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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>1947 : &#034;Le cas Heidegger&#034;, par Erik Weil.</title>
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		<dc:date>2005-04-25T08:49:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Weil, Eric</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le dossier Heidegger grossit toujours. On n'a pourtant pas l'impression que des pi&#232;ces essentielles y manquent, des documents qui puissent apporter des arguments nouveaux, dans un sens ou dans l'autre. &#201;videmment, la possibilit&#233; n'est pas exclue qu'un autre appel enflamm&#233; en faveur du F&#252;hrer se retrouve, qu'une autre lettre apparaisse adress&#233;e par Mme Heidegger (ou un fils ou une tante Heidegger, voire M. Heidegger lui-m&#234;me) &#224; un &#171; non-aryen &#187; ou &#224; un coll&#232;gue suspect de ti&#233;deur envers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_88 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/IMG/rtf/Weil-Le_cas_Heidegger.rtf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='RTF - 38.2 kio' type=&#034;application/rtf&#034;&gt;&lt;img src='http://www.caute.lautre.net/plugins-dist/medias/prive/vignettes/rtf.svg?1772887847' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le cas Heidegger.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le dossier Heidegger grossit toujours. On n'a pourtant pas l'impression que des pi&#232;ces essentielles y manquent, des documents qui puissent apporter des arguments nouveaux, dans un sens ou dans l'autre. &#201;videmment, la possibilit&#233; n'est pas exclue qu'un autre appel enflamm&#233; en faveur du F&#252;hrer se retrouve, qu'une autre lettre apparaisse adress&#233;e par Mme Heidegger (ou un fils ou une tante Heidegger, voire M. Heidegger lui-m&#234;me) &#224; un &#171; non-aryen &#187; ou &#224; un coll&#232;gue suspect de ti&#233;deur envers Hitler : cela ne changerait gu&#232;re an proc&#232;s. M. Loewith&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Temps Moderne, 2e ann&#233;e, n&#176; 14, pp. 343 sqq.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a pr&#233;sent&#233; les pi&#232;ces de l'accusation (une partie des pi&#232;ces), M. de Towarnicki&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., n&#176; 4, pp. 717sqq.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a publi&#233; un plaidoyer de Heidegger (plut&#244;t &lt;i&gt;de &lt;/i&gt;Heidegger que pour Heidegger : il serait facile de prouver, &#224; l'aide de documents signes par leur auteur, que M. Towarnicki n'est pas tant l'avocat que le traducteur de son client) : il est temps d'entrer en d&#233;lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons les faits : M. Heidegger, c&#233;l&#232;bre professeur &#224; l'universit&#233; de Fribourg, est &#233;lu recteur au printemps 1933 et se fait inscrire &#171; dans l'int&#233;r&#234;t de l'universit&#233; &#187; au parti national-socialiste. Jusque-l&#224;, il n'a jamais fait de politique. Admettons-le, bien qu'il y ait des t&#233;moignages du fait que Heidegger, d&#232;s 1932 au plus tard, passait pour &#171; nazi &#187; aupr&#232;s d'une bonne partie de ses auditeurs. Il reste recteur jusqu'en f&#233;vrier 1934, d&#233;missionne, &#224; la fois parce que deux de ses coll&#232;gues sont menac&#233;s de r&#233;vocation et parce qu'il en a d&#233;cid&#233; ainsi avant que cette menace paraisse, continue &#224; faire ses cours qui ne sont pas bien vus par tous les membres du parti nazi, mais qui ne sont pas d'un caract&#232;re suffisamment dangereux pour qu'on h&#233;site &#224; lui offrir le rectorat de Berlin, &#171; est oblig&#233; d'interrompre ses cours en 1937-38 &#187;, mais peut les reprendre et les continuer en pleine guerre, publie sans interruption, bien qu'avec des difficult&#233;s, particuli&#232;rement sur le plan publicitaire, se voit priv&#233; du droit d'assister aux congr&#232;s internationaux (on ne sait pas si l'on lui a refus&#233; le visa de sortie ou simplement la qualit&#233; de repr&#233;sentant officiel de la philosophie allemande), refuse, de son c&#244;t&#233;, de faire des voyages de propagande &#224; l'&#233;tranger, non point parce qu'il d&#233;sapprouve la politique du Reich, mais parce que, comme il d&#233;clare ing&#233;nument, il lui &#233;tait d&#233;fendu dans son propre pays &#171; d'exprimer ouvertement sa pens&#233;e &#187;, - et demande maintenant, ces preuves d'innocence &#224; l'appui, qu'on l'acquitte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il oublie de mentionner quelques petites oeuvres de circonstance, que M. Loewith a bien fait de citer : le discours d'entr&#233;e en fonction du nouveau recteur, avec son appel &#224; la fid&#233;lit&#233; envers le F&#252;hrer, le discours &#224; la m&#233;moire de Schlageter, l'appel &#224; l'Universit&#233; et au peuple allemand au moment des &#233;lections, apr&#232;s la sortie de l'Allemagne de la S.D.N. : m&#234;me l'&#339;il le plus exerc&#233; et le plus bienveillant n'y trouvera rien qui contredise l'action hitl&#233;rienne (comme les yeux les plus malveillants, ceux de la censure nazie, n'y ont rien trouv&#233; de pareil). C'est le langage nazi, la morale nazie, la pens&#233;e (&lt;i&gt;sit&lt;/i&gt; &lt;i&gt;venia verbo) &lt;/i&gt;nazie, le sentiment nazi. Ce n'est pas la philosophie nazie, et c'est pour cela que M. Heidegger croit devoir emporter la d&#233;cision. Mais il faut s'entendre : si M. Heidegger n'est pas nazi orthodoxe, s'il a &#233;t&#233; critiqu&#233; (entre parenth&#232;ses : on est surpris de rencontrer ensemble les deux qualificatifs de &#171; haineuses &#187; et &#171; incompr&#233;hensives &#187; - de Towarnicki, p. 720 - ; ont-elles &#233;t&#233; haineuses, ces attaques, parce que ses adversaires ne comprenaient pas M. Heidegger et auraient-elles cess&#233; si on l'avait compris ?), si Baeumler le regardait avec suspicion, c'est que M. Heidegger n'&#233;tait pas mat&#233;rialiste biologiste, que pour lui, le &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; primait la nature telle qu'elle est comprise par la science. Fort bien, M. Heidegger a &#233;vit&#233; une absurdit&#233; philosophique, il a m&#234;me protest&#233; contre cette absurdit&#233;. Aussi n'a-t-il pas &#233;t&#233; accus&#233; de biologisme, de &#171; bauemlerisme &#187; ou de &#171; rosenbergianisme &#187;, mais d'hitl&#233;risme. On le juge sur le plan politique et sa d&#233;fense sur ce plan n'est pas seulement faible, elle manque. Nombreux sont les voleurs qui pourraient jurer, en leur &#226;me et conscience, qu'ils n'ont jamais viol&#233; une fille : d'ordinaire, ils ne se servent pas de cet argument devant les tribunaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Heidegger a approuv&#233; la prise du pouvoir par Hitler, il n'a pas &#233;t&#233; g&#234;n&#233; outre mesure par toute l'histoire de la premi&#232;re ann&#233;e du Reich mill&#233;naire, il a approuv&#233; publiquement la rupture avec la S.D.N., il a pes&#233; de tout son poids moral sur ses &#233;tudiants et sur l'opinion publique de son pays pour que Hitler f&#251;t l'avenir de l'Allemagne, et il a &#233;t&#233; d&#233;&#231;u eu voyant que ce Reich pouvait se dispenser de ses services, puisqu'il n'avait besoin d'aucun philosophe du tout. Tout ce dont il peut se plaindre, c'est que le nazisme ait &#233;t&#233; ingrat envers lui. C'est l&#224; une cause qu'il pourrait peut-&#234;tre gagner devant une cour objective ; en tout cas, il pourrait d&#233;montrer qu'il a fait des frais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; du peuple de n'&#234;tre responsable que devant lui-m&#234;me, d&#233;clare-t-il dans son appel du 10 novembre 1933, est &#171; le d&#233;part d'une jeunesse purifi&#233;e et qui re-cro&#238;t (&lt;i&gt;zuruckw&#228;chst&lt;/i&gt;) dans ses propres racines... Le peuple regagne la &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; de sa volont&#233; d'exister (&lt;i&gt;Daseinswille&lt;/i&gt;) ; car (il faut faire attention : M. Heidegger indique maintenant les bases, d'apr&#232;s lui, philosophiquement solides, qu'il peut mettre &#224; la disposition du parti) v&#233;rit&#233; est l'&#234;tre-ouvert (ou visible : &lt;i&gt;Offenbarkeit&lt;/i&gt;) de ce qui rend s&#251;r, clair et fort un peuple dans son action et dans son savoir. D'une telle v&#233;rit&#233; prend origine l'authentique volont&#233; de savoir. Et cette volont&#233; de savoir d&#233;limite, l'exigence du savoir. Et de l&#224;, enfin, sont mesur&#233;es les limites &#224; l'int&#233;rieur desquelles la question et la recherche authentiques doivent se fonder et se l&#233;gitimer (ou : fournir leurs preuves). De cette origine provient pour nous la science. Elle est li&#233;e dans la n&#233;cessit&#233; de l'existence nationale (&lt;i&gt;v&#246;lkisch&lt;/i&gt;) responsable devant elle-m&#234;me... &lt;i&gt;Savoir&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;wissend-sein&lt;/i&gt;) signifie pour nous : avoir puissance sur les choses en clart&#233; et &#234;tre d&#233;cid&#233; &#224; l'action. Nous nous sommes d&#233;tach&#233;s de l'idol&#226;trie d'un penser sans sol (ou : fond) ni puissance. Nous assistons &#224; la fin d'une philosophie qui le sert. &#187; M. Heidegger a raison : si Hitler avait compris quelque chose &#224; la philosophie, cette &#171; v&#233;rit&#233; &#187; lui aurait rendu de meilleurs services que son biologisme, puisqu'elle aussi aurait &#233;t&#233; capable de tout justifier, absolument tout, et que, avantage suppl&#233;mentaire et non n&#233;gligeable elle aurait &#233;t&#233; moins g&#234;nante pour la propagande &#224; l'&#233;tranger portant plus noble que la doctrine du peuple ma&#238;tre par la gr&#226;ce de Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Heidegger ne s'int&#233;resse pas &#224; ce proc&#232;s qu'il pourrait soutenir contre Hitler, et il a raison : la maison est en faillite, le patron mort. Mais il est surprenant qu'il aspire maintenant au r&#244;le de mauvais serviteur, voire de serviteur des ennemis du pa tron, parce que celui-ci n'a pas appr&#233;ci&#233; &#224; leur juste valeur les moyens qu'il mettait &#224; la disposition de l'entreprise. Il y a eu brouille, c'est entendu ; mais ce n'est pas M. Heidegger qui l'a voulue. Il n'a pas obtenu ce qu'il demandait au moins implicitement, la place de F&#252;hrer de l'Esprit Allemand ; mais c'est une affaire entre lui et Hitler. On peut conclure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* *&lt;br /&gt;
*&lt;br /&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut conclure, mais on ne peut pas passer outre, sans avoir essay&#233; de tirer la le&#231;on. Ce qui est effrayant dans l'affaire, ce n'est pas tant ce que M. Heidegger a fait d'abord et n'a pas fait ensuite, c'est sa d&#233;fense. Un professeur de philosophie descend dans l'ar&#232;ne : cela est bien ; il se trompe : cela est humain, surtout quand on est professeur ; il d&#233;clare avoir &#233;t&#233; du bon c&#244;t&#233; : c'est en cela que M. Heidegger devient un cas repr&#233;sentatif, ne disons pas des Allemands, mais certainement d'une bonne partie des Allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien ambassadeur d'Allemagne, von Hassell, a &#233;t&#233; un des chefs de la &#171; r&#233;sistance &#187; allemande, apr&#232;s avoir servi Hitler jusqu'en 1938. Il est mort h&#233;ro&#239;quement, apr&#232;s le 20 juillet 1944. Dans les journaux de cet authentique antinazi, qu'on vient de publier, il se trouve un projet de paix, soumis par la r&#233;sistance allemande aux Anglais, qui pr&#233;voit le remplacement du r&#233;gime national-socialiste par un &#201;tat chr&#233;tien ; tout ce qu'on y demande en &#233;change, c'est la reconnaissance du rattachement de l'Autriche et des Sud&#232;tes, avec le r&#233;tablissement de la Fronti&#232;re de 1914 &#224; l'Est, - en somme, on garde tout ce que Hitler a pris ; lui-m&#234;me, on l'offre en holocauste, puisqu'il ne peut plus servir &#224; autre chose. M. Heidegger raisonne de m&#234;me : la lutte pour la Grande Allemagne, parfait ; la dictature, pas un mot de r&#233;probation ; la rupture avec la S.D.N., applaudissements fr&#233;n&#233;tiques. Mais M. Heidegger a &#233;t&#233; contre le mat&#233;rialisme biologique, comme von Hassell a &#233;t&#233; contre le paganisme. Il y a une diff&#233;rence, mais elle n'est pas &#224; l'avantage de M. Heidegger : von Hassell a lutt&#233; contre Hitler, M. Heidegger a critiqu&#233; la philosophie de Rosenberg. Certes, personne ne demande &#224; M. Heidegger de risquer sa vie dans une entreprise d&#233;sesp&#233;r&#233;ment dangereuse ; mais il devrait comprendre qu'il ne peut pas se replier sur la position de l'homme de science ni se draper dans l'innocence du Philosophe d&#233;tach&#233; des affaires de ce monde. Il aurait une d&#233;fense excellente, s'il voulait dire que lui, philosophe de la d&#233;cision, s'est d&#233;cid&#233;, en pleine responsabilit&#233;, pour ce qu'il a pris pour le destin, qu'il a compris, depuis, que ce destin n'&#233;tait que la farce sanglante de la non-responsabilit&#233;, du refus de la responsabilit&#233;, la trahison de toute authenticit&#233;, le subterfuge plat et m&#233;prisable d'une volont&#233; de puissance primitive et, par l&#224;-m&#234;me, n&#233;gatrice de tout &#171; &#234;tre soi-m&#234;me &#187;, que ce risque &#233;tait un &#171; aller au-devant de la mort &#187; mais de la mort des autres en un mot, qu'il a compris. Mais il n'a pas compris qu'il a agi et qu'il en est responsable sur le plan de l'action, sur lequel, dans ce monde, les hommes sont pes&#233;s et jug&#233;s. Et puisqu'il ne veut pas comprendre cette part qu'il a eue dans une guerre superflue et ainsi doublement atroce, tout ce qu'il all&#232;gue n'est que faux-fuyant et trompe-l'&#339;il. Il a voulu ce qu'a voulu Hitler (ou bien ce penseur de la responsabilit&#233; et de l'engagement se serait-il d&#233;cid&#233; sans avoir lu &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt; ?&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Cela aggraverait son cas) : aujourd'hui, il demande qu'on oublie, non pas qu'on pardonne, ce qui serait possible, mais qu'on oublie, comme si la terre enti&#232;re ne puait pas le cadavre, gr&#226;ce &#224; l'homme par le nom duquel il a jur&#233; et fait jurer ses &#233;tudiants. Est-il donc pr&#234;t &#224; recommencer demain, &#224; la seule condition qu'on remplace le biologisme par sa &#171; v&#233;rit&#233; &#187; &lt;i&gt;ad usum tyranni&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* *&lt;br /&gt;
