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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Lettre sur le corps</title>
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		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



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&lt;p&gt;15 d&#233;cembre 1999 &lt;br class='autobr' /&gt;
Cher Ra&#250;l, Apr&#232;s dix ans, tu me demandes de reprendre le fil de mon discours sur l'art ; bien plus, de me risquer &#224; nouveau dans le labyrinthe des rapports entre l'art et la multitude. Si j'accepte de te r&#233;pondre, c'est pour la simple raison qu'aujourd'hui, j'&#233;prouve une force de connaissance (une volont&#233; de puissance ?) qui, bien qu'elle n'ajoute peut-&#234;tre pas grand chose &#224; ce qui avait &#233;t&#233; dit il y a dix ans, est pour moi nouvelle. Une nouvelle volont&#233; et une nouvelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Negri-" rel="directory"&gt;Negri&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;15 d&#233;cembre 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Ra&#250;l,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s dix ans, tu me demandes de reprendre le fil de mon discours sur l'art ; bien plus, de me risquer &#224; nouveau dans le labyrinthe des rapports entre l'art et la multitude. Si j'accepte de te r&#233;pondre, c'est pour la simple raison qu'aujourd'hui, j'&#233;prouve une force de connaissance (une volont&#233; de puissance ?) qui, bien qu'elle n'ajoute peut-&#234;tre pas grand chose &#224; ce qui avait &#233;t&#233; dit il y a dix ans, est pour moi nouvelle. Une nouvelle volont&#233; et une nouvelle puissance : l'une et l'autre ont surgi l&#224; o&#249; il est peut-&#234;tre d&#233;sormais possible d'entrevoir le sens d'une nouvelle &#233;poque. Apr&#232;s si longtemps, ma conscience va donc essayer de se confronter utilement &#224; ce temps neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permets-moi quelques anecdotes. La semaine derni&#232;re, pendant les heures que ma condition de prisonnier en semi-libert&#233; m'autorise &#224; utiliser presque &#224; ma guise gr&#226;ce &#224; diff&#233;rents stratag&#232;mes, j'ai assist&#233; &#224; un spectacle de Pina Bausch et au Macbeth de Shakespeare mont&#233; par le metteur en sc&#232;ne lituanien Eimuntas Nekrosius. J'y ai pris &#233;norm&#233;ment de plaisir : l'un et l'autre &#233;taient formidables de puissance innovatrice. Mais ce que j'y ai surtout per&#231;u - en particulier dans la distance que j'&#233;prouvais soudain par rapport &#224; ce que j'avais aim&#233; dans le pass&#233; -, c'est une m&#233;tamorphose. Une m&#233;tamorphose que nous avions autrefois attendue, tapis comme des b&#234;tes sauvages, palpitants, affam&#233;s, aux aguets, et qui s'&#233;tait finalement produite. J'ai pens&#233; : la transition est finie. La passion ne repose plus sur l'attente, elle ne s'&#233;corche ni ne se blesse plus en tentant de traverser les barbel&#233;s du futur, comme cela arrivait si souvent. La passion g&#238;t peut-&#234;tre d&#233;j&#224; dans le futur, et se refl&#232;te dans une aube qui la r&#233;v&#232;le dans sa m&#233;tamorphose mat&#233;rielle, ou plus exactement qui la fait exploser : boum ! (comme disaient les futuristes, autres experts d'un monde implos&#233; qui, frustr&#233;, suffoqu&#233;, r&#233;prim&#233;, attendait de pouvoir s'exprimer et qui pourtant &#233;tait d&#233;j&#224; m&#233;tamorphos&#233; dans cette attente - et ne pouvait s'exprimer que de mani&#232;re r&#233;volutionnaire)... Voil&#224; donc mon fil rouge, celui qui me pousse &#224; reprendre le discours et &#224; m'aventurer &#224; nouveau dans le labyrinthe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Ra&#250;l, cette lettre suppose donc la m&#233;tamorphose achev&#233;e : c'est une lettre sur le corps. En effet, o&#249; mieux que sur le corps, de l'int&#233;rieur m&#234;me du corps - presque comme s'il s'agissait d'un corps connaissant parce que dansant -, pourrais-je faire l'exp&#233;rience de cette mutation ? Comment puis-je la percevoir, si je ne saisis pas l'augmentation (et la m&#233;tamorphose) de la puissance du corps ? Certes, les modernes savaient d&#233;j&#224; que le corps est &#224; la fois le point central et le point final de toute constitution du monde, sa seule ent&#233;l&#233;chie... Spinoza, dans sa stupeur de la puissance du corps, et avant lui Machiavel et Galil&#233;e quand ils parcouraient les g&#233;om&#233;tries de la cit&#233; et du cosmos, sans parler des po&#232;tes et des peintres, des architectes et des &#233;diteurs de la Renaissance (en M&#233;diterran&#233;e ou en Europe du nord) - tous nous avaient cont&#233; la fable d'un &#171; cr&#233;&#233; &#187; par l'homme. Mais aujourd'hui, le corps n'est plus seulement un sujet qui produit et qui - parce qu'il produit de l'art - nous montre le paradigme de la production en g&#233;n&#233;ral, la puissance de la vie : le corps est d&#233;sormais une machine dans laquelle s'inscrivent la production et l'art. Voil&#224; ce que nous, les postmodernes, nous savons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais examinons la question de plus pr&#232;s. En quoi consiste cette m&#233;tamorphose du corps que l'art rend paradigmatique et exalte ? Que signifie inscrire dans le corps l'action de la m&#233;tamorphose ? Cela consiste en ceci que cet abstrait que nous avons revendiqu&#233; (et dont les lettres des ann&#233;es 80 sont un t&#233;moignage fort) est devenu la mati&#232;re vive(c'est-&#224;-dire le contenu et le moteur) de chacune de nos expressions, d&#233;termin&#233;es et concr&#232;tes. L&#224; o&#249; l'abstrait subsumait la vie, la vie a subsum&#233; l'abstrait. Le capitalisme nous avait enlev&#233; le concret de la vie ; aujourd'hui, le concret, le singulier, se r&#233;approprient l'abstraction, la marchandise, la valeur. Ils les arrachent au capital, et c'est &#224; travers l'ing&#233;nuit&#233; des corps puissants qu'ils le font. Certains (Foucault le premier, Deleuze par la suite, et d'autres encore) appellent &#171; biopolitique &#187; cette inversion de la subsomption : avec raison, puisqu'en v&#233;rit&#233; l'op&#233;ration par laquelle la production, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; happ&#233;e vers l'abstrait, a d&#233;sormais la capacit&#233; de le bouleverser et de l'enserrer dans la singularit&#233; est absolument biopolitique (c'est-&#224;-dire ancr&#233;e dans les corps et dans les relations qu'ils instaurent au sein de la multitude). C'est ici que les vraies mutations, les m&#233;tamorphoses se donnent &#224; voir : ce sont celles qui se pr&#233;sentent sous la forme de proth&#232;ses, c'est-&#224;-dire comme un surplus de puissance physique des corps obtenu &#224; travers l'acquisition de nouveaux outils ; celles qui s'&#233;tendent sous la forme de r&#233;seaux, c'est-&#224;-dire qui se fixent dans la communication et dans la coop&#233;ration des corps ; et enfin celles qui se constituent dans l'exode, dans la mobilit&#233; spatiale et dans la flexibilit&#233; temporelle, dans la capacit&#233; de m&#233;tisser les corps et les langues, pour la dignit&#233; de l'animal-homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps de la m&#233;tamorphose est donc celui qui s'est r&#233;appropri&#233; l'outil, l'a fait sien &#224; travers le r&#233;seau et l'exode, sous la forme de la proth&#232;se. L'histoire de l'homme est une succession de constructions d'instruments et, &#224; travers ces derniers, l'histoire de l'articulation pratique de sa mis&#233;rable existence d&#233;plum&#233;e d'&#234;tre tr&#232;s singulier et sans d&#233;fense. Aujourd'hui, l'outil - l'instrument qui lie l'homme &#224; la nature - est toujours davantage construit par l'homme lui-m&#234;me, absorb&#233; dans/par son action. Histoire d'instruments, histoires de travail : Quand, dans le passage du moderne au postmoderne, le travail devient toujours plus immat&#233;riel, l'outil se m&#233;tamorphose et devient plus mental. La faucille et le marteau, la b&#234;che et la plume, mais aussi d&#233;sormais - toujours plus - la litt&#233;rature et les arts plastiques (les outils &#224; travers lesquels ils s'expriment) sont m&#233;di&#233;s par des instruments (linguistiques ?) que l'homme singulier promeut et incorpore &#224; sa propre existence. L'abstraction de la fonction est ainsi soumise &#224; la singularit&#233; de l'action ; mieux : &#224; la puissance tr&#232;s d&#233;termin&#233;e du corps. Et, comme nous l'avons dit, &#224; celle du langage, &#224; son expansivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour peu qu'on les observe, ces passages, marqu&#233;s par une puissance abstraite qui devient proth&#232;se du corps, donnent lieu &#224; des difficult&#233;s importantes - pr&#233;cis&#233;ment quand on se rend pleinement compte de la mutation qui a eu lieu et quand on constate de fait les capacit&#233;s du corps &#224; se produire poi&#233;tiquement dans chacune de ses fonctions expressives. Difficult&#233;s ? Peut-&#234;tre le terme est-il impropre, et vaudrait-il mieux parler de paradoxes : des paradoxes complexes, difficiles &#224; d&#233;crire et encore plus &#224; r&#233;soudre. Nous nous arr&#234;terons ici sur deux d'entre eux qui concernent les nouvelles proth&#232;ses des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier paradoxe est celui d'une esth&#233;tique, c'est-&#224;-dire d'un discours sur le beau, qui, quand il se confronte &#224; cette concr&#233;tude des corps, ne peut plus se donner - car il ne le peut vraiment plus. Une condition humaine qui r&#233;alise dans l'expression du corps l'appropriation de l'outil ne permet en effet pas &#224; un discours esth&#233;tique (s&#233;par&#233; de l'action de production du beau) de subsister. Seule une po&#233;tique pourra donc exister, se donner, consister : une po&#233;tique comme po&#233;tique artistique tr&#232;s singuli&#232;re, comme action exprimant de l'int&#233;rieur de l'agir une pratique du beau. Aucun discours ne pourra la d&#233;crire - seul un discours participant de la po&#233;tique sera susceptible de s'exprimer. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que surgit le paradoxe : cette pratique tr&#232;s singuli&#232;re a d&#233;j&#224; domin&#233; l'abstrait et concerne &#224; pr&#233;sent la multitude. Cette po&#233;tique que nous analysons est un terrain embrouill&#233; de mani&#232;re inextricable - comme un champ de bataille o&#249; cette tr&#232;s concr&#232;te po&#233;tique du corps r&#233;&#233;merge et vaut d&#233;sormais pour la multitude. Cette action po&#233;tique tr&#232;s singuli&#232;re a l'expressivit&#233; de la parole, la puissance de coop&#233;ration du langage, un usage universel. On pourrait dire qu'&#224; diff&#233;rents moments - et pourtant avec une continuit&#233; ind&#233;niable -, les avant-gardes de la modernit&#233; ont voulu que l'esth&#233;tique se dissolve dans une po&#233;tique universelle des corps, ou dans une politique de l'art : une volont&#233; vaine, cependant. Aujourd'hui, au contraire, dans notre &#233;poque postmoderne, cette mutation est en train de se produire : la po&#233;tique devient une puissance ontologique, un outil du devenir-concret de l'abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe comme si nous &#233;tions au bord de cet acte d'&#171; amour intellectuel &#187; que Spinoza prescrivait au sage afin de parachever sa recherche de la v&#233;rit&#233; : une production &#233;thique singuli&#232;re du vrai, une appropriation d&#233;termin&#233;e de la totalit&#233; abstraite, un devenir-amoureux du plus haut d&#233;sir intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans ce cas d'un renversement du rapport entre l'esth&#233;tique et la po&#233;tique, nous assistons donc (et vivons paradoxalement) cette histoire que nous sommes en train de d&#233;crire depuis le d&#233;but : quand l'abstrait est subsum&#233; par le concret et n'est capable de se dire qu'&#224; cette condition, un peu comme le moderne ne l'est qu'au sein du postmoderne. Et alors, Ra&#250;l mon ami, mon jeune fr&#232;re, &#224; quoi nous sert encore l'esth&#233;tique ? Et je serais bien stupide d'essayer de te l'expliquer - &#224; toi qui as, pour le peu que j'en sais, pr&#233;cis&#233;ment essay&#233; de transformer ta vie en une po&#233;tique de la m&#233;tamorphose. Rien d'&#171; esth&#233;tique &#187;, donc, aucun dandysme, aucun spleen - ni Oscar Wilde, ni Baudelaire ; mais au contraire une po&#233;tique qui traverse le squattering et navigue sur la Toile, peint comme Basquiat sur les transports publiques et fait de la po&#233;sie &#224; la mani&#232;re de Seattle... - bref, qui propose dans le social, dans la m&#233;tropole, la lutte des classes et la lib&#233;ration. Une lutte pour l'appropriation d'outils toujours plus puissants, pour l'expression de d&#233;sirs toujours plus riches et de langages toujours plus efficaces, pour la jouissance d'une communication toujours plus abstraite et d'une po&#233;tique toujours plus singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe un autre paradoxe d&#232;s lors que nous sommes confront&#233;s &#224; l'impact de la po&#233;tique sur les corps - c'est-&#224;-dire &#224; l'assujettissement de l'universel de la part du singulier et de la multitude (comme multitude de singularit&#233;s). Que peuvent bien vouloir dire ces affirmations, qu'y trouve-t-on de sens&#233;... et n'est-ce pas un paradoxe insoluble que de pr&#233;tendre que l'universel soit assujetti par une puissance corporelle singuli&#232;re ? Mon cher Ra&#250;l, ce n'est pas ici le lieu ni le moment d'&#233;voquer &#224; nouveau les probl&#233;matiques du singulier, de l'hecceitas, de l'existence en ce qu'elle a de &#171; propre &#187; - nous en avons vu de toutes les couleurs dans ce d&#233;bat qui avait commenc&#233; par la perception du choc des atomes, de leur chute verticale sur le clinamen mat&#233;rialiste de la singularisation, c'est-&#224;-dire donc de la perception &#224; la fois violente et paradoxale de la transversalit&#233;/hasard de toute puissance cr&#233;ative, et de sa libert&#233;... irr&#233;ductible. Et nous voil&#224; &#224; pr&#233;sent dans une situation analogue : une situation que nous appelons &#171; post moderne &#187;. Le postmoderne n'est finalement que cela : la singularit&#233; qui s'impose sur l'universalit&#233;, la corpor&#233;it&#233; qui &#233;merge comme multitude irr&#233;ductible, d&#233;tentrice (et productrice) de sa propre loi. C'est cette corpor&#233;it&#233; singuli&#232;re que l'art de la multitude (c'est-&#224;-dire le caract&#232;re raisonnable des corps qui se sont r&#233;appropri&#233; l'outil et qui en ont fait - &#224; travers la pratique du r&#233;seau et de l'exode - leur proth&#232;se) exalte. Ici, la singularit&#233; est plus importante que l'universel (que dis-je ? elle est bien autre chose autrement plus valorisante) ; et cette multitude qui prend la place de l'universel - et les corps qui la constituent - sont bien plus puissants que n'importe quelle forme de l'universel (l'universel : l'&#171; humanit&#233; &#187;, le &#171; droit &#187;, la &#171; loi &#187;, le &#171; Gattungs Wesen &#187;, et toutes les belles histoires qu'on a bien voulu nous raconter afin d'adapter les vieilles valeurs du pouvoir &#224; la nouvelle exp&#233;rience de la vie). Pourtant, il n'&#233;tait pas difficile de d&#233;passer ces positions, il n'&#233;tait pas impossible de vivre ces paradoxes de mani&#232;re positive... Si je repense &#224; ma vie, &#224; la vie de ma g&#233;n&#233;ration et &#224; celle des g&#233;n&#233;rations qui se sont succ&#233;d&#233; autour de 1968 et apr&#232;s, je m'aper&#231;ois que toute notre exp&#233;rience - dans le bien comme dans le mal - peut &#234;tre r&#233;sum&#233;e de la mani&#232;re suivante : la tentative extr&#234;me et toujours recommenc&#233;e de creuser dans l'exp&#233;rience le sillon de la singularit&#233; contre l'universel, et de faire valoir les corps contre toute ascension vide, contre les d&#233;clarations mis&#233;rables - et aujourd'hui vides - des &#171; droits de l'homme &#187; et de toute autre essence universelle qui sont immanquablement au fondement des guerres et des destructions en tout genre. Si ce paradoxe qui est au c&#339;ur de notre discussion existe donc, et s'il repr&#233;sente dans tous les cas un coup de poing dans la figure de tous ceux qui se placent dans l'&#171; ancient rule &#187;, don't worry ... c'est &#224; nous qu'il revient de le r&#233;soudre - toujours &#224; nouveau. Et c'est possible !