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Par : jld
Publié : 2 avril

Miette 7 - l’impératif catégorique et l’autonomie morale

Est-il moral de désirer le bonheur ?

La recherche du bonheur même méthodique et raisonnée, ne saurait-être à proprement parler moralement : lamoralité consiste à toujours vouloir agir selon "l’impératif catégorique" c’est-à-dire de façon moralement autonome.

Nous sommes moraux lorsque notre volonté est bonne, c’est-à-dire quand elle n’est pas déterminée par notre intérêt (lorsque notre volonté est une «  volonté désintéressée  » dit Kant), donc lorsqu’elle n’obéit qu’à la raison. Mais ceci ne nous dit pas en quoi doit consister une volonté pour qu’on puisse la reconnaître comme morale.

Il n’y a rien qui soit bon, sauf une « volonté bonne » (Kant). Mais qu’est-ce qu’une « volonté bonne » ?

Tout le reste, intelligence, finesse du jugement (les qualités de l’esprit), courage, persévérance (qualités du tempérament), la richesse, le pouvoir (« dons de la fortune » (Kant)), tout cela peut être mis au service du mal, ou au service des inclinations de la sensibilité (particularité), au détriment du devoir.

Ces choses ne sont pas bonnes en soi. Leur valeur est conditionnée par la fin au service de laquelle elles sont enrôlées. Lorsqu’on les pose comme objets de la volonté, on émet des impératifs (« il faut… ») hypothétiques (qui ne sont valables que si on suppose une autre fin).

exemple :

  • Il faut gagner de l’argent pour aller en vacances.
  • Il faut gagner de l’argent pour nourrir sa famille et éduquer ses enfants.
  • Il faut gagner de l’argent pour se saouler tous les soirs.

Les actions posées par ces impératifs ne sont bonnes que comme moyen pour autre chose, et non absolument. Or cette fin est posée par la volonté. Une volonté bonne est seule bonne en soi ( et non conditionnellement ou relativement ), et confère sa valeur aux autres qualités. Mais comment savoir si une volonté est bonne ?

La solution est toute simple, mais en même temps difficile car un peu abstraite. Il faut partir de ce que l’on sait : une volonté bonne, c’est le contraire d’une «  volonté intéressée  » (qui se détermine en fonction de son intérêt) autrement dit égoïste, c’est donc une volonté « désintéressée ». Mais une volonté intéressée ou égoïste, c’est toujours la volonté de satisfaire un intérêt ou un désir particulier (valable pour moi, mais pas forcément pour autrui).

On tient alors la solution : une volonté désintéressée, une volonté bonne, c’est une volonté qui se détermine non comme volonté particulière, selon un projet (ou une « maxime » comme dit Kant dans la citation suivante), mais comme une volonté « universelle », c’est-à-dire qui pourrait être la volonté de n’importe qui. Quand elle obéit à la raison, la volonté s’arrache aux particularités de notre nature (nos goûts, nos penchants) et accède à l’universalité. Pour être bonne, la volonté doit simplement pouvoir être universalisable (rationnelle). C’est le sens de l’impératif catégorique ( c’est-à-dire qui affirme sans conditions)  :

« Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle » (Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, p.94)

Pour traduire : Agir moralement, c’est toujours se demander si la volonté qui est la mienne (et qui est toujours particulière, qui me distingue des autres) pourrait être considérée comme partageable par n’importe qui.

La maxime, c’est la règle particulière, subjective d’une action donnée (« je veux ceci… », « je veux faire cela… »). La maxime n’est morale que si elle peut valoir aussi pour tout être rationnel. Elle n’est donc morale que si elle peut commander d’agir même au préjudice des inclinations particulières.

exemple : La fausse promesse.

On ne peut formuler l’impératif (universel) : « tu ne feras jamais que des fausses promesses », car alors l’idée même de promesse (vraie ou fausse) ne veut plus rien dire.

Une maxime de la fausse promesse — pour qu’elle soit utile — serait : « Il faut que tout le monde fasse de vraies promesses, tienne sa parole, sauf moi ». La condition pour que ma fausse promesse soit utile, c’est que les autres la croient vraie. Une telle maxime ne peut donc être que particulière : quand je projette de faire une fausse promesse, je ne peux pas vouloir en même temps que tous considèrent les promesses comme fausses.

Ne pas tenir — volontairement — ses promesses suppose donc la loi universelle le devoir : « Tu tiendras tes promesses » ; mais pour l’enfreindre (donc se soumet à une volonté mauvaise, purement individuelle).

L’impératif catégorique peut prendre la forme de l’impératif pratique :

« Agis toujours de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien en ta personne que dans la personne de tout autre en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » ( Id., p.105 ).

