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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>00 - Compl&#233;ments &#224; l'Avenir d'une illusion : le texte &#224; t&#233;l&#233;charger et des &#233;l&#233;ments d'analyse.</title>
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		<dc:date>2007-06-17T19:45:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Luc Derrien</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le texte :
&lt;br class='autobr' /&gt; &#201;l&#233;ments d'analyse :&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_236 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/IMG/rtf/Freud_L_Avenir_d_une_illusion.rtf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='RTF - 160.6 kio' type=&#034;application/rtf&#034;&gt;&lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L64xH64/rtf-a14e8.svg?1772963361' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Freud, L'Avenir d'une illusion
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;br\ &gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;l&#233;ments d'analyse :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_238 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/IMG/rtf/Freud_L_Avenir_d_une_illusion-Analyse.rtf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='RTF - 111.4 kio' type=&#034;application/rtf&#034;&gt;&lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L64xH64/rtf-a14e8.svg?1772963361' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Freud_L'avenir d'une illusion - analyse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'avenir d'une illusion, X - (Conclusion.)</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-X-Conclusion</link>
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		<dc:date>2007-06-17T17:46:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;X &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; qui semble merveilleux ! Une humanit&#233; qui aurait renonc&#233; &#224; toute illusion et qui serait ainsi devenue capable de se cr&#233;er sur terre une existence supportable ! Mais je ne saurais pour ma part partager vos esp&#233;rances. Non pas que je sois le r&#233;actionnaire endurci pour lequel vous me prenez peut-&#234;tre. Mais parce que j'ai du bon sens. Il me semble que nous avons &#224; pr&#233;sent interverti les r&#244;les : c'est vous &#224; pr&#233;sent le r&#234;veur, qui se laisse emporter par ses illusions, et c'est moi qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-IX-La-double-tache' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;X&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui semble merveilleux ! Une humanit&#233; qui aurait renonc&#233; &#224; toute illusion et qui serait ainsi devenue capable de se cr&#233;er sur terre une existence supportable ! Mais je ne saurais pour ma part partager vos esp&#233;rances. Non pas que je sois le r&#233;actionnaire endurci pour lequel vous me prenez peut-&#234;tre. Mais parce que j'ai du bon sens. Il me semble que nous avons &#224; pr&#233;sent interverti les r&#244;les : c'est vous &#224; pr&#233;sent le r&#234;veur, qui se laisse emporter par ses illusions, et c'est moi qui repr&#233;sente les exigences de la raison, le droit au scepticisme. Ce que vous venez d'exposer me semble fond&#233; sur des erreurs que, suivant le pr&#233;c&#233;dent que vous m'avez fourni, j'appellerai des illusions car l'influence de vos propres d&#233;sirs s'y trahit assez clairement. Vous vous flattez de l'esp&#233;rance que les g&#233;n&#233;rations qui, dans leur petite enfance, n'auront pas subi l'influence des doctrines religieuses atteindront ais&#233;ment la primaut&#233; voulue de l'intelligence sur leur vie instinctive. Voil&#224; qui est certes une illusion ; sur ce point d&#233;cisif la nature humaine a peu de chances de se modifier. Si je ne me trompe - on sait si peu de choses touchant les autres civilisation -, il existe, m&#234;me de nos jours, des peuples qui ne grandissent pas sous la pression d'un syst&#232;me religieux, et ils ne se rapprochent pas plus que les autres de l'id&#233;al que vous vous proposez. Si l'on veut expulser de notre civilisation europ&#233;enne la religion, on n'y pourra parvenir qu'&#224; l'aide d'un autre syst&#232;me doctrinal, et ce syst&#232;me, d&#232;s l'origine, adoptera tous les caract&#232;res psychologiques de la religion : saintet&#233;, rigidit&#233;, intol&#233;rance, et la m&#234;me interdiction de penser, en vue de se d&#233;fendre. Il vous faut quelque chose de cette sorte afin de faire face aux exigences de l'&#233;ducation. Or vous ne pouvez renoncer &#224; l'&#233;ducation. La voie que doit parcourir le nourrisson jusqu'&#224; ce qu'il devienne un civilis&#233; est longue ; trop de jeunes &#234;tres s'y &#233;gareraient et n'arriveraient pas &#224; remplir &#224; temps leurs devoirs vitaux, s'ils &#233;taient abandonn&#233;s sans guide &#224; leur &#233;volution propre. Et les doctrines qui auront servi &#224; leur &#233;ducation borneront toujours leur pens&#233;e en leur &#226;ge m&#251;r, tout comme vous le reprochez aujourd'hui &#224; la religion. Ne remarquez-vous pas que le d&#233;faut cong&#233;nital et irr&#233;m&#233;diable de notre civilisation, comme de toute culture humaine, est d'imposer &#224; l'enfant, bien qu'il soit faible d'esprit et domin&#233; par ses instincts, la prise de d&#233;cisions que seule l'intelligence m&#251;rie de l'adulte peut justifier ? Cependant la civilisation ne peut agir autrement, en raison du fait que l'&#233;volution s&#233;culaire de l'humanit&#233; doit &#234;tre comprim&#233;e, pour chaque individu, en les quelques ann&#233;es que dure l'enfance, et ce n'est que par des influences, affectives que l'enfant peut &#234;tre amen&#233; &#224; accomplir la t&#226;che qui lui est assign&#233;e. Telles sont les perspectives qui s'ouvrent &#224; votre &lt;i&gt;primaut&#233; de l'intellect.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne soyez donc pas surpris que je sois en faveur du maintien de l'enseignement religieux en tant que base de l'&#233;ducation et de la vie en commun des hommes. C'est l&#224; un probl&#232;me d'ordre pratique et non une question de teneur en r&#233;alit&#233;. Puisque, dans l'int&#233;r&#234;t du maintien de notre civilisation, nous ne pouvons attendre, avant d'agir sur l'individu, qu'il soit devenu m&#251;r pour la culture, - bien des individus d'ailleurs ne le deviendraient jamais - puisque nous sommes contraints d'imposer &#224; l'enfant qui grandit un syst&#232;me quelconque de doctrines, lequel restera actif en lui &#224; titre de pr&#233;misses soustraites &#224; la critique, il me para&#238;t que le syst&#232;me religieux est de beaucoup le plus apte &#224; remplir cette fonction, et, bien entendu, justement en raison de sa force consolatrice et r&#233;alisatrice de d&#233;sirs, dans laquelle vous pr&#233;tendez avoir reconnu l'&lt;i&gt;illusion&lt;/i&gt;. En pr&#233;sence des difficult&#233;s qui s'opposent &#224; la connaissance d'une part quelconque de la r&#233;alit&#233;, en face du doute relatif &#224; la possibilit&#233; m&#234;me de toute connaissance, il convient de ne pourtant pas perdre de vue que les besoins des hommes constituent aussi une partie de la r&#233;alit&#233;, voire une tr&#232;s importante, et une partie qui nous touche de particuli&#232;rement pr&#232;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve un autre avantage &#224; la doctrine religieuse dans l'un de ses caract&#232;res qui semble vous choquer tout sp&#233;cialement Elle est susceptible d'une &#233;puration, d'une sublimation id&#233;atives, gr&#226;ce auxquelles elle peut se d&#233;pouiller de presque tout ce qui en elle portait la marque du mode de penser, primitif et infantile. Ce qui alors en demeure est un fond d'id&#233;es auxquelles la science ne contredit plus et que la science ne saurait non plus r&#233;futer.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces transformations de la doctrine religieuse, que vous avez condamn&#233;es comme autant de demi-mesures et de compromis, permettent d'&#233;viter la scission entre les masses incultes et les philosophes et penseurs ; elles comprennent un &#233;l&#233;ment commun aux deux, &#233;l&#233;ment d'une importance capitale pour le maintien de la civilisation. D&#232;s lors, il n'y a plus &#224; craindre que l'homme du peuple vienne &#224; apprendre que, dans les classes sociales sup&#233;rieures, &lt;i&gt;on ne croit plus en Dieu&lt;/i&gt;. Je pense ainsi avoir fait voir que vos efforts se r&#233;duisent &#224; essayer de remplacer une illusion qui a fait ses preuves et qui est d'une valeur affective certaine par une autre illusion, laquelle ne les a pas faites et qui ne poss&#232;de pas cette valeur. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Je ne suis pas inaccessible &#224; votre critique. Je sais combien il est difficile d'&#233;chapper aux illusions ; peut-&#234;tre les esp&#233;rances elles-m&#234;mes, que j'ai avou&#233; nourrir, sont-elles de nature illusoire. Mais je maintiens une distinction : mes illusions - outre qu'aucun ch&#226;timent ne menace qui ne les partage pas - ne sont pas, comme les illusions religieuses impossibles &#224; corriger ; elles ne poss&#232;dent pas un caract&#232;re d&#233;lirant. Si l'exp&#233;rience venait &#224; montrer - non pas &#224; moi, mais apr&#232;s moi &#224; d'autres qui penseraient de m&#234;me - que nous nous sommes tromp&#233;s, alors nous renoncerons &#224; nos esp&#233;rances. Prenez donc ma tentative pour ce qu'elle est : un psychologue, qui ne s'illusionne pas sur les difficult&#233;s qu'il y a &#224; s'accommoder de ce bas monde, s'efforce de porter, sur l'&#233;volution de l'humanit&#233;, un jugement, d'apr&#232;s les quelques clart&#233;s qu'il a acquises en &#233;tudiant les d&#233;marches psychiques accomplies par l'individu au cours de son &#233;volution de l'enfance &#224; l'&#226;ge adulte. A lui s'impose alors l'id&#233;e que la religion est comparable &#224; une n&#233;vrose infantile, et il est assez optimiste pour croire que l'humanit&#233; surmontera cette phase n&#233;vrotique, tout comme tant d'enfants, en grandissant, gu&#233;rissent d'une n&#233;vrose similaire. Ces connaissances, acquises gr&#226;ce &#224; la psychologie individuelle, sont peut-&#234;tre insuffisantes, leur transposition au genre humain est peut-&#234;tre injustifi&#233;e, l'optimisme est peut-&#234;tre ici d&#233;nu&#233; de fondement : je vous accorde que tout cela est incertain. Mais on ne peut souvent pas se retenir de dire ce que l'on pense, et l'on s'en excuse alors, en ne le donnant pas pour plus que cela ne vaut.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points encore m&#233;ritent que je m'y arr&#234;te. En premier lieu, la faiblesse de ma position n'implique aucun renforcement de la v&#244;tre. Je pense que vous d&#233;fendez une cause perdue. Nous aurons beau dire et redire que l'intellect humain est sans force par rapport aux instincts des hommes, et avoir raison ce disant, il y a cependant quelque chose de particulier &#224; cette faiblesse : la voix de l'intellect est basse, mais elle ne s'arr&#234;te point qu'on ne l'ait entendue. Et, apr&#232;s des rebuffades r&#233;p&#233;t&#233;es et innombrables, on finit quand m&#234;me par l'entendre. C'est l&#224; un des rares points sur lesquels on puisse &#234;tre optimiste en ce qui regarde l'avenir de l'humanit&#233;, mais ce point n'est pas de m&#233;diocre importance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de ce point, on peut concevoir encore d'autres esp&#233;rances. Le temps o&#249; sera &#233;tablie la primaut&#233; de l'intelligence est sans doute encore immens&#233;ment &#233;loign&#233; de nous, mais la distance qui nous en s&#233;pare n'est sans doute pas infinie. Et comme la primaut&#233; de l'intelligence poursuivra vraisemblablement les m&#234;mes buts que ceux que votre Dieu doit vous faire atteindre la fraternit&#233; humaine et la diminution de la souffrance, nous sommes en droit de dire que notre antagonisme n'est que temporaire et nullement irr&#233;ductible. Bien entendu, nous les poursuivrons dans les limites humaines et autant que la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure, l'&#913;&#957;&#940;&#947;&#967;&#951; le permettra. Ainsi nous esp&#233;rons une m&#234;me chose, mais vous &#234;tes plus impatients, plus exigeants, et - pourquoi ne pas le dire ? - plus &#233;go&#239;stes que moi et mes pareils. Vous voulez que la f&#233;licit&#233; commence aussit&#244;t apr&#232;s la mort, vous lui demandez de r&#233;aliser l'impossible et vous ne voulez pas renoncer aux pr&#233;tentions qu'&#233;l&#232;ve l'individu. De ces d&#233;sirs, notre Dieu &#923;&#972;&#947;&#959;&#962;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Dieux jumeaux &#923;&#972;&#947;&#959;&#962;-&#913;&#957;&#940;&#947;&#967;&#951;, du hollandais Multatuli.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;alisera ce que la nature ext&#233;rieure permettra, mais seulement peu &#224; peu, dans un avenir impr&#233;visible et pour d'autres enfants des hommes. A nous, qui souffrons gravement de la vie, il ne promet aucun d&#233;dommagement. Sur la voie qui m&#232;ne &#224; ce but &#233;loign&#233;, vos doctrines religieuses devront &#234;tre abandonn&#233;es, et peu importera alors que les premi&#232;res tentatives &#233;chouent ou que les premi&#232;res formations substitutives ne soient pas viables. Vous en connaissez le pourquoi : rien ne peut &#224; la longue r&#233;sister &#224; la raison et &#224; l'exp&#233;rience, et que la religion soit en contradiction avec toutes deux est par trop &#233;vident. Les id&#233;es religieuses purifi&#233;es ne peuvent elles-m&#234;mes se soustraire &#224; ce destin, tant qu'elles cherchent &#224; sauver quelque chose du caract&#232;re consolateur de la religion. Certes, si vous vous bornez &#224; affirmer l'existence d'un &#202;tre sup&#233;rieur, dont les qualit&#233;s sont ind&#233;finissables et les intentions inconnaissables, vous vous mettez hors de port&#233;e des objections de la science, mais alors l'int&#233;r&#234;t des hommes se d&#233;tache de vous.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, je vous prie de noter la diff&#233;rence entre votre attitude et la mienne en face de l'illusion. Vous devez d&#233;fendre de toutes vos forces l'illusion religieuse : si elle vient &#224; &#234;tre discr&#233;dit&#233;e - et elle est vraiment assez menac&#233;e - alors votre univers s'&#233;croule, il ne vous reste qu'&#224; d&#233;sesp&#233;rer de tout, de la civilisation et de l'avenir de l'humanit&#233;. Je suis, nous sommes libres d'un tel servage. &#201;tant pr&#233;par&#233;s &#224; renoncer &#224; une bonne part de nos d&#233;sirs infantiles, nous pouvons supporter que certaines de nos esp&#233;rances se r&#233;v&#232;lent comme &#233;tant des illusions.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation lib&#233;r&#233;e du joug des doctrines religieuses ne changera peut-&#234;tre pas grand-chose &#224; l'essence psychologique de l'homme, notre Dieu le &#923;&#972;&#947;&#959;&#962; n'est peut-&#234;tre pas tr&#232;s puissant et il ne pourra peut-&#234;tre tenir qu'une petite part de ce que ses pr&#233;d&#233;cesseurs ont promis. Si nous devons un jour le reconna&#238;tre, nous le ferons avec r&#233;signation. Nous ne perdrons pas pour cela tout int&#233;r&#234;t pour les choses de l'univers et de la vie, car nous poss&#233;dons un point d'appui solide et qui vous manque. Nous croyons qu'il est au pouvoir du travail scientifique de nous apprendre quelque chose sur la r&#233;alit&#233; de l'univers et que nous augmentons par l&#224; notre puissance et pouvons mieux organiser notre vie. Si cette croyance est une illusion, alors nous sommes dans le m&#234;me cas que vous, mais la science nous a, par de nombreux et importants succ&#232;s, fourni la preuve qu'elle n'est pas une illusion.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science a beaucoup d'ennemis d&#233;clar&#233;s, et encore plus d'ennemis cach&#233;s, parmi ceux qui ne peuvent lui pardonner d'avoir &#244;t&#233; &#224; la foi religieuse sa force et de menacer cette foi d'une ruine totale. On lui reproche de nous avoir appris bien peu et d'avoir laiss&#233; dans l'obscurit&#233; incomparablement davantage. Mais on oublie, en parlant ainsi, l'extr&#234;me jeunesse de la science, la difficult&#233; de ses d&#233;buts, et l'infinie bri&#232;vet&#233; du laps de temps &#233;coul&#233; depuis que l'intellect humain est assez fort pour affronter les t&#226;ches qu'elle lui propose. Ne commettons-nous pas, tous tant que nous sommes, la faute de prendre pour base de nos jugements des laps de temps trop courts ? Nous devrions suivre l'exemple des g&#233;ologues. On se plaint de l'incertitude de la science, on l'accuse de promulguer aujourd'hui une loi que la g&#233;n&#233;ration suivante reconna&#238;t pour une erreur et remplace par une loi nouvelle qui n'aura pas plus longtemps cours. Mais ces accusations sont injustes et en partie fausses. La transformation des opinions scientifiques est &#233;volution, progr&#232;s, et non d&#233;molition. Une loi, que l'on avait d'abord tenue pour universellement valable, se r&#233;v&#232;le comme n'&#233;tant qu'un cas particulier d'une l&#233;galit&#233; plus compr&#233;hensive, ou bien l'on voit que son domaine est born&#233; par une autre loi, que l'on ne d&#233;couvre que plus tard ; une approximation en gros de la v&#233;rit&#233; est remplac&#233;e par une autre, plus soigneusement adapt&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233;, approximation qui devra attendre d'&#234;tre perfectionn&#233;e &#224; son tour. Dans divers domaines, nous n'avons pas encore d&#233;pass&#233; la phase de l'investigation, phase o&#249; l'on essaie diverses hypoth&#232;ses qu'on est bient&#244;t contraint, en tant qu'inad&#233;quates, de rejeter. Mais dans d'autres nous avons d&#233;j&#224; un noyau de connaissances assur&#233;es et presque immuables. On a enfin essay&#233; de discr&#233;diter radicalement la science en disant que, li&#233;e aux conditions m&#234;mes de notre organisation, elle ne peut nous donner que des r&#233;sultats subjectifs, cependant que la vraie nature des choses hors de nous lui demeure inaccessible. On n&#233;glige, ce disant, quelques facteurs qui sont d&#233;cisifs lorsqu'il s'agit de comprendre le travail scientifique. Premi&#232;rement, notre organisation, c'est-&#224;-dire notre appareil psychique, s'est d&#233;velopp&#233;e justement en s'effor&#231;ant d'explorer le monde ext&#233;rieur, et a par suite d&#251; r&#233;aliser dans sa structure un certain degr&#233; d'adaptation. Deuxi&#232;mement, notre appareil psychique est lui-m&#234;me partie constituante de cet univers que nous avons &#224; explorer, et qui se pr&#234;te de fait &#224; notre investigation. Troisi&#232;mement, la t&#226;che de la science est parfaitement circonscrite si nous la limitons &#224; nous faire voir comment le monde doit nous appara&#238;tre en raison du caract&#232;re particulier de notre organisation. Quatri&#232;mement, les r&#233;sultats ultimes de la science, justement en vertu de la fa&#231;on dont ils ont &#233;t&#233; acquis, ne sont pas conditionn&#233;s par notre organisation seule, mais encore par ce qui a agi sur cette organisation. Et finalement, le probl&#232;me de la nature de l'univers consid&#233;r&#233;e ind&#233;pendamment de notre appareil de perception psychique est une abstraction vide, d&#233;nu&#233;e d'int&#233;r&#234;t pratique.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, notre science n'est pas une illusion. Mais ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce qu'elle ne peut nous donner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Dieux jumeaux &#923;&#972;&#947;&#959;&#962;-&#913;&#957;&#940;&#947;&#967;&#951;, du hollandais Multatuli.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'avenir d'une illusion, IX - (La double t&#226;che.)</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-IX-La-double-tache</link>
