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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Th&#233;orie et jeu du Duende</title>
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		<dc:creator>Garcia Lorca, Federico</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis l'ann&#233;e. 1918, o&#249; je fus admis &#224; la R&#233;sidence des &#201;tudiants de Madrid, jusqu'&#224; 1928 o&#249; je la quittai une fois termin&#233;es mes &#233;tudes de Lettres et Philosophie, j'ai entendu, dans ce salon raffin&#233;, o&#249; accourait pour estomper sa frivolit&#233; de plage fran&#231;aise la vieille aristocratie espagnole, pr&#232;s d'un millier de conf&#233;rences. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec ma soif de vent et de soleil, je me suis tellement ennuy&#233; qu'&#224; la sortie, je me suis senti recouvert d'une cendre l&#233;g&#232;re qui tournait quasiment au poil &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Garcia-Lorca-" rel="directory"&gt;Garcia Lorca&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-inspiration-+" rel="tag"&gt;inspiration&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-invention-+" rel="tag"&gt;invention&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-poesie-19-+" rel="tag"&gt;po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-danse-+" rel="tag"&gt;danse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-Nietzsche-21-+" rel="tag"&gt;Nietzsche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis l'ann&#233;e. 1918, o&#249; je fus admis &#224; la R&#233;sidence des &#201;tudiants de Madrid, jusqu'&#224; 1928 o&#249; je la quittai une fois termin&#233;es mes &#233;tudes de Lettres et Philosophie, j'ai entendu, dans ce salon raffin&#233;, o&#249; accourait pour estomper sa frivolit&#233; de plage fran&#231;aise la vieille aristocratie espagnole, pr&#232;s d'un millier de conf&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma soif de vent et de soleil, je me suis tellement ennuy&#233; qu'&#224; la sortie, je me suis senti recouvert d'une cendre l&#233;g&#232;re qui tournait quasiment au poil &#224; gratter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Je ne veux pas voir entrer dans la salle ce terrible bourdon de l'ennui qui relie toutes les t&#234;tes par un fil t&#233;nu de sommeil, et met dans les yeux des auditeurs ses minuscules pelotons de pointes d'aiguilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement, sur le registre qui dans ma voix po&#233;tique, ne conna&#238;t ni la lumi&#232;re du bois, ni les d&#233;tours de la cigu&#235;, ni les agneaux qui, d'un seul coup, deviennent des couteaux d'ironie, je vais tenter de vous donner une le&#231;on simple sur l'esprit secret de l'Espagne meurtrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui se trouve sur la peau de taureau &#233;tendue entre le Jucar, le Guadalete, le Sil ou le Pisuerga (je ne veux pas m&#234;ler &#224; leur d&#233;bit les flots couleur crini&#232;re de lion agit&#233;s par le Plata), entend dire fr&#233;quemment : &#171; l&#224;, il y a du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; &#187;. Manuel Torres, grand artiste issu du peuple andalou, disait &#224; quelqu'un qui chantait : &#171; Tu as de la voix, tu connais les styles, mais tu ne r&#233;ussiras jamais, car tu n'as pas de &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute l'Andalousie, roche de Ja&#233;n et coquillage de Cadix, tout le monde parle constamment du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; et sait le d&#233;couvrir d&#232;s qu'il appara&#238;t, avec un instinct tr&#232;s s&#251;r. Le &lt;i&gt;Lebrijano&lt;/i&gt;, merveilleux chanteur, cr&#233;ateur de la Debla, disait : &#171; Les jours o&#249; je chante avec du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;, je ne crains personne &#187; ; et la vieille danseuse gitane &lt;i&gt;La Maiena&lt;/i&gt;, un jour o&#249; elle entendait jouer un fragment de Bach par Bra&#239;lowsky, s'exclama : &#171; Ol&#233; ! L&#224;, il y a du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; ! &#187;. Ensuite, elle s'ennuya avec Gl&#252;ck, avec Brahms et avec Darius Milhaud. Et Manuel Torres, - je n'ai connu aucun homme avec autant de culture dans le sang, - dit, en &#233;coutant Manuel de Falla jouer lui-m&#234;me son &lt;i&gt;Nocturne du Generalife&lt;/i&gt;, cette phrase splendide : &#171; Tout ce qui a des sonorit&#233;s noires a du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; &#187;. Et il n'y a rien de plus vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces sonorit&#233;s noires sont le myst&#232;re, les racines qui s'enfoncent dans le limon que nous connaissons tous, que nous ignorons tous, mais d'o&#249; nous parvient ce qui est la substance de l'art. Sonorit&#233;s noires, a dit l'homme du peuple espagnol, et l&#224;, il rejoint Goethe qui donne la d&#233;finition du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; &#224; propos de Paganini : &#171; Pouvoir myst&#233;rieux que chacun ressent et qu'aucun philosophe ne peut expliquer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; est un pouvoir et non un faire, c'est une lutte et non une pens&#233;e. J'ai entendu un vieux ma&#238;tre guitariste affirmer : &#171; le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; n'est pas dans la gorge ; le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; monte en dedans depuis la plante des pieds &#187;. C'est-&#224;-dire qu'il n'est pas question de moyens, mais de v&#233;ritable style de vie ; c'est-&#224;-dire de sang ; c'est-&#224;-dire de tr&#232;s vieille culture, de cr&#233;ation active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; pouvoir myst&#233;rieux que chacun ressent et qu'aucun philosophe ne peut expliquer &#187; est, en somme, l'esprit de la terre, ce m&#234;me &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; embrassant le c&#339;ur de Nietzsche qui le cherchait sans le trouver dans ses formes ext&#233;rieures sur le pont du Rialto ou dans la musique de Bizet, parce qu'il ne savait pas que le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; qu'il poursuivait, avait saut&#233; des Grecs myst&#233;rieux pour venir chez les danseuses de Cadix, ou dans le cri d&#233;gorg&#233;, dyonisiaque, de la s&#233;guirilla de Silverio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il ne faut pas confondre le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; avec le d&#233;mon th&#233;ologique du doute, auquel Luther, dans un sentiment bacchique, jeta un flacon d'encre &#224; Nuremberg, ni avec le diable catholique stupide et destructeur, qui se d&#233;guise en chienne pour entrer dans les couvents, ni avec le singe parlant que porte le roublard de Cervantes, dans la com&#233;die de la jalousie et les for&#234;ts andalouses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; dont je parle, obscur et frissonnant, est l 'h&#233;ritier du tr&#232;s all&#232;gre d&#233;mon de Socrate, marbre et sel, qui