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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Les casse-t&#234;te du mat&#233;rialisme</title>
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		<dc:creator>Virno, Paolo</dc:creator>



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&lt;p&gt;SOURCE : site &lt;br class='autobr' /&gt; I - Tout le monde peut renoncer un jour ou l'autre &#224; enqu&#234;ter sur la relation entre vie et philosophie, tout le monde, sauf le mat&#233;rialiste qui se fait un point d'honneur de d&#233;montrer la gen&#232;se non th&#233;orique de la th&#233;orie. En fin de compte, le mat&#233;rialisme n'est pas autre chose que la philosophie de l'unit&#233; entre vie et philosophie. Toutefois, par une sorte de mal&#233;fice, il reste toujours en-de&#231;&#224; de sa t&#226;che. Il semble qu'il soit destin&#233; &#224; osciller entre deux r&#244;les &#233;galement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Materialisme-" rel="directory"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I&lt;/strong&gt; - Tout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte extrait de AA. VV., Il filosofo in borghese, Manifestolibri, Roma, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;le monde peut renoncer un jour ou l'autre &#224; enqu&#234;ter sur la relation entre vie et philosophie, tout le monde, sauf le mat&#233;rialiste qui se fait un point d'honneur de d&#233;montrer la gen&#232;se &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; th&#233;orique de la th&#233;orie. En fin de compte, le mat&#233;rialisme n'est pas autre chose que la philosophie de l'unit&#233; entre vie et philosophie. Toutefois, par une sorte de mal&#233;fice, il reste toujours en-de&#231;&#224; de sa t&#226;che. Il semble qu'il soit destin&#233; &#224; osciller entre deux r&#244;les &#233;galement marginaux &lt;i&gt;l'enfant terrible&lt;/i&gt; qui fait un pied de nez aux adultes et &lt;i&gt;l'idiot du village&lt;/i&gt; auquel on accorde quelquefois le droit d'&#233;noncer des v&#233;rit&#233;s inconvenantes. Vaurien ou grand na&#239;f, il est, en tout cas, en situation minoritaire, et d'autant moins convaincant qu'il a une juste perception des choses. Comment expliquer qu'il se trouve depuis si longtemps dans une telle impasse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialiste se pr&#233;sente sur sc&#232;ne sous deux principaux &#171; masques de caract&#232;re &#187; : le premier, &#233;cho parodique du marxisme, en fait un &lt;i&gt;sociologue de la connaissance&lt;/i&gt; ; le second, plus archa&#239;que, lui attribue le r&#244;le du &lt;i&gt;sensiste&lt;/i&gt;. Mais ces deux masques trahissent l'un comme l'autre une certaine fragilit&#233; du personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas o&#249; pr&#233;vaut la sociologie de la connaissance, l'effort pour mettre en lumi&#232;re les conditionnements socio-historiques de la Pens&#233;e abstraite et en d&#233;mentir ainsi la pr&#233;tendue puret&#233; est &#224; son comble. Une telle intention est, certes, digne d'&#233;loges mais elle devient contradictoire d&#232;s lors que ce sont pr&#233;cis&#233;ment les rapports socio-historiques qui provoquent la scission drastique entre savoir et exp&#233;rience empirique. Dans la modernit&#233; capitaliste, la s&#233;paration entre &#171; th&#233;orie &#187; et &#171; vie &#187; cesse d'&#234;tre l'illusion vaniteuse du th&#233;orique, constituant au contraire le r&#233;sultat &lt;i&gt;mat&#233;riel&lt;/i&gt; de conditions &lt;i&gt;mat&#233;rielles&lt;/i&gt;. Ainsi, nier l' &#171; autonomie &#187; effective de la pens&#233;e signifie faire preuve d'&lt;i&gt;id&#233;alisme&lt;/i&gt; &#233;hont&#233;. Il n'y a rien de plus anhistorique, ou de plus hyperuranien, que de rechercher les odeurs de cuisine domestique dans les cat&#233;gories th&#233;oriques. De cette mani&#232;re, on subit inversement la terrible puissance pratique de ces derni&#232;res, d'autant plus