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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Aimer, c'est d&#233;sirer retrouver sa moiti&#233; perdue</title>
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&lt;p&gt;Mais, d'abord, il vous faut apprendre ce qu'&#233;tait la nature de l'&#234;tre humain et ce qui lui est arriv&#233;. Au temps jadis, notre nature n'&#233;tait pas la m&#234;me qu'aujourd'hui, mais elle &#233;tait d'un genre diff&#233;rent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, et premi&#232;rement, il y avait trois cat&#233;gories d'&#234;tres humains et non pas deux comme maintenant, &#224; savoir le m&#226;le et la femelle. Mais il en existait encore une troisi&#232;me qui participait des deux autres, dont le nom subsiste aujourd'hui, mais qui, elle, a disparu. En ce temps-l&#224; en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais, d'abord, il vous faut apprendre ce qu'&#233;tait la nature de l'&#234;tre humain et ce qui lui est arriv&#233;. Au temps jadis, notre nature n'&#233;tait pas la m&#234;me qu'aujourd'hui, mais elle &#233;tait d'un genre diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et premi&#232;rement, il y avait trois cat&#233;gories d'&#234;tres humains et non pas deux comme maintenant, &#224; savoir le m&#226;le et la femelle. Mais il en existait encore une troisi&#232;me qui participait des deux autres, dont le nom subsiste aujourd'hui, mais qui, elle, a disparu. En ce temps-l&#224; en effet il y avait l'androgyne, un genre distinct qui, pour le nom comme pour la forme, faisait la synth&#232;se des deux autres, le m&#226;le et la femelle. Aujourd'hui, cette cat&#233;gorie n'existe plus, et il n'en reste qu'un nom tenu pour infamant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_338 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/IMG/png/10000201000000f9000000ca0b85e775448b0993.png' width='202' height='249' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la forme de chaque &#234;tre humain &#233;tait celle d'une boule, avec un dos et des flancs arrondis. Chacun avait quatre mains, un nombre de jambes &#233;gal &#224; celui des mains, deux visages sur un cou rond avec, au-dessus de ces deux visages en tout point pareils et situ&#233;s &#224; l'oppos&#233; l'un de l'autre, une t&#234;te unique pourvue de quatre oreilles. En outre, chacun avait deux sexes et tout le reste &#224; l'avenant, comme on peut se le repr&#233;senter &#224; partir de ce qui vient d'&#234;tre dit. Ils se d&#233;pla&#231;aient, en adoptant une station droite comme maintenant, dans la direction qu'ils d&#233;siraient ; et, quand ils se mettaient &#224; courir vite, ils faisaient comme les acrobates qui font la culbute en soulevant leurs jambes du sol pour op&#233;rer une r&#233;volution avant de les ramener &#224; la verticale ; comme &#224; ce moment-l&#224; ils prenaient appui sur huit membres, ils avan&#231;aient vite en faisant la roue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison qui explique pourquoi il y avait ces trois cat&#233;gories et pourquoi elles &#233;taient telles que je viens de le dire, c'est que, au point de d&#233;part, le m&#226;le &#233;tait un rejeton du soleil, la femelle un rejeton de la terre, et le genre qui participait de l'un et de l'autre un rejeton de la lune, car la lune participe des deux. Et si justement eux-m&#234;mes et leur d&#233;marche avaient &#224; voir avec le cercle, c'est qu'ils ressemblaient &#224; leur parent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, leur vigueur et leur force &#233;taient redoutables, et leur orgueil &#233;tait immense. Ils s'en prirent aux dieux, et ce que Hom&#232;re raconte au sujet d'&#201;phialte et d'Otos, &#224; savoir qu'ils entreprirent l'escalade du ciel dans l'intention de s'en prendre aux dieux, c'est &#224; ces &#234;tres qu'il convient de le rapporter. C'est alors que Zeus et les autres divinit&#233;s d&#233;lib&#233;r&#232;rent pour savoir ce qu'il fallait en faire ; et ils &#233;taient bien embarrass&#233;s. Ils ne pouvaient en effet ni les faire p&#233;rir et d&#233;truire leur race comme ils l'avaient fait pour les G&#233;ants en les foudroyant &#8211; car c'e&#251;t &#233;t&#233; la disparition des