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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproduction m&#233;canis&#233;e (1936)</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/L-oeuvre-d-art-a-l-epoque-de-sa-reproduction-mecanisee-1936</link>
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		<dc:date>2007-12-17T20:44:39Z</dc:date>
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		<dc:creator>Benjamin, Walter</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;I &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est du principe de l'&#339;uvre d'art d'avoir toujours &#233;t&#233; reproductible. Ce que des hommes avaient fait, d'autres pouvaient toujours le refaire. Ainsi, la r&#233;plique fut pratiqu&#233;e par les ma&#238;tres pour la diffusion de leurs oeuvres, la copie par les &#233;l&#232;ves dans l'exercice du m&#233;tier, enfin le faux par des tiers avides de gain. Par rapport &#224; ces proc&#233;d&#233;s, la reproduction m&#233;canis&#233;e de l'&#339;uvre d'art repr&#233;sente quelque chose de nouveau ; technique qui s'&#233;labore de mani&#232;re intermittente &#224; travers (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Benjamin-" rel="directory"&gt;Benjamin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il est du principe de l'&#339;uvre d'art d'avoir toujours &#233;t&#233; reproductible. Ce que des hommes avaient fait, d'autres pouvaient toujours le refaire. Ainsi, la r&#233;plique fut pratiqu&#233;e par les ma&#238;tres pour la diffusion de leurs oeuvres, la copie par les &#233;l&#232;ves dans l'exercice du m&#233;tier, enfin le faux par des tiers avides de gain. Par rapport &#224; ces proc&#233;d&#233;s, la reproduction m&#233;canis&#233;e de l'&#339;uvre d'art repr&#233;sente quelque chose de nouveau ; technique qui s'&#233;labore de mani&#232;re intermittente &#224; travers l'histoire, par pouss&#233;es &#224; de longs intervalles, mais avec une intensit&#233; croissante. Avec la gravure sur bois, le dessin fut pour la premi&#232;re fois m&#233;caniquement reproductible il le fut longtemps avant que l'&#233;criture ne le dev&#238;nt par l'imprimerie. Les formidables changements que l'imprimerie, reproduction m&#233;canis&#233;e de l'&#233;criture, a provoqu&#233; dans la litt&#233;rature, sont suffisamment connus. Mais ces proc&#233;d&#233;s ne repr&#233;sentent qu'une &#233;tape particuli&#232;re, d'une port&#233;e sans doute consid&#233;rable, du processus que nous analysons ici sur le plan de l'histoire universelle. La gravure sur bois du Moyen &#194;ge, est suivie de l'estampe et de l'eau-forte, puis, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, de la lithographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la lithographie, la technique de reproduction atteint un plan essentiellement nouveau. Ce proc&#233;d&#233; beaucoup plus imm&#233;diat, qui distingue la r&#233;plique d'un dessin sur une pierre de son incision sur un bloc de bois ou sur une planche de cuivre, permit &#224; l'art graphique d'&#233;couler sur le march&#233; ses productions, non seulement d'une mani&#232;re massive comme jusques alors, mais aussi sous forme de cr&#233;ations toujours nouvelles. Gr&#226;ce &#224; la lithographie, le dessin fut &#224; m&#234;me d'accompagner illustrativement la vie quotidienne. Il se mit &#224; aller de pair avec l'imprim&#233;. Mais la lithographie en &#233;tait encore &#224; ses d&#233;buts, quand elle se vit d&#233;pass&#233;e, quelques dizaines d'ann&#233;es apr&#232;s son invention, par celle de la photographie. Pour la premi&#232;re fois dans les proc&#233;d&#233;s reproductifs de l'image, la main se trouvait lib&#233;r&#233;e des obligations artistiques les plus importantes, qui d&#233;sormais incombaient &#224; l'&#339;il seul. Et comme l'&#339;il per&#231;oit plus rapidement que ne peut dessiner la main, le proc&#233;d&#233; de la reproduction de l'image se trouva acc&#233;l&#233;r&#233; &#224; tel point qu'il put aller de pair avec la parole. De m&#234;me que la lithographie contenait virtuellement le journal illustr&#233; ainsi la photographie, le film sonore. La reproduction m&#233;canis&#233;e du son fut amorc&#233;e &#224; la fin du si&#232;cle dernier. &lt;i&gt;Vers 1900, la reproduction m&#233;canis&#233;e avait atteint un standard o&#249; non seulement elle commen&#231;ait &#224; faire des oeuvres d'art du pass&#233; son objet et &#224; transformer par l&#224; m&#234;me leur action, mais encore atteignait &#224; une situation autonome les proc&#233;d&#233;s artistiques. Pour l'&#233;tude de ce standard, rien n'est plus r&#233;v&#233;lateur que la mani&#232;re dont ses deux manifestations diff&#233;rentes - reproduction de l'&#339;uvre d'art et art cin&#233;matographique - se r&#233;percut&#232;rent sur l'art dans sa forme traditionnelle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
A la reproduction m&#234;me la plus perfectionn&#233;e d'une oeuvre d'art, un facteur fait toujours d&#233;faut : son &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt;, son existence unique au lieu o&#249; elle se trouve. Sur cette existence unique, exclusivement, s'exer&#231;ait son histoire. Nous entendons par l&#224; autant les alt&#233;rations qu'elle peut subir dans sa structure physique, que les conditions toujours changeantes de propri&#233;t&#233; par lesquelles elle a pu passer. La trace des premi&#232;res ne saurait &#234;tre relev&#233;e que par des analyses chimiques qu'il est impossible d'op&#233;rer sur la reproduction ; les secondes sont l'objet d'une tradition dont la reconstitution doit prendre son point de d&#233;part au lieu m&#234;me o&#249; se trouve l'original.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt; de l'original forme le contenu de la notion de l'authenticit&#233;, et sur cette derni&#232;re repose la repr&#233;sentation d'une tradition qui a transmis jusqu'&#224; nos jours cet objet comme &#233;tant rest&#233; identique &#224; lui-m&#234;me. &lt;i&gt;Les composantes de l'authenticit&#233; se refusent &#224; toute reproduction, non pas seulement &#224; la reproduction m&#233;canis&#233;e&lt;/i&gt;. L'original, en regard de la reproduction manuelle, dont il faisait ais&#233;ment appara&#238;tre le produit comme faux, conservait toute son autorit&#233; ; or, cette situation privil&#233;gi&#233;e change en regard de la reproduction m&#233;canis&#233;e. Le motif en est double. Tout d'abord, la reproduction m&#233;canis&#233;e s'affirme avec plus d'ind&#233;pendance par rapport &#224; l'original que la reproduction manuelle. Elle peut, par exemple en photographie, r&#233;v&#233;ler des aspects de l'original accessibles non &#224; l'oeil nu, mais seulement &#224; l'objectif r&#233;glable et libre de choisir son champ et qui, &#224; l'aide de certains proc&#233;d&#233;s tels que l'agrandissement, capte des images qui &#233;chappent &#224; l'optique naturelle. En second lieu, la reproduction m&#233;canis&#233;e assure &#224; l'original l'ubiquit&#233; dont il est naturellement priv&#233;. Avant tout, elle lui permet de venir s'offrir &#224; la perception soit sous forme de photographie, soit sous forme de disque. La cath&#233;drale quitte son emplacement pour entrer dans le studio d'un amateur ; le ch&#339;ur ex&#233;cut&#233; en plein air ou dans une salle d'audition, retentit dans une chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces circonstances nouvelles peuvent laisser intact le contenu d'une oeuvre d'art - toujours est-il qu'elles d&#233;pr&#233;cient son &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt;. S'il est vrai que cela ne vaut pas exclusivement pour l'&#339;uvre d'art, mais aussi pour un paysage qu'un film d&#233;roule devant le spectateur, ce processus atteint l'objet d'art - en cela bien plus vuln&#233;rable que l'objet de la nature - en son centre m&#234;me : son authenticit&#233;. L'authenticit&#233; d'une chose int&#232;gre tout ce qu'elle comporte de transmissible de par son origine, sa dur&#233;e mat&#233;rielle comme son t&#233;moignage historique. Ce t&#233;moignage, reposant sur la mat&#233;rialit&#233;, se voit remis en question par la reproduction, d'o&#249; toute mat&#233;rialit&#233; s'est retir&#233;e. Sans doute seul ce t&#233;moignage est-il atteint, mais en lui l'autorit&#233; de la chose et son poids traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait r&#233;unir tous ces indices dans la notion d'&lt;i&gt;aura&lt;/i&gt; et dire : ce qui, dans l'&#339;uvre d'art, &#224; l'&#233;poque de la reproduction m&#233;canis&#233;e, d&#233;p&#233;rit, c'est son aura. Processus symptomatique dont la signification d&#233;passe de beaucoup le domaine de l'art. &lt;i&gt;La technique de reproduction - telle pourrait &#234;tre la formule g&#233;n&#233;rale - d&#233;tache la chose reproduite du domaine de la tradition. En multipliant sa reproduction, elle met &#224; la place de son unique existence son existence en s&#233;rie et, en permettant &#224; la reproduction de s'offrir en n'importe quelle situation au spectateur ou &#224; l'auditeur, elle actualise la chose reproduite&lt;/i&gt;. Ces deux proc&#232;s m&#232;nent &#224; un puissant bouleversement de la chose transmise, bouleversement de la tradition qui n'est que le revers de la crise et du renouvellement actuel de l'humanit&#233;. Ces deux proc&#232;s sont en &#233;troit rapport avec les mouvements de masse contemporains. Leur agent le plus puissant est le film. Sa signification sociale, m&#234;me consid&#233;r&#233;e dans sa fonction la plus positive, ne se con&#231;oit pas sans cette fonction destructive, cathartique : la liquidation de ia valeur traditionnelle de l'h&#233;ritage culturel. Ce ph&#233;nom&#232;ne est particuli&#232;rement tangible dans les grands films historiques. Il int&#232;gre &#224; son domaine des r&#233;gions toujours nouvelles. Et si Abel Gance, en 1927, s'&#233;crie avec enthousiasme : &#171; Shakespeare, Rembrandt, Beethoven feront du cin&#233;ma... Toutes les l&#233;gendes, toute la mythologie et tous les mythes, tous les fondateurs de religions et toutes les religions elles-m&#234;mes... attendent leur r&#233;surrection lumineuse, et les h&#233;ros se bousculent a nos portes pour entrer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abel GANCE : &#171; Le Temps de l'image est venu &#187; (L'art cin&#233;matographique, II, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il convie sans s'en douter &#224; une vaste liquidation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;&#192; de grands intervalles dans l'histoire, se transforme en m&#234;me temps que leur mode d'existence le mode de perception des soci&#233;t&#233;s humaines&lt;/i&gt;. La fa&#231;on dont le mode de perception s'&#233;labore (le m&#233;dium dans lequel elle s'accomplit) n'est pas seulement d&#233;termin&#233;e par la nature humaine, mais par les circonstances historiques. L'&#233;poque de l'invasion des Barbares, durant laquelle naquirent l'industrie artistique du Bas-Empire et la Gen&#232;se de Vienne, ne connaissait pas seulement un art autre que celui de l'Antiquit&#233;, mais aussi une perception autre. Les savants de l'&#201;cole viennoise, Riegl et Wickhoff, qui r&#233;habilit&#232;rent cet art longtemps d&#233;consid&#233;r&#233; sous l'influence des th&#233;ories classicistes, ont les premiers eu l'id&#233;e d'en tirer des conclusions quant au mode de perception particulier &#224; l'&#233;poque o&#249; cet art &#233;tait en honneur. Quelle qu'ait &#233;t&#233; la port&#233;e de leur p&#233;n&#233;tration, elle se trouvait limit&#233;e par le fait que ces savants se contentaient de relever les caract&#233;ristiques formelles de ce mode de perception. Ils n'ont pas essay&#233; - et peut-&#234;tre ne pouvaient esp&#233;rer - de montrer les bouleversements sociaux que r&#233;v&#233;laient les m&#233;tamorphoses de la perception. De nos jours, les conditions d'une recherche correspondante sont plus favorables et, si les transformations dans le m&#233;dium de la perception contemporaine peuvent se comprendre comme la d&#233;ch&#233;ance de l'aura, il est possible d'en indiquer les causes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce en somme que l'aura ? Une singuli&#232;re trame de temps et d'espace : apparition unique d'un lointain, si proche soit-il. L'homme qui, un apr&#232;s-midi d'&#233;t&#233;, s'abandonne &#224; suivre du regard le profil d'un horizon de montagnes ou la ligne d'une branche qui jette sur lui son ombre - cet homme respire l'aura de ces montagnes, de cette branche. Cette exp&#233;rience nous permettra de comprendre la d&#233;termination sociale de l'actuelle d&#233;ch&#233;ance de l'aura. Cette d&#233;ch&#233;ance est due &#224; deux circonstances, en rapport toutes deux avec la prise de conscience accentu&#233;e des masses et l'intensit&#233; croissante de leurs mouvements. Car : &lt;i&gt;la masse revendique que le monde lui soit rendu plus &lt;/i&gt;accessible&lt;i&gt; avec autant de passion qu'elle pr&#233;tend &#224; d&#233;pr&#233;cier l'unicit&#233; de tout ph&#233;nom&#232;ne en accueillant sa reproduction multiple&lt;/i&gt;. De jour en jour, le besoin s'affirme plus irr&#233;sistible de prendre possession imm&#233;diate de l'objet dans l'image, bien plus, dans sa reproduction. Aussi, telle que les journaux illustr&#233;s et les actualit&#233;s film&#233;es la tiennent &#224; disposition se distingue-t-elle immanquablement de l'image d'art. Dans cette derni&#232;re, l'unicit&#233; et la dur&#233;e sont aussi &#233;troitement confondues que la fugacit&#233; et la reproductibilit&#233; dans le clich&#233;. Sortir de son halo l'objet en d&#233;truisant son aura, c'est la marque d'une perception dont le sens du semblable dans le monde se voit intensifi&#233; &#224; tel point que, moyennant la reproduction, elle parvient &#224; standardiser l'unique. Ainsi se manifeste dans le domaine de la r&#233;ceptivit&#233; ce qui d&#233;j&#224;, dans le domaine de la th&#233;orie, fait l'importance toujours croissante de la statistique. L'action des masses sur la r&#233;alit&#233; et de la r&#233;alit&#233; sur les masses repr&#233;sente un processus d'une port&#233;e illimit&#233;e, tant pour la pens&#233;e que pour la r&#233;ceptivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
L'unicit&#233; de l'&#339;uvre d'art ne fait qu'un avec son int&#233;gration dans la tradition. Par ailleurs, cette tradition elle-m&#234;me est sans doute quelque chose de fort vivant, d'extraordinairement changeant en soi. Une antique statue de V&#233;nus &#233;tait autrement situ&#233;e, par rapport &#224; la tradition, chez les Grecs qui en faisaient l'objet d'un culte, que chez les clercs du Moyen &#194;ge qui voyaient en elle une idole malfaisante. Mais aux premiers comme aux seconds elle apparaissait dans tout son caract&#232;re d'unicit&#233;, en un mot dans son aura. La forme originelle d'int&#233;gration de l'&#339;uvre d'art dans la tradition se r&#233;alisait dans le culte. Nous savons que les oeuvres d'art les plus anciennes s'&#233;labor&#232;rent au service d'un rituel d'abord magique, puis religieux. Or, il est de la plus haute signification que le mode d'existence de l'&#339;uvre d'art d&#233;termin&#233; par l'aura ne se s&#233;pare jamais absolument de sa fonction rituelle. En d'autres termes : &lt;i&gt;la valeur unique de l'&#339;uvre d'art &#171; &lt;/i&gt;authentique &#187;&lt;i&gt; a sa base dans le rituel&lt;/i&gt;. Ce fond rituel, si recul&#233; soit-il, transpara&#238;t encore dans les formes les plus profanes du culte de la beaut&#233;. Ce culte, qui se d&#233;veloppe au cours de la Renaissance, reste en honneur pendant trois si&#232;cles - au bout desquels le premier &#233;branlement s&#233;rieux qu'il subit d&#233;c&#232;le ce fond. Lorsqu'&#224; l'av&#232;nement du premier mode de reproduction vraiment r&#233;volutionnaire, la photographie (simultan&#233;ment avec la mont&#233;e du socialisme), l'art &#233;prouve l'approche de la crise, devenue &#233;vidente un si&#232;cle plus tard, il r&#233;agit par la doctrine de l'art pour l'art, qui n'est qu'une th&#233;ologie de l'art. C'est d'elle qu'est ult&#233;rieurement issue une th&#233;ologie n&#233;gative sous forme de l'id&#233;e de l'art pur, qui refuse non seulement toute fonction sociale, mais encore toute d&#233;termination par n'importe quel sujet concret. (En po&#233;sie, Mallarm&#233; fut le premier &#224; atteindre cette position.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est indispensable de tenir compte de ces circonstances historiques dans une analyse ayant pour objet l'&#339;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproduction m&#233;canis&#233;e. Car elles annoncent cette v&#233;rit&#233; d&#233;cisive : la reproduction m&#233;canis&#233;e, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire universelle, &#233;mancipe l'&#339;uvre d'art de son existence parasitaire dans le rituel. Dans une mesure toujours accrue, l'&#339;uvre d'art reproduite devient reproduction d'une oeuvre d'art destin&#233;e &#224; la reproductibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les films, la reproductibilit&#233; ne d&#233;pend pas, comme pour les cr&#233;ations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un clich&#233; photographique, par exemple, permet le tirage de quantit&#233; d'&#233;preuves : en demander l'&#233;preuve authentique serait absurde. &lt;i&gt;Mais d&#232;s l'instant o&#249; le crit&#232;re d'authenticit&#233; cesse d'&#234;tre applicable &#224; la production artistique, l'ensemble de la fonction sociale de l'art se trouve renvers&#233;. &#192; son fond rituel doit se substituer un fond constitu&#233; par une pratique autre : la politique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il serait possible de repr&#233;senter l'histoire de l'art comme l'opposition de deux p&#244;les de l'&#339;uvre d'art m&#234;me, et de retracer la courbe de son &#233;volution en suivant les d&#233;placements du centre de gravit&#233; d'un p&#244;le &#224; l'autre. Ces deux p&#244;les sont sa valeur rituelle et sa valeur d'exposition. La production artistique commence par des images au service de la magie. Leur importance tient au fait m&#234;me d'exister, non au fait d'&#234;tre vues. L'&#233;lan que l'homme de l'&#226;ge de la pierre dessine sur les murs de sa grotte est un instrument de magie, qu'il n'expose que par hasard &#224; la vue d'autrui ; l'important serait tout au plus que les esprits voient cette image. La valeur rituelle exige presque que l'&#339;uvre d'art demeure cach&#233;e : certaines statues de dieux ne sont accessibles qu'au pr&#234;tre, certaines images de la Vierge restent voil&#233;es durant presque toute l'ann&#233;e, certaines sculptures des cath&#233;drales gothiques sont invisibles au spectateur au niveau du sol. &lt;i&gt;Avec l'&#233;mancipation des diff&#233;rents proc&#233;d&#233;s d'art au sein du rituel se multiplient pour l'&#339;uvre d'art les occasions de s'exposer&lt;/i&gt;. Un buste, que l'on peut envoyer &#224; tel ou tel endroit, est plus susceptible d'&#234;tre expos&#233; qu'une statue de dieu qui a sa place fix&#233;e dans l'enceinte du temple. Le tableau surpasse &#224; cet &#233;gard la mosa&#239;que ou la fresque qui le pr&#233;c&#233;d&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les diff&#233;rentes m&#233;thodes de reproduction de l'&#339;uvre d'art, son caract&#232;re d'&lt;i&gt;exposabilit&#233;&lt;/i&gt; s'est accru dans de telles proportions que le d&#233;placement quantitatif entre les deux p&#244;les se renverse, comme aux &#226;ges pr&#233;historiques, en transformation qualitative de son essence. De m&#234;me qu'aux &#226;ges pr&#233;historiques, l'&#339;uvre d'art, par le poids absolu de sa valeur rituelle, fut en premier lieu un instrument de magie dont on n'admit que plus tard le caract&#232;re artistique, de m&#234;me de nos jours, par le poids absolu de sa valeur d'exposition, elle devient une cr&#233;ation &#224; fonctions enti&#232;rement nouvelles - parmi lesquelles la fonction pour nous la plus famili&#232;re, la fonction artistique, se distingue en ce qu'elle sera sans doute reconnue plus tard accessoire. Du moins est-il patent que le film fournit les &#233;l&#233;ments les plus probants &#224; pareil pronostic. Il est en outre certain que la port&#233;e historique de cette transformation des fonctions de l'art, manifestement d&#233;j&#224; fort avanc&#233;e dans le film, permet la confrontation avec la pr&#233;histoire de mani&#232;re non seulement m&#233;thodologique mais mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