d&#233;sarm&#233; que l'on est convaincu d'en conna&#238;tre un bout sur la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue de la connaissance tourne en rond en courant, prisonnier d'un paradoxe ironique ; il a tort pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il a raison : dans la th&#233;orie il n'y a pas trace de la praxis vitale imm&#233;diate, justement parce que cette praxis, organis&#233;e selon le mode de production capitaliste, a fait de la th&#233;orie une force &#171; ind&#233;pendante &#187;. Plut&#244;t que de s'arr&#234;ter sur les causes les plus terre &#224; terre d'une telle ind&#233;pendance, le mat&#233;rialiste sociologue l'exorcise par une grimace. Mais il y a pire : non seulement il manque la prise sur le statut du savoir, mais il laisse aussi &#233;chapper la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; au nom de laquelle il croit parler : il ne prend pas garde aux liens abstraits (Marx disait &#171; abstractions r&#233;elles &#187;) qui la parcourent et lui donnent sa coh&#233;sion. C'est pr&#233;cis&#233;ment la pens&#233;e &#171; pure &#187; - celle-l&#224; m&#234;me que le sociologue se proposait de d&#233;masquer - qui rend compte de ces liens, avec le plus grand r&#233;alisme, quand bien m&#234;me elle le fait indirectement. Le Sujet transcendant kantien, qui n'est jamais r&#233;ductible aux simples sujets empiriques, saisit la v&#233;rit&#233; impersonnelle des rapports d'&#233;change mieux que n'importe quelle enqu&#234;te de terrain. Il y a plus d'histoire et plus de &#171; vie &#187; dans les cat&#233;gories &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt; que chez Voltaire ou La Mettrie. La s&#233;paration extr&#234;me est concr&#232;te au plus haut point. Dans la figure d'un intellect autonome imperturbable, l'&#233;poque de la marchandise et de ses &#171; caprices th&#233;ologiques &#187; r&#233;sonne avec une pr&#233;cision inconnue pour celui qui pr&#233;tend la saisir d'un geste de la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II&lt;/strong&gt; - Bien que d&#233;su&#232;te, la tendance sensiste du mat&#233;rialisme s'av&#232;re, encore aujourd'hui, plus radicale et plus prometteuse. Son th&#232;me dominant est l'ombre que le corps projette sur la pens&#233;e, le r&#244;le que le sensible joue dans l'abstraction qui voudrait l'&#233;liminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instance profonde des mat&#233;rialistes est, selon Adorno, de pr&#233;senter &#224; la connaissance, et de la mani&#232;re la plus rude, ce qu'elle est contrainte d'oublier, &#224; savoir les impressions de &lt;i&gt;plaisir&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;douleur&lt;/i&gt; qui ne manquent jamais de marquer la perception sensorielle. Cette brusque rem&#233;moration a une valeur pol&#233;mique : contre toutes les sc&#232;nes fondatrices de la m&#233;taphysique, le mat&#233;rialisme a recours &#224; un &lt;i&gt;coup de th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt; d'une grande trivialit&#233;, r&#233;introduisant &#224; l'improviste dans les lieux m&#234;mes de la logique l'image du corps qui jouit ou qui souffre. Il profite de l'embarras suscit&#233; ainsi pour faire reluire le point de l'impossible renoncement : on ne peut concevoir de rapport entre &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; (et donc entre philosophie et politique), sinon en allant &#224; la racine du rapport entre &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;aisthesis&lt;/i&gt; (entre th&#233;orie et sensation). Ce n'est que dans le contact entre la pens&#233;e et le plaisir (et la douleur) que l'&#233;thique et la politique trouvent un fondement qui ne soit pas d&#233;risoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme parvient &#224; sa dignit&#233; particuli&#232;re comme instance radicalement critique, &lt;i&gt;r&#232;glement de compte&lt;/i&gt; intermittent, interrogation provocante sur le bonheur. Par contre, &#224; peine