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la mani&#232;re dont on vit et dont on produit de l'art aujourd'hui n'a-t-elle pas d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; tout cela ? L'h&#233;g&#233;monie des corps ne s'est-elle pas impos&#233;e en premi&#232;re ligne ? Mon impression est &#224; tel point vraie que ceux qui cherchaient une figure diff&#233;rente de l'art (c'est-&#224;-dire une esth&#233;tique et non une po&#233;tique, un pouvoir sur le beau en lieu et place d'un discours productif de corps beaux et puissants) - ceux-l&#224; se cachent d&#233;sormais et ne se reconnaissent plus que dans ces recoins obscurs que l'on appelle des mus&#233;es, dans ces foires &#224; l'empoigne que l'on appelle les march&#233;s de l'art - salles de ventes et bordels -, et dans l'impressionnant narcissisme du monde des collectionneurs. La prostitution universelle de l'argent et de la sp&#233;culation contre la singularit&#233; de la production...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ra&#250;l, mon ami, un dernier argument. Je crains que tu ne le prennes pour un discours romantique - moi je ne crois pas du tout qu'il le soit, tu vas voir pourquoi... L'argument est le suivant : dans la mesure o&#249; la nouvelle singularit&#233; construite devient un producteur singulier qui s'est incorpor&#233; les outils de la m&#233;tamorphose du monde, elle n'a plus rien &#224; faire avec l'universel, et plus g&#233;n&#233;ralement encore avec la nature. L'art, la po&#233;tique postmoderne des corps, est n&#233;cessairement contrenature. Non pas qu'elle le devienne : non pas qu'il faille donc suivre en la mati&#232;re les diktats ambigus des avant-gardes, se gargariser de mots en -isme, d&#233;clamer des manifestes futuristes ou utopistes : non, la po&#233;tique postmoderne des corps est d&#233;j&#224; contre nature. La nature, c'est la fatigue, la mort, la d&#233;pendance, la r&#233;p&#233;tition : rien de cela ne correspond &#224; la libre po&#233;sie de la cr&#233;ation qui est celle de l'homme m&#233;tamorphos&#233;. Dans notre po&#233;sie, il y a &#233;galement la tentative de vivre plus longtemps et de vaincre la mort - c'est-&#224;-dire d'exalter la vie &#224; travers des investissements plus importants dans les politiques de sant&#233;, dans le Welfare en g&#233;n&#233;ral, dans les politiques &#233;cologiques... car ces &#171; banalit&#233;s &#187; sont belles, alors que les &#171; coupes budg&#233;taires dans les d&#233;penses publiques &#187;, les &#171; &#233;quilibres mon&#233;taires et budg&#233;taires &#187; sont horribles... Voil&#224; donc ce que signifie entre autres &#234;tre contre la nature : contre cette maudite nature constitu&#233;e d'atomes qui pleuvent tranquillement et r&#233;p&#233;titivement (bien que toujours accompagn&#233;s de la police, qu'elle soit la&#239;que ou cl&#233;ricale)... jusqu'&#224; ce qu'une force po&#233;tique, un clinamen de multitudes tr&#232;s singuli&#232;res prises dans une tr&#232;s singuli&#232;re r&#233;volte ne casse tout avec des actes po&#233;tiques et ne transforme cette chute d'atomes en un acte d'amour. Amour pour les autres, amour de tout et pour tous. L'amour est le contraire de la nature. L'amour est une po&#233;sie collective, un produire et un aimer qui caract&#233;rise la multitude, un art. Et l'art est une multitude de singularit&#233;s en mouvement, l'infinitude des mouvements qui poussent un corps dans les bras d'un autre ; et il en va toujours ainsi, car c'est comme cela, avec des acc&#233;l&#233;rations indicibles qui accroissent la puissance de la mondanit&#233;, que s'accro&#238;t aussi celle de l'&#234;tre singulier dans le monde productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Ra&#250;l, je ne sais pas si j'ai r&#233;ussi &#224; te transmettre le sens de la r&#233;volution que nous avons v&#233;cue dans ces derni&#232;res d&#233;cennies. Si l'art n'existe plus, c'est seulement dans la mesure o&#249; les corps se le sont r&#233;appropri&#233; : car il est d&#233;sormais vraiment partout dans les pratiques de la multitude. C'est dans les corps que l'art exp&#233;rimente de nouvelles compositions m&#233;tamorphiques - car qui sait ce que peut un corps ! L'art a donc cess&#233; d'&#234;tre une consolation et de repr&#233;senter une polarit&#233; transcendante ou transcendantale - quelle qu'elle soit... L'art est la vie, l'incorporation, le travail... L'art n'est plus une conclusion ; c'est au contraire une pr&#233;misse. Sans joie, sans po&#233;sie, il n'y aura plus de r&#233;volution. Parce qu'encore une fois, l'art a anticip&#233; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Toni Negri, &#171; Lettre sur le corps &#187;, in &lt;i&gt;Art et Multitude&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduction de Judith Revel&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Res gestae / Machinae</title>
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		<dc:date>2006-10-31T00:13:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voir la fiche Sur la &#034;Fin de l'Histoire&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt; On a beaucoup parl&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, de la &#171; fin de l'histoire &#187;, et l'on a &#233;galement &#233;lev&#233; beaucoup d'objections contre les c&#233;l&#233;brations r&#233;actionnaires d'un ph&#233;nom&#232;ne suppos&#233; qui consid&#233;rerait le pr&#233;sent &#233;tat des choses comme &#233;ternel. Il est certainement vrai, n&#233;anmoins, que dans la modernit&#233;, le pouvoir du capital et de ses institutions de souverainet&#233; a poss&#233;d&#233; une solide emprise sur l'histoire et qu'il a exerc&#233; son contr&#244;le sur le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Fin-de-l-histoire-" rel="directory"&gt;Fin de l'histoire ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voir la fiche &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Sur-la-Fin-de-l-Histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sur la &#034;Fin de l'Histoire&#034;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On a beaucoup parl&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, de la &#171; fin de l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Francis Fukuyama, La Fin de l Histoire et le dernier homme, trad. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, et l'on a &#233;galement &#233;lev&#233; beaucoup d'objections contre les c&#233;l&#233;brations r&#233;actionnaires d'un ph&#233;nom&#232;ne suppos&#233; qui consid&#233;rerait le pr&#233;sent &#233;tat des choses comme &#233;ternel. Il est certainement vrai, n&#233;anmoins, que dans la modernit&#233;, le pouvoir du capital et de ses institutions de souverainet&#233; a poss&#233;d&#233; une solide emprise sur l'histoire et qu'il a exerc&#233; son contr&#244;le sur le processus historique. Les pouvoirs virtuels de la multitude, dans la postmodernit&#233;, marquent la fin de ce contr&#244;le et de ces institutions : cette &lt;i&gt;histoire-l&#224;&lt;/i&gt; est termin&#233;e. La direction capitaliste s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre une p&#233;riode transitoire. Et pourtant, si la t&#233;l&#233;ologie transcendante construite par la modernit&#233; capitaliste touche &#224; sa fin, comment la multitude peut-elle se d&#233;finir en substitution &#224; un &lt;i&gt;t&#233;los&lt;/i&gt; mat&#233;rialiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pourrons r&#233;pondre &#224; cette question qu'apr&#232;s avoir men&#233; une analyse ph&#233;nom&#233;nologique et historique du rapport entre virtualit&#233; et possibilit&#233;, c'est-&#224;-dire apr&#232;s avoir r&#233;pondu &#224; la question suivante : comment et quand