L'art de la pr&#233;histoire met ses notations plastiques au service de certaines pratiques, les pratiques magiques - qu'il s'agisse de tailler la figure d'un anc&#234;tre (cet acte &#233;tant en soi-m&#234;me magique) ; d'indiquer le mode d'ex&#233;cution de ces pratiques (la statue &#233;tant dans une attitude rituelle) ; ou enfin, de fournir un objet de contemplation magique (la contemplation de la statue s'effectuait selon les exigences d'une soci&#233;t&#233; &#224; technique encore confondue avec le rituel). Technique naturellement arri&#233;r&#233;e en comparaison de la technique m&#233;canique. Mais ce qui importe &#224; la consid&#233;ration dialectique, ce n'est pas l'inf&#233;riorit&#233; m&#233;canique de cette technique, mais sa diff&#233;rence de tendance d'avec la n&#244;tre - la premi&#232;re engageant l'homme autant que possible, la seconde le moins possible. L'exploit de la premi&#232;re, si l'on ose dire, est le sacrifice humain, celui de la seconde s'annoncerait dans l'avion sans pilote dirig&#233; &#224; distance par ondes hertziennes. &lt;i&gt;Une fois pour toutes&lt;/i&gt; - ce fut la devise de la premi&#232;re technique (soit la faute irr&#233;parable, soit le sacrifice de la vie &#233;ternellement exemplaire). &lt;i&gt;Une fois n'est rien&lt;/i&gt; - c'est la devise de la seconde technique (dont l'objet est de reprendre, en les variant inlassablement, ses exp&#233;riences). L'origine de la seconde technique doit &#234;tre cherch&#233;e dans le moment o&#249;, guid&#233; par une ruse inconsciente, l'homme s'appr&#234;ta pour la premi&#232;re fois &#224; se distancer de la nature. En d'autres termes : la seconde technique naquit dans le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le s&#233;rieux et le jeu, la rigueur et la d&#233;sinvolture se m&#234;lent intimement dans l'&#339;uvre d'art, encore qu'&#224; diff&#233;rents degr&#233;s. Ceci implique que l'art est solidaire de la premi&#232;re comme de la seconde technique. Sans doute les termes : &lt;i&gt;domination des forces naturelles&lt;/i&gt; n'expriment-ils le but de la technique moderne que de fa&#231;on fort discutable ; ils appartiennent encore au langage de la premi&#232;re technique. Celle-ci visait r&#233;ellement &#224; un asservissement de la nature - la seconde bien plus &#224; une harmonie de la nature et de l'humanit&#233;. La fonction sociale d&#233;cisive de l'art actuel consiste en l'initiation de l'humanit&#233; &#224; ce jeu &#171; &lt;i&gt;harmonien&lt;/i&gt; &#187;. Cela vaut surtout pour le film. &lt;i&gt;Le film sert &#224; exercer l'homme &#224; la perception et &#224; la r&#233;action d&#233;termin&#233;es par la pratique d'un &#233;quipement technique dont le r&#244;le dans sa vie ne cesse de cro&#238;tre en importance&lt;/i&gt;. Ce r&#244;le lui enseignera que son asservissement momentan&#233; &#224; cet outillage ne fera place &#224; l'affranchissement par ce m&#234;me outillage que lorsque la structure &#233;conomique de l'humanit&#233; se sera adapt&#233;e aux nouvelles forces productives mises en mouvement par la seconde technique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le but m&#234;me des r&#233;volutions est d'acc&#233;l&#233;rer cette adaptation. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Dans la photographie, la valeur d'exposition commence &#224; refouler sur toute la ligne la valeur rituelle&lt;/i&gt;. Mais celle-ci ne c&#232;de pas le terrain sans r&#233;sister. Elle se retire dans un ultime retranchement : la face humaine. Ce n'est point par hasard que le portrait se trouve &#234;tre l'objet principal de la premi&#232;re photographie. Le culte du souvenir des &#234;tres aim&#233;s, absents ou d&#233;funts, offre au sens rituel de l'&#339;uvre d'art un dernier refuge. Dans l'expression fugitive d'un visage humain, sur d'anciennes photographies, l'aura semble jeter un dernier &#233;clat. C'est ce qui fait leur incomparable beaut&#233;, toute charg&#233;e de m&#233;lancolie. Mais sit&#244;t que la figure humaine tend &#224; dispara&#238;tre de la photographie, la valeur d'exposition s'y affirme comme sup&#233;rieure &#224; la valeur rituelle. Le fait d'avoir situ&#233; ce processus dans les rues de Paris 1900, en les photographiant d&#233;sertes, constitue toute l'importance des clich&#233;s d'Atget. Avec raison, on a dit qu'il les photographiait comme le lieu d'un crime. Le lieu du crime est d&#233;sert. On le photographie pour y relever des indices. Dans le proc&#232;s de l'histoire, les photographies d'Atget prennent la valeur de pi&#232;ces &#224; conviction. C'est ce qui leur donne une signification politique cach&#233;e. Les premi&#232;res, elles exigent une compr&#233;hension dans un sens d&#233;termin&#233;. Elles ne se pr&#234;tent plus &#224; un regard d&#233;tach&#233;. Elles inqui&#232;tent celui qui les contemple : il sent que pour les p&#233;n&#233;trer, il lui faut certains chemins ; il a d&#233;j&#224; suivi pareils chemins dans les journaux illustr&#233;s. De vrais ou de faux - n'importe. Ce n'est que dans ces illustr&#233;s que les l&#233;gendes sont devenues obligatoires. Et il est clair qu'elles ont un tout autre caract&#232;re que les titres de tableaux. Les directives que donnent &#224; l'amateur d'images les l&#233;gendes bient&#244;t se feront plus pr&#233;cises et plus imp&#233;ratives dans le film, o&#249; l'interpr&#233;tation de chaque image est d&#233;termin&#233;e par la succession de toutes les pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Les Grecs ne connaissaient que deux proc&#233;d&#233;s de reproduction m&#233;canis&#233;e de l'oeuvre d'art : le moulage et la frappe. Les bronzes, les terracottes et les m&#233;dailles &#233;taient les seules oeuvres d'art qu'ils pussent produire en s&#233;rie. Tout le reste restait unique et techniquement irreproductible. Aussi ces oeuvres devaient-elles &#234;tre faites pour l'&#233;ternit&#233;. &lt;i&gt;Les Grecs se voyaient contraints, de par la situation m&#234;me de leur technique, de cr&#233;er un art de &#171; valeurs &#233;ternelles &#187;&lt;/i&gt;. C'est &#224; cette circonstance qu'est due leur position exclusive dans l'histoire de l'art, qui devait servir aux g&#233;n&#233;rations suivantes de point de rep&#232;re. Nul doute que la n&#244;tre ne soit aux antipodes des Grecs. Jamais auparavant les oeuvres d'art ne furent &#224; un tel degr&#233; m&#233;caniquement reproductibles. Le film offre l'exemple d'une forme d'art dont le caract&#232;re est pour la premi&#232;re fois int&#233;gralement d&#233;termin&#233; par sa reproductibilit&#233;. Il serait oiseux de comparer les particularit&#233;s de cette forme &#224; celles de l'art grec. Sur un point cependant, cette comparaison est instructive. Par le film est devenue d&#233;cisive une qualit&#233; que les Grecs n'eussent sans doute admise qu'en dernier lieu ou comme la plus n&#233;gligeable de l'art : la perfectibilit&#233; de l'&#339;uvre d'art. Un film achev&#233; n'est rien moins qu'une cr&#233;ation d'un seul jet ; il se compose d'une succession d'images parmi lesquelles le monteur fait son choix - images qui de la premi&#232;re &#224; la derni&#232;re prise de vue avaient &#233;t&#233; &#224; volont&#233; retouchables. Pour monter son &lt;i&gt;Opinion publique&lt;/i&gt;, film de 3 000 m&#232;tres, Chaplin en tourne 125 000. &lt;i&gt;Le film est donc l'&#339;uvre d'art la plus perfectible, et cette perfectibilit&#233; proc&#232;de directement de son renoncement radical &#224; toute &#171; valeur d'&#233;ternit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Ce qui ressort de la contre-&#233;preuve : les Grecs, dont l'art &#233;tait astreint &#224; la production de &#171; valeurs &#233;ternelles &#187;, avaient plac&#233; au sommet de la hi&#233;rarchie des arts la forme d'art la moins susceptible de perfectibilit&#233;, la sculpture, dont les productions sont litt&#233;ralement tout d'une pi&#232;ce. La d&#233;cadence de la sculpture &#224; l'&#233;poque des oeuvres d'art montables appara&#238;t comme in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IX&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
La dispute qui s'ouvrit, au cours du XIXe si&#232;cle, entre la peinture et la photographie, quant &#224; la valeur artistique de leurs productions respectives, appara&#238;t de nos jours confuse et d&#233;pass&#233;e. Cela n'en diminue du reste nullement la port&#233;e, et pourrait au contraire la souligner. En fait, cette querelle &#233;tait le sympt&#244;me d'un bouleversement historique de port&#233;e universelle dont ni l'une ni l'autre des deux rivales ne jugeaient toute la port&#233;e. L'&#232;re de la reproductibilit&#233; m&#233;canis&#233;e s&#233;parant l'art de son fondement rituel, l'apparence de son autonomie s'&#233;vanouit &#224; jamais. Cependant le changement des fonctions de l'art qui en r&#233;sultait d&#233;passait les limites des perspectives du si&#232;cle. Et m&#234;me, la signification en &#233;chappait encore au XXe si&#232;cle - qui vit la naissance du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si l'on s'&#233;tait auparavant d&#233;pens&#233; en vaines subtilit&#233;s pour r&#233;soudre ce probl&#232;me : la photographie est-elle ou n'est-elle pas un art ? - sans s'&#234;tre pr&#233;alablement demand&#233; si l'invention m&#234;me de la photographie n'avait pas, du tout au tout, renvers&#233; le caract&#232;re fondamental de l'art - les th&#233;oriciens du cin&#233;ma &#224; leur tour s'attaqu&#232;rent &#224; cette question pr&#233;matur&#233;e&lt;/i&gt;. Or, les difficult&#233;s que la photographie avait suscit&#233;es &#224; l'esth&#233;tique traditionnelle n'&#233;taient que jeux d'enfant au regard de celles que lui pr&#233;parait le film. D'o&#249; l'aveuglement obstin&#233; qui caract&#233;rise les premi&#232;res th&#233;ories cin&#233;matographiques. C'est ainsi qu'Abel Gance, par exemple, pr&#233;tend : &#171; Nous voil&#224;, par un prodigieux retour en arri&#232;re, revenus sur le plan d'expression des Egyptiens... Le langage des images n'est pas encore au point parce que nos yeux ne sont pas encore faits pour elles. Il n'y a pas encore assez de respect, de culte pour ce qu'elles expriment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abel GANCE, Op. Cit., pp. 100-101.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; S&#233;verin-Mars &#233;crit : &#171; Quel art eut un r&#234;ve plus hautain, plus po&#233;tique &#224; la fois et plus r&#233;el. Consid&#233;r&#233; ainsi, le cin&#233;matographe deviendrait un moyen d'expression tout &#224; fait exceptionnel, et dans son atmosph&#232;re ne devraient se mouvoir que des personnages de la pens&#233;e la plus sup&#233;rieure aux moments les plus parfaits et les plus myst&#233;rieux de leur course&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;verin-Mars, cit&#233; par Abel GANCE, Op. Cit., p. 100.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Alexandre Arnoux de son c&#244;t&#233; achevant une fantaisie sur le film muet, va m&#234;me jusqu'&#224; demander : &#171; En somme, tous les termes hasardeux que nous venons d'employer ne d&#233;finissent-ils pas la pri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre ARNOUX, Cin&#233;ma, Paris, 1929, p. 28.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187; Il est significatif de constater combien leur d&#233;sir de classer le cin&#233;ma parmi les arts, pousse ces th&#233;oriciens &#224; faire entrer brutalement dans le film des &#233;l&#233;ments rituels. Et pourtant, &#224; l'&#233;poque de ces sp&#233;culations, des oeuvres telles que L'&lt;i&gt;Opinion publique&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Ru&#233;e vers l'or&lt;/i&gt; se projetaient sur tous les &#233;crans. Ce qui n'emp&#234;che pas Gance de se servir de la comparaison des hi&#233;roglyphes, ni S&#233;verin-Mars de parler du film comme des peintures de Fra Angelico. Il est caract&#233;ristique qu'aujourd'hui encore des auteurs conservateurs cherchent l'importance du film, sinon dans le sacral, du moins dans le surnaturel. Commentant la r&#233;alisation du &lt;i&gt;Songe d'une nuit d'&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, par Reinhardt, Werfel constate que c'est sans aucun doute la st&#233;rile copie du monde ext&#233;rieur avec ses rues, ses int&#233;rieurs, ses gares, ses restaurants, ses autos et ses plages qui a jusqu'&#224; pr&#233;sent entrav&#233; l'essor du film vers le domaine de l'art. &#171; Le film n'a pas encore saisi son vrai sens, ses v&#233;ritables possibilit&#233;s... Celles-ci consistent dans sa facult&#233; sp&#233;cifique d'exprimer par des moyens naturels et avec une incomparable force de persuasion tout ce qui est f&#233;erique, merveilleux et surnaturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franz WERFEL, &#8222;Ein Sommernachtstraum. Ein Film von Shakespeare und (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;X&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Photographier un tableau est un mode de reproduction ; photographier un &#233;v&#233;nement fictif dans un studio en est un autre. Dans le premier cas, la chose reproduite est une oeuvre d'art, sa reproduction ne l'est point. Car l'acte du photographe r&#233;glant l'objectif ne cr&#233;e pas davantage une oeuvre d'art que celui du chef d'orchestre dirigeant une symphonie. Ces actes repr&#233;sentent tout au plus des performances artistiques. Il en va autrement de la prise de vue au studio. Ici la chose reproduite n'est d&#233;j&#224; plus oeuvre d'art, et la reproduction l'est tout aussi peu que dans le premier cas. L'&#339;uvre d'art proprement dite ne s'&#233;labore qu'au fur et &#224; mesure que s'effectue le d&#233;coupage. D&#233;coupage dont chaque partie int&#233;grante est la reproduction d'une sc&#232;ne qui n'est oeuvre d'art ni par elle-m&#234;me ni par la photographie. Que sont donc ces &#233;v&#233;nements reproduits dans le film, s'il est clair que ce ne sont point des oeuvres d'art ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse devra tenir compte du travail particulier de l'interpr&#232;te de film. Il se distingue de l'acteur de th&#233;&#226;tre en ceci que son jeu qui sert de base &#224; la reproduction, s'effectue, non devant un public fortuit, mais devant un comit&#233; de sp&#233;cialistes qui, en qualit&#233; de directeur de production, metteur en sc&#232;ne, op&#233;rateur, ing&#233;nieur du son ou de l'&#233;clairage, etc., peuvent &#224; tout instant intervenir personnellement dans son jeu. II s'agit ici d'un indice social de grande importance. L'intervention d'un comit&#233; de sp&#233;cialistes dans une performance donn&#233;e est caract&#233;ristique du travail sportif et, en g&#233;n&#233;ral, de l'ex&#233;cution d'un test. Pareille intervention d&#233;termine en fait tout le processus de la production du film. On sait que pour de nombreux passages de la bande, on tourne des variantes. Par exemple, un cri peut donner lieu &#224; divers enregistrements. Le monteur proc&#232;de alors &#224; une s&#233;lection &#233;tablissant ainsi une sorte de record. Un &#233;v&#233;nement fictif tourn&#233; dans un studio se distingue donc de l'&#233;v&#233;nement r&#233;el correspondant comme se distinguerait la projection d'un disque sur une piste, dans un concours sportif, de la projection du m&#234;me disque au m&#234;me endroit, sur la m&#234;me trajectoire, si cela avait lieu pour tuer un homme. Le premier acte serait l'ex&#233;cution d'un test, mais non le second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'&#233;preuve de test soutenue par un interpr&#232;te de l'&#233;cran est d'un ordre tout &#224; fait unique. En quoi consiste-t-elle ? &#192; d&#233;passer certaine limite qui restreint &#233;troitement la valeur sociale d'&#233;preuves de test. Nous rappellerons qu'il ne s'agit point ici d'&#233;preuve sportive, mais uniquement d'&#233;preuves de tests m&#233;canis&#233;s. Le sportsman ne conna&#238;t pour ainsi dire que les tests naturels. Il se mesure aux &#233;preuves que la nature lui fixe, non &#224; celles d'un appareil quelconque - &#224; quelques exceptions pr&#233;s, tel Nurmi qui, dit-on, &#171; courait contre la montre &#187;. Entre-temps, le processus du travail, surtout depuis sa normalisation par le syst&#232;me de la cha&#238;ne, soumet tous les jours d'innombrables ouvriers &#224; d'innombrables &#233;preuves de tests m&#233;canis&#233;s. Ces &#233;preuves s'&#233;tablissent automatiquement : est &#233;limin&#233; qui ne peut les soutenir. Par ailleurs, ces &#233;preuves sont ouvertement pratiqu&#233;es par les instituts d'orientation professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ces &#233;preuves pr&#233;sentent un inconv&#233;nient consid&#233;rable : &#224; la diff&#233;rence des &#233;preuves sportives, elles ne se pr&#234;tent pas &#224; l'exposition dans la mesure d&#233;sirable. C'est l&#224;, justement qu'intervient le film. &lt;i&gt;Le film rend l'ex&#233;cution d'un test susceptible d'&#234;tre expos&#233;e en faisant de cette exposabilit&#233; m&#234;me un test&lt;/i&gt;. Car interpr&#232;te de l'&#233;cran ne joue pas devant un public, mais devant un appareil enregistreur. Le directeur de prise de vue, pourrait-on dire, occupe exactement la m&#234;me place que le contr&#244;leur du test lors de l'examen d'aptitude professionnelle. Jouer sous les feux des sunlights tout en satisfaisant aux exigences du microphone, c'est l&#224; une performance de premier ordre. S'en acquitter, c'est pour l'acteur garder toute son humanit&#233; devant les appareils enregistreurs. Pareille performance pr&#233;sente un immense int&#233;r&#234;t. Car c'est sous le contr&#244;le d'appareils que le plus grand nombre des habitants des villes, dans les comptoirs comme dans les fabriques, doivent durant la journ&#233;e de travail abdiquer leur humanit&#233;. Le soir venu, ces m&#234;mes masses remplissent les salles de cin&#233;ma pour assister &#224; la revanche que prend pour elles l'interpr&#232;te