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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>L'&#233;thique et la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/L-ethique-et-la-definition,74</link>
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		<dc:creator>Badiou, Alain</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire. &lt;br class='autobr' /&gt; 3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme comme une victime. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Badiou-" rel="directory"&gt;Badiou&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-homme-+" rel="tag"&gt;homme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-ethique-+" rel="tag"&gt;&#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-victime-+" rel="tag"&gt;victime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-vie-201-+" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-animal-+" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/-Un-debat-sur-l-humanitaire-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires.&lt;br /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme &lt;i&gt;comme une victime&lt;/i&gt;. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre la barbarie ! &#187; Soyons pr&#233;cis en effet : l'homme &lt;i&gt;est ce qui est capable de se reconna&#238;tre soi-m&#234;me comme victime.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette d&#233;finition qu'il faut d&#233;clarer inacceptable. Et cela pour trois raisons principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tout d'abord, parce que l'&#233;tat de victime, de b&#234;te souffrante, de mourant d&#233;charn&#233;, assimile l'homme &#224; sa substructure animale, &#224; sa pure et simple identit&#233; de vivant (la vie, comme le dit Bichat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est que &#171; l'ensemble des fonctions qui r&#233;sistent &#224; la mort &#187;). Certes, l'humanit&#233; est une esp&#232;ce animale. Elle est mortelle et pr&#233;datrice. Mais ni l'un ni l'autre de ces r&#244;les ne peuvent la singulariser dans le monde du vivant. En tant que bourreau, l'homme est une abjection animale, mais il faut avoir le courage de dire qu'en tant que victime, il ne vaut en g&#233;n&#233;ral pas mieux. Tous les r&#233;cits de tortur&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Alleg, La Question, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de rescap&#233;s l'indiquent avec force : si les bourreaux et bureaucrates des cachots et des camps peuvent traiter leurs victimes comme des animaux promis &#224; l'abattoir, et avec lesquels eux, les criminels bien nourris, n'ont rien de commun, C'est que les victimes sont bel et bien devenues de tels animaux. On a fait ce qu'il fallait pour &#231;a. Que certaines cependant soient encore des hommes, et en t&#233;moignent, est un fait av&#233;r&#233;. Mais justement, c'est toujours par un effort inou&#239;, salu&#233; par ses t&#233;moins - qu'il &#233;veille &#224; une reconnaissance radieuse - comme une r&#233;sistance presque incompr&#233;hensible, en eux, &lt;i&gt;de ce qui ne co&#239;ncide pas avec l'identit&#233; de victime&lt;/i&gt;. L&#224; est l'Homme, si on tient &#224; le penser : dans ce qui fait, comme le dit Varlam Chalamov dans ses &lt;i&gt;R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Varlam Chalamov, Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il s'agit d'une b&#234;te autrement r&#233;sistante que les chevaux, non par son corps fragile, mais par son obstination &#224; demeurer ce qu'il est, C'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, autre chose qu'une victime, autre chose qu'un &#234;tre-pour-la-mort, et donc &lt;i&gt;- autre chose qu'un mortel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un immortel : voil&#224; ce que les pires situations qui puissent lui &#234;tre inflig&#233;es d&#233;montrent qu'est il Homme, pour autant qu'il se singularise dans le flot multiforme et rapace de la vie. Pour penser quoi que ce soit concernant l'Homme, c'est de l&#224; qu'il faut partir. En sorte que s'il existe des &#171; droits de l'homme &#187;, ce ne sont s&#251;rement pas des droits de la vie contre la mort, ou des droits de la survie contre la mis&#232;re. Ce sont les droits de l'Immortel, s'affirmant pour eux-m&#234;mes, ou les droits de l'Infini exer&#231;ant leur souverainet&#233; sur la contingence de la souffrance et de la mort. Qu'&#224; la fin nous mourrions tous et qu'il y ait que poussi&#232;re ne change rien &#224; l'identit&#233; de l'Homme comme immortel, dans l'instant o&#249; il