honneurs et des offrandes qui leur venaient des hommes &#8211;, ni supporter plus longtemps leur impudence . Apr&#232;s s'&#234;tre fatigu&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir, Zeus d&#233;clara : &#171; Il me semble, dit-il, que je tiens un moyen pour que, tout &#224; la fois, les &#234;tres humains continuer d'exister et que, devenus plus faibles, ils mettent un terme &#224; leur conduite d&#233;plorable. En effet, dit-il, je vais sur-le-champ les couper chacun en deux ; en m&#234;me temps qu'ils seront plus faibles, ils nous rapporteront davantage, puisque leur nombre sera plus grand. Et ils marcheront en position verticale sur deux jambes ; mais, s'ils font encore preuve d'impudence, et s'ils ne veulent pas rester tranquilles, alors, poursuivit-il, je les couperai en deux encore une fois, de sorte qu'ils d&#233;ambuleront sur une seule jambe &#224; cloche-pied . &#187; Cela dit, il coupa les hommes en deux , ou comme on coupe les &#339;ufs avec un crin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_339 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.caute.lautre.net/IMG/png/1000020100000103000000c2bb669c188c294c3a.png' width='194' height='259' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand il avait coup&#233; un &#234;tre humain, il demandait &#224; Apollon de lui retourner du c&#244;t&#233; de la coupure le visage et la moiti&#233; du cou, pour que, ayant cette coupure sous les yeux, cet &#234;tre humain dev&#238;nt plus modeste ; il lui demandait aussi de soigner les autres blessures. Apollon retournait le visage et, ramenant de toutes parts la peau sur ce qu'on appelle &#224; pr&#233;sent le ventre, proc&#233;dant comme on le fait avec les bourses &#224; cordons, il l'attachait fortement au milieu du ventre en ne laissant qu'une cavit&#233;, ce que pr&#233;cis&#233;ment on appelle le &#171; nombril &#187;. Puis il effa&#231;ait la plupart des autres plis en les lissant et il fa&#231;onnait la poitrine, en utilisant un outil analogue &#224; celui qu'utilisent les cordonniers pour lisser sur la forme les plis du cuir . Il laissa pourtant subsister quelques plis, ceux qui se trouvent dans la r&#233;gion du ventre, c'est-&#224;-dire du nombril, comme un souvenir de ce qui &#233;tait arriv&#233; dans l'ancien temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc l'&#234;tre humain primitif eut &#233;t&#233; d&#233;doubl&#233; par cette coupure, chaque morceau, regrettant sa moiti&#233;, tentait de s'unir de nouveau &#224; elle. Et, passant leurs bras autour l'un de l'autre, ils s'enla&#231;aient mutuellement, parce qu'ils d&#233;siraient se confondre en un m&#234;me &#234;tre, et ils finissaient par mourir de faim et de l'inaction caus&#233;e par leur refus de rien faire l'un sans l'autre. Et, quand il arrivait que l'une des moiti&#233;s &#233;tait morte tandis que l'autre survivait, la moiti&#233; qui survivait cherchait une autre moiti&#233;, et elle s'enla&#231;ait &#224; elle, qu'elle rencontr&#226;t la moiti&#233; d'une femme enti&#232;re, ladite moiti&#233; &#233;tant bien s&#251;r ce que maintenant nous appelons une &#171; femme &#187;, ou qu'elle trouv&#226;t la moiti&#233; d'un &#171; homme &#187;. Ainsi l'esp&#232;ce s'&#233;teignait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pris de piti&#233;, Zeus s'avise d'un autre exp&#233;dient : il transporte les organes sexuels sur le devant du corps de ces &#234;tres humains. Jusqu'alors en effet, ils avaient ces organes eux aussi sur la face ext&#233;rieure de leur corps ; aussi ce n'est pas en s'unissant les uns les autres, qu'ils s'engendraient et se reproduisaient mais, &#224; la fa&#231;on des cigales en surgissant de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il transporta donc leurs organes sexuels &#224; la place o&#249; nous les voyons, sur le devant, et ce faisant il rendit possible un engendrement mutuel, l'organe m&#226;le pouvant p&#233;n&#233;trer dans l'organe femelle. Le but de Zeus &#233;tait le suivant. Si, dans l'accouplement, un homme rencontrait une femme, il y aurait g&#233;n&#233;ration et l'esp&#232;ce se perp&#233;tuerait ; en revanche, si un homme tombait sur un homme, les deux &#234;tres trouveraient de toute fa&#231;on la