de l'&#233;cran, non seulement en affirmant son humanit&#233; (ou ce qui en tient lieu) face &#224; l'appareil, mais en mettant ce dernier au service de son propre triomphe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XI&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Pour le film, il importe bien moins que l'interpr&#232;te repr&#233;sente quelqu'un d'autre aux yeux du public que lui-m&#234;me devant l'appareil. L'un des premiers &#224; sentir cette m&#233;tamorphose que l'&#233;preuve de test fait subir &#224; l'interpr&#232;te fut Pirandello. Les remarques qu'il fait &#224; ce sujet dans son roman &lt;i&gt;On tourne&lt;/i&gt;, encore qu'elles fassent uniquement ressortir l'aspect n&#233;gatif de la question, et que Pirandello ne parle que du film muet, gardent toute leur valeur. Car le film sonore n'y a rien chang&#233; d'essentiel. La chose d&#233;cisive est qu'il s'agit de jouer devant un appareil dans le premier cas, devant deux dans le second. &#171; Les acteurs de cin&#233;ma, &#233;crit Pirandello, se sentent comme en exil. En exil non seulement de la sc&#232;ne, mais encore d'eux-m&#234;mes. Ils remarquent confus&#233;ment, avec une sensation de d&#233;pit, d'ind&#233;finissable vide et m&#234;me de faillite, que leur corps est presque subtilis&#233;, supprim&#233;, priv&#233; de sa r&#233;alit&#233;, de sa vie, de sa voix, du bruit qu'il produit en se remuant, pour devenir une image muette qui tremble un instant sur l'&#233;cran et dispara&#238;t en silence... La petite machine jouera devant le public avec leurs ombres, et eux, ils doivent se contenter de jouer devant elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luigi PIRANDELLO : On tourne, cit&#233; par L&#233;on PIERRE-QUINT, &#171; Signification du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait pourrait aussi se caract&#233;riser comme suit : pour la premi&#232;re fois - et c'est l&#224; l'&#339;uvre du film - l'homme se trouve mis en demeure de vivre et d'agir totalement de sa propre personne, tout en renon&#231;ant du m&#234;me coup &#224; son aura. Car l'aura d&#233;pend de son &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt;. Il n'en existe nulle reproduction, nulle r&#233;plique. L'aura qui, sur la sc&#232;ne, &#233;mane de Macbeth, le public l'&#233;prouve n&#233;cessairement comme celui de l'acteur jouant ce r&#244;le. La singularit&#233; de la prise de vues au studio tient &#224; ce que l'appareil se substitue au public. Avec le public dispara&#238;t l'aura qui environne l'interpr&#232;te et avec celui de l'interpr&#232;te l'aura de son personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'un dramaturge tel que Pirandello, en caract&#233;risant l'interpr&#232;te de l'&#233;cran, touche involontairement au fond m&#234;me de la crise dont nous voyons le th&#233;&#226;tre atteint. &#192; l'&#339;uvre exclusivement con&#231;ue pour la technique de reproduction - telle que le film - ne saurait en effet s'opposer rien de plus d&#233;cisif que l'&#339;uvre sc&#233;nique. Toute consid&#233;ration plus approfondie le confirme. Les observateurs sp&#233;cialis&#233;s ont depuis longtemps reconnu que c'est &#171; presque toujours en &lt;i&gt;jouant&lt;/i&gt; le moins possible que l'on obtient les plus puissants effets cin&#233;matographiques... &#187; . D&#232;s 1932, Arnheim consid&#232;re &#171; comme dernier progr&#232;s du film de n'y tenir l'acteur que pour un accessoire choisi en raison de ses caract&#233;ristiques... et que l'on intercale au bon endroit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rudolf ARNHEIM, Der Film als Kunst, Berlin, 1932, pp. 176-177.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &#192; cela se rattache &#233;troitement autre chose&lt;i&gt;. L 'acteur de sc&#232;ne s'identifie au caract&#232;re de son r&#244;le. L'interpr&#232;te d'&#233;cran n 'en a pas toujours la possibilit&#233;&lt;/i&gt;. Sa cr&#233;ation n'est nullement tout d'une pi&#232;ce ; elle se compose de nombreuses cr&#233;ations distinctes. A part certaines circonstances fortuites telles que la location du studio, le choix et la mobilisation des partenaires, la confection des d&#233;cors et autres accessoires, ce sont d'&#233;l&#233;mentaires n&#233;cessit&#233;s de machinerie qui d&#233;composent le jeu de l'acteur en une s&#233;rie de cr&#233;ations montables. II s'agit avant tout de l'&#233;clairage dont l'installation oblige &#224; filmer un &#233;v&#233;nement qui, sur l'&#233;cran, se d&#233;roulera en une sc&#232;ne rapide et unique, en une suite de prises de vues distinctes qui peuvent parfois se prolonger des heures durant au studio. Sans m&#234;me parler de truquages plus frappants. Si un saut, du haut d'une fen&#234;tre &#224; l'&#233;cran, peut fort bien s'effectuer au studio du haut d'un &#233;chafaudage, la sc&#232;ne de la fuite qui succ&#232;de au saut ne se tournera, au besoin, que plusieurs semaines plus tard au cours des prises d'ext&#233;rieurs. Au reste, l'on reconstitue ais&#233;ment des cas encore plus paradoxaux. Admettons que l'interpr&#232;te doive sursauter apr&#232;s des coups frapp&#233;s &#224; une porte. Ce sursaut n'est-il pas r&#233;alis&#233; &#224; souhait, le metteur en sc&#232;ne peut recourir &#224; quelque exp&#233;dient : profiter d'une pr&#233;sence occasionnelle de l'interpr&#232;te au studio pour faire &#233;clater un coup de feu. L'effroi v&#233;cu, spontan&#233; de l'interpr&#232;te, enregistr&#233; &#224; son insu, pourra s'intercaler dans la bande. Rien ne montre avec tant de plasticit&#233; que l'art s'est &#233;chapp&#233; du domaine de la belle apparence, qui longtemps passa pour le seul o&#249; il p&#251;t prosp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Dans la repr&#233;sentation de l'image de l'homme par l'appareil, l'ali&#233;nation de l'homme par lui-m&#234;me trouve une utilisation hautement productive&lt;/i&gt;. On en mesurera toute l'&#233;tendue au fait que le sentiment d'&#233;tranget&#233; de l'interpr&#232;te devant l'objectif, d&#233;crit par Pirandello, est de m&#234;me origine que le sentiment d'&#233;tranget&#233; de l'homme devant son image dans le miroir - sentiment que les romantiques aimaient &#224; p&#233;n&#233;trer. Or, d&#233;sormais cette image r&#233;fl&#233;chie de l'homme devient s&#233;parable de lui, transportable - et o&#249; ? Devant la masse. &#201;videmment, l'interpr&#232;te de l'&#233;cran ne cesse pas un instant d'en avoir conscience. Durant qu'il se tient devant l'objectif, il sait qu'il aura &#224; faire en derni&#232;re instance &#224; la masse des spectateurs. Ce march&#233; que constitue la masse, o&#249; il viendra offrir non seulement sa puissance de travail, mais encore son physique, il lui est aussi impossible de se le repr&#233;senter que pour un article d'usine. Cette circonstance ne contribuerait-elle pas, comme l'a remarqu&#233; Pirandello, &#224; cette oppression, &#224; cette angoisse nouvelle qui l'&#233;treint devant l'objectif ? &#192; cette nouvelle angoisse correspond, comme de juste, un triomphe nouveau : celui de la star. Favoris&#233; par le capital du film, le culte de la vedette conserve ce charme de la personnalit&#233; qui depuis longtemps n'est que le faux rayonnement de son essence mercantile. Ce culte trouve son compl&#233;ment dans le culte du public, culte qui favorise la mentalit&#233; corrompue de masse que les r&#233;gimes autoritaires cherchent &#224; substituer &#224; sa conscience de classe. Si tout se conformait au capital cin&#233;matographique, le processus s'arr&#234;terait &#224; l'ali&#233;nation de soi-m&#234;me, chez l'artiste de l'&#233;cran comme chez les spectateurs. Mais la technique du film pr&#233;vient cet arr&#234;t : elle pr&#233;pare le renversement dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XIII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il appartient &#224; la technique du film comme &#224; celle du sport que tout homme assiste plus ou moins en connaisseur &#224; leurs exhibitions. Pour s'en rendre compte, il suffit d'entendre un groupe de jeunes porteurs de journaux appuy&#233;s sur leurs bicyclettes, commenter les r&#233;sultats de quelque course cycliste ; en ce qui concerne le film, les actualit&#233;s prouvent assez nettement qu'un chacun peut se trouver film&#233;. Mais la question n'est pas la. &lt;i&gt;Chaque homme aujourd'hui a le droit d'&#234;tre film&#233;&lt;/i&gt;. Ce droit, la situation historique de la vie litt&#233;raire actuelle permettrait de le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant des si&#232;cles, les conditions d&#233;terminantes de la vie litt&#233;raire affrontaient un petit nombre d'&#233;crivains &#224; des milliers de lecteurs. La fin du si&#232;cle dernier vit se produire un changement. Avec l'extension croissante de la presse, qui ne cessait de mettre de nouveaux organes politiques, religieux, scientifiques, professionnels et locaux &#224; la disposition des lecteurs, un nombre toujours plus grand de ceux-ci se trouv&#232;rent engag&#233;s occasionnellement dans la litt&#233;rature. Cela d&#233;buta avec les bo&#238;tes aux lettres que la presse quotidienne ouvrit &#224; ses lecteurs - si bien que, de nos jours, il n'y a gu&#232;re de travailleur europ&#233;en qui ne se trouve &#224; m&#234;me de publier quelque part ses observations personnelles sur le travail sous forme de reportage ou n'importe quoi de cet ordre. La diff&#233;rence entre auteur et public tend ainsi &#224; perdre son caract&#232;re fondamental. Elle n'est plus que fonctionnelle, elle peut varier d'un cas &#224; l'autre. Le lecteur est &#224; tout moment pr&#234;t &#224; passer &#233;crivain. En qualit&#233; de sp&#233;cialiste qu'il a d&#251; tant bien que mal devenir dans un processus de travail diff&#233;renci&#233; &#224; l'extr&#234;me - et le f&#251;t-il d'un infime emploi - il peut &#224; tout moment acqu&#233;rir la qualit&#233; d'auteur. Le travail lui-m&#234;me prend la parole. Et sa repr&#233;sentation par le mot fait partie int&#233;grante du pouvoir n&#233;cessaire &#224; son ex&#233;cution. Les comp&#233;tences litt&#233;raires ne se fondent plus sur une formation sp&#233;cialis&#233;e, mais sur une polytechnique et deviennent par l&#224; bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela vaut &#233;galement pour le film, o&#249; les d&#233;calages qui avaient mis des si&#232;cles &#224; se produire dans la vie litt&#233;raire se sont effectu&#233;s au cours d'une dizaine d'ann&#233;es. Car dans la pratique cin&#233;matographique - et surtout dans la pratique russe - ce d&#233;calage s'est en partie d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;. Un certain nombre d'interpr&#232;tes des films sovi&#233;tiques ne sont point des acteurs au sens occidental du mot, mais des hommes jouant leur propre r&#244;le - tout premi&#232;rement leur r&#244;le dans le processus du travail. En Europe occidentale, l'exploitation du film par le capital cin&#233;matographique interdit &#224; l'homme de faire valoir son droit &#224; se montrer dans ce r&#244;le. Au reste, le ch&#244;mage l'interdit &#233;galement, qui exclut de grandes masses de la production dans le processus de laquelle elles trouveraient surtout un droit &#224; se voir reproduites. Dans ces conditions, l'industrie cin&#233;matographique a tout int&#233;r&#234;t &#224; stimuler la masse par des repr&#233;sentations illusoires et des sp&#233;culations &#233;quivoques. &#192; cette fin, elle a mis en branle un puissant appareil publicitaire : elle a tir&#233; parti de la carri&#232;re et de la vie amoureuse des stars, elle a organis&#233; des pl&#233;biscites et des concours de beaut&#233;. Elle exploite ainsi un &#233;l&#233;ment dialectique de formation de la masse. L'aspiration de l'individu isol&#233; &#224; se mettre &#224; la place de la star, c'est-&#224;-dire &#224; se d&#233;gager de la masse, est pr&#233;cis&#233;ment ce qui agglom&#232;re les masses spectatrices des projections. C'est de cet int&#233;r&#234;t tout priv&#233; que joue l'industrie cin&#233;matographique pour corrompre l'int&#233;r&#234;t originel justifi&#233; des masses pour le film.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XIV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
La prise de vues et surtout l'enregistrement d'un film offrent une sorte de spectacle telle qu'on n'en avait jamais vue auparavant. Spectacle qu'on ne saurait regarder d'un point quelconque sans que tous les auxiliaires &#233;trangers &#224; la mise en sc&#232;ne m&#234;me - appareils d'enregistrement, d'&#233;clairage, &#233;tat-major d'assistants - ne tombent dans le champ visuel (&#224; moins que la pupille du spectateur fortuit ne co&#239;ncide avec l'objectif). Ce simple fait suffit seul &#224; rendre superficielle et vaine toute comparaison entre enregistrement au studio et r&#233;p&#233;tition th&#233;&#226;trale. De par son principe, le th&#233;&#226;tre conna&#238;t le point d'o&#249; l'illusion de l'action ne peut &#234;tre d&#233;truite. Ce point n'existe pas vis-&#224;-vis de la sc&#232;ne de film qu'on enregistre. La nature illusionniste du film est une nature au second degr&#233; - r&#233;sultat du d&#233;coupage. Ce qui veut dire : &lt;i&gt;au studio l'&#233;quipement technique a si profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233; la r&#233;alit&#233; que celle-ci n'appara&#238;t dans le film d&#233;pouill&#233;e de l'outillage que gr&#226;ce &#224; une proc&#233;dure particuli&#232;re - &#224; savoir l'angle de prise de vues par la cam&#233;ra et le montage de cette prise avec d'autres de m&#234;me ordre&lt;/i&gt;. Dans le monde du film la r&#233;alit&#233; n'appara&#238;t d&#233;pouill&#233;e des appareils que par le plus grand des artifices et la r&#233;alit&#233; imm&#233;diate s'y pr&#233;sente comme la fleur bleue au pays de la Technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces donn&#233;es, ainsi bien distinctes de celles du th&#233;&#226;tre, peuvent &#234;tre confront&#233;es de mani&#232;re encore plus r&#233;v&#233;latrice avec celles de la peinture. II nous faut ici poser cette question : quelle est la situation de l'op&#233;rateur par rapport au peintre ? Pour y r&#233;pondre, nous nous permettrons de tirer parti de la notion d'op&#233;rateur, usuelle en chirurgie. Or, le chirurgien se tient &#224; l'un des p&#244;les d'un univers dont l'autre est occup&#233; par le magicien. Le comportement du magicien qui gu&#233;rit un malade par imposition des mains diff&#232;re de celui du chirurgien qui proc&#232;de &#224; une intervention dans le corps du malade. Le magicien maintient la distance naturelle entre le patient et lui ou, plus exactement, s'il ne la diminue - par l'imposition des mains - que tr&#232;s peu, il l'augmente - par son autorit&#233; - de beaucoup. Le chirurgien fait exactement l'inverse : il diminue de beaucoup la distance entre lui et le patient -en p&#233;n&#233;trant &#224; l'int&#233;rieur du corps de celui-ci -et ne l'augmente que de peu -par la circonspection avec laquelle se meut sa main parmi les organes. Bref, &#224; la diff&#233;rence du mage (dont le caract&#232;re est encore inh&#233;rent au praticien), le chirurgien s'abstient au moment d&#233;cisif d'adopter le comportement d'homme &#224; homme vis-&#224;-vis du malade : c'est op&#233;ratoirement qu'il le p&#233;n&#232;tre plut&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peintre est &#224; l'op&#233;rateur ce qu'est le mage au chirurgien. Le peintre conserve dans son travail une distance normale vis-&#224;-vis de la r&#233;alit&#233; de son sujet - par contre le cameraman p&#233;n&#232;tre profond&#233;ment les tissus de la r&#233;alit&#233; donn&#233;e. Les images obtenues par l'un et par l'autre r&#233;sultent de proc&#232;s absolument diff&#233;rents. L'image du peintre est totale, celle du cameraman faite de fragments multiples coordonn&#233;s selon une loi nouvelle. &lt;i&gt;C'est ainsi que, de ces deux modes de repr&#233;sentation de la r&#233;alit&#233; - la peinture et le film - le dernier est pour l'homme actuel incomparablement le plus significatif, parce qu'il obtient de la r&#233;alit&#233; un aspect d&#233;pouill&#233; de tout appareil - aspect que l'homme est en droit d'attendre de l'&#339;uvre d'art pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; une p&#233;n&#233;tration intensive du r&#233;el par les appareils&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;La reproduction m&#233;canis&#233;e de l'&#339;uvre d'art modifie la fa&#231;on de r&#233;agir de la masse vis-&#224;-vis de l'art. De r&#233;trograde qu'elle se montre devant un Picasso par exemple, elle se fait le public le plus progressiste en face d'un Chaplin&lt;/i&gt;. Ajoutons que, dans tout comportement progressiste, le plaisir &#233;motionnel et spectaculaire se confond imm&#233;diatement et intimement avec l'attitude de l'expert. C'est l&#224; un indice social important. Car plus l'importance sociale d'un art diminue, plus s'affirme dans le public le divorce entre l'attitude critique et le plaisir pur et simple. On go&#251;te sans critiquer le conventionnel - on critique avec d&#233;go&#251;t le v&#233;ritablement nouveau. Il n'en est pas de m&#234;me au cin&#233;ma. La circonstance d&#233;cisive y est en effet celle-ci : les r&#233;actions des individus isol&#233;s, dont la somme constitue la r&#233;action massive du public, ne se montrent nulle part ailleurs plus qu'au cin&#233;ma d&#233;termin&#233;es par leur multiplication imminente. Tout en se manifestant, ces r&#233;actions se contr&#244;lent. Ici, la comparaison &#224; la peinture s'impose une fois de plus. Jadis, le tableau n'avait pu s'offrir qu'&#224; la contemplation d'un seul ou de quelques-uns. La contemplation simultan&#233;e de tableaux par un grand public, telle qu'elle s'annonce au XIXe si&#232;cle, est un sympt&#244;me pr&#233;coce de la crise de la peinture, qui ne fut point exclusivement provoqu&#233;e par la photographie mais, d'une mani&#232;re relativement ind&#233;pendante de celle-ci, par la tendance de l'&#339;uvre d'art &#224; rallier les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le tableau n'a jamais pu devenir l'objet d'une r&#233;ception collective, ainsi que ce fut le cas de tout temps pour l'architecture, jadis pour le po&#232;me &#233;pique, aujourd'hui pour le film. Et, si peu que cette circonstance puisse se pr&#234;ter &#224; des conclusions quant au r&#244;le social de la peinture, elle n'en repr&#233;sente pas moins une lourde entrave &#224; un moment o&#249; le tableau, dans les conditions en quelque sorte contraires &#224; sa nature, se voit directement confront&#233; avec les masses. Dans les &#233;glises et les monast&#232;res du Moyen &#194;ge, ainsi que dans les cours des princes jusqu'&#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, la r&#233;ception collective des oeuvres picturales ne s'effectuait pas simultan&#233;ment sur une &#233;chelle &#233;gale, mais par une entremise infiniment gradu&#233;e et hi&#233;rarchis&#233;e. Le changement qui s'est produit depuis n'exprime que le conflit particulier dans lequel la peinture s'est vue impliqu&#233;e par la reproduction m&#233;canis&#233;e du tableau. Encore qu'on entrepr&#238;t de l'exposer dans les galeries et les salons, la masse ne pouvait gu&#232;re s'y contr&#244;ler et s'organiser comme le fait, &#224; la faveur de ses r&#233;actions, le public du cin&#233;ma. Aussi le m&#234;me public qui r&#233;agit dans un esprit progressiste devant un film burlesque, doit-il n&#233;cessairement r&#233;agir dans un esprit r&#233;trograde en face de n'importe quelle production du surr&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XVI&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Parmi les fonctions sociales du film, la plus importante consiste &#224; &#233;tablir l'&#233;quilibre entre l'homme et l'&#233;quipement technique. Cette t&#226;che, le film ne l'accomplit pas seulement par la mani&#232;re dont l'homme peut s'offrir aux appareils, mais aussi par la mani&#232;re dont il peut &#224; l'aide de ses appareils se repr&#233;senter le monde environnant. Si le film, en relevant par ses gros plans dans l'inventaire du monde ext&#233;rieur des d&#233;tails g&#233;n&#233;ralement cach&#233;s d'accessoires familiers, en explorant des milieux banals sous la direction g&#233;niale de l'objectif, &#233;tend d'une part notre compr&#233;hension aux mille d&#233;terminations dont d&#233;pend notre existence, il parvient d'autre part &#224; nous ouvrir un champ d'action immense et insoup&#231;onn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos bistros et nos avenues de m&#233;tropoles, nos bureaux et chambres meubl&#233;es, nos gares et nos usines paraissaient devoir nous enfermer sans espoir d'y &#233;chapper jamais. Vint le film, qui fit sauter ce monde-prison par la dynamite des dixi&#232;mes de seconde, si bien que d&#233;sormais, au milieu de ses ruines et d&#233;bris au loin projet&#233;s, nous faisons insoucieusement d'aventureux voyages. Sous la prise de vues &#224; gros plan s'&#233;tend l'espace, sous le temps de pose se d&#233;veloppe le mouvement. De m&#234;me que dans l'agrandissement il s'agit bien moins de rendre simplement pr&#233;cis ce qui sans cela garderait un aspect vague que de mettre en &#233;vidence des formations structurelles enti&#232;rement nouvelles de la mati&#232;re, il s'agit moins de rendre par le temps de pose des motifs de mouvement que de d&#233;celer plut&#244;t dans ces mouvements connus, au moyen du ralenti, des mouvements inconnus &#171; qui, loin de repr&#233;senter des ralentissements de mouvements rapides, font l'effet de mouvements singuli&#232;rement glissants, a&#233;riens, surnaturels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rudolf ARNHEIM, Op. Cit., p. 138.