sous le coup de l'indignation, le griffa le jour o&#249; il prit la cigu&#235; ; et de cet autre diablotin m&#233;lancolique de Descartes, petit comme une amande verte qui, las des cercles et des lignes, sortit par les canaux pour &#233;couter chanter les marins ivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Nietzsche disait que toute marche gravie par un homme ou un artiste dans sa propre tour de perfection, l'est au prix de la lutte qu'il m&#232;ne contre un &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; et non pas avec un ange, comme on l'a dit, ni avec la muse. Il faut &#233;tablir cette distinction fondamentale pour la racine de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ange guide et offre comme Saint Rapha&#235;l, d&#233;fend et pr&#233;serve comme Saint Michel ou annonce, comme Saint Gabriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ange &#233;blouit, mais il vole au-dessus de la t&#234;te de l'homme, il est au-dessus, il . r&#233;pand sa gr&#226;ce et l'homme, sans aucun effort, r&#233;alise son &#339;uvre, ou sa sympathie, ou sa danse. L'ange du chemin de Damas, ou celui qu'un rai de lumi&#232;re fit entrer par la petite fen&#234;tre d'Assise, ou celui qui suit les pas d'Enrique Susson, ordonne et rien ne peut s'opposer &#224; ses lumi&#232;res, parce qu'il agite ses ailes d'acier dans l'atmosph&#232;re du pr&#233;destin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La muse dicte et, quelquefois m&#234;me, elle souffle. Elle n'a pas un grand pouvoir, parce que. si lointaine et si fatigu&#233;e (je l'ai vue &#224; deux reprises), que je dus m&#234;me lui refaire une moiti&#233; de son c&#339;ur en marbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les po&#232;tes de la muse entendent des voix, sans savoir d'o&#249; elles viennent, mais ces voix sont celles de la muse qui les anime et qui, parfois, les croque. C'est le cas d'Apollinaire, grand po&#232;te d&#233;truit par l'horrible muse aupr&#232;s de laquelle l'a peint l'ang&#233;lique et divin Rousseau. La muse &#233;veille l'intelligence, apporte des paysages de colonnes et une fausse saveur de lauriers ; et l'intelligence est souvent l'ennemie de la po&#233;sie, parce qu'elle imite trop, parce qu'elle place le po&#232;te sur un tr&#244;ne aux ar&#234;tes vives et lui fait oublier que soudain, les fourmis peuvent le d&#233;vorer ou qu'une grande langouste d'arsenic peut lui tomber sur la t&#234;te ; et contre tout cela, les muses des monocles et des roses de laque ti&#232;de des petits salons ne peuvent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ange et la muse viennent du dehors ; l'ange apporte les lumi&#232;res et la muse les formes (H&#233;siode l'a compris). Pain d'or ou plis de tuniques, le po&#232;te re&#231;oit des conventions dans son petit bois de lauriers. En revanche, le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;, il faut le r&#233;veiller dans les derni&#232;res demeures du sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et repousser l'ange, donner un coup de pied &#224; la muse, et cesser de redouter ce parfum de violettes qu'exhale la po&#233;sie du XVIIIe, et le grand t&#233;lescope dans les lentilles duquel dort la muse malade de ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable combat est avec le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t les chemins pour chercher Dieu, depuis l'attitude barbare de l'ermite jusqu'&#224; la mani&#232;re subtile du mystique. Une tour pour Sainte Th&#233;r&#232;se, pour Saint Jean de la Croix trois chemins. Et m&#234;me si nous devons clamer, avec la voix d'Isa&#239;e : &#171; Vraiment, tu es le Dieu cach&#233; &#187;, en fin de compte, c'est Dieu qui envoie &#224; celui qui le cherche ses premi&#232;res &#233;pines de feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour chercher le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;, pas de carte, ni d'exercice. On sait seulement qu'il br&#251;le le sang comme un topique de verre qui &#233;puise, qui &#233;carte toute la douce g&#233;om&#233;trie apprise, qui brise les styles, qui am&#232;ne un Goya, ma&#238;tre dans les gris, les argents et les roses de la meilleure peinture anglaise, &#224; peindre avec les genoux et les poings en utilisant d'horribles noirs de cirage ; ou qui met &#224; nu Mosen Cinto Verdaguer dans le froid des Pyr&#233;n&#233;es, ou emm&#232;ne Jorge Manrique dans le d&#233;sert d'Oca&#241;a pour y attendre la mort, ou bien habille le corps d&#233;licat de Rimbaud d'un costume vert de saltimbanque, ou encore donne des yeux de poisson mort au Comte de Lautr&#233;amont, dans le petit jour du boulevard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands artistes du sud de l'Espagne, gitans ou flamencos, quand ils chantent, quand ils dansent, quand ils jouent, savent qu'aucune &#233;motion n'est possible avant l'arriv&#233;e du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;. Ils peuvent donner l'impression du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; alors qu'il n'est pas l&#224; et abuser les gens, comme vous abusent, tous les jours, des auteurs, des peintures et des faiseurs de modes litt&#233;raires d&#233;pourvus de &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; ; mais il suffit de pr&#234;ter un peu d'attention et de ne pas se laisser porter par l'indiff&#233;rence, pour d&#233;couvrir la tricherie et dissiper l'artifice grossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, la chanteuse andalouse Pastora Pavon, &lt;i&gt;la Ni&#241;a de los Peines&lt;/i&gt;, sombre g&#233;nie hispanique, &#233;gale de Goya ou de Rapha&#235;l el &lt;i&gt;Gallo&lt;/i&gt; pour les capacit&#233;s d'invention, chantait dans une petite taverne de Cadix. Elle jouait de sa voix d'ombre, de sa voix d'&#233;tain fondu, de sa voix couverte de mousse, l'enroulait dans sa chevelure, la mouillait dans la manzanilla, ou l'&#233;garait sur des landes obscures et tr&#232;s lointaines. Mais rien ; c'&#233;tait inutile. Les auditeurs restaient silencieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait l&#224; Ignacio Espeleta, beau comme une tortue romaine, &#224; qui, un jour, on avait demand&#233; : &#171; Tu ne travailles pas ? &#187; ; et lui, avec un sourire digne d'Argantonio : &#171; Comment veux-tu que je travaille ? Je suis de Cadix ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait l&#224; H&#233;lo&#239;se, la chaude aristocrate, prostitu&#233;e de S&#233;ville, descendante directe de Soledad Vargas qui, dans les ann&#233;es 30, refusa d'&#233;pouser un Rothschild parce qu'il &#233;tait de sang moins noble. Il y avait l&#224; les. Floridas que tout le monde croit bouchers, mais qui sont, en r&#233;alit&#233;, des pr&#234;tres mill&#233;naires qui sacrifient sans cesse des taureaux &#224; Gerion, et dans un coin, l'imposant &#233;leveur Don Pablo Murube avec son air de masque cr&#233;tois. Au milieu du silence, Pastora Pav6n s'arr&#234;ta de chanter. Seul, sarcastique, un homme tout petit, de