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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>l'apologue de la p&#233;pite</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thoreau, Henri David</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un homme avait trouv&#233; une grande p&#233;pite de 28 livres dans les mines de Bending en Australie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s vite il s'est mis &#224; boire, il s'est procur&#233; un cheval et s'est promen&#233; partout, g&#233;n&#233;ralement au grand galop ; quand il rencontrait des gens, il les interpellait pour leur demander s'ils savaient qui il &#233;tait, et les informait aimablement qu'il &#233;tait &#171; le pauvre diable qui avait trouv&#233; la p&#233;pite &#187;. Pour finir, il a heurt&#233; un arbre, et s'est pratiquement assomm&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y avait en l'occurrence (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Thoreau-" rel="directory"&gt;Thoreau&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un homme avait trouv&#233; une grande p&#233;pite de 28 livres dans les mines de Bending en Australie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite il s'est mis &#224; boire, il s'est procur&#233; un cheval et s'est promen&#233; partout, g&#233;n&#233;ralement au grand galop ; quand il rencontrait des gens, il les interpellait pour leur demander s'ils savaient qui il &#233;tait, et les informait aimablement qu'il &#233;tait &#171; le pauvre diable qui avait trouv&#233; la p&#233;pite &#187;. Pour finir, il a heurt&#233; un arbre, et s'est pratiquement assomm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait en l'occurrence aucun danger, car il s'&#233;tait d&#233;j&#224; assomm&#233; contre la p&#233;pite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Henri-David Thoreau, &lt;i&gt;La vie sans principe&lt;/i&gt;, Minuit, p.25 (l&#233;g&#232;rement adapt&#233;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Sucer toute la moelle de la vie</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Sucer-toute-la-moelle-de-la-vie</link>
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		<dc:date>2010-05-14T20:41:58Z</dc:date>
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		<dc:creator>Thoreau, Henri David</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je gagnai les bois parce que je voulais vivre suivant m&#251;re r&#233;flexion n'affronter que les actes essentiels de la vie, et voir si je ne pourrais apprendre ce qu'elle avait &#224; enseigner, non pas, quand je viendrais &#224; mourir, d&#233;couvrir que je n'avais pas v&#233;cu. Je ne voulais pas vivre ce qui n'&#233;tait pas la vie, la vie est si ch&#232;re ; plus que ne voulais pratiquer la r&#233;signation, s'il n'&#233;tait tout &#224; fait n&#233;cessaire. Ce qu'il me fallait, c'&#233;tait vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Thoreau-" rel="directory"&gt;Thoreau&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je gagnai les bois parce que je voulais vivre suivant m&#251;re r&#233;flexion n'affronter que les actes essentiels de la vie, et voir si je ne pourrais apprendre ce qu'elle avait &#224; enseigner, non pas, quand je viendrais &#224; mourir, d&#233;couvrir que je n'avais pas v&#233;cu. Je ne voulais pas vivre ce qui n'&#233;tait pas la vie, la vie est si ch&#232;re ; plus que ne voulais pratiquer la r&#233;signation, s'il n'&#233;tait tout &#224; fait n&#233;cessaire. Ce qu'il me fallait, c'&#233;tait vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie, vivre assez r&#233;solument, assez en Spartiate, pour mettre en d&#233;route tout ce qui n'&#233;tait pas la vie, couper un large andain et tondre ras, acculer la vie dans un coin, la r&#233;duire &#224; sa plus simple expression, et, si elle se d&#233;couvrait mesquine, eh bien, alors ! en tirer l'enti&#232;re, authentique mesquinerie, puis divulguer sa mesquinerie au monde ; ou si elle &#233;tait sublime, le savoir par exp&#233;rience, et pouvoir en rendre un compte fid&#232;le dans ma suivante excursion. Car pour la plupart, il me semble, les hommes se tiennent dans une &#233;trange incertitude &#224; son sujet, celle de savoir si elle est du diable ou de Dieu, et ont quelque peu h&#226;tivement conclu que c'est la principale fin de l'homme ici-bas que de &#171; Glorifier Dieu et de s'En r&#233;jouir &#224; jamais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore vivons-nous mesquinement, comme des fourmis ; quoique suivant la fable il y ait longtemps que nous f&#251;mes chang&#233;s en hommes ; tels des pygm&#233;es nous luttons contre des grues ; c'est l&#224; erreur sur erreur, rapi&#233;&#231;age sur rapi&#233;&#231;age, et c'est une infortune superflue autant qu'&#233;vitable qui fournit &#224; notre meilleure vertu l'occasion de se manifester. Notre vie se gaspille en d&#233;tail. Un honn&#234;te homme n'a gu&#232;re besoin de compter plus que ses dix doigts, ou dans les cas extr&#234;mes peut-il y ajouter ses dix doigts de pied, et mettre le reste en bloc. De la simplicit&#233;, de la simplicit&#233;, de la simplicit&#233; ! Oui, que vos affaires soient comme deux ou trois, et non cent ou mille ; au lieu d'un million comptez par demi-douzaine, et tenez vos comptes sur l'ongle du pouce. Au centre de cette mer clapoteuse qu'est la vie civilis&#233;e, tels sont les nuages et temp&#234;tes et sables mouvants et mille et un d&#233;tails dont il faut tenir compte, que s'il ne veut sombrer et aller au fond sans toucher le port, l'homme doit vivre suivant la route estim&#233;e or, grand calculateur en effet doit &#234;tre qui r&#233;ussit. Simplifiez, simplifiez. Au lieu de trois repas par jour, s'il est n&#233;cessaire n'en prenez qu'un ;au lieu de cent plats, cinq ; et r&#233;duisez le reste en proportion (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#234;te-t-on l'oreille aux plus timides mais constantes inspirations de son g&#233;nie, qui certainement sont sinc&#232;res, qu'on ne voit &#224; quels extr&#234;mes, sinon &#224; quelle d&#233;mence, il peut vous conduire ; cependant au fur et &#224; mesure que vous devenez plus r&#233;solu comme plus fid&#232;le &#224; vous-m&#234;me, c'est cette direction que suit votre chemin. Si timide que soit l'objection certaine que sent un homme sain, elle finira par pr&#233;valoir sur les arguments et coutumes du genre humain. Nul homme jamais ne suivit son g&#233;nie, qui se soit vu induit en erreur. En p&#251;t-il r&#233;sulter quelque faiblesse physique qu'aux yeux de personne les cons&#233;quences n'en purent passer pour regrettables, car celles-ci furent une vie de conformit&#233; &#224; des principes plus &#233;lev&#233;s. Si le jour et la nuit sont tels que vous les saluez avec joie, et si la vie exhale la suavit&#233; des fleurs et des odorantes herbes, est plus &#233;lastique, plus &#233;tincelante, plus immortelle - c'est l&#224; votre succ&#232;s. Toute la nature vient vous f&#233;liciter, et tout moment est motif &#224; vous b&#233;nir vous-m&#234;me. Les plus grands gains, les plus grandes valeurs, sont ceux que l'on appr&#233;cie le moins. Nous en venons facilement &#224; douter de leur existence. Nous ne tardons &#224; les oublier. Ils sont la plus haute r&#233;alit&#233;. Peut-&#234;tre les faits les plus &#233;bahissants et les plus r&#233;els ne se voient-ils jamais communiqu&#233;s d'homme &#224; homme. La v&#233;ritable moisson de ma vie quotidienne est en quelque sorte aussi intangible, aussi indescriptible, que les teintes du matin et du soir. C'est une petite poussi&#232;re d'&#233;toile entrevue, un segment de l'arc-en-ciel que j'ai &#233;treint.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Henri David Thoreau, &lt;i&gt;Walden ou la vie dans les bois&lt;/i&gt;, Gallimard, 1922, L'imaginaire, 1990, pp. 90-91 et 215&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;sob&#233;issance civile</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/La-desobeissance-civile</link>
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		<dc:date>2008-12-20T11:11:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thoreau, Henri David</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Henry Thoreau, Traduction de Micheline Flak, &#201;ditions JJ Pauvert, Libert&#233;s nouvelles 2, 1977. Voyez l'article de Sandra Laugier Le mod&#232;le am&#233;ricain de la d&#233;sob&#233;issance civile, de Thoreau &#224; nos jours &lt;br class='autobr' /&gt; De grand coeur, j'accepte la devise : &#171; Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins &#187; et j'aimerais la voir suivie de mani&#232;re plus rapide et plus syst&#233;matique. Pouss&#233;e &#224; fond, elle se ram&#232;ne &#224; ceci auquel je crois &#233;galement : &#171; que le gouvernement le meilleur est celui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Thoreau-" rel="directory"&gt;Thoreau&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Henry Thoreau,&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduction de Micheline Flak,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ditions JJ Pauvert,&lt;br class='autobr' /&gt;