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient ainsi tangible que la nature qui parle &#224; la cam&#233;ra, est autre que celle qui parle aux yeux. Autre surtout en ce sens qu'&#224; un espace consciemment explor&#233; par l'homme se substitue un espace qu'il a inconsciemment p&#233;n&#233;tr&#233;. S'il n'y a rien que d'ordinaire au fait de se rendre compte, d'une mani&#232;re plus ou moins sommaire, de la d&#233;marche d'un homme, on ne sait encore rien de son maintien dans la fraction de seconde d'une enjamb&#233;e. Le geste de saisir le briquet ou la cuiller nous est-il aussi conscient que familier, nous ne savons n&#233;anmoins rien de ce qui se passe alors entre la main et le m&#233;tal, sans parler m&#234;me des fluctuations dont ce processus inconnu peut &#234;tre susceptible en raison de nos diverses dispositions psychiques. C'est ici qu'intervient la cam&#233;ra avec tous ses moyens auxiliaires, ses chutes et ses ascensions, ses interruptions et ses isolements, ses extensions et ses acc&#233;l&#233;rations, ses agrandissements et ses rapetissements. C'est elle qui nous initie &#224; l'inconscient optique comme la psychanalyse &#224; l'inconscient pulsionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, les rapports les plus &#233;troits existent entre ces deux formes de l'inconscient, car les multiples aspects que l'appareil enregistreur peut d&#233;rober &#224; la r&#233;alit&#233; se trouvent pour une grande part exclusivement en dehors du spectre normal de la perception sensorielle. Nombre des alt&#233;rations et st&#233;r&#233;otypes, des transformations et des catastrophes que le monde visible peut subir dans le film l'affectent r&#233;ellement dans les psychoses, les hallucinations et les r&#234;ves. Les d&#233;formations de la cam&#233;ra sont autant de proc&#233;d&#233;s gr&#226;ce auxquels la perception collective s'approprie les modes de perception du psychopathe et du r&#234;veur. Ainsi, dans l'antique v&#233;rit&#233; h&#233;raticlienne - les hommes &#224; l'&#233;tat de veille ont un seul monde commun &#224; tous, mais pendant le sommeil chacun retourne &#224; son propre monde - le film a fait une br&#232;che, et notamment moins par des repr&#233;sentations du monde onirique que par la cr&#233;ation de figures puis&#233;es dans le r&#234;ve collectif, telles que Mickey Mouse, faisant vertigineusement le tour du globe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si l'on se rend compte des dangereuses tensions que la technique rationnelle a engendr&#233;es au sein de l'&#233;conomie capitaliste devenue depuis longtemps irrationnelle, on reconna&#238;tra par ailleurs que cette m&#234;me technique a cr&#233;&#233;, contre certaines psychoses collectives, des moyens d'immunisation, &#224; savoir certains films. Ceux-ci, parce qu'ils pr&#233;sentent des fantasmes sadiques et des images d&#233;lirantes masochistes de mani&#232;re artificiellement forc&#233;e, pr&#233;viennent la maturation naturelle de ces troubles dans les masses, particuli&#232;rement expos&#233;es en raison des formes actuelles de l'&#233;conomie&lt;/i&gt;. L'hilarit&#233; collective repr&#233;sente l'explosion pr&#233;matur&#233;e et salutaire de pareilles psychoses collectives. Les &#233;normes quantit&#233;s d'incidents grotesques qui sont consomm&#233;es dans le film sont un indice frappant des dangers qui menacent l'humanit&#233; du fond des pulsions refoul&#233;es par la civilisation actuelle. Les films burlesques am&#233;ricains et les bandes de Disney d&#233;clenchent un dynamitage de l'inconscient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est vrai qu'une analyse int&#233;grale de ces films ne devrait pas taire leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leur pr&#233;curseur avait &#233;t&#233; l'excentrique. Dans les nouveaux champs ouverts par le film, il avait &#233;t&#233; le premier &#224; s'installer. C'est ici que se situe la figure historique de Chaplin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XVII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
L'une des t&#226;ches les plus importantes de l'art a &#233;t&#233; de tout temps d'engendrer une demande dont l'enti&#232;re satisfaction devait se produire &#224; plus ou moins longue &#233;ch&#233;ance. L'histoire de toute forme d'art conna&#238;t des &#233;poques critiques o&#249; cette forme aspire &#224; des effets qui ne peuvent s'obtenir sans contrainte qu'&#224; base d'un standard technique transform&#233;, c'est-&#224;-dire dans une forme d'art nouvelle. Les extravagances et les crudit&#233;s de l'art, qui se produisent ainsi particuli&#232;rement dans les soi-disant &#233;poques d&#233;cadentes, surgissent en r&#233;alit&#233; de son foyer cr&#233;ateur le plus riche. De pareils barbarismes ont en de pareilles heures fait la joie du dada&#239;sme. Ce n'est qu'&#224; pr&#233;sent que son impulsion devient d&#233;terminable : &lt;i&gt;le dada&#239;sme essaya d'engendrer, par des moyens picturaux et litt&#233;raires, les effets que le public cherche aujourd'hui dans le film&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cr&#233;ation de demande fonci&#232;rement nouvelle, grosse de cons&#233;quences, portera au-del&#224; de son but. C'est ce qui se produisait pour les dadaistes, au point qu'ils sacrifiaient les valeurs n&#233;gociables, exploit&#233;es avec tant de succ&#232;s par le cin&#233;ma, en ob&#233;issant &#224; des instances dont, bien entendu, ils ne se rendaient pas compte. Les dada&#239;stes s'appuy&#232;rent beaucoup moins sur l'utilit&#233; mercantile de leurs oeuvres que sur l'impropri&#233;t&#233; de celles-ci au recueillement contemplatif. Pour atteindre a cette impropri&#233;t&#233;, la d&#233;gradation pr&#233;m&#233;dit&#233;e de leur mat&#233;riel ne fut pas leur moindre moyen. Leurs po&#232;mes sont, comme disent les psychiatres allemands, des salades de mots, faites de tournures obsc&#232;nes et de tous les d&#233;chets imaginables du langage. Il en est de m&#234;me de leurs tableaux, sur lesquels ils ajustaient des boutons et des tickets. Ce qu'ils obtinrent par de pareils moyens, fut une impitoyable destruction de l'aura m&#234;me de leurs cr&#233;ations, auxquelles ils appliquaient, avec les moyens de la production, la marque infamante de la reproduction. Il est impossible, devant un tableau d'Arp ou un po&#232;me d'August Stramm, de prendre le temps de se recueillir et d'appr&#233;cier comme en face d'une toile de Derain ou d'un po&#232;me de Rilke. Au recueillement qui, dans la d&#233;ch&#233;ance de la bourgeoisie, devint un exercice de comportement asocial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'arch&#233;type th&#233;ologique de ce recueillement est la conscience d'&#234;tre seul &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'oppose la distraction en tant qu'initiation &#224; de nouveaux modes d'attitude sociale. Aussi, les manifestations dada&#239;stes assur&#232;rent-elles une distraction fort v&#233;h&#233;mente en faisant de l'&#339;uvre d'art le centre d'un scandale. Il s'agissait avant tout de satisfaire &#224; cette exigence : provoquer un outrage public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tentation pour l'&#339;il ou de s&#233;duction pour l'oreille que l'&#339;uvre &#233;tait auparavant, elle devint projectile chez les dada&#239;stes. Spectateur ou lecteur, on en &#233;tait atteint. L'&#339;uvre d'art acquit une qualit&#233; traumatique. Elle a ainsi favoris&#233; la demande de films, dont l'&#233;l&#233;ment distrayant est &#233;galement en premi&#232;re ligne traumatisant, bas&#233; qu'il est sur les changements de lieu et de plan qui assaillent le spectateur par &#224;-coups. Que l'on compare la toile sur laquelle se d&#233;roule le film &#224; la toile du tableau ; l'image sur la premi&#232;re se transforme, mais non l'image sur la seconde. Cette derni&#232;re invite le spectateur &#224; la contemplation. Devant elle, il peut s'abandonner &#224; ses associations. I1 ne le peut devant une prise de vue. &#192; peine son oeil l'a-t-elle saisi que d&#233;j&#224; elle s'est m&#233;tamorphos&#233;e. Elle ne saurait &#234;tre fix&#233;e. Duhamel, qui d&#233;teste le film, mais non sans avoir saisi quelques &#233;l&#233;ments de sa structure, commente ainsi cette circonstance : &#171; Je ne peux d&#233;j&#224; plus penser ce que je veux. Les images mouvantes se substituent &#224; mes propres pens&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges DUHAMEL, Sc&#232;nes de la vie future, Paris, 1930, p. 52.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le processus d'association de celui qui contemple ces images est aussit&#244;t interrompu par leurs transformations. C'est ce qui constitue le choc traumatisant du film qui, comme tout traumatisme, demande &#224; &#234;tre amorti par une attention soutenue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le film repr&#233;sente la forme d'art correspondant au danger de mort accentu&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Par son m&#233;canisme m&#234;me, le film a rendu leur caract&#232;re physique aux traumatismes moraux pratiqu&#233;s par le dada&#239;sme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XVIII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
La masse est la matrice o&#249;, &#224; l'heure actuelle, s'engendre l'attitude nouvelle vis-&#224;-vis de l'&#339;uvre d'art. La quantit&#233; se transmue en qualit&#233; &lt;i&gt; : les masses beaucoup plus grandes de participants ont produit un mode transform&#233; de participation&lt;/i&gt;. Le fait que ce mode se pr&#233;sente d'abord sous une forme d&#233;cri&#233;e ne doit pas induire en erreur et, cependant, il n'en a pas manqu&#233; pour s'en prendre avec passion &#224; cet aspect superficiel du probl&#232;me. Parmi ceux-ci, Duhamel s'est exprim&#233; de la mani&#232;re la plus radicale. Le principal grief qu'il fait au film est le mode de participation qu'il suscite chez les masses. Duhamel voit dans le film &#171; un divertissement d'&#238;lotes, un passe-temps d'illettr&#233;s, de cr&#233;atures mis&#233;rables, ahuris par leur besogne et leurs soucis..., un spectacle qui ne demande aucun effort, qui ne suppose aucune suite dans les id&#233;es..., n'&#233;veille au fond des c&#339;urs aucune lumi&#232;re, n'excite aucune esp&#233;rance, sinon celle, ridicule d'&#234;tre un jour &#034;star&#034; &#224; Los-Angeles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges DUHAMEL, op. cit., p. 58.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, c'est au fond toujours la vieille plainte que les masses ne cherchent qu'&#224; se distraire, alors que l'art exige le recueillement. C'est l&#224; un lieu commun. Reste &#224; savoir s'il est apte &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me. Celui qui se recueille devant l'&#339;uvre d'art s'y plonge : il y p&#233;n&#232;tre comme ce peintre chinois qui disparut dans le pavillon peint sur le fond de son paysage. Par contre, la masse, de par sa distraction m&#234;me, recueille l'&#339;uvre d'art dans son sein, elle lui transmet son rythme de vie, elle l'embrasse de ses flots. L'architecture en est un exemple des plus saisissants. De tout temps elle offrit le prototype d'un art dont la r&#233;ception r&#233;serv&#233;e &#224; la collectivit&#233; s'effectuait dans la distraction. Les lois de cette r&#233;ception sont des plus r&#233;v&#233;latrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les architectures ont accompagn&#233; l'humanit&#233; depuis ses origines. Nombre de genres d'art se sont &#233;labor&#233;s pour s'&#233;vanouir. La trag&#233;die na&#238;t avec les Grecs pour s'&#233;teindre avec eux ; seules les r&#232;gles en ressuscit&#232;rent, des si&#232;cles plus tard. Le po&#232;me &#233;pique, dont l'origine remonte &#224; l'enfance des peuples, s'&#233;vanouit en Europe au sortir de la Renaissance. Le tableau est une cr&#233;ation du Moyen &#194;ge, et rien ne semble garantir &#224; ce mode de peinture une dur&#233;e illimit&#233;e. Par contre, le besoin humain de se loger demeure constant. L'architecture n'a jamais ch&#244;m&#233;. Son histoire est plus ancienne que celle de n'importe quel art, et il est utile de tenir compte toujours de son genre d'influence quand on veut comprendre le rapport des masses avec l'art. Les constructions architecturales sont l'objet d'un double mode de r&#233;ception : l'usage et la perception, ou mieux encore : le toucher et la vue. On ne saurait juger exactement la r&#233;ception de l'architecture en songeant au recueillement des voyageurs devant les &#233;difices c&#233;l&#232;bres. Car il n'existe rien dans la perception tactile qui corresponde &#224; ce qu'est la contemplation dans la perception optique. La r&#233;ception tactile s'effectue moins par la voie de l'attention que par celle de l'habitude. En ce qui concerne l'architecture, l'habitude d&#233;termine dans une large mesure m&#234;me la r&#233;ception optique. Elle aussi, de par son essence, se produit bien moins dans une attention soutenue que dans une impression fortuite. Or, ce mode de r&#233;ception, &#233;labor&#233; au contact de l'architecture, a dans certaines circonstances acquis une valeur canonique. Car : &lt;i&gt;les t&#226;ches qui, aux tournants de l'histoire, ont &#233;t&#233; impos&#233;es &#224; la perception humaine ne sauraient gu&#232;re &#234;tre r&#233;solues par la simple optique, c'est-&#224;-dire la contemplation. Elles ne sont que progressivement surmont&#233;es par l'habitude d'une optique approximativement tactile&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'habituer, le distrait le peut aussi. Bien plus : ce n'est que lorsque nous surmontons certaines t&#226;ches dans la distraction que nous sommes s&#251;rs de les r&#233;soudre par l'habitude. Au moyen de la distraction qu'il est &#224; m&#234;me de nous offrir, l'art &#233;tablit &#224; notre insu jusqu'&#224; quel point de nouvelles taches de la perception sont devenues solubles. Et comme, pour l'individu isol&#233;, la tentation subsiste toujours de se soustraire &#224; de pareilles t&#226;ches, l'art saura s'attaquer aux plus difficiles et aux plus importantes toutes les fois qu'il pourra mobiliser des masses. Il le fait actuellement par le film. &lt;i&gt;La r&#233;ception dans la distraction, qui s'affirme avec une croissante intensit&#233; dans tous les domaines de l'art et repr&#233;sente le sympt&#244;me de profondes transformations de la perception, a trouv&#233; dans le film son propre champ d'exp&#233;rience&lt;/i&gt;. Le film s'av&#232;re ainsi l'objet actuellement le plus important de cette science de la perception que les Grecs avaient nomm&#233;e l'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XIX&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