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		<dc:date>2007-06-17T17:27:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



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&lt;p&gt;IX &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous vous permettez des contradictions difficiles &#224; concilier. Vous commencez par d&#233;clarer qu'un &#233;crit tel que le v&#244;tre est absolument sans danger. Personne ne se laissera ravir sa foi religieuse par des dissertations de cet ordre. Mais comme il entre pourtant dans vos intentions de troubler les gens dans leur foi, ainsi qu'il appara&#238;t plus tard, on est en droit de vous le demander : pourquoi publiez-vous ce livre ? Ailleurs vous avouez cependant qu'il est dangereux, voire tr&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VIII-Substituer-au-fondement-religieux-symbolique-et' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IX&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous vous permettez des contradictions difficiles &#224; concilier. Vous commencez par d&#233;clarer qu'un &#233;crit tel que le v&#244;tre est absolument sans danger. Personne ne se laissera ravir sa foi religieuse par des dissertations de cet ordre. Mais comme il entre pourtant dans vos intentions de troubler les gens dans leur foi, ainsi qu'il appara&#238;t plus tard, on est en droit de vous le demander : pourquoi publiez-vous ce livre ? Ailleurs vous avouez cependant qu'il est dangereux, voire tr&#232;s dangereux, que quelqu'un apprenne qu'on ne croit plus en Dieu. Docile jusque-l&#224; aux lois de la civilisation, il rejettera alors toute ob&#233;issance &#224; ces lois. Toute votre argumentation, quand vous dites qu'il est dangereux pour la civilisation que ces lois soient fond&#233;es sur une motivation religieuse, repose sur l'hypoth&#232;se qu'un croyant peut devenir incroyant : or c'est l&#224; une absolue contradiction.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous tombez dans une autre contradiction lorsque, d'une part, vous convenez que l'homme ne saurait &#234;tre conduit par son intelligence, qu'il est domin&#233; par ses passions et par les exigences de ses instincts, et que, d'autre part, vous remplacez la base affective de son ob&#233;issance &#224; la culture par une base rationnelle. Comprenne qui peut ! Il me semble &#224; moi que c'est l'un ou l'autre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En outre, l'histoire ne vous a-t-elle rien appris ? La tentative de remplacer la religion par la raison a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite, elle fut m&#234;me officielle et de grand style. Vous vous souvenez certes de la R&#233;volution fran&#231;aise et de Robespierre ? Mais aussi du caract&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re et du mis&#233;rable &#233;chec de cette exp&#233;rience. On la refait actuellement en Russie. Nous n'avons pas besoin de nous demander quel en sera le r&#233;sultat. Ne pensez-vous pas qu'il faut l'admettre : l'homme ne peut pas se passer de religion ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous avez dit vous-m&#234;me que la religion est davantage qu'une n&#233;vrose obsessionnelle. Mais vous n'avez pas trait&#233; de cette autre face qu'elle pr&#233;sente. Il vous suffit d'&#233;tablir son analogie avec la n&#233;vrose. Les hommes doivent &#234;tre d&#233;livr&#233;s d'une n&#233;vrose, et vous ne vous souciez pas de ce qui par l&#224; peut &#234;tre en m&#234;me temps perdu pour l'humanit&#233;. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - J'ai sembl&#233; tomber dans des contradictions, sans doute parce que j'ai trop h&#226;tivement trait&#233; d'une mati&#232;re compliqu&#233;e. Nous pouvons en partie y rem&#233;dier. Je persiste &#224; maintenir que d'un certain point de vue cet &#233;crit est tout &#224; fait inoffensif. Aucun croyant ne se laissera troubler dans sa foi par mes arguments ou par des arguments similaires. Un croyant est rattach&#233; par certains liens de tendresse &#224; l'essence de sa religion. Il est certes un grand nombre d'autres gens qui ne sont pas croyants au m&#234;me sens du terme. Ceux-ci ob&#233;issent aux lois de la civilisation parce qu'ils se laissent intimider par les menaces de la religion, et ils craignent la religion aussi longtemps qu'ils pensent qu'elle fait partie de cette r&#233;alit&#233; qui leur impose des limitations. Ce sont eux qui rompent toute entrave d&#232;s qu'ils osent renoncer &#224; la foi en la r&#233;alit&#233; de la religion, mais ce ne sont pas des arguments qui entra&#238;nent chez ces gens-l&#224; ce revirement. Ils cessent de craindre la religion lorsqu'ils s'aper&#231;oivent que d'autres non plus ne la craignent pas, et c'est de cette sorte de gens que j'ai dit qu'ils apprendraient le d&#233;clin de l'influence religieuse, m&#234;me si je ne publiais pas cet &#233;crit.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense que vous-m&#234;me attachez plus d'importance &#224; l'autre contradiction que vous me reprochez. Les hommes sont si peu accessibles &#224; des arguments rationnels, si compl&#232;tement domin&#233;s par leurs d&#233;sirs instinctifs : pourquoi leur enlever un moyen de satisfaire leurs instincts &#224; vouloir le remplacer par des arguments rationnels ? Certes, les hommes sont ainsi faits, mais vous &#234;tes-vous demand&#233; s'il est n&#233;cessaire qu'ils soient tels, si leur nature interne les y oblige ? Un anthropologiste est-il &#224; m&#234;me de donner l'indice c&#233;phalique d'un peuple chez lequel r&#233;gnerait la coutume de d&#233;former par des bandages la t&#234;te des enfants d&#232;s leurs premi&#232;res ann&#233;es ? Pensez au contraste attristant qui existe entre l'intelligence rayonnante d'un enfant bien portant et la faiblesse mentale d'un adulte moyen. Est-il tout &#224; fait impossible que ce soit justement l'&#233;ducation religieuse qui soit en grande partie cause de cette sorte d'&#233;tiolement ? Je crois qu'il faudrait longtemps avant qu'un enfant &#224; qui l'on n'en aurait rien dit commen&#231;&#226;t &#224; s'inqui&#233;ter de Dieu et des choses de l'au-del&#224;. Peut-&#234;tre les id&#233;es qu'il s'en ferait suivraient-elles les m&#234;mes voies que chez ses anc&#234;tres, mais on n'attend pas que s'accomplisse cette &#233;volution, on lui impose les doctrines religieuses &#224; un &#226;ge o&#249; il ne peut leur porter d'int&#233;r&#234;t et o&#249; il n'est pas capable d'en saisir la port&#233;e. Les deux points principaux des programmes p&#233;dagogiques actuels ne sont-ils pas de retarder le d&#233;veloppement sexuel de l'enfant et de le soumettre de bonne heure &#224; l'influence de la religion ? Quand alors l'enfant s'&#233;veille &#224; la pens&#233;e, les doctrines religieuses sont d&#233;j&#224; devenues pour lui inattaquables. Croyez-vous cependant qu'il soit favorable au renforcement de la fonction intellectuelle qu'un domaine d'une telle importance soit interdit &#224; la pens&#233;e de par la menace des peines de l'enfer ? Nous n'avons pas &#224; nous &#233;tonner outre mesure de la faiblesse intellectuelle de quiconque est une fois parvenu &#224; accepter sans critique toutes les absurdit&#233;s que toutes les doctrines religieuses comportent et &#224; fermer les yeux devant les contradiction qu'elles impliquent. Cependant nous n'avons pas d autre moyen de ma&#238;triser nos instincts que notre intelligence. Et comment peut-on s'attendre &#224; ce que des personnes, qui sont sous l'influence de certaines prohibitions de penser, atteignent cet id&#233;al qui devrait &#234;tre r&#233;alis&#233; en psychologie, la primaut&#233; de l'intelligence ? Vous savez par ailleurs qu'on le r&#233;p&#232;te volontiers : les femmes en g&#233;n&#233;ral auraient une faiblesse d'esprit d'ordre &#171; physiologique &#187;, c'est-&#224;-dire une intelligence moindre que celle de l'homme. Le fait en lui-m&#234;me est discutable, son interpr&#233;tation douteuse ; cependant on pourrait dire, en faveur de la nature secondaire de cet &#233;tiolement intellectuel, que les femmes continuent &#224; souffrir de l'interdiction rude et pr&#233;coce de porter leur esprit sur les probl&#232;mes qui les auraient le plus int&#233;ress&#233;es : ceux de la vie sexuelle. Tant que l'homme, au cours de ses premi&#232;res ann&#233;es, restera, en dehors de l'inhibition mentale li&#233;e &#224; la sexualit&#233;, encore sous l'influence de l'inhibition mentale religieuse et de celle qui en d&#233;rive : l'inhibition mentale &#171; loyaliste &#187; envers les parents et les &#233;ducateurs, nous ne pouvons vraiment pas dire quel il est en r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En France, o&#249;, depuis d&#233;j&#224; plusieurs d&#233;cennies, l'&#233;cole &#171; la&#239;que &#187; est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je temp&#233;rerai mon z&#232;le et j'admettrai que peut-&#234;tre moi-m&#234;me je poursuis une illusion. Peut-&#234;tre l'effet de l'interdiction religieuse de penser n'est-il pas si grave que je le crois. Peut-&#234;tre la nature humaine se trouvera-t-elle rester telle quelle quand bien m&#234;me on ne m&#233;suserait plus de l'&#233;ducation pour soumettre les enfants au joug religieux. Je n'en sais rien et vous ne pouvez pas non plus le savoir. Non seulement les grands probl&#232;mes de la vie semblent de nos jours insolubles, mais encore des questions bien moindres sont difficiles &#224; trancher. Cependant, vous avouerez avec moi qu'on est en droit de nourrir une grande esp&#233;rance en ce qui regarde l'avenir ; peut-&#234;tre reste-t-il &#224; d&#233;couvrir un tr&#233;sor qui enrichirait notre civilisation, et l'essai d'une &#233;ducation non religieuse vaut d'&#234;tre tent&#233;. Si la tentative &#233;choue, je serai pr&#234;t &#224; abandonner toute r&#233;forme et &#224; en revenir au jugement ant&#233;rieur, d'ordre purement descriptif : l'homme est une cr&#233;ature d'intelligence faible, que dominent ses instincts.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre point je suis enti&#232;rement d'accord avec vous. Il serait certes absurde de vouloir commencer par supprimer la religion par la violence et d'un seul coup. L'entreprise serait avant tout sans espoir. Le croyant ne se laisse arracher sa foi ni par des arguments ni par des interdictions. Et y r&#233;ussit-on avec quelques-uns que ce serait une cruaut&#233;. Une personne qui, pendant des d&#233;cennies, a pris des narcotiques ne peut naturellement plus dormir si l'on vient &#224; l'en priver. L'effet des consolations que la religion apporte &#224; l'homme peut &#234;tre mis en parall&#232;le avec celui des narcotiques : ce qui se passe actuellement en Am&#233;rique l'illustre fort joliment. On veut l&#224;-bas priver les humains - &#233;videmment sous l'influence du r&#232;gne des femmes - de tout excitant, de toute boisson enivrante, et on les gave en &#233;change avec de la pi&#233;t&#233;. Voil&#224; encore une exp&#233;rience dont le r&#233;sultat ne saurait &#234;tre douteux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi je suis en contradiction avec vous lorsque, poursuivant vos d&#233;ductions, vous dites que l'homme ne saurait absolument pas se passer de la consolation que lui apporte l'illusion religieuse, que, sans elle, il ne supporterait pas le poids de la vie, la r&#233;alit&#233; cruelle. Oui, cela est vrai de l'homme &#224; qui vous avez instill&#233; d&#232;s l'enfance le doux - ou doux et amer - poison. Mais de l'autre, qui a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; dans la sobri&#233;t&#233; ? Peut-&#234;tre celui qui ne souffre d'aucune n&#233;vrose n'a-t-il pas besoin d'ivresse pour &#233;tourdir celle-ci. Sans aucun doute l'homme alors se trouvera dans une situation difficile ; il sera contraint de s'avouer toute sa d&#233;tresse, sa petitesse dans l'ensemble de l'univers ; il ne sera plus le centre de la cr&#233;ation, l'objet des tendres soins d'une Providence b&#233;n&#233;vole. Il se trouvera dans la m&#234;me situation qu'un enfant qui a quitt&#233; la maison paternelle, o&#249; il se sentait si bien et o&#249; il avait chaud. Mais le stade de l'infantilisme n'est-il pas destin&#233; &#224; &#234;tre d&#233;pass&#233; ? L'homme ne peut pas &#233;ternellement demeurer un enfant, il lui faut enfin s'aventurer dans l'univers hostile. On peut appeler cela &#171; l'&#233;ducation en vue de la r&#233;alit&#233; &#187; ; ai-je besoin de vous dire que mon unique dessein, en &#233;crivant cette &#233;tude, est d'attirer l'attention sur la n&#233;cessit&#233; qui s'impose de r&#233;aliser ce progr&#232;s ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous craignez sans doute que l'homme ne supporte pas cette rude &#233;preuve ? Cependant, esp&#233;rons toujours. C'est d&#233;j&#224; quelque chose que de se savoir r&#233;duit &#224; ses propres forces On apprend alors &#224; s'en servir comme il convient. L'homme n'est pas d&#233;nu&#233; de toute ressource ; depuis le temps du d&#233;luge, sa science lui a beaucoup appris et accro&#238;tra encore davantage sa puissance. Et en ce qui touche aux grandes n&#233;cessit&#233;s que comporte le destin, n&#233;cessit&#233;s auxquelles il n'est pas de rem&#232;de, l'homme apprendra &#224; les subir avec r&#233;signation. Que lui importe l'illusion de poss&#233;der de grandes propri&#233;t&#233;s dans la Lune, propri&#233;t&#233;s dont personne encore n'a vu les revenus ? Petit cultivateur ici-bas, il saura cultiver son arpent de terre de telle sorte que celui-ci le nourrira. Ainsi, en retirant de l'au-del&#224;, ses esp&#233;rances ou en concentrant sur la vie terrestre tontes ses &#233;nergies lib&#233;r&#233;es, l'homme parviendra sans doute &#224; rendre la vie supportable &#224; tous et la civilisation n'&#233;crasera plus personne. Alors il pourra, sans regrets, dire avec l'un de nos confr&#232;res en incr&#233;dulit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous abandonnons le ciel&lt;br /&gt;
Aux anges et aux moineaux &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Den Himmel &#252;berlassen wir Den Engeln und den Spatzen. Heine, Deutschland, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-X-Conclusion' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En France, o&#249;, depuis d&#233;j&#224; plusieurs d&#233;cennies, l'&#233;cole &#171; la&#239;que &#187; est institution d'&#201;tat, il semblera peut-&#234;tre que la place attribu&#233;e ici &#224; l'&#233;ducation religieuse soit plus grande que celle qu'elle occupe en r&#233;alit&#233; de nos jours. Certains diront : &#171; Mais il y a longtemps que nous, nous avons port&#233; rem&#232;de &#224; cela. &#187; On oubliera, ce disant, qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;cole il y a la famille et que les m&#232;res, dans les diverses classes sociales, sont souvent demeur&#233;es religieuses, m&#234;me quand les p&#232;res ne le sont plus. Et dans les familles plus ais&#233;es, alors m&#234;me que la m&#232;re est libre-penseuse, la bonne d'enfants prend souvent soin, en dehors des parents, d'assurer l'&#233;ducation religieuse pr&#233;coce de l'enfant. On ne saurait donc dire que la France elle-m&#234;me, malgr&#233; son avance &#224; cet &#233;gard sur les autres nations, ait encore vraiment pu faire l'exp&#233;rience int&#233;grale de l'&#233;ducation non religieuse. (N. de la Trad.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Den Himmel &#252;berlassen wir&lt;br class='autobr' /&gt;
Den Engeln und den Spatzen&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Heine, &lt;i&gt;Deutschland&lt;/i&gt;, chap. Ier : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous voulons d&#232;s cette terre&lt;br /&gt;
&#201;difier l'empire des cieux.&lt;br /&gt;
..............................&lt;br /&gt;
Il pousse ici bas assez de pain&lt;br /&gt;
Pour tous les petits de l'homme,&lt;br /&gt;
...............................&lt;br /&gt;
Et de petits pois sucr&#233;s,&lt;br /&gt;