affirme ce qu'il est au rebours du vouloir-&#233;tre-un-animal auquel la circonstance l'expose. Et chaque homme, on le sait, impr&#233;visiblement, est &lt;i&gt;capable&lt;/i&gt;, d'&#234;tre cet immortel, dans de grandes ou de petites circonstances, pour une importante ou secondaire v&#233;rit&#233;, peu importe. Dans tous les cas, la subjectivation est immortelle, et fait l'Homme. En dehors de quoi existe une esp&#232;ce biologique, un &#171; bip&#232;de sans plumes &#187; dont le charme n'est pas &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ne part pas de l&#224; (ce qui se dit, tr&#232;s simplement l'Homme pense, l'Homme est tiss&#233; de quelques v&#233;rit&#233;s), si on identifie l'Homme &#224; sa pure r&#233;alit&#233; de vivant, on en vient in&#233;vitablement au contraire r&#233;el de ce que le principe semble indiquer. Car ce &#171; vivant &#187; est en r&#233;alit&#233; m&#233;prisable, et &lt;i&gt;on le m&#233;prisera&lt;/i&gt;. Qui ne voit que dans les exp&#233;ditions humanitaires, les ing&#233;rences, les d&#233;barquements de l&#233;gionnaires caritatifs, le suppos&#233; Sujet universel est scind&#233; ? Du c&#244;t&#233; des victimes, l'animal hagard qu'on expose sur l'&#233;cran. Du c&#244;t&#233; du bienfaiteur, la conscience et l'imp&#233;ratif Et pourquoi cette scission met-elle toujours les m&#234;mes dans les m&#234;mes r&#244;les ? Qui ne sent que cette &#233;thique pench&#233;e sur la mis&#232;re du monde cache, derri&#232;re son Homme-victime, l'Homme-bon, l'Homme-blanc ? Comme la barbarie de la situation n'est r&#233;fl&#233;chie qu'en termes de &#171; droits de l'homme &#187;, - alors qu'il s'agit toujours d'une situation politique, appelant une pens&#233;e-pratique politique, et dont il y a sur place, toujours, d'authentiques acteurs -, elle est per&#231;ue, du haut de notre paix civile apparente, comme l'incivilis&#233;e qui exige du civilis&#233; une intervention civilisatrice. Or, toute intervention au nom de la civilisation &lt;i&gt;exige &lt;/i&gt;un m&#233;pris premier de la situation toute enti&#232;re, victimes comprises. Et c'est pourquoi l'&#171; &#233;thique &#187; est contemporaine, apr&#232;s des d&#233;cennies de courageuses critiques du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme, d'une sordide auto-satisfaction des &#171; Occidentaux &#187;, de la th&#232;se martel&#233;e selon laquelle la mis&#232;re du tiers-monde est le r&#233;sultat de son imp&#233;ritie, de sa propre inanit&#233;, bref : de sa &lt;i&gt;sous-humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Deuxi&#232;mement, parce que si le &#171; consensus &#187; &#233;thique se fonde sur la reconnaissance du Mal, il en r&#233;sulte que toute tentative de rassembler les hommes autour d'une id&#233;e positive du Bien, et plus encore d'identifier l'Homme par un tel projet, est en r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;la v&#233;ritable source du mal lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. C'est ce qu'on nous inculque depuis maintenant quinze ans : tout projet de r&#233;volution, qualifi&#233; d'&#171; utopique &#187;, tourne, nous dit-on, au cauchemar totalitaire. Toute volont&#233; d'inscrire une id&#233;e de la justice ou de l'&#233;galit&#233; tourne au pire. Toute volont&#233; collective du Bien fait le Mal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Glucksmann, Les Ma&#238;tres Penseurs, Grasset, 1977. Glucksmann est celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette sophistique est d&#233;vastatrice. Car s'il ne s'agit que de faire valoir, contre un Mal reconnu &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, l'engagement &#233;thique, d'o&#249; proc&#233;dera qu'on envisage une transformation quelconque de ce qui est ? O&#249; l'homme puisera-t-il la force d'&#234;tre l'immortel qu'il est ? Quel sera le destin de la pens&#233;e, dont on sait bien qu'elle est invention affirmative, ou quelle n'est pas ? En r&#233;alit&#233;, le prix pay&#233; par l'&#233;thique est &lt;i&gt;un conservatisme &lt;/i&gt;&#233;pais. La conception &#233;thique de l'homme, outre qu'elle est en fin de compte soit biologique (images des victimes), soit &#171; occidentale &#187; (contentement du bienfaiteur arm&#233;), interdit toute vision positive large des possibles. Ce qui nous est ici vant&#233;, ce que l'&#233;thique l&#233;gitime, est en r&#233;alit&#233; la conservation, par le pr&#233;tendu &#171; Occident &#187;, de ce qu'il poss&#232;de. C'est assise sur cette possession (possession mat&#233;rielle, mais aussi possession de son &#234;tre) que l'&#233;thique