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Par : Platon
Publié : 19 mars

Miette 1 - Socrate, Calliclès et les tonneaux percés

« Socrate — Bien. Allons donc, je vais te proposer une autre image […]. En effet, regarde bien si ce que tu veux dire, quand tu parles de ces deux genres de vie, une vie d’ordre et une vie de dérèglement, ne ressemble pas à la situation suivante. Suppose qu’il y ait deux hommes qui possèdent, chacun, un grand nombre de tonneaux. Les tonneaux de l’un sont sains, remplis de vin, de miel, de lait, et cet homme a encore bien d’autres tonneaux, remplis de toutes sortes de choses. Chaque tonneau est donc plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à recueillir et qu’on n’obtient qu’au terme de maints travaux pénibles. Mais, au moins, une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n’a plus à y reverser quoi que ce soit ni à s’occuper d’eux ; au contraire, quand il pense à ses tonneaux, il est tranquille. L’autre homme, quant à lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denrées, même si elles sont difficiles à recueillir, mais comme ses récipients sont percés et fêlés, il serait forcé de les remplir sans cesse, jour et nuit, en s’infligeant les plus pénibles peines. Alors, regarde bien, si ces deux hommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle des deux dis-tu qu’elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l’homme déréglé ou celle de l’homme tempérant ? En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d’admettre que la vie tempérante vaut mieux que la vie déréglée ? Est-ce que je ne te convaincs pas ?

Calliclès — Tu ne me convaincs pas, Socrate. Car l’homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n’a plus aucun plaisir […] : il vit comme une pierre. S’il a fait le plein, il n’éprouve plus ni joie, ni peine. Au contraire, la vie de plaisirs est celle où on verse et on reverse autant qu’on peut dans son tonneau !

Socrate — Mais alors, si l’on en verse beaucoup, il faut aussi qu’il y en ait beaucoup qui s’en aille, on doit avoir de bons gros trous, pour que tout puisse bien s’échapper !

Calliclès — Oui, parfaitement !

Socrate — Tu parles de la vie d’un pluvier, qui mange et fiente en même temps ! - non, ce n’est pas la vie d’un cadavre, même pas celle d’une pierre ! »

Platon, Gorgias, 493d-494b, traduction Monique Canto-Sperber

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4 Messages

  • Miette 1 - Socrate, Calliclès et les tonneaux percés

    il y a 3 mois, par Romain

    Je pense que dans ce texte sont exposées deux visions du bonheur différentes ou du moins deux thèses :
    - Celle de Socrate selon laquelle, le bonheur se trouverait dans le fait d’avoir la conscience tranquille (quand l’homme pense à ses tonneaux remplis, il est tranquille), dans la sérénité. Il réside selon lui dans le fait d’avoir conscience d’avoir accomplis une tache plus ou moins difficile qui, une fois réalisée, n’est plus à faire. Le bonheur est ici pour Socrate un état qui, une fois acquis, reste.
    - Selon Calliclès, la définition de Socrate est fausse car selon lui, si les tonneaux ne se vident jamais, l’homme s’ennuie, autrement dit, selon lui, le bonheur résiderait dans le fait que la vie se compose hauts et de bas et c’est, en connaissant des bas que l’on peut prendre conscience du bonheur que nous apporte les hauts. Le bonheur est donc pour lui éphémère.

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    • Miette 1 - Socrate, Calliclès et les tonneaux percés

      il y a 3 mois, par jld

      Bien vu Romain !
      Il faudrait approfondir en se demandant :
      * cette vie tanquille que vise Socrate, en quoi consiste-t-elle, concrètement ?
      * cette vision du désir qui est celle de Calliclès est-elle cohérente ? On pourrait se demander, en lisant la phrase suivante : " Au contraire, la vie de plaisirs est celle où on verse et on reverse autant qu’on peut dans son tonneau !", si celà peut donner réellement une vie agréable. En effet une telle vie serait forcément composée d’autant de déplaisir (de frustration, de peine, de soufrances) que de plaisirs ? Comment appeller cela une "vie de plaisirs" ? une vie agréable ?

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      • Miette 1 - Socrate, Calliclès et les tonneaux percés

        il y a 3 mois, par Jeanne SAVALLE

        Pour compléter ce qu’a dit Romain,
        Socrate semble relier le bonheur à un état de sérénité, de tranquillité et d’accomplissement. Il paraît important d’analyser les moyens, le cheminement de l’homme pour arriver à cet accomplissement, c’est a dire son travail qualifié par Socrate de tache « pénible » et épuisante. C’est une fois, cette tache réalisée que l’Homme parviendra à un état de satisfaction et de tranquillité. C’est parce qu’il a fait un effort et accomplit une tache ( remplit son but) que l’homme est « heureux ». Le bonheur est un état de plénitude.
        A l’inverse, et dans une conception du bonheur différente, Calliclès parle de « vie de plaisirs », de « vie agréable » . Selon lui , le bonheur n’est pas que joie mais aussi peines, c’est la recherche d’une satisfaction constante de l’homme. Il semble ainsi critiquer le point de vue de Socrate, en montrant que si l’homme a tout ce qu’il désire, alors comment peut il désirer à nouveau ? Il mènerai ainsi une vie ennuyeuse, puisqu’il ne vivrai plus de rêves, mais se contenterait de ce qu’il a, une vie sans réel bonheur.

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        • Miette 1 - Socrate, Calliclès et les tonneaux percés

          il y a 3 mois, par jld

          Bonjour Jeanne,

          Il faudrait préciser un peu de quel type de travail parle ici Socrate : fait-il un éloge de la paresse ?

          Et d’autre part, il reste la même question que celle posée à Romain : la position de Calliclès est-elle cohérente ?

          N’y at-t-il pas moyen de trancher entre ces deux conceptions ?

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