Libert&#233;s nouvelles 2, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Voyez l'article de Sandra Laugier &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Le-modele-americain-de-la-desobeissance-civile-de-Thoreau-a-nos-jours-par' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le mod&#232;le am&#233;ricain de la d&#233;sob&#233;issance civile, de Thoreau &#224; nos jours&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De grand coeur, j'accepte la devise : &#171; Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins &#187; et j'aimerais la voir suivie de mani&#232;re plus rapide et plus syst&#233;matique. Pouss&#233;e &#224; fond, elle se ram&#232;ne &#224; ceci auquel je crois &#233;galement : &#171; que le gouvernement le meilleur est celui qui ne gouverne pas du tout &#187; et lorsque les hommes y seront pr&#233;par&#233;s, ce sera le genre de gouvernement qu'ils auront. Tout gouvernement n'est au mieux qu'une &#171; utilit&#233; &#187; mais la plupart des gouvernements, d'habitude, et tous les gouvernements, parfois, ne se montrent gu&#232;re utiles. Les nombreuses objections &#8212; et elles sont de taille &#8212; qu'on avance contre une arm&#233;e permanente m&#233;ritent de pr&#233;valoir ; on peut aussi finalement les all&#233;guer contre un gouvernement permanent. L'arm&#233;e permanente n'est que l'arme d'un gouvernement permanent. Le gouvernement lui-m&#234;me &#8212; simple interm&#233;diaire choisi par les gens pour ex&#233;cuter leur volont&#233; &#8212;, est &#233;galement susceptible d'&#234;tre abus&#233; et perverti avant que les gens puissent agir par lui. T&#233;moin en ce moment la guerre du Mexique , &#339;uvre d'un groupe relativement restreint d'individus qui se servent du gouvernement permanent comme d'un outil ; car au d&#233;part, jamais les gens n'auraient consenti &#224; cette entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le gouvernement am&#233;ricain &#8212; qu'est-ce donc sinon une tradition, toute r&#233;cente, qui tente de se transmettre intacte &#224; la post&#233;rit&#233;, mais perd &#224; chaque instant de son int&#233;grit&#233; ? Il n'a ni vitalit&#233; ni l'&#233;nergie d'un seul homme en vie, car un seul homme peut le plier &#224; sa volont&#233;. C'est une sorte de canon en bois que se donnent les gens. Mais il n'en est pas moins n&#233;cessaire, car il faut au peuple des machineries bien compliqu&#233;es &#8212; n'importe lesquelles pourvu qu'elles p&#233;taradent &#8212; afin de r&#233;pondre &#224; l'id&#233;e qu'il se fait du gouvernement. Les gouvernements nous montrent avec quel succ&#232;s on peut imposer aux hommes, et mieux, comme ceux-ci peuvent s'en imposer &#224; eux-m&#234;mes, pour leur propre avantage. Cela est parfait, nous devons tous en convenir. Pourtant, ce gouvernement n'a jamais de lui-m&#234;me encourag&#233; aucune entreprise, si ce n'est par sa promptitude &#224; s'esquiver. Ce n'est pas lui qui garde au pays sa libert&#233;, ni lui qui met l'Ouest en valeur , ni lui qui instruit. C'est le caract&#232;re inh&#233;rent au peuple am&#233;ricain qui accomplit tout cela et il en et il en aurait fait un peu plus si le gouvernement ne lui avait souvent mis des b&#226;tons dans les roues. Car le gouvernement est une &#171; utilit&#233; &#187; gr&#226;ce &#224; laquelle les hommes voudraient bien arriver &#224; vivre chacun &#224; sa guise, et, comme on l'a dit, plus il est utile, plus il laisse chacun des gouvern&#233;s vivre &#224; sa guise. Le commerce et les affaires s'ils n'avaient pas de ressort propre, n'arriveraient jamais &#224; rebondir par-dessus les emb&#251;ches que les l&#233;gislateurs leur suscitent perp&#233;tuellement et, s'il fallait juger ces derniers en bloc sur les cons&#233;quences de leurs actes, et non sur leurs intentions, ils m&#233;riteraient d'&#234;tre class&#233;s et punis au rang des malfaiteurs qui s&#232;ment des obstacles sur les voies ferr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais pour parler en homme pratique et en citoyen, au contraire de ceux qui se disent anarchistes, je ne demande pas d'embl&#233;e &#171; point de gouvernement &#187;, mais d'embl&#233;e un meilleur gouvernement. Que chacun fasse conna&#238;tre le genre de gouvernement qui commande son respect et ce sera le premier pas pour l'obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s tout, la raison pratique pour laquelle, le pouvoir une fois aux mains du peuple, on permet &#224; une majorit&#233; de r&#233;gner contin&#251;ment sur une longue p&#233;riode ne tient pas tant aux chances qu'elle a d'&#234;tre dans le vrai, ni &#224; l'apparence de justice offerte &#224; la minorit&#233;, qu'&#224; la pr&#233;&#233;minence de sa force physique. Or un gouvernement, o&#249; la majorit&#233; r&#232;gne dans tous les cas, ne peut &#234;tre fond&#233; sur la justice, m&#234;me telle que les hommes l'entendent. Ne peut-il exister de gouvernement o&#249; ce ne seraient pas les majorit&#233;s qui trancheraient du bien ou du mal, mais la cons-cience ? o&#249; les majorit&#233;s ne trancheraient que des questions justiciables de la r&#232;gle d'opportunit&#233; ? Le citoyen doit-il jamais un instant abdiquer sa conscience au l&#233;gislateur ? A quoi bon la conscience individuelle alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je crois que nous devrions &#234;tre hommes d'abord et sujets ensuite. Il n'est pas souhaitable de cultiver le m&#234;me respect pour la loi et pour le bien. La seule obligation qui m'incombe est de faire bien. On a dit assez justement qu'un groupement d'hommes n'a pas de conscience, mais un groupement d'hommes consciencieux devient un groupement dou&#233; de conscience. La loi n'a jamais rendu les hommes un brin plus justes, et par l'effet du respect qu'ils lui t&#233;moignent les gens les mieux intentionn&#233;s se font chaque jour les commis de l'injustice. Le r&#233;sultat courant et naturel d'un respect indu pour la loi, c'est qu'on peut voir une file de militaires, colonel, capitaine, caporal et simples soldats, enfants de troupe et toute la clique, marchant au combat par monts et par vaux dans un ordre admirable contre leur gr&#233;, que dis-je ? contre leur bon sens et contre leur conscience, ce qui rend cette marche fort &#226;pre en v&#233;rit&#233; et &#233;prouvante pour le c&#339;ur. Ils n'en doutent pas le moins du monde : c'est une vilaine affaire que celle o&#249; ils sont engag&#233;s. Ils ont tous des dispositions pacifiques. Or, que sont-ils ? Des hommes vraiment ?, ou bien des petits fortins, des magasins ambulants au service d'un personnage sans scrupules qui d&#233;tient le pouvoir ? Visitez l'Arsenal de la Flotte et arr&#234;tez-vous devant un fusilier marin, un de ces hommes comme peut en fabriquer le gouvernement am&#233;ricain ou ce qu'il peut faire d'un homme avec sa magie noire ; ombre r&#233;miniscente de l'humanit&#233;, un homme debout vivant dans son suaire et d&#233;j&#224;, si l'on peut dire, enseveli sous les armes, avec les accessoires fun&#233;raires, bien que peut &#234;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Ni tambour, ni musique alors n'accompagn&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt; Sa d&#233;pouille, au rempart emmen&#233;e au galop ;&lt;br class='autobr' /&gt; nulles salves d'adieu, de m&#234;me, n'honor&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt; La tombe o&#249; nous avions couch&#233; notre h&#233;ros&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La masse des hommes sert ainsi l'&#201;tat, non point en humains, mais en machines avec leur corps. C'est eux l'arm&#233;e permanente, et la milice, les ge&#244;liers, les gendarmes, la force publique, etc... La plupart du temps sans exercer du tout leur libre jugement ou leur sens moral ; au contraire, il se ravalent au niveau du bois, de la terre et des pierres et on doit pouvoir fabriquer de ces automates qui rendront le m&#234;me service. Ceux-l&#224; ne commandent pas plus le respect qu'un bonhomme de paille ou une motte de terre. Ils ont la m&#234;me valeur marchande que des chevaux et des chiens. Et pourtant on les tient g&#233;n&#233;ralement pour de bons citoyens. D'autres, comme la plupart des l&#233;gislateurs, des politiciens, des juristes, des ministres et des fonctionnaires, servent surtout l'&#201;tat avec leur intellect et, comme ils font rarement de distinctions morales, il arrive que sans le vouloir, ils servent le D&#233;mon aussi bien que Dieu. Une &#233;lite, les h&#233;ros, les patriotes, les martyrs, les r&#233;formateurs au sens noble du terme, et des hommes,mettent aussi leur conscience au service de l'&#201;tat et en viennent forc&#233;ment, pour la plupart &#224; lui r&#233;sister. Ils sont couramment trait&#233;s par lui en ennemis. Un sage ne servira qu'en sa qualit&#233; d'homme et ne se laissera pas r&#233;duire &#224; &#234;tre &#171; la glaise &#187; qui &#171; bouche le trou par o&#249; soufflait le vent &#187; ; il laisse ce r&#244;le &#224; ses cendres pour le moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Je suis de trop haut lieu pour me laisser approprier&lt;br class='autobr' /&gt; Pour &#234;tre un subalterne sous contr&#244;le&lt;br class='autobr' /&gt; Le valet et l'instrument commode&lt;br class='autobr' /&gt; D'aucun &#201;tat souverain de par le monde&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Celui qui se voue corps et &#226;me &#224; ses semblables passe &#224; leurs yeux pour un bon &#224; rien, un &#233;go&#239;ste, mais celui qui ne leur voue qu'une parcelle de lui-m&#234;me est salu&#233; des titres de bienfaiteur et philanthrope.