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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Sur la condition des grands : Troisi&#232;me discours</title>
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		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je vous veux faire conna&#238;tre, Monsieur, votre condition v&#233;ritable ; car c'est la chose du monde que les personnes de votre sorte ignorent le plus. Qu'est-ce, &#224; votre avis, d'&#234;tre grand seigneur ? C'est &#234;tre ma&#238;tre de plusieurs objets de la concupiscence des hommes, et ainsi pouvoir satisfaire aux besoins et aux d&#233;sirs de plusieurs. Ce sont ces besoins et ces d&#233;sirs qui les attirent aupr&#232;s de vous, et qui font qu'ils se soumettent &#224; vous : sans cela ils ne vous regarderaient pas seulement ; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Trois-discours-sur-la-condition-des-grands-" rel="directory"&gt;Trois discours sur la condition des grands&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Second-discours' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Je vous veux faire conna&#238;tre, Monsieur, votre condition v&#233;ritable ; car c'est la chose du monde que les personnes de votre sorte ignorent le plus. Qu'est-ce, &#224; votre avis, d'&#234;tre grand seigneur ? C'est &#234;tre ma&#238;tre de plusieurs objets de la concupiscence des hommes, et ainsi pouvoir satisfaire aux besoins et aux d&#233;sirs de plusieurs. Ce sont ces besoins et ces d&#233;sirs qui les attirent aupr&#232;s de vous, et qui font qu'ils se soumettent &#224; vous : sans cela ils ne vous regarderaient pas seulement ; mais ils esp&#232;rent, par ces services et ces d&#233;f&#233;rences qu'ils vous rendent, obtenir de vous quelque part de ces biens qu'ils d&#233;sirent et dont ils voient que vous disposez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu est environn&#233; de gens pleins de, charit&#233;, qui lui demandent les biens de la charit&#233; qui sont en sa puissance : ainsi il est proprement le roi de la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes de m&#234;me environn&#233; d'un petit nombre de personnes, sur qui vous r&#233;gnez en votre mani&#232;re. Ces gens sont pleins de concupiscence. Ils vous demandent les biens de la concupiscence : c'est la concupiscence qui les attache &#224; vous. Vous &#234;tes donc proprement un roi de concupiscence. Votre royaume est de peu d'&#233;tendue ; mais vous &#234;tes &#233;gal en cela aux plus grands rois de la terre : ils sont comme vous des rois de concupiscence. C'est la concupiscence qui fait leur force, c'est-&#224;-dire la possession des choses que la cupidit&#233; des hommes d&#233;sire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en connaissant votre condition naturelle, usez des moyens qu'elle vous donne, et ne pr&#233;tendez pas r&#233;gner par une autre voie que par celle qui vous fait roi. Ce n'est point votre force et votre puissance naturelle qui vous assujettit toutes ces personnes. Ne pr&#233;tendez donc point les dominer par la force, ni les traiter avec duret&#233;. Contentez leurs justes d&#233;sirs ; soulagez leurs n&#233;cessit&#233;s ; mettez votre plaisir &#224; &#234;tre bienfaisant ; avancez-les autant que vous le pourrez, et vous agirez en vrai roi de concupiscence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je vous dis ne va pas bien loin ; et si vous en demeurez l&#224;, vous ne laisserez pas de vous perdre ; mais au moins vous vous perdrez en honn&#234;te homme. Il y a des gens qui se damnent si sottement, par l'avarice, par la brutalit&#233;, par les d&#233;bauches, par la violence, par les emportements, par les blasph&#232;mes ! Le moyen que je vous ouvre est sans doute plus honn&#234;te ; mais en v&#233;rit&#233; c'est toujours une grande folie que de se damner ; et c'est pourquoi il n'en faut pas demeurer l&#224;. Il faut m&#233;priser la concupiscence et son royaume, et aspirer &#224; ce royaume de charit&#233; o&#249; tous les sujets ne respirent que la charit&#233;, et ne d&#233;sirent que les biens de la charit&#233;. D'autres que moi vous en diront le chemin : il me suffit de vous avoir d&#233;tourn&#233; de ces vies brutales o&#249; je vois que plusieurs personnes de votre condition se laissent emporter faute de bien conna&#238;tre l'&#233;tat v&#233;ritable de cette condition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur la condition des grands : Second discours</title>