*&lt;br /&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le &lt;i&gt;cas &lt;/i&gt;du citoyen Heidegger. Mais ce n'est qu'une de ses facettes et, en ce qui regarde la personne Heidegger, la moins importante. Le ph&#233;nom&#232;ne allemand, on pourrait l'&#233;tudier sur d'autres exemples, actuellement comme dans la litt&#233;rature alle mande d'apr&#232;s 1918 : on en appelle &#224; l'esprit de l'histoire, quand on croit tenir la victoire ; on parle de circonstances, d accidents, d'encha&#238;nements, de bonne et de mauvaise volont&#233; d&#232;s qu'o&#249; a &#233;chou&#233;. L'Histoire (avec un grand H) est sans appel, jusqu'au moment o&#249; l'on a int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;cuser son tribunal. Encore une fois, M. Heidegger n'est pas seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est seul, quand il s'agit de philosophie. Car il est le seul philosophe important qui se soit prononc&#233; pour Hitler, et la question la plus br&#251;lante est alors de savoir si sa d&#233;cision politique engage sa philosophie et, par sa philosophie, la philosophie tout court. M. Loewith a soutenu que la politique et la philosophie de Heidegger ne se s&#233;parent pas, que son nihilisme devait le mener au nazisme et que toute philosophie du type de celle qu'il repr&#233;sente, toute philosophie sans &#233;ternit&#233;, y m&#232;ne. Cette philosophie a &#233;nonc&#233; l'essence de l'&#233;poque, son principe &#171; correspond... &#224; l'&#233;tat radical de la situation r&#233;elle &#187;, et &#171; la v&#233;rit&#233; de la pr&#233;sente existence allemande se trouve toujours, et m&#234;me plus que jamais, chez Heidegger.... &lt;i&gt;si&lt;/i&gt; (soulign&#233; par M. Loewith) la v&#233;rit&#233; du Dasein est r&#233;ellement temporelle et historique &#187;, en d'autres mots, s'il n'y a pas d'&#201;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Loewith est un peu dans la situation de Balaam, ce proph&#232;te des Moabites qui &#233;tait parti pour maudire Isra&#235;l et dont les l&#232;vres ne prononc&#232;rent que des b&#233;n&#233;dictions. Il est bien vrai que s'il y a une &#201;ternit&#233; et que cette &#201;ternit&#233; soit accessible &#224; l'homme, la pens&#233;e du nationalisme absolu - c'est &#224; cela que se r&#233;duit la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; heidegg&#233;rienne en politique - est ill&#233;gitime et fausse : la foi transcendante, toute foi transcendante, exclut le relativisme &#233;thique et interdit &#224; l'homme, sinon de mourir, au moins de tuer pour les choses de ce monde. Mais si l'on h&#233;site &#224; faire le &#171; saut brusque &#187; qui, pour M. Loewith, m&#232;ne en dehors du d&#233;sespoir (M. Loewith parle d'autres possibilit&#233;s que de celle de la foi en un cr&#233;ateur, sans indiquer &#224; quoi il fait allusion), et qu'on pr&#233;f&#232;re chercher d'abord dans l'en-de&#231;&#224;, on n'accordera pas &#224; la philosophie heidegg&#233;rienne ce que M. Loewith lui conc&#232;de. Heidegger aurait bien interpr&#233;t&#233; une mauvaise r&#233;alit&#233; : il en d&#233;coulerait que ceux qui, sans faire le saut, n'ont pas &#233;t&#233; d'accord avec sa philosophie de l'historicit&#233; et ses cons&#233;quences politiques, auraient eu raison pour des raisons philosophiquement fausses. Condamner l'attitude de Heidegger, ce serait alors comme si l'on voulait voir dans le thermom&#232;tre la cause de la fi&#232;vre, parce que les deux montent en m&#234;me temps : ni Heidegger, ni Hitler ne seraient plus coupables de ce que l'un a commis et l'autre approuv&#233;, et M. Loewith ne se serait &#233;tabli en juge que pour acquitter les inculp&#233;s aux d&#233;pens de la &#171; fatalit&#233; &#187; - ou de la philosophie sans &#201;ternit&#233;. Faut-il en venir l&#224; ? Faut-il dire que la faute de Heidegger a &#233;t&#233; d'&#234;tre bon philosophe, dans toute la mesure o&#249; une philosophie bas&#233;e sur le temps et l'histoire peut &#234;tre bonne, et qu'avec cette philosophie, il ne pouvait pas ne pas &#234;tre nazi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne le croyons pas. Il est &#233;vident qu'on ne saurait discuter la possibilit&#233; d'une philosophie non &#233;ternelle en passant et &#224; l'occasion d'un incident historique ; il est tout aussi &#233;vident qu'on ne peut pas affirmer qu'elle est impossible, simplement parce que Heidegger est entr&#233; au parti nazi. Ce que l'on est cependant en droit de d&#233;clarer, c'est que la liaison entre existentialisme et nazisme a &#233;t&#233; ill&#233;gitime chez Heidegger, d'apr&#232;s les principes m&#234;mes de sa philosophie, et qu'on commettrait une faute en &#233;tablissant une relation de cause &#224; effet, l&#224; o&#249; il n'y a qu'arbitraire et o&#249; il ne peut pas y avoir autre chose. La &#171; v&#233;rit&#233; &#187; allemande ne peut &#234;tre d&#233;duite de &lt;i&gt;L'&#202;tre et le Temps&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existentialisme de Heidegger (nous &#233;cartons la question de savoir dans quelle mesure ceci s'applique &#224; tout existentialisme sans transcendance concr&#232;te) est une philosophie de la r&#233;flexion, qui, comme toute philosophie de la r&#233;flexion, tend de l'individu vers l'&#202;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne parlons que de l'&#339;uvre heidegg&#233;rienne ant&#233;rieure &#224; 1933.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle devient ainsi n&#233;cessairement philosophie transcendantale, recherche des conditions de la possibilit&#233; de l'exp&#233;rience : entreprise essentiellement ambigu&#235;, puisque, d'une part, elle ne peut pas d&#233;finir ce qui, pour elle, est une condition, &#224; moins qu'elle ne se contente de la simple non-contradiction, et que, d'autre part, elle doit fonder la r&#233;alit&#233; (l&#233;gitime) sur la possibilit&#233; de cette r&#233;alit&#233;, laquelle possibilit&#233;, pourtant, ne peut &#234;tre d&#233;couverte que dans la r&#233;alit&#233; qui devait &#234;tre l&#233;gitim&#233;e et qui n&#233;anmoins doit &#234;tre prise telle quelle, pour permettre le d&#233;part. Aussi est-on oblig&#233; de passer de la r&#233;alit&#233; &#224; l'id&#233;e de toute r&#233;alit&#233; possible (= l'&#202;tre), pour &#234;tre s&#251;r qu'on ne s'est pas tromp&#233; par un choix de l'essentiel qui serait in&#233;vitablement un choix arbitraire. Or l'homme, pris comme individu, n'est pas &#224; la taille du &lt;i&gt;totum &lt;/i&gt;des possibilit&#233;s : s'il peut le penser formellement, il ne peut pas le r&#233;aliser, et il est libre, parce qu'il n'est pas suffisant ; le serait-il, il n'aurait plus &#224; choisir dans sa vie, et le mot de libert&#233; perdrait son sens. Il peut parler de l'&#202;tre, mais il ne peut en parler que formellement, c'est-&#224;-dire, il ne peut d&#233;couvrir que les formes vides dans lesquelles toute r&#233;alit&#233; doit entrer pour qu'elle soit r&#233;alit&#233; pour lui ; ce qui y entre, il ne peut ni le pr&#233;voir ni en d&#233;cider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne semble pas qu'une philosophie qui prend son d&#233;part dans l'individu puisse aboutir &#224; d'autres r&#233;sultats, du moins le fait ne s'est pas produit jusqu'ici. Si un autre d&#233;but est possible, ou n&#233;cessaire, nous nous garderons bien de soulever ce probl&#232;me : Platon, qui r&#233;serve l'individu &#224; ses mythes, Aristote, Hegel s'opposent &#224; Kant (et au kantien Heidegger) comme &#224; toute la tradition chr&#233;tienne &#224; ce sujet et il serait un peu pr&#233;somptueux de vouloir se tenir au-dessus de &lt;i&gt;cette &lt;/i&gt;m&#234;l&#233;e ou de se prononcer de haut. Mais rien ne nous oblige de prendre parti, quand il s'agit simplement de parler du nazisme de Heidegger. Sa philosophie est une philosophie de la r&#233;flexion, et cela suffit pour montrer qu'il se trompe, ou veut tromper, s'il donne des raisons philosophiques &#224; son choix politique. Philosophiquement, le philosophe transcendantal ne peut pas fonder sa d&#233;cision politique, il peut, au plus, constater que certains choix lui sont interdits, s'il veut rester cons&#233;quent avec lui-m&#234;me : par exemple, il ne peut pas souscrire &#224; une th&#233;orie politique qui fait de l'homme, source de la v&#233;rit&#233;, une chose dans le monde. Pourtant il ne d&#233;tient pas de cette fa&#231;on une r&#232;gle positive de conduite - pour une raison des plus simples, &#224; savoir qu'en politique le sujet n'est jamais l'individu mais une communaut&#233; historique ou &#224; venir, et qu'en philosophe transcendantal, il n'a aucun moyen qui permette de d&#233;cider quelle est la communaut&#233; - peuple, &#201;tat, race, humanit&#233;, civilisation, pour ne citer que quelques - possibilit&#233;s qui, sur le plan historique, est &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; communaut&#233; d&#233;cisive. La philosophie de la r&#233;flexion, se tournant vers les communaut&#233;s r&#233;elles, peut en abstraire, comme condition de la possibilit&#233; de l'histoire, la &lt;i&gt;forme &lt;/i&gt;&#171; communaut&#233; &#187; ; elle ne peut pas la remplir, de m&#234;me qu'elle ne peut pas parler de temps et d'histoire, mais seulement de temporalit&#233; et d'historicit&#233;. M. Heidegger, en identifiant la v&#233;rit&#233; historique concr&#232;te &#224; la volont&#233; du peuple allemand, a fait un choix qui &#233;tait admissible dans sa philosophie (le nazisme devient nationalisme radical), comme tout choix entre les possibilit&#233;s politiques l'&#233;tait : l'&#226;me philosophique en paix, il aurait pu se faire anarchiste, lib&#233;ral, conservateur, communiste (non point marxiste, &#233;tant donn&#233; que pour Marx, de m&#234;me que pour Hegel, il ne s'agit pas d'historicit&#233;, mais de l'histoire une et totale que l'individu ne peut qu'accepter ou refuser, mais qu'il ne peut plus vouloir &#171; cr&#233;er &#187; une fois que, dans la pens&#233;e, il a pass&#233; sur le plan de l'universel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faut de l'existentialisme heidegg&#233;rien est donc, si l'on demande &#224; la philosophie de mener l'homme &#224; des conclusions historiquement et politiquement concr&#232;tes, de ne conduire &#224; aucune d&#233;cision, parce qu'elle m&#232;ne seulement &#224; &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;d&#233;cision. La mettre au service du nationalisme radical est un acte enti&#232;rement arbitraire et gratuit, bien que non d&#233;fendu, licite, non prescrit, compr&#233;hensible, puisque cette philosophie dissocie radicalement le philosophe de la possibilit&#233; d'avec l'homme qui doit vivre dans une r&#233;alit&#233; qu'en tant que philosophe il doit s'interdire de comprendre autrement que dans sa forme. Il y a des philosophies qui engagent le philosophe : celle de Heidegger n'est pas du nombre. Elle n'est ni r&#233;actionnaire ni r&#233;volutionnaire, elle ne conna&#238;t pas la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et parce que M. Heidegger a falsifi&#233; sa philosophie, parce qu'il en a abus&#233; pour lui extorquer une r&#233;ponse politique qu'elle ne peut pas donner, vu qu'elle ne peut m&#234;me pas poser la question justement pour cela on peut dire que cette philosophie, dans sa forme pure, est vraie en partie, vraie dans le sens que Hegel donne &#224; ce mot : elle r&#233;v&#232;le une partie de la r&#233;alit&#233; allemande. Elle ne justifie pas le national-socialisme, mais elle exprime cette r&#233;alit&#233; allemande, dans laquelle il &#233;tait possible, sans &#234;tre pour cela n&#233;cessaire. Autrement dit, elle montre la r&#233;alit&#233; de l'individu isol&#233; qui n'a plus et qui n'a pas encore de tradition. Car l'individu isol&#233; et qui se comprend comme tel doit &#224; la fois nier tout ce qui le transcende concr&#232;tement et ne peut pas renoncer &#224; &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;transcendance qui devient ainsi une cat&#233;gorie formelle de l'existence, un &lt;i&gt;existential : il &lt;/i&gt;se trouve toujours en face de quelque chose, aussi longtemps qu'il parle et pense et n'est pas entr&#233; dans l'extase mystique, et ce quelque chose, ce transcendant, ne peut lui appara&#238;tre que sous les esp&#232;ces du N&#233;ant, de ce qui lui arrive et qui le nie, en un mot : de la violence. La contrepartie en est l'affirmation de la libert&#233; formelle, de la d&#233;cision formelle, de l'acceptation formelle d'un destin formel. Et c'est un fait que l'esprit allemand &#233;tait ivre de &#171; d&#233;cisionnisme &#187; longtemps avant Heidegger. Mais il n'en d&#233;coule point que le &#171; d&#233;cisionnisme &#187; le &#171; tragisme &#187; aient &lt;i&gt;d&#251;&lt;/i&gt;, mener au nazisme : la violence est un moment de la politique (et de la r&#233;alit&#233;), elle n'en est pas n&#233;cessairement la totalit&#233;, et les hommes (non l'individu) peuvent vouloir la soumettre. Mais cette d&#233;cision &lt;i&gt;concr&#232;te &lt;/i&gt;suppose un avenir concret, que Heidegger, philosophe du pr&#233;sent allemand d'entre les deux guerres (celle de 1870 et la derni&#232;re) ne veut pas envisager, parce que, alors, il devrait abandonner cette existence qui &#171; est toujours la mienne &#187; : le bien et le mal ne se distinguent pas en politique, la distinction n'a m&#234;me aucun sens pour le philosophe transcendantal de l'existence ; comme son pays, il peut devenir nazi, sans y &#234;tre pouss&#233; par sa philosophie, pas plus que son peuple n'y a &#233;t&#233; pouss&#233; par sa r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une philosophie qui part de l'individu concret et qui comprend le terme &#171; concret &#187; na&#239;vement comme un irr&#233;ductible (nous avons dit pourquoi elle ne peut pas faire autrement), aboutit &#224; la d&#233;cision vide, d&#233;cision &#224; la d&#233;cision, n'importe laquelle, ou &#224; la foi transcendante (par rapport &#224; la philosophie) : comment y &#233;chapperait-elle, puisqu'elle s'interdit aussi bien la &lt;i&gt;theoria &lt;/i&gt;grecque que &lt;i&gt;l'action raisonnable &lt;/i&gt;moderne ? Mais ou aurait tort de voir dans ce r&#233;sultat une r&#233;futation de l'existentialisme heidegg&#233;rien ; il constitue la dialectique vraie de l'individu qui veut se maintenir dans son &#234;tre, tel qu'il le saisit imm&#233;diatement, et finit par se trouver jet&#233; par il ne sait qui dans il ne sait quoi &#224; moins qu'il ne renonce &#224; la r&#233;flexion (m&#234;me sur les cat&#233;gories formelles de l'existence) comme &#224; un r&#233;sidu d'&#233;ternit&#233; et se tourne vers l'expression imm&#233;diate du sentiment, vers la po&#233;sie. Si l'on d&#233;sire autre chose, il faut parler des hommes dans ce monde, non pas de l'existence et de sa mondanit&#233;, il faut faire de l'individu le probl&#232;me, non la base de la philosophie. Sinon, tout est permis &#224; l'individu et &#224; tous les groupes (qui ne sont form&#233;s que par le consentement arbitraire de leurs membres) parce que rien n'est &#171; sens&#233; &#187; : libert&#233; de tout, libert&#233; pour n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* *&lt;br /&gt; *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations sont peu faites pour appuyer la d&#233;fense de M. Heidegger ; elles d&#233;gagent l'existentialisme heidegg&#233;rien. Peut-&#234;tre sa philosophie est-elle insuffisante : elle ne saurait &#234;tre qualifi&#233;e de fausse simplement parce que Heidegger a adh&#233;r&#233; au parti nazi, car pour prouver qu'elle est insuffisante, il faut d&#233;montrer qu'une philosophie de la totalit&#233; concr&#232;te - qui serait suffisante - peut r&#233;server &#224; l'individu la place &#224; laquelle il ne renoncera jamais &#224; la longue. L'importance de l'existentialisme heidegg&#233;rien r&#233;side dans le fait qu'il a repos&#233; cette question avec la vigueur que la philosophie ne poss&#232;de qu'aux moments cruciaux de l'histoire. Ce m&#233;rite lui reste, et il est grand. Que son auteur soit un individu de convictions politiques que nous nous ent&#234;terons &#224; qualifier d'inadmissibles, qu'il ait montr&#233;, jusqu'&#224; ce jour, une attitude que, selon le point de vue, on peut caract&#233;riser comme r&#233;voltante ou simplement grotesque, cela ne dispense personne de prendre sa philosophie au s&#233;rieux - f&#251;t-ce pour la r&#233;futer : ses probl&#232;mes sont des probl&#232;mes pour toute philosophie s&#233;rieuse, bien qu'ils n'aient pas n&#233;cessairement la fonction de fondements qu'ils poss&#232;dent chez lui, ou, pour dire la m&#234;me chose d'une autre mani&#232;re, qu'il ne soit pas &#233;vident que la philosophie doive partir du &lt;i&gt;cogito &lt;/i&gt;interpr&#233;t&#233; comme subjectivit&#233; individuelle. Sa philosophie est importante, parce qu'elle oblige &#224; repenser concr&#232;tement les probl&#232;mes qui, formellement, sont toujours les m&#234;mes. Le &lt;i&gt;philosophe &lt;/i&gt;Heidegger, il faudra l'&#233;couter, m&#234;me et surtout quand on n'est pas d'accord avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'homme et &#224; l' &#171; &#233;ducateur &#187; de la jeunesse, il suffit peut-&#234;tre de citer, en guise de r&#233;sum&#233;, une page du livre de Karl Jaspers sur &#171; la Question de la Culpabilit&#233; &#187; (Zurich 1946, p. 46 sq.). Elle contient l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Beaucoup d'intellectuels qui, en 1933, se sont mis de la partie, qui cherchaient pour eux-m&#234;mes une place dirigeante, qui, publiquement, ont pris position pour le nouveau pouvoir et sa &lt;i&gt;Weltanschauung - &lt;/i&gt;qui, plus tard, leurs personnes mises au second plan, furent m&#233;contents - qui gardaient, cependant, dans la plupart des