Oui, des petits pois sucr&#233;s pour tout un chacun,&lt;br /&gt;
D&#232;s que les cosses &#233;clateront.&lt;br /&gt;
Le ciel, nous le laissons&lt;br /&gt;
Aux anges et aux moineaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'avenir d'une illusion, VIII - (Substituer au fondement religieux - symbolique et imaginaire - de la contrainte son fondement rationnel.)</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VIII-Substituer-au-fondement-religieux-symbolique-et</link>
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		<dc:date>2007-06-17T17:22:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;VIII &lt;br class='autobr' /&gt; On pourrait s'attendre &#224; ce que l'ex&#233;cution de ce dernier projet ne rencontr&#226;t pas de difficult&#233;s particuli&#232;res. Il est vrai que l'on renoncerait par l&#224; &#224; quelque chose, mais on gagnerait peut-&#234;tre davantage que l'on ne perdrait, et l'on &#233;viterait un grand danger. Mais l'on prend peur, tout comme si la civilisation, par de pareilles mesures, allait &#234;tre expos&#233;e &#224; un plus grand p&#233;ril encore. Quand saint Boniface abattait l'arbre sacr&#233; des Saxons, ceux qui &#233;taient pr&#233;sents (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VII-Religion-et-ordre-social' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'attendre &#224; ce que l'ex&#233;cution de ce dernier projet ne rencontr&#226;t pas de difficult&#233;s particuli&#232;res. Il est vrai que l'on renoncerait par l&#224; &#224; quelque chose, mais on gagnerait peut-&#234;tre davantage que l'on ne perdrait, et l'on &#233;viterait un grand danger. Mais l'on prend peur, tout comme si la civilisation, par de pareilles mesures, allait &#234;tre expos&#233;e &#224; un plus grand p&#233;ril encore. Quand saint Boniface abattait l'arbre sacr&#233; des Saxons, ceux qui &#233;taient pr&#233;sents s'attendaient &#224; quelque &#233;v&#233;nement terrible qui vengerait le forfait. Rien n'arriva, et les Saxons furent baptis&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est manifestement dans l'int&#233;r&#234;t de la vie en commun des hommes - sans cela impossible - que la civilisation institua la d&#233;fense de tuer son prochain quand on le hait, quand il nous g&#234;ne ou lorsqu'on convoite ses biens. Car le meurtrier attirerait sur lui-m&#234;me la vengeance des proches de sa victime et l'envie sourde des autres, qui sentent en eux-m&#234;mes tout autant d'inclination interne &#224; un tel acte de violence. Il ne pourrait par cons&#233;quent pas jouir longtemps de sa vengeance ou de son butin, mais aurait toutes les chances d'&#234;tre lui-m&#234;me bient&#244;t assassin&#233;. Parviendrait-il &#224; se prot&#233;ger, gr&#226;ce &#224; une force et une prudence extraordinaires, contre un adversaire isol&#233;, il succomberait &#224; une conjuration d'adversaires m&#234;me moins forts. Si pareille conjuration ne se produisait pas, le meurtre succ&#233;derait sans fin au meurtre et, &#224; la fin, les hommes s'extermineraient r&#233;ciproquement. Il y aurait entre individus le m&#234;me &#233;tat de choses que celui qui existe encore en Corse entre familles, mais ne survit plus ailleurs qu'entre nations. L'absence de s&#233;curit&#233;, un &#233;gal danger pour la vie de tous r&#233;unit alors les hommes en une soci&#233;t&#233; qui d&#233;fend &#224; l'individu de tuer, mais se r&#233;serve le droit, au nom de cette m&#234;me soci&#233;t&#233;, de tuer celui qui enfreint cette d&#233;fense. C'est alors la justice et la peine.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous ne faisons pas conna&#238;tre aux autres cette base rationnelle de l'interdiction de tuer : nous leur assurons que c'est Dieu qui l'a d&#233;cr&#233;t&#233;e. Nous nous permettons de deviner ses intentions et nous trouvons que lui non plus ne veut pas que les hommes r&#233;ciproquement s'exterminent. Ce faisant, nous rev&#234;tons l'interdiction culturelle d'une solennit&#233; toute particuli&#232;re, mais nous risquons aussi de faire d&#233;pendre son observance de la croyance en Dieu. Si nous annulons cette d&#233;marche, si nous n'attribuons plus &#224; Dieu notre propre vouloir et nous contentons de fonder sur des mobiles sociaux l'interdiction culturelle, nous avons certes renonc&#233; par l&#224; &#224; sa nature sacr&#233;e, mais nous l'avons soustraite &#224; un p&#233;ril. Cependant, il y a l&#224; encore un autre avantage. Par une sorte de diffusion, d'infection, le caract&#232;re du sacr&#233;, de l'inviolable, de l'au-del&#224;, pourrait-on dire, s'est &#233;tendu de quelques rares interdictions importantes &#224; toutes les autres institutions, lois et ordonnances culturelles. Et l'aur&#233;ole ne sied souvent pas &#224; celles-ci ; non seulement elles s'annulent r&#233;ciproquement l'une l'autre en &#233;dictant des mesures contradictoires suivant les temps et les lieux, mais elles portent encore toutes les marques de l'imperfection humaine. On peut ais&#233;ment distinguer parmi elles ce qui est engendr&#233; par des craintes &#224; courte vue, ce qui est l'expression d'int&#233;r&#234;ts mesquins et ce qui r&#233;sulte de pr&#233;misses inad&#233;quates. La critique &#224; laquelle on est oblig&#233; de les soumettre diminue dans des proportions regrettables le respect d&#251; &#224; d'autres exigences culturelles mieux justifi&#233;es. Comme c'est une t&#226;che d&#233;licate que de d&#233;partager ce que Dieu lui-m&#234;me a ordonn&#233; et ce qui &#233;mane de l'autorit&#233; d'un parlement tout-puissant ou d'un magistrat supr&#234;me, il y aurait un indubitable avantage &#224; laisser Dieu tout &#224; fait en dehors de la question et &#224; avouer honn&#234;tement l'origine purement humaine de toutes les institutions et prescriptions de la culture. En m&#234;me temps que tomberait leur pr&#233;tention &#224; une origine sacr&#233;e, cesserait aussi la rigidit&#233; et 1'immutabilit&#233; de ces lois et ordonnances. Les hommes seraient mis &#224; m&#234;me de comprendre que celles-ci ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es bien moins pour les ma&#238;triser que dans leur propre int&#233;r&#234;t, ils auraient envers elles une attitude plus amicale, et au lieu de viser &#224; les abolir, ils viseraient .seulement &#224; les am&#233;liorer. Ce serait l&#224; un progr&#232;s important dans la voie qui conduit les hommes &#224; se r&#233;concilier avec la pression qu'exerce sur eux la civilisation.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre plaidoyer en faveur de la base purement rationnelle des prescriptions culturelles, c'est-&#224;-dire de leur r&#233;duction &#224; la n&#233;cessit&#233; sociale, est ici soudain troubl&#233; par un doute. Nous avons choisi comme exemple l'origine de l'interdiction du meurtre. L'expos&#233; que nous en avons fait correspond-il &#224; la v&#233;rit&#233; historique ? Nous craignons que non, notre expos&#233; semble n'&#234;tre qu'une construction rationaliste. A l'aide de la psychanalyse nous avons justement &#233;tudi&#233; ce point de l'histoire de la civilisation, et &#224; la lumi&#232;re de cette &#233;tude nous nous voyons contraints de dire qu'en r&#233;alit&#233; les choses se pass&#232;rent autrement. Des mobiles purement rationnels sont de peu de poids, encore chez l'homme actuel, contre les impulsions passionnelles. Combien devaient-ils peser peu chez la b&#234;te humaine des temps primitifs ! Peut-&#234;tre les descendants de celle-ci s'extermineraient-ils encore r&#233;ciproquement sans entraves, si, parmi tous ces meurtres, il n'y en avait pas eu un - le meurtre du p&#232;re primitif - qui avait &#233;voqu&#233; une r&#233;action &#233;motive irr&#233;sistible et lourde de cons&#233;quences. Cette r&#233;action engendra le commandement : tu ne tueras point, qui, dans le tot&#233;misme, se limitait &#224; l'animal substitut du p&#232;re, plus tard s'&#233;tendit &#224; autrui, et de nos jours n'est pas encore suivi sans souffrir d'exceptions.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d'apr&#232;s des d&#233;ductions que je n'ai pas a refaire ici, ce p&#232;re primitif fut le prototype de Dieu, le mod&#232;le d'apr&#232;s lequel les g&#233;n&#233;rations ult&#233;rieures ont form&#233; la figure divine. L'explication religieuse a raison jusque-l&#224; : Dieu prit une part r&#233;elle &#224; la gen&#232;se de cette interdiction ; c'est son. intervention, et non pas l'intelligence des n&#233;cessit&#233;s sociales, qui l'a engendr&#233;e. Et le fait d'attribuer &#224; Dieu le vouloir humain est pleinement justifi&#233;, les hommes en effet le savaient : ils s'&#233;taient d&#233;barrass&#233;s du p&#232;re par la violence, et, en pleine r&#233;action contre leur acte criminel, ils d&#233;cid&#232;rent de respecter dor&#233;navant sa volont&#233;. Ainsi la doctrine religieuse nous dit la v&#233;rit&#233; historique, bien que sous une forme transform&#233;e et d&#233;guis&#233;e ; notre expos&#233; rationnel au contraire la d&#233;ment.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le voyons &#224; pr&#233;sent : le patrimoine des id&#233;es religieuses comprend, non seulement des r&#233;alisations de d&#233;sirs, mais encore d'importantes r&#233;miniscences historiques. Quel immense, quel incomparable pouvoir cette collaboration du pass&#233; avec l'avenir ne doit-elle pas conf&#233;rer &#224; la religion ! Mais gr&#226;ce &#224; une analogie qui nous vient &#224; l'esprit nous allons peut-&#234;tre d&#233;j&#224; voir poindre un nouveau jour &#233;clairant ces mati&#232;res. Il n'est pas bon de transplanter des concepts dans un sol &#233;loign&#233; de celui o&#249; ils ont grandi, mais il nous faut ici faire voir en quoi consiste cette concordance. Nous savons que l'enfant humain ne peut pas accomplir son &#233;volution vers la civilisation sans passer par une phase plus ou moins accentu&#233;e de n&#233;vrose. Ceci provient du fait que l'enfant est incapable de r&#233;primer par un travail mental rationnel un aussi grand nombre d'impulsions instinctives que celles qu'il poss&#232;de, impulsions dont plus tard, en tant que civilis&#233;, il n'aurait que faire, et il doit par suite en venir &#224; bout par des actes de refoulement, derri&#232;re lesquels d'ordinaire se cache un mobile de peur. La plupart de ces n&#233;vroses infantiles disparaissent spontan&#233;ment quand l'enfant grandit ; tel est particuli&#232;rement le cas des n&#233;vroses obsessionnelles de l'enfance. On pourrait de m&#234;me admettre que l'humanit&#233; dans son ensemble passe, au cours de son &#233;volution, par des &#233;tats analogues aux n&#233;vroses (et ceci pour les m&#234;mes raisons). Aux &#233;poques d'ignorance et de faiblesse intellectuelle qu'elle a d'abord travers&#233;es, l'humanit&#233; ne pouvait r&#233;aliser les renoncements aux instincts indispensables &#224; la vie en commun des hommes qu'en vertu de forces purement affectives. Et le r&#233;sidu de ces d&#233;marches, analogues au refoulement, qui eurent lieu aux temps pr&#233;historiques, subsistent longtemps en tant que partie int&#233;grante de la civilisation. La religion serait la n&#233;vrose obsessionnelle universelle de l'humanit&#233; ; comme celle de l'enfant, elle d&#233;rive du complexe d'&#338;dipe, des rapports de l'enfant au p&#232;re. D'apr&#232;s ces conceptions, on peut pr&#233;voir que l'abandon de la religion aura lieu avec la fatale inexorabilit&#233; d'un processus de croissance et que nous nous trouvons &#224; l'heure pr&#233;sente justement dans cette phase de .l'&#233;volution.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi notre attitude envers ce ph&#233;nom&#232;ne devrait-elle se modeler sur celle d'un &#233;ducateur compr&#233;hensif, qui ne s'oppose pas au d&#233;veloppement nouveau en pr&#233;sence duquel il se trouve, mais cherche au contraire &#224; le favoriser et s'efforce simplement de temp&#233;rer la violence avec laquelle il se fait place. Cette analogie n'&#233;puise d'ailleurs pas l'essence de la religion. Si d'une part la religion comporte des entraves d'ordre compulsionnel, telles que seule la n&#233;vrose obsessionnelle de l'individu en pr&#233;sente, d'autre part elle implique un syst&#232;me d'illusions cr&#233;&#233;es par le d&#233;sir, avec n&#233;gation de la r&#233;alit&#233;, syst&#232;me tel qu'on le retrouve, &#224; l'&#233;tat isol&#233;, seulement dans la psychose hallucinatoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le texte allemand, suivant la nomenclature psychiatrique allemande : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui est un &#233;tat de confusion mentale bienheureux. Ce ne sont certes l&#224; que des comparaisons, comparaisons gr&#226;ce auxquelles nous nous effor&#231;ons de comprendre le ph&#233;nom&#232;ne social ; la pathologie individuelle ne nous fournit pas de pendant exact.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a souvent fait observer (voir &#224; ce sujet mes travaux et sp&#233;cialement ceux de Th. Reik) : l'analogie entre la religion et la n&#233;vrose obsessionnelle se retrouve jusque dans les d&#233;tails, et bien des particularit&#233;s et des vicissitudes de la formation des religions ne s'&#233;clairent qu'au jour de cette analogie. En harmonie avec tout ceci est ce fait que le vrai croyant se trouve &#224; un haut degr&#233; &#224; l'abri du danger de certaines affections n&#233;vrotiques ; l'acceptation de la n&#233;vrose universelle le dispense de la t&#226;che de se cr&#233;er une n&#233;vrose personnelle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance de la valeur historique qu'ont certaines doctrines religieuses augmente le respect que nous leur accordons, mais n'enl&#232;ve pas sa valeur &#224; notre proposition de les exclure de la motivation des prescriptions culturelles. Tout au contraire ! Ces r&#233;sidus historiques nous ont permis de concevoir, pour ainsi dire, les dogmes religieux comme des survivances n&#233;vrotiques et nous sommes maintenant autoris&#233;s &#224; dire que sans doute a. sonn&#233; l'heure de remplacer - ainsi que dans le traitement analytique des n&#233;vros&#233;s - les cons&#233;quences du refoulement par les r&#233;sultats du travail mental rationnel. On peut pr&#233;voir que ce remaniement des prescriptions culturelles ne s'arr&#234;tera pas au renoncement &#224; leur caract&#232;re solennel et sacr&#233;, mais qu'une r&#233;vision g&#233;n&#233;rale de ces prescriptions impliquera la suppression de beaucoup d'entre elles. On ne peut gu&#232;re le regretter. Le probl&#232;me qui nous est pos&#233;, et qui est de r&#233;concilier les hommes avec la civilisation, sera par l&#224; r&#233;solu dans une tr&#232;s large part. Quant au fait que nous renoncions, en acceptant la motivation rationnelle des prescriptions culturelles, &#224; la v&#233;rit&#233; historique, il ne faut pas le regretter. Les v&#233;rit&#233;s que les doctrines religieuses contiennent sont tellement d&#233;form&#233;es et syst&#233;matiquement d&#233;guis&#233;es que l'ensemble des hommes n'y saurait reconna&#238;tre la v&#233;rit&#233;. Le cas est analogue &#224; celui qui se pr&#233;sente lorsque nous racontons &#224; un enfant que la cigogne apporte les nouveau-n&#233;s. Ici encore nous disons la v&#233;rit&#233; sous un d&#233;guisement symbolique, car nous savons ce que signifie le grand oiseau. Mais l'enfant ne le sait pas, il n'entend que la d&#233;formation de la v&#233;rit&#233;, il se consid&#232;re comme tromp&#233;, et nous savons combien souvent la m&#233;fiance qu'il a des grandes personnes et un caract&#232;re r&#233;calcitrant (esprit de contradiction ?) d&#233;rivent de cette impression. Nous sommes arriv&#233;s &#224; la conviction qu'il vaut mieux s'abstenir de semblables d&#233;guisements symboliques de la v&#233;rit&#233; ; et ne pas refuser &#224;1'enfant la connaissance de l'&#233;tat r&#233;el des choses, mise &#224; la port&#233;e de son degr&#233; de d&#233;veloppement intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