ces petits danseurs qui surgissent soudain des bouteilles d'eau-de-vie, dit tout bas : &#171; Vive Paris ! &#187;, comme pour dire : &#171; Ici, nous nous moquons des dons, de la technique, comme du savoir-faire. Nous cherchons autre chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &lt;i&gt;la Ni&#241;a de los Peines&lt;/i&gt; se leva comme une folle, cass&#233;e en deux telle une pleureuse m&#233;di&#233;vale, elle but d'un seul trait le feu d'un grand verre d'eau-de-vie, et se rassit pour chanter, sans voix, sans souffle, sans nuances, la gorge embras&#233;e, mais... avec &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;. Elle &#233;tait parvenue &#224; d&#233;truire tout l'&#233;chafaudage de la chanson pour laisser passer un duende furieux et incendiaire, ami des vents charg&#233;s de sable, qui poussait les auditeurs &#224; lac&#233;rer leurs v&#234;tements comme les d&#233;chirent les noirs antillais, et presque sur le m&#234;me rythme, lorsque dans leur rite, ils s'entassent devant l'image de Sainte Barbara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Ni&#241;a de los Peines&lt;/i&gt; dut d&#233;chirer sa voix parce qu'elle se savait &#233;cout&#233;e par une &#233;lite qui ne demandait pas les formes, mais la moelle des formes, une musique pure avec un corps t&#233;nu qui pouvait se maintenir dans l'espace. Elle dut appauvrir ses talents et son assurance, c'est-&#224;-dire qu'elle dut &#233;loigner sa muse, et attendre, d&#233;sempar&#233;e, que son &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; soit pr&#233;sent et veuille bien lutter au corps &#224; corps avec elle. Et comme elle chanta ! Sa voix ne jouait plus, sa voix &#233;tait comme un flot de sang, imposant sa douleur et sa sinc&#233;rit&#233;, et elle s'ouvrait comme cette main de dix doigts que forment les pieds clou&#233;s, mais secou&#233;s de bourrasques, d'un Christ de Juan de Juni.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; suppose toujours un changement radical des formes sur de vieux sch&#233;mas, elle apporte des sensations de fra&#238;cheur totalement in&#233;dites, comme la qualit&#233; d'une rose soudain cr&#233;&#233;e, par miracle, produit d'un enthousiasme presque religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la musique arabe, danse, chanson ou &#233;l&#233;gie, l'arriv&#233;e du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; est salu&#233;e par d'&#233;nergiques &#171; Allah ! Allah ! &#187; : &#171; Dieu ! Dieu ! &#187;, si proches du &#171; Ol&#233; ! &#187; des corridas qu'il s'agit peut-&#234;tre du m&#234;me cri ; et dans tous les chants du sud de l'Espagne, l'apparition du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; est salu&#233;e par des cris sinc&#232;res : &#171; Vive Dieu ! &#187;, t&#233;moins profonds, humains, tendres, d'une communication avec Dieu &#224; travers les cinq sens, gr&#226;ce au &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; qui agite la voix et le corps de la danseuse, &#233;vasion r&#233;elle et po&#233;tique de ce monde, aussi pure que celle que rencontra, &#224; travers sept jardins, l'&#233;trange po&#232;te du XVIIe Pedro Soto de Rojas, ou Juan de Calimaco sur une tremblante &#233;chelle de pleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, lorsque l'&#233;vasion est r&#233;ussie, tous en ressentent les effets : l'initi&#233; d&#233;couvrant comment un style peut vaincre une mati&#232;re pauvre, et l'ignorant dans le je ne sais quoi d'une &#233;motion authentique. Voici des ann&#233;es, dans un concours de danse &#224; Jerez de la Frontera, une vieille de quatre-vingts ans, confront&#233;e &#224; de belles femmes et &#224; des jeunes filles &#224; la taille ondoyante, remporta le premier prix par le seul fait de lever les bras, dresser la t&#234;te. et frapper du talon sur l'estrade ; mais dans cette assembl&#233;e de muses et d'anges de Jerez, beaut&#233;s de formes et beaut&#233;s de sourires, elle devait triompher et c'est ce &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; moribond qui triompha, en tra&#238;nant sur le sol ses ailes de couteaux oxyd&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut rencontrer le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; dans tous les arts, mais c'est, naturellement, dans la musique, dans la danse et la po&#233;sie parl&#233;e qu'il trouve son champ le plus vaste, puisque ces arts appellent un corps vivant pour s'exprimer et parce qu'il s'agit de formes qui naissent et meurent ind&#233;finiment, dressant leurs contours sur un pr&#233;sent exact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; du compositeur passe au &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; de. l'interpr&#232;te et, &#224; d'autres moments, lorsque le musicien ou le po&#232;te ne sont pas en phase, le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; de l'interpr&#232;te, - et ceci est int&#233;ressant, -cr&#233;&#233;e une nouvelle merveille qui n'a plus que l'apparence de la forme primitive. Tel est le cas pour Eleonora Duse, riche de &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;, qui recherchait les &#339;uvres rat&#233;es pour les faire triompher gr&#226;ce &#224; sa propre invention ou, pour Paganini, selon Goethe, qui produisait des m&#233;lodies profondes &#224; partir de v&#233;ritables vulgarit&#233;s, ou encore pour une d&#233;licieuse jeune fille de Puerto de Santa Maria que je vis chanter et danser cet horrible couplet italien &#171; 0 Mari ! &#187; avec un sens des rythmes et des silences qui transformaient la pacotille italienne en un dur serpent d'or ascendant. Ils r&#233;v&#233;laient quelque chose de neuf qui n'avait rien &#224; voir avec le point de d&#233;part, et apportaient ainsi une science et un sang nouveau &#224; des corps vides d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les arts, tous les pays sont capables de produire le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;, l'ange et la muse ; ainsi, l'Allemagne a quelquefois des muses, l'Italie est en permanence habit&#233;e par l'ange et l'Espagne est mue par le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; &#224; tous moments, en tant que, depuis des mill&#233;naires, pays de la musique et de la danse, o&#249; le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; exprime le citron du petit jour et, en tant que pays de mort, comme pays ouvert &#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout pays, la mort est une fin. Elle arrive et on ferme les rideaux. En Espagne, non. En Espagne, on les ouvre. Beaucoup vivent l&#224;-bas entre quatre murs jusqu'au jour de leur mort, o&#249; on les sort au soleil. En Espagne, un mort est plus vivant comme mort qu'en nul autre point du globe ; son profil blesse comme le fil d'un rasoir. Les railleries sur la mort et sa contemplation silencieuse sont famili&#232;res aux Espagnols. Du &#171; Songe des T&#234;tes de Mort &#187; de Quevedo &#224; &#171; L'Ev&#234;que Pourri &#187; de Valdes-Leal, depuis la Marbella du XVIIIe, morte en couches sur le chemin, et qui dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est du sang de mes entrailles&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Que le cheval est couvert.