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelle attitude doit adopter aujourd'hui un homme face au gouvernement am&#233;ricain ? Je r&#233;pondrai qu'il ne peut sans d&#233;choir s'y associer. Pas un instant, je ne saurais reconna&#238;tre pour mon gouvernement cette organisation politique qui est aussi le gouvernement de &lt;i&gt;l'esclave&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tous les hommes reconnaissent le droit &#224; la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire le droit de refuser fid&#233;lit&#233; et all&#233;geance au gouvernement et le droit de lui r&#233;sister quand sa tyrannie ou son incapacit&#233; sont notoires et intol&#233;rables. Il n'en est gu&#232;re pour dire que c'est le cas maintenant. Mais ce l'&#233;tait, pense-t-on, &#224; la R&#233;volution de 1775. Si l'on venait me dire que le gouvernement d'alors &#233;tait mauvais, parce qu'il taxait certaines denr&#233;es &#233;trang&#232;res entrant dans ses ports, il y aurait gros &#224; parier que je m'en soucierais comme d'une guigne, car je peux me passer de ces produits-l&#224;. Toutes les machines ont leur friction et peut-&#234;tre celle-l&#224; fait-elle assez de bien pour contrebalancer le mal. En tout cas., c'est une belle erreur de faire tant d'embarras pour si peu. Mais quand la friction en arrive &#224; avoir sa machine et que l'oppression et le vol sont organis&#233;s, alors je dis &#171; d&#233;barrassons-nous de cette machine &#187;. En d'autres termes, lorsqu'un sixi&#232;me de la population d'une nation qui se pr&#233;tend le havre de la libert&#233; est compos&#233; d'esclaves, et que tout un pays est injustement envahi et conquis par une arm&#233;e &#233;trang&#232;re et soumis &#224; la loi martiale, je pense qu'il n'est pas trop t&#244;t pour les honn&#234;tes gens de se soulever et de passer &#224; la r&#233;volte. Ce devoir est d'autant plus imp&#233;rieux que ce n'est pas notre pays qui est envahi, mais que c'est nous l'envahisseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Paley qui fait g&#233;n&#233;ralement autorit&#233; en mati&#232;re de morale, dans son chapitre intitul&#233; &#171; Sur le devoir de la soumission au Gouvernement civil &#187;, ram&#232;ne toute obligation civique &#224; une formule d'opportunisme et il poursuit &#171; Aussi longtemps que l'int&#233;r&#234;t de toute la soci&#233;t&#233; l'exige, c'est-&#224;-dire tant qu'on ne peut r&#233;sister au gouvernement &#233;tabli ou le changer sans troubler l'ordre public, la volont&#233; de Dieu est d'ob&#233;ir au gouvernement &#233;tabli et de ne plus... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce principe, une fois admis, la justice de chaque cas particulier de r&#233;sistance se r&#233;duit &#224; une &#233;valuation de l'importance du danger et du grief d'une part, et de la probabilit&#233; et du prix de la r&#233;forme d'autre part. &#171; Sur ce point, dit-il, chacun est juge. &#187; Mais Paley semble n'avoir jamais envisag&#233; de cas auxquels la r&#232;gle d'opportunisme n'est pas applicable, o&#249; un peuple aussi bien qu'un individu doit faire justice, &#224; tout prix. Si j'ai injustement arrach&#233; une planche &#224; l'homme qui se noie, je dois la lui rendre au risque de me noyer. Ceci, selon Paley, serait inopportun. Mais celui qui, dans un tel cas, voudrait sauver sa vie, la perdrait. Ce peuple doit cesser de maintenir l'esclavage et de porter la guerre au Mexique, m&#234;me au prix de son existence nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la pratique, les nations sont d'accord avec Paley, mais y a-t-il quelqu'un pour penser que le Massachusetts agisse en toute justice dans la conjoncture actuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Dans ses brocards de pute, un &#201;tat qui tapine&lt;br class='autobr' /&gt; La tra&#238;ne port&#233;e haut, et l'&#226;me &#224; la sentine.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En langage clair, ce n'est pas la kyrielle de politiciens du Sud qui s'oppose &#224; une r&#233;forme au Massachusetts, mais la kyrielle de marchands et de fermiers qui s'int&#233;ressent davantage au commerce et &#224; l'agriculture qu'&#224; l'humanit&#233; et qui ne sont nullement pr&#234;ts &#224; rendre justice &#224; l'esclave et au Mexique, &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne cherche pas querelle &#224; des ennemis lointains mais &#224; ceux qui, tout pr&#232;s de moi, collaborent avec ces ennemis lointains et leur sont soumis : priv&#233;s d'aide ces gens-l&#224; seraient inoffensifs. Nous sommes accoutum&#233;s de dire que la masse des hommes n'est pas pr&#234;te ; mais le progr&#232;s est lent, parce que l'&#233;lite n'est, mat&#233;riellement, ni plus avis&#233;e ni meilleure que la masse. Le plus important n'est pas que vous soyez au nombre des bonnes gens mais qu'il existe quelque part une bont&#233; absolue, car cela fera lever toute la p&#226;te. Il y a des milliers de gens qui &lt;i&gt;par principes&lt;/i&gt; opposent &#224; l'esclavage et &#224; la guerre mais qui en pratique ne font rien pour y mettre un terme ; qui se proclamant h&#233;ritiers de Washington ou de Franklin, restent plant&#233;s les mains dans les poches &#224; dire qu'ils ne savent que faire et ne font rien ; qui m&#234;me subordonnent la question de la libert&#233; &#224; celle du libre &#233;change et lisent, apr&#232;s d&#238;ner, les nouvelles de la guerre du Mexique avec la m&#234;me placidit&#233; que les cours de la Bourse et peut-&#234;tre, s'endorment sur les deux. Quel est le cours d'un honn&#234;te homme et d'un patriote aujourd'hui ? On tergiverse, on d&#233;plore et quelquefois on p&#233;titionne, mais on n'entreprend rien de s&#233;rieux ni d'effectif. On attend, avec bienveillance, que d'autres rem&#233;dient au mal, afin de n'avoir plus &#224; le d&#233;plorer. Tout au plus, offre-t-on un vote bon march&#233;, un maigre encouragement, un &#171; Dieu vous assiste &#187; &#224; la justice quand elle passe. Il y a 999 d&#233;fenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux. Mais il est plus facile de traiter avec le l&#233;gitime possesseur d'une chose qu'avec son gardien provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout vote est une sorte de jeu, comme les &#233;checs ou le trictrac, avec en plus une l&#233;g&#232;re nuance morale o&#249; le bien et le mal sont l'enjeu ; les probl&#232;mes moraux et les paris, naturellement l'accompagnent. Le caract&#232;re des votants est hors jeu. je donne mon vote, c'est possible, &#224; ce que j'estime juste ; mais il ne m'est pas d'une importance vitale que ce juste l'emporte. Je veux bien l'abandonner &#224; la majorit&#233;. Son urgence s'impose toujours en raison de son opportunit&#233;. M&#234;me voter &lt;i&gt;pour ce qui est juste&lt;/i&gt;, ce n'est rien &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; pour la justice. Cela revient &#224; exprimer mollement votre d&#233;sir qu'elle l'emporte. Un sage n'abandonne pas la justice aux caprices du hasard ; il ne souhaite pas non plus qu'elle l'emporte par le pouvoir d'une majorit&#233;. Il y a bien peu de vertu dans l'action des masses humaines. Lorsqu'&#224; la longue la majorit&#233; votera pour l'abolition de l'esclavage, ce sera soit par indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de l'esclavage, soit pour la raison qu'il ne restera plus d'esclavage &#224; abolir par le vote. Ce seront &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;,alors, les v&#233;ritables esclaves. &lt;i&gt;Seul&lt;/i&gt; peut h&#226;ter l'abolition de l'esclavage, celui qui, par son vote, affirme sa propre libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'entends parler d'une &#171; Convention &#187; pr&#233;vue &#224; Baltimore ou ailleurs pour choisir un candidat &#224; la Pr&#233;sidence ; cette &#171; Convention &#187; serait principalement constitu&#233;e de r&#233;dacteurs en chef de journaux et de politiciens de carri&#232;re ; mais moi, je me dis : qu'importe &#224; un homme ind&#233;pendant, intelligent et respectable la d&#233;cision o&#249; ils peuvent aboutir ? N'aurons-nous pas quand m&#234;me le b&#233;n&#233;fice de la sagesse et de l'honn&#234;tet&#233; de cet homme-l&#224; ? Ne pouvons-nous tabler sur des votes ind&#233;pendants ? Le pays ne compte-t-il pas nombre d'individus qui n'assistent pas aux conventions ? Mais non, je m'aper&#231;ois que des hommes honorables, ou soi-disant tels, ont imm&#233;diatement d&#233;vi&#233; de leur position et d&#233;sesp&#232;rent de leur pays, alors que leur pays aurait bien plut&#244;t sujet de d&#233;sesp&#233;rer d'eux. Ils adoptent sans tarder un des candidats ainsi choisis comme le seul &lt;i&gt;disponible&lt;/i&gt;, prouvant ainsi leur propre &lt;i&gt;disponibilit&#233;&lt;/i&gt; aux desseins du d&#233;magogue. Leur voix n'a pas plus de valeur que celle d'un quelconque &#233;tranger sans principes ou d'un Am&#233;ricain qui s'est vendu. Oh ! que ne puis-je trouver un &lt;i&gt;homme&lt;/i&gt;, un vrai, comme dit l'autre pas une chiffe qu'on retourne comme un gant ! Nos statistiques sont en d&#233;faut : le chiffre de la population a &#233;t&#233; surfait. Combien d'hommesy a-t-il dans ce pays pour 1 000 m2 ? A peine un. L'Am&#233;rique n'offre-t-elle pas aux hommes la moindre tentation de venir s'y fixer ? L'Am&#233;ricain s'est r&#233;duit &#224; n'&#234;tre qu'un &#171; Membre Affili&#233; &#187; &#8212; type reconnaissable &#224; l'hypertrophie de son sens gr&#233;gaire et &#224; un manque manifeste d'intellect et d'all&#232;gre confiance en soi &#8212; dont le premier et le principal souci en venant au monde est de veiller &#224; l'entretien des Hospices et &#8212; avant m&#234;me d'avoir endoss&#233; comme il se doit la Toge virile &#8212; de s'en aller ouvrir une souscription pour le soutien des veuves et des orphelins &#233;ventuels ; qui, en un mot, ne s'aventure &#224; vivre que soutenu par sa Compagnie d'Assurances Mutuelles, en &#233;change de la promesse d'un bel enterrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est une obligation pour personne, bien s&#251;r, de se vouer &#224; l'extirpation