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&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-IX-La-double-tache' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le texte allemand, suivant la nomenclature psychiatrique allemande : &lt;i&gt;Amentia&lt;/i&gt;. (N. de la Trad.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'avenir d'une illusion, VII - (Religion et ordre social)</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VII-Religion-et-ordre-social</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;VII &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que nous avons reconnu pour des illusions les doctrines religieuses, une nouvelle question se pose : d'autres biens culturels, que nous estimons tr&#232;s haut et par lesquels nous laissons dominer notre vie, ne seraient-ils pas de nature semblable ? Les principes qui r&#232;glent nos institutions politiques ne devraient-ils pas de m&#234;me &#234;tre qualifi&#233;s d'illusions ? Les rapports entre les sexes, au sein de notre civilisation, ne sont-ils pas troubl&#233;s par une illusion &#233;rotique ou par une s&#233;rie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VI-La-force-interne-des-idees-religieuses-l-illusion' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que nous avons reconnu pour des illusions les doctrines religieuses, une nouvelle question se pose : d'autres biens culturels, que nous estimons tr&#232;s haut et par lesquels nous laissons dominer notre vie, ne seraient-ils pas de nature semblable ? Les principes qui r&#232;glent nos institutions politiques ne devraient-ils pas de m&#234;me &#234;tre qualifi&#233;s d'illusions ? Les rapports entre les sexes, au sein de notre civilisation, ne sont-ils pas troubl&#233;s par une illusion &#233;rotique ou par une s&#233;rie d'illusions &#233;rotiques ? Notre suspicion une fois mise en &#233;veil, nous n'h&#233;siterons m&#234;me pas &#224; nous le demander : notre conviction de pouvoir d&#233;couvrir quelque chose de la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure en nous servant de l'observation et de la r&#233;flexion et des m&#233;thodes scientifiques a-t-elle quelque fondement ? Rien ne doit nous retenir d'appliquer l'observation &#224; notre propre nature ni d'employer la pens&#233;e &#224; sa propre critique. Ici une s&#233;rie d'investigations s'offre &#224; nous, dont le r&#233;sultat d&#233;cisif pour &#233;difier une &#171; conception de l'univers &#187; &lt;i&gt;(Weltanschauung)&lt;/i&gt;. Nous pressentons de plus que notre peine ne serait pas perdue et qu'elle nous apporterait une justification moins partielle de ce que nous soup&#231;onnons. Mais l'auteur de ces pages ne se sent pas les moyens d'entreprendre une aussi vaste t&#226;che, il se voit n&#233;cessairement contraint de limiter son travail &#224; l'&#233;tude d'une seule de ces illusions : l'illusion religieuse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant notre adversaire, &#233;levant la voix, nous crie halte. Nous sommes invit&#233;s &#224; rendre compte de notre action r&#233;pr&#233;hensible : &#171; L'int&#233;r&#234;t pour l'arch&#233;ologie est certes des plus louables. Mais on n'entreprend pas de fouilles quand par ces fouilles on sape les habitations des vivants, de telle sorte qu'elles s'effondrent, et ensevelissent les hommes sous leurs d&#233;bris. Les doctrines religieuses ne sont pas un sujet &#224; propos de n'importe quel autre. C'est sur elles qu'est &#233;difi&#233;e notre civilisation, le maintien de la soci&#233;t&#233; humaine a pour pr&#233;misses que la majorit&#233; des hommes croient &#224; ces doctrines. Si l'on vient &#224; apprendre aux hommes qu'il n'y a pas de Dieu tr&#232;s juste et tout-puissant, pas d'ordre divin de l'univers et pas de vie future, alors ils se sentiront exempts de toute obligation de suivre les lois de la civilisation. Sans inhibitions, lib&#233;r&#233; de toute crainte, chacun s'abandonnera &#224;. ses instincts asociaux, &#233;go&#239;stes, et cherchera &#224; &#233;tablir son pouvoir. Le chaos, que nous avons banni par un travail civilisateur mill&#233;naire, recommencera. M&#234;me si l'on savait et pouvait prouver que la religion n'est pas en possession de la v&#233;rit&#233;, il faudrait le taire et se conduire comme le demande la philosophie du &#171; Comme Si &#187;. Ceci dans l'int&#233;r&#234;t de la pr&#233;servation de tous ! Et, en outre du danger que comporte l'entreprise, elle constituerait encore une cruaut&#233; gratuite. D'innombrables humains trouvent dans les doctrines de la religion leur consolation unique, ne peuvent supporter la vie que gr&#226;ce &#224; ce secours. Et on voudrait leur retirer cet appui sans avoir rien de meilleur &#224; leur offrir en &#233;change. On en a convenu : la science, jusqu'&#224; ce jour, n'a pas accompli grand-chose, mais e&#251;t-elle m&#234;me progress&#233; beaucoup plus loin, elle ne suffirait pas aux hommes. L'homme a encore d'autres besoins imp&#233;rieux que jamais la science froide ne saura apaiser, et il est vraiment singulier - &#224; parler franc c'est le comble de l'incons&#233;quence -, de voir un psychologue, qui a toujours soulign&#233; combien dans la vie de l'homme l'intelligence reste au second plan par rapport &#224; la vie instinctive, de voir, dis-je, ce psychologue s'efforcer d'enlever aux hommes une pr&#233;cieuse satisfaction de leurs d&#233;sirs et chercher &#224; les en d&#233;dommager par une pitance intellectuelle. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Que d'accusations &#224; la fois ! Cependant je suis pr&#234;t &#224; r&#233;pondre &#224; toutes, et de plus &#224; d&#233;fendre cette assertion que la civilisation courrait un plus grand danger en maintenant son attitude actuelle envers la religion qu'en y renon&#231;ant. Mais je ne sais, pour r&#233;pondre, par o&#249; commencer.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre commencerai-je par assurer que je consid&#232;re moi-m&#234;me mon entreprise comme absolument inoffensive et sans p&#233;ril. Cette fois-ci la surestimation de l'intellect n'est pas de mon c&#244;t&#233;. Si les hommes sont vraiment tels que mes adversaires les d&#233;crivent - et je ne saurais y contredire - il n'y a aucun danger qu'un d&#233;vot, accabl&#233; par mes arguments, se laisse arracher sa foi. En outre, n'ai-je rien dit que d'autres hommes, plus autoris&#233;s que moi, n'aient dit avant moi, et de fa&#231;on plus compl&#232;te, plus forte et plus &#233;loquente. Les noms de ces hommes sont connus de tous ; je ne les citerai pas, je ne voudrais pas avoir l'air de me consid&#233;rer comme l'un d'eux. Je me suis born&#233; - ceci est la seule partie nouvelle de mon expos&#233; - &#224; ajouter &#224; la critique de mes grands pr&#233;d&#233;cesseurs quelques bases psychologiques. On ne saurait s'attendre &#224; ce que cette seule addition accomplisse ce que ne purent r&#233;aliser les tentatives ant&#233;rieures. Certes, on pourrait me demander ici pourquoi j'&#233;cris des choses dont l'inefficacit&#233; me semble assur&#233;e. Mais nous reviendrons l&#224;-dessus plus tard.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul &#224; qui cette publication puisse nuire, c'est moi-m&#234;me. Je m'appr&#234;te &#224; entendre les reproches les plus d&#233;sagr&#233;ables, on va m'accuser d'&#234;tre superficiel, d'avoir l'esprit born&#233;, de manquer d'id&#233;alisme et de la compr&#233;hension des int&#233;r&#234;ts les plus &#233;lev&#233;s de l'humanit&#233;. Mais d'une part ces repr&#233;sentations ne sont pas nouvelles pour moi ; de l'autre, quand on s'est plac&#233;, d&#232;s son jeune &#226;ge, au-dessus de la d&#233;sapprobation de ses contemporains, en quoi cette d&#233;sapprobation peut-elle importer, lorsqu'on est devenu un vieillard, et qu'on est certain d'&#234;tre bient&#244;t soustrait aux effets de la faveur ou de la d&#233;faveur des hommes ? Il en &#233;tait autrement aux si&#232;cles pass&#233;s : alors de telles all&#233;gations vous assuraient l'&#233;courtement de l'existence et vous fournissaient une occasion toute proche de faire des observations personnelles sur la vie future. Mais je le r&#233;p&#232;te, ces temps sont pass&#233;s, et de nos jours de tels &#233;crits restent sans danger pour leur auteur. Tout au plus peut-il advenir qu'il soit interdit de traduire et de r&#233;pandre son livre dans tel ou tel pays. Bien entendu cela arrivera justement dans les pays qui ne doutent pas du niveau &#233;lev&#233; de leur culture. Cependant, quand on s'est pr&#233;cis&#233;ment fait l'avocat du renoncement aux d&#233;sirs et de l'acquiescement &#224; la destin&#233;e, il faut savoir encore souffrir ce dommage.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je me posai alors la question : la publication de cette &#233;tude ne pourrait-elle cependant nuire &#224; quelqu'un ? Non pas &#224; une personne, mais &#224; une cause : la cause de la psychanalyse. On ne saurait nier que celle-ci ne soit ma cr&#233;ation, et elle a amplement suscit&#233; m&#233;fiance et mauvaise volont&#233; : si &#224; pr&#233;sent j'avance des propositions aussi d&#233;plaisantes, les gens ne seront que trop aptes &#224; d&#233;placer leurs sentiments de ma personne &#224; la psychanalyse. On peut voir &#224; pr&#233;sent, dira-t-on, o&#249; conduit la psychanalyse. Le masque est tomb&#233; : elle conduit &#224; nier Dieu et tout id&#233;al moral, ainsi que nous nous en &#233;tions toujours dout&#233;s. Afin de nous emp&#234;cher de nous en apercevoir, on nous avait fait croire que la psychanalyse n'&#233;tait pas une &#171; conception de l'univers &#187; et ne pourrait jamais en devenir une.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce vacarme me sera vraiment d&#233;sagr&#233;able &#224; cause de mes nombreux collaborateurs, parmi lesquels un certain nombre ne partage en rien mon attitude envers le probl&#232;me religieux. Mais la psychanalyse a d&#233;j&#224; brav&#233; bien des orages, et doit s'exposer &#224; celui-ci encore.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse est en r&#233;alit&#233; une m&#233;thode d'investigation, un instrument impartial, semblable, pour ainsi dire, au calcul infinit&#233;simal. Si, gr&#226;ce &#224; celui-ci, un physicien venait &#224; d&#233;couvrir que la terre, apr&#232;s un temps donn&#233;, allait &#234;tre an&#233;antie, on h&#233;siterait cependant &#224; attribuer au calcul lui-m&#234;me des tendances destructives et, en cons&#233;quence, &#224; le proscrire. Rien de ce que j &#8216;ai dit ici contre la valeur r&#233;elle de la religion n'avait besoin de la psychanalyse ; tout cela avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit par d'autres bien avant qu'il n'y eut de psychanalyse. Peut-on, en appliquant les m&#233;thodes psychanalytiques, acqu&#233;rir un argument nouveau contre la v&#233;racit&#233; de la religion, &lt;i&gt;tant pis &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces deux mots sont en fran&#231;ais dans le texte. (N. de la Trad.)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour la religion ; cependant les d&#233;fenseurs de la religion .auront un droit &#233;gal &#224; se servir de la psychanalyse pour appr&#233;cier &#224; sa valeur l'importance affective de la doctrine religieuse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je poursuivrai mon plaidoyer : la religion a &#233;videmment rendu de grands services &#224; la civilisation, elle a largement contribu&#233; &#224; dompter les instincts asociaux, mais elle n'a pas pu aller assez loin dans ce sens. Pendant des milliers d'ann&#233;es, elle a gouvern&#233; les soci&#233;t&#233;s humaines ; elle a eu le temps de montrer ce qu'elle &#233;tait capable d'accomplir. Si elle avait r&#233;ussi &#224; rendre heureux la majorit&#233; des hommes, &#224; les consoler, &#224; les r&#233;concilier avec la vie, &#224; en faire des soutiens de la culture, il ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne d'aspirer &#224; un changement dans l'&#233;tat actuel des choses.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que voyons-nous au lieu de ceci ? Un effrayant nombre d'hommes est m&#233;content de la civilisation, est rendu malheureux par elle, la ressent comme un joug qu'il faut secouer. Et ces hommes ou bien font tout ce qui est en leur pouvoir pour changer cette civilisation, ou bien m&#234;me poussent si loin leur hostilit&#233; envers celle-ci qu'ils ne veulent absolument plus entendre parler de civilisation ni d'entraves aux instincts.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous objectera ici que cet &#233;tat de choses provient bien plut&#244;t de ce fait que la religion a perdu une partie de son influence sur les foules, justement en vertu du d&#233;plorable effet des progr&#232;s scientifiques. Nous noterons au passage cet aveu et les raisons qu'on en donne afin de nous en servir plus tard pour notre dessein ; mais l'objection elle-m&#234;me est sans force.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est douteux que les hommes, au temps o&#249; la religion r&#233;gnait en ma&#238;tresse absolue, aient &#233;t&#233; dans l'ensemble plus heureux qu'aujourd'hui ; en tout cas ils n'&#233;taient certes pas plus moraux. Ils se sont toujours entendus &#224; transformer les prescriptions religieuses en pratiques ext&#233;rieures d&#233;jouant par l&#224; les intentions de ces pr&#233;ceptes. Et les pr&#234;tres, dont la fonction &#233;tait de veiller &#224; l'observance de la religion, se faisaient &#224; demi leurs complices. La bont&#233; de Dieu devait paralyser sa justice. On p&#233;chait, puis on apportait des offrandes ou bien l'on faisait p&#233;nitence, et alors on &#233;tait libre de p&#233;cher &#224; nouveau. Le mysticisme russe s'est enfin &#233;lev&#233; &#224; cette conception : le p&#233;ch&#233; est indispensable si l'on veut jouir de toutes les b&#233;n&#233;dictions de la gr&#226;ce divine ; le p&#233;ch&#233; est donc en fin de compte une &#339;uvre agr&#233;able &#224; Dieu. Il est de notori&#233;t&#233; publique que les pr&#234;tres ne purent maintenir la soumission des foules &#224; la religion qu'au prix de ces grandes concessions aux instincts des hommes. Et on en demeura l&#224; : Dieu seul est fort et bon, l'homme est faible et p&#233;cheur. De tout temps, l'immoralit&#233; a trouv&#233; dans la religion autant de soutien que la moralit&#233;. Si ce que la religion a accompli pour rendre heureux les hommes, les adapter &#224; la civilisation et leur donner une ma&#238;trise morale sur eux-m&#234;mes, n'est pas de plus grande valeur, alors la question se pose : ne nous sommes-nous pas exag&#233;r&#233; la n&#233;cessit&#233; de la religion pour les hommes, et avons-nous raison de fonder sur elle les exigences de notre civilisation ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on r&#233;fl&#233;chisse &#224; l'&#233;tat de choses actuel qu'il est impossible de m&#233;conna&#238;tre. Nous en avons entendu l'aveu : la religion n'a plus la m&#234;me influence qu'autrefois sur les hommes. (Il s'agit l&#224; de la civilisation europ&#233;enne chr&#233;tienne.) Et elle ne l'a plus, non pas parce que les promesses qu'elle fait aux hommes sont devenues moins &#233;blouissantes, mais parce que ces promesses semblent moins dignes de foi. Admettons-le la raison de cette &#233;volution est le renforcement de l'esprit scientifique dans les couches sup&#233;rieures de la soci&#233;t&#233; humaine (ce n'est peut-&#234;tre pas la seule). La critique a peu &#224; peu effrit&#233; la force de conviction des documents religieux, les sciences naturelles ont fait voir les erreurs qu'ils contiennent, et les m&#233;thodes de l'examen compar&#233; ont mis au jour la ressemblance fatale qui existe entre les id&#233;es religieuses que nous r&#233;v&#233;rons et les cr&#233;ations intellectuelles des &#226;ges et des peuples primitifs.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit scientifique engendre une attitude d&#233;termin&#233;e envers les probl&#232;mes de ce monde ; devant les probl&#232;mes religieux il fait halte un moment, il h&#233;site, et enfin se d&#233;cide l&#224; aussi &#224; passer le seuil. Ces d&#233;marches ne connaissent pas d'arr&#234;t : plus il est d'hommes &#224; qui les tr&#233;sors de notre connaissance deviennent accessibles, plus s'&#233;tend l'aire d'abandon de la foi religieuse ; d'abord sont frapp&#233;es les plus d&#233;su&#232;tes et absurdes expressions de la foi, puis &#224; leur tour ses propositions les plus fondamentales. Seuls les Am&#233;ricains, qui furent les instigateurs du proc&#232;s aux singes de Dayton (&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O&#249; un professeur comparut pour avoir enseign&#233; la th&#232;se &#233;volutionniste. (N. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) se sont montr&#233;s cons&#233;quents dans leurs actes. Partout ailleurs la transition in&#233;vitable s'accomplit an moyen de demi-mesures et d'insinc&#233;rit&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu &#224; craindre pour la civilisation de la part des hommes cultiv&#233;s et des travailleurs intellectuels. Les mobiles d'ordre religieux commandant un comportement culturel seraient chez eux remplac&#233;s sans bruit par d'antres mobiles d'ordre temporel ; de plus ils sont, pour la plupart, eux-m&#234;mes porteurs de la culture. Mais il en va autrement de la grande foule des illettr&#233;s, des opprim&#233;s, qui ont de bonnes raisons d'&#234;tre des ennemis de la civilisation. Tant qu'ils n'apprennent pas que l'on ne croit plus en Dieu, tout va bien. Mais ils l'apprennent, infailliblement, m&#234;me si cet &#233;crit n'est pas publi&#233;. Et ils sont pr&#234;ts &#224; admettre les r&#233;sultats de la r&#233;flexion scientifique, sans qu'en &#233;change se soit produite en eux l'&#233;volution que le penser scientifique a en l'esprit humain. Le danger n'existe-t-il pas alors que ces foules, dans leur hostilit&#233; contre la culture, n'attaquent le point faible qu'ils ont d&#233;couvert en leur despote ? Il n'&#233;tait pas permis de tuer son prochain pour la seule raison que le bon Dieu avait d&#233;fendu et devait venger durement le meurtre en cette vie ou dans l'autre ; on apprend maintenant qu'il n'y a pas de bon Dieu, qu'on n'a pas &#224; redouter sa vengeance ; alors on tue son prochain sans aucun scrupule et l'on n'en peut &#234;tre emp&#234;ch&#233; que par la force temporelle. Ainsi ou bien il faut contenir par la force ces foules redoutables et soigneusement les priver de. toute occasion d'&#233;veil intellectuel, ou bien il faut r&#233;viser de fond en comble les rapports de la civilisation &#224; la religion.&lt;/p&gt;
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&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VIII-Substituer-au-fondement-religieux-symbolique-et' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces deux mots sont en fran&#231;ais dans le texte. (N. de la Trad.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;O&#249; un professeur comparut pour avoir enseign&#233; la th&#232;se &#233;volutionniste. (N. de la Trad.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'avenir d'une illusion, VI - (La force interne des id&#233;es religieuses : l'illusion.)</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VI-La-force-interne-des-idees-religieuses-l-illusion</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VI-La-force-interne-des-idees-religieuses-l-illusion</guid>