la virtualit&#233; de la multitude d&#233;passe-t-elle la possibilit&#233; pour devenir r&#233;alit&#233; ? L'ontologie du possible est, en ce sens, le terrain central de l'analyse. Cette probl&#233;matique a &#233;t&#233; pos&#233;e par bien des auteurs, de Lukacs &#224; Benjamin, d'Adorno au dernier Wittgenstein, de Foucault &#224; Deleuze, et par presque tous ceux qui ont reconnu le cr&#233;puscule de la modernit&#233;. Dans tous ces cas, la question a &#233;t&#233; pos&#233;e contre d'&#233;normes obstacles m&#233;taphysiques ! Et l'on peut voir &#224; pr&#233;sent combien leurs r&#233;ponses ont &#233;t&#233; timides par rapport &#224; l'&#233;normit&#233; de la question. Ce qui est certain aujourd'hui, c'est que cette probl&#233;matique ne risque pas de r&#233;p&#233;ter les vieux mod&#232;les de la tradition m&#233;taphysique, m&#234;me les plus puissants. En fait, toute tradition m&#233;taphysique est aujourd'hui us&#233;e jusqu'&#224; la corde. S'il doit y avoir une solution au probl&#232;me, elle ne pourra &#234;tre que mat&#233;rielle et explosive. Alors que notre attention a d'abord &#233;t&#233; attir&#233;e sur l'intensit&#233; des &#233;l&#233;ments de virtualit&#233; qui constituaient la multitude, elle doit &#224; pr&#233;sent se concentrer sur l'hypoth&#232;se que ces virtualit&#233;s accumulent et atteignent un seuil de r&#233;alisation conforme &#224; leur pouvoir. Tel est le sens o&#249; nous parlons de l'intellect g&#233;n&#233;ral et de ses articulations dans la connaissance, l'affect et la coop&#233;ration ; et c'est aussi le sens o&#249; nous parlons des diverses formes de l'exode collectif de ces mouvements nomades de la multitude qui s'approprie l'espace et qui les renouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traitons ici de deux passages. Le premier consiste dans le fait que la virtualit&#233; globalise le champ des &lt;i&gt;res gestae&lt;/i&gt;. La virtualit&#233; va de l'avant et d&#233;montre que la capacit&#233; de l'&lt;i&gt;historia rerum gestarum&lt;/i&gt; &#224; dominer les individualit&#233;s virtuelles actives a d&#233;finitivement expir&#233;. Celle-ci est l'&lt;i&gt;historia&lt;/i&gt; qui s'ach&#232;ve alors que les nouvelles virtualit&#233;s montent en puissance et se lib&#232;rent d'une existence investie par le capital h&#233;g&#233;monique et par ses institutions. Aujourd'hui, seules les &lt;i&gt;res gestae&lt;/i&gt; sont charg&#233;es de capacit&#233;s historiques, ou plut&#244;t il n'y a pas d'histoire, seulement de l'historicit&#233;. Le second passage consiste dans le fait que ces virtualit&#233;s singuli&#232;res deviennent aussi autovalorisantes en gagnant leur autonomie. Elles s'expriment comme machines d'innovation. Non seulement elles refusent d'&#234;tre domin&#233;es par les vieux syst&#232;mes de valeur et d'exploitation, mais elles cr&#233;ent r&#233;ellement leurs propres possibilit&#233;s irr&#233;ductibles. C'est l&#224; que se d&#233;finit le &lt;i&gt;t&#233;los&lt;/i&gt; mat&#233;rialiste, fond&#233; sur l'action des individualit&#233;s - une t&#233;l&#233;ologie qui est une r&#233;sultante des &lt;i&gt;res gestae&lt;/i&gt; et une figure de la logique machinique de la multitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;res gestae&lt;/i&gt; - les virtualit&#233;s singuli&#232;res qui op&#232;rent la connexion entre le possible et le r&#233;el - sont, dans le premier passage, hors mesure, et dans le second, au-del&#224; de la mesure. Ces virtualit&#233;s constituent la charni&#232;re entre possible et r&#233;el, et jouent les deux atouts : &#234;tre hors mesure en tant qu'arme destructrice (d&#233;constructrice en th&#233;orie et subversive en pratique) ; et &#234;tre au-del&#224; de la mesure en tant que pouvoir constituant. Le virtuel et le possible sont unis comme innovation irr&#233;ductible et machine r&#233;volutionnaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Francis Fukuyama, &lt;i&gt;La Fin de l Histoire et le dernier homme&lt;/i&gt;, trad. Denis-Armand Canal, Paris, Flammarion, 1992. (N.d.T)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Negri et Hardt, &lt;strong&gt;Empire&lt;/strong&gt;, pp.443-445.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Il n'y a plus d'ext&#233;rieur</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Il-n-y-a-plus-d-exterieur</link>
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		<dc:date>2006-10-31T00:10:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voir la fiche Sur la &#034;Fin de l'Histoire&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt; Les domaines con&#231;us comme &#171; int&#233;rieur &#187; et &#171; ext&#233;rieur &#187;, et la relation entre eux, sont configur&#233;s diff&#233;remment dans une vari&#233;t&#233; de discours modernes. La configuration spatiale de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, nous semble une caract&#233;ristique g&#233;n&#233;rale et fondamentale de la pens&#233;e moderne. Dans le passage du moderne au postmoderne et de l'imp&#233;rialisme &#224; l'Empire, il y a de moins en moins de distinction entre int&#233;rieur et ext&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Fin-de-l-histoire-" rel="directory"&gt;Fin de l'histoire ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voir la fiche &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Sur-la-Fin-de-l-Histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sur la &#034;Fin de l'Histoire&#034;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les domaines con&#231;us comme &#171; int&#233;rieur &#187; et &#171; ext&#233;rieur &#187;, et la relation entre eux, sont configur&#233;s diff&#233;remment dans une vari&#233;t&#233; de discours modernes. La configuration spatiale de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, nous semble une caract&#233;ristique g&#233;n&#233;rale et fondamentale de la pens&#233;e moderne. Dans le passage du moderne au postmoderne et de l'imp&#233;rialisme &#224; l'Empire, il y a de moins en moins de distinction entre int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation est particuli&#232;rement &#233;vidente lorsqu'elle est vue en termes de notion de souverainet&#233;. La souverainet&#233; moderne a g&#233;n&#233;ralement &#233;t&#233; con&#231;ue en termes de territoire (r&#233;el ou imagin&#233;) et de relation entre ce territoire et son ext&#233;rieur. Les premiers th&#233;oriciens sociaux modernes par exemple, de Hobbes &#224; Rousseau, entendaient l'ordre civil comme espace int&#233;rieur et limit&#233;, par opposition ou contraste avec l'ordre ext&#233;rieur de la nature. L'espace circonscrit de l'ordre civil - sa place - est d&#233;fini par sa s&#233;paration des espaces ext&#233;rieurs de la nature. De fa&#231;on analogue, les th&#233;oriciens de la psychologie moderne ont compris les pulsions, les passions, les instincts et l'inconscient m&#233;taphoriquement en termes spatiaux, comme un ext&#233;rieur &#224; l'esprit humain, une continuation de la nature, au profond de nous-m&#234;mes. La souverainet&#233; du Moi repose ici sur une relation dialectique entre l'ordre naturel des pulsions et l'ordre civil de la raison ou de la conscience. Enfin, les divers discours de l'anthropologie moderne sur les soci&#233;t&#233;s primitives fonctionnent comme l'ext&#233;rieur qui d&#233;finit les liens du monde civil. Dans tous ces contextes vari&#233;s, le processus de modernisation est l'int&#233;riorisation de l'ext&#233;rieur, c'est-&#224;-dire la &#171; civilisation &#187; de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde imp&#233;rial, cette dialectique de souverainet&#233; entre l'ordre civil et l'ordre naturel touche &#224; sa fin. C'est un des sens pr&#233;cis o&#249; le monde contemporain est postmoderne. Fredric Jameson nous dit ainsi : &#171; Le postmodernisme est ce que l'on a lorsque le processus de modernisation est achev&#233; et que la nature s'en est all&#233;e pour de bon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fredric Jameson, Postmodernism, or The Cultural Logic of Late Capitalism, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Nous