La prol&#233;tarisation croissante de l'homme d'aujourd'hui, ainsi que la formation croissante de masses, ne sont que les deux aspects du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne. L'&#201;tat totalitaire essaye d'organiser les masses prol&#233;taris&#233;es nouvellement constitu&#233;es, sans toucher aux conditions de propri&#233;t&#233;, &#224; l'abolition desquelles tendent ces masses. Il voit son salut dans le fait de permettre &#224; ces masses l'expression de leur &#171; nature &#187;, non pas certes celle de leurs droits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit ici de souligner une circonstance technique significative, surtout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les masses tendent &#224; la transformation des conditions de propri&#233;t&#233;. L'&#201;tat totalitaire cherche &#224; donner une expression &#224; cette tendance tout en maintenant les conditions de propri&#233;t&#233;. En d'autres termes : &lt;i&gt;l'&#201;tat totalitaire aboutit n&#233;cessairement &#224; une esth&#233;tisation de la vie politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tous les efforts d'esth&#233;tisation politique culminent en un point. Ce point, c'est la guerre moderne&lt;/i&gt;. La guerre, et rien que la guerre permet de fixer un but aux mouvements de masses les plus vastes, en conservant les conditions de propri&#233;t&#233;. Voil&#224; comment se pr&#233;sente l'&#233;tat de choses du point de vue politique. Du point de vue technique, il se pr&#233;senterait ainsi : seule la guerre permet de mobiliser la totalit&#233; des moyens techniques de l'&#233;poque actuelle en maintenant les conditions de propri&#233;t&#233;. Il est &#233;vident que l'apoth&#233;ose de la guerre par l'&#233;tat totalitaire ne se sert pas de pareils arguments, et cependant il sera profitable d'y jeter un coup d'&#339;il. Dans le manifeste de Marinetti sur la guerre italo-&#233;thiopienne, il est dit : &#171; Depuis vingt-sept ans, nous autres futuristes nous nous &#233;levons contre l'affirmation que la guerre n'est pas esth&#233;tique... Aussi sommes-nous amen&#233;s &#224; constater... La guerre est belle, parce que gr&#226;ce aux masques &#224; gaz, aux terrifiants m&#233;gaphones, aux lance-flammes et aux petits tanks, elle fonde la supr&#233;matie de L'homme sur la machine subjugu&#233;e. La guerre est belle, parce qu'elle inaugure la m&#233;tallisation r&#234;v&#233;e du corps humain. La guerre est belle, parce qu'elle enrichit un pr&#233; fleuri des flamboyantes orchid&#233;es des mitrailleuses. La guerre est belle, parce qu'elle unit les coups de fusils, les canonnades, les pauses du feu, les parfums et les odeurs de la d&#233;composition dans une symphonie. La guerre est belle, parce qu'elle cr&#233;e de nouvelles architectures telle celle des grands tanks, des escadres g&#233;om&#233;triques d'avions, des spirales de fum&#233;e s'&#233;levant des villages en flammes, et beaucoup d'autres choses encore... Po&#232;tes et artistes du Futurisme... souvenez-vous de ces principes d'une esth&#233;tique de la guerre, afin que votre lutte pour une po&#233;sie et une plastique nouvelle... en soit &#233;clair&#233;e ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manifeste a l'avantage de la nettet&#233;. Sa fa&#231;on de poser la question m&#233;rite d'&#234;tre adopt&#233;e par le dialecticien. &#192; ses yeux, l'esth&#233;tique de la guerre contemporaine se pr&#233;sente de la mani&#232;re suivante. Lorsque l'utilisation naturelle des forces de production est retard&#233;e et refoul&#233;e par l'ordre de la propri&#233;t&#233;, l'intensification de la technique, des rythmes de la vie, des g&#233;n&#233;rateurs d'&#233;nergie tend &#224; une utilisation contre-nature. Elle la trouve dans la guerre, qui par ses destructions vient prouver que la soci&#233;t&#233; n'&#233;tait pas m&#251;re pour faire de la technique son organe, que la technique n'&#233;tait pas assez d&#233;velopp&#233;e pour juguler les forces sociales &#233;l&#233;mentaires. La guerre moderne, dans ses traits les plus immondes, est d&#233;termin&#233;e par le d&#233;calage entre les puissants moyens de production et leur utilisation insuffisante dans le processus de la production (en d'autres termes, par le ch&#244;mage et le manque de d&#233;bouch&#233;s). &lt;i&gt;Dans cette guerre, la technique insurg&#233;e pour avoir &#233;t&#233; frustr&#233;e par la soci&#233;t&#233; de son mat&#233;riel naturel extorque des dommages-int&#233;rets au mat&#233;riel humain&lt;/i&gt;. Au lieu de canaliser des cours d'eau, elle remplit ses tranch&#233;es de flots humains. Au lieu d'ensemencer la terre du haut de ses avions, elle y s&#232;me l'incendie. Et dans ses laboratoires chimiques elle a trouv&#233; un proc&#233;d&#233; nouveau et imm&#233;diat pour supprimer l'aura.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Fiat ars, pereat mundus&lt;/i&gt; &#187;, dit la th&#233;orie totalitaire de l'&#233;tat qui, de l'aveu de Marinetti, attend de la guerre la saturation artistique de la perception transform&#233;e par la technique. C'est apparemment l&#224; le parach&#232;vement de l'art pour l'art. L'humanit&#233;, qui jadis avec Hom&#232;re avait &#233;t&#233; objet de contemplation pour les dieux olympiens, l'est maintenant devenue pour elle-m&#234;me. Son ali&#233;nation d'elle-m&#234;me par elle-m&#234;me a atteint ce degr&#233; qui lui fait vivre sa propre destruction comme une sensation esth&#233;tique &#171; de tout premier ordre &#187;. Voil&#224; o&#249; en est l'esth&#233;tisation de la politique perp&#233;tr&#233;e par les doctrines totalitaires. Les forces constructives de l'humanit&#233; y r&#233;pondent par la politisation de l'art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abel GANCE : &#171; Le Temps de l'image est venu &#187; (L'art cin&#233;matographique, II, Paris, 1927. pp. 94-96).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les films, la reproductibilit&#233; ne d&#233;pend pas, comme pour les cr&#233;ations litt&#233;raires et picturales, d'une condition ext&#233;rieure &#224; leur diffusion massive. La reproductibilit&#233; m&#233;canis&#233;e des films est inh&#233;rente &#224; la technique m&#234;me de leur production. Cette technique, non seulement permet la diffusion massive de la mani&#232;re la plus imm&#233;diate, mais la d&#233;termine bien plut&#244;t. Elle la d&#233;termine du fait m&#234;me que la production d'un film exige de tels frais que l'individu, s'il peut encore se payer un tableau, ne pourra jamais s'offrir un film. En 1927, on a pu &#233;tablir que, pour couvrir tous ses frais, un grand film devait disposer d'un public de neuf millions de spectateurs. Il est vrai que la cr&#233;ation du film sonore a d'abord amen&#233; un recul de la diffusion internationale - son public s'arr&#234;tant &#224; la fronti&#232;re des langues. Cela co&#239;ncida avec la revendication d'int&#233;r&#234;ts nationaux par les r&#233;gimes autoritaires. Aussi est-il plus important d'insister sur ce rapport &#233;vident avec les pratiques des r&#233;gimes autoritaires, que sur les restrictions r&#233;sultant de la langue mais bient&#244;t lev&#233;es par la synchronisation. La simultan&#233;it&#233; des deux ph&#233;nom&#232;nes proc&#232;de de la crise &#233;conomique. Les m&#234;mes troubles qui, sur le plan g&#233;n&#233;ral, ont abouti &#224; la tentative de maintenir par la force les conditions de propri&#233;t&#233;, ont d&#233;termin&#233; les capitaux des producteurs &#224; h&#226;ter l'&#233;laboration du film sonore. L'av&#233;nement de ce dernier amena une d&#233;tente passag&#232;re, non seulement parce que le film sonore se cr&#233;a un nouveau public, mais parce qu'il rendit de nouveaux capitaux de l'industrie &#233;lectrique solidaires des capitaux de production cin&#233;matographique. Ainsi, consid&#233;r&#233; de l'ext&#233;rieur, le film sonore a favoris&#233; les int&#233;r&#234;ts nationaux, mais, vu de l'int&#233;rieur, il a contribu&#233; &#224; internationaliser la production du film encore davantage que ses conditions ant&#233;rieures de production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le but m&#234;me des r&#233;volutions est d'acc&#233;l&#233;rer cette adaptation. Les r&#233;volutions sont les innervations de l'&#233;l&#233;ment collectif ou, plus exactement, les tentatives d'innervation de la collectivit&#233; qui pour la premi&#232;re fois trouve ses organes dans la seconde technique. Cette technique constitue un syst&#232;me qui exige que les forces sociales &#233;l&#233;mentaires soient subjugu&#233;es pour que puisse s'&#233;tablir un jeu harmonien entre les forces naturelles et l'homme. Et de m&#234;me qu'un enfant qui apprend &#224; saisir tend la main vers la lune comme vers une balle &#224; sa port&#233;e l'humanit&#233;, dans ses tentatives d'innervation, envisage, &#224; c&#244;t&#233; des buts accessibles, d'autres qui ne sont d'abord qu'utopiques. Car ce n'est pas seulement la seconde technique qui, dans les r&#233;volutions, annonce les revendications qu'elle adressera &#224; la soci&#233;t&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que cette technique ne vise qu'&#224; lib&#233;rer davantage l'homme de ses corv&#233;es que l'individu voit tout d'un coup son champ d'action s'&#233;tendre, incommensurable. Dans ce champ, il ne sait encore s'orienter. Mais il y affirme d&#233;j&#224; ses revendications. Car plus l'&#233;l&#233;ment collectif s'approprie sa seconde technique, plus l'individu &#233;prouve combien limit&#233;, sous l'emprise de la premi&#232;re technique, avait &#233;t&#233; le domaine de ses possibilit&#233;s. Bref, c'est l'individu particulier, &#233;mancip&#233; par la liquidation de la premi&#232;re technique, qui revendique ses droits. Or, la seconde technique est &#224; peine assur&#233;e de ses premi&#232;res acquisitions r&#233;volutionnaires, que d&#233;j&#224; les instances vitales de l'individu, r&#233;prim&#233;es du fait de la premi&#232;re technique l'amour et la mort aspirent &#224; s'imposer avec une nouvelle vigueur. L'&#339;uvre de Fourier constitue l'un des plus importants documents historiques de cette revendication.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abel GANCE, Op. Cit., pp. 100-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;verin-Mars, cit&#233; par Abel GANCE, Op. Cit., p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre ARNOUX, Cin&#233;ma, Paris, 1929, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Franz WERFEL, &#8222;Ein Sommernachtstraum. Ein Film von Shakespeare und Reinhardt&#8220;, Neues Wiener Journal, cit&#233; par Lu, 15 novembre 1935.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luigi PIRANDELLO : On tourne, cit&#233; par L&#233;on PIERRE-QUINT, &#171; Signification du cin&#233;ma &#187; (L'Art cin&#233;matographique, II, Paris, 1927, pp. 14-15).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rudolf ARNHEIM, Der Film als Kunst, Berlin, 1932, pp. 176-177.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rudolf ARNHEIM, Op. Cit., p. 138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est vrai qu'une analyse int&#233;grale de ces films ne devrait pas taire leur sens antith&#233;tique. Elle devrait partir du sens antith&#233;tique de ces &#233;l&#233;ments qui donnent une sensation de comique et d'horreur &#224; la fois. Le comique et l'horreur, ainsi que le prouvent les r&#233;actions des enfants, voisinent &#233;troitement. Et pourquoi n'aurait-on pas le droit de se demander, en face de certains faits, laquelle de ces deux r&#233;actions, dans un cas donn&#233;, est la plus humaine ? Quelques-unes des plus r&#233;centes bandes de Mickey Mouse justifient pareille question. Ce qui, &#224; la lumi&#232;re de nouvelles bandes de Disney, appara&#238;t nettement, se trouvait d&#233;j&#224; annonc&#233; dans maintes bandes plus anciennes : faire accepter de gaiet&#233; de c&#339;ur la brutalit&#233; et la violence comme des caprices du sort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'arch&#233;type th&#233;ologique de ce recueillement est la conscience d'&#234;tre seul &#224; seul avec son Dieu. Par cette conscience, &#224; l'&#233;poque de splendeur de la bourgeoisie, s'est fortifi&#233;e la libert&#233; de secouer la tutelle cl&#233;ricale. &#192; l'&#233;poque de sa d&#233;ch&#233;ance, ce comportement pouvait favoriser la tendance latente &#224; soustraire aux affaires de la communaut&#233; les forces puissantes que l'individu isol&#233; mobilise dans sa fr&#233;quentation de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges DUHAMEL, Sc&#232;nes de la vie future, Paris, 1930, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le film repr&#233;sente la forme d'art correspondant au danger de mort accentu&#233; dans lequel vivent les hommes d'aujourd'hui. Il correspond &#224; des transformations profondes dans les modes de perception transformations telles qu'&#233;prouve, sur le plan de l'existence priv&#233;e, tout pi&#233;ton des grandes villes et, sur le plan historique universel, tout homme r&#233;solu &#224; lutter pour un ordre vraiment humain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges DUHAMEL, op. cit., p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit ici de souligner une circonstance technique significative, surtout en ce qui concerne les actualit&#233;s cin&#233;matographiques. A une reproduction massive r&#233;pond particuli&#232;rement une reproduction des masses. Dans les grands cort&#232;ges de f&#234;te, les assembl&#233;es monstres, les organisations de masse du sport et de la guerre, qui tous sont aujourd'hui offerts aux appareils enregistreurs, la masse se regarde elle-m&#234;me dans ses propres yeux. Ce processus, dont l'importance ne saurait &#234;tre surestim&#233;e, d&#233;pend &#233;troitement du d&#233;veloppement de la technique de reproduction, et particuli&#232;rement d'enregistrement. Les mouvements de masse se pr&#233;sentent plus nettement aux appareils enregistreurs qu'&#224; l'&#339;il nu. Des rassemblements de centaines de mille hommes se laissent le mieux embrasser &#224; vol d'oiseau et, encore que cette perspective soit aussi accessible &#224; l'&#339;il nu qu'&#224; l'appareil enregistreur, l'image qu'en retient l'&#339;il n'est pas susceptible de l'agrandissement que peut subir la prise de vue. Ce qui veut dire que des mouvements de masse, et en premier lieu la guerre moderne, repr&#233;sentent une forme de comportement humain particuli&#232;rement accessible aux appareils enregistreurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fragment th&#233;ologico-politique (1920-21)</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Fragment-theologico-politique-1920-21</link>
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		<dc:date>2007-05-06T08:09:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin, Walter</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Seul le messie lui-m&#234;me ach&#232;ve tout devenir historique, en ce sens que seul il rach&#232;te, ach&#232;ve, cr&#233;e la relation de ce devenir avec l'&#233;l&#233;ment messianique lui-m&#234;me. C'est pourquoi aucune r&#233;alit&#233; historique ne peut d'elle-m&#234;me vouloir se rapporter au plan messianique. C'est pourquoi le royaume de Dieu n'est pas le telos de la dunamis historique ; il ne peut &#234;tre pos&#233; comme but. Historiquement, il n'est pas un but il est un terme. C'est pourquoi l'ordre du profane ne peut &#234;tre b&#226;ti sur l'id&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Benjamin-" rel="directory"&gt;Benjamin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Seul le messie lui-m&#234;me ach&#232;ve tout devenir historique, en ce sens que seul il rach&#232;te, ach&#232;ve, cr&#233;e la relation de ce devenir avec l'&#233;l&#233;ment messianique lui-m&#234;me. C'est pourquoi aucune r&#233;alit&#233; historique ne peut d'elle-m&#234;me vouloir se rapporter au plan messianique. C'est pourquoi le royaume de Dieu n'est pas le &lt;i&gt;telos &lt;/i&gt;de la &lt;i&gt;dunamis &lt;/i&gt;historique ; il ne peut &#234;tre pos&#233; comme but. Historiquement, il n'est pas un but il est un terme. C'est pourquoi l'ordre du profane ne peut &#234;tre b&#226;ti sur l'id&#233;e du royaume de Dieu, c'est pourquoi la th&#233;ocratie n'a pas un sens politique, mais seulement un sens religieux. Le plus grand m&#233;rite de &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie &lt;/i&gt;de Bloch est d'avoir vigoureusement refus&#233; toute signification politique &#224; la th&#233;ocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre du profane doit s'&#233;difier sur l'id&#233;e de bonheur. La relation de cet ordre avec l'&#233;l&#233;ment messianique est l'un des enseignements essentiels de la philosophie de l'histoire. Cette relation conditionne en effet une conception mystique de l'histoire, dont le probl&#232;me se peut exposer en une image. Si l'on repr&#233;sente par une fl&#232;che le but vers lequel s'exerce la &lt;i&gt;dunamis &lt;/i&gt;du profane, par une autre fl&#232;che la direction de l'intensit&#233; messianique, assur&#233;ment la qu&#234;te du bonheur de la libre humanit&#233; tend &#224; s'&#233;carter de cette orientation messianique ; mais de m&#234;me qu'une force peut, par sa trajectoire, favoriser l'action d'une autre force sur une trajectoire oppos&#233;e, ainsi l'ordre profane du profane peut favoriser l'av&#232;nement du royaume messianique. Si le profane n'est donc pas une cat&#233;gorie de ce royaume, il est une cat&#233;gorie, et parmi les plus pertinentes, de son imperceptible approche. Car dans le bonheur tout ce qui est terrestre aspire &#224; son an&#233;antissement, mais c'est seulement dans le bonheur que cet an&#233;antissement lui est promis. - M&#234;me s'il est vrai que l'intensit&#233; messianique imm&#233;diate du c&#339;ur, de chaque individu dans son &#234;tre int&#233;rieur, s'acquiert &#224; travers le malheur, au sens de la souffrance. Au mouvement spirituel de la &lt;i&gt;restitutio in integrum &lt;/i&gt;qui conduit &#224; l'immortalit&#233;, correspond une &lt;i&gt;restitutio &lt;/i&gt;s&#233;culi&#232;re qui conduit &#224; l'&#233;ternit&#233; d'un an&#233;antissement, et le rythme de cette r&#233;alit&#233; s&#233;culi&#232;re &#233;ternellement &#233;vanescente, &#233;vanescente dans sa totalit&#233;, &#233;vanescente dans sa totalit&#233; spatiale, mais aussi temporelle, le rythme de cette nature messianique est le bonheur. Car messianique est la nature de par son &#233;ternelle et totale &#233;vanescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rechercher cette &#233;vanescence, m&#234;me pour ces niveaux de l'homme qui sont nature, telle est la t&#226;che de la politique mondiale, dont la m&#233;thode se doit appeler nihilisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034; Avertisseur d'incendie &#034; : la critique de la technologie chez Walter Benjamin.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Avertisseur-d-incendie-la-critique-de-la-technologie-chez-Walter-Benjamin</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.caute.lautre.net/Avertisseur-d-incendie-la-critique-de-la-technologie-chez-Walter-Benjamin</guid>