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les pattes de ton cheval&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Jettent des feux de goudron.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;jusqu'au gar&#231;on de Salamanque, tu&#233; par le taureau, et qui crie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mes amis, je suis mourant ;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Mes amis, je suis tr&#232;s mal.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;J'ai trois mouchoirs dans le corps&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Et j'y mets le quatri&#232;me.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un peuple de contemplateurs se penche sur une haie de fleurs de nitres, avec des versets de J&#233;r&#233;mie du c&#244;t&#233; le plus &#226;pre et un cypr&#232;s odorant du c&#244;t&#233; le plus lyrique ; c'est un pays o&#249; l'essentiel a une valeur m&#233;tallique et ultime de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tranchoir et la roue du chariot, et le couteau et les barbes piquantes des bergers, et la lune pel&#233;e et les mouches, et les placards humides et les d&#233;combres, et les saints couverts de dentelle, et la chaux, et la ligne blessante d'avant-toits et de mira-dors, portent, en Espagne, de minuscules herbes de mort, des allusions et des voix perceptibles pour un esprit lucide, qui r&#233;veillent notre m&#233;moire avec l'apparence inerte de notre propre passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un accident si l'art espagnol est issu de notre terre couverte de chardons et de pierres d&#233;finitives ; la lamentation isol&#233;e de Pleberio, ou les danses du Ma&#238;tre Josef Maria de Valdivielso ne sont pas fortuites ; et ce n'est pas un hasard, si parmi toutes les ballades europ&#233;ennes, se d&#233;tache celle-ci, espagnole et que nous aimons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Si tu es ma belle amie,&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pourquoi fuir mon regard, dis ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;- Ces yeux qui te regardaient&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;A l'ombre je les offris.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;- Si tu es ma belle amie&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pourquoi fuir mon baiser, dis ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;- Les l&#232;vres qui t'ont bais&#233;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;A la terre les offris.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;- Si tu es ma belle amie,&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pourquoi fermer tes bras, dis ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;- Ces bras qui t'ont embrass&#233;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;De vermine les couvris.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant non plus, si &#224; l'aube de notre po&#233;sie lyrique, r&#233;sonne cette chanson :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dedans le verger&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Je mourrai,&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dedans le rosier&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;On doit me tuer.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Je m'en allais, m&#232;re,&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les roses cueillir&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pour trouver la mort&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dedans le verger.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Je m'en allais, m&#232;re,&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les roses couper&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pour trouver la mort&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dedans le rosier.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dedans le verger&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Je mourrai,&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dedans le rosier,&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;On doit me tuer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#234;tes glac&#233;es par la lune que peignit Zurbaran, les jaunes gras et les jaunes &#233;clairs du Greco, le r&#233;cit du P&#232;re Siguenza, l'&#339;uvre int&#233;grale de Goya, l'abside de l'&#233;glise de l'Escurial, toute la sculpture polychrome, la crypte de la maison des ducs d'Osuna, la mort &#224; la guitare de la chapelle des Benavente &#224; M&#233;dina de Rioseco, sont des formes culturelles qui &#233;galent les p&#232;lerinages de San Andr&#233;s de Teixido o&#249; les morts ont leur place dans la procession, les pri&#232;res fun&#233;raires chant&#233;es par les Asturiennes avec leurs lanternes pleines de flammes dans la nuit de novembre, le chant et la danse de la Sibylle dans les cath&#233;drales de Majorque et de Tol&#232;de, l'obscur &lt;i&gt;In recort&lt;/i&gt; de Tortosa, et les rites innombrables du Vendredi Saint qui, avec la richesse symbolique de la corrida, forment le triomphe populaire de la mort espagnole. Dans le monde entier, seul le Mexique peut rejoindre mon pays sur ce terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la muse voit arriver la mort, elle ferme la porte, &#233;l&#232;ve une st&#232;le, prom&#232;ne une urne, ou &#233;crit une &#233;pitaphe d'une main de cire, mais tr&#232;s vite, elle revient gratter son laurier dans un silence .qui vacille entre deux brises. Sous l'arc tronqu&#233; de l'ode, elle assemble, dans un style fun&#232;bre, les m&#234;mes fleurs que celles que peignirent les Italiens du XVe, et elle appelle le fiable coq de Lucr&#232;ce afin qu'il &#233;pouvante les ombres impr&#233;vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il voit arriver la mort, l'ange plane en un vol circulaire et lent, et tisse, avec des larmes de gel et de narcisse, l'&#233;l&#233;gie que nous avons vue trembler dans les mains de Keats, dans celles de Villasandino et dans celles de Herrera et dans celles de Becquer et dans celles de Juan Ramon Jimenez. Mais quelle terreur s'empare de l'ange, s'il sent une araign&#233;e, m&#234;me minuscule, sur son pied tendre et ros&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; n'arrive que s'il voit la possibilit&#233; de la mort, s'il est certain d'errer dans la maison, s'il est assur&#233; de bercer ces branches que nous portons tous et qui n'apportent pas, qui, n'apporteront jamais de consolation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'id&#233;e, le son ou le geste, le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; aime mener, sur ces bords du puits, un combat loyal avec le cr&#233;ateur. L'ange et la muse s'&#233;chappent