avons &#233;videmment toujours des for&#234;ts, des criquets et des temp&#234;tes dans notre monde, et nous continuons &#224; comprendre nos &#226;mes comme mues par des instincts naturels et des passions ; mais nous n'avons plus de nature au sens o&#249; ces forces et ph&#233;nom&#232;nes ne sont plus compris comme ext&#233;rieurs, c'est-&#224;-dire qu'ils ne sont pas vus comme originaux et ind&#233;pendants des artifices de l'ordre civil. Dans un monde postmoderne, tous les ph&#233;nom&#232;nes et toutes les forces sont artificiels ou, comme pourraient le dire certains, partie de l'histoire. La dialectique moderne de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur a &#233;t&#233; remplac&#233;e par un jeu de degr&#233;s et d'intensit&#233;s, d'hybridation et d'artificialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ext&#233;rieur a &#233;galement d&#233;clin&#233; dans les termes d'une dialectique moderne passablement diff&#233;rente qui d&#233;finissait la relation entre public et priv&#233; dans la th&#233;orie politique lib&#233;rale. Les espaces publics de la soci&#233;t&#233; moderne - qui constituent le lieu de la politique lib&#233;rale - tendent &#224; dispara&#238;tre dans le monde postmoderne. Selon la tradition lib&#233;rale, l'individu moderne, chez lui dans ses espaces priv&#233;s, regarde le public comme son ext&#233;rieur. Celui-ci est par d&#233;finition l'espace propre &#224; la politique, o&#249; l'action de l'individu est expos&#233;e en pr&#233;sence des autres et o&#249; l'on cherche la reconnaissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous pensons ici fondamentalement &#224; la notion du politique formul&#233;e par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutefois, dans le processus de postmodernisation, ces espaces publics sont de plus en plus &#171; privatis&#233;s &#187;. Le paysage urbain passe du foyer moderne &#224; la place commune et de la rencontre du public aux espaces clos des rues pi&#233;tonni&#232;res, des autoroutes et des communaut&#233;s confin&#233;es. L'architecture et la planification de m&#233;galopoles comme Los Angeles et Sao Paulo tendent &#224; limiter les acc&#232;s et les interactions du public, de fa&#231;on &#224; &#233;viter les rencontres impr&#233;vues entre populations diff&#233;rentes, cr&#233;ant du m&#234;me coup des s&#233;ries d'int&#233;rieurs prot&#233;g&#233;s et d'espaces isol&#233;s. Inversement, nous voyons comment la banlieue de Paris est devenue une succession d'espaces amorphes et mal d&#233;finis qui favorisent l'isolement plut&#244;t que toute interaction ou communication. L'espace public a &#233;t&#233; privatis&#233; &#224; un degr&#233; tel qu'il est devenu absurde de comprendre l'organisation sociale dans les termes d'une dialectique entre espaces publics et espaces priv&#233;s, entre int&#233;rieur et ext&#233;rieur. Le lieu de la politique lib&#233;rale moderne a disparu si bien que, dans cette perspective, notre soci&#233;t&#233; postmoderne et imp&#233;riale est caract&#233;ris&#233;e par un d&#233;ficit du politique. En effet, le lieu de la politique a &#233;t&#233; &#171; d&#233;-actualis&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, l'analyse faite par Guy Debord de la soci&#233;t&#233; du spectacle, plus de trente ans apr&#232;s son &#233;criture, semble toujours plus juste et plus pr&#233;gnante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Guy Debord, La Soci&#233;t&#233; du Spectacle, Paris, Buchet-Chastel, 1967.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la soci&#233;t&#233; imp&#233;riale, le spectacle est un lieu virtuel, ou plus pr&#233;cis&#233;ment un non-lieu de la politique. Le spectacle est &#224; la fois unifi&#233; et diffus, de telle fa&#231;on qu'il est impossible de distinguer l'int&#233;rieur de l'ext&#233;rieur, le naturel du social, le priv&#233; du public. La notion lib&#233;rale du public - le lieu ext&#233;rieur o&#249; nous agissons en pr&#233;sence des autres - a &#233;t&#233; &#224; la fois universalis&#233;e (puisque nous sommes en permanence sous le regard d'autrui, contr&#244;l&#233;s par les cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance omnipr&#233;sentes) et sublim&#233;e ou d&#233;r&#233;alis&#233;e dans les espaces virtuels du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, il n'y a plus non plus d'ext&#233;rieur au sens militaire. Lorsque Francis Fukuyama proclame que l'&#233;volution historique contemporaine est d&#233;finie par &#171; la fin de l'histoire &#187;, il veut dire que l'&#232;re des grands conflits est termin&#233;e : le pouvoir souverain n'aura plus &#224; affronter son Autre ni son ext&#233;rieur, puisqu'il va progressivement &#233;tendre ses fronti&#232;res pour embrasser le monde entier comme son domaine propre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Francis Fukayama, La fin de l'histoire et le dernier homme, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'histoire des guerres imp&#233;rialistes, inter-imp&#233;rialistes et anti-imp&#233;rialistes est termin&#233;e. La fin de l'histoire a d&#233;bouch&#233; sur le r&#232;gne de la paix. Ou plut&#244;t, nous sommes entr&#233;s dans l'&#232;re des conflits secondaires et &#171; internes &#187;. Toute guerre imp&#233;riale est une guerre civile, une op&#233;ration de police - de Los Angeles &#224; Sarajevo en passant par Mogadiscio. En fait, la r&#233;partition des t&#226;ches entre les armes int&#233;rieures et ext&#233;rieures du pouvoir - entre arm&#233;e et police, entre CIA et FBI - est de plus en plus vague et ind&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre terminologie, la fin de l'histoire &#224; laquelle Fukuyama se r&#233;f&#232;re est la fin de la crise centrale de la modernit&#233;, le conflit coh&#233;rent et d&#233;finissant qui &#233;tait le fondement et la raison d'&#234;tre de la souverainet&#233; moderne. L'histoire s'est achev&#233;e pr&#233;cis&#233;ment et uniquement dans la mesure o&#249; elle est con&#231;ue en termes h&#233;g&#233;liens, c'est-&#224;-dire comme le mouvement d'une dialectique de contradictions, un jeu de n&#233;gations absolues et de subsomption. Les binarit&#233;s qui d&#233;finissaient le conflit moderne se sont estomp&#233;es ; l'Autre qui aurait pu d&#233;limiter un Moi souverain moderne s'est fragment&#233; dans l'indistinction et il n'y a plus d'ext&#233;rieur qui puisse limiter le lieu de la souverainet&#233;. L'ext&#233;rieur &#233;tait ce qui donnait sa coh&#233;rence &#224; la crise. Il est aujourd'hui de plus en plus difficile, pour les id&#233;ologues des &#201;tats-Unis, de nommer un seul ennemi unifi&#233; ; il semble plut&#244;t qu'il y ait partout de vagues ennemis secondaires. La fin de la crise de la modernit&#233; a donn&#233; naissance &#224; une prolif&#233;ration de petites crises mal d&#233;finies, ou si l'on pr&#233;f&#232;re &#224; une &#171; omni-crise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est utile de rappeler ici - et nous d&#233;velopperons ce point plus amplement dans la section III.1. - que le march&#233; capitaliste est une machine qui a toujours fonctionn&#233; contre toute division entre int&#233;rieur et ext&#233;rieur. Il est contrari&#233; par des barri&#232;res et des exclusions ; il s'efforce au contraire d'englober toujours davantage dans sa sph&#232;re. Le profit ne peut &#234;tre engendr&#233; que par le contact, l'engagement, l'&#233;change et le commerce. La r&#233;alisation du march&#233; mondial constituerait le point d'aboutissement de cette tendance. Sous sa forme id&#233;ale, il n'y a pas d'ext&#233;rieur au march&#233; mondial : le monde entier est son domaine. Nous pourrions ainsi utiliser la forme du march&#233; mondial comme mod&#232;le pour comprendre la souverainet&#233; imp&#233;riale. Peut-&#234;tre, tout comme Foucault reconnaissait le &lt;i&gt;panopticon&lt;/i&gt; carc&#233;ral comme le sch&#233;ma embl&#233;matique du pouvoir moderne, le march&#233; moderne pourrait-il servir ad&#233;quatement - m&#234;me si ce n'est pas une architecture, mais une anti-architecture - de sch&#233;ma au pouvoir imp&#233;rial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une excellente explication du concept de &#171; diagramme &#187; selon Foucault, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace r&#233;gl&#233; de la modernit&#233; construisait des &lt;i&gt;lieux&lt;/i&gt; qui &#233;taient continuellement engag&#233;s dans (et fond&#233;s sur) un jeu dialectique avec leurs ext&#233;rieurs. L'espace de la souverainet&#233; imp&#233;riale, au contraire, est lisse. Il pourrait para&#238;tre libre de divisions binaires et des lignes des fronti&#232;res modernes, mais il est en r&#233;alit&#233; quadrill&#233; par tant de lignes d'erreur qu'il appara&#238;t seulement comme un espace continu et uniforme. En ce sens, la crise de la modernit&#233;, clairement d&#233;finie, c&#232;de la place &#224; une &#171; omni-crise &#187; du monde imp&#233;rial. Dans cet espace lisse de l'Empire, il n'y pas de &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; de pouvoir : celui-ci est &#224; la fois partout et nulle part. L'Empire est une &lt;i&gt;u-topia&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire un &lt;i&gt;non-lieu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fredric Jameson, &lt;i&gt;Postmodernism, or The Cultural Logic of Late Capitalism&lt;/i&gt;, Durham, Duke University Press, 1991, p. IX.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous pensons ici fondamentalement &#224; la notion du politique formul&#233;e par Hannah Arendt dans &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, trad. Georges Fradier, Paris, Calmann Levy, &#171; Agora &#187;, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Guy Debord, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt;, Paris, Buchet-Chastel, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Francis Fukayama, &lt;i&gt;La fin de l'histoire et le dernier homme&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une excellente explication du concept de &#171; diagramme &#187; selon Foucault, Voir Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Foucault&lt;/i&gt;, Minuit, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Negri et Hardt, &lt;strong&gt;Empire&lt;/strong&gt;, pp. 235-239&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Eloge de l'absence de m&#233;moire</title>
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		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



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&lt;p&gt;voyez : L'histoire, plac&#233;e au service de la vie, se trouve au service d'une puissance non historique. &lt;br class='autobr' /&gt; Je n'ai jamais pens&#233; et je ne penserai jamais que rentrer en Italie, c'est r&#233;cup&#233;rer un h&#233;ritage. L'h&#233;ritage n'existe plus, l'h&#233;ritage s'est dissous et, comme cela arrive souvent dans ces grands patrimoines qui s'&#233;parpillent, les &#233;l&#233;ments qui en restent sont absolument marginaux et parfois pervers. II y a de nombreuses familles qui vivent des histoires d'&#233;normes h&#233;ritages dilapid&#233;s dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;voyez : &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-histoire-placee-au-service-de-la-vie-se-trouve-au-service-d-une-puissance-non' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'histoire, plac&#233;e au service de la vie, se trouve au service d'une puissance non historique.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je n'ai jamais pens&#233; et je ne penserai jamais que rentrer en Italie, c'est r&#233;cup&#233;rer un h&#233;ritage. L'h&#233;ritage n'existe plus, l'h&#233;ritage s'est dissous et, comme cela arrive souvent dans ces grands patrimoines qui s'&#233;parpillent, les &#233;l&#233;ments qui en restent sont absolument marginaux et parfois pervers. II y a de nombreuses familles qui vivent des histoires d'&#233;normes h&#233;ritages dilapid&#233;s dans la pathologie la plus compl&#232;te. Quand j'&#233;tais beaucoup plus jeune, il y a quinze ans, j'ai &#233;crit un &#233;loge de l'absence de m&#233;moire : en r&#233;alit&#233; il suffisait de lire l'article, ce n'&#233;tait pas tant un &#233;loge de l'absence de m&#233;moire qu'un &#233;loge de l'absence de patrimoine. Et c'est cela que je revendique encore. Mon retour en Italie ne sera certainement pas une tentative de faire revivre des ombres ou des fant&#244;mes. Ce ne sera pas non plus, &#224; la mani&#232;re de L&#233;opardi, le dialogue d'un vieux collectionneur avec ses momies. Ce que je chercherai &#224; faire, ce sera de comprendre une r&#233;alit&#233; compl&#232;tement transform&#233;e et dont il est faux de dire qu'en elle seul le n&#233;gatif triomphe - sur ce point, je suis en d&#233;saccord avec les Italiens que je connais. &#192; c&#244;t&#233; du pouvoir, il y a toujours la puissance. &#192; c&#244;t&#233; de la domination, il y a toujours l'insubordination. Et il s'agit de creuser, et de creuser encore, &#224; partir du point le plus bas : ce point, ce n'est pas la prison en tant que telle, c'est simplement l&#224; o&#249; les gens souffrent, l&#224; o&#249; ils sont les plus pauvres et les plus exploit&#233;s ; l&#224; o&#249; les langages et les sens sont le plus s&#233;par&#233;s de tout pouvoir d'action et o&#249; pourtant ils existent ; parce que tout cela, c'est la vie et non pas la mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Po&#233;sie</title>
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&lt;p&gt;C'est une banalit&#233; de dire que la po&#233;sie peut recueillir ou anticiper des moments m&#233;taphysiques ou des moments d'analyse historique particuli&#232;rement forts. Pour ce qui est de L&#233;opardi, il s'agissait d'une grande m&#233;taphore sur les effets du probl&#232;me de la fin de la R&#233;volution fran&#231;aise. La r&#233;volution &#233;tait finie, mais &#224; la fin de la r&#233;volution triomphait un mode de vie compl&#232;tement r&#233;actionnaire. La nostalgie du po&#232;te cherche alors &#224; reconstruire d'autres valeurs et &#224; les projeter dans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une banalit&#233; de dire que la po&#233;sie peut recueillir ou anticiper des moments m&#233;taphysiques ou des moments d'analyse historique particuli&#232;rement forts. Pour ce qui est de L&#233;opardi, il s'agissait d'une grande m&#233;taphore sur les effets du probl&#232;me de la fin de la R&#233;volution fran&#231;aise. La r&#233;volution &#233;tait finie, mais &#224; la fin de la r&#233;volution triomphait un mode de vie compl&#232;tement r&#233;actionnaire. La nostalgie du po&#232;te cherche alors &#224; reconstruire d'autres valeurs et &#224; les projeter dans le futur : il le fait &#224; partir de ce moment de passage, depuis ce d&#233;sert r&#233;actionnaire o&#249; les hommes ont &#233;t&#233; jet&#233;s. L&#233;opardi vit la p&#233;riode de la r&#233;action, il vit la Restauration qui succ&#232;de &#224; la r&#233;volution, et c'est &#224; l'int&#233;rieur de cette situation, et en tant qu'homme fondamentalement li&#233; non seulement &#224; une tradition mais &#224; une culture sp&#233;cifique et &#224; un langage r&#233;actionnaire - celui du baroque tardif -, qu'il agit et construit. II se livre &#224; une anticipation &#233;norme pour son &#233;poque, il creuse dans la Restauration pour red&#233;couvrir les valeurs qui ont &#233;t&#233; ni&#233;es et qui ne vivent plus ; il ne le fait pas de mani&#232;re nostalgique mais au contraire avec une capacit&#233; po&#233;tique &#224; cr&#233;er du futur, &#224; tel point qu'il. propose des horizons nouveaux m&#234;me du point de vue linguistique, et qu'il invente des nouvelles formes de communaut&#233; qui brisent et traversent avec puissance la p&#233;riode sombre dans laquelle il se trouve, et qui anticipent les mouvements de masse, les mouvements de d&#233;sir. L&#233;opardi se sert de la po&#233;sie comme d'un bistouri pour creuser l'Histoire et en faire sortir moins ce qui reste du pass&#233; que tout ce que l'on peut inventer du futur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'amour</title>