		<dc:date>2005-01-01T14:53:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#246;wy, Michael</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;SOURCE : site. &lt;br class='autobr' /&gt; L'approche a-critique du progr&#232;s technique constitue la tendance dominante dans le marxisme depuis la fin du XIXe si&#232;cle. Le point de vue de Marx lui-m&#234;me &#233;tait moins unilat&#233;ral, car on trouve dans ses &#233;crits une tentative de comprendre dialectiquement les antinomies du progr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que dans certaines de ses oeuvres, c'est le r&#244;le historiquement progressiste du capitalisme qui ressort. Par exemple, dans le Manifeste du parti communiste, on trouve une c&#233;l&#233;bration (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Sur-Benjamin-" rel="directory"&gt;Sur Benjamin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'approche a-critique du progr&#232;s technique constitue la tendance dominante dans le marxisme depuis la fin du XIXe si&#232;cle. Le point de vue de Marx lui-m&#234;me &#233;tait moins unilat&#233;ral, car on trouve dans ses &#233;crits une tentative de comprendre &lt;i&gt;dialectiquement&lt;/i&gt; les antinomies du progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que dans certaines de ses oeuvres, c'est le r&#244;le historiquement progressiste du capitalisme qui ressort. Par exemple, dans le &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, on trouve une c&#233;l&#233;bration enthousiaste du progr&#232;s technologique bourgeois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bourgeoisie, au cours d'une domination de classe &#224; peine s&#233;culaire, a cr&#233;&#233; des forces productrices de la nature, le machinisme... , la navigation &#224; vapeur, les chemins de fer, les t&#233;l&#233;graphes &#233;lectriques... Quel si&#232;cle ant&#233;rieur aurait soup&#231;onn&#233; que de pareilles forces productives sommeillaient au sein du travail social&#034; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me ici il y a quelques r&#233;f&#233;rences claires aux cons&#233;quences n&#233;gatives de la technologie industrielle : &#224; cause de l'utilisation extensive des machines, le travail &#034;a perdu tout son caract&#232;re autonome et, par cons&#233;quent, tout attrait&#034; ; le prol&#233;taire devient &#034;&lt;i&gt;un simple accessoire de la machine&lt;/i&gt;&#034; et son travail devient de plus en plus &#034;repoussant&#034; (terme que Marx emprunte &#224; Fourier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Manifeste du parti communiste, Paris, Bourgeois, 1962, pages 25, 27.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux aspects sont trait&#233;s largement dans les &#233;crits &#233;conomiques principaux de Marx. Dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; par exemple, il souligne la &#034;grande influence civilisatrice&#034; du capital mais n'en reconna&#238;t pas moins que la machine enl&#232;ve au travail &#034;toute son ind&#233;pendance et son caract&#232;re attrayant&#034;. (Notons ici une autre cat&#233;gorie fouri&#233;riste : le travail attrayant). Il ne doute pas que la technologie capitaliste signifie la d&#233;gradation et l'intensification du travail : &#034;La machine la plus d&#233;velopp&#233;e contraint l'ouvrier &#224; travailler plus longtemps que le sauvage, ou lui-m&#234;me, lorsqu'il disposait d'outils plus rudimentaires et plus primitifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique, trad. R. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, le c&#244;t&#233; sombre de la technologie industrielle vient avec force au premier plan : &#224; cause des machines, le travail dans l'usine capitaliste devient &#034;une sorte de torture&#034;, une &#034;routine mis&#233;rable de corv&#233;e sans fin dans laquelle le m&#234;me processus m&#233;canique est r&#233;p&#233;t&#233; sans cesse ... comme le travail de Sisyphe&#034; (et ici Marx cite Engels : &lt;i&gt;La situation de la classe ouvri&#232;re en Angleterre&lt;/i&gt;) ; tout le processus de travail est &#034;transform&#233; en un mode organis&#233; pour &#233;craser la vitalit&#233;, la libert&#233; et l'ind&#233;pendance de l'ouvrier&#034;. Autrement dit, dans ce mode de production, la machine, loin d'am&#233;liorer la condition du travail leur &#034;prive le travail de tout int&#233;r&#234;t&#034; et &#034;confisque tout atome de libert&#233; dans l'activit&#233; corporelle et intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Das Kapital, in Karl Marx-Friedrich Engels, Werke, Band 23, Berlin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx semble &#234;tre conscient des cons&#233;quences &#233;cologiques de la technologie capitaliste : dans le chapitre du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; sur &#034;le machinisme et la grande industrie&#034;, il fait remarquer que la production capitaliste &#034;trouble (st&#246;rt) l'&#233;change mat&#233;riel (Stoffwechsel) entre l'homme et la terre en rendant de plus en plus difficile la restitution de ses &#233;l&#233;ments de fertilit&#233;, des ingr&#233;dients chimiques qui lui sont enlev&#233;s et utilis&#233;s sous forme d'aliments, de v&#234;tements, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ainsi elle d&#233;truit et la sant&#233; physique de l'ouvrier urbain et la vie spirituelle du travailleur rural. Chaque pas vers le progr&#232;s de l'agriculture capitaliste, chaque gain de fertilit&#233; &#224; court terme, constitue en m&#234;me temps un progr&#232;s dans la ruine des sources durables de cette fertilit&#233;. Plus un pays, les &#201;tats-Unis du nord de l'Am&#233;rique par exemple, se d&#233;veloppe sur la base de la grande industrie, plus ce proc&#232;s de destruction s'accomplit rapidement. La production capitaliste ne d&#233;veloppe donc la technique et la combinaison du proc&#232;s de production sociale qu'en &#233;puisant en m&#234;me temps les deux sources d'o&#249; jaillit toute richesse : la terre et le travailleur&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Le Capital, trad. Joseph Roy, Editions Sociales, 1976, T. I, pages (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Marx soit loin d'&#234;tre un romantique, il s'inspire beaucoup de la critique romantique de la civilisation industrielle et de la technologie du capitalisme. Parmi les auteurs qu'il cite souvent dans ses &#233;crits &#233;conomiques, on trouve non seulement des communistes utopiques comme Fourier, mais aussi des &#034;socialistes petits-bourgeois&#034; tels que Sismondi et m&#234;me des conservateurs aussi marqu&#233;s que David Urquhart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; la diff&#233;rence des &#233;conomistes romantiques, Marx ne critique pas la technologie moderne elle-m&#234;me, seulement la fa&#231;on dont le capitalisme s'en sert. Les contradictions et les antinomies du machinisme ne proviennent pas du machinisme lui-m&#234;me mais de son usage (Anwendung) capitaliste. Par exemple, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me, le machinisme r&#233;duit la journ&#233;e de travail, tandis que son usage capitaliste l'accro&#238;t ; en lui-m&#234;me il facilite le travail, mais son usage capitaliste accro&#238;t son intensit&#233; ; il est en lui-m&#234;me une victoire de l'homme sur les forces de la nature mais son usage capitaliste rend l'homme esclave de ces forces ; en lui-m&#234;me il multiplie la richesse du producteur, mais en son usage capitaliste il le paup&#233;rise, etc&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Das kapital in Marx-Engels, op., cit., Band 23, p. 465.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment concevoir donc un usage post-capitaliste ou socialiste des machines et de la technologie industrielle ? La r&#233;ponse, tant dans le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; que dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, est que la m&#233;canisation, en r&#233;duisant le temps de travail, cr&#233;era du temps libre, qui est &#224; la fois un temps de loisir et un temps pour des activit&#233;s plus nobles. Dans la soci&#233;t&#233; socialiste, le progr&#232;s technique permettra &#034;de r&#233;duire au minimum le travail n&#233;cessaire, qui correspond donc au d&#233;veloppement artistique, scientifique etc., des individus dans le temps ainsi lib&#233;r&#233; et avec les moyens cr&#233;&#233;s, pour tous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx, Grundrisse der kritik der Politischen Ekonomie, Berlin, Dietz Verlag, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il que la structure industrielle technologique moderne est un &lt;i&gt;instrument neutre&lt;/i&gt; que l'on peut utiliser soit de fa&#231;on capitaliste soit de fa&#231;on socialiste ? Ou bien la nature du syst&#232;me technologique en place est-elle affect&#233;e par ses origines capitalistes ? Cette question et bien d'autres questions pertinentes sont laiss&#233;es sans r&#233;ponse par Marx. Mais une grande partie de la qualit&#233; &lt;i&gt;dialectique&lt;/i&gt; de ses &#233;crits sur le machinisme - sa tentative de saisir le caract&#232;re &lt;i&gt;contradictoire&lt;/i&gt; de son d&#233;veloppement - s'est perdue dans la litt&#233;rature marxiste apr&#232;s Marx, car celle-ci est tomb&#233;e sous le charme du progr&#232;s technologique et a c&#233;l&#233;br&#233; ses succ&#232;s comme une pure b&#233;n&#233;diction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin n'a jamais trait&#233; syst&#233;matiquement les probl&#232;mes de la technologie moderne, mais l'on trouve dans ses &#233;crits des aper&#231;us remarquables qui le distinguent comme un des premiers penseurs marxistes &#224; aborder ces questions avec un esprit critique. Rejetant les axiomes serai-positivistes et na&#239;vement optimistes du marxisme vulgaire (de la IIe et de la IIIe Internationale), Benjamin a essay&#233; de sonner l'alarme pour avertir ses lecteurs des dangers inh&#233;rents du mod&#232;le dominant du progr&#232;s technique. Sa double protestation, contre le progr&#232;s technique dans la guerre et contre la destruction de la nature, frappe par son c&#244;t&#233; proph&#233;tique et par sa pertinence &#233;tonnante pour notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les racines de l'attitude de Benjamin par rapport &#224; la technologie se trouvent dans la tradition romantique. Les romantiques et les n&#233;o-romantiques allemands de la fin du XIXe si&#232;cle critiquaient la &lt;i&gt;Zivilisation&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire le progr&#232;s mat&#233;riel sans &#226;me li&#233; au d&#233;veloppement technique et scientifique, &#224; la rationalit&#233; bureaucratique et &#224; la quantification de la vie sociale. Cette critique &#233;tait formul&#233;e au nom de la &lt;i&gt;Kultur&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire du corps organique des valeurs morales, culturelles, religieuses et sociales. Ils d&#233;non&#231;aient en particulier les r&#233;sultats fatals de la m&#233;canisation, de la division du travail et de la production de marchandises, en se r&#233;f&#233;rant nostalgiquement aux modes de vie pr&#233;capitalistes et pr&#233;industriels. Bien qu'une grande partie de cet anticapitalisme romantique f&#251;t conservateur ou r&#233;actionnaire, il exprimait aussi une puissante tendance r&#233;volutionnaire. Les r&#233;volutionnaires romantiques critiquaient l'ordre industriel bourgeois au nom de valeurs du pass&#233;, mais leurs espoirs s'orientaient vers une utopie post-capitaliste, socialiste et sans classes. Cette vision du monde radicale, partag&#233;e par des auteurs tels que William Morris et Georges Sorel, et en Allemagne par Gustav Landauer et Ernst Bloch, constitue le fondement culturel et la source initiale des r&#233;flexions de Walter Benjamin sur la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un de ses premiers &#233;crits, un essai qui date de 1913, sur &#034;La religiosit&#233; de notre temps&#034;, dans lequel il pr&#233;tend que &#034;nous sommes encore profond&#233;ment immerg&#233;s dans les d&#233;couvertes du Romantisme&#034;, Benjamin se plaint de la r&#233;duction des hommes en machines &#224; travailler et du rabaissement du travail &#224; sa forme technique. Faisant &#233;cho &#224; certains th&#232;mes n&#233;o-romantiques de son temps, il croyait &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une nouvelle religion (inspir&#233;e par Tolsto&#239; et Nietzsche) et rejetait le mat&#233;rialisme superficiel qui r&#233;duit toute activit&#233; sociale &#224; &#034;une affaire de &lt;i&gt;Zivilisation&lt;/i&gt; comme la lumi&#232;re &#233;lectrique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, &#034;Dialog &#252;ber die Religiosit&#228;t der Gegenwart&#034; in Gesammelte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1924, Benjamin s'int&#233;resse de plus en plus au marxisme et sympathise avec le mouvement communiste. Sa critique devient plus politique et plus sp&#233;cifique. Dans un article publi&#233; en 1925, &#034;Les armes de demain&#034;, il attire l'attention sur l'usage de la technologie moderne au service du &#034;militarisme international&#034;. II d&#233;crit en d&#233;tail les batailles du futur avec &#034;du chloraz&#233;toph&#233;nol, du disph&#233;nylaminchlorasine et du dichlorathysulphide&#034; que l'on pr&#233;pare dans les laboratoires chimiques, et soutient que l'horreur de la guerre chimique d&#233;passe l'imagination humaine : le gaz toxique ne distingue pas les civils des soldats et peut d&#233;truire toute vie humaine, animale et v&#233;g&#233;tale, sur de vastes &#233;tendues de terre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, G. S., IV. 1, pp. 473-476. Il n'existe aucune traduction fran&#231;aise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est dans &lt;i&gt;Sens unique&lt;/i&gt; (&#233;crit avant 1926 mais publi&#233; en 1928) que Benjamin s'efforce v&#233;ritablement d'affronter le probl&#232;me de la technologie en termes marxistes en le rapportant &#224; la lutte des classes. Dans un des passages les plus remarquables, le paragraphe intitul&#233; &#034;Avertisseur d'incendie&#034;, il consid&#232;re la chute de la bourgeoisie provoqu&#233;e par la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme la seule mani&#232;re d'&#233;viter une fin catastrophique &#224; &#034;une &#233;volution culturelle trois fois mill&#233;naire&#034;. Autrement dit : &lt;i&gt;Si l'&#233;limination de la bourgeoisie n'est pas accomplie avant un moment presque calculable de l'&#233;volution technique et scientifique (indiqu&#233; par l'inflation et la guerre chimique), tout est perdu. Il faut couper la m&#232;che qui br&#251;le avant que l'&#233;tincelle n'atteigne la dynamite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Sens unique, trad. de Jean Lacoste, Paris, Les Lettres Nouvelles - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&#034;. Cet argument, qui ressemble &#233;tonnamment &#224; des id&#233;es avanc&#233;es aujourd'hui par le mouvement antinucl&#233;aire et pacifiste, est fond&#233; encore une fois sur le danger mortel de la guerre et de la technologie militaire. D'ailleurs il ne con&#231;oit pas la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme le r&#233;sultat &#034;naturel&#034; ou &#034;in&#233;vitable&#034; du &#034;progr&#232;s&#034; &#233;conomique et technique (axiome semi-positiviste partag&#233; par beaucoup de marxistes &#224; l'&#233;poque), mais comme l'interruption critique d'une &#233;volution qui m&#232;ne &#224; la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre le capitalisme et la manipulation militaire de la technologie est examin&#233;e dans un autre passage de &lt;i&gt;Sens unique&lt;/i&gt;, intitul&#233; &#034;Vers le plan&#233;tarium&#034;. La technologie aurait pu &#234;tre un instrument pour les &#034;fian&#231;ailles&#034; entre l'humanit&#233; et le cosmos, mais &#034;&lt;i&gt;comme la soif de profits de la classe dominante comptait expier sur elle son dessein, la technique a trahi l'humanit&#233; et a transform&#233; la couche nuptiale en un bain de sang&lt;/i&gt;&#034; pendant la guerre mondiale. Benjamin &#233;tablit un rapport entre l'usage militaire du progr&#232;s technique et le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral du rapport entre l'humanit&#233; et la nature : la technique ne devrait pas &#234;tre &#034;&lt;i&gt;domination de la nature&lt;/i&gt; &#034; - c'est un &#034;enseignement imp&#233;rialiste&#034; - mais plut&#244;t &#034;&lt;i&gt;ma&#238;trise du rapport entre la nature et l'humanit&#233;&lt;/i&gt;&#034;. Il con&#231;oit &#034;les nuits d'an&#233;antissement de la derni&#232;re guerre&#034; comme une crise &#233;pileptique de l'humanit&#233; et voit dans le pouvoir prol&#233;tarien le moyen de &#034;&lt;i&gt;mesurer les progr&#232;s de la gu&#233;rison&lt;/i&gt;&#034; et la premi&#232;re tentative de soumettre la technologie &#224; un contr&#244;le humain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, pp. 242-243, G. S. IV. 1 et 147-148.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de savoir dans quelle mesure l'Union sovi&#233;tique (que Benjamin a visit&#233;e en 1926-27) a correspondu &#224; ses attentes. Dans certains articles publi&#233;s en 1927 sur le cin&#233;ma sovi&#233;tique (qu'il d&#233;fendait contre divers critiques), il se plaint que le public sovi&#233;tique, &#224; cause de son admiration passionn&#233;e de la technologie, ne peut pas accepter les films satiriques occidentaux o&#249; l'humour est dirig&#233; contre la technologie. &#034;&lt;i&gt;Les Russes ne peuvent comprendre l'attitude ironique et sceptique face aux choses techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;Zur Lage der Russischen Filmkunst&#034; et &#034;Erwilderung an Oscar H. H. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il nourrissait quelques espoirs pour le succ&#232;s de l'exp&#233;rience sovi&#233;tique, il n'en nourrissait aucun pour le d&#233;veloppement de la technologie dans le monde capitaliste. Suivant l'auteur communiste fran&#231;ais Pierre Naville (de l'opposition trotskyste), Benjamin appelle &#224; une &#034;&lt;i&gt;organisation du pessimisme&lt;/i&gt;&#034; et exprime ironiquement sa &#034;&lt;i&gt;confiance illimit&#233;e seulement dans l'I.G. Farben et dans le perfectionnement pacifique de la Luftwaffe&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;Le surr&#233;alisme. Le dernier instantan&#233; de l'intelligence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Ces deux institutions n'allaient pas tarder &#224; montrer, au-del&#224; des pr&#233;visions les plus pessimistes de Benjamin, quel usage sinistre on pouvait faire de la technologie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin voyait dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#034;&lt;i&gt;un d&#233;calage b&#233;ant entre le pouvoir gigantesque de la technologie et la minuscule illumination morale qu'elle&lt;br /&gt;
permet&lt;/i&gt;&#034;, d&#233;calage qui se manifeste par les guerres imp&#233;rialistes. La multiplication des artefacts techniques et des sources de puissance ne peut &#234;tre absorb&#233;e et est canalis&#233;e vers la destruction, par cons&#233;quent, &#034;&lt;i&gt;toute guerre sera une r&#233;volte des esclaves de la technologie&lt;/i&gt;&#034;. Benjamin croit n&#233;anmoins que, dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, la technologie cessera d'&#234;tre un &#034;f&#233;tiche de la mort&#034; et deviendra &#034;une cl&#233; du bonheur&#034; ; l'humanit&#233; &#233;mancip&#233;e utilisera et illuminera les secrets de la nature gr&#226;ce &#224; une technologie &#034;m&#233;diatis&#233;e par le sch&#233;ma humain des choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;Theoricien des deutschen Faschismus&#034;, G. S. III, pp. 238-243, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son c&#233;l&#232;bre essai &lt;i&gt;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#226;ge de sa reproductibilit&#233; technique&lt;/i&gt; (1936), il souligne encore que la guerre imp&#233;rialiste est &#034;&lt;i&gt;une r&#233;volte de la technique&lt;/i&gt;&#034;, ce qui&lt;br /&gt;