avec des violons ou du rythme et le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; blesse, et dans la gu&#233;rison de cette blessure qui ne se referme jamais, r&#233;side l'insolite, l'invention &#224; l'int&#233;rieur de l'&#339;uvre de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La magique vertu du po&#232;me, c'est de se trouver toujours sous l'emprise du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; pour baptiser d'une eau obscure tous ceux qui s'en impr&#232;gnent, car avec le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;, il est plus facile d'aimer, de comprendre, et l'on est &lt;i&gt;s&#251;r&lt;/i&gt; d'&#234;tre aim&#233;, d'&#234;tre compris ; et cette lutte pour l'expression et l'acte de la transmettre produit parfois, en po&#233;sie, des caract&#232;res mortels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelez-vous le cas de Sainte-Th&#233;r&#232;se, si flamenca et dou&#233;e de &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;, flamenca non parce qu'elle a attach&#233; un taureau furieux et lui a inflig&#233; trois passes magnifiques, ce qu'elle fit effectivement ; non pour avoir fait la belle devant Fray Luis de la Mis&#233;ricorde, ni pour avoir gifl&#233; le nonce de Sa Saintet&#233;, mais parce qu'elle est une de ces rares cr&#233;atures que le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; (pas l'ange, car l'ange n'attaque jamais), transperce d'un dard, afin de la tuer, parce qu'elle lui a arrach&#233; son dernier secret, ce pont subtil qui unit les cinq sens avec ce centre de chair vivante, de nuage vivant, de mer vivante qu'est l'Amour Lib&#233;r&#233; du Temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victoire vaillantissime contre le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; ; au contraire, Philippe d'Autriche qui cherchait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment muse et ange dans la th&#233;ologie, se retrouva prisonnier du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; des ardeurs froides dans l'enceinte de l'Escurial, dont la g&#233;om&#233;trie confine au r&#234;ve et o&#249; le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; rev&#234;t le masque de la muse pour ch&#226;tier le roi pendant l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En Espagne (comme dans les peuples d'Orient o&#249; la danse est expression religieuse), le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; a une puissance illimit&#233;e sur le corps des danseuses de Cadix - lou&#233;es par Martial -, les poitrines de ceux qui chantent, - lou&#233;es par Juv&#233;nal, - et dans toute la liturgie tauromachique, drame religieux authentique o&#249;, ainsi qu'&#224; la messe, on adore et sacrifie un Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que tout le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; du monde classique se retrouve &#224; cette f&#234;te parfaite, manifestation de la culture et de la grande sensibilit&#233; d'un peuple qui d&#233;couvre dans l'homme ses meilleures col&#232;res, ses meilleurs acc&#232;s de bile et ses larmes les meilleures. Dans la corrida comme dans la danse espagnole, personne ne se divertit ; le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; se charge &#224; travers le drame de faire souffrir des formes vivantes, et il pr&#233;pare les &#233;chelles pour permettre &#224; la r&#233;alit&#233; de s'&#233;vader.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; op&#232;re sur le corps de la danseuse comme le vent avec le sable. Son pouvoir magique peut transformer une jeune fille en paralytique de la lune, ou colorer de rougeurs adolescentes une vieille guenille qui demande l'aum&#244;ne dans les bistros &#224; vin ; &#224; partir d'une chevelure, il fait na&#238;tre un parfum de port nocturne et, &#224; tous moments, il agit sur les bras de la danseuse gr&#226;ce &#224; des expressions qui sont les sources de la danse depuis le d&#233;but des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais impossible de se r&#233;p&#233;ter jamais, - ceci, il est int&#233;ressant de le souligner -. Le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; ne se r&#233;p&#232;te pas plus que les formes de la mer ne se r&#233;p&#232;tent dans la bourrasque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la tauromachie, il trouve ses accents les plus impressionnants, parce qu'il doit lutter d'un c&#244;t&#233; avec la mort qui peut le d&#233;truire et, de l'autre avec la g&#233;om&#233;trie, mesure fondamentale de la f&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taureau a son orbite, le torero la sienne et, entre orbite et orbite, un point de danger, sommet de ce jeu terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la muleta, on peut avoir la muse, l'ange avec les banderilles et passer pour un bon torero, mais dans le jeu de cape, lorsque le taureau est encore intact de toute blessure et au moment de tuer, seule l'aide du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; peut rendre &#233;vidente la v&#233;rit&#233; artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le torero qui effraie par sa t&#233;m&#233;rit&#233; le public de l'ar&#232;ne ne tor&#233;e pas, il se couvre du ridicule de &lt;i&gt;risquer sa vie&lt;/i&gt;, ce qui est &#224; la port&#233;e de n'importe qui ; en revanche, le torero mordu par le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; donne une le&#231;on de musique pythagoricienne et fait oublier qu'il jette sans cesse son c&#339;ur vers les cornes du taureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Largartijo, avec son &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; romain, Joselito avec son &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; juif, Belmonte avec son &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; baroque et Cagancho avec son &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; gitan, d&#233;signent, dans le cr&#233;puscule de l'ar&#232;ne, quatre grandes voies de la tradition espagnole aux po&#232;tes, aux peintres et aux musiciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne est l'unique pays o&#249; la mort soit le spectacle national, o&#249; la mort fait longuement sonner ses clarines &#224; l'entr&#233;e des printemps, et son art est toujours r&#233;gi par un &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; incisif, qui a cr&#233;&#233; sa diff&#233;rence et sa qualit&#233; d'invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; qui couvre de sang, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de la sculpture, les joues des saints de Ma&#238;tre Mateo de Compostelle, est celui qui fait g&#233;mir Saint Jean de la Croix ou qui br&#251;le les nymphes nues dans les sonnets religieux de Lope.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; qui &#233;l&#232;ve la tour de Sahagun ou qui fa&#231;onne des briques chaudes &#224; Calatayud ou &#224; Teruel est celui qui d&#233;chire les nuages du Greco, et envoie rouler, &#224; coups de pieds, les alguazils de Quevedo et les chim&#232;res de Goya.