cas, une attitude positive, jusqu'&#224; ce que, &#224; partir de 1942, le cours des &#233;v&#233;nements militaires rendit pr&#233;visible l'issue d&#233;favorable et fit d'eux, alors seulement, des adversaires entiers, ces intellectuels ont le sentiment d'avoir souffert sous les nazis et d'&#234;tre donc qualifi&#233;s pour l'avenir. Eux-m&#234;mes, ils se prennent pour des antinazis. Pendant toutes ces ann&#233;es, il existait une id&#233;ologie de ces nazis intellectuels : [ils affirmaient qu'ils] proclamaient la v&#233;rit&#233; dans les choses de l'esprit, sans pr&#233;jug&#233; - ils gardaient la tradition de l'esprit allemand- ils emp&#234;chaient des destructions - ils aboutissaient &#224; des r&#233;sultats utiles dans le d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il se peut que parmi ces hommes, on en rencontre qui sont coupables par une sorte de rigidit&#233; dans leur fa&#231;on de penser, laquelle, sans s'identifier aux doctrines du parti, garde n&#233;anmoins en v&#233;rit&#233; l'attitude intime du national-socialisme sous l'apparence d'un changement et d'une hostilit&#233;, sans se clarifier. Il se peut que par cette fa&#231;on de penser il y ait une parent&#233; de fond entre eux et ce qui &#233;tait dans le national-socialisme l'essence inhumaine, dictatoriale, nihiliste sans existence. Qui, &#233;tant d'&#226;ge m&#251;r, avait en 1933 cette conviction intime qui ne provenait pas seulement d'une erreur politique, mais d'un sentiment de l'existence (&lt;i&gt;Daseinsgefuhl&lt;/i&gt;) rehauss&#233; par le national-socialisme, celui-l&#224; ne sera purifi&#233; que par une refonte de son &#234;tre qui devra peut-&#234;tre aller plus loin que partout ailleurs. Sans elle, celui qui a eu cette attitude en 1933 resterait sans solidit&#233; int&#233;rieure (&lt;i&gt;br&#252;chig&lt;/i&gt;) et enclin &#224; d'autres fanatismes. Quiconque a particip&#233; &#224; la folie de la race, quiconque a partag&#233; l'illusion d'une reconstruction fond&#233;e sur l'escroquerie, quiconque s'accommodait des crimes d&#233;j&#224; perp&#233;tr&#233;s il n'est pas seulement responsable politiquement, mais il doit se renouveler moralement. S'il le pourra, comment il s'y prendra, cela ne regarde que lui seul et ne peut gu&#232;re &#234;tre jug&#233; de l'ext&#233;rieur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui peut &#234;tre jug&#233; de l'ext&#233;rieur - quoi qu'il en soit de la question morale c'est la responsabilit&#233; politique qu'un homme a encourue, et c'est le sens qu'il montre de cette responsabilit&#233; quand il s'agit d'accepter les cons&#233;quences de ses actes et de les r&#233;parer dans la mesure du possible. Aussi longtemps que M. Heidegger continuera &#224; ne pas vouloir voir le premier point et que, par cons&#233;quent, il se refusera &#224; envisager le second...&lt;br /&gt;
Eric WEIL&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Temps Moderne, 2e ann&#233;e, n&#176; 14, pp. 343 sqq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., n&#176; 4, pp. 717sqq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne parlons que de l'&#339;uvre heidegg&#233;rienne ant&#233;rieure &#224; 1933.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les temps Modernes&lt;/strong&gt;, II, n&#176; 22 (juillet &lt;i&gt;1947),128-138.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1991 : &#034;Heidegger s'est perdu dans les chemins de la reterritorialiation&#034;, par Deleuze et Guattari.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/1991-Heidegger-s-est-perdu-dans-les-chemins-de-la-reterritorialiation-par</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.caute.lautre.net/1991-Heidegger-s-est-perdu-dans-les-chemins-de-la-reterritorialiation-par</guid>
		<dc:date>2005-04-25T00:41:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Deleuze, Gilles, Guattari, F&#233;lix</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est une position complexe, ambigu&#235;, celle de beaucoup d'auteurs par rapport &#224; la d&#233;mocratie. L'affaire Heidegger est venue compliquer les choses : il a fallu qu'un grand philosophe se reterritorialise effectivement sur le nazisme pour que les commentaires les plus &#233;tranges se croisent, tant&#244;t pour mettre en cause sa philosophie, tant&#244;t pour l'absoudre au nom d'arguments si compliqu&#233;s et contourn&#233;s qu'on reste songeur. Ce n'est pas toujours facile d'&#234;tre heidegg&#233;rien. On aurait mieux (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une position complexe, ambigu&#235;, celle de beaucoup d'auteurs par rapport &#224; la d&#233;mocratie. L'affaire Heidegger est venue compliquer les choses : il a fallu qu'un grand philosophe se reterritorialise effectivement sur le nazisme pour que les commentaires les plus &#233;tranges se croisent, tant&#244;t pour mettre en cause sa philosophie, tant&#244;t pour l'absoudre au nom d'arguments si compliqu&#233;s et contourn&#233;s qu'on reste songeur. Ce n'est pas toujours facile d'&#234;tre heidegg&#233;rien. On aurait mieux compris qu'un grand peintre, un grand musicien tombent ainsi dans la honte (mais justement ils ne l'ont pas fait). Il a fallu que ce soit un philosophe, comme si la honte devait entrer dans la philosophie m&#234;me. Il a voulu rejoindre les Grecs par les Allemands, au pire moment de leur histoire : qu'y a-t-il de pire, disait Nietzsche, que de se trouver devant un Allemand quand on attendait un Grec ? Comment les concepts (de Heidegger) ne seraient-ils pas intrins&#232;quement souill&#233;s par une reterritorialisation abjecte ? A moins que tous les concepts ne comportent cette zone grise et d'indiscernabilit&#233; o&#249; les lutteurs se confondent un instant sur le sol, et o&#249; l'&#339;il fatigu&#233; du penseur prend l'un pour l'autre : non seulement l'Allemand pour un Grec, mais le fasciste pour un cr&#233;ateur d'existence et de libert&#233;. Heidegger s'est perdu dans les chemins de la reterritorialiation, car ce sont des chemins sans balise ni parapet. Peut-&#234;tre ce strict professeur &#233;tait-il plus fou qu'il ne paraissait. Il s'est tromp&#233; de peuple, de terre, de sang. Car la race appel&#233;e par l'art ou la philosophie n'est pas celle qui se pr&#233;tend pure, mais une race opprim&#233;e, b&#226;tarde, inf&#233;rieure, anarchique, nomade, irr&#233;m&#233;diablement mineure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;G. Deleuze et Felix Guattari, Q&lt;i&gt;u'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Minuit, 1991, pp.104-105.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>1987 : &#034;Heil Heidegger !&#034;, par Robert Maggiori</title>
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		<dc:date>2005-04-25T00:21:59Z</dc:date>
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		<dc:creator>Maggiori, Roberrt</dc:creator>



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&lt;p&gt;De 1933 &#224; 1945, Martin Heidegger, souvent consid&#233;r&#233; comme le plus grand philosophe du si&#232;cle, a &#233;t&#233; un militant z&#233;l&#233; du parti nazi : le livre de Victor Farias publi&#233; aujourd'hui le prouve de fa&#231;on accablante. Question : peut-on encore rester heideggerien ? &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Un commentateur a dit que la pens&#233;e de Heidegger, apparue sous le nazisme naissant, soulevait une question politique sans cesse repos&#233;e par l'actualit&#233;. Qu'en pensez-vous ? &#187; &#224; Erick de Rubercy et Dominique Le Buhan (Douze questions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De 1933 &#224; 1945, Martin Heidegger, souvent consid&#233;r&#233; comme le plus grand philosophe du si&#232;cle, a &#233;t&#233; un militant z&#233;l&#233; du parti nazi : le livre de Victor Farias publi&#233; aujourd'hui le prouve de fa&#231;on accablante. Question : peut-on encore rester heideggerien ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Un commentateur a dit que la pens&#233;e de Heidegger, apparue sous le nazisme naissant, soulevait une question politique sans cesse repos&#233;e par l'actualit&#233;. Qu'en pensez-vous ? &#187; &#224; Erick de Rubercy et Dominique Le Buhan (&lt;i&gt;Douze questions pos&#233;e &#224; Jean Beaufret &#224; propos de Martin Heidegger,&lt;/i&gt; Aubier, 1983), Jean Beaufret, ancien r&#233;sistant, introducteur de l'&#339;uvre de Heidegger en France et grand ma&#238;tre des &#233;tudes heideggeriennes, r&#233;pond ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une affirmation qui vaut ce que vaut la sociologie quand par-dessus le march&#233;, elle est historiquement dans le flou comme en un domicile d'&#233;lection. Notez qu'&#224; ce sujet, personne au grand jamais n'a demand&#233; &#224; Heidegger de s'expliquer lui-m&#234;me. La r&#232;gle d'or est de dogmatiser &#224; distance ce qui est favorable aux th&#232;ses, d&#251;t la plus &#233;l&#233;mentaire v&#233;rit&#233; en p&#233;rir. Je suis une fois intervenu sur ce point dans une pol&#233;mique. [...] Heidegger, quand il l'a su, m'a instamment pri&#233; de m'abstenir dor&#233;navant de toute intervention de ce genre, en ajoutant que c'&#233;tait non seulement perdre son temps mais s'abaisser que de r&#233;pondre s&#233;rieusement aux d&#233;tracteurs de Heidegger. Notons seulement au passage que la mise en accusation d'une grande pens&#233;e est l'une des merveilles de la politisation, comme on dit aujourd'hui et qui tient surtout la vedette avec l'interpr&#233;tation de la philosophie comme &#8220;id&#233;ologie&#8221;, ce qui est bien le comble de ce que Rimhaud nommait &#8220;faiblesse de la cervelle&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre texte, contenu dans &lt;i&gt;De l'existentialisme &#224; Heidegger&lt;/i&gt; (Vrin), Beaufret &#233;crit : &#171; Heidegger n'a pas plus craint de d&#233;plaire &#224; beaucoup en acceptant, en un temps de d&#233;tresse et sans l'avoir souhait&#233;, la charge du rectorat de son universit&#233; qu'il n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; d&#233;plaire aux puissants en la r&#233;siliant avant terme, ce qui &#233;tait, comme fit en son temps Socrate aux dires de Platon, &#8220;rentrer chez lui plut&#244;t que de s'associer &#224; une iniquit&#233;&#8221;. Il a par l&#224; d&#233;plu &#224; tout le monde sauf &#224; quelques-uns. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux citations d&#233;limitent assez bien le terrain sur lequel, jusqu'ici, on a voulu borner la discussion sur les rapports de Heidegger au nazisme. De l&#224;, non pas une l&#233;gende mais une sorte d'opinion courante sur laquelle se sont accord&#233;s, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, les commentateurs, &#224; savoir : Heidegger a bien cru, en 1933, que &lt;i&gt;&#171; l'Allemagne, avec le nazisme, naissait &#224; elle-m&#234;me &#187;,&lt;/i&gt; il a &#233;crit, en tant que recteur de l'universit&#233; de Fribourg, un discours regrettable en ce sens, mais a vite compris, s'est dissoci&#233; au point de se faire mal voir par le r&#233;gime, et a m&#234;me &#233;t&#233; mobilis&#233; pour des travaux de terrassement en 1944 ; c'est donc faire une &#171; sociologie &#187; mals&#233;ante et &#171; floue &#187; que, sur ces quelques... d&#233;tails, fonder des d&#233;tractages de sa philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, dans les librairies, arrive un livre &#233;v&#233;nement qui fait &#233;clater tout ce discours. Son titre : &lt;i&gt;Heidegger et le nazisme&lt;/i&gt;. Son auteur : Victor Farias, universitaire chilien, qui suivit les cours de Heidegger, qui vit &#224; Berlin et qui a men&#233; la plus s&#233;rieuse et pointilleuse enqu&#234;te jamais r&#233;alis&#233;e sur l'activit&#233; politique de Heidegger. Lettres, articles de revues, journaux d'&#233;tudiants, tracts, archives, certificats, textes programmatiques, t&#233;l&#233;grammes, textes de discours ou de conf&#233;rences : tout est fouill&#233;, analys&#233;, remis dans son contexte. Si Victor Farias est un &#171; d&#233;tracteur &#187;, alors il faudra que les probables d&#233;tracteurs du d&#233;tracteur exhibent la m&#234;me masse de documents et fournissent, pour ramener le rapport de Heidegger au nazisme &#224; un flirt passager, les m&#234;mes attestations et les m&#234;mes preuves. Mais une chose est certaine : &#224; moins de consid&#233;rer qu'un philosophe peut s'installer &#224; demeure dans l'univers hyperuranien et le Ciel des Id&#233;es, en s&#233;parant ce qu'il dit de ce qu'il fait, on ne pourra plus, apr&#232;s le livre de Farias, approcher Heidegger comme on le faisait avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait se contenter de citer des anecdotes, ou des &lt;i&gt;&#171; amiti&#233;s &#187;&lt;/i&gt; (avec des responsables d'instituts d'hygi&#232;ne raciale, par exemple) composant un pass&#233; qui, s'il n'&#233;tait celui d'un philosophe de la carrure de Heidegger, &#233;craserait tout homme public ou tout homme politique. C'est au moment de sa nomination au rectorat que Heidegger adh&#232;re au parti nazi : &lt;i&gt;&#171; Conserv&#233; au centre de documentation de Berlin, le livret de membre du parti de Martin Heidegger indique qu'il rentre au NSDAP (parti national-socialiste NDLR) le 1er mai 1933 (num&#233;ro de militant 312.589 Gau Baden) et que, payant scrupuleusement ses cotisations, il en restera membre jusqu'en 1945. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Le recteur Heidegger fait aussi diligence en d&#233;non&#231;ant le professeur de chimie Hermann Staudiger (futur prix Nobel) : il informe le rapporteur aux questions universitaires du minist&#232;re de Karlsruhe, le docteur Fehrle, qu'il existait des documents mettant en cause Staudiger parce que pacifiste et opposant au militarisme allemand. L'information transmise &#224; Fehrle le 29 septembre 1933 permet &#224; ce dernier de &lt;i&gt;&#171; d&#233;noncer le lendemain m&#234;me Staudiger &#224; la police de Fribourg &#187;&lt;/i&gt;. La Gestapo de Karlsruhe prend en charge l'enqu&#234;te qui aboutit &#224; un proc&#232;s contre le professeur Staudiger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du professeur Eduard Baumgarten est aussi &#224; &#171; l'honneur &#187; de Heidegger. Apr&#232;s avoir d&#233;but&#233; comme professeur de philosophie dans le Wisconsin, Baumgarten revient &#224; Fribourg pour obtenir l'habilitation de ses travaux sur Dewey, travaux dirig&#233;s par Heidegger lui-m&#234;me. Heidegger et Baumgarten, en conflit sur le plan philosophique, entretenaient des relations amicales, au point que les &#233;poux Heidegger &#233;taient parrains d'un fils Baumgarten. L'universit&#233; de G&#246;ttingen veut habiliter Baumgarten. De Fribourg, Heidegger envoie un &lt;i&gt;&#171; rapport politique confidentiel &#224; l'Organisation des professeurs nationaux-socialistes de G&#246;ttingen &#187;.