En effet, si j’ai le projet (particulier, égoïste) de traiter autrui comme un simple moyen (d’en faire mon esclave), mon projet va avec le désir d’en être moi, le maître : je veux un esclave pour moi (et je ne veux en aucun cas devenir moi-même esclave de celui que je veux asservir). Donc je ne peux en aucun cas vouloir que ma maxime (mon projet) soit considérée comme une loi universelle : elle n’est intéressante qu’à la condition de ne valoir que pour moi. Un tel projet ne peut donc en aucun cas être considéré comme moralement bon. Au contraire, le devoir moral est donc de traiter autrui toujours comme une fin (comme un être qui se donne à lui-même, ou pourrait se donner à lui-même, ses propres objectifs), mais jamais comme un simple moyen.

explication :

L’impératif du devoir (catégorique) pose une fin non conditionnelle, mais valable en soi, absolument.

Tout ce qui est empirique (les choses, les inclinations sensibles) n’a de valeur que conditionnelle.

Ce qui a une valeur intrinsèque (en soi ), absolue, c’est la bonne volonté, la volonté d’un être en tant qu’il est rationnel : c’est la personne humaine.

Ainsi, les choses ont un prix. Seule la personne humaine a une valeur, c’est-à-dire une dignité :

« Tout a un prix ou une dignité. Ce qui a un prix peut être aussi bien remplacé par quelque chose d’autre, à titre d’équivalent ; au contraire, ce qui est supérieur à tout prix, ce qui par suite n’admet pas d’équivalent, c’est ce qui a une dignité. » ( Id. p.113 )

D’où la condamnation de l’esclavage ( l’esclave n’est qu’un outil) mais pas du travail salarié (l’employé, l’ouvrier, sont bien des outils, mais pas seulement : ils ont des droits).

La moralité suppose donc la réconciliation d’un Je ( d’un moi individuel et singulier ) et d’un universel. Quand je suis moral, je ne cesse pas d’être moi, mais je vis à un niveau universel.

La moralité fait du moi (individu empirique soumis aux déterminations naturelles, exo-déterminations) un Je (un SUJET) autonome (sa volonté n’obéit qu’à la Raison : auto-détermination), se reconnaissant lui-même dans ses propres actes (multiplicité empirique) puisque leur source est unique : la Raison.

Ce Je est responsable puisqu’il se reconnaît comme l’auteur de sa propre vie. L’acte moral, c’est l’expérience de l’universel au sein même du Je agissant.

L’autonomie de la volonté (faculté qu’a la volonté de se donner à elle-même sa propre loi)

suppose

  • que la volonté n’est pas soumise au déterminisme naturel
    qui suppose
  • la liberté de la volonté, c’est-à-dire que la volonté n’est pas contrainte par des causes étrangères à elle-même, mais se détermine seule.

Þ LIBERTE = AUTONOMIE = MORALITE

Ainsi, un acte ne peut être évalué moralement ( n’a de sens moral ) qu’à la condition d’être libre c’est-à-dire autonome.

En aucun la recherche du bonheur ne peut donc être considérée comme morale, même si tous les êtres humains le cherchent. Car ce n’est pas en tant qu’ils sont des humains qu’ils le désirent, mais en tant qu’ils sont des animaux. Au contraire, le seul devoir qui s’impose à nous absolument, c’est le respect de la personne humaine

Post-scriptum

Bilan des repères utiles :

intéressé/désintéressé
catégorique (non conditionnel)/conditionnel
absolu / relatif
universel / particulier
nécessaire / contingent
sujet/objet

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4 Messages

  • Miette 7 - l’impératif catégorique et l’autonomie morale

    il y a 2 mois, par Loréna

    Je pense que ce texte nous dit qu’une action est morale lorsque’elle découle d’une bonne volonté c’est à dire qu’elle n’as pas pour objectif de servir notre intérêt et fait uniquement appel à notre raison. Il faut donc se questionner sur la manière de déterminer si une action est morale ou non. L’auteur commence ici par expliquer ce qui est immoral. Pour lui toute chose pouvant être utilisée à de mauvaises fin est immorale. Une chose n’est pas morale si on l’utilise comme un moyen en vue de parvenir à une fin. Une bonne volonté est une volonté désintéressée c’est à dire qui ne résulte pas d’une envie d’arriver à un intérêt particulier c’est à dire à un intérêt uniquement personnel. En effet, une volonté est bonne si elle est universelle autrement dit qu’elle vaut pour tout le monde car cela prouve qu’elle est déterminée par la raison. Elle doit alors pouvoir être formulée sous la forme d’un impératif catégorique. Ainsi si l’on souhaite savoir si votre volonté est morale nous devons nous demander si n’importe quelle personne pourrait désire la même chose et si la réalisation de cette volonté ne nuit pas à la capacité des autres à la réaliser également.L’exemple donné de l’esclavage nous indique que vouloir asservir quelqu’un ne peut être un bonne volonté puisque le fait de souhaiter avoir est un esclave est une maxime particulière et non universelle car on ne souhaite dans ce cas être le maître et que les autres soient les esclaves mais nous ne désirons aucunement que l’inverse soit possible. Ainsi la bonne volonté est la volonté d’un être rationnel c’est à dire d’une personne dotée de la qualité de l’humanité : une personne humaine. Ainsi une bonne volonté est une volonté pour laquelle on ne pense pas e tant q’individu propre mais en tant que n’importe quel individu : un individu universel. Ce qui caractérise une bonne volonté, c’est son autonomie : elle obéit uniquement à la raison et selon un principe d’auto-détermination. la bonne volonté se détermine donc seule et n’est pas la résultat d’action des éléments extérieures ; elle peut donc être qualifiée de libre. Ainsi, pour l’auteur, il n’est pas moral de désirer le bonheur car ce n’est pas l’aspect humain de l’individu qui le pousse à le désirer mais son aspect animal ainsi cette volonté n’est pas libre c’est à dire autonome.