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il pleut, le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; pr&#233;sente en secret un Velasquez poss&#233;d&#233; derri&#232;re ses gris monarchiques ; quand il neige, il montre Herrera d&#233;v&#234;tu afin de prouver que le froid ne tue pas ; quand l'air s'embrase, il jette Berruguete dans les flammes et le pousse &#224; inventer un nouvel espace pour la sculpture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La muse de G6ngora et l'ange de Garcilaso doivent abandonner leur guirlande de laurier lorsque passe le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; de Saint Jean de la Croix, quand&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Sur le flanc du c&#244;teau&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Voici le cerf bless&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La muse de Gonzalo de Berceo et l'ange de l'Archipr&#234;tre de Hita doivent s'&#233;carter et c&#233;der le pas &#224; Jorge Manrique lorsqu'il arrive, bless&#233; &#224; mort, aux portes du ch&#226;teau de Belmonte. La muse de Gregorio Hernandez et l'ange de Jos&#233; de Mora doivent s'effacer pour laisser passer le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; de Mena qui pleure des larmes de sang et le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; &#224; t&#234;te de taureau assyrien de Martinez Monta&#241;&#233;s ; de m&#234;me, la m&#233;lancolique muse de Catalogne et l'ange tremp&#233; de Galice doivent regarder, avec une stupeur amoureuse, le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; de Castille, si loin du pain chaud et de la tr&#232;s douce vache destin&#233;e &#224; pa&#238;tre sous un ciel balay&#233; et sur une terre s&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Duende&lt;/i&gt; de Quevedo et &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; de Cervantes, v&#233;ritables an&#233;mones de phosphore chez l'un et fleurs de pl&#226;tre de Ruidera chez l'autre, couronnent ce r&#233;table du &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, tout art poss&#232;de son &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; sp&#233;cifique ; mais tous s'enracinent en un point d'o&#249; coulent les sonorit&#233;s noires de Manuel Torres, mati&#232;re ultime, fond commun incontr&#244;lable et fr&#233;missant de bois, de sons, de toiles et de mots.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mesdames et Messieurs : j'ai &#233;lev&#233; trois arcs et d'une main maladroite, je les ai arm&#233;s avec la muse, avec l'ange et avec le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La muse reste impassible ; elle peut avoir la tunique &#224; petits plis, ou encore des yeux de vache qui regardent vers Pomp&#233;&#239;, ou le grand nez &#224; quatre faces que lui a peint son grand ami Picasso. L'ange peut agiter les cheveux d'Antonello de Messine, la tunique de Lippi et le violon de Massolino ou de Rousseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; ... O&#249; est le &lt;i&gt;duende&lt;/i&gt; ? A travers l'arc vide, passe une brise mentale, qui souffle avec insistance sur la t&#234;te des morts, en qu&#234;te de nouveaux paysages et d'accents ignor&#233;s, une brise &#224; l'odeur de salive d'enfant, d'herbe foul&#233;e et de voiles de m&#233;duse qui annonce le bapt&#234;me sans cesse renouvel&#233; des choses qui viennent de na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Havane&lt;/i&gt;, 1930&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cette &#233;dition de &lt;i&gt;TH&#201;ORIE ET JEU DU DUENDE&lt;/i&gt;de Federico GARCIA LORCA a &#233;t&#233; imprim&#233;e pour SABLES, en mai 1994, &#224; Toulouse, dans la traduction originale de&lt;br class='autobr' /&gt;
S. et C. Pradal.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;dition &#233;tait limit&#233;e &#224; 250 exemplaires, avec un frontispice est de Carlos Pradal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte est ici mis en ligne pour simple consultation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;thique et la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/L-ethique-et-la-definition,74</link>
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		<dc:date>2003-08-10T15:09:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Badiou, Alain</dc:creator>


		<dc:subject>mort</dc:subject>
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		<dc:subject>animal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire. &lt;br class='autobr' /&gt; 3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme comme une victime. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Badiou-" rel="directory"&gt;Badiou&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-dignite-+" rel="tag"&gt;dignit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-sujet-+" rel="tag"&gt;sujet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-humain-+" rel="tag"&gt;humain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-homme-+" rel="tag"&gt;homme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-ethique-+" rel="tag"&gt;&#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-victime-+" rel="tag"&gt;victime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-vie-201-+" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-animal-+" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/-Un-debat-sur-l-humanitaire-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires.&lt;br /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme &lt;i&gt;comme une victime&lt;/i&gt;. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre la barbarie ! &#187; Soyons pr&#233;cis en effet : l'homme &lt;i&gt;est ce qui est capable de se reconna&#238;tre soi-m&#234;me comme victime.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette d&#233;finition qu'il faut d&#233;clarer inacceptable. Et cela pour trois raisons principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tout d'abord, parce que l'&#233;tat de victime, de b&#234;te souffrante, de mourant d&#233;charn&#233;, assimile l'homme &#224; sa substructure animale, &#224; sa pure et simple identit&#233; de vivant (la vie, comme le dit Bichat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est que &#171; l'ensemble des fonctions qui r&#233;sistent &#224; la mort &#187;). Certes, l'humanit&#233; est une esp&#232;ce animale. Elle est mortelle et pr&#233;datrice. Mais ni l'un ni l'autre de ces r&#244;les ne peuvent la singulariser dans le monde du vivant. En tant que bourreau, l'homme est une abjection animale, mais il faut avoir le courage de dire qu'en tant que victime, il ne vaut en g&#233;n&#233;ral pas mieux. Tous les r&#233;cits de tortur&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Alleg, La Question, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de rescap&#233;s l'indiquent avec force : si les bourreaux et bureaucrates des cachots et des