veut dire que &#034;&lt;i&gt;lorsque l'usage naturel des forces productives est paralys&#233; par le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233;, l'accroissement des moyens techniques, des rythmes, des sources d'&#233;nergie tend &#224; un usage contre nature. Il le trouve dans la guerre.&lt;/i&gt;&#034; La &#034;formule technologique&#034; de la soci&#233;t&#233; capitaliste peut se r&#233;sumer ainsi : &#034;La guerre, et la guerre seule, permet de mobiliser toutes les ressources techniques d'aujourd'hui sans toucher cependant au statut de la propri&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#226;ge de sa reproductibilit&#233; technique&#034; in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin est de plus en plus conscient du fait que ses vues critiques sur la technologie s'opposent &#224; l'approche b&#233;atement optimiste si caract&#233;ristique de l'id&#233;ologie dominante au sein du mouvement ouvrier, en particulier le marxisme positiviste adopt&#233; par la social-d&#233;mocratie &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Dans son essai &lt;i&gt;Eduard Fuchs, collectionneur et historien&lt;/i&gt; (1937), il critique la fa&#231;on positiviste d'identifier la technologie aux sciences naturelles : la technologie n'est pas un fait purement scientifique mais aussi historique, ce qui signifie que dans la soci&#233;t&#233; actuelle elle est en grande mesure d&#233;termin&#233;e par le capitalisme. Le positivisme social-d&#233;mocrate, que Benjamin fait remonter &#224; Bebel, semble ignorer le fait que dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise la technologie servait principalement &#224; produire des marchandises et &#224; faire la guerre. Cette attitude apolog&#233;tique et a-critique rendait les th&#233;oriciens socialistes aveugles devant le c&#244;t&#233; destructeur du d&#233;veloppement technologique et ses cons&#233;quences socialement n&#233;gatives. Il y a un fil conducteur qui m&#232;ne des hymnes saint-simoniens &#224; la gloire de l'industrie jusqu'aux illusions modernes des social-d&#233;mocrates en ce qui concerne les bienfaits de la technologie. Benjamin croit que la puissance et la capacit&#233; des machines d&#233;passe de loin les besoins sociaux de son temps et que &#034;les &#233;nergies que la technologie d&#233;veloppe au-del&#224; de ce seuil sont destructrices&#034;. Elles servent avant tout le perfectionnement technique de la guerre. Il oppose sa perspective pessimiste-r&#233;volutionnaire &#224; l'optimisme superficiel des &#233;pigones marxistes modernes et la lie aux pronostics de Marx lui-m&#234;me concernant le d&#233;veloppement barbare du capitalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, E. Fuchs, der Sammler und der Historiter, G. S. II, 2, pp. 487-488.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets n&#233;gatifs de la m&#233;canisation et de la technologie capitaliste moderne sur la classe ouvri&#232;re sont un des leitmotive du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de Marx. Dans son essai sur Baudelaire (1938) et dans les notes pour son projet de livre sur les passages parisiens, Benjamin articule les vues de Marx avec un cauchemar romantique : la transformation des &#234;tres humains en automates. Selon Marx (cit&#233; par Benjamin), il est caract&#233;ristique de la production capitaliste que les conditions de travail &#034;utilisent&#034; l'ouvrier plut&#244;t que l'inverse ; mais &#034;il faut des machines pour donner &#224; cette inversion une forme techniquement concr&#232;te&#034;. En travaillant avec des machines, les ouvriers apprennent &#224; coordonner &#034;leurs propres mouvements avec les mouvements uniform&#233;ment constants d'un automate&#034; (Marx). Alors que le travail de l'artisan exigeait exp&#233;rience et pratique, l'ouvrier non qualifi&#233; moderne est &#034;&lt;i&gt;coup&#233;&lt;/i&gt; - &#233;crit Benjamin - &lt;i&gt;de l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;&#034; et &#034;pr&lt;i&gt;ofond&#233;ment d&#233;grad&#233; par le dressage des machines&lt;/i&gt;&#034;. Le processus du travail industriel est une &#034;&lt;i&gt;op&#233;ration automatique&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;d&#233;pourvue de substance&lt;/i&gt;&#034;, o&#249; chaque acte est &#034;l'exacte r&#233;p&#233;tition&#034; du pr&#233;c&#233;dent. Il compare le comportement des ouvriers dans l'usine &#224; celui des pi&#233;tons dans une foule urbaine (comme le d&#233;crit Edgar Allen Poe) : les deux &#034;&lt;i&gt;agissent comme s'ils s'&#233;taient adapt&#233;s aux machines et ne pouvaient s'exprimer qu'automatiquement&lt;/i&gt;&#034; ; les deux &#034;&lt;i&gt;vivent leur vie comme des automates .. qui ont compl&#232;tement liquid&#233; leur m&#233;moire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Uber einige Motive der Baudelaire, G. S., 1, 2, pp. 632-634. Dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant allusion &#224; la &#034;futilit&#233;&#034;, du &#034;vide&#034; et &#224; l'inach&#232;vement qui sont &#034;&lt;i&gt;inh&#233;rents dans l'activit&#233; d'un esclave salari&#233; en usine&lt;/i&gt;&#034;, Benjamin compare le temps industriel au &#034;&lt;i&gt;temps en enfer&lt;/i&gt;&#034;, l'enfer &#233;tant &#034;&lt;i&gt;la province de ceux qui n'ont pas le droit de compl&#233;ter ce qu'ils ont commenc&#233;&lt;/i&gt;&#034;. Comme le joueur d&#233;crit par Baudelaire, l'ouvrier est oblig&#233; de &#034;&lt;i&gt;toujours recommencer &#224; nouveau&lt;/i&gt;&#034;, effectuant toujours les m&#234;mes gestes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Ibid. pp. 635-636.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pourquoi Engels, dans &lt;i&gt;Situation des classes ouvri&#232;res en Angleterre&lt;/i&gt; (cit&#233; par Benjamin), comparait l'interminable torture de l'ouvrier, toujours oblig&#233; de r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes mouvements, &#224; la punition infernale de Sisyphe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Das Passagen-Verk, G. SNI, p. 162. Marx aussi compare les portes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#201;tant donn&#233; ses vues sur la nature &#034;infernale&#034; du travail industriel moderne, il n'est pas &#233;tonnant que dans son dernier &#233;crit, les &lt;i&gt;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&lt;/i&gt; (1940), Benjamin critique avec virulence l'id&#233;ologie social-d&#233;mocrate allemande du travail comme nouvelle version (&#034;sous une forme s&#233;cularis&#233;e&#034;) de la vieille &#233;thique protestante du travail, c'est-&#224;-dire que le travail d'usine est per&#231;u par la social-d&#233;mocratie non seulement comme un r&#233;sultat positif du progr&#232;s technologique mais m&#234;me comme une &#034;performance politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&#034;, in L'homme, le langage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la critique chez Benjamin du &#034;marxisme vulgaire&#034; semi-positiviste est plus vaste et va jusqu'&#224; remettre en question sa compr&#233;hension globale de la technologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rien ne fut plus corrupteur pour le mouvement ouvrier allemand que la conviction de nager dans le sens du courant. Il tint le d&#233;veloppement technique pour la pente du courant, le sens o&#249; il croyait nager&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Benjamin rejette dans cette id&#233;ologie digne de Pangloss, c'est &#224; la fois la supposition que le progr&#232;s technique m&#232;ne tout seul vers le socialisme en posant les bases &#233;conomiques d'un nouvel ordre, et la croyance selon laquelle le prol&#233;tariat n'a qu'&#224; s'approprier le syst&#232;me technique existant (capitaliste) et le d&#233;velopper davantage. Aveugle &#224; tous les dangers et &#224; toutes les cons&#233;quences socialement n&#233;gatives de la technologie moderne, le marxisme vulgaire (c'est-&#224;-dire positiviste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;ne veut envisager que les progr&#232;s de la ma&#238;trise sur la nature, non les r&#233;gressions de la soci&#233;t&#233;. Il pr&#233;figure d&#233;j&#224; les traits de cette technocratie que l'on rencontrera plus tard dans le fascisme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. Cette d&#233;finition du fascisme comme technocratie indique un changement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la critique de Benjamin va plus loin encore c'est l'axiome m&#234;me de la &#034;ma&#238;trise&#034; (Beherrschung) de la nature, son &#034;exploitation&#034; (Ausbeutung), qui est d&#233;j&#224; inacceptable dans ses premiers &#233;crits, comme nous l'avons not&#233; plus haut. Dans la conception positiviste, la nature &#034;est l&#224; gratis&#034; (formule employ&#233;e par l'id&#233;ologue social-d&#233;mocrate Joseph Dietzgen), c'est-&#224;-dire qu'elle est r&#233;duite &#224; une marchandise et envisag&#233;e seulement du point de vue de sa valeur d'&#233;change ; elle est l&#224; pour &#234;tre exploit&#233;e par le travail humain. A la recherche d'une approche diff&#233;rente de la relation entre l'homme et l'environnement naturel, Benjamin se r&#233;f&#232;re aux utopies socialistes du XIXe si&#232;cle, et tout particuli&#232;rement &#224; Fourier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce probl&#232;me est soulev&#233; dans les notes pour le livre sur les passages parisiens (1938) : comme Bachofen l'avait montr&#233;, la &#034;conception meurtri&#232;re de l'exploitation de la nature&#034;, conception moderne, n'avait pas exist&#233; dans les soci&#233;t&#233;s matriarcales, car la nature &#233;tait per&#231;ue comme une m&#232;re donatrice. Cela pourrait &#234;tre le cas de nouveau dans une soci&#233;t&#233; socialiste car d&#232;s que la production cessera d'&#234;tre fond&#233;e sur l'exploitation du travail humain,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;le travail perdra &#224; son tour son caract&#232;re exploitateur de la nature par l'humanit&#233;. Il sera accompli selon le mod&#232;le du jeu enfantin, qui est chez Fourier le paradigme du travail passionn&#233; des harmoniens... Un tel travail investi de l'esprit du jeu n'est pas orient&#233; vers la production de valeurs mais vers l'am&#233;lioration de la nature&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Das Passagen-Verk, G. S., V. 1., p. 456.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, dans les &lt;i&gt;Th&#232;ses&lt;/i&gt; (1940), Benjamin c&#233;l&#232;bre Fourier comme un visionnaire utopique d'&#034;&lt;i&gt;un travail qui, bien loin d'exploiter la nature, est en mesure de faire na&#238;tre d'elle les cr&#233;ations qui sommeillent en son sein&lt;/i&gt;&#034;. Ceci ne veut pas dire que Benjamin veuille remplacer le marxisme par le socialisme utopique : il consid&#232;re Fourier comme un compl&#233;ment &#224; Marx, et dans le m&#234;me passage o&#249; il parle si favorablement du socialiste fran&#231;ais, il oppose les aper&#231;us de Marx &#224; la grande confusion du Programme du Gotha social-d&#233;mocrate sur la nature du travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Th&#232;ses..., op. cit.,pp. 190-191.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son premier travail marxiste (&lt;i&gt;Sens unique&lt;/i&gt;, &#233;crit entre 1923 et 1926), Benjamin tire le signal d'alarme : si la r&#233;volution prol&#233;tarienne n'arrive pas &#224; temps, le progr&#232;s &#233;conomique et technique du capitalisme peut finir en catastrophe. La d&#233;faite de la r&#233;volution en Allemagne, en France et en Espagne a men&#233; &#224; l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire de l'humanit&#233; : la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Au moment o&#249; la guerre commen&#231;ait, il &#233;tait trop tard pour sonner le tocsin. Benjamin n'avait pas perdu son espoir r&#233;volutionnaire, mais il avait red&#233;fini la r&#233;volution &#224; travers une nouvelle version de l'image all&#233;gorique qu'il avait employ&#233;e dans les ann&#233;es 20 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Marx a dit que les r&#233;volutions sont les locomotives de l'histoire. Mais peut-&#234;tre sont-elles diff&#233;rentes. Peut-&#234;tre que les r&#233;volutions sont la main de l'esp&#232;ce humain qui voyage dans ce train et qui tire sur le frein d'urgence&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, G. S., I. 3, p. 1232 (notes pr&#233;paratoires pour les Th&#232;ses sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains critiqueront Benjamin pour avoir propos&#233; des images, des utopies et des all&#233;gories plut&#244;t qu'une analyse concr&#232;te et scientifique de la technologie moderne et des alternatives possibles. Mais on ne peut nier son importance en tant que visionnaire qui a ouvert de nouveaux chemins, en tant que philosophe r&#233;volutionnaire. Ses aper&#231;us critiques sur les dangers et les d&#233;g&#226;ts de la technologie industrielle capitaliste lui ont permis de renouveler la pens&#233;e marxiste dans ce domaine et d'ouvrir la voie aux r&#233;flexions futures de l'&#201;cole de Francfort. On peut le consid&#233;rer aussi comme un pr&#233;curseur des deux mouvements sociaux les plus importants de cette fin de si&#232;cle : l'&#233;cologie et le pacifisme anti-nucl&#233;aire. &lt;i&gt;Lorsqu'on lit aujourd'hui Avertisseur d'incendie&lt;/i&gt;, il suffit de remplacer le mot &#034;gaz&#034; par le mot &#034;nucl&#233;aire&#034; pour comprendre la pertinence et l'urgence extraordinaire de ses avertissements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, Paris, Bourgeois, 1962, pages 25, 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, trad. R. Dangeville, Ed. Anthropos, T. II, p. 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Das Kapital&lt;/i&gt;, in Karl Marx-Friedrich Engels, &lt;i&gt;Werke&lt;/i&gt;, Band 23, Berlin, Dietz Verlag, 1968 ; pp. 445-446, 528-529.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, trad. Joseph Roy, Editions Sociales, 1976, T. I, pages 360-361.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Das kapital &lt;/i&gt;in Marx-Engels, op., cit., Band 23, p. 465.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx, &lt;i&gt;Grundrisse der kritik der Politischen Ekonomie&lt;/i&gt;, Berlin, Dietz Verlag, 1953, p. 593.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &#034;Dialog &#252;ber die Religiosit&#228;t der Gegenwart&#034; in &lt;i&gt;Gesammelte Schiften &lt;/i&gt;(G. S.), Band 11.1, Francfort, Suhrkamp Verlag, 1972-1985, pp. 16-35. Il n'existe aucune traduction fran&#231;aise de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, G. S., IV. 1, pp. 473-476. Il n'existe aucune traduction fran&#231;aise de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Sens unique&lt;/i&gt;, trad. de Jean Lacoste, Paris, Les Lettres Nouvelles - Maurice Nadeau, 1978, pp. 205-206.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, pp. 242-243, G. S. IV. 1 et 147-148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;Zur Lage der Russischen Filmkunst&#034; et &#034;Erwilderung an Oscar H. H. Schmitz&#034; in G. S. 11-2, p. 750.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;Le surr&#233;alisme. Le dernier instantan&#233; de l'intelligence europ&#233;enne&#034; dans &lt;i&gt;Mythe et violence&lt;/i&gt;, Paris, Ed. Deno&#235;l, 1971, p. 312.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;Theoricien des deutschen Faschismus&#034;, G. S. III, pp. 238-243, 248-250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#226;ge de sa reproductibilit&#233; technique&#034; in &lt;i&gt;L'homme, le langage et la culture&lt;/i&gt;,trad. de Maurice de Gandillac, Paris, Deno&#235;l, 1971, pp. 179-180 Cf G. S. I, 2, pp. 467-469.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;E. Fuchs, der Sammler und der Historiter&lt;/i&gt;, G. S. II, 2, pp. 487-488.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Uber einige Motive der Baudelaire&lt;/i&gt;, G. S., 1, 2, pp. 632-634. Dans un article qu'il avait &#233;crit plusieurs ann&#233;es auparavant (en 1930), sur E. T. A. Hoffmann, Benjamin a parl&#233; du dualisme m&#233;taphysique, chez l'auteur romantique, entre la Vie et l'Automate, exprimant son horreur des m&#233;canismes diaboliques qui transforment les hommes en automates. (Cf Benjamin, &#034;E. T. A. Hoffmann und Oscar Panizza&#034; in G. X. Il. 2, p. 664-647). Une partie de cette peur romantique est pr&#233;sente dans les remarques de Benjamin sur les conditions de vie des ouvriers et des citadins modernes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt; pp. 635-636.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Das Passagen-Verk&lt;/i&gt;, G. SNI, p. 162. Marx aussi compare les portes de l'usine aux portes de l'enfer. Benjamin le cite dans G. S., V2, p. 813.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&#034;, in &lt;i&gt;L'homme, le langage et la culture&lt;/i&gt;, trad. M. de Gandillac, Paris, Deno&#235;l, 1971, p. 190.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt; Cette d&#233;finition du fascisme comme technocratie indique un changement significatif par rapport aux vues ant&#233;rieures de Benjamin. Dans un article datant de 1934, &#034;L'auteur comme producteur&#034; - un des rares &#233;crits o&#249; il semble entretenir des illusions quant aux bienfaits du progr&#232;s technique en soi -, il oppose la n&#233;cessit&#233; d&#034;innovations techniques&#034; dans la production culturelle &#224; l'appel au &#034;renouveau spirituel&#034; qu'il consid&#232;re comme typique du fascisme, oubliant ainsi les hymnes de Marinetti &#224; la gloire de la technologie moderne. Cf Benjamin : &#034;L'auteur comme producteur&#034; in Essais sur Bertolt Brecht, trad. de Paul Laveau, Paris, Maspero, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Das Passagen-Verk&lt;/i&gt;, G. S., V. 1., p. 456.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Th&#232;ses...&lt;/i&gt;, op. cit.,pp. 190-191.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, G. S., I. 3, p. 1232 (notes pr&#233;paratoires pour les &lt;i&gt;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/strong&gt;, n&#176;23-24, d&#233;cembre 1994,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=733&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://multitudes.samizdat.net/arti...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Exp&#233;rience et pauvret&#233;</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Experience-et-pauvrete</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.caute.lautre.net/Experience-et-pauvrete</guid>
		<dc:date>2004-06-08T14:36:55Z</dc:date>