de tel ou tel mal, aussi criant et injuste soit-il ; on peut tr&#232;s bien se consacrer &#224; d'autres poursuites ; mais qu'au moins on ne s'en lave pas les mains : ne pas accorder &#224; ce mal d'attention soutenue ne veut pas dire qu'il faille lui accorder un appui de fait. Si je me livre &#224; d'autres activit&#233;s, &#224; d'autres projets, il me faudrait au moins veiller d'abord &#224; ne pas les poursuivre juch&#233; sur les &#233;paules d'autrui. Je dois d'abord en descendre pour permettre &#224; mon prochain de poursuivre, lui aussi, ses projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voyez quelle grossi&#232;re ambigu&#239;t&#233; on tol&#232;re ! J'ai entendu dire &#224; certains de mes compatriotes : &#171; Il ferait beau voir qu'on me mette en demeure d'aider &#224; m&#226;ter une r&#233;volte des esclaves ou de me mobiliser pour le Mexique. Vous verriez si j'irais ! &#187; ; et pourtant, ces m&#234;mes hommes ont chacun directement par leur ob&#233;issance, et de la sorte indirectement par leur argent, avanc&#233; un rempla&#231;ant. Il est applaudi le soldat qui refuse de servir dans une guerre injuste, par ceux-l&#224; m&#234;mes qui ne refusent pas de servir le gouvernement injuste qui fait la guerre ; il est applaudi par ceux-l&#224; m&#234;mes dont il d&#233;daigne et r&#233;duit &#224; n&#233;ant l'autorit&#233; ; comme si l'&#201;tat devenu p&#233;nitent allait jusqu'&#224; engager quelqu'un pour se faire fouetter au moment du p&#233;ch&#233;, sans s'arr&#234;ter un instant de p&#233;cher pour autant. Ainsi, sous le nom d'Ordre et de Gouvernement Civique, nous sommes tous amen&#233;s &#224; rendre hommage et all&#233;geance &#224; notre propre m&#233;diocrit&#233;. On rougit d'abord de son crime et puis on s'y habitue ; et le voil&#224; qui d'immoral devient amoral et non sans usage dans la vie que nous nous sommes fabriqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'erreur la plus vaste et la plus r&#233;pandue exige pour la soutenir la vertu la plus d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Le l&#233;ger reproche auquel se pr&#234;te d'habitude la vertu de patriotisme, ce sont les &#226;mes nobles qui sont les plus susceptibles de l'encourir. Les gens qui, tout en d&#233;sapprouvant le caract&#232;re et les mesures d'un gouvernement, lui conc&#232;dent leur ob&#233;issance et leur appui sont sans conteste ses partisans les plus z&#233;l&#233;s et par l&#224;, fr&#233;quemment, l'obstacle le plus s&#233;rieux aux r&#233;formes. D'aucuns requi&#232;rent l'&#201;tat de dissoudre l'Union, de passer outre aux injonctions du Pr&#233;sident. Pourquoi ne pas la dissoudre eux-m&#234;mes &#8212; l'union entre eux et l'&#201;tat &#8212; en refusant de verser leur quote-part au Tr&#233;sor ? N'ont-ils pas vis-&#224;-vis de l'&#201;tat la m&#234;me relation que l'&#201;tat vis-&#224;-vis de l'Union ? Et les m&#234;mes raisons qui les ont emp&#234;ch&#233;s de r&#233;sister &#224; l'Union, ne les ont-elles pas emp&#234;ch&#233;s de r&#233;sister &#224; l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment peut-on se contenter d'avoir tout bonnement une opinion et se complaire &#224; &#231;a ? Quel plaisir peut-on trouver &#224; entretenir l'opinion qu'on est opprim&#233; ? Si votre voisin vous refait, ne serait-ce que d'un dollar, vous ne vous bornez pas &#224; constater, &#224; proclamer qu'il vous a roul&#233;, ni m&#234;me &#224; faire une p&#233;tition pour qu'il vous restitue votre d&#251; ; vous prenez sur-le champ des mesures &#233;nergiques pour rentrer dans votre argent et vous assurer contre toute nouvelle fraude. L'action fond&#233;e sur un principe, la perception et l'accomplissement de ce qui est juste, voil&#224; qui change la face des choses et des relations ; elle est r&#233;volutionnaire par essence, elle n'a aucun pr&#233;c&#233;dent v&#233;ritable. Elle ne s&#232;me pas seulement la division dans les &#201;tats et les &#201;glises, mais aussi dans les familles ; bien plus, elle divise &lt;i&gt;l'individu&lt;/i&gt;, s&#233;parant en lui le diabolique du divin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il existe des lois injustes : consentirons-nous &#224; leur ob&#233;ir ? Tenterons-nous de les amender en leur ob&#233;issant jusqu'&#224; ce que nous soyons arriv&#233;s &#224; nos fins &#8212; ou les transgresserons-nous tout de suite ? En g&#233;n&#233;ral, les hommes, sous un gouvernement comme le n&#244;tre, croient de leur devoir d'attendre que la majorit&#233; se soit rendue &#224; leurs raisons. Ils croient que s'ils r&#233;sistaient, le rem&#232;de serait pire que le mal ; mais si le rem&#232;de se r&#233;v&#232;le pire que le mal, c'est bien la faute du gouvernement. C'est lui le responsable. Pourquoi n'est-il pas plus dispos&#233; &#224; pr&#233;voir et &#224; accomplir des r&#233;formes ? Pourquoi n'a-t-il pas d'&#233;gards pour sa minorit&#233; &#233;clair&#233;e ? Pourquoi pousse-t-il les hauts cris et se d&#233;fend-il avant qu'on le touche ? Pourquoi n'encourage-t-il pas les citoyens &#224; rester en alerte pour lui signaler ses erreurs et am&#233;liorer ses propres d&#233;cisions ? Pourquoi crucifie-t-il toujours le Christ &#8212; pourquoi excommunie-t-il COPERNIC et LUTHER et d&#233;nonce-t-il WASHINGTON et FRANKLIN comme rebelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On dirait que le refus d&#233;lib&#233;r&#233; et effectif de son autorit&#233; est le seul crime que le gouvernement n'ait jamais envisag&#233;, sinon pourquoi n'a-t-il pas mis au point de ch&#226;timent d&#233;fini, convenable et appropri&#233; ? Si un homme qui ne poss&#232;de rien refuse, ne serait-ce qu'une fois, de gagner un dollar au profit de l'&#201;tat, on le jette en prison pour une dur&#233;e qu'aucune loi, &#224; ma connaissance, ne d&#233;finit et qui est laiss&#233;e &#224; la discr&#233;tion de ceux qui l'y ont envoy&#233; ; mais vole-t-il mille fois un dollar &#224; l'&#201;tat qu'on le rel&#226;che aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si l'injustice est indissociable du frottement n&#233;cessaire &#224; la machine gouvernementale, l'affaire est entendue. Il s'att&#233;nuera bien &#224; l'usage &#8212; la machine finira par s'user, n'en doutons pas. Si l'injustice a un ressort, une poulie, une corde ou une manivelle qui lui est sp&#233;cialement d&#233;volue, il est peut-&#234;tre grand temps de se demander si le rem&#232;de n'est pas pire que le mal ; mais si, de par sa nature, cette machine veut faire de nous l'instrument de l'injustice envers notre prochain, alors je vous le dis, enfreignez la loi. Que votre vie soit un contre-frottement pour stopper la machine. Il faut que je veille, en tout cas, &#224; ne pas me pr&#234;ter au mal que je condamne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quant &#224; recourir aux moyens que l'&#201;tat a pr&#233;vus pour rem&#233;dier au mal, ces moyens-l&#224;, je n'en veux rien savoir. Ils prennent trop de temps et la vie d'un homme n'y suffirait pas. J'ai autre chose &#224; faire. Si je suis venu au inonde, ce n'est pour le transformer en un lieu o&#249; il fasse bon vivre, mais pour y vivre, qu'il soit bon ou mauvais. Un homme n'a pas tout &#224; faire mais quelque chose, et qu'il n'ait pas la possibilit&#233; de toutfaire ne signifie pas qu'il doive faire quelque chosede mal. Ce n'est pas mon affaire de pr&#233;senter des p&#233;titions au gouverneur ou au Corps L&#233;gislatif ; &#231;a n'est pas la leur de m'en pr&#233;senter non plus, car s'ils ne tiennent pas compte de ma p&#233;tition, que devrais-je faire ? Dans ce seul cas, l'&#201;tat n'a pr&#233;vu aucun recours : le mal r&#233;side dans la Constitution elle-m&#234;me. Cela peut sembler dur, born&#233; et intransigeant, mais c'est traiter avec la plus extr&#234;me bont&#233; et consid&#233;ration le seul esprit qui soit &#224; m&#234;me de l'appr&#233;cier et de la m&#233;riter. Il en est ainsi de tous changements en bien, comme la mort et la vie, qui s'op&#232;rent dans les convulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je n'h&#233;site pas &#224; le dire : ceux qui se disent abolitionnistes devraient, sur-le-champ, retirer tout de bon leur appui, tant dans leur personne que dans leurs biens, au gouvernement du Massachusetts, et cela sans attendre de 'constituer la majorit&#233; d'une voix, pour permettre &#224; la justice de triompher gr&#226;ce &#224; eux. S'ils &#233;coutent la voix de Dieu ils n'ont nul besoin, me semble-t-il, de compter sur une autre voix. En outre, tout homme qui a raison contre les autres, constitue d&#233;j&#224; une majorit&#233; d'une voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le gouvernement am&#233;ricain ou son repr&#233;sentant, le gouvernement du Massachusetts, je le rencontre directement, et face &#224; face, une fois l'an &#8212; pas plus &#8212; en la personne de son percepteur ; c'est la seule forme sous laquelle un homme dans ma condition rencontre forc&#233;ment l'&#201;tat qui me dit alors clairement : &#171; Reconnais-moi. &#187; Alors, dans ce cas, la mani&#232;re la plus simple, la plus efficace et, dans la conjoncture actuelle, la mani&#232;re la plus urgente de traiter avec lui de la question, et d'exprimer la maigre satisfaction et tendresse qu'il nous inspire, c'est de le d&#233;savouer sur l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mon voisin fort civil, le percepteur, est bien l'homme &#224; qui j'ai affaire &#8212; car c'est &#224; tout prendre avec des hommes et non avec des parchemins que j'ai querelle &#8212; et il a d&#233;lib&#233;r&#233;ment choisi d'&#234;tre fonctionnaire. Comment