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		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il est bon, Monsieur, que vous sachiez ce que l'on vous doit, afin que vous ne pr&#233;tendiez pas exiger des hommes ce qui ne vous est pas d&#251; ; car c'est une injustice visible : et cependant elle est fort commune &#224; ceux de votre, condition, parce qu'ils en ignorent la nature &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs d'&#233;tablissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d'&#233;tablissement d&#233;pendent de la volont&#233; des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Trois-discours-sur-la-condition-des-grands-" rel="directory"&gt;Trois discours sur la condition des grands&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Premier-Discours' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il est bon, Monsieur, que vous sachiez ce que l'on vous doit, afin que vous ne pr&#233;tendiez pas exiger des hommes ce qui ne vous est pas d&#251; ; car c'est une injustice visible : et cependant elle est fort commune &#224; ceux de votre, condition, parce qu'ils en ignorent la nature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs d'&#233;tablissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d'&#233;tablissement d&#233;pendent de la volont&#233; des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains &#233;tats et y attacher certains respects. Les dignit&#233;s et la noblesse sont de ce genre. En un pays on honore les nobles, en l'autre les roturiers ; en celui-ci les a&#238;n&#233;s, en cet autre les cadets. Pourquoi cela ? Parce qu'il a plu aux hommes. La chose &#233;tait indiff&#233;rente avant l'&#233;tablissement : apr&#232;s l'&#233;tablissement elle devient juste, parce qu'il est injuste de la troubler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandeurs naturelles sont celles qui sont ind&#233;pendantes de la fantaisie des hommes ; parce qu'elles consistent dans des qualit&#233;s r&#233;elles et effectives de l'&#226;me ou du corps, qui rendent l'une ou l'autre plus estimable, comme les sciences, la lumi&#232;re de l'esprit, la vertu, la sant&#233;, la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons quelque chose &#224; l'une et &#224; l'autre de ces grandeurs ; mais comme elles sont d'une nature diff&#233;rente, nous leur devons aussi diff&#233;rents respects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux grandeurs d'&#233;tablissement, nous leur devons des respects d'&#233;tablissement, c'est-&#224;-dire certaines c&#233;r&#233;monies ext&#233;rieures qui doivent &#234;tre n&#233;anmoins accompagn&#233;es, selon la raison, d'une reconnaissance int&#233;rieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir quelque qualit&#233; r&#233;elle en ceux que nous honorons de cette sorte. Il faut parler aux rois &#224; genoux ; il faut se tenir debout dans la chambre des princes. C'est une sottise et une bassesse d'esprit que de leur refuser ces devoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les respects naturels qui consistent dans l'estime, nous ne les devons qu'aux grandeurs naturelles ; et nous devons au contraire le m&#233;pris et l'aversion aux qualit&#233;s contraires &#224; ces grandeurs naturelles. Il n'est pas n&#233;cessaire, parce que vous &#234;tes duc, que je vous estime ; mais il est n&#233;cessaire que je vous salue. Si vous &#234;tes duc et honn&#234;te homme, je rendrai ce que je dois &#224; l'une et &#224; l'autre de ces qualit&#233;s. Je ne vous refuserai point les c&#233;r&#233;monies que m&#233;rite votre qualit&#233; de duc, ni l'estime que m&#233;rite celle d'honn&#234;te homme. Mais si vous &#233;tiez duc sans &#234;tre honn&#234;te homme, je vous ferais encore justice ; car en vous rendant les devoirs ext&#233;rieurs que l'ordre des hommes a attach&#233;s &#224; votre naissance, je ne manquerais pas d'avoir pour vous le m&#233;pris int&#233;rieur que m&#233;riterait la bassesse de votre esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; en quoi consiste la justice de ces devoirs. Et l'injustice consiste &#224; attacher les respects naturels aux grandeurs d'&#233;tablissement, ou &#224; exiger les respects d'&#233;tablissement pour les grandeurs naturelles. M. N... est un plus grand