		<dc:date>2007-06-17T17:03:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;VI &lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense que la r&#233;ponse &#224; nos deux questions a &#233;t&#233; suffisamment pr&#233;par&#233;e. Nous la trouverons en tournant nos regards vers la gen&#232;se psychique des id&#233;es religieuses. Ces id&#233;es, qui professent d'&#234;tre des dogmes, ne sont pas le r&#233;sidu de l'exp&#233;rience ou le r&#233;sultat final de la r&#233;flexion elles sont des illusions, la r&#233;alisation des d&#233;sirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l'humanit&#233; ; le secret de leur force est la force de ces d&#233;sirs Nous le savons d&#233;j&#224; l'impression (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-V-Reprise-de-la-question-de-la-signification' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la r&#233;ponse &#224; nos deux questions a &#233;t&#233; suffisamment pr&#233;par&#233;e. Nous la trouverons en tournant nos regards vers la gen&#232;se psychique des id&#233;es religieuses. Ces id&#233;es, qui professent d'&#234;tre des dogmes, ne sont pas le r&#233;sidu de l'exp&#233;rience ou le r&#233;sultat final de la r&#233;flexion elles sont des illusions, la r&#233;alisation des d&#233;sirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l'humanit&#233; ; le secret de leur force est la force de ces d&#233;sirs Nous le savons d&#233;j&#224; l'impression terrifiante de la d&#233;tresse infantile avait &#233;veill&#233; le besoin d'&#234;tre prot&#233;g&#233; - prot&#233;g&#233; en &#233;tant aim&#233; - besoin auquel le p&#232;re a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette d&#233;tresse dure tonte la vie a fait que l'homme s'est cramponn&#233; &#224; un p&#232;re, &#224; un p&#232;re cette fois plus puissant. L'angoisse humaine en face des dangers de la vie s'apaise &#224; la pens&#233;e du r&#232;gne bienveillant de la Providence divine, l'institution d'un ordre moral de l'univers assure la r&#233;alisation des exigences de la justice, si souvent demeur&#233;es irr&#233;alis&#233;es dans les civilisations humaines, et la prolongation de l'existence terrestre par une vie future fournit les cadres de temps et de lieu o&#249; ces d&#233;sirs se r&#233;aliseront. Des r&#233;ponses aux questions que se pose la curiosit&#233; humaine touchant ces &#233;nigmes : la gen&#232;se de l'univers, le rapport entre le corporel et le spirituel, s'&#233;laborent suivant les pr&#233;misses du syst&#232;me religieux. Et c'est un formidable all&#233;gement pour l'&#226;me individuelle que de voir les conflits de l'enfance &#233;man&#233;s du complexe paternel - conflits jamais enti&#232;rement r&#233;solus -, lui &#234;tre pour ainsi dire enlev&#233;s et recevoir une solution accept&#233;e de tous.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je dis : tout cela, ce sont des illusions, il me faut d&#233;limiter le sens de ce terme. Une illusion n'est pas la m&#234;me chose qu'une erreur, une illusion n'est pas non plus n&#233;cessairement une erreur. L'opinion d'Aristote, d'apr&#232;s laquelle la vermine serait engendr&#233;e par l'ordure - opinion qui est encore celle du peuple ignorant -, &#233;tait une erreur ; de m&#234;me l'opinion qu'avait une g&#233;n&#233;ration ant&#233;rieure de m&#233;decins, et d'apr&#232;s laquelle le tab&#232;s aurait &#233;t&#233; la cons&#233;quence d'exc&#232;s sexuels. Il serait impropre d'appeler ces erreurs des illusions, alors que c'&#233;tait une illusion de la part de Christophe Colomb, quand il croyait avoir trouv&#233; une nouvelle route maritime des Indes. La part de d&#233;sir que comportait cette erreur est manifeste. On peut qualifier d'illusion l'assertion de certains nationalistes, assertion d'apr&#232;s laquelle les races indogermaniques seraient les seules races humaines susceptibles de culture, ou bien encore la croyance d'apr&#232;s laquelle l'enfant serait un &#234;tre d&#233;nu&#233; de sexualit&#233;, croyance d&#233;truite pour la premi&#232;re fois par la psychanalyse. Ce qui caract&#233;rise l'illusion, c'est d'&#234;tre d&#233;riv&#233;e des d&#233;sirs humains ; elle se rapproche par l&#224; de l'id&#233;e d&#233;lirante en psychiatrie, mais se s&#233;pare aussi de celle-ci, m&#234;me si l'on ne tient pas compte de la structure compliqu&#233;e de l'id&#233;e d&#233;lirante.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d&#233;lirante est essentiellement - nous soulignons ce caract&#232;re - en contradiction avec la r&#233;alit&#233; ; l'illusion n'est pas n&#233;cessairement fausse, c'est-&#224;-dire irr&#233;alisable ou en contradiction avec la r&#233;alit&#233;. Une jeune fille de condition modeste peut par exemple se cr&#233;er l'illusion qu'un prince va venir la chercher pour l'&#233;pouser. Or ceci est possible ; quelques cas de ce genre se sont r&#233;ellement pr&#233;sent&#233;s. Que le Messie vienne et fonde. un &#226;ge d'or, voil&#224; qui est beaucoup moins - vraisemblable : suivant l'attitude personnelle de celui qui est appel&#233; &#224; juger de cette croyance, il la classera parmi les illusions ou parmi les &#233;quivalents d'une id&#233;e d&#233;lirante. Des exemples d'illusions authentiques ne sont pas, d'ordinaire, faciles &#224; d&#233;couvrir ; mais l'illusion des alchimistes de pouvoir transmuter tous les m&#233;taux en or est peut-&#234;tre l'une d'elles. Le d&#233;sir d'avoir beaucoup d'or, autant d'or que possible a &#233;t&#233; tr&#232;s att&#233;nu&#233; par notre intelligence actuelle des conditions de la richesse ; cependant la chimie ne tient plus pour impossible une transmutation des m&#233;taux en or. Ainsi nous appelons illusion une croyance quand, dans la motivation de celle-ci la r&#233;alisation d'un d&#233;sir est pr&#233;valante, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des. rapports de cette croyance &#224; la r&#233;alit&#233;, tout comme l'illusion elle-m&#234;me renonce &#224; &#234;tre confirm&#233;e par le r&#233;el.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces explications donn&#233;es, revenons aux doctrines religieuses. Nous le r&#233;p&#233;terons : les doctrines religieuses sont toutes des illusions, on ne peut les prouver, et personne ne peut &#234;tre contraint &#224; les tenir pour vraies, &#224; y croire. Quelques-unes d'entre elles sont si invraisemblables, tellement en contradiction avec ce que nous avons appris, avec tant de peine, sur la r&#233;alit&#233; de l'univers, que l'on peut les comparer - en tenant compte comme il convient des diff&#233;rences psychologiques - aux id&#233;es d&#233;lirantes. De la valeur r&#233;elle de la plupart d'entre elles il est impossible de juger. On ne peut pas plus les r&#233;futer que les prouver. Nous savons encore trop peu de chose pour pouvoir les aborder de plus pr&#232;s, du point de vue critique. L'&#233;nigme de l'univers ne se d&#233;voile que lentement &#224; notre investigation, il est beaucoup de questions auxquelles la science ne peut pas encore aujourd'hui r&#233;pondre. Cependant le travail scientifique est le seul chemin qui puisse nous mener &#224; la connaissance de la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure. C'est de nouveau une illusion que d'attendre quoi que ce soit de l'intuition ou de l'introspection ; l'intuition ne peut nous donner que des indications - difficiles &#224; interpr&#233;ter - sur notre propre vie psychique, jamais le moindre renseignement relatif aux questions auxquelles la doctrine religieuse trouve si ais&#233;ment des r&#233;ponses. Il serait sacril&#232;ge de vouloir combler la lacune d'apr&#232;s son propre arbitraire et de juger d'apr&#232;s son sentiment personnel si telle ou telle partie du syst&#232;me religieux est plus ou moins acceptable. Ces questions sont trop importantes, on voudrait dire trop saintes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons pr&#233;par&#233;s &#224; entendre ici cette objection : &#171; Ainsi, si m&#234;me les sceptiques endurcis avouent que les assertions religieuses ne sauraient &#234;tre r&#233;fut&#233;es &#224; l'aide de la raison, pourquoi n'y devrais-je pas croire, puisqu'elles ont tant d'arguments en leur faveur : la tradition, le consentement universel des hommes et tout ce qu'elles rec&#232;lent de consolateur ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Et, en effet, pourquoi pas ? De m&#234;me que personne ne peut &#234;tre contraint &#224; croire, personne ne peut l'&#234;tre &#224; ne pas croire, mais qu'on ne s'en impose pas &#224; soi-m&#234;me en s'imaginant que l'on suit ainsi le chemin du penser correct. S'il fut jamais un argument que l'on puisse fl&#233;trir du nom d'&#233;chappatoire, c'est bien celui-ci. L'ignorance est l'ignorance. Nul droit &#224; croire quelque chose n'en saurait d&#233;river. Aucun homme raisonnable ne se comporterait aussi l&#233;g&#232;rement en d'autres mati&#232;res, ni ne se contenterait d'aussi pauvres raisons de ses jugements, de ses prises de parti ; ce n'est qu'en les choses les plus hautes et les plus saintes qu'on se permet cette attitude. En r&#233;alit&#233;, ce ne sont l&#224; qu'efforts destin&#233;s &#224; se faire accroire &#224; soi-m&#234;me et aux autres qu'on tient encore ferme &#224; la religion, alors que depuis longtemps on s'est d&#233;tach&#233; d'elle. D&#232;s qu'il s'agit de religion, les hommes se rendent coupables de toutes sortes d'insinc&#233;rit&#233;s et de bassesses intellectuelles. Les philosophes tendent le sens des mots jusqu'&#224; ce que ceux-ci ne poss&#232;dent presque plus rien de leur signification originelle ; ils appellent Dieu quelque vague abstraction qu'ils se sont fabriqu&#233;e et se posent alors en d&#233;istes, en croyants, devant l'univers ; ils peuvent m&#234;me se vanter d'avoir atteint &#224; une conception de Dieu plus &#233;lev&#233;e, plus pure, bien que leur Dieu ne soit plus qu'une ombre sans consistance et n'ait plus rien de la personnalit&#233; puissante de la doctrine religieuse. Les critiques persistent &#224; appeler &#171; profond&#233;ment religieux &#187; tout homme qui avoue le sentiment de l'insignifiance de l'homme et de l'impuissance humaine en face de l'univers, bien que ce ne soit pas ce sentiment qui constitue l'essence de la religiosit&#233;, mais bien plut&#244;t la d&#233;marche qui s'ensuit, la r&#233;action &#224; ce sentiment, r&#233;action qui cherche un secours contre lui. Qui ne va pas plus loin, qui humblement acquiesce au r&#244;le minime que joue l'homme dans le vaste univers, est bien plut&#244;t irr&#233;ligieux au sens le plus vrai du mot.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre parti pour ou contre la valeur en v&#233;rit&#233; des doctrines religieuses ne rentre pas dans le cadre de cette &#233;tude. Il nous suffit de les avoir reconnues, d'apr&#232;s leur nature psychologique, pour des illusions. Mais nous n'avons pas &#224; cacher que cette d&#233;couverte influe puissamment sur notre attitude envers la question qui doit &#224; beaucoup sembler la plus importante. Nous savons &#224; peu pr&#232;s &#224; quelle &#233;poque et par quelle sorte d'hommes les doctrines religieuses ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es. Si nous apprenons encore en vertu de quels motifs elles le furent, le point de vue d'o&#249; envisager le probl&#232;me religieux subira un d&#233;placement notable. Nous nous dirons : il serait certes tr&#232;s beau qu'il y e&#251;t un Dieu cr&#233;ateur du monde et une Providence pleine de bont&#233;, un ordre moral de l'univers et une vie future, mais il est cependant tr&#232;s curieux que tout cela soit exactement ce que nous pourrions nous souhaiter &#224; nous-m&#234;mes. Et il serait encore plus curieux que nos anc&#234;tres, qui &#233;taient mis&#233;rables, ignorants ; sans libert&#233;, aient justement pu arriver &#224; r&#233;soudre toutes ces difficiles &#233;nigmes de l'univers.&lt;/p&gt;
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&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VII-Religion-et-ordre-social' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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		<title>L'avenir d'une illusion, V - (Reprise de la question de la signification psychologique des repr&#233;sentations religieuses.)</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-V-Reprise-de-la-question-de-la-signification</link>
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		<dc:date>2007-06-17T16:59:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



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&lt;p&gt;V &lt;br class='autobr' /&gt;
Poursuivons &#224; pr&#233;sent notre enqu&#234;te : quelle est la signification psychologique des id&#233;es religieuses, sous quelle rubrique pouvons-nous les classer ? Il n'est pas du tout facile au premier abord de r&#233;pondre &#224; cette question. Apr&#232;s avoir rejet&#233; diverses formules, on s'en tiendra &#224; celle-ci les id&#233;es religieuses sont des dogmes, des assertions touchant des faits et des rapports de la r&#233;alit&#233; externe (ou interne), et ces dogmes nous apprennent des choses que nous n'avons pas d&#233;couvertes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-IV-La-valeur-des-representations-religieuses' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Poursuivons &#224; pr&#233;sent notre enqu&#234;te : quelle est la signification psychologique des id&#233;es religieuses, sous quelle rubrique pouvons-nous les classer ? Il n'est pas du tout facile au premier abord de r&#233;pondre &#224; cette question. Apr&#232;s avoir rejet&#233; diverses formules, on s'en tiendra &#224; celle-ci les id&#233;es religieuses sont des dogmes, des assertions touchant des faits et des rapports de la r&#233;alit&#233; externe (ou interne), et ces dogmes nous apprennent des choses que nous n'avons pas d&#233;couvertes par nous-m&#234;mes et qui exigent de notre part un acte de foi. Comme ils nous renseignent sur ce qui, dans la vie, nous semble le plus important et le plus int&#233;ressant, ces dogmes sont estim&#233;s particuli&#232;rement haut. Qui les ignore est tr&#232;s ignorant, qui les a incorpor&#233;s &#224; son savoir peut se consid&#233;rer comme poss&#233;dant une connaissance tr&#232;s enrichie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien entendu beaucoup de &#171; dogmes &#187;, relatifs aux choses les plus. vari&#233;es de ce monde. Toute heure pass&#233;e sur les bancs de l'&#233;cole en est remplie. Tenons-nous-en &#224; la g&#233;ographie. Nous entendons dire &#224; l'&#233;cole : Constance est sur le Bodensee (lac de Constance). Une chanson d'&#233;tudiant ajoute : qui ne le croit pas y aille voir ! Il se trouve que j y ai &#233;t&#233; et je puis confirmer la chose : cette jolie ville est situ&#233;e sur le rivage d'une vaste &#233;tendue d'eau que tous les habitants d'alentour appellent le Bodensee. Aussi suis-je &#224; pr&#233;sent enti&#232;rement convaincu de la justesse de cette assertion g&#233;ographique. Mais je me rappelle &#224; ce propos un autre incident tout &#224; fait curieux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme m&#251;r d&#233;j&#224;, je me trouvais pour la premi&#232;re fois &#224; Ath&#232;nes sur la colline de l'Acropole, parmi les ruines des temples, regardant au loin la mer bleue. A ma joie se m&#234;lait un sentiment d'&#233;tonnement, qui me poussait &#224; me dire : &#171; Ainsi les choses sont vraiment telles qu'on nous l'apprenait &#224; l'&#233;cole ! Faut-il qu'alors ma foi en ce que j'entendais ait &#233;t&#233; sans profondeur ni force pour que je puisse aujourd'hui &#234;tre si surpris ! &#187; Mais je ne veux pas attacher trop de poids &#224; cet incident : une antre explication de ma surprise est encore possible, explication qui ne me vint pas alors &#224; l'id&#233;e ; elle serait de nature absolument subjective et en rapport avec le caract&#232;re particulier du lieu.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#171; dogmes &#187; de cette nature r&#233;clament ainsi la croyance en ce qu'ils affirment, mais ils ne restent pas sans fonder cette pr&#233;tention. Ils sont, disent-ils, le r&#233;sultat, le r&#233;sum&#233; de d&#233;marches cogitatives longues, bas&#233;es sur l'observation et certes aussi sur le raisonnement ; ils montrent la voie &#224; celui qui, au lieu d'accepter ce r&#233;sultat tout fait, a l'intention de refaire lui-m&#234;me ces d&#233;marches. Et il est toujours fait part de la source de la connaissance que conf&#232;rent ces dogmes, quand cette source ne constitue pas, comme dans les assertions g&#233;ographiques, une &#233;vidence. Par exemple : la terre a la forme d'un globe ; on en apporte comme preuves &#224; l'appui l'exp&#233;rience du pendule de Foucault, les ph&#233;nom&#232;nes de l'horizon, la. circumnavigation de la terre. Comme il est impossible - ainsi que tout le monde peut le saisir - d'envoyer tous les enfants des &#233;coles faire le tour du monde, on se contente de laisser reposer sur la foi l'enseignement de l'&#233;cole, mais l'on sait que le chemin de la conviction personnelle reste ouvert.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons d'appliquer les m&#234;mes tests aux dogmes religieux. Demandons-nous sur quoi se fonde leur pr&#233;tention &#224; notre croyance, nous recevons trois r&#233;ponses qui s'accordent remarquablement mal entre elles. En premier lieu, ils m&#233;ritent cr&#233;ance parce que nos premiers anc&#234;tres y croyaient d&#233;j&#224; ; en second lieu, nous en poss&#233;dons des preuves qui datent justement de ces temps primitifs et se sont transmises jusqu'&#224; nous ; en troisi&#232;me lieu, il est en tout cas d&#233;fendu de poser la question de leur authenticit&#233;. Cet acte t&#233;m&#233;raire &#233;tait autrefois puni des peines les plus s&#233;v&#232;res et aujourd'hui encore la soci&#233;t&#233; ne voit pas d'un bon &#339;il qui se permet de le renouveler.