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		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



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&lt;p&gt;La d&#233;finition mat&#233;rialiste de l'amour, c'est une d&#233;finition de communaut&#233;s, une construction de rapports affectifs qui s'&#233;tend &#224; travers la g&#233;n&#233;rosit&#233; et qui produit des agencements sociaux. L'amour ne peut pas &#234;tre quelque chose qui se referme sur le couple ou sur la famille, il doit s'ouvrir &#224; des communaut&#233;s plus vastes. Il doit construire, au cas par cas, des communaut&#233;s de savoir et de d&#233;sir, il doit devenir constructif de l'autre. L'amour, c'est fondamentalement aujourd'hui la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La d&#233;finition mat&#233;rialiste de l'amour, c'est une d&#233;finition de communaut&#233;s, une construction de rapports affectifs qui s'&#233;tend &#224; travers la g&#233;n&#233;rosit&#233; et qui produit des agencements sociaux. L'amour ne peut pas &#234;tre quelque chose qui se referme sur le couple ou sur la famille, il doit s'ouvrir &#224; des communaut&#233;s plus vastes. Il doit construire, au cas par cas, des communaut&#233;s de savoir et de d&#233;sir, il doit devenir constructif de l'autre. L'amour, c'est fondamentalement aujourd'hui la destruction de toutes les tentatives de s'enfermer dans la d&#233;fense de quelque chose qui n'appartiendrait qu'&#224; soi. Je crois que l'amour est une clef essentielle pour transformer le propre en commun.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Finitude</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Finitude</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je ne comprends pas bien lorsque tu dis : pessimisme de la volont&#233; ou optimisme de la raison. Je ne l'interpr&#232;te pas, ce renversement de la formule gramscienne, de la m&#234;me mani&#232;re que toi. Pour moi, l'optimisme de la raison est une conception spinozienne de l'&#234;tre comme &#233;ternit&#233;. Sur ce point, je crois que F&#233;lix Guattari &#233;tait compl&#232;tement d'accord. Et quand je pense au pessimisme de la volont&#233;, je pense au fait que la construction des luttes, des organisations, et m&#234;me celle des livres et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-III-" rel="directory"&gt;III.&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne comprends pas bien lorsque tu dis : pessimisme de la volont&#233; ou optimisme de la raison. Je ne l'interpr&#232;te pas, ce renversement de la formule gramscienne, de la m&#234;me mani&#232;re que toi. Pour moi, l'optimisme de la raison est une conception spinozienne de l'&#234;tre comme &#233;ternit&#233;. Sur ce point, je crois que F&#233;lix Guattari &#233;tait compl&#232;tement d'accord. Et quand je pense au pessimisme de la volont&#233;, je pense au fait que la construction des luttes, des organisations, et m&#234;me celle des livres et des raisonnements, passe toujours &#224; travers des obstacles qui peuvent &#234;tre surmont&#233;s : aussi bien des limites, des objets li&#233;s &#224; la finitude et &#224; l'ach&#232;vement, que des obstacles au sens propre, c'est-&#224;-dire des choses surmontables. La quantit&#233; ontologique d'&#234;tre, la d&#233;termination du possible, devient alors fondamentale. Dans la mort de F&#233;lix, il y a quelque chose qui correspond &#224; toutes les conversations que nous avons eu ensemble : j'&#233;tais tr&#232;s pol&#233;mique avec lui, c'&#233;tait une exasp&#233;ration due &#224; l'impossibilit&#233; de surmonter l'ach&#232;vement, la finitude, la limite. F&#233;lix Guattari faisait face &#224; une crise dont l'origine se trouvait - comme toujours - dans son travail d'analyse psychopathologique, parce qu'il se raccrochait &#224; la promesse folle de gu&#233;rir la femme qu'il avait &#233;pous&#233;e. En m&#234;me temps, il gardait face &#224; tout cela cet optimisme de la raison totale qui &#233;tait le sien. C'est comme cela qu'il s'est &#233;croul&#233; : je l'ai vu pleurer - il m'est arriv&#233; &#224; moi aussi de pleurer - en disant qu'il n'y arrivait plus et que cette finitude, cette d&#233;termination n&#233;gative &#233;taient insurmontables. C'&#233;tait un d&#233;fi qu'il s'&#233;tait lanc&#233;, et il s'&#233;croulait. Pourtant, F&#233;lix est &#233;ternel. Je crois que c'est l'une des personnes qui avait le plus de pr&#233;sence, de joie, et de facilit&#233; &#224; r&#233;cup&#233;rer les esprits vitaux que l'on trouve dans les m&#233;tropoles, le plus de capacit&#233; aussi &#224; jouir des choses vitales que ses amis lui communiquaient : l'une des plus belles personnes que j'ai jamais connues. Et puis il y a eu ce moment de d&#233;sespoir, il s'est fait prendre par la mort. C'est une contradiction entre ces deux choses dont nous parlions, l'optimisme de la raison et le pessimisme de la volont&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Eternit&#233;</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Eternite</link>
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		<dc:date>2004-05-24T14:51:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



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&lt;p&gt;La conception mat&#233;rialiste de l'&#233;ternit&#233;, c'est celle qui consiste &#224; ne renvoyer les actions qu'&#224; la responsabilit&#233; de ceux qui les accomplissent. Chaque action est singuli&#232;re, elle n'influe donc que sur elle-m&#234;me, et ne renvoie rien d'autre qu'aux relations qu'elle d&#233;termine et &#224; la continuit&#233; des rapports qu'elle entretient avec les autres. Chaque fois que l'on fait quelque chose, on en accepte la responsabilit&#233; : cette action vit pour toujours, dans l'&#233;ternit&#233;. Il ne s'agit pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-III-" rel="directory"&gt;III.&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La conception mat&#233;rialiste de l'&#233;ternit&#233;, c'est celle qui consiste &#224; ne renvoyer les actions qu'&#224; la responsabilit&#233; de ceux qui les accomplissent. Chaque action est singuli&#232;re, elle n'influe donc que sur elle-m&#234;me, et ne renvoie rien d'autre qu'aux relations qu'elle d&#233;termine et &#224; la continuit&#233; des rapports qu'elle entretient avec les autres. Chaque fois que l'on fait quelque chose, on en accepte la responsabilit&#233; : cette action vit pour toujours, dans l'&#233;ternit&#233;. Il ne s'agit pas d'immortalit&#233; de l'&#226;me mais d'&#233;ternit&#233; des actions accomplies. C'est l'&#233;ternit&#233; du pr&#233;sent v&#233;cu &#224; chaque instant qui passe : une pl&#233;nitude compl&#232;te, sans transcendance possible, f&#251;t-elle logique ou morale. C'est cela, l'intensit&#233; de l'action et de sa responsabilit&#233;. On comprend alors pourquoi je peux, par exemple, dire &#224; une femme qui m'a trahie qu'elle est une salope : si je le disais dans l'immortalit&#233;, il n'y aurait aucune raison &#224; cela ; mais dans la responsabilit&#233; de l'acte que chacun s'assume, je peux bien &#234;tre un salaud, ou elle peut bien &#234;tre une salope, parce que chacun d'entre nous est un salaud ou une salope dans la responsabilit&#233; qu'il a de ses propres actes concrets. Il n'y a pas de renvoi de la responsabilit&#233; : chacun de nous est responsable de sa singularit&#233;, de son pr&#233;sent, de l'intensit&#233; de la vie, de la jeunesse et de la vieillesse qu'il y investit. Et c'est l'unique moyen d'&#233;viter la mort : il faut saisir le temps, le tenir, le remplir de responsabilit&#233;. Chaque fois qu'on perd cela &#224; cause de la routine, des habitudes, de la fatigue, de la d&#233;pression ou de la fureur, on perd le sens &#171; &#233;thique &#187; de la vie. L'&#233;ternit&#233;, c'est cela : notre responsabilit&#233; face au pr&#233;sent, &#224; chaque moment, &#224; chaque instant. Il s'agit d'une responsabilit&#233; &#233;thique complexe, &#224; l'int&#233;rieur de laquelle toute notre beaut&#233; int&#233;rieure - et parfois toute notre &#233;troitesse : l'important est que tout cela soit sinc&#232;re - doivent &#234;tre renvers&#233;es. Je ne propose rien d'autre qu'un franciscanisme la&#239;c et ath&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De senectute</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/De-senectute</link>