g&#233;om&#232;tre que moi ; en cette qualit&#233; il veut passer devant moi : je lui dirai qu'il n'y entend rien. La g&#233;om&#233;trie est une grandeur naturelle ; elle demande une pr&#233;f&#233;rence d'estime ; mais les hommes n'y ont attach&#233; aucune pr&#233;f&#233;rence ext&#233;rieure. Je passerai donc devant lui ; et l'estimerai plus que moi, en qualit&#233; de g&#233;om&#232;tre. De m&#234;me si, &#233;tant duc et pair, vous ne vous contentez pas que je me tienne d&#233;couvert devant vous, et que vous voulussiez encore que je vous estimasse, je vous prierais de me montrer les qualit&#233;s qui m&#233;ritent mon estime. Si vous le faisiez, elle vous est acquise, et je ne vous la pourrais refuser avec justice ; mais si vous ne le faisiez pas ; vous seriez injuste de me la demander, et assur&#233;ment vous n'y r&#233;ussiriez pas, fussiez-vous le plus grand prince du monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Troisieme-discours' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Sur la condition des grands : Premier Discours</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Premier-Discours</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour entrer dans la v&#233;ritable connaissance de votre condition, consid&#233;rez-la dans cette image : &lt;br class='autobr' /&gt; Un homme est jet&#233; par la temp&#234;te dans une &#238;le inconnue, dont les habitants &#233;taient en peine de trouver leur roi, qui s'&#233;tait perdu ; et, ayant beaucoup de ressemblance de corps et de visage avec ce roi, il est pris pour lui, et reconnu en cette qualit&#233; par tout ce peuple. D'abord il ne savait quel parti prendre ; mais il se r&#233;solu enfin de se pr&#234;ter &#224; sa bonne fortune. Il re&#231;ut tous les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Trois-discours-sur-la-condition-des-grands-" rel="directory"&gt;Trois discours sur la condition des grands&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour entrer dans la v&#233;ritable connaissance de votre condition, consid&#233;rez-la dans cette image :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un homme est jet&#233; par la temp&#234;te dans une &#238;le inconnue, dont les habitants &#233;taient en peine de trouver leur roi, qui s'&#233;tait perdu ; et, ayant beaucoup de ressemblance de corps et de visage avec ce roi, il est pris pour lui, et reconnu en cette qualit&#233; par tout ce peuple. D'abord il ne savait quel parti prendre ; mais il se r&#233;solu enfin de se pr&#234;ter &#224; sa bonne fortune. Il re&#231;ut tous les respects qu'on lui voulut rendre, et il se laissa traiter de roi.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais, comme il ne pouvait oublier sa condition naturelle, il songeait, en m&#234;me temps qu'il recevait ces respects, qu'il n'&#233;tait pas ce roi que ce peuple cherchait, et que ce royaume ne lui appartenait pas. Ainsi il avait une double pens&#233;e : l'une par laquelle il agissait en roi, l'autre par laquelle il reconnaissait son &#233;tat v&#233;ritable, et que ce n'&#233;tait que le hasard qui l'avait mis en place o&#249; il &#233;tait. Il cachait cette derni&#232;re pens&#233;e, et il d&#233;couvrait l'autre. C'&#233;tait par la premi&#232;re qu'il traitait avec le peuple, et par la derni&#232;re qu'il traitait avec soi-m&#234;me.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ne vous imaginez pas que ce soit par un moindre hasard que vous poss&#233;dez les richesses dont vous vous trouvez ma&#238;tre, que celui par lequel cet homme se trouvait roi. Vous n'y avez aucun droit de vous-m&#234;me et par votre nature, non plus que lui : et non seulement vous ne vous trouvez fils d'un duc, mais vous ne vous trouvez au monde, que par une infinit&#233; de hasards. Votre naissance d&#233;pend d'un mariage, ou plut&#244;t de tous les mariages de ceux dont vous descendez. Mais d'o&#249; ces mariages d&#233;pendent-ils ? D'une visite faite par rencontre, d'un discours en l'air, de mille occasions impr&#233;vues.