&lt;/i&gt; On y lit : &lt;i&gt;&#171; Le docteur Baumgarten provient, de par sa famille et son attitude spirituelle, du cercle d'intellectuels lib&#233;raux-d&#233;mocrates autour de Max Weber. Durant son s&#233;jour ici, il fut tout sauf un national-socialiste. Cela m'&#233;tonne d'entendre qu'il est enseignant &#224; G&#246;ttingen : je ne peux m'imaginer sur la base de quel rendement scientifique il a obtenu son habilitation. Apr&#232;s avoir &#233;chou&#233; avec moi, il s'est &#233;troitement li&#233; au Juif Fr&#228;nkel, qui avait &#233;t&#233; actif &#224; G&#246;ttingen puis fut expuls&#233; de cette universit&#233;. Je suppose que Baumgarten a trouv&#233; une protection par ce biais. Je tiens pour impossible l'insertion de Baumgarten tant dans les SA que dans l'enseignement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Ce rapport est tellement outrancier que le F&#252;hrer des professeurs de Gottingen, le docteur Vogel, le classe imm&#233;diatement aux archives avec la mention : &#171; Inutilisable, charg&#233; de haine &#187;. Cependant, son successeur, le docteur Blume, mal dispos&#233; &#224; l'&#233;gard de Baumgarten, l'exhume deux ans apr&#232;s. R&#233;sultat : le 12 avril 1935, on notifie officiellement &#224; Baumgarten qu'il est suspendu de ses fonctions, que son traitement est interrompu et que sont entreprises les d&#233;marches pour son expulsion vers les &#201;tats-Unis. Certains de ses amis interviendront aupr&#232;s du minist&#232;re de Berlin, en mentionnant la d&#233;nonciation de Heidegger. Baumgarten obtiendra l'annulation des dispositions prises &#224; son encontre. Il &#233;crira plus tard &#224; Heidegger, pour demander, sinon des comptes du moins des explications. &lt;i&gt;&#171; Ce dernier lui aurait r&#233;pondu par une citation d'Eschyle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Mais l&#224; n'est pas, naturellement, l'int&#233;r&#234;t du livre de Farias, m&#234;me si ces &#171; anecdotes &#187;, et bien d'autres, jettent une ombre lugubre sur toute la figure de Heidegger. L'essentiel tient au fait que l'enqu&#234;te minutieuse de Farias met &#224; jour le suivi de l'adh&#233;sion heideggerienne au nazisme. Non seulement cette adh&#233;sion n'est pas conjoncturelle, mais, atteste Farias, elle explique et s'explique &#224; la fois par certains th&#232;mes de sa philosophie et ses agissements en faveur de la politique nationale-socialiste au sein de l'Universit&#233;. Pour montrer comment cette coh&#233;rence se forme, Farias &#233;tudie de tr&#232;s pr&#232;s la culture dans laquelle baignait Messkirch, ville natale du philosophe, le probl&#232;me religieux, la lutte entre catholiques et &lt;i&gt;&#171; vieux catholiques &#187; (&#171; alte Katholiken &#187;&lt;/i&gt;), l'alternative religion/humanisme, les &#171; fa&#231;ons de penser &#187; auxquelles Heidegger dut se confronter au lyc&#233;e de Constance, au foyer Saint-Conrad, au noviciat j&#233;suite de Tisis puis au Konvikt de Fribourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise au clair de l'arri&#232;re-plan culturel et id&#233;ologique permet de suivre les influences subies par Heidegger : il appara&#238;t alors que, &lt;i&gt;&#171; jeune &#233;tudiant, Martin Heidegger re&#231;ut sa premi&#232;re formation politique-scientifique de professeurs dont les positions, bien qu'&#224; des degr&#233;s et en des sens diff&#233;rents, deviendraient, le temps venu, des facteurs de la prise de pouvoir par le fascisme &#187;,&lt;/i&gt; notamment Georg von Below, antid&#233;mocrate et antis&#233;mite virulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est en liaison avec toute l'&#233;volution id&#233;ologique et spirituelle ant&#233;rieure de Heidegger que Farias interpr&#232;te l'attachement &#171; embl&#233;matique &#187; de Heidegger au moine augustinien Abraham a Sancta Clara, alias Johann Ulrich Megerle. N&#233; en 1644 pr&#232;s de Messkirch, ce pr&#233;dicateur exer&#231;a une influence consid&#233;rable sur la vie politique et religieuse de l'&#233;poque, un peu &#224; la mani&#232;re d'un Savonarole. Deux th&#232;mes principaux dans les diatribes du pr&#233;dicateur : les Turcs et les Juifs, arch&#233;types du mal. Le Turc, pour Abraham a Sancta Clara est &lt;i&gt;&#171; un v&#233;ritable Ant&#233;christ, un tigre insatiable, un Satan inv&#233;t&#233;r&#233; [...], une b&#234;te insatiable et vindicative, un poison de l'Orient, un chien enrag&#233; et d&#233;cha&#238;n&#233;, un tyran, le contraire d'un homme &#187;. &lt;/i&gt;Quant aux Juifs, ils sont, entre autres, avec les sorci&#232;res, les responsables directs et volontaires des &#233;pid&#233;mies de peste : &lt;i&gt;&#171; Ce maudit sc&#233;l&#233;rat [le Juif, NDLR] doit &#234;tre pourchass&#233; partout o&#249; il ira [...]. &#192; cause de ce qu'ils ont fait &#224; J&#233;sus, les narines de leurs enfants m&#226;les s'emplissent de vers chaque vendredi saint, ils naissent avec des dents de porc [...]. Hormis Satan, les hommes n'ont pas plus grand ennemi que le Juif [...]. Pour leurs croyances, ils m&#233;ritent non seulement la potence mais aussi le b&#251;cher. &#187; &lt;/i&gt;Or c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'auteur de ces lignes que Heidegger consacre et son premier &#233;crit et l'un de ses derniers textes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une adh&#233;sion jamais d&#233;mentie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1910 et en 1964, Abraham a Sancta Clara se trouve d&#233;fini par Heidegger de la m&#234;me mani&#232;re comme h&#233;raut de l'al&#233;manit&#233; : &lt;i&gt;&#171; Des personnages comme Abraham a Sancta Clara doivent demeurer vivants en nous, &#339;uvrant silencieusement dans l'&#226;me du peuple. Plaise &#224; Dieu que ses &#233;crits circulent encore davantage parmi nous, que son esprit [...] devienne un ferment puissant pour la conservation de la sant&#233; et l&#224; o&#249; la n&#233;cessit&#233; se fait pressante pour le r&#233;tablissement de la sant&#233; du peuple. &#187;&lt;/i&gt; Et cinquante-quatre ans apr&#232;s, alors que des millions de Juifs avaient connu ces&lt;i&gt; &#171; b&#251;chers &#187;&lt;/i&gt; appel&#233;s de ses v&#339;ux par le pr&#233;dicateur, Heidegger consacre un autre texte &#224; Abraham a Sancta Clara, en citant po&#233;tiquement une phrase de ce dernier dans laquelle sont rapproch&#233;es les villes de &lt;i&gt;&#171; Sachsenhausen et de Francfort &#187;&lt;/i&gt; (villes dont les noms, en 1964, &#233;voquaient pour tous, sauf peut-&#234;tre pour Heidegger, l'un des plus sinistres camps de concentration et le si&#232;ge du tribunal charg&#233; d'enqu&#234;ter sur les crimes perp&#233;tr&#233;s &#224; Auschwitz).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces deux textes bornes, indicatifs de l'insouciance, du cynisme, ou de l'innocent aveuglement de Heidegger : les ann&#233;es de &#171; militantisme &#187; du philosophe au sein du parti nazi et &#224; l'universit&#233;. Car c'est bien de militantisme qu'il faut parler, sinon d'activisme. Il serait trop long de suivre en d&#233;tail l'enqu&#234;te de Farias. Mais le r&#233;sultat appara&#238;t clairement de l'&#233;tude des conf&#233;rences faites par Heidegger, des lettres, des rapports entre professeurs, des rapports avec le mouvement &#233;tudiant, des rapports de force qui soutiennent toute nomination, toute promotion, toute &#233;viction d'un professeur, les divers r&#233;seaux d'amiti&#233;, etc. : Heidegger a bien essay&#233;, et pas seulement lorsqu'il &#233;tait recteur, d'imposer aux universit&#233;s allemandes une ligne &lt;i&gt;&#171; populiste &#187;&lt;/i&gt; et dure (incarn&#233;e par Roehm) du national-socialisme, contre des tendances nationales-socialistes moins r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la d&#233;mission de Heidegger, pr&#233;sent&#233;e souvent comme le d&#233;but de la &#171; dissociation &#187;, n'est en fait que le prix pay&#233; par Heidegger pour la d&#233;faite du courant qu'il repr&#233;sentait (ou, si l'on veut, la victoire de Rudolf Hess sur Roehm). Ce qui est encore plus grave, c'est que les explications fournies par Heidegger apr&#232;s la guerre et dans la c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Interview posthume&lt;/i&gt; publi&#233;e dans &lt;i&gt;Der Spiegel&lt;/i&gt; en 1976 - dix ans apr&#232;s qu'elle a &#233;t&#233; recueillie, et qu'on peut relire en fran&#231;ais dans le num&#233;ro un de la revue &lt;i&gt;Le Messager europ&#233;en&lt;/i&gt; (P.O.L.) - se trouvent presque enti&#232;rement d&#233;menties, preuves &#224; l'appui, par Victor Farias. Il n'est pas vrai que les autorit&#233;s minist&#233;rielles aient emp&#234;ch&#233; la participation du philosophe aux Congr&#232;s de philosophie de Prague (1934) et de Paris (1937) ! Un m&#233;morandum minist&#233;riel du 8 juin 1937 montre au contraire que le ministre Rust lui-m&#234;me &lt;i&gt;&#171; accueillerait avec beaucoup de satisfaction &#187;&lt;/i&gt; la participation de Heidegger au congr&#232;s parisien, participation que Heidegger refusa parce que vex&#233; que Hans Heyse ait &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; &#224; sa place &lt;i&gt;&#171; comme f&#252;hrer de la d&#233;l&#233;gation allemande &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Il existe m&#234;me un autre m&#233;morandum, relatif aux personnes susceptibles d'entrer dans la d&#233;l&#233;gation allemande, ainsi libell&#233; : &lt;i&gt;&#171; Driesch (non, dirigeant pacifiste), G&#252;nther (non, c'est une honte pour l'Allemagne !), Jaspers (B&#228;umler dit non !), Groh (non ! Mari&#233; &#224; une juive, s'abstient politiquement), K. Loewith (non-aryen, refus&#233;), Kuhn (non-aryen, incomp&#233;tent) ; on aboutit ainsi &#224; une liste r&#233;duite : Heyse, B&#228;umler, Heidegger, Nikola&#239; Hartmann [...]. B&#228;umler propose Herse comme f&#252;hrer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Il n'est pas vrai que Heidegger, apr&#232;s sa d&#233;mission du rectorat, ait &#233;t&#233; mis sur la touche ! En mai 1935, le minist&#232;re de l'&#201;ducation et des Sciences de Berlin proposa au recteur de l'universit&#233; de Fribourg de nommer Heidegger doyen de la facult&#233; de philosophie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas vrai que le fameux &lt;i&gt;&#171; discours du rectorat &#187;&lt;/i&gt; ait fait l'objet d'une attaque g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la part des enseignants et ait &#233;t&#233; oubli&#233; ! &lt;i&gt;&#171; Nous constatons que ce discours fut r&#233;&#233;dit&#233; en 1937 pour la troisi&#232;me fois et tir&#233; &#224; pr&#232;s de 5 000 exemplaires, et ce &#224; une &#233;poque o&#249; toute publication ou r&#233;&#233;dition &#233;tait soumise &#224; une censure rigoureuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Il n'est pas vrai, contrairement aux affirmations d'apr&#232;s-guerre de Heidegger, que, d&#232;s 1938, on ait tu son nom et interdit tout commentaire sur ses &#339;uvres ! &#171; Les commentaires et les recensions des &#339;uvres de Heidegger sont fr&#233;quents et politiquement &#8220;irr&#233;prochables&#8221; &#187;, dit Farias, en citant revues et journaux dans lesquels ont paru des commentaires (et cette extravagante histoire de la publication de la &lt;i&gt;Doctrine de Platon sur la V&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; dans l'&lt;i&gt;Annuaire&lt;/i&gt; du fasciste Ernesto Grassi, qui voit le gouvernement de Mussolini interc&#233;der aupr&#232;s de Goebbels pour lever les r&#233;sistances &#224; la publication manifest&#233;es par Rosenberg !). On a envie d'&#233;crire : &#171; etc., etc. &#187;, tant le livre de Farias est accablant. &lt;i&gt;Heidegger et le nazisme&lt;/i&gt; n'est pourtant pas un pamphlet : aucun pathos, aucune envol&#233;e vengeresse, aucune diatribe anti-heideggerienne chez Farias, qui s'est content&#233; de collecter les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appartient maintenant &#224; tous ceux qui font m&#233;tier de philosopher, non par jeu mais par souci de v&#233;rit&#233;, de &#171; penser Heidegger &#187; AVEC ce que l'enqu&#234;te de Farias r&#233;v&#232;le et dont on n'a extrait ici que le minimum ! Deux probl&#232;mes essentiels se posent d&#232;s lors : celui du rapport entre la biographie de Heidegger et le contenu de sa philosophie, une des plus f&#233;condes du si&#232;cle, et celui du rapport entre Heidegger et la post&#233;rit&#233; heideggerienne. Farias lui-m&#234;me a commenc&#233; le travail en &#233;tablissant quelques ponts entre la conceptualit&#233; philosophique et les notions (peuple, terre, patrie, authenticit&#233;, inauthenticit&#233;, histoire, devenir de la technique...) qu'il a fait fonctionner dans ses projets de r&#233;forme nationale-socialiste des universit&#233;s et dans son militantisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et maintenant ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les heideggeriens patent&#233;s trouveront ces ponts bien fragiles. Mais les baguettes magiques ne les feront pas dispara&#238;tre. Il faudra expliquer comment, d'un c&#244;t&#233;, on peut s'adonner &#224; la description de l'historialit&#233; du &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt; ou de l'analytique de l'&#234;tre-pour-la-mort ou le concept de &lt;i&gt;&#171; d&#233;cision r&#233;solue &#187;,&lt;/i&gt; et, de l'autre, dans le discours-hommage &#224; Albert-Leo Schlageter, que le Reich consacra &lt;i&gt;&#171; premier soldat national-socialiste allemand &#187;,&lt;/i&gt; &#233;crire : &lt;i&gt;&#171; D&#233;sarm&#233; et lev&#233; au devant des fusils le regard int&#233;rieur du h&#233;ros s'&#233;lance, par-dessus le canon des fusils vers le jour et les monts de son pays natal, afin de mourir en vue de la terre al&#233;manique pour le peuple allemand et pour son Reich. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Ou encore comment la possibilit&#233; d'atteindre une existence authentique s'enracine, pour le Heidegger de &lt;i&gt;&#202;tre et Temps,&lt;/i&gt; dans la possibilit&#233; de choisir un mode d'existence autonome, et trouve solution, pour le Heidegger intervenant &#224; la &lt;i&gt;&#171; Manifestation de la science allemande pour Adolf Hitler &#187;,&lt;/i&gt; dans le vote pour le F&#252;hrer : &lt;i&gt;&#171; Le F&#252;hrer ne sollicite rien du peuple. Il donne plut&#244;t au peuple la possibilit&#233; la plus imm&#233;diate de la d&#233;cision libre la plus haute : (savoir) si le peuple tout entier veut sa propre existence ou s'il n'en veut pas. Le peuple n'&#233;lit demain rien de moins que son avenir. &#187; &lt;/i&gt;Vladimir Jank&#233;l&#233;vitch aimait citer cette phrase de Bergson : &lt;i&gt;&#171; N'&#233;coutez pas ce que je dis, regardez ce que je fais. &#187;&lt;/i&gt; On ne peut pas dire que ce qu'a fait Heidegger ait beaucoup emp&#234;ch&#233; qu'on &#233;coute ce qu'il disait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est devenu le philosophe le plus important du si&#232;cle. Et l'on est en droit de se poser la question : comment cela a-t-il &#233;t&#233; possible ? Parce qu'il a &#171; explor&#233; l'&#234;tre &#187; et, entre autres, d&#233;plac&#233; le probl&#232;me de la libert&#233;, ne demandant plus, comme l'&#233;crit Christian Jambet, &#171; &#224; quelles conditions l'homme peut &#234;tre libre, mais &#224; quelles conditions l'&#234;tre de l'&#233;tant &#224; sa racine fonde la libert&#233; des existants en une existence authentique &#187;. Le&#231;on irrempla&#231;able, mais donn&#233;e par un homme qui a acquiesc&#233; &#224; la plus monstrueuse op&#233;ration de destruction des libert&#233;s. Retenir la le&#231;on, ce n'est pas souscrire &#224; l'acquiescement, et les philosophes qui, gr&#226;ce &#224; Heidegger, ont appris &#224; mieux penser et &#224; mieux vivre, de la philosophie de Heidegger montreront encore la f&#233;condit&#233;. Mais quand m&#234;me, quelque chose cloche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XXe si&#232;cle a &#233;t&#233; le si&#232;cle de l'horreur, le si&#232;cle qui a le &#171; mieux &#187; montr&#233; comment la puissance, les forces de vie, les lumi&#232;res de la raison, l'homme pouvait les retourner contre lui-m&#234;me. Toute la pens&#233;e moderne est une tentative pour rendre compte de ce dont on ne peut rendre compte, de nommer l'innommable. Comment, apr&#232;s Auschwitz, composer des po&#232;mes ? se demandait Adorno, &#224; quoi croire ? Quelles propositions sens&#233;es tenir sur l'humanit&#233; de l'Homme ? Alors disons-le d'un mot : comment toute la pens&#233;e moderne, qui s'est concentr&#233;e, quitte &#224; en sortir aveugle, sur l'horreur du g&#233;nocide, a-t-elle pu faire la plus grande philosophie du si&#232;cle d'une philosophie qui, du g&#233;nocide, n'a pas dit un mot ? Nazi, Heidegger ? Sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la post&#233;rit&#233; heideggerienne, qu'elle voie l&#224; une accusation calomnieuse, qu'elle pense qu'&#234;tre et Temps p&#232;se cent fois plus que tous les discours du recteur Heidegger, qu'elle prescrive m&#234;me le droit pour une philosophie d'&#234;tre hors du monde et immacul&#233;e, la post&#233;rit&#233; heideggerienne, donc, ne peut pas ne pas &#171; penser &#187; le silence absolu de Heidegger sur les monstruosit&#233;s du nazisme. Ne peut pas ne pas &#171; penser &#187; cette &#171; anecdote &#187; racont&#233;e par le th&#233;ologien Rudolf Bultmann, ami de Heidegger, qu'il revoit bien apr&#232;s la guerre : &lt;i&gt;&#171; Tout avait &#233;t&#233; oubli&#233;. Si une raison quelconque l'unissait au national-socialisme, elle serait dissoute dans la d&#233;sillusion. Il n'y avait donc aucun obstacle entre nous. Ainsi, au moment de nous s&#233;parer, j'&#233;voquai &#224; nouveau ce qu'il m'avait dit au t&#233;l&#233;phone : &#8220;Maintenant, lui dis-je, tu dois te r&#233;tracter par &#233;crit comme le fit saint Augustin, non en un dernier recours, mais par amour de la v&#233;rit&#233; de ta pens&#233;e.&#8221; &#192; ce moment-l&#224;, le visage de Heidegger se p&#233;trifia. Il partit sans dire un mot. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;(c) Lib&#233;ration, 16 octobre 1987.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1987 : &#034;Heidegger, militant et penseur nazi&#034;, par Georges Arthur Goldschmid.</title>