d&#233;termine le Mal comme, d'une certaine mani&#232;re, ce qui n'est pas ce dont elle jouit. Or &lt;i&gt;l'Homme, comme immortel, se soutient de l'incalculable et de l'imposs&#233;d&#233;. Il se soutient du non-&#233;tant&lt;/i&gt;. Pr&#233;tendre lui interdire de se repr&#233;senter le Bien, d'y ordonner ses pouvoirs collectifs, de travailler &#224; l'av&#232;nement de possibles insoup&#231;onn&#233;s, de penser ce qui peut &#234;tre, en rupture radicale avec ce qui est, c'est lui interdire, tout simplement, l'humanit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Enfin, par sa d&#233;termination n&#233;gative et &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;du Mal l'&#233;thique s'interdit de penser la singularit&#233; des situations, ce qui est le d&#233;but oblig&#233; de toute action proprement humaine. Ainsi, le m&#233;decin ralli&#233; &#224; l'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; m&#233;ditera en r&#233;union et commission toutes sortes de consid&#233;rations sur &#171; les malades &#187;, consid&#233;r&#233;s exactement comme l'est, par le partisan des droits de l'homme, la foule indistincte des victimes : totalit&#233; &#171; humaine &#187; de r&#233;els sous-hommes. Mais le m&#234;me m&#233;decin ne verra nul inconv&#233;nient &#224; ce que &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; personne ne soit pas soign&#233;e &#224; l'h&#244;pital, et avec tous les moyens n&#233;cessaires, parce qu'elle est sans papiers, ou non immatricul&#233;e &#224; la S&#233;curit&#233; sociale. Responsabilit&#233; &#171; collective &#187;, encore une fois, oblige ! Ce qui est ici ratur&#233;, c'est qu'il n'y a qu'une seule situation m&#233;dicale : la situation clinique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;cile Winter, Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qu'il n'y a besoin de nulle &#171; &#233;thique &#187; (mais seulement d'une vision claire de &lt;i&gt;cette &lt;/i&gt;situation) pour savoir qu'en la circonstance le m&#233;decin n'est m&#233;decin que s'il traite la situation sous la r&#232;gle du possible maximal : soigner cette personne &lt;i&gt;qui le lui demande &lt;/i&gt;(pas d'ing&#233;rence, ici !) jusqu'au bout, avec tout ce qu'il sait, tous les moyens dont il sait qu'ils existent, et sans rien consid&#233;rer d'autre. Et si on veut lui interdire de soigner pour cause de budget de l'&#201;tat, de statistique de la morbidit&#233; ou de lois sur les flux migratoires, qu'on lui envoie la gendarmerie ! Encore son strict devoir hippocratique serait-il de lui tirer dessus. Les &#171; commissions d'&#233;thique &#187; et autres ruminations sur les &#171; d&#233;penses de sant&#233; &#187; et la &#171; responsabilit&#233; gestionnaire &#187;, &#233;tant radicalement ext&#233;rieures &#224; l'unique situation proprement m&#233;dicale, ne peuvent en r&#233;alit&#233; qu'interdire qu'on lui soit &lt;i&gt;fid&#232;le&lt;/i&gt;. Car lui &#234;tre fid&#232;le voudrait dire : traiter le possible de cette situation &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;. Ou, si l'on veut, faire advenir, dans la mesure du possible, ce que cette situation contient d'humanit&#233; affirmative, soit tenter d'&#234;tre l'immortel de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la m&#233;decine bureaucratique sous id&#233;ologie &#233;thique a besoin &#171; des malades &#187; comme victimes indistinctes ou statistiques, mais est rapidement encombr&#233;e par toute situation effective et singuli&#232;re de demande. De l&#224; que la m&#233;decine &#171; gestionnaire &#187;, &#171; responsable &#187; et &#171; &#233;thique &#187; en est r&#233;duite &#224; l'abjection de d&#233;cider quels malades le &#171; syst&#232;me de sant&#233; fran&#231;ais &#187; peut soigner, et lesquels il doit renvoyer, puisque le Budget et l'opinion l'exigent, mourir dans les faubourgs de Kinshasa.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Quelques Principes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut rejeter le dispositif id&#233;ologique de l'&#171; &#233;thique &#187;, ne rien conc&#233;der &#224; la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme. Ce dispositif identifie l'homme &#224; un simple animal mortel, il est le sympt&#244;me d'un inqui&#233;tant conservatisme, et, par sa g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite et statistique, interdit de penser la singularit&#233; des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui opposera trois th&#232;ses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Th&#232;se 1 &lt;/i&gt; : L'Homme s'identifie par sa pens&#233;e affirmative, par les v&#233;rit&#233;s singuli&#232;res dont il est capable, par l'Immortel qui fait de lui le plus r&#233;sistant et le plus paradoxal des animaux.