sati&#233;t&#233; dans leur rapport, ils se calmeraient, ils se tourneraient vers l'action et ils se pr&#233;occuperaient d'autre chose dans l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc d'une &#233;poque aussi lointaine que date l'implantation dans les &#234;tres humains de cet amour, celui qui rassemble les parties de notre antique nature, celui qui de deux &#234;tres tente de n'en faire qu'un seul pour ainsi gu&#233;rir la nature humaine. Chacun d'entre nous est donc la moiti&#233; compl&#233;mentaire d'un &#234;tre humain, puisqu'il a &#233;t&#233; coup&#233;, &#224; la fa&#231;on des soles , un seul &#234;tre en produisant deux ; sans cesse donc chacun est en qu&#234;te de sa moiti&#233; compl&#233;mentaire. Aussi tous ceux des m&#226;les qui sont une coupure de ce compos&#233; qui &#233;tait alors appel&#233; &#171; androgyne &#187;recherchent-ils l'amour des femmes et c'est de cette esp&#232;ce que proviennent la plupart des maris qui trompent leur femme , et pareillement toutes les femmes qui recherchent l'amour des hommes et qui trompent leur mari. En revanche, toutes les femmes qui sont une coupure de femme ne pr&#234;tent pas la moindre attention aux hommes ; au contraire, c'est plut&#244;t vers les femmes qu'elles sont tourn&#233;es, et c'est de cette esp&#232;ce que proviennent les lesbiennes. Tous ceux enfin qui sont une coupure de m&#226;le recherchent aussi l'amour des m&#226;les. Aussi longtemps qu'ils restent de jeunes gar&#231;ons, comme ce sont des petites tranches de m&#226;le, ils recherchent l'amour des m&#226;les et prennent plaisir &#224; coucher avec des m&#226;les et &#224; s'unir &#224; eux. Parmi les gar&#231;ons et les adolescents ceux-l&#224; sont les meilleurs, car ce sont eux qui, par nature, sont au plus haut point des m&#226;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines personnes bien s&#251;r disent que ce sont des impudiques, mais elles ont tort. Ce n'est pas par impudicit&#233; qu'ils se comportent ainsi ; non c'est leur hardiesse, leur virilit&#233; et leur allure m&#226;le qui font qu'ils recherchent avec empressement ce qui leur ressemble. En voici une preuve &#233;clatante : les m&#226;les de cette esp&#232;ce sont les seuls en effet qui, parvenus &#224; maturit&#233;, s'engagent dans la politique. Lorsqu'ils sont devenus des hommes faits, ce sont de jeunes gar&#231;ons qu'ils aiment et ils ne s'int&#233;ressent gu&#232;re par nature au mariage et &#224; la procr&#233;ation d'enfants, mais la r&#232;gle les y contraint ; ils trouveraient plut&#244;t leur compte dans le fait de passer leur vie c&#244;te &#224; c&#244;te en y renon&#231;ant. Ainsi donc, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, un homme de ce genre cherche &#224; trouver un jeune gar&#231;on pour amant et il ch&#233;rit son amant, parce que dans tous les cas il cherche &#224; s'attacher &#224; ce qui lui est apparent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois donc que le hasard met sur le chemin de chacun la partie qui est la moiti&#233; de lui-m&#234;me, tout &#234;tre humain, et pas seulement celui qui cherche un jeune gar&#231;on pour amant, est alors frapp&#233; par un extraordinaire sentiment d'affection, d'apparentement et d'amour ; l'un et l'autre refusent, pour ainsi dire, d'&#234;tre s&#233;par&#233;s, ne f&#251;t-ce que pour un peu de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces hommes qui passent toute leur vie l'un avec l'autre ne sauraient m&#234;me pas dire ce qu'ils attendent l'un de l'autre. Nul ne pourrait croire que ce soit la simple jouissance que procure l'union sexuelle, dans l'id&#233;e que c'est l&#224;, en fin de compte, le motif du plaisir et du grand empressement que chacun prend &#224; vivre avec l'autre. C'est &#224; l'&#233;vidence une autre chose que souhaite l'&#226;me, quelque chose qu'elle est incapable d'exprimer. Il n'en est pas moins vrai que ce qu'elle souhaite elle le devine et le laisse entendre. Supposons m&#234;me que, au moment o&#249; ceux qui s'aiment reposent sur la m&#234;me couche, Hepha&#239;stos se dresse devant eux avec ses outils, et leur pose la question suivante : &#171; Que d&#233;sirez-vous, vous autres, qu'il vous arrive l'un par l'autre ? &#187; Supposons