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		<dc:date>2005-04-25T00:18:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Goldschmid, Georges Arthur </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre &#224; penser de la philosophie contemporaine d&#233;boulonn&#233; par le livre de Victor Farias. &lt;br class='autobr' /&gt;
On sait bien &#224; peu pr&#232;s les rapports que Heidegger a entretenus avec le nazisme dans les ann&#233;es 1930 et le silence suspect dans lequel il s'est tenu par la suite sur cette question. Le livre de Victor Farias n'autorise plus gu&#232;re le flou pudique de cet &#224;-peu-pr&#232;s. Si les heideggeriens fran&#231;ais ont eu parfois tendance &#224; minimiser quelque peu ces rapports qui ne pouvaient &#234;tre sans effet sur la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le ma&#238;tre &#224; penser de la philosophie contemporaine d&#233;boulonn&#233; par le livre de Victor Farias.&lt;br /&gt;
On sait bien &#224; peu pr&#232;s les rapports que Heidegger a entretenus avec le nazisme dans les ann&#233;es 1930 et le silence suspect dans lequel il s'est tenu par la suite sur cette question. Le livre de Victor Farias n'autorise plus gu&#232;re le flou pudique de cet &#224;-peu-pr&#232;s. Si les heideggeriens fran&#231;ais ont eu parfois tendance &#224; minimiser quelque peu ces rapports qui ne pouvaient &#234;tre sans effet sur la pens&#233;e du philosophe, il sera d&#233;sormais difficile de ne pas en prendre toute la mesure. C'est la question de la responsabilit&#233; de l'intellectuel qui est ici pos&#233;e et du r&#244;le qu'on est en droit d'attendre de lui plus particuli&#232;rement dans les moments tragiques o&#249; l'histoire tourne mal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La mode allemande, on le sait, a toujours &#233;t&#233; le p&#233;ch&#233; mignon des philosophes fran&#231;ais, de ceux surtout qui &#171; lisent l'allemand &#187; et en ignorent tout. Dans le cas Heidegger, l'ignorance le dispute &#224; l'irresponsabilit&#233;, puisqu'on a fait du penseur nazi par excellence le ma&#238;tre &#224; penser de toute la philosophie fran&#231;aise contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous f&#251;mes deux ou trois &#224; clamer dans le d&#233;sert, qui parce que de langue allemande, qui parce que dou&#233; de cette inqui&#233;tude qui fait la pens&#233;e v&#233;ritable, la militance nazie de ce personnage. On nous renvoya &#224; nos ch&#232;res &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, gr&#226;ce &#224; l'ouvrage de Victor Farias, &lt;i&gt;Heidegger et le nazisme,&lt;/i&gt; plus personne ne pourra feindre de ne pas savoir ou &#171; n'en avoir cure &#187;. Les documents publi&#233;s par Victor Farias sont en effet atterrants et d&#233;passent de loin la fameuse ann&#233;e 1933 &#224; laquelle les heideggeriens de Paris tentaient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de limiter &#171; l'embard&#233;e &#187; du ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur a bien fallu publier, &#224; leur corps d&#233;fendant, le &lt;i&gt;Discours du rectorat,&lt;/i&gt; ce discours que le philosophe italien Benedetto Croce jugeait &#224; la fois &#171; ind&#233;cent et servile &#187;, en esp&#233;rant que ce petit arbre cacherait la for&#234;t des autres textes nazis que seuls la &lt;i&gt;Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Allemagnes d'aujourd'hui&lt;/i&gt; eurent le courage de citer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Farias montre que de 1933 &#224; 1945 et au-del&#224; l'adh&#233;sion de Heidegger au nazisme fut totale et enti&#232;re, qu'elle &#233;tait l'essence m&#234;me de sa pens&#233;e : la lecture de &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(&#202;tre et Temps)&lt;/i&gt; le r&#233;v&#233;lait d&#233;j&#224; &#224; qui savait lire : l'effrayante duret&#233; du style et de la pens&#233;e pr&#233;parait d&#232;s 1927 la &#171; r&#233;volution national-socialiste &#187; au sens o&#249; l'entendaient R&#246;hm ou Gregor Strasser que Hitler &#233;liminera en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit Victor Farias : &lt;i&gt;&#171; La totalit&#233; des travaux qui pr&#233;tendent amoindrir le degr&#233; de compromission de Heidegger avec le national-socialisme ou qui veulent voir en lui un sens plus profond et m&#233;taphysique, se caract&#233;risent entre autres par l'ignorance syst&#233;matique des textes o&#249; Heidegger nous renseigne sur sa foi nazie li&#233;e &#224; la personne d'Adolf Hitler. L'envo&#251;tement irrationnel et pathologique dans lequel tomb&#232;rent des millions d'Allemands fut aussi le lot de Heidegger &#187;&lt;/i&gt; (p. 129).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La germanisation de l'Europe&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Aux textes jadis publi&#233;s partiellement par Jean-Pierre Faye, Farias en ajoute beaucoup d'autres, surtout des documents administratifs internes ou des textes sur l'&#233;ducation universitaire national-socialiste en vue de laquelle des s&#233;minaires devaient se d&#233;rouler &#224; l'auberge de jeunesse du Radschert, &#224; cinquante m&#232;tres de la &#171; hutte &#187; du penseur nazi (p. 221).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heidegger y d&#233;crit de mani&#232;re pr&#233;cise la prise en main, le v&#233;ritable dressage intellectuel auquel devra &#234;tre soumise la partie dirigeante &lt;i&gt;(F&#252;hrerschaft)&lt;/i&gt; de la jeunesse hitl&#233;rienne et des futurs cadres nazis de la &#171; nation &#187;. L'un des objectifs de cette &#233;cole de professeurs est de &lt;i&gt;&#171; transformer la science d'aujourd'hui en une science &#233;labor&#233;e dans l'optique du national-socialisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Ce programme &#233;labor&#233; par Heidegger de fa&#231;on tr&#232;s pr&#233;cise touche aux fondements m&#234;mes de sa pens&#233;e en accord total avec le programme nazi. Les hommes issus de cette &#233;cole&lt;i&gt; &#171; doivent &#234;tre nationaux-socialistes dans leur propre t&#226;che... Ils doivent &#234;tre capables de pr&#233;parer, en tant que nationaux-socialistes de l'esprit, la r&#233;volution de la science &#224; partir de la science elle-m&#234;me &#187; &lt;/i&gt;(p 222).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiti&#233; jamais d&#233;mentie de Heidegger pour Eugen Fischer (p. 79) et qui survivra &#224; la guerre d&#233;montrerait, si besoin en &#233;tait, &#224; quel point Heidegger adh&#233;rait au nazisme et ce que voulait dire pour lui &lt;i&gt;&#171; r&#233;volutionner la science &#187;&lt;/i&gt;. Eugen Fischer est en effet l'un des principaux organisateurs de l'euthanasie des malades mentaux sous Hitler. Ce que vise Heidegger, tout comme lui, mais &#224; un niveau plus g&#233;n&#233;ral, c'est &lt;i&gt;&#171; l'hygi&#232;ne raciale &#187;,&lt;/i&gt; la germanisation de l'Europe comme il le dit tr&#232;s clairement dans un texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France a besoin d'&#234;tre r&#233;nov&#233;e par la pens&#233;e allemande (p. 260). Son texte contre l'esprit fran&#231;ais para&#238;tra en 1937 &#224; c&#244;t&#233; de ceux d'&#201;douard Spenl&#233; et d'Alphonse de Chateaubriant qui seront des collaborateurs notoires. De la France, Heidegger pense ce que pense Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;saccord avec Rosenberg, le &#171; th&#233;oricien du nazisme &#187;, qui pourtant combattait l'&#201;glise catholique autant que lui, Heidegger ne cessera d'&#234;tre, en revanche, en accord avec le reste de la hi&#233;rarchie nazie, sinon le minist&#232;re de l'&#201;ducation &#224; Berlin n'aurait pas propos&#233;, le 11 mai 1935, de le nommer doyen de la facult&#233; des lettres de Fribourg et n'aurait pas non plus en 1937 fait r&#233;&#233;diter le fameux &lt;i&gt;Discours du rectorat&lt;/i&gt; &#224; pr&#232;s de 5 000 exemplaires (p. 248).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La pens&#233;e est allemande et Heidegger un d&#233;lateur&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Cela n'emp&#234;chera nullement Heidegger de se livrer aux plus basses besognes et de devenir par deux fois un d&#233;lateur. Le 29 septembre 1933, il d&#233;nonce un chimiste mondialement connu, Hermann Staudinger, futur prix Nobel, comme opposant au nazisme ; la Gestapo se chargera de l'enqu&#234;te et Heidegger dira qu'il ne m&#233;rite pas m&#234;me d'&#234;tre mis &#224; la retraite mais d'&#234;tre expuls&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staudinger ne fut maintenu &#224; son poste qu'en raison de son prestige international (p. 130). (Il est vrai qu'en revanche il prot&#232;ge deux savants juifs mais uniquement pour le prestige de la science allemande.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre fois, Heidegger d&#233;nonce un autre coll&#232;gue, cette fois un privat-docent nomm&#233; Eduard Baumgarten pour insuffisance d'enthousiasme national-socialiste. Heidegger a envoy&#233; un rapport confidentiel &#224; l'organisation des professeurs nazis de G&#246;ttingen pour emp&#234;cher la nomination de ce Baumgarten.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;nonciation &#233;crite par Heidegger on peut lire, entre autres choses : &lt;i&gt;&#171; Durant mon s&#233;jour ici il fut tout, sauf un national-socialiste. Cela m'&#233;tonne d'entendre qu'il est enseignant &#224; G&#246;ttingen : je ne peux m'imaginer sur la base de quel rendement scientifique il a obtenu son habilitation. Apr&#232;s avoir &#233;chou&#233; avec moi, il s'est li&#233; &#233;troitement au juif Fraenkel qui avait &#233;t&#233; actif &#224; G&#246;ttingen, puis fut expuls&#233; de cette universit&#233; &#187;&lt;/i&gt; (p. 234).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; F&#252;hrer &#187; des professeurs classa imm&#233;diatement ce rapport sans suite, avec la mention &#171; inutilisable, charg&#233; de haine &#187;. C'est dire ! Et c'est ce d&#233;lateur de la pire esp&#232;ce qui est devenu la coqueluche du mieux-pensant philosophique parisien !&lt;br class='autobr' /&gt; Cela indique &#224; quel point de d&#233;pravation est tomb&#233;e la pens&#233;e pour &#234;tre aveugle &#224; ces signes de la haine et de l'ignominie qui pourtant ne cessaient de parcourir d&#233;j&#224; &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt;. Il faudra dire un jour l'irr&#233;m&#233;diable corruption mentale de ce qui se donne ainsi pour de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Farias rappelle aussi que rien ne prouve, comme le pr&#233;tendent les heideggeriens de Paris, que Heidegger ait vraiment emp&#234;ch&#233; le b&#251;cher de livres de 1933 &#224; Fribourg, ce fut bien plut&#244;t le mauvais temps (p. 127).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heidegger n'a jamais rompu avec le national-socialisme, pas m&#234;me avec les instances officielles du parti, puisqu'il est invit&#233; par l'entourage de Mussolini &#224; participer &#224; une s&#233;rie de conf&#233;rences organis&#233;es avec l'aval de l'Ausw&#228;rtiges Amt, le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res du IIIe Reich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs ann&#233;es apr&#232;s encore, c'est sur l'intervention de Mussolini qu'un texte de Heidegger sera inclus dans un annuaire &#224; la publication duquel tentait de s'opposer Rosemberg (p. 250). Ses cotisations au parti nazi (NSADAP), Heidegger les paiera jusqu'en 1945. Le nazisme pour lui incarnait l'Allemagne et figurait donc la pens&#233;e car seul ce qui est allemand est authentiquement de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait jusqu'&#224; quel degr&#233; de b&#234;tise cela fera finalement sombrer Heidegger qui en arrivera &#224; dire dans son fameux entretien du Spiegel que lorsque les Fran&#231;ais se mettent &#224; penser, ils parlent allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Heidegger et l'antis&#233;mitisme&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Mais Victor Farias montre surtout comment au d&#233;but de sa carri&#232;re et &#224; son extr&#234;me fin Heidegger &#233;tait essentiellement pr&#233;occup&#233; par la figure bien connue en Allemagne d'Abraham a Sancta Clara, surnom d'Ulrich Megeler (1644-1709), qui fut pr&#233;dicateur de la cour de Vienne et dont toute l'&#339;uvre n'est qu'une suite d'impr&#233;cations antis&#233;mites toutes plus &#233;pouvantables les unes que les autres : &lt;i&gt;&#171; Les narines de leurs enfants (ceux des Juifs) s'emplissent de vers chaque Vendredi Saint, ils naissent avec des dents de porc... &#187;&lt;/i&gt; (p. 41) etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Farias en cite d'autres exemples encore. Non que Heidegger insist&#226;t &#224; la fin de sa vie particuli&#232;rement sur les &#233;ructations antis&#233;mites de ce pr&#234;tre chr&#233;tien, mais il voyait en lui le repr&#233;sentant peut-&#234;tre le plus caract&#233;ristique de la germanit&#233;, seule d&#233;tentrice de l'authenticit&#233; et de la v&#233;rit&#233;. Aux deux extr&#233;mit&#233;s de sa vie un tel auteur incarne pour lui l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus exorbitant et qui oblige &#224; poser la question du sens que peut bien avoir d&#233;sormais la philosophie, c'est le silence total observ&#233; par Heidegger sur la shoah. C'est un point que Victor Farias n'aborde pas, mais qui est implicite dans son propos. C'est ce &lt;i&gt;&#171; silence obstin&#233; &#187; &lt;/i&gt;qui annule peut-&#234;tre plus encore que son &lt;i&gt;&#171; engagement &#187;&lt;/i&gt; tout ce que ce penseur a pu &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Heidegger la nuit s'est abattue &#224; tout jamais sur la pens&#233;e. Il est pour le moins &#233;trange que ce soit lui justement qui se soit &#224; tel point impos&#233; en France, comme s'il perp&#233;tuait l'occupation. Qu'est-ce &#224; dire ? &#192; Paris on a toujours en effet voulu contourner, euph&#233;miser le nazisme de Heidegger, c'&#233;tait &#233;videmment pour faire comme si Auschwitz n'avait pas eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait annuler l'extermination : sauver Heidegger au prix d'Auschwitz ou la pens&#233;e en proie au r&#233;visionnisme ! Paris vaut bien une messe, pourquoi la tranquillit&#233; philosophique ne vaudrait-elle pas une extermination ? C'est l&#224; toute la question de l'assentiment telle que Christian Jambet la pose dans sa remarquable pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Victor Farias va d&#233;sormais emp&#234;cher de philosopher en rond et obligera les &#171; heideggeriens de Paris &#187; &#224; affronter les questions dont ils ont toujours su qu'elles videraient d'un seul coup de tout contenu ce qu'ils ont tent&#233; de mettre dans leurs &#233;crits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;(c) Le Matin, jeudi 15 octobre 1987.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1987 : &#034;Heidegger &#233;tait-il nazi ?&#034;, par Roger-Pol Droit.</title>