pr&#233;tend-il s'&#233;riger en syst&#232;me positif qu'il semble condamn&#233; &#224; la plus d&#233;courageante indigence th&#233;orique. Ses &lt;i&gt;leitmotive&lt;/i&gt; sont bien connus : &#233;loge de l'exp&#233;rience imm&#233;diate, consentement &#224; l'&#233;gard des processus inductifs, une th&#233;orie approximative du &#171; reflet &#187; [&lt;i&gt;rispecchiamentol&lt;/i&gt;, une ad&#233;quation conformiste au sens commun. Cet arsenal conceptuel reste aux marges des sentiers effectivement battus par la science moderne, dont le style hypoth&#233;tico-d&#233;ductif contredit ou d&#233;pr&#233;cie la perception directe. Mais &#224; quoi est due cette na&#239;vet&#233; du mat&#233;rialisme sur le terrain gnos&#233;ologique ? Dans un tel d&#233;nuement, ne peut-on pas reconna&#238;tre la d&#233;fense oblique d'une instance radicale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas du valet de chambre de Hegel qui fait la moue, sournois et incr&#233;dule, tandis que son ma&#238;tre met &#224; bas la &#171; certitude sensible &#187; niant toute valeur de connaissance v&#233;ritable &#224; l'assertion &#171; ici et maintenant je vois un arbre &#187;. Le mat&#233;rialiste, qui n'est pas un valet de chambre, avance son objection en ne discutant pas d'embl&#233;e sur le fait que &#171; ici-et-maintenant &#187; puisse &#234;tre une connaissance effective, mais en signalant l'intol&#233;rable omission qui le mine : pour parler v&#233;ritablement de sensation, il faut dire : &#171; Ici et maintenant, je vois un arbre avec &lt;i&gt;plaisir&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;d&#233;plaisir&lt;/i&gt; &#187;. Mais cette revendication du caract&#232;re entier et non d&#233;composable de la perception a peu de succ&#232;s, pour une raison que l'on peut facilement deviner : parce qu'elle n'implique aucun d&#233;veloppement. En effet, pour aller au-del&#224; de la sensation et se garantir un savoir universel, il faut mettre de c&#244;t&#233; plaisir et douleur, et le faire, r&#233;trospectivement, d&#233;j&#224; dans la sensation m&#234;me. C'est alors, mais seulement parce qu'il y est contraint par la faillite de sa propre question sinc&#232;re, que le mat&#233;rialiste adh&#232;re &#224; ces th&#233;ories de la connaissance qui, plus que d'autres, semblent lui laisser quelques chances de la reposer. L'induction, le &#171; reflet &#187;, le sens commun ne sont pas des options in&#233;vitables, mais des points d'appui consid&#233;r&#233;s comme opportuns pour reprendre - &#233;ventuellement sous des modes indirects et masqu&#233;s - un discours non mutil&#233; sur la sensation corporelle. L'acceptation de la &#171; certitude sensible &#187; comme fondement solide de la connaissance n'est qu'un repli provisoire, auquel on se plie par simple ruse, pour mettre &#224; l'abri une instance de compl&#233;tude de la sensation. En un mot : le moindre mal, l'erreur la moins p&#233;nible. A la racine de la &#171; na&#239;vet&#233; &#187; &#233;pist&#233;mologique de mat&#233;rialisme il y a l'espoir, &lt;i&gt;qui n'a rien de na&#239;f&lt;/i&gt;, de valoriser le couple plaisir/douleur jusqu'&#224; l'int&#233;rieur de la th&#233;orie la plus rar&#233;fi&#233;e, espoir de qualit&#233; fine, et des plus dignes, dont la r&#233;alisation est pourtant toujours report&#233;e. M&#234;me le mat&#233;rialiste-sensiste, avec ses &lt;i&gt;coups de th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt; et ses v&#233;rit&#233;s embarrassantes, reste une figure marginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III&lt;/strong&gt; - Pour mesurer toute la difficult&#233; dans laquelle verse la d&#233;fense philosophique de la vie sensible, il convient d'&#233;voquer Feuerbach, protagoniste honni du mat&#233;rialisme moderne. Il &#233;crit : &#171; La philosophie doit donc commencer non pas avec elle-m&#234;me, mais avec son antith&#232;se, avec la non-philosophie. Ce principe, pr&#233;sent en nous, est