saura-t-il vraiment ce qu'il est et ce qu'il fait en sa qualit&#233; de fonctionnaire et en sa qualit&#233; d'homme ? Jamais tant qu'il ne sera pas mis en demeure de consid&#233;rer s'il doit me traiter, moi son voisin respect&#233;, en voisin et en homme bien intentionn&#233;, ou bien en fou furieux et en perturbateur de l'ordre public ; tant qu'il ne sera pas forc&#233; de trouver le moyen de surmonter l'obstacle &#224; nos relations amicales sans c&#233;der aux pens&#233;es et aux paroles discourtoises et violentes qui vont de pair avec ses actes. je suis convaincu que si un millier, si une centaine, si une dizaine d'hommes que je pourrais nommer &#8212; si seulement dix &lt;i&gt;honn&#234;tes&lt;/i&gt; gens &#8212; que dis-je ? Si un seul HONN&#202;TE homme cessait, dans notre &#201;tat du Massachusetts de &lt;i&gt;garder des esclaves&lt;/i&gt;, venait vraiment &#224; se retirer de cette confr&#233;rie, quitte &#224; se faire jeter dans la prison du Comt&#233;, cela signifierait l'abolition de l'esclavage en Am&#233;rique. Car peu importe qu'un d&#233;but soit modeste : ce qui est bien fait au d&#233;part est fait pour toujours. Mais nous aimons mieux en discuter &#8212; c'est cela que nous appelons notre mission. La r&#233;forme entretient &#224; son service des quantit&#233;s de journaux, mais pas un seul homme. Si mon digne voisin, l'Ambassadeur d'&#201;tat qui consacre son existence au r&#232;glement du probl&#232;me des droits de l'homme &#224; la Chambre du Conseil, au lieu de se laisser menacer des prisons de la Caroline, devait se pr&#233;senter en prisonnier du Massachusetts, cet &#201;tat qui est si anxieux de rejeter sur sa s&#339;ur le crime de l'esclavage, encore qu'il ne puisse &#224; ce jour d&#233;couvrir d'autre grief &#224; l'encontre de celle-ci qu'un acte d'inhospitalit&#233; &#8212; le corps l&#233;gislatif n'&#233;carterait pas tout &#224; fait le sujet l'hiver prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sous un gouvernement qui emprisonne quiconque injustement, la v&#233;ritable place d'un homme juste est aussi en prison. La place qui convient aujourd'hui, la seule place que le Massachusetts ait pr&#233;vue pour ses esprits les plus libres et les moins abattus, c'est la prison d'&#201;tat. Ce dernier les met dehors et leur ferme la porte au nez. Ne se sont-ils pas mis dehors eux-m&#234;mes, de par leurs principes ? C'est l&#224; que l'esclave fugitif et le prisonnier mexicain en libert&#233; surveill&#233;e, et l'Indien venu pour invoquer les torts caus&#233;s &#224; sa race, les trouveront sur ce terrain isol&#233;, mais libre et honorable o&#249; l'&#201;tat rel&#232;gue ceux qui ne sont pas aveclui, mais contrelui : c'est, au sein d'un &#201;tat esclavagiste, le seul domicile o&#249; un homme libre puisse trouver un g&#238;te honorable. S'il y en a pour penser que leur influence y perdrait et que leur voix ne blesserait plus l'oreille de l'&#201;tat, qu'ils n'appara&#238;traient plus comme l'ennemi mena&#231;ant ses murailles, ceux-l&#224; ignorent de combien la v&#233;rit&#233; est plus forte que l'erreur, de combien plus d'&#233;loquence et d'efficacit&#233; est dou&#233; dans sa lutte contre l'injustice l'homme qui l'a &#233;prouv&#233;e un peu dans sa personne m&#234;me. Donnez tout votre vote, pas seulement un bout de papier, mais toute votre influence. Une minorit&#233; ne peut rien tant qu'elle se conforme &#224; la majorit&#233; ; ce n'est m&#234;me pas alors une minorit&#233;. Mais elle est irr&#233;sistible lorsqu'elle fait obstruction de tout son poids. S'il n'est d'autre alternative que celle-ci : garder tous les justes en prison ou bien abandonner la guerre et l'esclavage, l'&#201;tat n'h&#233;sitera pas &#224; choisir. Si un millier d'hommes devaient s'abstenir de payer leurs imp&#244;ts cette ann&#233;e, ce ne serait pas une initiative aussi brutale et sanglante que celle qui consisterait &#224; les r&#233;gler, et &#224; permettre ainsi &#224; l'&#201;tat de commettre des violences et de verser le sang innocent. Cela d&#233;finit, en fait, une r&#233;volution pacifique, dans la mesure o&#249; pareille chose est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si le percepteur ou quelque autre fonctionnaire me demande, comme ce fut le cas : &#171; Mais que dois-je faire ? &#187;, je lui r&#233;ponds : &#171; Si vous voulez vraiment faire quelque chose, d&#233;missionnez ! &#187; Quand le sujet a refus&#233; ob&#233;issance et que le fonctionnaire d&#233;missionne, alors la r&#233;volution est accomplie. M&#234;me &#224; supposer que le sang coule. N'y a-t-il pas effusion de sang quand la conscience est bless&#233;e ? Par une telle blessure s'&#233;coulent la dignit&#233; et l'immortalit&#233; v&#233;ritable de la personne humaine qui meurt, vid&#233;e de son sang pour l'&#233;ternit&#233;. je vois ce sang-l&#224; couler aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai envisag&#233; l'emprisonnement de l'offenseur plut&#244;t que la saisie de ses biens &#8212; encore que tous deux servent la m&#234;me fin &#8212; parce que ceux qui affirment le droit le plus imprescriptible, et qui par l&#224; apparaissent comme les plus dangereux adversaires d'un &#201;tat corrompu, n'ont pas, d'habitude, pass&#233; beaucoup de temps &#224; accumuler des richesses. A ces sortes de gens, l'&#201;tat rend relativement peu de services et une l&#233;g&#232;re imposition leur appara&#238;t naturellement exorbitante, surtout s'ils sont oblig&#233;s d'en couvrir les frais par un travail de leurs mains. Si quelqu'un vivait en se passant totalement d'argent, l'&#201;tat lui-m&#234;me h&#233;siterait &#224; lui en r&#233;clamer. Mais le riche &#8212; sans que l'envie me dicte aucune comparaison &#8212; est toujours vendu &#224; l'institution qui l'enrichit. En poussant &#224; fond, &#171; plus on a d'argent, moins on a de vertu &#187;, car l'argent s'interpose entre un homme et ses objectifs pour les r&#233;aliser et il n'a s&#251;rement pas fallu une grande vertu pour s'enrichir ainsi. L'argent met sous le boisseau nombre de questions auxquelles on serait autrement forc&#233; de r&#233;pondre, alors que la seule question neuve qu'il soul&#232;ve, abrupte et superflue, c'est &#171; comment le d&#233;penser &#187;. Ainsi le point d'appui moral s'effondre &#224; la base. Les occasions de vivre diminuent en raison de l'augmentation de ce que l'on appelle les &#171; moyens &#187;. La meilleure chose qu'un homme puisse faire pour sa culture, lorsqu'il est devenu riche, c'est d'essayer de r&#233;aliser les id&#233;aux qu'il entretenait lorsqu'il &#233;tait pauvre. Le Christ r&#233;pondait aux H&#233;rodiens selon leur condition : &#171; Montrez-moi l'argent du tribut &#187;, leur dit-il. Et comme l'un d'eux tirait un denier de sa poche : si vous vous servez d'une monnaie qui porte l'effigie de C&#233;sar et auquel C&#233;sar a donn&#233; cours et valeur, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;si vous &#234;tes Gens de l'&#201;tat&lt;/i&gt; et bien aises de jouir des avantages du gouvernement de C&#233;sar, alors payez-le dans sa monnaie quand il le r&#233;clame : &#171; Rendez donc &#224; C&#233;sar ce qui est &#224; C&#233;sar et &#224; Dieu ce qui est &#224; Dieu &#187;, les laissant ainsi gu&#232;re plus &#233;clair&#233;s qu'avant pour saisir la diff&#233;rence, car ils ne d&#233;siraient pas la conna&#238;tre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En m'entretenant avec les plus affranchis de mes concitoyens, je m'aper&#231;ois qu'en d&#233;pit de tous leurs propos concernant l'importance et la gravit&#233; de la question, et leur souci de la tranquillit&#233; publique, le fort et le fin de l'affaire c'est qu'ils ne peuvent se passer de la protection du gouvernement en place et qu'ils redoutent les effets de leur d&#233;sob&#233;issance sur leurs biens ou leur famille. Pour mon compte personnel, il ne me plairait pas de penser que je doive m'en remettre &#224; la protection de l'&#201;tat ; mais si je refuse l'autorit&#233; de l'&#201;tat lorsqu'il me pr&#233;sente ma feuille d'imp&#244;ts, il prendra et dilapidera tout mon avoir, me harcelant moi ainsi que mes enfants, &#224; n'en plus finir. Cela est dur, cela enl&#232;ve &#224; un homme toute possibilit&#233; de vivre normalement et &#224; l'aise &#8212; j'entends, sur le plan mat&#233;riel. A quoi bon accumuler des biens quand on est s&#251;r de les voir filer ? Il faut louer quelques arpents, bien s'y installer et ne produire qu'une petite r&#233;colte pour la consommation imm&#233;diate. On doit vivre en soi, ne d&#233;pendre que de soi, et, toujours &#224; pied d'&#339;uvre et pr&#234;t &#224; repartir, ne pas s'encombrer de multiples affaires. Un homme peut s'enrichir m&#234;me en Turquie s'il se montre, &#224; tous &#233;gards, le docile sujet du gouvernement turc. CONFUCIUS a dit : &#171; Si un &#201;tat est gouvern&#233; par les principes de la raison, pauvret&#233; et mis&#232;re sont des sujets de honte ; si un &#201;tat n'est pas gouvern&#233; par les principes de la raison, richesses et honneurs sont des sujets de honte. &#187; Non, avant que j'accepte de laisser la protection du Massachusetts s'&#233;tendre &#224; ma personne en quelque lointain port du Sud o&#249; ma libert&#233; est menac&#233;e, avant que je consacre tous mes efforts &#224; &#233;difier une fortune dans le pays par une initiative pacifique, je puis me permettre de refuser au Massachusetts ob&#233;issance et droit de regard sur ma propri&#233;t&#233; et mon existence. Il m'en co&#251;te moins, &#224; tous les sens du mot, d'encourir la sanction de d&#233;sob&#233;issance &#224; l'&#201;tat, qu'il ne m'en co&#251;terait de lui ob&#233;ir. J'aurais l'impression, dans ce dernier cas, de m'&#234;tre d&#233;valu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voici quelques ann&#233;es, l'&#201;tat vint me requ&#233;rir au nom de l'&#201;glise de payer une certaine somme pour l'entretien d'un pasteur dont, au contraire de mon p&#232;re, je ne suivais jamais les sermons. &#171; Payez, disait-il, ou vous &#234;tes sous les verrous. &#187; Je refusai de payer. Malheureusement, quelqu'un d'autre crut bon de le faire pour moi. Je ne voyais pas pourquoi on devait imposer au ma&#238;tre d'&#233;cole l'entretien du pr&#234;tre et pas au pr&#234;tre, celui du ma&#238;tre d'&#233;cole, car je n'&#233;tais pas pay&#233; par l'&#201;tat. Je gagnais ma vie par cotisations volontaires. Je ne voyais pas pourquoi mon &#233;tablissement ne pr&#233;senterait pas aussi sa feuille d'imp&#244;ts en faisant appuyer ses exigences par l'&#201;tat &#224; l'imitation de l'&#201;glise. Toutefois, &#224; la pri&#232;re du Conseil Municipal, je voulus bien condescendre &#224; coucher par &#233;crit la d&#233;claration suivante : &#171; Par le pr&#233;sent acte, je, soussign&#233; Henry Thoreau, d&#233;clare ne pas vouloir &#234;tre tenu pour membre d'une soci&#233;t&#233; constitu&#233;e &#224; laquelle je n'ai pas adh&#233;r&#233;. &#187; Je confiai cette lettre au greffier qui l'a toujours ; l'&#201;tat ainsi inform&#233; que je ne souhaitais pas &#234;tre tenu pour membre de cette &#201;glise, n'a jamais depuis lors r&#233;it&#233;r&#233; semblables exigences, tout en insistant quand m&#234;me sur la validit&#233; de sa pr&#233;somption initiale. Si j'avais pu nommer toutes les Soci&#233;t&#233;s, j'aurais sign&#233; mon retrait de chacune d'elles, l&#224; o&#249; je n'avais jamais sign&#233; mon adh&#233;sion, mais je ne savais o&#249; me procurer une liste compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je n'ai pay&#233; aucune capitation depuis six ans ; cela me valut de passer une nuit en prison ; tandis que j'&#233;tais l&#224; &#224; consid&#233;rer les murs de grosses pierres de deux &#224; trois pieds d'&#233;paisseur, la porte de bois et de fer d'une &#233;paisseur d'un pied et le grillage en fer qui filtrait la lumi&#232;re, je ne pus m'emp&#234;cher d'&#234;tre saisi devant la b&#234;tise d'une institution qui me traitait comme un paquet de chair, de sang et d'os, bon &#224; &#234;tre mis sous clef. Je restais &#233;tonn&#233; de la conclusion &#224; laquelle cette institution avait finalement abouti, &#224; savoir que c'&#233;tait l&#224; le meilleur parti qu'elle p&#251;t tirer de moi ; il ne lui &#233;tait jamais venu &#224; l'id&#233;e de b&#233;n&#233;ficier de mes services d'une autre mani&#232;re. Je compris que, si un rempart de pierre s'&#233;levait entre moi et mes concitoyens, il s'en &#233;levait un autre, bien plus difficile &#224; escalader ou &#224; percer, entre eux et la libert&#233; dont moi, je jouissais. Pas un instant, je n'eus le sentiment d'&#234;tre enferm&#233; et les murs me semblaient un vaste g&#226;chis de pierre et de mortier. J'avais l'impression d'&#234;tre le seul de mes concitoyens &#224; avoir pay&#233; l'imp&#244;t. De toute &#233;vidence, ils ne savaient pas comment me traiter et se comportaient en grossiers personnages. Chaque menace, chaque compliment cachait une b&#233;vue ; car ils croyaient que mon plus cher d&#233;sir &#233;tait de me trouver de l'autre c&#244;t&#233; de ce mur de pierre. Je ne pouvais que sourire de leur empressement &#224; pousser le verrou sur mes m&#233;ditations qui les suivaient dehors en toute libert&#233;, et c'&#233;tait d'elles, assur&#233;ment, que venait le danger. Ne pouvant m'atteindre, ils avaient r&#233;solu de punir mon corps, tout comme. des garnements qui, faute de pouvoir approcher une personne &#224; qui ils en veulent, s'en prennent &#224; son chien. Je vis que l'&#201;tat &#233;tait un nigaud, aussi apeur&#233; qu'une femme seule avec ses couverts d'argent, qu'il ne distinguait pas ses amis d'avec ses ennemis, et perdant tout le respect qu'il m'inspirait encore, j'eus piti&#233; de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi l'&#201;tat n'affronte jamais d&#233;lib&#233;r&#233;ment le sens intellectuel et moral d'un homme, mais uniquement son &#234;tre physique, ses sens. Il ne dispose contre nous ni d'un esprit ni d'une dignit&#233; sup&#233;rieurs, mais de la seule sup&#233;riorit&#233; physique. Je ne suis pas n&#233; pour qu'on me force. Je veux respirer &#224; ma guise. Voyons qui l'emportera. Quelle force dans la multitude ? Seuls peuvent me forcer ceux qui ob&#233;issent &#224; une loi sup&#233;rieure &#224; la mienne. Ceux-l&#224; me forcent &#224; leur ressembler. Je n'ai pas entendu dire que des &lt;i&gt;hommes&lt;/i&gt; aient &#233;t&#233; &lt;i&gt;forc&#233;s&lt;/i&gt; de vivre comme ceci ou comme cela par des masses humaines &#8212; que signifierait ce genre de vie ? Lorsque je rencontre un gouvernement qui me dit : &#171; La bourse ou la vie &#187;, pourquoi me h&#226;terais-je de lui donner ma bourse ? Il est peut-&#234;tre dans une passe difficile, aux abois ; qu'y puis-je ? Il n'a qu'&#224; s'aider lui-m&#234;me, comme moi. Pas la peine de pleurnicher. Je ne suis pas responsable du bon fonctionnement de la machine sociale. Je ne suis pas le fils de l'ing&#233;nieur. Je m'aper&#231;ois que si un gland et une ch&#226;taigne tombent c&#244;te &#224; c&#244;te, l'un ne reste pas inerte pour c&#233;der la place &#224; l'autre ; tous deux ob&#233;issent &#224; leurs propres lois, germent, croissent et prosp&#232;rent de leur mieux, jusqu'au jour o&#249; l'un, peut-&#234;tre, &#233;tendra son ombre sur l'autre et l'&#233;touffera. Si une plante ne peut vivre selon sa nature, elle d&#233;p&#233;rit ; un homme de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La nuit en prison fut une exp&#233;rience nouvelle et non d&#233;nu&#233;e d'int&#233;r&#234;t. Les prisonniers, en manches de chemise, bavardaient en prenant l'air sur le pas de la porte, le soir o&#249; j'y entrais. Le ge&#244;lier dit alors : Allons les gars, c'est l'heure de mettre le verrou. &#187; Sur quoi, ils s'&#233;gaill&#232;rent et j'entendis le bruit de leurs pas qui regagnaient leur caverneuse demeure. Le ge&#244;lier me pr&#233;senta mon compagnon de cellule comme un &#171; tr&#232;s brave gar&#231;on et un homme capable &#187;. Quand la porte fut verrouill&#233;e, celui-ci me montra o&#249; accrocher mon chapeau, et comment on se d&#233;brouillait l&#224;. Les cellules &#233;taient blanchies &#224; la chaux, une fois par mois, et pour ce qui est de la mienne, c'&#233;tait sans doute la demeure de la ville la plus blanche, la plus simplement meubl&#233;e et probablement la mieux tenue. Cet homme voulut, bien s&#251;r, savoir d'o&#249; je venais et ce qui m'avait amen&#233; l&#224; ; et lorsque je le lui eus dit, je lui demandai &#224; mon tour &#224; quelles circonstances il devait d'&#234;tre l&#224;, pr&#233;sumant, naturellement, que je me trouvais en face d'un honn&#234;te homme ; et le monde &#233;tant ce qu'il est, je crois que j'avais raison : &#171; Oh moi ! dit-il, on m'accuse d'avoir incendi&#233; une grange, mais ce n'est pas vrai. &#187; Autant que je pus en juger, il avait d&#251; s'en aller dormir dans une grange, en &#233;tat d'ivresse, et l&#224; s'&#233;tait mis &#224; fumer la pipe ; c'est ainsi qu'une grange br&#251;la. Il avait la r&#233;putation d'&#234;tre un homme capable, attendait depuis trois mois de passer en jugement, et son attente devait se prolonger d'autant ; mais il se sentait chez lui et, satisfait d'&#234;tre nourri et log&#233; gratis, il s'estimait fort bien trait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il occupait une fen&#234;tre, moi l'autre ; et je vis que si l'on restait l&#224; un bout de temps, on s'occupait principalement &#224; regarder par la fen&#234;tre. J'eus bient&#244;t parcouru toutes les brochures qui tra&#238;naient l&#224; et j'examinai les endroits par o&#249; mes pr&#233;d&#233;cesseurs s'&#233;taient &#233;chapp&#233;s ; un barreau avait &#233;t&#233; sci&#233; et j'appris l'histoire des divers occupants de cette cellule, car je m'aper&#231;us que, m&#234;me en ces lieux, il y avait une histoire et des ragots qui ne franchissaient jamais les murs de la prison. C'est probablement la seule r&#233;sidence de la ville o&#249; l'on compose des vers, imprim&#233;s ensuite sous forme de circulaire, mais sans publication. On me montra une longue s&#233;rie de po&#232;mes compos&#233;s par des jeunes gens qui avaient &#233;t&#233; surpris en pleine tentative d'&#233;vasion et qui s'&#233;taient veng&#233;s par des chansons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je fis parler mon compagnon de cellule tant et plus de peur de ne jamais le revoir ; mais il finit par me d&#233;signer mon lit et me laissa le soin de souffler la lampe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dormir l&#224; une seule nuit, c'&#233;tait voyager dans un lointain pays que je n'aurais jamais cru devoir visiter. Il me semblait que je n'avais jamais entendu sonner l'horloge de la ville ni retentir, le soir, les bruits du village, car nous dormions fen&#234;tres ouvertes, les grilles &#233;tant &#224; l'ext&#233;rieur. C'&#233;tait voir mon village natal sous un jour moyen&#226;geux, et la Concorde, notre rivi&#232;re, devenait un fleuve rh&#233;nan tandis que des visions de chevaliers et de ch&#226;teaux forts d&#233;filaient sous mes yeux. C'&#233;tait les voix d'anciens &#171; burghers &#187; que j'entendais dans les