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce troisi&#232;me point est fait pour &#233;veiller au plus haut degr&#233; nos soup&#231;ons. Une telle interdiction ne peut en effet avoir qu'un seul motif ; la soci&#233;t&#233; sait fort bien quelle base incertaine poss&#232;dent ses doctrines religieuses. S'il en &#233;tait autrement, elle mettrait, certes, volontiers &#224; la disposition de quiconque voudrait acqu&#233;rir une conviction personnelle le mat&#233;riel n&#233;cessaire. C'est pourquoi nous abordons, avec un sentiment de m&#233;fiance difficile &#224; faire taire, l'examen des deux autres arguments. Il nous faut croire, parce que nos anc&#234;tres ont cru. Mais ces anc&#234;tres &#233;taient bien plus ignorants que nous, ils croyaient &#224; des choses qu'il nous est aujourd'hui impossible d'admettre. Il est donc possible que les doctrines religieuses entrent elles-m&#234;mes dans cette cat&#233;gorie. Et les preuves qu'ils nous ont l&#233;gu&#233;es sont consign&#233;es dans des &#233;crits eux-m&#234;mes affect&#233;s de tous les caract&#232;res de l'incertitude. Ces &#233;crits sont pleins de contradictions, r&#233;visions, interpolations ; l&#224; o&#249; ils parlent de confirmations authentiques, ils ne sont eux-m&#234;mes pas dignes de foi. Le fait qu'ils all&#232;guent comme origine de leur texte ou du moins de leur fond une r&#233;v&#233;lation divine n'est pas d'un grand poids, car cette affirmation fait elle-m&#234;me partie de ce corps de doctrine dont il s'agit d'examiner l'authenticit&#233;, et aucune proposition ne saurait se prouver elle-m&#234;me.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons ainsi &#224; cette singuli&#232;re conclusion : de tout notre patrimoine culturel, c'est justement ce qui pourrait avoir pour nous le plus d'importance, ce qui a pour t&#226;che de nous expliquer les &#233;nigmes de l'univers et de nous r&#233;concilier avec les souffrances de la vie, c'est justement cela qui est fond&#233; sur les preuves les moins solides. Nous ne pourrions nous r&#233;soudre &#224; admettre un fait aussi indiff&#233;rent que celui-ci : les baleines mettent au monde leurs petits vivants au lieu de pondre les &#339;ufs, si ce fait n'&#233;tait pas mieux prouv&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;tat de choses est en soi un tr&#232;s curieux probl&#232;me psychologique. Que personne n'aille croire, d'ailleurs, que les remarques pr&#233;c&#233;dentes touchant l'impossibilit&#233; de prouver les doctrines religieuses contiennent quoi que ce soit de nouveau. Cette impossibilit&#233; a &#233;t&#233; reconnue de tout temps, et certainement aussi par les anc&#234;tres qui nous ont l&#233;gu&#233; cet h&#233;ritage. Sans doute beaucoup d'entre eux ont-ils nourri les m&#234;mes doutes que nous, mais une pression trop forte s'exer&#231;ait sur eux pour qu'ils osassent les exprimer. Et depuis lors, d'innombrables hommes ont &#233;t&#233; tourment&#233;s des m&#234;mes doutes, doutes qu'ils auraient voulu &#233;touffer, parce qu'ils pensaient de leur devoir de croire ; de nombreuses et brillantes intelligences ont &#233;chou&#233; de par ce conflit, et bien des caract&#232;res se sont vus entam&#233;s en vertu des compromis par lesquels ils cherchaient &#224; en sortir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les preuves que l'on all&#232;gue en faveur de l'authenticit&#233; des dogmes religieux &#233;manent du pass&#233;, il semble naturel de jeter un coup d'&#339;il alentour afin de voir si le pr&#233;sent, plus ais&#233; &#224; juger, ne fournirait pas aussi de semblables preuves. Si l'on r&#233;ussissait ainsi &#224; arracher au doute f&#251;t-ce une seule parcelle du syst&#232;me religieux, par l&#224; l'ensemble gagnerait extraordinairement en cr&#233;dibilit&#233;. C'est ici qu'intervient l'activit&#233; des spirites ; ils sont convaincus de la survivance de l'&#226;me individuelle et ils voudraient nous d&#233;montrer que cet article de la doctrine religieuse est indubitable. Malheureusement ils ne sont pas parvenus &#224; r&#233;futer ce fait que les apparitions et manifestations de leurs esprits ne sont que le produit de leur propre activit&#233; psychique. Ils ont &#233;voqu&#233; les esprits des plus grands hommes, des penseurs les plus &#233;minents, mais toutes les manifestations et informations issues de ceux-ci &#233;taient si niaises, si d&#233;sesp&#233;r&#233;ment insignifiantes, qu'il est impossible de croire &#224; autre chose qu'&#224; la capacit&#233; des esprits de s'adapter au niveau des hommes qui les ont &#233;voqu&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#224; pr&#233;sent mentionner deux tentatives, qui font toutes deux l'impression d'un effort spasmodique pour &#233;luder le probl&#232;me. L'une, de l'ordre de la violence, est ancienne ; l'autre est subtile et moderne. La premi&#232;re est le &lt;i&gt;Credo quia absurdum &lt;/i&gt;des P&#232;res de l'&#201;glise. Ce qui revient &#224; dire que les doctrines religieuses sont soustraites aux exigences de la raison ; elles sont au-dessus de la raison. Il faut sentir int&#233;rieurement leur v&#233;rit&#233; ; point n'est n&#233;cessaire de la comprendre. Seulement ce &lt;i&gt;Credo &lt;/i&gt;n'est int&#233;ressant qu'&#224; titre de confession individuelle ; en tant que d&#233;cret, il ne lie personne. Puis-je &#234;tre contraint de croire &#224; toutes les absurdit&#233;s ? Et si tel n'est pas le cas, pourquoi justement &#224; celle-ci ? Il n'est pas d'instance au-dessus de la raison. Si la v&#233;rit&#233; des doctrines religieuses d&#233;pend d'un &#233;v&#233;nement int&#233;rieur qui t&#233;moigne de cette v&#233;rit&#233;, que faire de tous les hommes &#224; qui ce rare &#233;v&#233;nement n'arrive pas ? On peut r&#233;clamer de tous les hommes qu'ils se servent du don qu'ils poss&#232;dent, de la raison, mais on ne peut &#233;tablir pour tous une obligation fond&#233;e sur un facteur qui n'existe que chez un tr&#232;s petit nombre d'entre eux. En quoi cela peut-il importer aux autres que vous ayez, au cours d'une extase qui s'est empar&#233;e de tout votre &#234;tre, acquis l'in&#233;branlable conviction de la v&#233;rit&#233; r&#233;elle des doctrines religieuses ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me tentative est celle de la philosophie du &#171; Comme si &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Als ob en allemand. (N. de la Trad.)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle nous l'expose : nous admettons &#224; figurer parmi nos processus cogitatifs tontes sortes d'hypoth&#232;ses dont l'absence de fondement, voire l'absurdit&#233;, nous appara&#238;t clairement. On les appelle fictions, mais, en vertu de nombreuses raisons pratiques, nous devons nous comporter &#171; comme si &#187; nous croyions &#224; ces fictions. Tel serait le cas des doctrines religieuses, vu leur importance sans &#233;gale pour le maintien des soci&#233;t&#233;s humaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je ne me crois pas coupable d'injustice en faisant pr&#233;senter ici par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De tels arguments ne sont pas tr&#232;s &#233;loign&#233;s du &lt;i&gt;Credo quia ahsurdum&lt;/i&gt;. Mais je pense que seul un philosophe pouvait concevoir l'exigence du &#171; Comme si &#187;. L'homme dont la pens&#233;e n'est pas influenc&#233;e par les tours de passe-passe de la philosophie ne pourra jamais l'admettre. Pour lui, quand on a avou&#233; qu'une chose &#233;tait absurde, contraire &#224; la raison, tout est dit. On ne peut s'attendre &#224; ce qu'il renonce, justement lorsqu'il s'agit de ses int&#233;r&#234;ts les plus vitaux, aux garanties qu'il r&#233;clame par ailleurs au sujet de toutes ses activit&#233;s usuelles. Je me souviens de l'un de mes enfants qui se distingua de tr&#232;s bonne heure par un sens du r&#233;el particuli&#232;rement marqu&#233;. Quand on racontait &#224; mes enfants un conte de f&#233;es, qu'ils &#233;coutaient avec recueillement, lui s'avan&#231;ait et demandait : &#171; Est-ce une histoire vraie ? &#187; Apr&#232;s qu'on lui avait dit que non, il s'&#233;loignait d'un air m&#233;prisant. On peut s'attendre &#224; ce que les hommes se comportent bient&#244;t de m&#234;me envers les contes de f&#233;es de la religion, en d&#233;pit de l'intercession du &#171; Comme si &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils se comportent, &#224; ce jour encore, tout autrement et, aux temps pass&#233;s, les id&#233;es religieuses ont exerc&#233; la plus puissante influence sur l'humanit&#233;, en d&#233;pit de leur incontestable manque d'authenticit&#233;. C'est l&#224; un nouveau probl&#232;me psychologique. On doit se demander en quoi consiste la force interne de ces doctrines et &#224; quelles circonstances elles doivent cette efficacit&#233; ind&#233;pendante du contr&#244;le de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-VI-La-force-interne-des-idees-religieuses-l-illusion' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Als ob&lt;/i&gt; en allemand. (N. de la Trad.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne me crois pas coupable d'injustice en faisant pr&#233;senter ici par l'auteur de la philosophie du &#171; Comme si &#187; un point de vue qui n'est pas non plus &#233;tranger &#224; d'autres penseurs. Comparer H. Vaihinger, &lt;i&gt;La philosophie du &#171; Comme si &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Die Philosophie des Als ob&lt;/i&gt;), 7e et 8e &#233;d., 1922, p. 68 : &#171; Nous comprenons parmi les fictions non seulement des op&#233;rations th&#233;oriques indiff&#233;rentes, mais encore des constructions id&#233;atives &#233;difi&#233;es par les plus nobles esprits, auxquelles tient le c&#339;ur de la plus noble partie de l'humanit&#233;, et que celle-ci ne souffre pas qu'on lui arrache. Il n'entre d'ailleurs nullement dans nos intentions de le faire : en tant que fictions pratiques nous ne touchons pas &#224; ces constructions id&#233;atives ; elles ne p&#233;rissent qu'en tant que v&#233;rit&#233;s th&#233;oriques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'avenir d'une illusion, IV - (La valeur des repr&#233;sentations religieuses)</title>
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		<dc:date>2007-06-17T16:55:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;IV &lt;br class='autobr' /&gt;
Une enqu&#234;te qui se poursuit &#224; la fa&#231;on d'un monologue ininterrompu n'est pas absolument sans dangers. On c&#232;de trop ais&#233;ment &#224; la tentation d'&#233;carter les pens&#233;es qui voudraient l'interrompre, et l'on acquiert en &#233;change un sentiment d'incertitude que l'on cherche finalement &#224; &#233;touffer sous une assurance exag&#233;r&#233;e. Je vais donc me figurer que j'ai un adversaire ; il suivra mon argumentation dans un esprit de m&#233;fiance, et je le laisserai de-ci de-l&#224; placer un mot. Je crois l'entendre dire : (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-III-La-religion-les-representations-religieuses' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une enqu&#234;te qui se poursuit &#224; la fa&#231;on d'un monologue ininterrompu n'est pas absolument sans dangers. On c&#232;de trop ais&#233;ment &#224; la tentation d'&#233;carter les pens&#233;es qui voudraient l'interrompre, et l'on acquiert en &#233;change un sentiment d'incertitude que l'on cherche finalement &#224; &#233;touffer sous une assurance exag&#233;r&#233;e. Je vais donc me figurer que j'ai un adversaire ; il suivra mon argumentation dans un esprit de m&#233;fiance, et je le laisserai de-ci de-l&#224; placer un mot. Je crois l'entendre dire : &#171; Vous avez &#224; plusieurs reprises employ&#233; ces termes : les id&#233;es religieuses sont une cr&#233;ation de la civilisation, la civilisation les met &#224; la disposition de ses participants ; or ces termes me semblent quelque peu &#233;tranges. Je ne saurais moi-m&#234;me dire pourquoi, mais cela ne me para&#238;t pas aller de soi comme lorsqu'on dit que la civilisation a organis&#233; la r&#233;partition des produits du travail, ou bien les droits sur la femme et l'enfant. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Je crois n&#233;anmoins que l'on est en droit de s'exprimer ainsi. J'ai tent&#233; de montrer que les id&#233;es religieuses sont issues du m&#234;me besoin que toutes les. autres conqu&#234;tes de la civilisation : la n&#233;cessit&#233; de se d&#233;fendre contre l'&#233;crasante supr&#233;matie de la nature. A cela s'ajoutait un deuxi&#232;me motif : l'imp&#233;rieux d&#233;sir de corriger les imperfections de la culture, imperfections douloureusement ressenties. En outre, il est particuli&#232;rement juste de dire que la civilisation &lt;i&gt;donne &lt;/i&gt;&#224; l'individu ces id&#233;es, car il les trouve d&#233;j&#224; existantes, elles lui sont pr&#233;sent&#233;es toutes faites, et il ne serait pas &#224; m&#234;me de les d&#233;couvrir tout seul. Elles sont le patrimoine d'une suite de g&#233;n&#233;rations, il en h&#233;rite, il le re&#231;oit, tout comme la table de multiplication, la g&#233;om&#233;trie, etc. Il y a l&#224;, certes, une diff&#233;rence, mais elle r&#233;side ailleurs, ici nous ne pouvons encore la faire voir. Le sentiment d'&#233;tranget&#233; auquel vous faites allusion est peut-&#234;tre d&#251; en partie &#224; ce fait que l'on a coutume de nous offrir ce patrimoine d'id&#233;es religieuses comme &#233;tant une r&#233;v&#233;lation divine. Mais ceci est d&#233;j&#224; en soi une partie du syst&#232;me religieux, et l'on n&#233;glige de ce fait toute l'&#233;volution historique bien connue, de ces id&#233;es et leurs variations suivant les diff&#233;rentes &#233;poques et les diverses civilisations.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - &#171; Un autre point me semble plus important. Vous faites d&#233;river &lt;i&gt;l'humanisation&lt;/i&gt; de la nature du besoin qu'&#233;prouve l'homme de mettre fin &#224; son d&#233;semparement et &#224; sa d&#233;tresse en face des redoutables forces de la nature ; ainsi il peut entrer en rapport avec elles et finir par les influencer. Mais une pareille motivation semble superflue. Car l'homme primitif n'a pas le choix : il ne poss&#232;de pas d'autre mode de penser. Il lui est naturel, et comme inn&#233;, de projeter sa propre essence dans le monde ext&#233;rieur, de regarder tous les &#233;v&#233;nements qu'il observe comme &#233;tant dus &#224; des &#234;tres au fond semblables &#224; lui-m&#234;me. C'est l&#224; son unique m&#233;thode de compr&#233;hension. Et cela ne va nullement de soi, bien plus il y a l&#224; une remarquable co&#239;ncidence, que de voir l'homme r&#233;ussir &#224; satisfaire l'un de ses besoins les plus importants rien qu'en laissant le champ libre &#224; sa disposition naturelle. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Je ne le trouve pas si &#233;tonnant. Croyez-vous que la pens&#233;e des hommes ne poss&#232;de pas de motifs pratiques, et ne soit que l'expression d'une curiosit&#233; d&#233;sint&#233;ress&#233;e ? Ce serait tr&#232;s invraisemblable. Je croirai plut&#244;t que l'homme, quand il personnifie les forces de la nature, suit une fois de plus un mod&#232;le infantile. Il a appris, des personnes qui constituaient son premier entourage, que, pour les influencer, il fallait &#233;tablir avec elles une relation ; c'est pourquoi plus tard il agit de m&#234;me, dans une m&#234;me intention, avec tout ce qu'il rencontre sur son chemin. Je ne contredis pas ainsi votre observation d'ordre descriptif : il est vraiment naturel &#224; l'homme de personnifier tout ce qu'il veut comprendre, afin de le ma&#238;triser par la suite, - c'est l&#224; la ma&#238;trise psychique qui pr&#233;pare la ma&#238;trise physique, - mais je propose en outre un motif et une gen&#232;se &#224; ce mode particulier de la pens&#233;e humaine.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - &#171; Il y a encore un troisi&#232;me point. Vous avez d&#233;j&#224; trait&#233; autrefois de l'origine des religions dans votre livre &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;. Mais les choses apparaissent l&#224; sous un autre jour. Tout y est ramen&#233; &#224; la relation fils-p&#232;re. Dieu est un p&#232;re exalt&#233;, la nostalgie du. p&#232;re est la racine du besoin religieux. Depuis lors, semble-t-il, vous avez d&#233;couvert le facteur de la faiblesse et de la d&#233;tresse humaines, auquel de fait le r&#244;le le plus important est d'ordinaire attribu&#233; dans la gen&#232;se des religions, et maintenant vous transf&#233;rez &#224; la d&#233;tresse tout ce qui &#233;tait auparavant complexe paternel. Puis-je vous demander de m'&#233;clairer sur cette transformation de votre pens&#233;e ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Volontiers, j'attendais seulement cette invite. Mais peut-on vraiment dire que ma pens&#233;e s'est transform&#233;e ? Dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, mon dessein n'&#233;tait pas d'expliquer l'origine des religions, mais seulement celle du tot&#233;misme. Pouvez-vous, d'un point de vue quelconque &#224; vous connu, expliquer ce fait que la premi&#232;re forme sous laquelle la divinit&#233; protectrice se r&#233;v&#233;la aux hommes fut la forme animale, qu'il &#233;tait d&#233;fendu de tuer cet animal et de le manger, et que cependant une fois l'an - coutume solennelle - on le tuait et on le mangeait en commun ? C'est justement ce qui a lieu dans le tot&#233;misme. Et cela ne m&#232;nerait &#224; rien que d'entamer une discussion pour savoir s'il convient d'appeler le tot&#233;misme une religion. Il poss&#232;de des rapports intimes avec les religions ult&#233;rieures o&#249; apparaissent des dieux, les animaux totems deviennent les animaux sacr&#233;s des dieux. Et les premi&#232;res, mais aussi les plus importantes des restrictions dict&#233;es par la morale - l'interdiction du meurtre et celle de l'inceste - prennent naissance dans le tot&#233;misme. Que vous acceptiez ou non les conclusions de &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, j'esp&#232;re que vous conviendrez de ce que, dans ce livre, un certain nombre de faits isol&#233;s fort curieux sont rassembl&#233;s en un ensemble qui se tient.