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		<dc:creator>Benjamin, Walter</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voyez le texte d'Antonia Birnbaum : &#171; Faire avec peu &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans nos manuels de lecture figurait la fable du vieil homme qui sur son lit de mort fait croire &#224; ses enfants qu'un tr&#233;sor est cach&#233; dans sa vigne. Ils n'ont qu'&#224; chercher. Les enfants creusent, mais nulle trace de tr&#233;sor. Quand vient l'automne, cependant, la vigne donne comme aucune autre dans tout le pays. Ils comprennent alors que leur p&#232;re a voulu leur l&#233;guer le fruit de son exp&#233;rience : la vraie richesse n'est pas dans l'or, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Benjamin-" rel="directory"&gt;Benjamin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voyez le texte d'Antonia Birnbaum : &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Faire-avec-peu' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Faire avec peu &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans nos manuels de lecture figurait la fable du vieil homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voyez &#201;sope, Le paysan et ses enfants ; La Fontaine, Le laboureur et ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui sur son lit de mort fait croire &#224; ses enfants qu'un tr&#233;sor est cach&#233; dans sa vigne. Ils n'ont qu'&#224; chercher. Les enfants creusent, mais nulle trace de tr&#233;sor. Quand vient l'automne, cependant, la vigne donne comme aucune autre dans tout le pays. Ils comprennent alors que leur p&#232;re a voulu leur l&#233;guer le fruit de son exp&#233;rience : la vraie richesse n'est pas dans l'or, mais dans le travail. Ce sont des exp&#233;riences de ce type qu on nous a oppos&#233;es, en guise de menace ou d'apaisement, tout au long de notre adolescence : &#171; C'est encore morveux et &#231;a veut donner son avis. &#187; &#171; Tu en as encore beau coup &#224; apprendre. &#187; L'exp&#233;rience, on savait exactement ce que c'&#233;tait : toujours les anciens l'avaient apport&#233;e aux plus jeunes. Bri&#232;vement, avec l'autorit&#233; de l'&#226;ge, sous forme de proverbes ; longuement, avec sa faconde, sous forme d'histoires ; parfois dans des r&#233;cits de pays lointains, au coin du feu, devant les enfants et les petits-enfants. - O&#249; tout cela est-il pass&#233; ? Trouve-t-on encore des gens capables de raconter une histoire ? O&#249; les mourants prononcent-ils encore des paroles imp&#233;rissables, qui se transmettent de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration comme un anneau ancestral ? Qui, aujourd'hui, sait d&#233;nicher le proverbe qui va le tirer d'embarras ? Qui chercherait &#224; clouer le bec &#224; la jeunesse en invoquant son exp&#233;rience pass&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, une chose est claire : le cours de l'exp&#233;rience a chut&#233;, et ce dans une g&#233;n&#233;ration qui fit en 1914-1918 l'une des exp&#233;riences les plus effroyables de l'histoire universelle. Le fait, pourtant, n'est peut-&#234;tre pas aussi &#233;tonnant qu'il y para&#238;t. N'a-t-on pas alors constat&#233; que les gens revenaient muets du champ de bataille ? Non pas plus riches, mais plus pauvres en exp&#233;rience communicable. Ce qui s'est r&#233;pandu dix ans plus tard dans le flot des livres de guerre n'avait rien &#224; voir avec une exp&#233;rience quelconque, car l'exp&#233;rience se transmet de bouche &#224; oreille. Non, cette d&#233;valorisation n'avait rien d'&#233;tonnant. Car jamais exp&#233;riences acquises n'ont &#233;t&#233; aussi radicalement d&#233;menties que l'exp&#233;rience strat&#233;gique par la guerre de position, l'exp&#233;rience &#233;conomique par l'inflation, l'exp&#233;rience corporelle par l'&#233;preuve de la faim, l'exp&#233;rience morale par les man&#339;uvres des gouvernants. Une g&#233;n&#233;ration qui &#233;tait encore all&#233;e &#224; l'&#233;cole en tramway hippomobile se retrouvait &#224; d&#233;couvert dans un paysage o&#249; plus rien n'&#233;tait reconnaissable, hormis les nuages et au milieu, dans un champ de forces travers&#233; de tensions et d'explosions destructrices, le minuscule et fragile corps humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effroyable d&#233;ploiement de la technique plongea les hommes dans une pauvret&#233; tout &#224; fait nouvelle. Et celle-ci avait pour revers l'oppressante profusion d'id&#233;es que suscita parmi les gens - ou plut&#244;t : que r&#233;pandit sur eux - la reviviscence de l'astrologie et du yoga, de la Science Chr&#233;tienne et de la chiromancie, du v&#233;g&#233;tarisme et de la gnose, de la scolastique et du spiritisme. Car ce n'est pas tant une authentique reviviscence qu'une galvanisation qui s'op&#232;re ici. Pensons aux magnifiques peintures d'Ensor, montrant des rues de grandes villes pleines de tumulte, o&#249; se d&#233;verse &#224; perte de vue une cohorte de petits bourgeois en costume de carnaval, des masques grima&#231;ants et poudr&#233;s au front orn&#233; de couronnes de paillettes. Ces tableaux illustrent peut-&#234;tre au premier chef l'effrayante et chaotique renaissance en laquelle tant de gens placent leurs esp&#233;rances. Mais nous voyons ici, de la mani&#232;re la plus claire, que notre pauvret&#233; en exp&#233;rience n'est qu'un aspect de cette grande pauvret&#233; qui a de nouveau trouv&#233; un visage - un visage aussi net et distinct que celui du mendiant au Moyen &#194;ge. Que vaut en effet tout notre patrimoine culturel, si nous n'y tenons pas, justement, par les liens de l'exp&#233;rience ? &#192; quoi l'on aboutit en simulant ou en d&#233;tournant une telle exp&#233;rience, l'effroyable m&#233;li-m&#233;lo des styles et des conceptions du monde qui r&#233;gnait au si&#232;cle dernier nous l'a trop clairement montr&#233; pour que nous ne tenions pas pour honorable de confesser notre pauvret&#233;. Avouons-le : cette pauvret&#233; ne porte pas seulement sur nos exp&#233;riences priv&#233;es, mais aussi sur les exp&#233;riences de l'humanit&#233; tout enti&#232;re. Et c'est donc une nouvelle esp&#232;ce de barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De barbarie ? Mais oui. Nous le disons pour introduire une conception nouvelle, positive, de la barbarie. Car &#224; quoi sa pauvret&#233; en exp&#233;rience am&#232;ne-t-elle le barbare ? Elle l'am&#232;ne &#224; recommencer au d&#233;but, &#224; reprendre &#224; z&#233;ro, &#224; se d&#233;brouiller avec peu, &#224; construire avec presque rien, sans tourner la t&#234;te de droite ni de gauche. Parmi les grands cr&#233;ateurs, il y a toujours eu de ces esprits impitoyables, qui commen&#231;aient par faire table rase. Il leur fallait en effet une planche &#224; dessin, ils &#233;taient des constructeurs. Descartes fut un de ces constructeurs, qui ne voulut d'abord pour toute philosophie que cette unique certitude : &#171; Je pense, donc je suis &#187;, et qui partit de l&#224;. Einstein aussi &#233;tait un tel constructeur, qui soudain n'eut plus d'yeux, dans tout le vaste univers de la physique, que pour une infime divergence entre les &#233;quations de Newton et les r&#233;sultats de l'observation astronomique. Cette m&#234;me volont&#233; de recommencer &#224; z&#233;ro animait les artistes qui, comme les cubistes, adopt&#232;rent la m&#233;thode des math&#233;maticiens et entreprirent de construire le monde &#224; partir de formes st&#233;r&#233;om&#233;triques, ou qui, comme Klee, s'inspir&#232;rent du travail des ing&#233;nieurs. Car les figures de Klee ont &#233;t&#233; pour ainsi dire con&#231;ues sur la planche &#224; dessin, et, &#224; l'instar d'une bonne voiture dont m&#234;me la carrosserie r&#233;pond avant tout aux imp&#233;ratifs de la m&#233;canique, elles ob&#233;issent dans l'expression des visages avant tout &#224; leur structure int&#233;rieure. &#192; leur structure plus qu'&#224; leur vie int&#233;rieure : c'est ce qui les rend barbares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici et l&#224;, les meilleurs esprits ont depuis longtemps commenc&#233; &#224; se faire une id&#233;e sur ces questions. Ils se caract&#233;risent &#224; la fois par un manque total d'illusions sur leur &#233;poque et par une adh&#233;sion sans r&#233;serve &#224; celle-ci. C'est la m&#234;me attitude que l'on retrouve quand le po&#232;te Bert Brecht note que le communisme consiste dans la juste r&#233;partition, non pas de la richesse, mais de la pauvret&#233;, et quand le pr&#233;curseur de l'architecture moderne, Adolf Loos, d&#233;clare : &#171; J'&#233;cris pour des hommes dot&#233;s d'une sensibilit&#233; moderne. [...] Je n'&#233;cris pas pour des hommes qui se consument de nostalgie pour la Renaissance ou le rococo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adolf Loos, Paroles dans le vide, suivi de Malgr&#233; tout, trad. C. Heim, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Un artiste aussi complexe que le peintre Paul Klee, un artiste aussi programmatique qu'Adolf Loos - tous deux repoussent l'image traditionnelle, noble, solennelle, d'un homme par&#233; de toutes les offrandes sacrificatoires du pass&#233;, pour se tourner vers leur contemporain qui, d&#233;pouill&#233; de ces oripeaux, crie comme un nouveau-n&#233; dans les langes sales de cette &#233;poque. Personne ne lui a r&#233;serv&#233; un accueil aussi joyeux, aussi riant, que Paul Scheerbart&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur Scheerbart, voyez la notice de J. M. Monnoyer, in W. Benjamin, &#201;crits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il existe des romans de lui qui de loin ressemblent &#224; un Jules Verne, mais &#224; la diff&#233;rence de Verne, chez qui les v&#233;hicules les plus extravagants ne transportent &#224; travers l'espace que de petits rentiers fran&#231;ais ou anglais, Scheerbart s'est demand&#233; en quelles cr&#233;atures tout &#224; fait nouvelles, aimables et curieuses, nos t&#233;l&#233;scopes, nos avions et nos fus&#233;es transformeront l'homme d'hier. Ces cr&#233;atures, du reste, parlent d&#233;j&#224; une langue tout &#224; fait nouvelle. L'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif dans cette langue est l'attrait pour tout ce qui rel&#232;ve d'un projet d&#233;lib&#233;r&#233; de construction, par opposition notamment &#224; la r&#233;alit&#233; organique. Ce trait est le signe infaillible du langage des hommes - disons plut&#244;t : des gens - chez Scheerbart. Car ils r&#233;cusent pr&#233;cis&#233;ment toute ressemblance avec l'homme, principe de l'humanisme. Jusque dans leurs noms propres : dans le livre intitul&#233; &lt;i&gt;Lesab&#233;ndio, &lt;/i&gt;d'apr&#232;s le nom du h&#233;ros, les gens s'appellent Peka, Labu ou Sofanti. Les Russes aussi aiment donner &#224; leurs enfants des noms &#171; d&#233;shumanis&#233;s &#187; : ils les appellent &#171; Octobre &#187;, d'apr&#232;s le mois de la R&#233;volution, &#171; Piatilietka &#187;, d'apr&#232;s le plan quinquennal, ou &#171; Aviakhim &#187;, d'apr&#232;s le nom d'une compagnie d'aviation. La langue ne subit aucun renouvellement technique, mais se trouve mobilis&#233;e au service de la lutte ou du travail ; au service, en tout cas, de la transformation de la r&#233;alit&#233;, plut&#244;t que de sa description.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scheerbart, pour en revenir &#224; lui, accorde la plus grande importance &#224; installer ses personnages - et, sur leur mod&#232;le, ses concitoyens - dans des logements dignes de leur rang : dans des maisons de verre mobiles, telles que Loos et Le Corbusier les ont entre-temps r&#233;alis&#233;es. Le verre, ce n'est pas un hasard, est un mat&#233;riau dur et lisse sur lequel rien n'a prise. Un mat&#233;riau froid et sobre, &#233;galement. Les objets de verre n'ont pas d'&#171; aura &#187;. Le verre, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, est l'ennemi du myst&#232;re. Il est aussi l'ennemi de la propri&#233;t&#233;. Le grand &#233;crivain Andr&#233; Gide a dit un jour : chaque objet que je veux poss&#233;der me devient opaque. Si des gens comme Scheerbart r&#234;vent de constructions en verre, serait-ce parce qu'ils sont les ap&#244;tres d'une nouvelle pauvret&#233; ? Mais peut-&#234;tre une comparaison nous en dira-t-elle plus &#224; ce sujet que la th&#233;orie. Lorsqu'on p&#233;n&#232;tre dans le salon bourgeois des ann&#233;es 1880, quelle que soit l'atmosph&#232;re de douillette intimit&#233; qui s'en d&#233;gage, l'impression dominante est : &#171; Tu n'as rien &#224; faire ici &#187;. Tu n'as rien &#224; y faire, parce qu'il n'est pas de recoin o&#249; l'habitant n'ait d&#233;j&#224; laiss&#233; sa trace : sur les corniches avec ses bibelots, sur le fauteuil capitonn&#233; avec ses napperons, sur les fen&#234;tres avec ses transparents, devant la chemin&#233;e avec son pare-&#233;tincelles. Un joli mot de Brecht nous aide &#224; sortir de l&#224;, loin de l&#224; : &#171; Efface tes traces ! dit le refrain du premier po&#232;me du &lt;i&gt;Manuel pour les habitants des villes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bertolt Brecht, Po&#232;mes, Paris, L'Arche, t. I, 1965, p. 149 sq.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici, dans le salon bourgeois, c'est l'attitude contraire qui est pass&#233;e en habitude. Inversement, l'&#171; int&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais dans le texte.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; oblige l'habitant &#224; adopter autant d'habitudes que possible, des habitudes qui traduisent moins le souci de sa propre personne que celui de son cadre domestique. Il suffit pour s'en convaincre de se rappeler l'&#233;tat absurde dans lequel se mettaient les habitants de tels cocons, lorsque quelque chose venait &#224; se briser dans le m&#233;nage. M&#234;me leur mani&#232;re de se mettre en col&#232;re - et ils savaient jouer en virtuoses de cet affect, qui tend aujourd'hui &#224; d&#233;p&#233;rir - &#233;tait avant tout la r&#233;action d'une personne &#224; qui l'on a effac&#233; &#171; la trace de son s&#233;jour terrestre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Goethe, Faust, 2e partie.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. De cela, Scheerbart avec son verre, le Bauhaus avec son fer, sont venus &#224; bout : ils ont cr&#233;&#233; des espaces dans lesquels il est difficile de laisser des traces. &#171; Tout ce qui a &#233;t&#233; dit dans cet ouvrage &#187;, disait Scheerbart il y a maintenant vingt ans, &#171; nous autorise assur&#233;ment &#224; parler d'une &#034;civilisation du verre&#034;. Le nouveau milieu qu'elle cr&#233;era transformera compl&#232;tement l'homme. Et il n'y a maintenant plus qu'&#224; souhaiter que la nouvelle civilisation du verre ne rencontre pas trop d'adversaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Scheerbart, L'Architecture de verre, trad. P. Galissaires, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pauvret&#233; en exp&#233;rience : cela ne signifie pas que les hommes aspirent &#224; une exp&#233;rience nouvelle. Non, ils aspirent &#224; se lib&#233;rer de toute exp&#233;rience quelle qu'elle soit, ils aspirent &#224; un environnement dans lequel ils puissent faire valoir leur pauvret&#233;, ext&#233;rieure et finalement aussi int&#233;rieure, &#224; l'affirmer si clairement et si nettement qu'il en sorte quelque chose de d&#233;cent. Ils ne sont du reste pas toujours ignorants ou inexp&#233;riment&#233;s. On peut souvent dire le contraire : ils ont &#171; ingurgit&#233; &#187; tout cela, la &#171; culture &#187; et l'&#171; homme &#187;, ils en sont d&#233;go&#251;t&#233;s et fatigu&#233;s. Personne ne se sent plus concern&#233; qu'eux par ces mots de Scheerbart : &#171; Vous &#234;tes tous si fatigu&#233;s - pour cette seule raison que vous ne concentrez pas toutes vos pens&#233;es autour d'un plan tr&#232;s simple, mais vraiment grandiose. &#187; &#192; la fatigue succ&#232;de le sommeil, et il n'est alors pas rare que le r&#234;ve nous d&#233;dommage de la tristesse et du d&#233;couragement de la journ&#233;e, en r&#233;alisant l'existence tr&#232;s simple, mais vraiment grandiose, que nous n'avons pas la force de construire dans l'&#233;tat de veille. L'existence de Mickey Mouse est un de ces r&#234;ves des hommes d'aujourd'hui. Cette existence est pleine de prodiges qui non seulement d&#233;passent ceux de la technique, mais tournent ceux-ci en d&#233;rision. Car ce qu'ils offrent de plus remarquable, c'est qu'ils ne mettent en jeu aucune machinerie, qu'ils surgissent &#224; l'improviste du corps de Mickey, de ses partisans et de ses pers&#233;cuteurs, des meubles les plus quotidiens aussi bien que des arbres, des nuages ou des flots. La nature et la technique, le primitivisme et le confort se confondent ici parfaitement, et sous les yeux de gens fatigu&#233;s par les complications sans fin de la vie quotidienne, de gens pour qui le but de la vie n'appara&#238;t plus que comme l'ultime point de fuite dans une perspective infinie de moyens, surgit l'image lib&#233;ratrice d'une existence qui en toute circonstance se suffit &#224; elle-m&#234;me de la fa&#231;on la plus simple et en m&#234;me temps la plus confortable, une existence dans laquelle une automobile ne p&#232;se pas plus lourd qu'un chapeau de paille, et o&#249; le fruit sur l'arbre s'arrondit aussi vite que la nacelle d'un ballon. Mais gardons nos distances, reculons d'un pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pauvres, voil&#224; bien ce que nous sommes devenus. Pi&#232;ce par pi&#232;ce, nous avons dispers&#233; l'h&#233;ritage de l'humanit&#233;, nous avons d&#251; laisser ce tr&#233;sor au mont de pi&#233;t&#233;, souvent pour un centi&#232;me de sa valeur, en &#233;change de la pi&#233;cette de l'&#171; actuel &#187;. &#192; la porte se tient la crise &#233;conomique, derri&#232;re elle une ombre, la guerre qui s'appr&#234;te. Tenir bon, c'est devenu aujourd'hui l'affaire d'une poign&#233;e de puissants qui, Dieu le sait, ne sont pas plus humains que le grand nombre souvent plus barbares, mais pas au bon sens du terme. Les autres doivent s'arranger comme ils peuvent, repartir sur un autre pied et avec peu de chose. Ceux-ci font cause commune avec les hommes qui ont pris &#224; t&#226;che d'explorer des possibilit&#233;s radicalement nouvelles, fond&#233;es sur le discernement et le renoncement. Dans leurs b&#226;timents, leurs tableaux et leurs r&#233;cits, l'humanit&#233; s'appr&#234;te &#224; survivre, s'il le faut, &#224; la disparition de la culture. Et, surtout, elle le fait en riant. Ce rire peut parfois sembler barbare. Admettons. Il n'emp&#234;che que l'individu peut de temps &#224; autre donner un peu d'humanit&#233; &#224; cette masse qui la lui rendra un jour avec usure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voyez &#201;sope, &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Le-paysan-et-ses-enfants' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le paysan et ses enfants&lt;/a&gt; ; La Fontaine, &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Le-laboureur-et-ses-enfants' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le laboureur et ses enfants&lt;/a&gt; (jld).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adolf Loos, &lt;i&gt;Paroles dans le vide&lt;/i&gt;, suivi de &lt;i&gt;Malgr&#233; tout&lt;/i&gt;, trad. C. Heim, Paris, &#201;ditions Ivr&#233;a, 1994, p. 183 (&#171; C&#233;ramique &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur Scheerbart, voyez la notice de J. M. Monnoyer, in W. Benjamin, &lt;i&gt;&#201;crits fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Galimard , &#171; Folio &#187;, 2003, pp.321-323.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Benjamin : &#171; Sur Scheerbart &#187;, in &lt;i&gt;&#201;crits fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Galimard , &#171; Folio &#187;, 2003, pp.324-327.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bertolt Brecht, &lt;i&gt;Po&#232;mes&lt;/i&gt;, Paris, L'Arche, t. I, 1965, p. 149 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Goethe, &lt;i&gt;Faust&lt;/i&gt;, 2e partie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Scheerbart, &lt;i&gt;L'Architecture de verre&lt;/i&gt;, trad. P. Galissaires, Paris, &#201;ditions Circ&#233;, 1995, p. 148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;W. Benjamin, &#034;Exp&#233;rience et pauvret&#233;&#034;, in &lt;i&gt;&#338;uvres II&lt;/i&gt;, Folio, pp. 364-372. Trad.P. Rusch, modifi&#233;e sur les indications d'Antonia Birnbaum. Texte publi&#233; la premi&#232;re fois en allemand dans &lt;i&gt;Die Welt im Wort&lt;/i&gt;, n&#176; 10 (7 d&#233;cembre 1933).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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