rues. J'&#233;tais le spectateur et l'auditeur impromptu de tout ce qui se passait et se disait &#224; la cuisine de l'auberge mitoyenne &#8212; exp&#233;rience absolument neuve et rare pour moi. J'observais ma ville natale de plus pr&#232;s. J'y &#233;tais de plain-pied. Jamais, auparavant, je n'avais vu ses institutions. La prison est une de ses institutions particuli&#232;res, car c'est une capitale de Comt&#233;. Je commen&#231;ais &#224; comprendre &#224; quoi s'occupaient les habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au matin, on nous passa le petit d&#233;jeuner &#224; travers une ouverture pratiqu&#233;e dans la porte ; nous avions de petites gamelles en fer-blanc, d'une forme oblongue tr&#232;s &#233;tudi&#233;e, et qui contenaient un demi-litre de chocolat, du pain noir et une cuiller en fer. Lorsqu'on r&#233;clama les r&#233;cipients, j'allais, en novice que j'&#233;tais, remettre mon reste de pain ; mais mon camarade s'en saisit, en disant que &#171; je devais le garder pour d&#233;jeuner ou d&#238;ner &#187;. Peu apr&#232;s, on le fit sortir pour travailler aux foins dans un champ tout proche o&#249; il se rendait chaque jour ; il n'en revenait pas avant midi ; aussi me souhaita-t-il le bonjour en disant qu'il ne savait gu&#232;re s'il me reverrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une fois sorti de prison &#8212; car quelqu'un s'en m&#234;la et paya cet imp&#244;t &#8212; je ne vis pas que de grands changements se fussent produits en place publique, comme il advint &#224; ce personnage qui, parti jeune homme, r&#233;apparut chancelant et t&#234;te chenue ; et cependant sous mes yeux s'&#233;tait op&#233;r&#233;e dans ce d&#233;cor &#8212; la ville l'&#201;tat &#8212; le pays &#8212; une transformation plus grande que le simple &#233;coulement du temps n'aurait pu l'effectuer. J'&#233;valuai dans quelle mesure je pouvais me fier aux gens de mon milieu, mes bons voisins et amis ; leur amiti&#233; n'&#233;tait que pour la belle saison ; ils ne mettaient pas leur point d'honneur &#224; bien agir, ils appartenaient, de par leurs pr&#233;jug&#233;s et leurs superstitions, &#224; une race aussi diff&#233;rente de la mienne que les Chinois et les Malais ; en se donnant aux autres, ils ne couraient pas le risque de se perdre eux, ni m&#234;me leurs possessions ; apr&#232;s tout, ils avaient si peu de noblesse, qu'ils traitaient le voleur comme celui-ci les avait trait&#233;s ; et ils esp&#233;raient, gr&#226;ce &#224; une certaine observance de surface et &#224; quelques pri&#232;res, gr&#226;ce &#224; un effort intermittent pour suivre une voie rectiligne toute trac&#233;e, encore qu'inutile, sauver leur &#226;me. C'est peut-&#234;tre porter un jugement bien s&#233;v&#232;re sur mes voisins, car je crois que la plupart ignorent l'existence d'une institution comme la prison dans leur village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'&#233;tait autrefois la coutume chez nous, lorsqu'un pauvre d&#233;biteur sortait de prison, que ses relations vinssent le saluer, en le regardant &#224; travers leurs doigts crois&#233;s pour figurer la grille d'une fen&#234;tre de prison. &#171; Comment va ? &#187; Mes voisins n'all&#232;rent pas si loin, mais apr&#232;s m'avoir regard&#233;, ils &#233;chang&#232;rent des regards entendus, comme si j'&#233;tais de retour d'un long voyage. On m'avait conduit en prison alors que je me rendais chez le cordonnier pour y chercher une chaussure en r&#233;paration. Lib&#233;r&#233; le lendemain matin, j'allais finir ma course et ayant enfil&#233; ma chaussure ressemel&#233;e, je rejoignis un groupe qui partait aux airelles, fort impatient de s'en remettre &#224; ma direction ; une demi-heure plus tard car le cheval fut bient&#244;t harnach&#233; &#8212; je me trouvais en plein champ d'airelles sur l'une de nos plus hautes collines, &#224; plus de trois kilom&#232;tres, et de l&#224; on ne voyait l'&#201;tat nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est l&#224; toute la chronique de &#171; Mes prisons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je n'ai jamais refus&#233; de payer la taxe de voirie, parce que je suis aussi d&#233;sireux d'&#234;tre bon voisin que je le suis d'&#234;tre mauvais sujet ; et quant &#224; l'entretien des &#233;coles, je contribue pr&#233;sentement &#224; l'&#233;ducation de mes concitoyens. Ce n'est pas sur un article sp&#233;cial de la feuille d'imp&#244;ts que je refuse de payer. je d&#233;sire simplement refuser ob&#233;issance &#224; l'&#201;tat, me retirer et m'en d&#233;solidariser d'une mani&#232;re effective. Je ne me soucie point de suivre mon dollar &#224; la trace &#8212; si cela se pouvait &#8212; tant qu'il n'ach&#232;te pas un homme ou un fusil pour tirer sur quelqu'un &#8212; le dollar est innocent &#8212; mais il m'importe de suivre les effets de mon ob&#233;issance. En fait, je d&#233;clare tranquillement la guerre &#224; l'&#201;tat, &#224; ma mani&#232;re &#224; moi, mais bien d&#233;cid&#233; &#224; tirer tout le parti possible de cet &#233;tat de choses : &#224; la guerre comme &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'il en est pour payer l'imp&#244;t qu'on me r&#233;clame, par solidarit&#233; envers l'&#201;tat, ils ne font que continuer sur leur lanc&#233;e, et m&#234;me ils favorisent l'injustice dans une plus large mesure que l'&#201;tat ne le requiert. S'ils paient l'imp&#244;t par suite d'un int&#233;r&#234;t mal compris pour le contribuable, pour sauvegarder ses biens ou lui &#233;viter la prison, c'est qu'ils n'ont pas eu la sagesse d'envisager le tort consid&#233;rable que leurs sentiments personnels causent au bien public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Telle est donc ma position pour le moment. Mais on ne saurait trop rester sur ses gardes en pareil cas, pour &#233;viter que l'ent&#234;tement ou le respect indu pour l'opinion du monde ne d&#233;forme nos actes. Veillons &#224; ne faire que ce qui nous convient personnellement a un moment donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parfois, je pense : &#171; Mais quoi ! Ces gens croient bien faire, ils ne sont qu'ignorants ; ils agiraient mieux, s'ils savaient. Pourquoi donner a votre prochain la peine de vous traiter &#224; l'encontre de ses inclinations ? &#187; Mais en y r&#233;fl&#233;chissant, je ne vois pas pourquoi je ferais comme eux, pourquoi je laisserais mon prochain endurer une peine plus grande dans un autre genre. Et puis, je me dit aussi parfois :&#171; lorsque des millions de gens sans emportement, sans hargne, sans intention aucune, ne r&#233;clament de vous qu' une somme modique, sans pouvoir &#8212; ainsi le veut leur constitution &#8212; annuler ni modifier leur exigence actuelle et sans que vous ayez de votre c&#244;t&#233; le pouvoir d'en appeler &#224; d'autres millions de gens, pourquoi s'exposer au d&#233;ferlement d'une force aveugle ? On ne r&#233;siste pas &#224; la soif et &#224; la faim, aux vents et aux mar&#233;es avec cet ent&#234;tement ; on se soumet tout bonnement a mille n&#233;cessit&#233;s analogues. On ne se jette pas dans la gueule du loup. &#187; Mais dans la mesure o&#249; cette force ne m'appara&#238;t pas comme absolument aveugle, mais humaine en partie, et o&#249; je consid&#232;re que mes liens avec ces millions, ce sont d'abord des liens avec des hommes et non avec de simples objets bruts et inanim&#233;s, je vois qu'un appel est possible d'abord et instantan&#233;ment &#224; leur Cr&#233;ateur et ensuite &#224; eux-m&#234;mes. Mais si, d&#233;lib&#233;r&#233;ment, je me jette dans la gueule du loup, &#224; quoi bon en appeler au loup et au Cr&#233;ateur du loup ? Je n'ai &#224; m'en prendre qu'&#224; moi. Si je pouvais me convaincre que j'ai tout lieu d'&#234;tre satisfait des hommes tels qu'ils sont, tout lieu de les traiter en cons&#233;quence, et non point &#224; certains &#233;gards, selon ce que j'exige et ce que j'attends d'eux et de moi, alors en bon Musulman et en fataliste je m'efforcerais de me contenter de l'&#233;tat de fait, me disant que telle est la volont&#233; de Dieu. En outre, il y a une diff&#233;rence entre r&#233;sister &#224; la volont&#233; divine et r&#233;sister &#224; une force purement aveugle et naturelle : c'est qu'&#224; cette derni&#232;re je puis m'opposer ; mais je ne saurais esp&#233;rer, nouvel Orph&#233;e, changer la nature des rocs, des arbres et des b&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne d&#233;sire pas me quereller avec quiconque, homme ou nation, ni couper les cheveux en quatre, ni avancer de subtiles distinctions, ni me monter en &#233;pingle. Je cherche bien plut&#244;t, croyez-moi, un simple pr&#233;texte pour me conformer aux lois nationales. je n'ai que trop tendance &#224; m'y conformer. En v&#233;rit&#233;, j'ai bien sujet de me soup&#231;onner sur ce chapitre ; et chaque ann&#233;e, lorsque le percepteur se pr&#233;sente, je me trouve dispos&#233; &#224; passer en revue les initiatives et la position du gouvernement f&#233;d&#233;ral, du gouvernement d'&#201;tat et l'esprit du peuple, afin de trouver un pr&#233;texte &#224; m'aligner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Tout comme nos parents, aimons notre pays&lt;br class='autobr' /&gt; Et s'il advient un jour que nous lui refusions&lt;br class='autobr' /&gt; L'hommage de l'amour ou celui du labeur,&lt;br class='autobr' /&gt; Veillons bien aux effets, et t&#226;chons que notre &#226;me&lt;br class='autobr' /&gt; Et non quelque app&#233;tit de r&#232;gne ou de profit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je crois que l'&#201;tat sera bient&#244;t en