vous écrivez : "Dans la seconde et troisième phrase , Merleau Ponty met en évidence sa thèse. Pour lui l’art doit plaire et instruire, “Placere et docere”. “On peut fabriquer des objets qui font plaisir en liant autrement des idées déjà prêtes et en présentant des formes déjà vues.” Mais l’art ne sert pas qu’à agrémenter, ne sert pas qu’à décorer."

      Cette phrase est un peu ambiguë : Ici il faut distinguer :
      - ce qui , selon MMP constitue un "art d’agrément" (qui sert à faire plaisir) et quel est son principe : ne pas surprendre ("lier autrement des idées déjà prêtes)
      - est d’autre part la fonction de l’artiste à proprement parler, qu’il distingue de la première et que la suite du passage va préciser.

      Votre second paragraphe est excellent ! Le choix des films est parfait. Pour qu’on s’en fasse une idée sur Elephant :
      https://youtu.be/rQjTAbt_e58

      Suur sur The shining  :
      https://youtu.be/2W7uKverqX8

      Ensuite, vous écrivez : "Il traduit une idée bien claire de sa tête", mais ceci est en contradiction avec la fin du passage : "Avant l’expression, il n’y a qu’une fièvre vague et seule l’œuvre faite et comprise prouvera qu’on devait trouver là quelque chose, plutôt que rien". Sur ce point il sera intéressant de préciser réciproquement ce que disent MMP et Bergson (http://www.caute.lautre.net/A-quoi-vise-l-art-sinon-a-nous-montrer-dans).

      Vous évrivez : " il faut que le spectateur, qui est acteur dans l’oeuvre, comprenne son message et sa pensée". Je crois qyu’il faut comprendre que l’oeuvre permet au spectateur de prendre conscience d’aspects de sonpropre monde dont il n’avait pas conscience auparavant. Comme si nous nous détournions, consciemment ou non, du réel. Je crois avoir compris que c’est le sens du titre du film : "Elephant", c’est ce qui est tellement gros qu’il ne devrait pas être possible de ne pas le voir, mais... on ne le voit pas. Comme quand on dit c’est gros comme le nez au milieu de la figure : reproche fait à celui ou à celle qui ne voit pas l’évidence. Dans le cas du film, ce qu’on ne voit pas, ou ce sur quoi on s’aveugle, c’est la violence du milieu scolaire (il y a longtemps, on disant "ensaigner" ou traduire cela).

      Pour redire la fin, on pourrait utiliser ce que dit Spinoza de la Nature. Il distingue comme deux faces, deux aspects de ce qu’est la Nature : la "nature naturée" et la " nature naturante". Qu’est-ce que cela veur dire ? La "nature naturée, ou "faite", c’est simplement l’enseble des phénomènes naturels qu’on peut éventuellement percevoir. Mais la nature ce n’est pas seulement cela, c’est aussi une force, la puissance qu’on ne voit pas mais qui produit les "choses naturelles" qui existent (les philosophes et savants depuis la fin de la renaissance, et surtout avec Galilée, avait découvert la notion de lois de la nature, par ex. la loi de la gravitation universelle).

      De même on pourrait traduire ce qeu dit MMP on disant que la culture est un mot ambigu : c’est d’une part les choses artificielles déjà produites par les hommes (la culturé "culturée" ;) ), mais c’est aussi et surtout le processus par lesquel les humains produisen toujours du nouveau, irréductible à ce qui a auparavant été fait (la culture culturante, c’est-à-dire vivante).

      Assumer la culture depuis son début et la fonder à nouveau ; parler comme le premier homme a parlé
      , c’est retrouver cette vitalité de la culture "culturante" et trouver les procédés pour faire voir ce que personne ne voit tout en y étant passivement plongé (comme une personne "cultivée" peut ressasser toujours les mêmes mots et idées apprises comme un voile entre elle et le réel : elle fait le perroquet, on parle de "psittacisme").

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