diff&#233;rent de la pens&#233;e ; c'est le principe du sensualisme &#187;. La vie est le sujet grammatical, la pens&#233;e son pr&#233;dicat : et non le contraire. Les sens pr&#233;c&#232;dent les concepts : dans ces derniers l'exp&#233;rience des premiers ne se d&#233;verse pas enti&#232;rement. Ce qui est per&#231;u dans le silence de la sensation tactile se maintient ind&#233;pendamment de la puissance sp&#233;culative du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-il vrai que le &#171; sensualisme &#187; peut &#234;tre pris comme un indubitable point de rencontre ? En lisant Feuerbach, on &#233;prouve la curieuse impression qu'il puisse avoir tout &#224; la fois tort et raison. Raison, parce qu'il insiste sans rel&#226;che sur l'autonomie du sensible. Tort, parce que cette autonomie est v&#233;ritablement telle uniquement si elle est introduite et, pour ainsi dire, l&#233;gitim&#233;e par la pens&#233;e. Que le corps, ou la &#171; vie &#187;, puisse gagner un lieu propre et un relief seulement &#224; partir des abstractions, ou du fait m&#234;me des abstractions, tel est l'aspect qui est mis en lumi&#232;re, avec m&#233;rite, par les adversaires du mat&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel, dans les premi&#232;res pages (parmi les plus cruciales) de la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit&lt;/i&gt;, avait pourtant expliqu&#233; clairement que le sensible n'est pas une donn&#233;e absolue, mais encore une pens&#233;e : la pens&#233;e de ce qui n'est pas une pens&#233;e, pr&#233;cis&#233;ment. Mais, chez Hegel comme jadis dans toute la m&#233;taphysique, du fait que le sensible se pr&#233;sente comme &lt;i&gt;pens&#233;e&lt;/i&gt; du sensible, il s'ensuit que lorsque la pens&#233;e s'applique &#224; la vie corporelle, elle ne fait que se rencontrer elle-m&#234;me. C'est alors que surgit, pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; ce frottement avec la mati&#232;re, l'exp&#233;rience d'une &lt;i&gt;pens&#233;e qui se pense elle-m&#234;me&lt;/i&gt;. Le sensible ne constitue d&#233;sormais qu'un d&#233;tonateur, ou un ingr&#233;dient sacrificiel, pour renouveler le cercle magique de l'autor&#233;f&#233;rence. L'impression est la m&#234;me ; &#224; tort &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; &#224; raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutefois un autre angle de perspective &#224; partir duquel, du moins &#224; titre hypoth&#233;tique, on peut consid&#233;rer la question toute enti&#232;re. Le &#171; sensualisme &#187;, s'il est pris au s&#233;rieux, n'est rien moins qu'un &lt;i&gt;incipit&lt;/i&gt; imm&#233;diat ou un pr&#233;suppos&#233; ou un fondement tranquille. Il ne doit pas plus &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une &#233;tape pr&#233;caire et un simple pr&#233;texte dans la vie autor&#233;f&#233;rentielle de l'esprit. Il faut le concevoir plut&#244;t comme l'heureux &lt;i&gt;point d'arriv&#233;e&lt;/i&gt; du &#171; labeur des concepts &#187;, comme le &lt;i&gt;r&#233;sultat&lt;/i&gt; ou le comble de la th&#233;orie, comme un &lt;i&gt;but&lt;/i&gt; complexe, vers lequel convergent des prestations intellectuelles tr&#232;s sophistiqu&#233;es. En paraphrasant Feuerbach, on pourrait dire que la philosophie doit &lt;i&gt;s'achever&lt;/i&gt; non pas avec elle-m&#234;me, mais avec son antith&#232;se, la vie sensible et, en s'achevant, elle doit la d&#233;poser, la remettre &#224; elle-m&#234;me, &lt;i&gt;l'absoudre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaston Bachelard a &#233;crit : &#171; L'apprentissage sensible n'est plus un point de d&#233;part, ce n'est pas m&#234;me un simple guide : c'est une &lt;i&gt;fin&lt;/i&gt; &#187;. L'&#233;pist&#233;mologue fran&#231;ais, sans doute parmi les plus fins qui soient, fait r&#233;f&#233;rence &#224; la pratique scientifique dans les laboratoires. Toutefois, son observation s'applique aussi, d&#233;sormais, &#224; l'exp&#233;rience commune, aux formes