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vous tenez, dites-vous, vos richesses de vos anc&#234;tres ; mais n'est-ce pas par mille hasards que vos anc&#234;tres les ont acquises et qu'ils les ont conserv&#233;es ? Vous imaginez-vous aussi que ce soit par quelque loi naturelle que ces biens ont pass&#233;s de vos anc&#234;tres &#224; vous ? Cela n'est pas v&#233;ritable. Cet ordre n'est fond&#233; que sur la seule volont&#233; des l&#233;gislateurs qui ont pu avoir de bonnes raisons, mais dont aucune n'est prise d'un droit naturel que vous ayez sur ces choses. S'il leur avait plu d'ordonner que ces biens, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; poss&#233;d&#233;s par les p&#232;res durant leur vie, retourneraient &#224; la r&#233;publique apr&#232;s leur mort, vous n'auriez aucun sujet de vous en plaindre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ainsi tout le titre par lequel vous poss&#233;dez votre bien n'est pas un titre de nature, mais d'un &#233;tablissement humain. Un autre tour d'imagination dans ceux qui ont fait les lois vous aurait rendu pauvre ; et ce n'est que cette rencontre du hasard qui vous a fait na&#238;tre, avec la fantaisie des lois favorables &#224; votre &#233;gard, qui vous met en possession de tous ces biens.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je ne veux pas dire qu'ils ne vous appartiennent pas l&#233;gitimement, et qu'il soit permis &#224; un autre de vous les ravir ; car Dieu, qui en est le ma&#238;tre, a permis aux soci&#233;t&#233;s de faire des lois pour les partager ; et quand ces lois sont une fois &#233;tablies, il est injuste de les violer. C'est ce qui vous distingue un peu de cet homme qui ne poss&#233;derait son royaume que par l'erreur du peuple ; parce que Dieu n'autoriserait pas cette possession et l'obligerait &#224; y renoncer, au lieu qu'il autorise la v&#244;tre. Mais ce qui vous est enti&#232;rement commun avec lui, c'est que ce droit que vous y avez n'est point fond&#233;, non plus que le sien, sur quelque qualit&#233; et sur quelque m&#233;rite qui soit en vous et qui vous en rende digne. Votre &#226;me et votre corps sont d'eux-m&#234;mes indiff&#233;rents &#224; l'&#233;tat de batelier ou &#224; celui de duc ; et il n'y a nul lien naturel qui les attache &#224; une condition plut&#244;t qu'&#224; une autre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que s'ensuit-il de l&#224; ? que vous devez avoir, comme cet homme dont nous avons parl&#233;, une double pens&#233;e ; et que si vous agissez ext&#233;rieurement avec les hommes selon votre rang, vous devez reconna&#238;tre, par une pens&#233;e plus cach&#233;e mais plus v&#233;ritable, que vous n'avez rien naturellement au-dessus d'eux. Si la pens&#233;e publique vous &#233;l&#232;ve au-dessus du commun des hommes, que l'autre vous abaisse et vous tienne dans une parfaite &#233;galit&#233; avec tous les hommes ; car c'est votre &#233;tat naturel.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le peuple qui vous admire ne conna&#238;t pas peut-&#234;tre ce secret. Il croit que la noblesse est une grandeur r&#233;elle et il consid&#232;re presque les grands comme &#233;tant d'une autre nature que les autres. Ne leur d&#233;couvrez pas cette erreur, si vous voulez ; mais n'abusez pas de cette &#233;l&#233;vation avec insolence, et surtout ne vous m&#233;connaissez pas vous-m&#234;me en croyant que votre &#234;tre a quelque chose de plus &#233;lev&#233; que celui des autres.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que diriez-vous de cet homme qui aurait &#233;t&#233; fait roi par l'erreur du peuple, s'il venait &#224; oublier tellement sa condition naturelle, qu'il s'imagin&#226;t que ce royaume lui &#233;tait d&#251;, qu'il le m&#233;ritait et qu'il lui appartenait de droit ? Vous admireriez sa sottise et sa folie. Mais y en a-t-il moins dans les personnes de condition qui vivent dans un si &#233;trange oubli de leur &#233;tat naturel ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que cet avis est important ! Car tous les emportements, toute la violence et toute la vanit&#233; des grands vient de ce qu'ils ne connaissent point ce qu'ils sont : &#233;tant difficile que ceux qui se regarderaient int&#233;rieurement comme &#233;gaux &#224; tous les hommes, et qui seraient bien persuad&#233;s qu'ils n'ont rien en eux qui m&#233;rite ces petits avantages que Dieu leur a donn&#233;s au-dessus des autres, les traitassent avec insolence. Il faut s'oublier soi-m&#234;me pour cela, et croire qu'on a quelque excellence r&#233;elle au-dessus d'eux ; en quoi consiste cette illusion que je t&#226;che de vous d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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