camps peuvent traiter leurs victimes comme des animaux promis &#224; l'abattoir, et avec lesquels eux, les criminels bien nourris, n'ont rien de commun, C'est que les victimes sont bel et bien devenues de tels animaux. On a fait ce qu'il fallait pour &#231;a. Que certaines cependant soient encore des hommes, et en t&#233;moignent, est un fait av&#233;r&#233;. Mais justement, c'est toujours par un effort inou&#239;, salu&#233; par ses t&#233;moins - qu'il &#233;veille &#224; une reconnaissance radieuse - comme une r&#233;sistance presque incompr&#233;hensible, en eux, &lt;i&gt;de ce qui ne co&#239;ncide pas avec l'identit&#233; de victime&lt;/i&gt;. L&#224; est l'Homme, si on tient &#224; le penser : dans ce qui fait, comme le dit Varlam Chalamov dans ses &lt;i&gt;R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Varlam Chalamov, Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il s'agit d'une b&#234;te autrement r&#233;sistante que les chevaux, non par son corps fragile, mais par son obstination &#224; demeurer ce qu'il est, C'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, autre chose qu'une victime, autre chose qu'un &#234;tre-pour-la-mort, et donc &lt;i&gt;- autre chose qu'un mortel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un immortel : voil&#224; ce que les pires situations qui puissent lui &#234;tre inflig&#233;es d&#233;montrent qu'est il Homme, pour autant qu'il se singularise dans le flot multiforme et rapace de la vie. Pour penser quoi que ce soit concernant l'Homme, c'est de l&#224; qu'il faut partir. En sorte que s'il existe des &#171; droits de l'homme &#187;, ce ne sont s&#251;rement pas des droits de la vie contre la mort, ou des droits de la survie contre la mis&#232;re. Ce sont les droits de l'Immortel, s'affirmant pour eux-m&#234;mes, ou les droits de l'Infini exer&#231;ant leur souverainet&#233; sur la contingence de la souffrance et de la mort. Qu'&#224; la fin nous mourrions tous et qu'il y ait que poussi&#232;re ne change rien &#224; l'identit&#233; de l'Homme comme immortel, dans l'instant o&#249; il affirme ce qu'il est au rebours du vouloir-&#233;tre-un-animal auquel la circonstance l'expose. Et chaque homme, on le sait, impr&#233;visiblement, est &lt;i&gt;capable&lt;/i&gt;, d'&#234;tre cet immortel, dans de grandes ou de petites circonstances, pour une importante ou secondaire v&#233;rit&#233;, peu importe. Dans tous les cas, la subjectivation est immortelle, et fait l'Homme. En dehors de quoi existe une esp&#232;ce biologique, un &#171; bip&#232;de sans plumes &#187; dont le charme n'est pas &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ne part pas de l&#224; (ce qui se dit, tr&#232;s simplement l'Homme pense, l'Homme est tiss&#233; de quelques v&#233;rit&#233;s), si on identifie l'Homme &#224; sa pure r&#233;alit&#233; de vivant, on en vient in&#233;vitablement au contraire r&#233;el de ce que le principe semble indiquer. Car ce &#171; vivant &#187; est en r&#233;alit&#233; m&#233;prisable, et &lt;i&gt;on le m&#233;prisera&lt;/i&gt;. Qui ne voit que dans les exp&#233;ditions humanitaires, les ing&#233;rences, les d&#233;barquements de l&#233;gionnaires caritatifs, le suppos&#233; Sujet universel est scind&#233; ? Du c&#244;t&#233; des victimes, l'animal hagard qu'on expose sur l'&#233;cran. Du c&#244;t&#233; du bienfaiteur, la conscience et l'imp&#233;ratif Et pourquoi cette scission met-elle toujours les m&#234;mes dans les m&#234;mes r&#244;les ? Qui ne sent que cette &#233;thique pench&#233;e sur la mis&#232;re du monde cache, derri&#232;re son Homme-victime, l'Homme-bon, l'Homme-blanc ? Comme la barbarie de la situation n'est r&#233;fl&#233;chie qu'en termes de &#171; droits de l'homme &#187;, - alors qu'il s'agit toujours d'une situation politique, appelant une pens&#233;e-pratique politique, et dont il y a sur place, toujours, d'authentiques acteurs -, elle est per&#231;ue, du haut de notre paix civile apparente, comme l'incivilis&#233;e qui exige du civilis&#233; une intervention civilisatrice. Or, toute intervention au nom de la civilisation &lt;i&gt;exige &lt;/i&gt;un m&#233;pris premier de la situation toute enti&#232;re, victimes comprises. Et c'est pourquoi l'&#171; &#233;thique &#187; est contemporaine, apr&#232;s des d&#233;cennies de courageuses critiques du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme, d'une sordide auto-satisfaction des &#171; Occidentaux &#187;, de la th&#232;se martel&#233;e selon laquelle la mis&#232;re du tiers-monde est le r&#233;sultat de son imp&#233;ritie, de sa propre inanit&#233;, bref : de sa &lt;i&gt;sous-humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Deuxi&#232;mement, parce que si le &#171; consensus &#187; &#233;thique se fonde sur la reconnaissance du Mal, il en r&#233;sulte que toute tentative de rassembler les hommes autour d'une id&#233;e positive du Bien, et plus encore d'identifier l'Homme par un tel projet, est en r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;la v&#233;ritable source du mal lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. C'est ce qu'on nous inculque depuis maintenant quinze ans : tout projet de r&#233;volution, qualifi&#233; d'&#171; utopique &#187;, tourne, nous dit-on, au cauchemar totalitaire. Toute volont&#233; d'inscrire une id&#233;e de la justice ou de l'&#233;galit&#233; tourne au pire. Toute volont&#233; collective du Bien fait le Mal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Glucksmann, Les Ma&#238;tres Penseurs, Grasset, 1977. Glucksmann est celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette sophistique est d&#233;vastatrice. Car s'il ne s'agit que de faire valoir, contre un Mal reconnu &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, l'engagement &#233;thique, d'o&#249; proc&#233;dera qu'on envisage une transformation quelconque de ce qui est ? O&#249; l'homme puisera-t-il la force d'&#234;tre l'immortel qu'il est ? Quel sera le destin de la pens&#233;e, dont on sait bien qu'elle est invention affirmative, ou quelle n'est pas ? En r&#233;alit&#233;, le prix pay&#233; par l'&#233;thique est &lt;i&gt;un conservatisme &lt;/i&gt;&#233;pais. La conception &#233;thique de l'homme, outre qu'elle est en fin de compte soit biologique (images des victimes), soit &#171; occidentale &#187; (contentement du bienfaiteur arm&#233;), interdit toute vision positive large des possibles. Ce qui nous est ici vant&#233;, ce que l'&#233;thique l&#233;gitime, est en r&#233;alit&#233; la conservation, par le pr&#233;tendu &#171; Occident &#187;, de ce qu'il poss&#232;de. C'est assise sur cette possession (possession mat&#233;rielle, mais aussi possession de son &#234;tre) que l'&#233;thique d&#233;termine le Mal comme, d'une certaine mani&#232;re, ce qui n'est pas ce dont elle jouit. Or &lt;i&gt;l'Homme, comme immortel, se soutient de l'incalculable et de l'imposs&#233;d&#233;. Il se soutient du non-&#233;tant&lt;/i&gt;. Pr&#233;tendre lui interdire de se repr&#233;senter le Bien, d'y ordonner ses pouvoirs