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		<dc:date>2005-04-25T00:15:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Droit, Roger-Pol</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Une minutieuse enqu&#234;te de Victor Farias r&#233;v&#232;le les liens entre le philosophe, mort en 1976, et le national-socialisme. &lt;br class='autobr' /&gt; La question des liens entre Heidegger et le nazisme a d&#233;j&#224; suscit&#233; bien des d&#233;bats. Question multiple, elle concerne les compromissions effectives de l'homme avec le r&#233;gime hitl&#233;rien, leur &#233;tendue et leur interpr&#233;tation. Elle inclut aussi le lien &#233;ventuel entre des th&#232;mes constants de son &#339;uvre et l'id&#233;ologie national-socialiste. Elle bute enfin sur l'&#233;nigme du silence du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une minutieuse enqu&#234;te de Victor Farias r&#233;v&#232;le les liens entre le philosophe, mort en 1976, et le national-socialisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question des liens entre Heidegger et le nazisme a d&#233;j&#224; suscit&#233; bien des d&#233;bats. Question multiple, elle concerne les compromissions effectives de l'homme avec le r&#233;gime hitl&#233;rien, leur &#233;tendue et leur interpr&#233;tation. Elle inclut aussi le lien &#233;ventuel entre des th&#232;mes constants de son &#339;uvre et l'id&#233;ologie national-socialiste. Elle bute enfin sur l'&#233;nigme du silence du philosophe : apr&#232;s guerre, il ne d&#233;savoua jamais clairement le pass&#233; et n'eut pas un mot sur le g&#233;nocide juif. Question embarrassante : l'emprise sur notre &#233;poque de la pens&#233;e heideggerienne est devenue si puissante - singuli&#232;rement en France - que beaucoup semblent ne pouvoir regarder ces probl&#232;mes en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ans, une r&#233;ponse habituelle s'est construite. Heidegger n'aurait eu avec le nazisme qu'une relation accidentelle, temporaire et tout ext&#233;rieure. Anim&#233; par le seul d&#233;sir de r&#233;g&#233;n&#233;rer l'Universit&#233; allemande, il aurait cru, fugitivement, 'une r&#233;volution nationale en marche pouvait permettre cette renaissance. &#201;lu recteur de l'universit&#233; de Fribourg par ses coll&#232;gues le 21 avril 1933, il d&#233;missionne le 23 avril 1934. Durant ces douze mois de coop&#233;ration purement &#171; administrative &#187; avec un pouvoir r&#233;cent, Heidegger se serait born&#233; &#224; prononcer quelques discours, s&#251;rement malheureux, mais de circonstance. Apr&#232;s sa d&#233;mission, au long de quelque dix ann&#233;es de silence politique, il aurait v&#233;cu en butte &#224; la surveillance des autorit&#233;s, &#224; la censure de ses publications et aux tracasseries d'un pouvoir le tenant dans une disgr&#226;ce croissante. Telle est, en gros, la version &#171; officielle &#187;, fond&#233;e sur les indications fournies par Heidegger lui-m&#234;me en 1945 et 1976, et constamment soutenue par ses fid&#232;les disciples. [Heidegger a publi&#233; en 1945 un texte intitul&#233; &lt;i&gt;Die Rektorat 1933-1934,&lt;/i&gt; et il revient sur ces faits dans un entretien accord&#233; en 1966 au &lt;i&gt;Spiegel&lt;/i&gt;, et publi&#233; &#224; titre posthume (&lt;i&gt;R&#233;ponses et questions sur l'histoire et la politique,&lt;/i&gt; Mercure de France, 1977). On peut &#233;galement se reporter &#224; l'entretien que Jean Beaufret nous avait accord&#233; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 27 septembre 1974) reproduit dans le recueil &lt;i&gt;De l'existentialisme &#224; Heidegger&lt;/i&gt;, Vrin, 1986.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette version n'est plus tenable pour qui a lu la minutieuse enqu&#234;te de Victor Farias. Durant plusieurs ann&#233;es, cet universitaire chilien de quarante-sept ans, qui fut l'&#233;l&#232;ve de Heidegger, a fouill&#233; toutes les archives accessibles, &#233;pluch&#233; la presse du Reich, scrut&#233; les revues du Parti nazi et des associations affili&#233;es, examin&#233; les rapports internes de l'Universit&#233; et des minist&#232;res, recueilli des t&#233;moignages. Sa conclusion est simple, peut-&#234;tre trop simple : Heidegger fut par toutes ses fibres - ses actes, ses textes, sa pens&#233;e - un membre &#233;minent et r&#233;solu du Parti nazi, dont il n'aurait jamais abandonn&#233; les convictions fondamentales. Implacablement document&#233;, ce livre est une bombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traduction fran&#231;aise, qui est aussi la premi&#232;re publication de l'ouvrage (&#201;ditions Verdier), devrait permettre de poser quelques vrais probl&#232;mes. Car, &#224; moins d'imaginer une mystification, &#224; moins d'accuser l'auteur d'inventer des textes et de se livrer &#224; de grossiers trucages, il y a des questions difficiles auxquelles on ne saurait plus &#233;chapper. Mais voyons d'abord les faits. Ils sont nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investigation de Victor Farias commence bien avant 1933. Il a retrouv&#233; le premier &#233;crit publi&#233; par Heidegger, &#224; vingt et un ans, en un temps o&#249; il poursuivait des &#233;tudes de th&#233;ologie au s&#233;minaire de Fribourg. Ce texte figure dans un num&#233;ro de 1910 de l'&lt;i&gt;Allgemeine Rundschau,&lt;/i&gt; revue marqu&#233;e par des tendances antilib&#233;rales et antis&#233;mites. Heidegger c&#233;l&#232;bre la figure d'un pr&#233;dicateur augustinien de la fin du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, Abraham a Sancta Clara, &#224; l'occasion de l'inauguration d'un monument &#224; sa m&#233;moire. Ce moine fanatique est, par ailleurs, connu pour son nationalisme virulent et son intransigeance. &#201;crivain prolixe et grand amateur de pogroms, il &#233;crivait par exemple (Heidegger n'en dit rien) : &lt;i&gt;&#171; Hormis Satan, les hommes n'ont pas de plus grand ennemi que le juif [...]. Pour leurs croyances, ils m&#233;ritent non seulement la potence, mais aussi le b&#251;cher. &#187; Texte du jeune Heidegger : &#171; La sant&#233; du peuple, dans son &#226;me et dans son corps, voil&#224; ce qu'a cherch&#233; ce pr&#233;dicateur vraiment apostolique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Peut-&#234;tre le s&#233;minariste ignorait-il les zones d'ombre de cette &#171; t&#234;te de g&#233;nie &#187;, comme il dit. Peut-&#234;tre feignait-il de n'en rien savoir. Erreur de jeunesse ? Rien n'est moins s&#251;r. Le 2 mai 1964, &#224; soixante-quinze ans, dans sa bonne ville natale de Messkirch, le philosophe, c&#233;l&#233;brissime, donne une conf&#233;rence... sur le P&#232;re Abraham a Sancta Clara. Cette fois, il le cite : &lt;i&gt;&#171; Un chef militaire a frapp&#233; de plein fouet la t&#234;te des Turcs ; t&#234;tes et chevelures roul&#232;rent comme des casseroles. &#187; Et le vieil Heidegger voit toujours, dans l'homme qui a &#233;crit cela, &#171; un ma&#238;tre pour notre vie et un ma&#238;tre pour notre langue &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Un classique du national-socialisme&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Entre ces deux p&#244;les immobiles, la position politique de Heidegger n'aurait pas vari&#233;. En 1923, d&#233;j&#224;, alors qu'il enseigne la th&#233;ologie &#224; Marbourg, l'association &#233;tudiante Akademische Vereinigung - &#171; apolitique &#187;... mais excluant de ses rangs &#171; tout &#233;l&#233;ment juif ou de couleur &#187; - recommande chaleureusement de suivre ses cours. En 1930, c'est au cours d'une f&#234;te de la &#171; Patrie badoise &#187; que Heidegger prononce la premi&#232;re version (non publi&#233;e) de la conf&#233;rence intitul&#233;e &#171; L'essence de la v&#233;rit&#233; &#187;. Le pr&#233;sident d'honneur est Eugen Fischer, fondateur et dirigeant, depuis 1927, de l'Institut d'hygi&#232;ne raciale. Le r&#244;le bien connu de cet organisme dans les exp&#233;riences conduites par les SS dans les camps de la mort n'emp&#234;chera par Heidegger d'adresser, en 1960, un de ses livres &#224; Eugen Fischer, avec ses &lt;i&gt;&#171; cordiales salutations de No&#235;l et ses v&#339;ux de Nouvel An &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Le rectorat ne serait donc ni un &#233;pisode ni une parenth&#232;se. Au printemps 1933, le pays de Bade est mis au pas : les sociaux-d&#233;mocrates sont en camp, les syndicats musel&#233;s, les juifs molest&#233;s. Le 1er mai, Heidegger adh&#232;re au Parti nazi. Les archives r&#233;v&#232;lent qu'il en resta membre jusqu'en 1945, payant ponctuellement ses cotisations. De l'ann&#233;e d'activit&#233; du recteur de Fribourg, Victor Farias dresse un tableau consternant. Il y a le fameux discours du 27 mai 1933, que l'on conna&#238;t d&#233;j&#224;. On sait moins, en revanche, qu'il devint une sorte de classique du nazisme, tr&#232;s pris&#233; des organisations &#233;tudiantes. Il fut r&#233;&#233;dit&#233; par trois fois, dont la derni&#232;re, &#224; cinq mille exemplaires, en 1937, en un temps o&#249; la censure exigeait du solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa gestion, Heidegger en fait trop. Il s'engage &#224; fond dans des mesures destin&#233;es &#224; r&#233;volutionner l'Universit&#233;, &#224; changer la vie des &#233;tudiants dans le sens de la conception national-socialiste du monde. S'il d&#233;missionne aussi brusquement, ce n'est pas saisi d'un repentir soudain, ou pour manifester une tardive r&#233;sistance, mais parce que sa fraction a &#233;t&#233; battue. Sa d&#233;sillusion, selon Victor Farias, fut de voir Rudolf Hess remplacer R&#246;hm, c'est-&#224;-dire une ligne SS de gestion du pouvoir et de compromis efficaces l'emporter sur le courant populiste et radical des SA. Ainsi, par la suite, les dirigeants nazis se seraient-ils m&#233;fi&#233;s, non pas d'un possible adversaire, mais d'un &#171; r&#233;volutionnariste &#187; trop imp&#233;tueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;fiance toute relative. En 1945 Heidegger dira qu'apr&#232;s le 30 juin 1934 (la &#171; nuit des longs couteaux &#187;, l'&#233;limination des SA), ceux qui acceptaient des fonctions officielles &#224; l'Universit&#233; savaient avec quel pouvoir ils travaillaient. Or lui-m&#234;me participe, en septembre 1934, &#224; l'&#233;laboration d'un projet d'&#171; Acad&#233;mie des professeurs du Reich &#187;, sorte d'institut d'&#233;lite destin&#233; &#224; former les ma&#238;tres de l'avenir. &#224; la demande du secr&#233;taire d'&#201;tat Wilhelm Stukart (un des auteurs des lois raciales de 1935, qui participera &#224; la conf&#233;rence de Wannsee mettant en route la &#171; solution finale &#187; et sera jug&#233; &#224; Nuremberg comme criminel de guerre), Heidegger soumet un projet d&#233;taill&#233;. Il y est notamment question de &lt;i&gt;&#171; repenser la science traditionnelle &#224; partir des interrogations et des forces du national-socialisme &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un dossier accablant&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Enfin, selon Victor Farias, le r&#233;gime n'a jamais r&#233;duit au silence ni maltrait&#233; Heidegger. Des articles du philosophe paraissent dans des recueils tr&#232;s contr&#244;l&#233;s ou y font l'objet de remarques &#233;logieuses. Le pouvoir admet encore que Kurt Schelling, nomm&#233; &#224; une chaire dans Prague occup&#233;e, fasse, en mars 1940, des r&#233;f&#233;rences appuy&#233;es aux concepts heideggeriens - &#224; un moment o&#249; la guerre id&#233;ologique ne tol&#232;re pas de faille. En janvier 1944, en pleine p&#233;nurie de papier, le minist&#232;re accorde une livraison aux &#233;ditions Klostermann pour publier les &#339;uvres de Heidegger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le philosophe n'avait pas que des amis chez les SS, et Rosenberg, par exemple, lui &#233;tait ouvertement hostile. Mais pour transformer quelques croche-pieds en pers&#233;cution, il faut un orgueil d&#233;mesur&#233; - et quelque ind&#233;cence, si l'on songe &#224; ce que &#171; pers&#233;cution &#187; d&#233;signait, sous la botte de la Gestapo, pour ceux qui ont sauv&#233; l'honneur du peuple allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, on peut bien imaginer que Heidegger n'a pas du tout &#233;t&#233; nazi. Mais toute une s&#233;rie de gens, assez pointilleux sur la s&#233;lection, l'ont consid&#233;r&#233; comme tel, du d&#233;but &#224; la fin. Ils l'ont jug&#233; &#171; s&#251;r &#187;, et l'ont sollicit&#233;. Lui-m&#234;me n'a pas dit un mot, pas fait un geste pour dissiper ce malentendu. Bref, le dossier de Victor Farias est accablant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dr Jekyll et M. Hyde&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Ce jugement ne r&#233;sout rien. Car il faut se demander : qui, ou quoi, ce dossier accable-t-il ? L'homme Heidegger, dans la part politique de sa vie ? Indiscutablement. La pens&#233;e de Heidegger, dans la port&#233;e philosophique de toute son &#339;uvre ? C'est l&#224; qu'il ne faut pas se h&#226;ter - pas autant que l'auteur, qui a t&#244;t fait de confondre un homme et une &#339;uvre philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est, en effet, totalement impossible de r&#233;duire toute la d&#233;marche de cette &#339;uvre consid&#233;rable &#224; son environnement id&#233;ologique ou aux agissements cach&#233;s de son auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir jeter &#224; la poubelle les &#339;uvres compl&#232;tes du philosophe avec les salet&#233;s du militant serait un geste aussi d&#233;risoire qu'absurde. Ce n'est pas ainsi qu'on &#233;chappera, en philosophie, &#224; Heidegger. Les changements de perspective qu'il a introduits dans la pens&#233;e en reposant la question de l'&#234;tre ne se peuvent balayer au nom de quelque crapulerie, m&#234;me bien attest&#233;e. On ne saurait vouloir faire l'&#233;conomie pure et simple de ses m&#233;ditations sur l'existence, l'histoire, ou le devenir de la technique - entre autres. Que l'on veuille penser avec ou contre Heidegger, ses positions politiques ne sont pas, en tant que telles, fondatrices d'arguments philosophiquement pertinents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;c&#232;de est encore trop simple. Car il est, aussi, totalement impossible de faire comme si cette boue n'existait pas, comme si elle demeurait purement externe &#224; sa pens&#233;e. Le cours de l'histoire ne glisse pas sur les philosophes comme l'eau sur les canards. Depuis quand pourrait-on philosopher d'un c&#244;t&#233; ct agir de l'autre, sans que jamais la pure abstraction et l'activit&#233; inf&#226;me soient rapproch&#233;es ? Comment pourrait-on d&#233;sormais lire Heidegger-Dr Jekyll en se d&#233;barrassant totalement de Heidegger-Mr. Hyde ? Il n'y a pas de solution finale : les voil&#224; indissolublement li&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che qui attend sera de penser le lien obscur qui les unit. Le m&#233;rite de l'enqu&#234;te de Victor Farias est d'y contraindre. T&#226;che philosophique - difficile et longue. Pour faire image, il faut d&#233;sormais tenter de se repr&#233;senter, conjointement, le berger de l'&#234;tre dans le chalet de Todtnauberg et l'homme sombre qui dactylographie, le soir, une lettre d&#233;non&#231;ant un ami. Tant que nous n'y parviendrons pas et que nous trouverons refuge sur un seul des deux versants, il est &#224; craindre que l'essentiel de l'&#233;poque, et de nous-m&#234;mes, ne nous file entre les doigts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;(c)Le Monde, mercredi 14 octobre 1987.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>2001 : &#034;Une adh&#233;sion sans r&#233;serve &#224; l'id&#233;ologie du sang et du sol&#034;, par Arno M&#252;nster.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/2001-Une-adhesion-sans-reserve-a-l-ideologie-du-sang-et-du-sol-par-Arno-Munster</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.caute.lautre.net/2001-Une-adhesion-sans-reserve-a-l-ideologie-du-sang-et-du-sol-par-Arno-Munster</guid>