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 2 &lt;/i&gt; : C'est &#224; partir de la capacit&#233; positive au Bien, donc au traitement &#233;largi des possibles et au refus du conservatisme, f&#251;t-il la conservation de l'&#234;tre, qu'on d&#233;termine le Mal, et non inversement.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 3 &lt;/i&gt; : Toute humanit&#233; s'enracine dans l'identification en pens&#233;e de situations singuli&#232;res. Il n'y a pas d'&#233;thique en g&#233;n&#233;ral. Il n'y a - &#233;ventuellement - qu'&#233;thique de processus par lesquels on traite les possibles d'une situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surgit alors l'homme de l'&#233;thique raffin&#233;e, qui murmure : &#171; Contre-sens ! depuis le d&#233;but. L'&#233;thique ne se fonde nullement sur l'identit&#233; du Sujet, pas m&#234;me son identit&#233; comme victime reconnue. D&#232;s le principe, l'&#233;thique est &#233;thique &lt;i&gt;de l'autre, &lt;/i&gt;elle est ouverture principale &#224; l'autre, elle subordonne l'identit&#233; &#224; la diff&#233;rence. &#187;&lt;br /&gt;
Examinons cette piste. Mesurons sa nouveaut&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Alleg, &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des &#233;pisodes de torture bien de chez nous, syst&#233;matiquement organis&#233;s par l'arm&#233;e fran&#231;aise entre 1954 et 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Varlam Chalamov, &lt;i&gt;Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, 1980. ce livre, proprement admirable, donne forme d'art &#224; l'&#233;thique vraie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Glucksmann, &lt;i&gt;Les Ma&#238;tres Penseurs&lt;/i&gt;, Grasset, 1977. Glucksmann est celui qui a le plus insist&#233; sur la priorit&#233; absolue de la conscience du Mal, et sur l'id&#233;e que le primat catastrophique du Bien &#233;tait une cr&#233;ation de la philosophie. L'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; a ainsi une part de ses racines chez les &#171; nouveaux philosophes &#187; de la fin des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#233;cile Winter, &lt;i&gt;Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A partir d'une m&#233;ditation de Foucault)&lt;/i&gt;. A para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extraits de &lt;strong&gt;L'&#233;thique&lt;/strong&gt; de Alain Badiou, (ch. 3-4)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Qu'est-ce donc que la libert&#233; ? Na&#238;tre, c'est &#224; la fois na&#238;tre du monde et na&#238;tre au monde.</title>
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		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>


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&lt;p&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ? &lt;br class='autobr' /&gt; Qu'est-ce donc que la libert&#233; ? Na&#238;tre, c'est &#224; la fois na&#238;tre du monde et na&#238;tre au monde. Le monde est d&#233;j&#224; constitu&#233;, mais aussi jamais compl&#232;tement constitu&#233;. Sous le premier rapport, nous sommes sollicit&#233;s, sous le second nous sommes ouverts &#224; une infinit&#233; de possibles. Mais cette analyse est encore abstraite, car nous existons sous les deux rapports &#224; la fois. Il n'y a donc jamais d&#233;terminisme et jamais choix (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-promesse-+" rel="tag"&gt;promesse&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-interieur-+" rel="tag"&gt;int&#233;rieur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-exterieur-+" rel="tag"&gt;ext&#233;rieur&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Qu-on-n-ait-pas-choisi-de-naitre-peut-il-etre-considere-comme-une-excuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce donc que la libert&#233; ? Na&#238;tre, c'est &#224; la fois na&#238;tre du monde et na&#238;tre au monde. Le monde est d&#233;j&#224; constitu&#233;, mais aussi jamais compl&#232;tement constitu&#233;. Sous le premier rapport, nous sommes sollicit&#233;s, sous le second nous sommes ouverts &#224; une infinit&#233; de possibles. Mais cette analyse est encore abstraite, car nous existons sous les deux rapports &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt;. Il n'y a donc jamais d&#233;terminisme et jamais choix absolu, jamais je ne suis chose et jamais conscience nue. En