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la raison pour laquelle le dieu animal ne suffit plus &#224; la longue et fut remplac&#233; par le dieu humain, ce probl&#232;me a &#233;t&#233; &#224; peine effleur&#233; dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; ; de m&#234;me d'antres probl&#232;mes de la formation des religions n'y sont nullement mentionn&#233;s. Mais pensez-vous qu'une telle limitation soit &#233;quivalente &#224; une n&#233;gation ? Mon travail est un bon exemple de l'isolement o&#249; l'on peut tenir la part que l'observation psychanalytique apporte &#224; la solution du probl&#232;me religieux. Quand j'essaie &#224; pr&#233;sent d'y adjoindre autre chose de moins profond&#233;ment cach&#233;, il ne faut pas plus m'accuser aujourd'hui de me contredire qu'autrefois d'&#234;tre unilat&#233;ral. Ma t&#226;che est naturellement de montrer la voie reliant ce que j'ai dit alors &#224; ce que j'avance aujourd'hui, la motivation profonde &#224; la manifeste, le complexe paternel &#224; la d&#233;tresse des hommes et &#224; leur besoin de secours.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette voie n'est pas difficile &#224; d&#233;couvrir. Elle est constitu&#233;e par les rapports reliant la d&#233;tresse infantile &#224; la d&#233;tresse adulte qui la prolonge, de telle sorte que, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, la motivation psychanalytique de la formation des religions se trouve &#234;tre la contribution infantile &#224; sa motivation manifeste. Repr&#233;sentons-nous la vie psychique du petit enfant. Vous vous rappelez le choix de l'objet sur le type du &#171; chercher appui &#187; dont parle l'analyse ? La libido suit la voie des besoins narcissiques et s'attache aux objets qui assurent leur satisfaction. Ainsi la m&#232;re, qui satisfait la faim, devient le premier objet d'amour et certes de plus la premi&#232;re protection contre tous les dangers ind&#233;termin&#233;s qui menacent l'enfant dans le monde ext&#233;rieur ; elle devient, peut-on dire, la premi&#232;re protection contre l'angoisse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re est bient&#244;t remplac&#233;e dans ce r&#244;le par le p&#232;re plus fort, et ce r&#244;le reste d&#233;volu au p&#232;re durant tout le cours de l'enfance. Cependant la relation au p&#232;re est affect&#233;e d'une ambivalence particuli&#232;re. Le p&#232;re constituait lui-m&#234;me un danger, peut-&#234;tre en vertu de la relation primitive &#224; la m&#232;re. Aussi inspire-t-il autant de crainte que de nostalgie et d'admiration. Les signes de cette ambivalence marquent profond&#233;ment toutes les religions, comme je l'ai montr&#233; dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;. Et quand l'enfant ; en grandissant, voit qu'il est destin&#233; &#224; rester &#224; jamais un enfant, qu'il ne pourra jamais se passer de protection contre des puissances souveraines et inconnues, alors il pr&#234;te &#224; celles-ci les traits de la figure paternelle, il se cr&#233;e des dieux, dont il a peur, qu'il cherche &#224; se rendre propices et auxquels il attribue cependant la t&#226;che de le prot&#233;ger. Ainsi la nostalgie qu'a de son p&#232;re l'enfant co&#239;ncide avec le besoin de protection qu'il &#233;prouve en vertu de la faiblesse humaine ; la r&#233;action d&#233;fensive de l'enfant contre son sentiment de d&#233;tresse pr&#234;te &#224; la r&#233;action au sentiment de d&#233;tresse que l'adulte &#233;prouve &#224; son tour, et qui engendre la religion, ses traits caract&#233;ristiques. Mais ce n'est pas notre dessein d'&#233;tudier plus profond&#233;ment l'&#233;volution de l'id&#233;e de Dieu ; nous ne nous occupons ici que du tr&#233;sor tout constitu&#233; des id&#233;es religieuses tel que la civilisation le transmet &#224; l'individu.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-V-Reprise-de-la-question-de-la-signification' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'avenir d'une illusion, III - (La religion : les repr&#233;sentations religieuses)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



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&lt;p&gt;III &lt;br class='autobr' /&gt;
En quoi r&#233;side la valeur particuli&#232;re des id&#233;es religieuses ? &lt;br class='autobr' /&gt; Nous venons de parler de l'hostilit&#233; contre la civilisation, engendr&#233;e par la pression que celle-ci exerce, par les renonciations aux instincts qu'elle exige. S'imagine-t-on toutes ses interdictions lev&#233;es, alors on pourrait s'emparer de toute femme qui vous plairait, sans h&#233;siter, tuer son rival ou quiconque vous barrerait le chemin, ou bien d&#233;rober &#224; autrui, sans son assentiment, n'importe lequel de ses biens ; que ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-II-Le-fond-de-la-culture' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En quoi r&#233;side la valeur particuli&#232;re des id&#233;es religieuses ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de parler de l'hostilit&#233; contre la civilisation, engendr&#233;e par la pression que celle-ci exerce, par les renonciations aux instincts qu'elle exige. S'imagine-t-on toutes ses interdictions lev&#233;es, alors on pourrait s'emparer de toute femme qui vous plairait, sans h&#233;siter, tuer son rival ou quiconque vous barrerait le chemin, ou bien d&#233;rober &#224; autrui, sans son assentiment, n'importe lequel de ses biens ; que ce serait donc beau et quelle s&#233;rie de satisfactions nous offrirait alors la vie ! Mais la premi&#232;re difficult&#233; se laisse &#224; la v&#233;rit&#233; vite d&#233;couvrir. Mon prochain a exactement les m&#234;mes d&#233;sirs que moi et il ne me traitera pas avec plus d'&#233;gards que je ne le traiterai moi-m&#234;me. Au fond, si les entraves dues &#224; la civilisation &#233;taient bris&#233;es, ce n'est qu'un seul homme qui pourrait jouir d'un bonheur illimit&#233;, un tyran, un dictateur ayant monopolis&#233; tous les moyens de coercition, et alors lui-m&#234;me aurait toute raison de souhaiter que les autres observassent du moins ce commandement culturel : tu ne tueras point.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle ingratitude, quelle courte vision que d'aspirer &#224; l'abolition de la culture ! Ce qui resterait alors serait l'&#233;tat de nature, et celui-ci est de beaucoup plus difficile &#224; supporter. Il est vrai, la nature ne nous demande pas de restreindre nos instincts, elle leur laisse toute libert&#233;, mais elle a sa mani&#232;re, et particuli&#232;rement efficace, de nous restreindre : elle nous d&#233;truit froidement, cruellement, brutalement, d'apr&#232;s nous, et ceci justement parfois &#224; l'occasion de nos satisfactions. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de ces dangers dont la nature nous menace que nous nous sommes rapproch&#233;s et avons cr&#233;&#233; la civilisation qui, entre autres raisons d'&#234;tre, doit nous permettre de vivre en commun. A la v&#233;rit&#233;, la t&#226;che principale de la civilisation, sa raison d'&#234;tre essentielle est de nous prot&#233;ger contre la nature.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, elle s'acquitte, sur bien des chapitres, d&#233;j&#224; fort bien de cette tache et plus tard elle s'en acquittera &#233;videmment un jour encore bien mieux. Mais personne ne nourrit l'illusion que la nature soit d&#233;j&#224; dompt&#233;e, et bien peu osent esp&#233;rer qu'elle soit un jour tout enti&#232;re soumise &#224; l'homme. Voici les &#233;l&#233;ments, qui semblent se moquer de tout joug que chercherait &#224; leur imposer l'homme : la terre, qui tremble, qui se fend, qui engloutit l'homme et son &#339;uvre, l'eau, qui se soul&#232;ve, et inonde et noie toute chose, la temp&#234;te, qui emporte tout devant soi ; voil&#224; les maladies, que nous savons depuis peu seulement &#234;tre dues aux attaques d'autres &#234;tres vivants, et enfin l'&#233;nigme douloureuse de la mort, de la mort &#224; laquelle aucun rem&#232;de n'a jusqu'ici &#233;t&#233; trouv&#233; et ne le sera sans doute jamais. Avec ces forces la nature se dresse contre nous, sublime, cruelle, inexorable ; ainsi elle nous rappelle notre faiblesse, notre d&#233;tresse, auxquelles nous esp&#233;rions nous soustraire gr&#226;ce au labeur de notre civilisation. C'est un des rares spectacles nobles et exaltants que les hommes puissent offrir que de les voir, en pr&#233;sence d'une catastrophe due aux &#233;l&#233;ments, oublier leurs dissensions, les querelles et animosit&#233;s qui les divisent pour se souvenir de leur grande t&#226;che commune : le maintien de l'humanit&#233; face aux forces sup&#233;rieures de la nature.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'individu comme pour l'humanit&#233; en g&#233;n&#233;ral, la vie est difficile &#224; supporter. La civilisation &#224; laquelle il a part lui impose un certain degr&#233; de privation, les autres hommes lui occasionnent une certaine dose de souffrance, ou bien en d&#233;pit des prescriptions de cette civilisation ou bien de par l'imperfection de celle-ci. A cela s'ajoutent les maux que la nature indompt&#233;e - il l'appelle le destin - lui inflige. Une anxi&#233;t&#233; constante des malheurs pouvant survenir et une grave humiliation du narcissisme naturel devraient &#234;tre la cons&#233;quence de cet &#233;tat. Nous savons d&#233;j&#224; comment l'individu r&#233;agit aux dommages que lui infligent et la civilisation et les autres hommes : il oppose une r&#233;sistance, proportionnelle &#224; sa souffrance, aux institutions de cette civilisation, une hostilit&#233; contre celle-ci. Mais comment se met-il en d&#233;fense contre les forces sup&#233;rieures de la nature, du destin, qui le menacent ainsi que tous les hommes ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La civilisation le d&#233;charge de cette t&#226;che et elle le fait de fa&#231;on semblable pour tous. Il est d'ailleurs remarquable que presque toutes les cultures se comportent ici de m&#234;me. La civilisation ne fait pas ici halte dans sa t&#226;che de d&#233;fendre l'homme contre la nature : elle change simplement de m&#233;thode. La tache est ici multiple ; le sentiment de sa propre dignit&#233; qu'a l'homme et qui se trouve gravement menac&#233;, aspire &#224; des consolations ; l'univers et la vie doivent &#234;tre lib&#233;r&#233;s de leurs terreurs ; en outre la curiosit&#233; humaine, certes stimul&#233;e par les consid&#233;rations pratiques les plus puissantes, exige une r&#233;ponse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier pas dans ce sens est d&#233;j&#224; une conqu&#234;te. Il consiste &#224; &#171; humaniser &#187; la nature. On ne peut aborder des forces et un destin impersonnels, ils nous demeurent &#224; jamais &#233;trangers. Mais si au c&#339;ur des &#233;l&#233;ments les m&#234;mes passions qu'en notre &#226;me font rage, si la mort elle-m&#234;me n'est rien de spontan&#233;, mais un acte de violence due &#224; une volont&#233; maligne, si nous sommes environn&#233;s, partout dans la nature, d'&#234;tres semblables aux humains qui nous entourent, alors nous respirons enfin, nous nous sentons comme chez nous dans le surnaturel, alors nous pouvons &#233;laborer psychiquement notre peur, &#224; laquelle jusque-l&#224; nous ne savions trouver de sens. Nous sommes peut-&#234;tre encore d&#233;sarm&#233;s, mais nous ne sommes plus paralys&#233;s sans espoir, nous pouvons du moins r&#233;agir, peut-&#234;tre m&#234;me ne sommes-nous pas vraiment d&#233;sarm&#233;s nous pouvons en effet avoir recours contre ces violents surhommes aux m&#234;mes m&#233;thodes dont nous nous servons au sein de nos soci&#233;t&#233;s humaines, nous pouvons essayer de les conjurer, de les apaiser, de les corrompre, et, ainsi les influen&#231;ant, nous leur d&#233;roberons une partie de leur pouvoir. Ce remplacement d'une science naturelle par une psychologie ne nous procure pas qu'un soulagement imm&#233;diat, elle nous montre dans quelle voie poursuivre afin de dominer la situation mieux encore.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette situation n'est pas nouvelle, elle a un prototype infantile, dont elle n'est en r&#233;alit&#233; que la continuation. Car nous nous sommes d&#233;j&#224; trouv&#233;s autrefois dans un pareil &#233;tat de d&#233;tresse, quand nous &#233;tions petit enfant en face de nos parents. Nous avions des raisons de craindre ceux-ci, surtout notre p&#232;re, bien que nous fussions en m&#234;me temps certains de sa protection contre les dangers que nous craignions alors. Ainsi l'homme fut amen&#233; &#224; rapprocher l'une de l'autre ces deux situations, et, comme dans la vie du r&#234;ve, le d&#233;sir y trouve aussi son compte. Le dormeur &#233;prouve-t-il un pressentiment de mort, qui cherche &#224; le transporter dans la tombe, l'&#233;laboration du r&#234;ve sait choisir la condition gr&#226;ce &#224; laquelle cet &#233;v&#233;nement redout&#233; devient la r&#233;alisation d'un d&#233;sir, et le r&#234;veur se trouvera par exemple transport&#233; dans un tombeau &#233;trusque, dans lequel il se croira descendu plein de joie de pouvoir enfin satisfaire &#224; ses int&#233;r&#234;ts arch&#233;ologiques. De m&#234;me l'homme ne fait pas des forces naturelles de simples hommes avec lesquels il puisse entrer en relation comme avec ses pareils - cela ne serait pas conforme &#224; l'impression &#233;crasante qu'elles lui font - mais il leur donne les caract&#232;res du p&#232;re, il en fait des dieux, suivant en ceci non pas seulement un prototype infantile mais encore phylog&#233;nique, ainsi que j'ai tent&#233; de le montrer ailleurs.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des temps, les premi&#232;res observations r&#233;v&#233;lant la r&#233;gularit&#233; et la l&#233;galit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes de la nature font perdre aux forces naturelles leurs traits humains. Mais la d&#233;tresse humaine demeure et avec elle la nostalgie du p&#232;re et des dieux. Les dieux gardent leur triple t&#226;che &#224; accomplir : exorciser les forces de la nature, nous r&#233;concilier avec la cruaut&#233; du destin, telle qu'elle se manifeste en particulier dans la mort, et nous d&#233;dommager des souffrances et des privations que la vie en commun des civilis&#233;s impose &#224; l'homme.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais entre ces trois fonctions des dieux l'accent se d&#233;place peu &#224; peu. On finit par remarquer que les ph&#233;nom&#232;nes de la nature se d&#233;roulent d'eux-m&#234;mes suivant des n&#233;cessit&#233;s internes ; certes les dieux sont les ma&#238;tres de la nature, c'est eux qui l'ont faite telle qu'elle est et maintenant ils peuvent l'abandonner &#224; elle-m&#234;me. Ce n'est qu'&#224; de rares occasions que les dieux interviennent dans le cours des ph&#233;nom&#232;nes naturels, lorsqu'ils font un miracle, et ceci comme pour nous assurer qu'ils n'ont rien perdu de leur pouvoir primitif. En ce qui touche aux vicissitudes du destin, un sentiment vague et d&#233;sagr&#233;able nous avertit qu'il ne saurait &#234;tre rem&#233;di&#233; &#224; la d&#233;tresse et au d&#233;semparement du genre humain. C'est surtout ici que les dieux faillent : s'ils font eux-m&#234;mes le destin, alors il faut avouer que leurs voies sont insondables. Le peuple le plus dou&#233; de l'Antiquit&#233; soup&#231;onna vaguement les &lt;i&gt;Moires &lt;/i&gt;d'&#234;tre au-dessus des dieux et les dieux eux-m&#234;mes d'&#234;tre soumis au destin. Et plus la nature devient autonome, et plus les dieux s'en retirent, plus toutes les expectatives se concentrent sur leur troisi&#232;me t&#226;che, plus la moralit&#233; devient leur r&#233;el domaine. Alors la t&#226;che des dieux devient de parer aux d&#233;fauts de la civilisation et aux dommages qu'elle cause, de s'occuper des souffrances que les hommes s'infligent les uns aux autres de par leur vie en commun, de veiller au maintien des prescriptions de la civilisation, prescriptions auxquelles. les hommes ob&#233;issent si mal. Une origine divine est attribu&#233;e aux prescriptions. de la civilisation, elles sont &#233;lev&#233;es &#224; une dignit&#233; qui d&#233;passe les soci&#233;t&#233;s humaines, et &#233;tendues &#224; l'ordre de la nature et &#224; l'&#233;volution de l'univers.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se constitue un tr&#233;sor d'id&#233;es, n&#233; du besoin de rendre supportable la d&#233;tresse humaine, &#233;difi&#233; avec le mat&#233;riel fourni par les souvenirs de la d&#233;tresse o&#249; se trouvait l'homme lors de sa propre enfance comme aux temps de l'enfance du genre humain. Il est ais&#233; de voir que, gr&#226;ce &#224; ces acquisitions, l'homme se sent prot&#233;g&#233; de deux c&#244;t&#233;s d'une part contre les dangers de la nature et du destin, d'autre part contre les dommages caus&#233;s par la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci revient &#224; dire que la vie, en ce monde, sert un dessein sup&#233;rieur, dessein dont la nature est certes difficile &#224; deviner, mais dans lequel un perfectionnement de l'&#234;tre de l'homme est &#224; coup s&#251;r impliqu&#233;. Probablement la partie spirituelle de l'homme, l'&#226;me, qui s'est s&#233;par&#233;e si lentement et si &#224; contrec&#339;ur du corps, au cours des temps, sera-t-elle l'objet de cette exaltation. Tout ce qui a lieu en ce monde doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme l'ex&#233;cution des desseins d'une Intelligence sup&#233;rieure &#224; la n&#244;tre, qui, bien que par des voies et des d&#233;tours difficiles &#224; suivre, arrange toutes choses au mieux, c'est-&#224;-dire pour notre bien. Sur chacun de nous veille une Providence bienveillante, qui n'est s&#233;v&#232;re qu'en apparence, Providence qui ne permet pas que nous devenions le jouet des forces naturelles, &#233;crasantes et impitoyables ; la mort elle-m&#234;me n'est pas l'an&#233;antissement, pas le retour &#224; l'inanim&#233;, &#224; l'inorganique, elle est le d&#233;but d'une nouvelle sorte d'existence, &#233;tape sur la route d'une plus haute &#233;volution. Et, en ce qui regarde l'autre face de la question, les m&#234;mes lois morales sur lesquelles se sont &#233;difi&#233;es nos civilisations gouvernent aussi l'univers, mais l&#224; une cour de justice plus haute veille &#224; leur observation avec incomparablement plus de force et de logique. Le bien trouve toujours en fin de compte sa r&#233;compense, le mal son ch&#226;timent, si ce n'est pas dans cette vie-ci, du moins dans les existences ult&#233;rieures qui commencent apr&#232;s la mort. Ainsi toutes les terreurs, souffrances, cruaut&#233;s de la vie seront effac&#233;es ; la vie d'apr&#232;s la mort, qui continue notre vie terrestre, comme la partie invisible du spectre s'adjoint &#224; la visible ; nous apportera toute la perfection, tout l'id&#233;al, qui nous ont peut-&#234;tre fait d&#233;faut ici-bas. Et la sagesse sup&#233;rieure qui pr&#233;side &#224; ces destin&#233;es, la supr&#234;me bont&#233; qui s'y manifeste, la justice qui s'y r&#233;alise, telles sont les qualit&#233;s des &#234;tres divins qui ont cr&#233;&#233; et nous et l'univers. Ou plut&#244;t de l'Etre divin unique en lequel, dans notre civilisation, tous les dieux des temps primitifs se sont condens&#233;s. Le peuple qui r&#233;alisa le premier une pareille concentration des qualit&#233;s divines ne fut pas peu fier d'un tel progr&#232;s. Il avait mis au jour le nucleus paternel, dissimul&#233; mais pr&#233;sent dans toutes les figures divines ; c'&#233;tait un fond un retour aux d&#233;buts historiques de l'id&#233;e de Dieu. A pr&#233;sent que Dieu &#233;tait l'unique, les relations de l'homme &#224; lui pouvaient recouvrer l'intimit&#233; et l'intensit&#233; des rapports de l'enfant au p&#232;re. Qui avait tant fait pour le p&#232;re voulait aussi en &#234;tre r&#233;compens&#233; ; au moins &#234;tre le seul enfant aim&#233; du p&#232;re, le peuple &#233;lu. Bien plus tard, la pieuse Am&#233;rique devait &#233;mettre la pr&#233;tention d'&#234;tre &lt;i&gt;God's own country&lt;/i&gt;, et en ce qui regarde l'une des formes sous lesquelles l'homme adore la divinit&#233;, cette pr&#233;tention ; est justifi&#233;e.