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    • Miette 7 - l’impératif catégorique et l’autonomie morale

      il y a 2 mois, par jld

      Loréna,

      Tu écris : "toute chose pouvant être utilisée à de mauvaises fin est immorale. Une chose n’est pas morale si on l’utilise comme un moyen en vue de parvenir à une fin.". C’est exact, mais un peu imprécis : il faudrait mieux distinguer d’une part ce qui est "immoral" et ce qui "n’est pas moral", et d’autre part ce qui serait le moyen d’une fin mauvaise, et un moyen simplement en vue d’une fin.

      Puis : "si l’on souhaite savoir si votre volonté est morale nous devons nous demander (...) la réalisation de cette volonté ne nuit pas à la capacité des autres à la réaliser également". Oui. Cette formulation est juste, et assez intéressante.

      Lorsque tu poursuis : " la bonne volonté se détermine donc seule et n’est pas la résultat d’action des éléments extérieures", il faudrait préceiser ce que seraient ces "éléments extérieurs.

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  • Miette 7 - l’impératif catégorique et l’autonomie morale

    il y a 2 mois, par Mathilde

    Ce texte nous montre qu’une action devient morale lorsqu’elle est un objectif de bonne volonté c’est à dire qu’elle n’as pas pour but de servir notre intérêt. On peut donc se demander de quelle façon on détermine si une action est morale ou non. D’après l’auteur, ce qui est immoral est tout ce qui peut être utilisée pour de mauvaise raison. De plus pour lui, une chose n’est pas morale lorsqu’elle est utilisé comme un moyen de parvenir à nos fins. « une volonté bonne, c’est le contraire d’une « volonté intéressée » »
    Donc, pour l’auteur une bonne volonté est une volonté désintéressée c’est à dire qu’elle ne donne pas un résultat qui à un intérêt uniquement personnel. Effectivement, une volonté est bonne si elle vaut pour tout le monde car cela prouve qu’elle est déterminée par la raison.
    Donc si une volonté est morale il faut ce demander si n’importe quelle personne pourrait désirer la même chose et si sa réalisation ne nuit pas aux autres. L’auteur nous donne comme exemple « la condamnation de l’esclavage ( l’esclave n’est qu’un outil) mais pas du travail salarié (l’employé, l’ouvrier, sont bien des outils, mais pas seulement : ils ont des droits). » Ce qui nous montre que vouloir soumettre quelqu’un ne peut être un bonne volonté puisque le fait de souhaiter avoir un esclave à un intérêt uniquement personnel et non bénéfique à tous. La bonne volonté est la volonté d’un être rationnel c’est à dire d’une personne dotée d’humanité, une personne qui à des sentiment de bienveillance, de compassion envers autrui. Du coup, une bonne volonté est une volonté pour laquelle on ne pense pas en tant qu’individu propre mais en tant qu’individu quelconque. La bonne volonté se détermine donc seule et n’est pas la résultat d’action intéressé, on peut donc ce dire qu’elle est comme libre. Ainsi, pour l’auteur, il n’est pas moral de désirer le bonheur car ce n’est pas le côté humain de l’individu qui le pousse à le désirer mais son instinct animal,pour l’auteur il n’y a que le respect de l’humanité qui importe et non le bonheur de sois-même.

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    • Miette 7 - l’impératif catégorique et l’autonomie morale

      il y a 2 mois, par jld

      Mathilde,
      Lorsque tu écris que "La bonne volonté est la volonté d’un être rationnel c’est à dire d’une personne dotée d’humanité, une personne qui à des sentiment de bienveillance, de compassion envers autrui.", ce n’est pas tout à fait cela : une volonté bonne est la volonté d’un être rationnel. Ce n’est donc pas une affaire de sentiments. La morale du devoir de Kant n’est pas une morale du sentiment. De ce point de vue, Kant se sépare de Rousseau.

      " il n’y a que le respect de l’humanité qui importe et non le bonheur de sois-même". c’est bien formulé.

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