particulier, m&#234;me nos initiatives, m&#234;me les situations que nous avons choisies nous portent, une fois assum&#233;es comme par une gr&#226;ce d'&#233;tat. La g&#233;n&#233;ralit&#233; du &#171; r&#244;le &#187; et de la situation vient au secours de la d&#233;cision, et, dans cet &#233;change entre la situation et celui qui l'assume, il est impossible de d&#233;limiter la &#171; part de la situation &#187; et la &#171; part de la libert&#233; &#187;. On torture un homme pour le faire parler. S'il refuse de donner les noms et les adresses qu'on veut lui arracher ce n'est pas par une d&#233;cision solitaire et sans appuis ; il se sentait encore avec ses camarades, et, encore engag&#233; dans la lutte commune, il &#233;tait comme incapable de parler ; ou bien, depuis des mois ou des ann&#233;es, il a affront&#233; en pens&#233;e cette &#233;preuve et mis&#233; toute sa vie sur elle ; ou enfin, il veut prouver en la surmontant ce qu'il a toujours pens&#233; et dit de la libert&#233;. Ces motifs n'annulent pas la libert&#233;, ils font du moins qu'elle ne soit pas sans &#233;tais dans l'&#234;tre. Ce n'est pas finalement une conscience nue qui r&#233;siste &#224; la douleur, mais le prisonnier avec ses camarades ou avec ceux qu'il aime et sous le regard de qui il vit, ou enfin la conscience avec sa solitude mrgueilleusement voulue, c'est-&#224;-dire encore un certain mode du &lt;i&gt;Mit-Sein&lt;/i&gt;. Et sans doute c'est l'individu, dans sa prison, qui ranime chaque jour ces fant&#244;mes, ils lui rendent la force qu'il leur a donn&#233;e, mais r&#233;ciproquement, s'il s'est engag&#233; dans cette action, s'il s'est li&#233; avec ces camarades ou attach&#233; &#224; cette morale, c'est parce que la situation historique, les camarades, le monde autour de lui lui paraissaient attendre de lui cette conduite-l&#224;. On pourrait ainsi continuer l'analyse sans fin. Nous choisissons notre monde et le monde nous choisit. Il est s&#251;r en tout cas que jamais nous ne pouvons r&#233;server en nous-m&#234;me un r&#233;duit o&#249; l'&#234;tre ne p&#233;n&#232;tre pas, sans qu'aussit&#244;t, du seul fait qu'elle est v&#233;cue, cette libert&#233; prenne figure d'&#234;tre et devienne motif et appui. Concr&#232;tement prise, la libert&#233; est toujours une rencontre de l'ext&#233;rieur et de l'int&#233;rieur, - m&#234;me la libert&#233; pr&#233;humaine et pr&#233;historique par laquelle nous avons commenc&#233;, - et elle se d&#233;grade sans devenir jamais nulle &#224; mesure que diminue la &lt;i&gt;tol&#233;rance &lt;/i&gt;des donn&#233;es corporelles et institutionnelles de notre vie. Il y a, comme dit Husserl, un &#171; champ de la libert&#233; &#187; et une &#171; libert&#233; conditionn&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fink, Vergegenw&#228;rtigung und Bild, p. 285&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, non qu'elle soit absolue dans les limites de ce champ et nulle au dehors, - comme le champ perceptif, celui-ci est sans limites lin&#233;aires, - mais parce que j'ai des possibilit&#233;s prochaines et des possibilit&#233;s lointaines. Nos engagements soutiennent notre puissance et il n 'y a pas de libert&#233; sans quelque puissance. Notre libert&#233;, dit-on, est ou bien totale, ou bien nulle. Ce dilemme est celui de la pens&#233;e objective et de l'analyse r&#233;flexive, sa complice. Si en effet nous nous pla&#231;ons dans l'&#234;tre, il faut n&#233;cessairement que nos actions viennent du dehors, si nous revenons &#224; la conscience constituante, il faut qu'elles viennent du dedans. Mais nous avons justement appris &#224; reconna&#238;tre l'ordre des ph&#233;nom&#232;nes. Nous sommes m&#234;l&#233;s au monde et aux autres dans une confusion inextricable. L'id&#233;e de situation exclut la libert&#233; absolue &#224; l'origine de nos engagements. Elle l'exclut d'ailleurs &#233;galement &#224; leur terme. Aucun engagement. et pas m&#234;me l'engagement dans l'&#201;tat h&#233;g&#233;lien, ne peut me faire d&#233;passer toutes les diff&#233;rences et me rendre libre pour tout. Cette universalit&#233; elle-m&#234;me, du seul fait qu'elle serait v&#233;cue. se d&#233;tacherait comme une particularit&#233; sur le fond du monde, l'existence g&#233;n&#233;ralise et particularise &#224; la fois tout ce qu'elle vise et ne saurait &#234;tre int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La synth&#232;se de l'En soi et du Pour soi qui accomplit la libert&#233; h&#233;g&#233;lienne a cependant sa v&#233;rit&#233;. En un sens, c'est la d&#233;finition m&#234;me de l'existence, elle se fait &#224; chaque moment sous nos yeux dans le ph&#233;nom&#232;ne de pr&#233;sence, simplement elle est bient&#244;t &#224; recommencer et ne supprime pas notre finitude. En assumant un pr&#233;sent, je ressaisis et je transforme mon pass&#233;, j'en change le sens, je m'en lib&#232;re, je m'en d&#233;gage. Mais je ne le fais qu'en m'engageant ailleurs. Le traitement psychanalytique ne gu&#233;rit pas en provoquant une prise de conscience du pass&#233;, mais d'abord en liant le sujet &#224; son m&#233;decin par de nouveaux rapports d'existence. Il ne s'agit pas de donner &#224; l'interpr&#233;tation psychanalytique un assentiment scientifique et de d&#233;couvrir un sens notionnel du pass&#233;, il s'agit de le re-vivre comme signifiant ceci ou cela, et le malade n'y parvient qu'en voyant son pass&#233; dans la perspective de sa coexistence avec le m&#233;decin. Le complexe n'est pas dissous par une libert&#233; sans instruments, mais plut&#244;t disloqu&#233; par une nouvelle pulsation du temps qui a ses appuis et ses motifs. Il en est de m&#234;me dans toutes les prises de conscience : elles ne sont effectives que si elles sont port&#233;es par un nouvel engagement. Or cet engagement &#224; son tour se fait dans l'implicite, il n'est donc valable que pour un cycle de temps. Le choix que nous faisons de notre vie a toujours lieu sur la base d'un certain donn&#233;. Ma libert&#233; peut d&#233;tourner ma vie de son sens spontan&#233;, mais par une s&#233;rie de glissements, en l'&#233;pousant d'abord, et non par aucune cr&#233;ation absolue. Toutes les explications de ma conduite par mon pass&#233;, mon temp&#233;rament, mon milieu sont donc vraies, &#224; condition qu'on les consid&#232;re non comme des apports s&#233;parables, mais comme des moments de mon &#234;tre total dont il m'est loisible d'expliciter le sens dans diff&#233;rentes directions, sans qu'on puisse jamais dire si c'est moi qui leur donne leur sens ou si je le re&#231;ois d'eux. Je suis une structure psychologique et historique. J'ai re&#231;u avec l'existence une mani&#232;re d'exister, un style. Toutes mes actions et mes pens&#233;es sont en rapport avec cette structure, et m&#234;me la pens&#233;e d'un philosophe n'est qu'une mani&#232;re d'expliciter sa prise sur le monde, cela qu'il est. Et cependant, je suis libre, non pas en d&#233;pit ou en de&#231;&#224; de ces motivations, mais par leur moyen. Car cette vie signifiante, cette certaine signification de la nature et de l'histoire que je suis, ne limite pas mon acc&#232;s au monde, elle est au contraire mon moyen de communiquer avec lui. C'est en &#233;tant sans restrictions ni r&#233;serves ce que je suis &#224; pr&#233;sent que j'ai chance de progresser, c'est en vivant mon temps que je peux comprendre les autres temps, c'est en m'enfon&#231;ant dans le pr&#233;sent et dans le monde, en assumant r&#233;solument ce que je suis par hasard, en voulant ce que je veux, en faisant ce que je fais que je peux aller au del&#224;. Je ne peux manquer la libert&#233; que si je cherche &#224; d&#233;passer ma situation naturelle et sociale en refusant de l'assumer d'abord, au lieu de rejoindre &#224; travers elle le monde naturel et humain. Rien ne me d&#233;termine du dehors, non que rien ne me sollicite, mais au contraire parce que je suis d'embl&#233;e hors de moi et ouvert au monde. Nous sommes de part en part &lt;i&gt;vrais&lt;/i&gt;, nous avons avec nous, du seul fait que nous sommes au monde, et non pas seulement dans le monde, comme des choses, tout ce qu'il faut pour nous d&#233;passer. Nous n'avons pas &#224; craindre que nos choix ou nos actions restreignent notre libert&#233;, puisque le choix et l'action nous lib&#232;rent seuls de nos ancres. De m&#234;me que la r&#233;flexion emprunte son v&#339;u d'ad&#233;quation absolue &#224; la perception qui fait para&#238;tre une chose, et qu'ainsi l'id&#233;alisme utilise tacitement l'&#171; opinion originaire &#187; qu'il voudrait d&#233;truire comme opinion, de m&#234;me la libert&#233; s'embarrasse dans les contradictions de l'engagement et ne s'aper&#231;oit pas qu'elle ne serait pas libert&#233; sans les racines qu'elle pousse dans le monde. Ferai-je cette promesse ? Risquerai-je ma vie pour si peu ? Donnerai-je ma libert&#233; pour sauver la libert&#233; ? Il n'y a pas de r&#233;ponse th&#233;orique &#224; ces questions. Mais il y a ces &lt;i&gt;choses &lt;/i&gt;qui se pr&#233;sentent, irr&#233;cusables, il y a cette personne aim&#233;e devant toi, il y a ces hommes qui existent esclaves autour de toi et &lt;i&gt;ta &lt;/i&gt;libert&#233; ne peut