mesure de m'&#233;pargner toute obligation de ce genre, et alors je ne serai pas meilleur patriote que mes concitoyens. Envisag&#233;e d'un point de vue inf&#233;rieur, la Constitution, malgr&#233; tous ses d&#233;fauts, est fort bonne : la justice et les tribunaux sont forts respectables ; m&#234;me cet &#201;tat et ce gouvernement am&#233;ricain sont, &#224; bien des &#233;gards, tout &#224; fait remarquables, uniques et nous devons &#234;tre p&#233;n&#233;tr&#233;s de reconnaissance, nous a-t-on-dit mille fois ; mais vus d'un peu plus haut, ils sont ce que j'en ai dit, et d'encore plus haut, du plus haut, qui pourra dire ce qu'ils sont et s'ils m&#233;ritent le moindre regard, la moindre pens&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N&#233;anmoins, le gouvernement ne me soucie gu&#232;re et je ne veux lui accorder que le minimum d'attention. Rares sont les moments o&#249; je vis sous un gouvernement, ici-bas. Si un homme a l'esprit libre, le c&#339;ur libre et l'imagination libre, ce qui n'est pas, n'ayant jamais longtemps l'apparence d'&#234;tre &#224; ses yeux, les gouvernants ou les r&#233;formateurs sans sagesse, ne peuvent s&#233;rieusement menacer son repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je sais que la plupart des hommes ne pensent pas comme moi ; mais je mets dans le m&#234;me lot ceux qui, par m&#233;tier, consacrent leur vie &#224; &#233;tudier de semblables sujets. Hommes d'&#201;tat et l&#233;gislateurs, si bien enferm&#233;s dans leur institutions, ne l'aper&#231;oivent jamais nettement et sans voiles. Ils parlent de changer la soci&#233;t&#233;, mais ils n'ont point de refuge hors d'elle. Peut-&#234;tre sont-ils, dans une certaine mesure, hommes de jugement et d'exp&#233;rience ; ils ont sans doute invent&#233; des syst&#232;mes ing&#233;nieux et non sans valeur, ce dont nous les remercions sinc&#232;rement ; mais toute leur sagacit&#233;, toute leur utilit&#233; se cantonnent dans des limites bien &#233;troites. Ils oublient ais&#233;ment que le monde n'est pas gouvern&#233; par le syst&#232;me et l'opportunisme. Webster ne regarde jamais au-del&#224; du gouvernement et n'en peut donc parler avec autorit&#233;. Ses paroles sont sagesse pour les l&#233;gislateurs qui n'envisagent aucune r&#233;forme essentielle dans le gouvernement en place ; mais aux yeux des penseurs et de ceux qui l&#233;gif&#232;rent pour tous les temps, pas une fois il n'aborde le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'en connais dont les sp&#233;culations sur ce th&#232;me plein de sagesse et de s&#233;r&#233;nit&#233; r&#233;v&#233;leraient vite combien sont born&#233;es l'&#233;tendue et l'hospitalit&#233; de son esprit. Cependant, compar&#233;es aux d&#233;clarations falotes de la plupart des r&#233;formateurs et &#224; la sagesse et &#224; l'&#233;loquence encore plus falotes de la plupart des politiciens en g&#233;n&#233;ral, ses paroles sont presque les seules sens&#233;es et valables et nous en rendons gr&#226;ces au Ciel. En regard des autres, il est toujours fort, original et surtout pratique. Pourtant, sa qualit&#233; n'est pas la sagesse, mais la prudence. La v&#233;rit&#233; du juriste n'est pas la V&#233;rit&#233; : elle n'est que coh&#233;rence et opportunisme coh&#233;rent. La V&#233;rit&#233; est toujours en harmonie avec elle-m&#234;me et ne se pr&#233;occupe pas en premier lieu de r&#233;v&#233;ler la justice qu'on va accorder avec le m&#233;fait. Il m&#233;rite bien d'&#234;tre appel&#233;, comme on l'a fait, le &#171; D&#233;fenseur de la Constitution &#187;. Les seules attaques qu'il lance vraiment sont d&#233;finitives. Ce n'est pas un chef, mais un suiveur. Ses chefs, ce sont les hommes de 87. &#171; je n'ai jamais pris d'initiative &#187;, dit-il, &#171; et je n'ai nul besoin d'en prendre ; je n'ai jamais favoris&#233; d'initiative et je n'entends nullement favoriser une initiative pour troubler l'arrangement conclu &#224; l'origine, par lequel les divers &#201;tats entr&#232;rent dans l'Union . &#187; Toujours avec l'id&#233;e de la sanction que la Constitution conf&#232;re &#224; l'esclavage, il dit : &#171; Parce qu'il faisait partie du contrat originel, qu'il demeure. &#187; En d&#233;pit de sa subtilit&#233; et de son talent particuliers, Webster est incapable de d&#233;gager un fait de ses rapports purement politiques, pour le contempler dans son essence intellectuelle, comme de dire par exemple ce qu'il convient &#224; un homme de faire chez nous, en Am&#233;rique, aujourd'hui face &#224; l'esclavage ; au contraire, il se risque, peut-&#234;tre y est-il pouss&#233;, &#224; formuler des r&#233;ponses comme celle qui suit, tout en protestant qu'il parle dans l'absolu et en simple particulier (quel nouveau et singulier code des devoirs sociaux pourrait-on en d&#233;duire ?). &#171; La mani&#232;re dont les gouvernements des &#201;tats o&#249; l'esclavage existe doivent r&#233;gler ces probl&#232;mes est &#224; leur discr&#233;tion, en vertu de leurs responsabilit&#233;s vis-&#224;-vis des &#233;lecteurs, en regard des lois de la propri&#233;t&#233;, de l'humanit&#233;, de la justice et en regard de Dieu. Des associations form&#233;es ailleurs, issues d'un sentiment d'humanit&#233; ou de tout autre motif, n'ont absolument rien &#224; y voir. Elles n'ont jamais re&#231;u aucun encouragement de ma part et n'en recevront jamais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ceux qui ne connaissent pas de sources de v&#233;rit&#233; plus pures, pour n'avoir pas remont&#233; plus haut son cours, d&#233;fendent &#8212; et ils ont raison &#8212; la Bible et la Constitution ; ils y boivent avec v&#233;n&#233;ration et humilit&#233; ; mais ceux qui voient la V&#233;rit&#233; ruisseler dans ce lac, cet &#233;tang, se ceignent les reins de nouveau et poursuivent leur p&#232;lerinage vers la source originelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aucun homme dou&#233; d'un g&#233;nie de l&#233;gislateur n'est apparu en Am&#233;rique. De tels &#234;tres sont rares dans l'histoire du monde. Des orateurs, des politiciens et des rh&#233;toriciens, il s'en trouve &#224; foison. Mais il n'a pas encore ouvert la bouche pour parler, celui qui est capable de trancher les questions tant d&#233;battues d'aujourd'hui. Nous aimons l'&#233;loquence pour l'&#233;loquence et non pour la v&#233;rit&#233; qu'elle peut &#233;noncer ou l'h&#233;ro&#239;sme qu'elle peut inspirer. Il reste &#224; nos l&#233;gislateurs de saisir la valeur compar&#233;e du libre-&#233;change et de la libert&#233;, de l'Union et de la rectitude, au sein d'une nation. Ils n'ont pas de g&#233;nie ou de talent, m&#234;me sur des points relativement modestes d'imp&#244;ts et de finance, de commerce, d'industrie et d'agriculture. Si pour nous guider, nous n'avions pour toute ressource que l'ing&#233;niosit&#233; verbeuse des l&#233;gislateurs du Congr&#232;s, sans le correctif de l'exp&#233;rience bien venue et des dol&#233;ances efficaces du peuple, l'Am&#233;rique ne garderait pas longtemps son rang parmi les nations. Il y a 1800 ans &#8212; je n'ai peut-&#234;tre pas le droit de le dire &#8212; que le Nouveau Testament a &#233;t&#233; &#233;crit ; pourtant, o&#249; est le l&#233;gislateur dou&#233; d'assez de sagesse et de r&#233;alisme pour profiter de la lumi&#232;re que cet enseignement jette sur la L&#233;gislation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'autorit&#233; du gouvernement, m&#234;me de celui auquel je veux bien me soumettre &#8212; car j'ob&#233;irai de bon c&#339;ur &#224; ceux qui ont des connaissances et des capacit&#233;s sup&#233;rieures aux miennes et, sur bien des points, m&#234;me &#224; ceux qui n'ont ni ces connaissances ni ces capacit&#233;s &#8212; cette autorit&#233; est toujours impure. En toute justice, elle doit recevoir la sanction et l'assentiment des gouvern&#233;s. Elle ne peut avoir sur ma personne et sur mes biens d'autre vrai droit que celui que je lui conc&#232;de. L'&#233;volution de la monarchie absolue &#224; la monarchie parlementaire, et de la monarchie parlementaire &#224; la d&#233;mocratie, montre une &#233;volution vers un respect v&#233;ritable de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le philosophe chinois lui-m&#234;me avait assez de sagesse pour consid&#233;rer l'individu comme la base de l'Empire. La d&#233;mocratie telle que nous la connaissons est-elle l'aboutissement ultime du gouvernement ? Ne peut-on franchir une nouvelle &#233;tape vers la reconnaissance et l'&#233;tablissement des droits de l'homme ? jamais il n'y aura d'&#201;tat vraiment libre et &#233;clair&#233;, tant que l'&#201;tat n'en viendra pas &#224; reconna&#238;tre &#224; l'individu un pouvoir sup&#233;rieur et ind&#233;pendant d'o&#249; d&#233;coulerait tout le pouvoir et l'autorit&#233; d'un gouvernement pr&#234;t &#224; traiter l'individu en cons&#233;quence. je me plais &#224; imaginer un &#201;tat enfin, qui se permettrait d'&#234;tre juste pour tous et de traiter l'individu avec respect, en voisin ; qui m&#234;me ne trouverait pas incompatible avec son repos que quelques-uns choisissent de vivre en marge, sans se m&#234;ler des affaires du gouvernement ni se laisser &#233;treindre par lui, du moment qu'ils rempliraient tous les devoirs envers les voisins et leurs semblables. Un &#201;tat, qui porterait ce genre de fruit et accepterait qu'il tomb&#226;t sit&#244;t m&#251;r, ouvrirait la voie &#224; un &#201;tat encore plus parfait, plus splendide, que j'ai imagin&#233; certes, mais encore vu nulle part.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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