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		<dc:date>2004-05-24T14:50:05Z</dc:date>
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		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



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&lt;p&gt;Plus que sur le vieillissement, la r&#233;flexion de Deleuze quand il dit que ce qui le fascine dans le vieillissement c'est la diminution de la puissance d'agir, me semble porter sur la maladie. J'ai toujours eu l'impression que toutes les &#233;valuations de Deleuze &#233;taient des r&#233;flexions sur la maladie, en particulier quand il cite Spinoza - qui est un cas classique, dans la mesure o&#249; il est mort &#224; quarante ans de maladie, et non de vieillissement. Pour ce qui me concerne, je suis en parfaite (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-III-" rel="directory"&gt;III.&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Plus que sur le vieillissement, la r&#233;flexion de Deleuze quand il dit que ce qui le fascine dans le vieillissement c'est la diminution de la puissance d'agir, me semble porter sur la maladie. J'ai toujours eu l'impression que toutes les &#233;valuations de Deleuze &#233;taient des r&#233;flexions sur la maladie, en particulier quand il cite Spinoza - qui est un cas classique, dans la mesure o&#249; il est mort &#224; quarante ans de maladie, et non de vieillissement. Pour ce qui me concerne, je suis en parfaite sant&#233;, on vient de me faire un check-up, on a v&#233;rifi&#233; que ma sant&#233; &#233;tait excellente &#224; tout point de vue. Le vieillissement, je l'attends, mais je pense en fait que c'est une chose compl&#232;tement diff&#233;rente : un &#233;largissement de la capacit&#233; d'agir, un &#233;largissement dans la simplicit&#233; et dans la douceur. Le vieillissement n'est pas une cessation mais, au contraire, une extension douce et apais&#233;e de la capacit&#233; d'agir. Au cours du vieillissement, la mort ne se pr&#233;sente pas comme un &#233;l&#233;ment interstitiel qui couperait la vie, mais plut&#244;t comme une chose que le sens de l'&#233;ternit&#233;, et donc l'intensit&#233; de la vie, peuvent toujours surmonter. Fondamentalement la mort n'existe pas : quand on existe, la mort n'existe pas, et quand la mort existe, on a fini d'exister. La possibilit&#233; de surmonter la mort n'est pas le grand r&#234;ve de la jeunesse mais celui de la vieillesse. R&#233;ussir &#224; organiser la vie pour surmonter la mort est un devoir de l'humanit&#233;, un devoir aussi important que celui de faire cesser l'exploitation, qui est une cause de mort. Surmonter la mort est un grand progr&#232;s. La mort n'est pas n&#233;cessaire &#224; la vie, c'est quelque chose qui est en plus de la vie. Tout comme la vieillesse n'est pas une approche de la mort mais une jouissance diff&#233;rente de la vie, &#224; tous les points de vue - du point de vue intellectuel, du point de vue sexuel, dans les rapports sociaux... Je suis un grand admirateur de tous ceux qui ont &#233;crit des &lt;i&gt;De Senectute&lt;/i&gt;, non pas que les vieux soient plus sages, mais simplement parce que dans la vieillesse on peut vivre davantage. J'ai toujours &#233;t&#233; d&#233;go&#251;t&#233; par les rapports sexuels et l'&#233;rotisme des jeunes, avec leur rapidit&#233;, leur violence de d&#233;sirs animaux. Ce qui me pla&#238;t c'est la douceur, c'est le temps ; c'est l'intellectualit&#233;, l'immat&#233;rialit&#233; des rapports. On ne commence &#224; avoir ce type de rapports que lorsqu'on a un certain &#226;ge. Et quand on a men&#233; un certain type de r&#233;flexion. C'est un h&#233;donisme, mais un h&#233;donisme sup&#233;rieur, que les gens appellent vieillesse et qui est en r&#233;alit&#233; la forme la plus &#233;lev&#233;e de la vie, une forme qu'il faut compl&#232;tement r&#233;cup&#233;rer. Je le fais en m'opposant &#224; des conceptions terriblement irrationnelles et idiotes de la vie et de la mort, de la jeunesse et de la vieillesse, qui ont &#233;t&#233; invent&#233;es lorsque le rythme de la vie &#233;tait diff&#233;rent, et quand l'esp&#233;rance de vie moyenne ne d&#233;passait pas trente-cinq/quarante ans. Nous pensons encore comme si nous &#233;tions des hommes de l'Antiquit&#233;, alors que nous appartenons &#224; un monde o&#249; vivre jusque cent ans est un minimum. De ce point de vue, il me semble que tous les vieux devraient continuer &#224; travailler, parce que la retraite est une chose absurde. On touche vraiment l&#224; &#224; quelque chose qui rel&#232;ve d'un changement radical de l'ontologie du pr&#233;sent. Et pourtant, il me semble que sur le probl&#232;me du vieillissement on ne r&#233;p&#232;te que des lieux communs, m&#234;me dans les phrases de Deleuze...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'exil</title>
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		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il faut faire tr&#232;s attention &#224; cette histoire. &#192; mon avis, l'exil tel que nous l'avons v&#233;cu a &#233;t&#233; extr&#234;mement lin&#233;aire. Mais l'exil et le nomadisme prol&#233;tariens sont deux choses profond&#233;ment diff&#233;rentes. En r&#233;alit&#233;, nous avons v&#233;cu - &#224; cause de nos origines et de la culture que nous avions, &#224; cause du caract&#232;re de notre action - une exp&#233;rience du XIX&#232; si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Exp&#233;riences souvent am&#232;res et dures, comme elles l'ont &#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque, mais finalement dans la continuit&#233; - et dans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-rubrique151-" rel="directory"&gt;II.&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il faut faire tr&#232;s attention &#224; cette histoire. &#192; mon avis, l'exil tel que nous l'avons v&#233;cu a &#233;t&#233; extr&#234;mement lin&#233;aire. Mais l'exil et le nomadisme prol&#233;tariens sont deux choses profond&#233;ment diff&#233;rentes. En r&#233;alit&#233;, nous avons v&#233;cu - &#224; cause de nos origines et de la culture que nous avions, &#224; cause du caract&#232;re de notre action - une exp&#233;rience du XIX&#232; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exp&#233;riences souvent am&#232;res et dures, comme elles l'ont &#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque, mais finalement dans la continuit&#233; - et dans la transformation - de ce qu'a &#233;t&#233; l'exp&#233;rience des vieux &#233;migr&#233;s politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la th&#233;matique de l'exil se confond, au contraire, avec celles du nomadisme et du m&#233;tissage : il s'agit de prendre au s&#233;rieux tout &#224; la fois la pr&#233;sence du prol&#233;tariat sur le march&#233; mondial de la force de travail, et le fait qu'elle se confond avec le m&#233;tissage des savoirs et par cons&#233;quent avec cette flexibilit&#233; qui augmente &#224; travers le travail mat&#233;riel-immat&#233;riel, avec cette nouvelle forme d'action et de coop&#233;ration dans le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais par cons&#233;quent que notre exil a &#233;t&#233; le paradigme litt&#233;raire de ph&#233;nom&#232;nes r&#233;els. Mais aussi que chacun d'entre nous est pass&#233; par le chantier, par le caf&#233;, par le travail dans les lieux les plus &#233;tranges, avant d'arriver &#224; la reconqu&#234;te d'une position intellectuelle plus ou moins forte, &#224; la possibilit&#233; d'une circulation dans les nouveaux bassins de la force de travail immat&#233;rielle. Cela dit, je crois qu'en r&#233;alit&#233; la continuit&#233; de notre discours est plut&#244;t li&#233;e aux grandes traditions classiques de l'exil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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