se vouloir sans sortir de sa singularit&#233; et sans vouloir &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;libert&#233;. Qu'il s'agisse des choses ou des situations historiques, la philosophie n'a pas d'autre fonction que de nous rapprendre &#224; les voir bien, et il est vrai de dire qu'elle se r&#233;alise en se d&#233;truisant comme philosophie s&#233;par&#233;e. Mais c'est ici qu'il faut se taire car seul le h&#233;ros vit jusqu'au bout sa relation aux hommes et au monde, et il ne convient pas qu'un autre parle en son nom. &#171; Ton fils est pris dans l'incendie, tu le sauveras&#8230;Tu vendrais, s'il est un obstacle, ton &#233;paule contre un coup d'&#233;paule. Tu loges dans ton acte m&#234;me. Ton acte, c'est toi... Tu t'&#233;changes... Ta signification se montre, &#233;blouissante. C'est ton devoir, c'est ta haine, c'est ton amour, c'est ta fid&#233;lit&#233;, c'est ton invention... L 'homme n'est qu'un n&#339;ud de relations, les relations comptent seules pour l'homme. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. DE SAINT-EXUP&#201;RY, Pilote de Guerre, pp. 171 et 174.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fink, &lt;i&gt;Vergegenw&#228;rtigung und Bild&lt;/i&gt;, p. 285&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. DE SAINT-EXUP&#201;RY, &lt;i&gt;Pilote de Guerre&lt;/i&gt;, pp. 171 et 174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Maurice Merleau-Ponty, &lt;strong&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/strong&gt;, Gallimard, coll. &#034;TEL&#034;, pp.517-520&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je n'ai pas choisi de na&#238;tre, et, une fois que je suis n&#233;, le temps fuse &#224; travers moi, quoi que je fasse .</title>
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		<dc:date>2003-08-10T08:48:13Z</dc:date>
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		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>


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&lt;p&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ? &lt;br class='autobr' /&gt; Rien n'est faux de ce qu'on dit du sujet : il est vrai que le sujet comme pr&#233;sence absolue &#224; soi est rigoureusement ind&#233;clinable, et que rien ne saurait lui advenir dont il ne porte en lui-m&#234;me l'esquisse ; il est vrai aussi qu'il se donne des embl&#232;mes de lui-m&#234;me dans la succession et dans la multiplicit&#233;, et que ces embl&#232;mes sont lui, puisque sans eux il serait comme un cri inarticul&#233; et ne parviendrait pas m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-liberte-+" rel="tag"&gt;libert&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-naissance-+" rel="tag"&gt;naissance&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-sujet-+" rel="tag"&gt;sujet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-subjectivite-+" rel="tag"&gt;subjectivit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-individu-+" rel="tag"&gt;individu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-individualite-+" rel="tag"&gt;individualit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-mot94-+" rel="tag"&gt;je&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-conscience-+" rel="tag"&gt;conscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-synthese-passive-+" rel="tag"&gt;synth&#232;se passive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-passivite-+" rel="tag"&gt;passivit&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-multiplicite-109-+" rel="tag"&gt;multiplicit&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-Merleau-Ponty-112-+" rel="tag"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-Sartre-113-+" rel="tag"&gt;Sartre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/+-Husserl-+" rel="tag"&gt;Husserl&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Qu-on-n-ait-pas-choisi-de-naitre-peut-il-etre-considere-comme-une-excuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rien n'est faux de ce qu'on dit du sujet : il est vrai que le sujet comme pr&#233;sence absolue &#224; soi est rigoureusement ind&#233;clinable, et que rien ne saurait lui advenir dont il ne porte en lui-m&#234;me l'esquisse ; il est vrai aussi qu'il se donne des embl&#232;mes de lui-m&#234;me dans la succession et dans la multiplicit&#233;, et que ces embl&#232;mes sont lui, puisque sans eux il serait comme un cri inarticul&#233; et ne parviendrait pas m&#234;me &#224; la conscience de soi. Ce que nous appelions provisoirement synth&#232;se passive trouve ici son &#233;claircissement. Une synth&#232;se passive est