collectifs, de travailler &#224; l'av&#232;nement de possibles insoup&#231;onn&#233;s, de penser ce qui peut &#234;tre, en rupture radicale avec ce qui est, c'est lui interdire, tout simplement, l'humanit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Enfin, par sa d&#233;termination n&#233;gative et &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;du Mal l'&#233;thique s'interdit de penser la singularit&#233; des situations, ce qui est le d&#233;but oblig&#233; de toute action proprement humaine. Ainsi, le m&#233;decin ralli&#233; &#224; l'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; m&#233;ditera en r&#233;union et commission toutes sortes de consid&#233;rations sur &#171; les malades &#187;, consid&#233;r&#233;s exactement comme l'est, par le partisan des droits de l'homme, la foule indistincte des victimes : totalit&#233; &#171; humaine &#187; de r&#233;els sous-hommes. Mais le m&#234;me m&#233;decin ne verra nul inconv&#233;nient &#224; ce que &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; personne ne soit pas soign&#233;e &#224; l'h&#244;pital, et avec tous les moyens n&#233;cessaires, parce qu'elle est sans papiers, ou non immatricul&#233;e &#224; la S&#233;curit&#233; sociale. Responsabilit&#233; &#171; collective &#187;, encore une fois, oblige ! Ce qui est ici ratur&#233;, c'est qu'il n'y a qu'une seule situation m&#233;dicale : la situation clinique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;cile Winter, Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qu'il n'y a besoin de nulle &#171; &#233;thique &#187; (mais seulement d'une vision claire de &lt;i&gt;cette &lt;/i&gt;situation) pour savoir qu'en la circonstance le m&#233;decin n'est m&#233;decin que s'il traite la situation sous la r&#232;gle du possible maximal : soigner cette personne &lt;i&gt;qui le lui demande &lt;/i&gt;(pas d'ing&#233;rence, ici !) jusqu'au bout, avec tout ce qu'il sait, tous les moyens dont il sait qu'ils existent, et sans rien consid&#233;rer d'autre. Et si on veut lui interdire de soigner pour cause de budget de l'&#201;tat, de statistique de la morbidit&#233; ou de lois sur les flux migratoires, qu'on lui envoie la gendarmerie ! Encore son strict devoir hippocratique serait-il de lui tirer dessus. Les &#171; commissions d'&#233;thique &#187; et autres ruminations sur les &#171; d&#233;penses de sant&#233; &#187; et la &#171; responsabilit&#233; gestionnaire &#187;, &#233;tant radicalement ext&#233;rieures &#224; l'unique situation proprement m&#233;dicale, ne peuvent en r&#233;alit&#233; qu'interdire qu'on lui soit &lt;i&gt;fid&#232;le&lt;/i&gt;. Car lui &#234;tre fid&#232;le voudrait dire : traiter le possible de cette situation &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;. Ou, si l'on veut, faire advenir, dans la mesure du possible, ce que cette situation contient d'humanit&#233; affirmative, soit tenter d'&#234;tre l'immortel de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la m&#233;decine bureaucratique sous id&#233;ologie &#233;thique a besoin &#171; des malades &#187; comme victimes indistinctes ou statistiques, mais est rapidement encombr&#233;e par toute situation effective et singuli&#232;re de demande. De l&#224; que la m&#233;decine &#171; gestionnaire &#187;, &#171; responsable &#187; et &#171; &#233;thique &#187; en est r&#233;duite &#224; l'abjection de d&#233;cider quels malades le &#171; syst&#232;me de sant&#233; fran&#231;ais &#187; peut soigner, et lesquels il doit renvoyer, puisque le Budget et l'opinion l'exigent, mourir dans les faubourgs de Kinshasa.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Quelques Principes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut rejeter le dispositif id&#233;ologique de l'&#171; &#233;thique &#187;, ne rien conc&#233;der &#224; la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme. Ce dispositif identifie l'homme &#224; un simple animal mortel, il est le sympt&#244;me d'un inqui&#233;tant conservatisme, et, par sa g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite et statistique, interdit de penser la singularit&#233; des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui opposera trois th&#232;ses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Th&#232;se 1 &lt;/i&gt; : L'Homme s'identifie par sa pens&#233;e affirmative, par les v&#233;rit&#233;s singuli&#232;res dont il est capable, par l'Immortel qui fait de lui le plus r&#233;sistant et le plus paradoxal des animaux.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 2 &lt;/i&gt; : C'est &#224; partir de la capacit&#233; positive au Bien, donc au traitement &#233;largi des possibles et au refus du conservatisme, f&#251;t-il la conservation de l'&#234;tre, qu'on d&#233;termine le Mal, et non inversement.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 3 &lt;/i&gt; : Toute humanit&#233; s'enracine dans l'identification en pens&#233;e de situations singuli&#232;res. Il n'y a pas d'&#233;thique en g&#233;n&#233;ral. Il n'y a - &#233;ventuellement - qu'&#233;thique de processus par lesquels on traite les possibles d'une situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surgit alors l'homme de l'&#233;thique raffin&#233;e, qui murmure : &#171; Contre-sens ! depuis le d&#233;but. L'&#233;thique ne se fonde nullement sur l'identit&#233; du Sujet, pas m&#234;me son identit&#233; comme victime reconnue. D&#232;s le principe, l'&#233;thique est &#233;thique &lt;i&gt;de l'autre, &lt;/i&gt;elle est ouverture principale &#224; l'autre, elle subordonne l'identit&#233; &#224; la diff&#233;rence. &#187;&lt;br /&gt;
Examinons cette piste. Mesurons sa nouveaut&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Alleg, &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des &#233;pisodes de torture bien de chez nous, syst&#233;matiquement organis&#233;s par l'arm&#233;e fran&#231;aise entre 1954 et 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Varlam Chalamov, &lt;i&gt;Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, 1980. ce livre, proprement admirable, donne forme d'art &#224; l'&#233;thique vraie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Glucksmann, &lt;i&gt;Les Ma&#238;tres Penseurs&lt;/i&gt;, Grasset, 1977. Glucksmann est celui qui a le plus insist&#233; sur la priorit&#233; absolue de la conscience du Mal, et sur l'id&#233;e que le primat catastrophique du Bien &#233;tait une cr&#233;ation de la philosophie. L'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; a ainsi une part de ses racines chez les &#171; nouveaux philosophes &#187; de la fin des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#233;cile Winter, &lt;i&gt;Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A partir d'une m&#233;ditation de Foucault)&lt;/i&gt;. A para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extraits de &lt;strong&gt;L'&#233;thique&lt;/strong&gt; de Alain Badiou, (ch. 3-4)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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