qu'elle prend dans la modernit&#233; tardive. Elle peut devenir, en somme, une sorte de motif araldique, ou d'&#233;pigraphe, pour une instance mat&#233;rialiste d&#233;sireuse d'&#233;chapper &#224; sa situation minoritaire, et ce, sous deux profils diff&#233;rents mais concomitants, tout d'abord comme enregistrement d'une condition historique, la n&#244;tre, dans laquelle le rapport entre savoir et vie est radicalement chang&#233;, puis, comme principe m&#233;thodique sur la base duquel reproposer une r&#233;flexion sur le sensualisme et donc sur le plaisir et la douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV&lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;Primum philosophare, deinde vivere&lt;/i&gt;. Le renversement de l'adage traditionnel a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans les faits par le capitalisme avanc&#233;, qui a sa principale ressource dans la culture et le savoir abstrait. Non pas que l'on philosophe plus que de mesure, au contraire ! Le fait est, plut&#244;t, que chaque exp&#233;rience vitale imm&#233;diate a comme pr&#233;suppos&#233; une grande quantit&#233; de th&#233;orie mat&#233;rialis&#233;e. D'innombrables constructions conceptuelles, qui s'incarnent dans des techniques, des proc&#233;dures, des r&#232;gles, orientent notre regard et servent de pr&#233;misses &#224; quelque action que ce soit. La perception directe et l'activit&#233; la plus spontan&#233;e viennent &lt;i&gt;en fin de course&lt;/i&gt;. Telle est la situation historique qui se d&#233;termine quand la scission entre la main et l'esprit manifeste son &lt;i&gt;irr&#233;versibilit&#233;&lt;/i&gt;, quand l'&lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt; de l'intellect abstrait pr&#233;dispose et r&#233;gule le processus productif social, dans son ensemble et sous chacun de ses aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il veut rester fid&#232;le &#224; sa propre intention critique, le mat&#233;rialiste sociologue ne peut plus aller &#224; la chasse de r&#233;sidus &#171; vitaux &#187; dans telle ou telle th&#233;orie mais, au contraire, doit &lt;i&gt;identifier et d&#233;crire une forme de vie sp&#233;cifique sur la base du type de savoir par lequel elle est innerv&#233;e&lt;/i&gt;. Ce n'est que de cette mani&#232;re, du reste, qu'il parviendra &#224; saisir les aspects les plus naturellement &#171; sociologiques &#187;, ou &lt;i&gt;tout simplement&lt;/i&gt;, mat&#233;riels, de l'exp&#233;rience contemporaine (en commen&#231;ant par celle du monde du travail). C'est ainsi, en outre, que cette unit&#233; entre &#171; vie &#187; et &#171; philosophie &#187; se trouve confirm&#233;e, ce dont le mat&#233;rialiste, on l'a vu, fait un point d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette confirmation, notons-le, ne se peut obtenir que lorsque l'on consid&#232;re la pure th&#233;orie comme un &lt;i&gt;fait mat&#233;riel&lt;/i&gt;. Dis-moi comment tu penses, c'est-&#224;-dire &#224; quelle constellation culturelle tu t'en remets, et je te dirai comment tu travailles, quel rapport tu entretiens avec les hi&#233;rarchies sociales, quels sont tes int&#233;r&#234;ts terrestres, tes impulsions et tes sentiments les plus irr&#233;fl&#233;chis. Une &lt;i&gt;boutade&lt;/i&gt;, dira-t-on : certes, mais des plus s&#233;rieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, il n'est plus question ici du &#171; grand penseur &#187; et de son &#233;ventuelle compromission avec les horreurs de son &#233;poque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le volume, dont ce texte est extrait, se veut une contribution (de plus ! - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous ne parlons pas de Heidegger, mais du travail intellectuel de masse moderne. Toutefois, pr&#233;cis&#233;ment quand les modes d'existence concrets se pr&#233;sentent comme un r&#233;sultat de paradigmes th&#233;oriques, le jugement sur le &#171; grand penseur &#187; ne consent aucune &#233;chappatoire, aucun att&#233;nuateur : il devient &#224; la fois plus pressant et plus s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V&lt;/strong&gt; - Enfin il est utile de se demander quelles chances le renversement de position entre savoir et &#171; vie &#187; offre &#224; cette autre attitude typique du mat&#233;rialiste, le sensisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre la disposition terminale de l'exp&#233;rience sensible (&#224; savoir le fait qu'elle est pr&#233;c&#233;d&#233;e et pr&#233;par&#233;e par la &#171; th&#233;orie &#187;) qui ouvre un soupirail pour r&#233;soudre l'&lt;i&gt;impasse&lt;/i&gt; dans laquelle &#233;tait confin&#233;e la requ&#234;te mat&#233;rialiste d'int&#233;grer toujours le plaisir et la douleur dans la perception. Tant que l'on assume la &#171; donn&#233;e sensorielle &#187; comme &lt;i&gt;premier&lt;/i&gt; degr&#233; de la repr&#233;sentation du monde, cette requ&#234;te, bien que passionn&#233;e, ne peut que para&#238;tre plaintive et impuissante. Dans ce cas, en effet, il est n&#233;cessaire d'&#233;purer la sensation, jusqu'&#224; en tirer une &lt;i&gt;information&lt;/i&gt; capable de fonder des assertions universelles successives. R&#233;ciproquement, alors que la perception directe est comprise comme saillie extr&#234;me, ou dernier maillon d'un processus cognitif enti&#232;rement d&#233;ploy&#233;, elle peut aspirer &#224; une int&#233;grit&#233; sans condition. La r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;historique&lt;/i&gt; d'un &#171; intellect autonome &#187; nous permet d'affirmer : apr&#232;s la sensation, il n'y a rien d'autre ; tout le reste a d&#233;j&#224; &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plus de deux si&#232;cles, dans son &lt;i&gt;Trait&#233; des sensations&lt;/i&gt;, Condillac imagina une statue &#171; d&#233;pourvue de quelque sorte d'id&#233;e que ce soit &#187;, qui commen&#231;a &#224; conna&#238;tre tout d'abord par un seul sens, l'odorat, puis par l'ou&#239;e, et ainsi, graduellement, par tous les autres sens. Par cet exp&#233;dient, Condillac essaya de montrer ce qui est propre &#224; chaque organe sensoriel, ainsi que la gen&#232;se des repr&#233;sentations intellectuelles. Il s'agit d'une exp&#233;rience mentale qui m&#233;riterait d'&#234;tre r&#233;it&#233;r&#233;e dans la soci&#233;t&#233; du spectacle (dite aussi de la &#171; communication g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#187;), avec certaines variantes d&#233;cisives, toutefois. D'une part, il faut postuler que la statue, avant toute sensation, soit &lt;i&gt;pleine&lt;/i&gt; &#171; de toutes sortes d'id&#233;es &#187;, c'est-&#224;-dire remplie de sch&#233;mas conceptuels socialement en vigueur. D'autre part, on doit consid&#233;rer que ses perceptions, charg&#233;es de plaisir ou de douleur, ne sont pas un pr&#233;lude, mais une acm&#233; et un &lt;i&gt;accomplissement&lt;/i&gt;, ou mieux encore qu'elles sont aussi un pr&#233;lude, mais non pas &#224; une connaissance ult&#233;rieure, et plus impartiale, mais bien plut&#244;t &#224; une &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte extrait de AA. VV., &lt;i&gt;Il filosofo in borghese&lt;/i&gt;, Manifestolibri, Roma, 1992, p. 57-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le volume, dont ce texte est extrait, se veut une contribution (de plus ! - tardive, mais b&#233;n&#233;ficiant d'un recul n&#233;cessaire) au d&#233;bat sur Heidegger et le nazisme qui d&#233;cha&#238;na les passions il y a quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/strong&gt;, n&#176;18, novembre 1993.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Traduit de l'italien par Michel VALENSI)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Le probl&#232;me du fatalisme</title>
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		<title>Textes de philosophie - le mat&#233;rialisme des Lumi&#232;res</title>
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