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es religieuses qui viennent d'&#234;tre r&#233;sum&#233;es ont naturellement subi une longue &#233;volution et ont &#233;t&#233; adopt&#233;es &#224; leurs diverses phases par les diverses civilisations. J'ai choisi ici une seule de ces phases &#233;volutives, celle qui correspond &#224; peu pr&#232;s &#224; la phase finale que pr&#233;sente la civilisation chr&#233;tienne actuelle des races blanches occidentales. Il est ais&#233; de voir que les pi&#232;ces de cet ensemble ne s'accordent pas toutes &#233;galement bien, qu'il n'est pas r&#233;pondu &#224; toutes les questions les plus pressantes, et que les contradictions qu'implique l'exp&#233;rience quotidienne ne peuvent &#234;tre qu'&#224; grand-peine lev&#233;es. Mais, telles qu'elles sont, ces id&#233;es - les id&#233;es religieuses au sens le plus large du mot - sont consid&#233;r&#233;es comme le plus pr&#233;cieux patrimoine de la civilisation, la plus haute valeur qu'elle ait &#224; offrir &#224; ses participants, valeur estim&#233;e plus haut que tout l'art d'arracher ses tr&#233;sors &#224; la terre, de pourvoir &#224; la subsistance des hommes ou de vaincre leurs maladies, etc. Les hommes pensent qu'ils ne pourraient supporter la vie s'ils n'attribuaient pas &#224; ces id&#233;es la valeur &#224; laquelle on pr&#233;tend qu'elles ont droit. Et &#224; pr&#233;sent la question se pose : que sont ces id&#233;es au jour de la psychologie, d'o&#249; d&#233;rive la haute estime o&#249; on les tient ? Nous nous hasarderons m&#234;me &#224; le demander : quelle est leur valeur r&#233;elle ?&lt;/p&gt;
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&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-IV-La-valeur-des-representations-religieuses' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'avenir d'une illusion, II - (Le fond de la culture)</title>
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&lt;p&gt;II &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons, sans le vouloir, gliss&#233; de l'&#233;conomique au psychologique. Au d&#233;but nous &#233;tions tent&#233;s de rechercher le propre de la civilisation dans les ressources mat&#233;rielles pr&#233;sentes et dans l'organisation de leur r&#233;partition. Mais apr&#232;s avoir reconnu que toute culture repose sur la contrainte au travail et le renoncement aux instincts, et par suite provoque in&#233;vitablement l'opposition de ceux que frappent ces exigences, il appara&#238;t clairement que les ressources elles-m&#234;mes et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-" rel="directory"&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons, sans le vouloir, gliss&#233; de l'&#233;conomique au psychologique. Au d&#233;but nous &#233;tions tent&#233;s de rechercher le propre de la civilisation dans les ressources mat&#233;rielles pr&#233;sentes et dans l'organisation de leur r&#233;partition. Mais apr&#232;s avoir reconnu que toute culture repose sur la contrainte au travail et le renoncement aux instincts, et par suite provoque in&#233;vitablement l'opposition de ceux que frappent ces exigences, il appara&#238;t clairement que les ressources elles-m&#234;mes et les moyens de les acqu&#233;rir et de les r&#233;partir ne peuvent constituer l'essentiel ni le caract&#232;re unique de la civilisation. Car l'esprit de r&#233;volte et la soif de destruction de ceux qui participent &#224; la culture les menacent. C'est pourquoi &#224; c&#244;t&#233; des ressources il y a les moyens devant servir &#224; d&#233;fendre la civilisation, ceux de coercition et tous autres moyens ayant pour but de r&#233;concilier les hommes avec la civilisation et de les d&#233;dommager de leurs sacrifices. Ces derniers peuvent m&#234;me &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme constituant le patrimoine spirituel de la culture.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'unifier notre vocabulaire, nous d&#233;signerons le fait qu'un instinct ne soit pas satisfait par le terme de &lt;i&gt;frustration&lt;/i&gt;, le moyen par lequel cette frustration est impos&#233;e, par celui d&lt;i&gt;'interdiction&lt;/i&gt;, et l'&#233;tat que produit l'interdiction par celui de &lt;i&gt;privation&lt;/i&gt;. Il faut ensuite distinguer entre privations qui touchent tout le monde, et privations qui ne touchent pas tout le monde, mais seulement certains groupements, classes ou m&#234;me individus. Les premi&#232;res sont les plus anciennes ; par les interdictions qui les institu&#232;rent voici des milliers et des milliers d'ann&#233;es, la civilisation commen&#231;a &#224; s'&#233;carter de l'&#233;tat primitif animal. Nous avons d&#233;couvert, &#224; notre grande surprise, que ces privations n'ont rien perdu de leur force, qu'elles constituent encore &#224; l'heure actuelle le noyau de l'hostilit&#233; contre la culture. Les d&#233;sirs instinctifs qui ont &#224; p&#226;tir de par elle renaissent avec chaque enfant ; et il est toute une classe d'&#234;tres humains, les n&#233;vropathes, qui r&#233;agissent d&#233;j&#224; &#224; ces primitives privations en devenant asociaux. Ces d&#233;sirs instinctifs sont ceux de l'inceste, du cannibalisme et du meurtre. Il peut para&#238;tre &#233;trange de rapprocher ces d&#233;sirs, que tous les hommes semblent unanimes &#224; r&#233;prouver, de ces autres d&#233;sirs, au sujet desquels, dans notre civilisation, il est si vivement discut&#233; si l'on doit ou non les laisser se satisfaire, mais psychologiquement nous y sommes justifi&#233;s. L'attitude qu'a prise la culture envers ces trois plus anciens des d&#233;sirs instinctifs n'est d'ailleurs nullement uniforme ; seul, le cannibalisme semble &#234;tre r&#233;prouv&#233; par tous et peut para&#238;tre &#224; toute autre observation qu'&#224; l'observation analytique enti&#232;rement abandonn&#233; ; la force des d&#233;sirs incestueux se fait encore sentir derri&#232;re l'interdiction ; et le meurtre, au sein de notre civilisation, est, dans certaines conditions, encore d'usage, voire command&#233;. Peut-&#234;tre la culture &#233;voluera-t-elle de telle sorte que d'autres satisfactions instinctives, aujourd'hui tout &#224; fait permises, sembleront un jour tout aussi inacceptables qu'aujourd'hui le cannibalisme.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, dans ces plus anciennes des renonciations &#224; l'instinct, un facteur psychologique entre en jeu qui garde son importance pour tout ce qui va suivre. Il n'est pas exact de dire que l'&#226;me humaine n'a subi aucune &#233;volution depuis les temps primitifs, et qu'en opposition aux progr&#232;s de la science et de la technique elle est aujourd'hui encore la m&#234;me qu'aux origines de l'histoire. Nous pouvons ici faire voir l'un de ces progr&#232;s psychiques. Il est conforme &#224; notre &#233;volution que la contrainte externe soit peu &#224; peu int&#233;rioris&#233;e, par ceci qu'une instance psychique particuli&#232;re, le &lt;i&gt;surmoi &lt;/i&gt;de l'homme, la prend &#224; sa charge. Chacun de nos enfants est &#224; son tour le th&#233;&#226;tre de cette transformation ; ce n'est que gr&#226;ce &#224; elle qu'il devient un &#234;tre moral et social. Ce renforcement du surmoi est un patrimoine psychologique de haute valeur pour la culture. Ceux chez qui il a eu lieu deviennent, de ses ennemis, ses supports. Plus leur nombre dans un milieu culturel est grand, plus assur&#233;e est cette civilisation, et mieux elle peut se passer de moyens externes de coercition. Mais le degr&#233; d'int&#233;riorisation des interdictions varie beaucoup suivant les instincts frapp&#233;s par chacune de celles-ci. En ce qui touche aux plus anciennes exigences de la culture, d&#233;j&#224; mentionn&#233;es, l'int&#233;riorisation semble largement r&#233;alis&#233;e, si nous laissons de c&#244;t&#233; l'inopportune exception constitu&#233;e par les n&#233;vropathes. Mais les choses changent de face si nous consid&#233;rons les autres exigences instinctives. On observe alors, avec surprise et souci, que la majorit&#233; des hommes ob&#233;it aux d&#233;fenses culturelles s'y rattachant sous la seule pression de la contrainte externe, par cons&#233;quent l&#224; seulement o&#249; cette contrainte peut se faire sentir et tant qu'elle est &#224; redouter. Ceci s'applique aussi &#224; ces exigences culturelles dites morales qui touchent tout le monde de la m&#234;me fa&#231;on. Quand on entend dire qu'on ne peut se fier &#224; la moralit&#233; des hommes, il est le plus souvent question de choses de ce ressort. Il est d'innombrables civilis&#233;s qui reculeraient &#233;pouvant&#233;s &#224; l'id&#233;e du meurtre ou de l'inceste, mais qui ne se refusent pas la satisfaction de leur cupidit&#233;, de leur agressivit&#233;, de leurs convoitises sexuelles, qui n'h&#233;sitent pas &#224; nuire &#224; leur prochain par le mensonge, la tromperie, la calomnie, s'ils peuvent le faire avec impunit&#233;. Et il en fut sans doute ainsi de temps culturels imm&#233;moriaux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous consid&#233;rons &#224; pr&#233;sent les restrictions qui ne touchent qu'&#224; certaines classes de la soci&#233;t&#233;, on se trouve en pr&#233;sence d'un &#233;tat de choses &#233;vident et qui ne fut d'ailleurs jamais m&#233;connu. Il faut s'attendre &#224; ce que ces classes l&#233;s&#233;es envient aux privil&#233;gi&#233;s leurs privil&#232;ges et &#224; ce qu'elles fassent tout ce qui sera en leur pouvoir pour se lib&#233;rer de leur fardeau de privations suppl&#233;mentaires. L&#224; o&#249; cela n'est pas possible, une quantit&#233; durable de m&#233;contentement se fera jour au sein de cette civilisation, ce qui peut mener &#224; de dangereuses r&#233;voltes. Mais quand une civilisation n'a pas d&#233;pass&#233; le stade o&#249; la satisfaction d'une partie de ses participants a pour condition l'oppression des autres, peut-&#234;tre de la majorit&#233;, ce qui est le cas de toutes les civilisations actuelles, il est compr&#233;hensible qu'au c&#339;ur des opprim&#233;s grandisse une hostilit&#233; intense contre la civilisation rendue possible par leur labeur mais aux ressources de laquelle ils ont une trop faible part. On ne peut alors s'attendre &#224; trouver une int&#233;riorisation des interdictions culturelles chez ces opprim&#233;s ; ils sont bien plut&#244;t pr&#234;ts &#224; ne pas reconna&#238;tre ces interdictions, ils tendent &#224; d&#233;truire la civilisation elle-m&#234;me, voire &#224; nier &#233;ventuellement les bases sur lesquelles elle repose. Ces classes sont si manifestement hostiles &#224; la culture que l'hostilit&#233; latente des classes sociales mieux partag&#233;es est par comparaison pass&#233;e inaper&#231;ue. Inutile de dire qu'une civilisation qui laisse insatisfaits un aussi grand nombre de ses participants et les conduit &#224; la r&#233;bellion n'a aucune perspective de se maintenir de fa&#231;on durable et ne le m&#233;rite pas.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le degr&#233; d'int&#233;riorisation des r&#232;gles culturelles - pour parler de mani&#232;re populaire et non psychologique : le niveau moral de ses participants - n'est pas le seul bien d'ordre psychique qu'il convienne de consid&#233;rer quand il s'agit de juger de la valeur d'une civilisation. Il y a encore son patrimoine d'id&#233;als et de cr&#233;ations artistiques, ce qui revient &#224; dire : les satisfactions qui &#233;manent de ces id&#233;als et de ces cr&#233;ations.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sera que trop port&#233; &#224; englober dans le patrimoine spirituel d'une civilisation ses id&#233;als, c'est-&#224;-dire ses jugements relativement &#224; ce qui est le plus &#233;lev&#233; et &#224; ce qu'il est le plus souhaitable d'accomplir. Il semblerait au premier abord que ces id&#233;als dussent d&#233;terminer les formes d'activit&#233; du groupe culturel, mais l'ordre r&#233;el des facteurs doit &#234;tre celui-ci : les id&#233;als se mod&#232;lent sur les premi&#232;res formes d'activit&#233; que la coop&#233;ration des dons inn&#233;s et des circonstances ext&#233;rieures permettent pour une civilisation donn&#233;e, et ensuite ces premi&#232;res activit&#233;s se fixent sous forme d'un id&#233;al afin de servir d'exemples &#224; suivre. Ainsi, la satisfaction qu'un id&#233;al accorde aux participants d'une civilisation donn&#233;e est d'ordre narcissique, elle repose sur l'orgueil de ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; accompli avec succ&#232;s. Afin de parachever cette satisfaction, chaque civilisation se compare aux autres cultures, qui se sont consacr&#233;es &#224; d'autres taches et se sont &#233;rig&#233; d'autres id&#233;als. Gr&#226;ce &#224; ces diff&#233;rences, chaque civilisation s'arroge le droit de m&#233;priser les autres. C'est ainsi que les id&#233;als culturels deviennent une cause de discorde et d'inimiti&#233;, entre groupes culturels diff&#233;rents, ainsi qu'on peut clairement le voir entre nations.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La satisfaction narcissique engendr&#233;e par l'id&#233;al culturel est d'ailleurs une des forces qui contrebalance le plus efficacement l'hostilit&#233; contre la civilisation &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du groupe culturel. Non seulement les classes privil&#233;gi&#233;es, celles qui jouissent des bienfaits de cette culture, mais encore les opprim&#233;s y peuvent participer, le droit de m&#233;priser ceux qui n'appartiennent pas &#224; leur culture les d&#233;dommageant alors des pr&#233;judices qu'ils subissent &#224; l'int&#233;rieur de leur propre groupe. On est certes un mis&#233;rable pl&#233;b&#233;ien, la proie de toutes sortes d'obligations et du service militaire, mais on est en &#233;change citoyen romain, on a sa part &#224; la t&#226;che de dominer les autres nations et de leur dicter des lois. Cette identification des opprim&#233;s &#224; la classe qui les gouverne et les exploite n'est cependant qu'une partie d'un plus vaste ensemble. Les opprim&#233;s peuvent par ailleurs &#234;tre attach&#233;s affectivement &#224; ceux qui les oppriment, et malgr&#233; leur hostilit&#233; contre ceux-ci voir en leurs ma&#238;tres leur id&#233;al. Si de telles relations, au fond satisfaisantes, n'existaient pas, il serait incompr&#233;hensible que tant de civilisations aient pu se maintenir si longtemps malgr&#233; l'hostilit&#233; justifi&#233;e des foules.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre sorte est la satisfaction que l'art dispense aux participants d'une civilisation, bien que cette satisfaction reste en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale inaccessible aux foules, absorb&#233;es par un travail &#233;puisant et n'ayant pas re&#231;u l'&#233;ducation personnelle voulue. L'art, ainsi que nous le savons depuis longtemps, nous donne des satisfactions substitutives, en compensation des plus anciennes renonciations culturelles, de celles qui sont ressenties encore le plus profond&#233;ment, et par l&#224; n'a pas son &#233;gal pour r&#233;concilier l'homme avec les sacrifices qu'il a faits &#224; la civilisation. Par ailleurs, les &#339;uvres de l'art exaltent les sentiments d'identification, dont chaque groupe culturel a si grand besoin, en nous fournissant l'occasion d'&#233;prouver en commun de hautes jouissances ; elles se mettent encore au service d'une satisfaction narcissique, lorsqu'elles figurent les &#339;uvres d'une culture d&#233;termin&#233;e, lorsqu'elles lui rappellent de fa&#231;on saisissante ses id&#233;als.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie la plus importante de l'inventaire psychique d'une civilisation n'a pas encore &#233;t&#233; mentionn&#233;e. Ce sont, au sens le plus large, ses id&#233;es religieuses, - en d'autres termes, que nous justifierons plus tard, ses illusions.&lt;/p&gt;
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&lt;a href='http://www.caute.lautre.net/L-avenir-d-une-illusion-III-La-religion-les-representations-religieuses' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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