		<dc:date>2005-04-24T23:07:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M&#252;nster, Arno</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Arno M&#252;nster, est l'auteur notamment de : &#171; Nietzsche et le nazisme &#187;, Kim&#233;, Paris, 1995. Dernier ouvrage paru : &#171; L'utopie concr&#232;te d'Ernst Bloch. Une biographie &#187; (Kim&#233;) &lt;br class='autobr' /&gt; Va-t-on vers une nouvelle &#171; affaire Heidegger &#187;, prenant le relais de la pol&#233;mique suscit&#233;e en 1987 par Victor Farias ? En effet, le volume XVI des &#339;uvres compl&#232;tes de Martin Heidegger qu'a publi&#233; l'&#233;diteur allemand Vittorio Klostermann, &#224; Francfort, comporte des textes, des discours, des lettres qui risquent de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Arno M&#252;nster, est l'auteur notamment de : &#171; Nietzsche et le nazisme &#187;, Kim&#233;, Paris, 1995. Dernier ouvrage paru : &#171; L'utopie concr&#232;te d'Ernst Bloch. Une biographie &#187; (Kim&#233;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Va-t-on vers une nouvelle &#171; affaire Heidegger &#187;, prenant le relais de la pol&#233;mique suscit&#233;e en 1987 par Victor Farias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Farias : Heidegger et le nazisme, Verdier, Paris, 1987.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? En effet, le volume XVI des &#339;uvres compl&#232;tes de Martin Heidegger qu'a publi&#233; l'&#233;diteur allemand Vittorio Klostermann, &#224; Francfort, comporte des textes, des discours, des lettres qui risquent de relancer la pol&#233;mique et de ternir davantage l'image du philosophe. L'&#233;diteur qui avait d&#233;j&#224; sorti en 1986 le volume XV des &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; de Heidegger en allemand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce volume comporte, entre autres, le &#171; S&#233;minaire sur H&#233;raclite &#187; du semestre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a attendu quatorze ans pour publier le volume suivant (le vol. XVI), pr&#233;f&#233;rant, en 1994, sortir le volume num&#233;rot&#233; &#171; XVII &#187;. Vittorio Klostermann a-t-il volontairement retard&#233; la publication de ce volume XVI, craignant le toll&#233; que pouvaient soulever les documents reproduits ? &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Fervent militant. &lt;/strong&gt;Non seulement l'adh&#233;sion - certes, temporaire, mais r&#233;elle - du philosophe de l'&#234;tre au nazisme, en 1933, se trouve reconfirm&#233;e, par son discours sur &lt;i&gt;l'Universit&#233; dans l'Etat national-socialiste &lt;/i&gt;prononc&#233; &#224; T&#252;bingen le 30 novembre 1933, qui fait encore une fois appara&#238;tre Heidegger comme un des plus fervents militants (intellectuels) pour la cause du national-socialisme ; mais au-del&#224; des faits d&#233;j&#224; connus, l'alignement id&#233;ologico-politique de Heidegger au nazisme est de nouveau attest&#233; par des discours et des lettres (in&#233;dites) qui r&#233;v&#232;lent - comme Ludger L&#252;tkehaus l'a soulign&#233; r&#233;cemment dans un article publi&#233; dans l'hebdomadaire allemand &lt;i&gt;Die Zeit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Ludger L&#252;tkehaus : &#171; Der Staat am Sterbebett. Noch ein S&#252;ndenfall : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; - que le philosophe ne s'est pas content&#233; d'approuver le mythe politique nazi de la &lt;i&gt;&#171; renaissance du peuple allemand, sous la direction politique du leader charismatique Adolf Hitler &#187;. &lt;/i&gt;Il a aussi, dans ses lettres des ann&#233;es 1933-1935, approuv&#233; et explicitement d&#233;fendu l'id&#233;ologie nazie de l'eug&#233;nisme ainsi que les projets visant &#224; instituer dans le Reich allemand une &lt;i&gt;&#171; hygi&#232;ne raciale &#187;&lt;/i&gt;. A ce sujet, le document le plus compromettant est la lettre d'avril 1934 o&#249; Heidegger (&#224; l'&#233;poque recteur de l'universit&#233; de Fribourg) tient &#224; informer le ministre nazi de la Culture, de l'Enseignement et de la Justice du Land de Bade, de son intention de chercher rapidement une personne &lt;i&gt;&#171; apte &#224; dispenser l'enseignement pour la discipline d'hygi&#232;ne raciale &#187;,&lt;/i&gt; en vue de pouvoir demander officiellement, aupr&#232;s du minist&#232;re, la cr&#233;ation d'une chaire de &lt;i&gt;&#171; doctrine raciale &#187;&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;&#171; biologie h&#233;r&#233;ditaire &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;
L'authenticit&#233; de cette lettre ne fait pas le moindre doute. Sa publication, avec d'autres documents et discours de la p&#233;riode 1933-1945, invalide les arguments de ceux qui, par exemple Fran&#231;ois F&#233;dier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois F&#233;dier : Heidegger - anatomie d'un scandale, R. Laffont, Paris, 1988.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ont voulu circonscrire et &#233;touffer le scandale provoqu&#233; par la publication du livre de Farias (1), en &#233;voquant une &lt;i&gt;&#171; temp&#234;te m&#233;diatique qui n'accouche que d'un pseudo-&#233;v&#233;nement &#187;&lt;/i&gt;, et en mettant en cause l'objectivit&#233; de l'&#233;tude du professeur chilien. En r&#233;alit&#233;, ces documents renforcent la position critique de ceux qui, tel Jean-Pierre Faye&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Faye : le Pi&#232;ge : la philosophie heidegg&#233;rienne et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ont toujours d&#233;nonc&#233; la dangerosit&#233; politique d'une pens&#233;e qui ne s'est pas content&#233;e de d&#233;construire l'histoire de la m&#233;taphysique, mais d&#233;rape r&#233;guli&#232;rement, notamment entre 1933 et 1935, vers des questionnements philosophico-politiques ambigus qui attestent l'implication de cette pens&#233;e dans des aspects significatifs de l'id&#233;ologie nazie. &lt;br /&gt;
Platon &#224; la rescousse. Rien n'illustre mieux cette implication que le discours (reproduit dans ce volume XVI) prononc&#233; par Heidegger en ao&#251;t 1933 lors du cinquanti&#232;me anniversaire de l'Institut d'anatomie pathologique de l'universit&#233; de Fribourg o&#249;, soucieux d'analyser en profondeur les &lt;i&gt;&#171; principes et concepts fondamentaux de la m&#233;decine &#187;&lt;/i&gt; en tant que &lt;i&gt;&#171; science sp&#233;culative &#187;&lt;/i&gt;, il essaie de cerner les concepts de &lt;i&gt;&#171; sant&#233; &#187;&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;&#171; maladie &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;
Ce qui frappe, &#224; la lecture de ce discours, c'est que Heidegger s'efforce d'analyser ces concepts dans la perspective de la th&#233;orie du &lt;i&gt;&#171; voelkisch &#187;&lt;/i&gt; (national-populiste). C'est le peuple (&lt;i&gt;das Volk&lt;/i&gt;), dit-il, qui d&#233;termine l'essence de la sant&#233;... Et comme ce concept de &lt;i&gt;&#171; sant&#233; &#187; &lt;/i&gt;impliquait chez les anciens grecs &lt;i&gt;&#171; d'&#234;tre pr&#234;t et fort pour l'action dans l'&#201;tat &#187;&lt;/i&gt; - ici Heidegger &#233;voque &lt;i&gt;la R&#233;publique &lt;/i&gt;de Platon -, doit-on conclure que ceux qui ne le sont pas, c'est-&#224;-dire les faibles et les malades, ne sont pas dignes d'&#234;tre soign&#233;s ? Une mani&#232;re de justifier les projets d'euthanasie mis en &#339;uvre par les nazis &#224; l'&#233;gard de tous ceux qui, touch&#233;s par une maladie h&#233;r&#233;ditaire, &#233;taient d&#233;clar&#233;s &lt;i&gt;&#171; non dignes de survivre &#187; &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;&#171; nicht-lebenswertes Leben &#187;&lt;/i&gt;). Or, la v&#233;rification de la citation de Platon sur laquelle Heidegger fonde cette &#233;trange justification philosophique de l'eug&#233;nisme et de l'euthanasie atteste que le philosophe n'a apparemment pas pu r&#233;sister &#224; la tentation d'accentuer encore l'ambigu&#239;t&#233; de ce passage de &lt;i&gt;la R&#233;publique &lt;/i&gt;platonicienne (o&#249; l'on peut lire, effectivement, qu'&lt;i&gt;&#171; un homme incapable de vivre la dur&#233;e normale, il ne faut pas, &#224; son avis (Ascl&#232;pios), le soigner, car cet homme-l&#224; n'est de nul avantage, ni pour soi-m&#234;me, ni pour la Cit&#233; ? &#187;&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon : la R&#233;publique. Livre IIIe, 407e ; Oeuvres compl&#232;tes, La Pl&#233;iade, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Amalgame. &lt;/strong&gt;Heidegger prend pr&#233;texte de cet argument platonicien pour imposer une logique nouvelle, pr&#233;cis&#233;ment celle qui fait le lien entre la sant&#233;, la &lt;i&gt;&#171; maladie &#187;&lt;/i&gt; et le peuple, devenu, dans son interpr&#233;tation, l'unique instance pouvant d&#233;terminer l'essence de la sant&#233;. Et cet amalgame am&#232;ne effectivement Heidegger &#224; affirmer, qu'&lt;i&gt;&#171; en ce qui concerne les concepts de &lt;/i&gt;&#171; sain &#187; &lt;i&gt;et de&lt;/i&gt; &#171; malade &#187;&lt;i&gt;, le peuple et l'&#233;poque se donnent eux-m&#234;mes la loi, selon la grandeur et la latitude int&#233;rieure de leur &#234;tre-l&#224;. [...] &#187;.&lt;/i&gt; Et &lt;i&gt;&#171; chaque peuple,&lt;/i&gt; dit-il, a la garantie premi&#232;re de son authenticit&#233; et de sa grandeur dans le &lt;strong&gt;sang, le sol et sa croissance corporelle &#187;.&lt;/strong&gt; N'est-ce pas une adh&#233;sion sans aucune r&#233;serve &#224; l'id&#233;ologie nazie du &lt;i&gt;&#171; sang et du sol &#187;&lt;/i&gt; ? Heidegger ne prend-il pas, encore une fois, position comme thurif&#233;raire philosophique d'un r&#233;gime qui, dans sa pratique, n'a pas h&#233;sit&#233; une seconde &#224; lier cette doctrine de la &lt;i&gt;&#171; grandeur &#187;&lt;/i&gt; dans le &lt;i&gt;&#171; sang et le sol &#187;&lt;/i&gt; avec la vision exterminatrice d'une &#233;puration ethnique qui a co&#251;t&#233; la vie, entre autres, &#224; six millions de juifs d'Europe ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Farias : Heidegger et le nazisme, Verdier, Paris, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce volume comporte, entre autres, le &#171; S&#233;minaire sur H&#233;raclite &#187; du semestre de l'hiver 1966/67, r&#233;alis&#233; en collaboration avec Eugen Fink, ainsi que les quatre s&#233;minaires du &#171; Thor &#187;, des ann&#233;es 1966 &#224; 1969, qui sont principalement consacr&#233;s aux &#171; Fragments &#187; de H&#233;raclite et &#224; la question de &#171; l'Ereignis &#187; (&#233;v&#233;nement) et du &#171; Gestell &#187; (arraisonnement).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Ludger L&#252;tkehaus : &#171; Der Staat am Sterbebett. Noch ein S&#252;ndenfall : Martin Heidegger &#252;ber &#171; Krankheit &#187; und Gesundheit, &#252;ber Erbbiologie und die Grenzen der Therapie &#187;, in Die Zeit du 23 mai 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois F&#233;dier : Heidegger - anatomie d'un scandale, R. Laffont, Paris, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Faye : le Pi&#232;ge : la philosophie heidegg&#233;rienne et le national-socialisme, Balland, Paris, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon : la R&#233;publique. Livre IIIe, 407e ; Oeuvres compl&#232;tes, La Pl&#233;iade, Gallimard, Paris, 1950, p. 965.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#169; Lib&#233;ration, Le samedi 9 et dimanche 10 juin 2001.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>2001 : &#171; Heidegger n'&#233;tait pas raciste &#187;, par son &#233;diteur Vittorio Klostermann.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/2001-Heidegger-n-etait-pas-raciste-par-son-editeur-Vittorio-Klostermann</link>
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		<dc:date>2005-04-24T23:02:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Klostermann, Vittorio </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Si vous voyez l&#224; une censure, vous &#234;tes compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; des r&#233;alit&#233;s &#187;, assure Vittorio Klostermann, l'&#233;diteur qui a d&#233;but&#233; en 1975 la publication des &#339;uvres compl&#232;tes de Heidegger en Allemagne. &#171; Nous publions les volumes dans le d&#233;sordre &#187;, r&#233;pond-il quand on lui demande pourquoi ce volume XVI est paru si longtemps apr&#232;s les volumes XV et... XVII. &#171; En 1975, nous avons d&#233;but&#233; par le volume 24, suivi des volumes 21 et 26. Le volume 85 est d&#233;j&#224; paru aussi, alors que nous n'en sommes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Si vous voyez l&#224; une censure, vous &#234;tes compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; des r&#233;alit&#233;s &#187;, assure Vittorio Klostermann, l'&#233;diteur qui a d&#233;but&#233; en 1975 la publication des &#339;uvres compl&#232;tes de Heidegger en Allemagne. &#171; Nous publions les volumes dans le d&#233;sordre &#187;, r&#233;pond-il quand on lui demande pourquoi ce volume XVI est paru si longtemps apr&#232;s les volumes XV et... XVII. &#171; En 1975, nous avons d&#233;but&#233; par le volume 24, suivi des volumes 21 et 26. Le volume 85 est d&#233;j&#224; paru aussi, alors que nous n'en sommes qu'&#224; une soixantaine de volumes publi&#233;s, sur un total &#224; venir de 102. &#187; Une raison pour laquelle le volume XVI a un peu tra&#238;n&#233; est que le fils du philosophe, Hermann Heidegger, historien, voulait l'&#233;diter lui-m&#234;me, comme il a d&#233;j&#224; &#233;dit&#233; le volume XIII en 1983, et que, &#171; surcharg&#233; de travail &#187;, il a tard&#233; &#224; en venir &#224; bout. &#171; Il n'y a pas d'autre raison plus profonde ou plus cach&#233;e &#187;, assure encore Vittorio Klostermann. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;diteur avoue toutefois &#171; avoir &#233;t&#233; surpris &#187; par &#171; la douceur des r&#233;actions &#187; lors de la sortie de ce volume XVI l'an dernier, mais pour une toute autre raison. &#171; Ce qui m'a effray&#233; en lisant ce volume, ce sont les discours tenus dans des occasions priv&#233;es, pour des anniversaires par exemple. Ils refl&#232;tent une conception de l'homme ou du r&#244;le de l'homme et de la femme tellement XIXe si&#232;cle que j'ai cru que les critiques allaient se jeter dessus. &#187; L'article du Zeit est le premier &#224; s'indigner des projets d'&#171; hygi&#232;ne raciale &#187; du philosophe et il &#171; fait tout &#224; fait fausse route &#187;, assure Vittorio Klostermann : &#171; Que Heidegger &#233;tait un nazi convaincu dans ces ann&#233;es-l&#224;, c'est incontest&#233;. Mais l'accuser de racisme ou de biologisme, c'est n'avoir rien compris &#224; sa philosophie. &#187; L.M. (Berlin)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#169; Lib&#233;ration, Le samedi 9 et dimanche 10 juin 2001&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>2001 : &#034;Heidegger nazi, la preuve par l'eug&#233;nisme&#034;, par Robert Maggiori.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/2001-Heidegger-nazi-la-preuve-par-l-eugenisme-par-Robert-Maggiori</link>
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		<dc:date>2005-04-24T22:59:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maggiori, Roberrt</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce qui fait la grandeur d'une philosophie, c'est probablement que nul n'en est jamais quitte, et que les probl&#232;mes nouveaux qui, &#224; mesure, se posent trouvent toujours en elle, r&#233;trospectivement, des &#233;clairages. Cela vaut, &#233;videmment, pour la philosophie de Heidegger. Aristote voulait que d'un penseur on p&#251;t dire seulement qu'il est n&#233;, qu'il a v&#233;cu et qu'il est mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cas de Heidegger, on ne peut gu&#232;re mettre de c&#244;t&#233; la biographie, ni ses choix de vie, politiques et moraux, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui fait la grandeur d'une philosophie, c'est probablement que nul n'en est jamais quitte, et que les probl&#232;mes nouveaux qui, &#224; mesure, se posent trouvent toujours en elle, r&#233;trospectivement, des &#233;clairages. Cela vaut, &#233;videmment, pour la philosophie de Heidegger. Aristote voulait que d'un penseur on p&#251;t dire seulement qu'il est n&#233;, qu'il a v&#233;cu et qu'il est mort. &lt;br /&gt;
Dans le cas de Heidegger, on ne peut gu&#232;re mettre de c&#244;t&#233; la biographie, ni ses choix de vie, politiques et moraux, qui l'ont conduit &#224; rev&#234;tir clairement l'uniforme nazi. &lt;br /&gt;