contradictoire si la synth&#232;se est composition. et si la passivit&#233; consiste &#224; recevoir une multiplicit&#233; au lieu de la composer. On voulait dire, en parlant de synth&#232;se passive, que le multiple est p&#233;n&#233;tr&#233; par nous et que, cependant, ce n'est pas nous qui en effectuons la synth&#232;se. Or la temporalisation, par sa nature m&#234;me, satisfait &#224; ces deux conditions : il est visible, en effet, que je ne suis pas l'auteur du temps, pas plus que des battements de mon c&#339;ur, ce n'est pas moi qui prends l'initiative de la temporalisation ; je n'ai pas choisi de na&#238;tre, et, une fois que je suis n&#233;, le temps fuse &#224; travers moi, quoi que je fasse. Et cependant ce jaillissement du temps n'est pas un simple fait que je subis, je peux trouver en lui un recours contre lui-m&#234;me, comme il arrive dans une d&#233;cision qui m'engage ou dans un acte de fixation conceptuelle. Il m'arrache &#224; ce que j'allais &#234;tre, mais me donne en m&#234;me temps le moyen de me saisir &#224; distance et de me r&#233;aliser comme moi. Ce qu'on appelle la passivit&#233; n'est pas la r&#233;ception par nous d'une r&#233;alit&#233; &#233;trang&#232;re ou l'action causale du dehors sur nous : c'est un investissement, un &#234;tre en situation, avant lequel nous n'existons pas, que. nous recommen&#231;ons perp&#233;tuellement et qui est constitutif de nous-m&#234;mes. Une spontan&#233;it&#233; &#171; acquise &#187; une fois pour toutes et qui &#171; se perp&#233;tue &#224; l' &#234;tre en vertu de l'acquis &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-P. SARTRE, L'&#202;tre et le N&#233;ant, p. 195. L'auteur ne mentionne ce monstre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , c'est exactement le temps et c'est exactement la subjectivit&#233;. C'est le temps, puisque un temps qui n'aurait pas ses racines dans un pr&#233;sent et par l&#224; dans un pass&#233; ne serait plus temps, mais &#233;ternit&#233;. Le temps historique de Heidegger, qui coule de l'avenir et qui, par la d&#233;cision r&#233;solue, &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; d'avance son avenir et se sauve une fois pour toutes de la dispersion, est impossible selon la pens&#233;e m&#234;me de Heidegger : car, si, le temps est une &lt;i&gt;ek-stase, &lt;/i&gt;si pr&#233;sent et pass&#233; sont deux r&#233;sultats de cette extase, comment cesserions-nous tout &#224; fait de voir le temps du point de vue du pr&#233;sent, et comment sortirions-nous d&#233;finitivement de l'inauthentique ? C'est toujours dans le pr&#233;sent que nous sommes centr&#233;s, c'est de lui que partent nos d&#233;cisions ; elles peuvent donc toujours &#234;tre mises en rapport avec notre pass&#233;, elles ne sont jamais sans motif et, si elles ouvrent dans notre vie un cycle qui peut &#234;tre enti&#232;rement neuf, elles doivent &#234;tre reprises dans la suite, elles ne nous sauvent de la dispersion que pour un temps. Il ne peut donc pas &#234;tre question de d&#233;duire le temps de la spontan&#233;it&#233;. Nous ne sommes pas temporels &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; nous sommes spontan&#233;s et que, comme consciences, nous nous arrachons &#224; nous-m&#234;mes, mais au contraire le temps est le fondement et la mesure de notre spontan&#233;it&#233;, la puissance de passer outre et de &#171; n&#233;antiser &#187; qui nous habite, qui est nous-m&#234;mes, nous est elle-m&#234;me donn&#233;e avec la temporalit&#233; et avec la vie. Notre naissance, ou, comme dit Husserl dans ses in&#233;dits, notre &#171; g&#233;n&#233;rativit&#233; &#187; fonde &#224; la fois notre activit&#233; ou notre individualit&#233;, et notre passivit&#233; ou notre g&#233;n&#233;ralit&#233;, cette faiblesse interne qui nous emp&#234;che d'obtenir jamais la densit&#233; d'un individu absolu. Nous ne sommes pas, d'une mani&#232;re incompr&#233;hensible, une activit&#233; jointe &#224; une passivit&#233;, un automatisme surmont&#233; d'une volont&#233;, une perception d'un jugement, mais tout actifs et tout passifs, parce que nous sommes le surgissement du temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-P. SARTRE, &lt;i&gt;L'&#202;tre et le N&#233;ant&lt;/i&gt;, p. 195. L'auteur ne mentionne ce monstre que pour en rejeter l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Maurice Merleau-Ponty, &lt;strong&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/strong&gt;, Gallimard, coll &#034;TEL&#034;, pp.488-489&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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