Depuis une quinzaine d'ann&#233;es et la publication du livre de Victor Farias, &lt;i&gt;Heidegger et le nazisme&lt;/i&gt;, toutes les pol&#233;miques et les divers rebondissements de l'&#171; affaire Heidegger &#187; ont tourn&#233; autour de la l&#233;gitimit&#233; qu'il y avait &#224; s&#233;parer ou, au contraire, &#224; conjoindre ce que le philosophe a pens&#233;, de profond, et ce que l'homme a fait, d'assez ignoble. &lt;br /&gt;
Un &#233;l&#233;ment nouveau appara&#238;t aujourd'hui, qui compromet aussi cette pens&#233;e, mais dont les avocats les plus fervents de Heidegger diront naturellement qu'ils le connaissaient d&#233;j&#224;, qu'ils en ont d&#233;j&#224; rendu raison et, du point de vue th&#233;orique, qu'il s'explique en tant que &#171; lecture &#187; particuli&#232;rement sagace de Platon. &lt;br /&gt;
Le volume XVI des &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; de Martin Heidegger publi&#233; l'an dernier chez Klostermann (quinze ans apr&#232;s le volume XV) r&#233;v&#232;le en effet que non seulement l'homme, &#224; l'&#233;poque recteur de l'universit&#233; de Fribourg, a eu l'intention de chercher un titulaire pour une chaire d'&#171; hygi&#232;ne raciale &#187; mais que le philosophe, lecteur de Platon, a approuv&#233; explicitement l'id&#233;ologie de l'eug&#233;nisme, selon laquelle tous les hommes ne sont pas &#233;galement dignes de vivre. &lt;br /&gt;
D&#233;rapage ? Torsion in&#233;luctable d'une pens&#233;e qui ne pouvait pas ne pas aboutir &#224; l'&#233;loge du &lt;i&gt;&#171; sang et du sol &#187;&lt;/i&gt; ? Th&#233;orisations rendues incompr&#233;hensibles par ce que les nazis ont, dans les faits, entendu par &lt;i&gt;&#171; hygi&#232;ne raciale &#187;&lt;/i&gt;, et qu'il faudrait restituer &#224; leur v&#233;ritable &#171; sol &#187; philosophique ? On en jugera. &lt;br /&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/2001-Une-adhesion-sans-reserve-a-l-ideologie-du-sang-et-du-sol-par-Arno-Munster' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Professeur &#224; l'universit&#233; de Picardie, Arno M&#252;nster donne une premi&#232;re analyse de ces documents compromettants, qui, en Allemagne, par un fait &#233;trange, commencent seulement, gr&#226;ce &#224; l'hebdomadaire&lt;i&gt; Die Zeit&lt;/i&gt;, un an apr&#232;s la publication du volume en question, &#224; r&#233;veiller l'&#171; affaire Heidegger &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#169; Lib&#233;ration, Le samedi 9 et dimanche 10 juin 2001&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1956 : &#034;Une page bien ennuyeuse&#034;, par Jean Wahl.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/1956-Une-page-bien-ennuyeuse-par-Jean-Wahl</link>
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		<dc:date>2005-04-24T22:47:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Wahl, Jean</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ces quelques lignes appartiennent &#224; l'introduction du commentaire, par Jean Wahl, de l'Introduction &#224; la m&#233;taphysique de Heidegger : Vers la fin de l'ontologie. &lt;br class='autobr' /&gt; Mais il y a une page 152 qui est bien ennuyeuse pour qui admire le philosophe Heidegger. Dans cette page, qui a &#233;t&#233; &#233;crite, comme je l'ai dit en 1935, mais qui a &#233;t&#233; r&#233;imprim&#233;e en 1953, Heidegger nous dit que &#171; la philosophie qui se donne &#231;a et l&#224; comme la philosophie du national-socialisme n'a rien &#224; faire avec la hauteur ou la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces quelques lignes appartiennent &#224; l'&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/01-L-introduction-a-la-metaphysique-de-Heidegger' class=&#034;spip_in&#034;&gt;introduction&lt;/a&gt; du commentaire, par Jean Wahl, de l'&lt;i&gt;Introduction &#224; la m&#233;taphysique&lt;/i&gt; de Heidegger : &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/-Vers-la-fin-de-l-ontologie-Etude-sur-l-introduction-dans-la-metaphysique-par-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Vers la fin de l'ontologie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais il y a une page 152 qui est bien ennuyeuse pour qui admire le philosophe Heidegger. Dans cette page, qui a &#233;t&#233; &#233;crite, comme je l'ai dit en 1935, mais qui a &#233;t&#233; r&#233;imprim&#233;e en 1953, Heidegger nous dit que &#171; la philosophie qui se donne &#231;a et l&#224; comme la philosophie du national-socialisme n'a rien &#224; faire avec la hauteur ou la grandeur, &lt;i&gt;die H&#246;he, &lt;/i&gt;de ce mouvement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Heidegger, Introduction &#224; la m&#233;taphysique, Gallimard, collection TEL, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est caract&#233;ristique, et un peu inqui&#233;tant &#224; la fois pour Heidegger et pour l'Allemagne, c'est qu'il ait jug&#233; bon de r&#233;imprimer cette phrase telle quelle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que j'ajoute tout de suite qu'il y a une parenth&#232;se qui diminue peut-&#234;tre la nocivit&#233; et le caract&#232;re d&#233;plaisant de la phrase, si on conna&#238;t Heidegger. Il continue :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La grandeur ou la hauteur de ce mouvement, qui est l'union de la technique plan&#233;taire et de l'homme moderne. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous savons que Heidegger n'aime pas la technique, m&#234;me et surtout plan&#233;taire et n'aime pas l'homme moderne dans sa modernit&#233;. Par cons&#233;quent peut-&#234;tre la parenth&#232;se nous permet-elle de dire que la grandeur de ce mouvement est une grandeur qui est peut-&#234;tre, pour Heidegger m&#234;me, susceptible d'&#234;tre critiqu&#233;e, une grandeur peut-&#234;tre m&#234;me n&#233;faste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais cependant attirer l'attention sur ce point. Et ce point d'ailleurs a &#233;t&#233; relev&#233; en Allemagne m&#234;me, heureusement, par un philosophe de valeur, Helmuth Kuhn, dans un article de la revue &lt;i&gt;Merkur, &lt;/i&gt;o&#249; il proteste contre cet &#233;loge du national-socialisme.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quoi que ce soit que la phrase veuille dire, on voit que Heidegger se compte au nombre de ceux qu'en Allemagne on appelle les national-socialistes du genre noble &#187;, qui ne veulent pas fonder le national-socialisme sur la race, mais plut&#244;t sur l'esprit, qui est ce qui porte et ce qui domine toutes choses. &#171; Mais, dit tr&#232;s justement Kuhn, le pan&#233;gyrique de l'esprit, sonne creux, et cet &#233;loge renouvel&#233; du national-socialisme, si spectrale que nous apparaisse cette mention, a malgr&#233; tout aujourd'hui de nouveau une r&#233;elle signification. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je veux aussi mentionner que, &#233;galement pour l'honneur de certains penseurs allemands, de certains Allemands, il a paru dans un des plus grands journaux d'Allemagne, &lt;i&gt;Die Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;, un article intitul&#233; : &#171; Penser avec Heidegger contre Heidegger. &#187; Je crois que c'est l'article d'un jeune philosophe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de J&#252;rgen Habermas, &#226;g&#233; alors de 24 ans et grand admirateur de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tout cas, c'est l'article de quelqu'un de valeur, valeur morale et valeur intellectuelle, et voici la derni&#232;re phrase de l'article.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au lieu de faire ce qu'il aurait d&#251; faire, Heidegger reproduit aujourd'hui ces mots qui sont vieux de dix-huit ans, ces mots au sujet de la grandeur et de la v&#233;rit&#233; int&#233;rieure du national-socialisme, mots qui sont devenus trop vieux et qui n'appartiennent certainement pas &#224; ce que nous avons &#224; faire un effort pour comprendre. Et il est temps maintenant de penser avec Heidegger contre Heidegger. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Loewith, &lt;i&gt;Heidegger, penseur dans un temps de d&#233;tresse&lt;/i&gt;, qui a paru avant &lt;i&gt;Einf&#252;hrung in die Metaphysik &lt;/i&gt;et se r&#233;f&#232;re surtout &#224; &lt;i&gt;Holzwege, &lt;/i&gt;soul&#232;ve &#233;galement le probl&#232;me.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait cette r&#233;serve fondamentale, et avant de laisser de c&#244;t&#233; cette question, qui n'est pas une question uniquement politique, qui, &#224; mon avis, n'est pas une question politique mais une question morale, je veux cependant encore dire un mot. Il s'agirait de savoir, et cela est une question philosophique, s'il y a, dans la philosophie de Heidegger quelque chose qui va avec le national-socialisme, ou bien si c'est par une sorte d'arbitraire et de choix non motiv&#233; fondamentalement que Heidegger, &#224; un moment de sa carri&#232;re, a &#233;t&#233; national-socialiste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu sur ce point des controverses. D'une part, il a paru un article de Loewith, dans &lt;i&gt;Les Temps Modernes, &lt;/i&gt;pr&#233;cis&#233;ment sur ce point. D'autre part, de Waelhens et &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/1947-Le-cas-Heidegger-par-Erik-Weil' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Erik Weil&lt;/a&gt; pensent qu'il n'y a rien de sp&#233;cifiquement national-socialiste dans la philosophie de Heidegger. Et cela rend, d'une certaine fa&#231;on, la chose plus grave. Mais cela nous permet d'&#233;tudier en toute conscience la philosophie de Heidegger, si elle n'est pas nationale-socialiste, et je crois qu'elle ne l'est pas. Reste la question de savoir pour quel motif Heidegger, &#224; un certain moment, a &#233;prouv&#233; le besoin de parler non plus du &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt;individuel, mais du &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt;du peuple allemand, et pourquoi il a sembl&#233; rev&#234;tir sa doctrine de l'uniforme national-socialiste quitte, assez vite, &#224; l'abandonner. Laissons cela de c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Heidegger, Introduction &#224; la m&#233;taphysique, Gallimard, collection TEL, 1985 (premi&#232;re ed. P.U.F., 1958) (note jld).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de J&#252;rgen Habermas, &#226;g&#233; alors de 24 ans et grand admirateur de la philosophie heidegg&#233;rienne qui, indign&#233; devant l'incapacit&#233; de M. Heidegger d'avouer une erreur politique, &#233;crit un article bref : &#034; Mit Heidegger gegen Heidegger &#034; (&#034; Avec Heidegger contre Heidegger &#034;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Jean Wahl, &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/-Vers-la-fin-de-l-ontologie-Etude-sur-l-introduction-dans-la-metaphysique-par-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vers la fin de l'ontologie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, p. 5-6.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1944 : &#034;Quand Thomas Mann voyait en Heidegger un nazi par existence&#034;, par Daniel Vernet.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/1944-Quand-Thomas-Mann-voyait-en-Heidegger-un-nazi-par-existence-par-Daniel</link>
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		<dc:date>2005-04-24T22:39:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vernet, Daniel </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#034;Heidegger - je n'ai jamais pu souffrir ce nazi par existence.&#034; Quand il &#233;crit cette phrase contre le philosophe de Fribourg, Thomas Mann est en exil en Californie. Nous sommes en 1944. L'&#233;crivain est en train de mettre la derni&#232;re main &#224; son roman Docteur Faust, &#034;un m&#233;lange, dit-il lui-m&#234;me, de th&#233;ologie, de musique, de g&#233;nie = pathologie, qui lie constamment le concept de &#034;germanit&#233;&#034; avec les mots &#034;tragique&#034; et &#034;d&#233;moniaque&#034;&#034;. Il est en correspondance avec d'autres &#233;migr&#233;s allemands qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Le-cas-Heidegger-" rel="directory"&gt;Le cas Heidegger.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Heidegger - je n'ai jamais pu souffrir ce nazi par existence.&#034;&lt;/i&gt; Quand il &#233;crit cette phrase contre le philosophe de Fribourg, Thomas Mann est en exil en Californie. Nous sommes en 1944. L'&#233;crivain est en train de mettre la derni&#232;re main &#224; son roman &lt;i&gt;Docteur Faust&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#034;un m&#233;lange,&lt;/i&gt; dit-il lui-m&#234;me, &lt;i&gt;de th&#233;ologie, de musique, de g&#233;nie = pathologie, qui lie constamment le concept de &#034;germanit&#233;&#034; avec les mots &#034;tragique&#034; et &#034;d&#233;moniaque&#034;&#034;.&lt;/i&gt; Il est en correspondance avec d'autres &#233;migr&#233;s allemands qui s'interrogent sur l'avenir de leur pays et auxquels il reproche leur tendance tr&#232;s allemande &#224; &lt;i&gt;&#034;se lamenter sur leur sort&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;parfaitement conciliable avec la brutalit&#233;&#034;.&lt;/i&gt; L'un de ces &#233;migr&#233;s est Paul Tillich, un th&#233;ologien qui a fui le nazisme en 1933 et vient d'&#233;crire un essai consacr&#233; aux existentialistes allemands et &#224; leurs pr&#233;curseurs, de Hegel et Marx &#224; Jaspers et Heidegger. &lt;br /&gt;
C'est dans la correspondance avec Paul Tillich, conserv&#233;e &#224; l'universit&#233; Columbia, &#224; New York, qu'Erdmann Sturm, professeur de th&#233;ologie &#224; M&#252;nster, en Allemagne, a retrouv&#233; une lettre in&#233;dite de Thomas Mann. Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233;, jeudi 20 juin, par le quotidien &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
La lettre, dat&#233;e du 13 avril 1944, constitue, selon Erdmann Sturm, la seule prise de position connue de Thomas Mann &#224; propos de Martin Heidegger, qui, malgr&#233; ses sympathies pour le national-socialisme, reste le penseur admir&#233; de l'existentialisme. En le d&#233;crivant comme un &#034;&lt;i&gt; nazi &lt;/i&gt;par existence&lt;i&gt;&#034; &lt;/i&gt;(en fran&#231;ais dans le texte), et non &#034;&lt;i&gt;par excellence&#034;&lt;/i&gt;, comme il aurait pu le faire aussi en allemand, Thomas Mann ajoute une pointe d'ironie &#224; l'&#233;gard des existentialistes, avant de conclure, s'adressant &#224; Paul Tillich : &lt;i&gt;&#034;Les extraits de son effrayant jargon philosophique que vous proposez &lt;/i&gt;- dans votre essai -&lt;i&gt; m'ont pratiquement fait tomber le livre des mains.&#034;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Mais l'auteur de &lt;i&gt;La Montagne magique &lt;/i&gt;d&#233;passe le cas Heidegger. Pour lui en effet, la philosophie existentialiste allemande constitue une atteinte &#224; l'id&#233;e de progr&#232;s, &lt;i&gt;&#034;position fausse, d&#233;pass&#233;e, ne correspondant pas au moment historique&#034;.&lt;/i&gt;En 1929 d&#233;j&#224;, il avait tir&#233; de la lecture de Freud des arguments contre l'accaparement par le fascisme du mythique et de l'irrationnel. Dans sa lettre &#224; Paul Tillich, il revient sur le sujet en se r&#233;f&#233;rant &#224; &lt;i&gt;Humain, trop humain&lt;/i&gt;, de Nietzsche, pour montrer comment la critique m&#234;me des Lumi&#232;res permet de &lt;i&gt;&#034;reprendre leur drapeau sur un mode nouveau&#034;.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Il ne faut pas rejeter la philosophie du premier tiers du XXe si&#232;cle sous pr&#233;texte que &lt;i&gt;&#034;l'irrationalisme s'est ab&#238;m&#233; dans le fascisme&#034;, &lt;/i&gt;&#233;crit Thomas Mann. Mais &lt;i&gt;&#034;je crois que nous devons porter &#034;&lt;/i&gt; sur un mode nouveau &lt;i&gt;&#034;le drapeau, qui est apparu un moment presque ridicule, de la raison et du progr&#232;s&#034;.&lt;/i&gt; Une exhortation dont il n'est pas besoin de souligner l'actualit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;(c) Le Monde, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 22.06.02.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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