encore que, les voyant dans l'embarras, il leur pose cette nouvelle question : &#171; Votre souhait n'est-il pas de vous fondre le plus possible l'un avec l'autre en un m&#234;me &#234;tre, de fa&#231;on &#224; ne vous quitter l'un l'autre ni le jour ni la nuit ? Si c'est bien cela que vous souhaitez, je consens &#224; vous fondre ensemble et &#224; vous transformer en un seul &#234;tre, de fa&#231;on &#224; faire que de ces deux &#234;tres que vous &#234;tes maintenant vous deveniez un seul, c'est-&#224;-dire pour que, durant toute votre vie, vous viviez l'un avec l'autre une vie en commun comme si vous n'&#233;tiez qu'un seul &#234;tre, et que, apr&#232;s votre mort, l&#224;-bas chez Had&#232;s, au lieu d'&#234;tre deux vous ne formiez qu'un seul &#234;tre, apr&#232;s avoir connu une mort commune. Allons ! voyez si c'est l&#224; ce que vous d&#233;sirez et si ce sort vous satisfait. &#187; En entendant cette proposition, il ne se trouverait personne, nous le savons, pour dire non et pour souhaiter autre chose. Au contraire, chacun estimerait tout bonnement qu'il vient d'entendre exprimer un souhait qu'il avait depuis longtemps : celui de s'unir avec l'&#234;tre aim&#233; et se fondre en lui, de fa&#231;on &#224; ne faire qu'un seul &#234;tre au lieu de deux. Ce souhait s'explique par le fait que la nature humaine qui &#233;tait la n&#244;tre dans un pass&#233; recul&#233; se pr&#233;sentait ainsi, c'est-&#224;-dire que nous &#233;tions d'une seule pi&#232;ce : aussi est-ce au souhait de retrouver cette totalit&#233;, &#224; sa recherche, que nous donnons le nom d'&#171; amour &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;i&gt;Le Banquet&lt;/i&gt;, 189d-192e&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Socrate, Callicl&#232;s et les tonneaux perc&#233;s</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Socrate-Callecles-et-les-tonneaux-perces-1837</link>
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		<dc:date>2020-03-19T11:34:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Platon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Socrate &#8212; Bien. Allons donc, je vais te proposer une autre image [&#8230;]. En effet, regarde bien si ce que tu veux dire, quand tu parles de ces deux genres de vie, une vie d'ordre et une vie de d&#233;r&#232;glement, ne ressemble pas &#224; la situation suivante. Suppose qu'il y ait deux hommes qui poss&#232;dent, chacun, un grand nombre de tonneaux. Les tonneaux de l'un sont sains, remplis de vin, de miel, de lait, et cet homme a encore bien d'autres tonneaux, remplis de toutes sortes de choses. Chaque tonneau (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Socrate &#8212; Bien. Allons donc, je vais te proposer une autre image [&#8230;]. En effet, regarde bien si ce que tu veux dire, quand tu parles de ces deux genres de vie, une vie d'ordre et une vie de d&#233;r&#232;glement, ne ressemble pas &#224; la situation suivante. Suppose qu'il y ait deux hommes qui poss&#232;dent, chacun, un grand nombre de tonneaux. Les tonneaux de l'un sont sains, remplis de vin, de miel, de lait, et cet homme a encore bien d'autres tonneaux, remplis de toutes sortes de choses. Chaque tonneau est donc plein de ces denr&#233;es liquides qui sont rares, difficiles &#224; recueillir et qu'on n'obtient qu'au terme de maints travaux p&#233;nibles. Mais, au moins, une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n'a plus &#224; y reverser quoi que ce soit ni &#224; s'occuper d'eux ; au contraire, quand il pense &#224; ses tonneaux, il est tranquille. L'autre homme, quant &#224; lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denr&#233;es, m&#234;me si elles sont difficiles &#224; recueillir, mais comme ses r&#233;cipients sont perc&#233;s et f&#234;l&#233;s, il serait forc&#233; de les remplir sans cesse, jour et nuit, en s'infligeant les plus p&#233;nibles peines. Alors, regarde bien, si ces deux hommes repr&#233;sentent chacun une mani&#232;re de vivre, de laquelle des deux dis-tu qu'elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l'homme d&#233;r&#233;gl&#233; ou celle de l'homme temp&#233;rant ? En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d'admettre que la vie temp&#233;rante vaut mieux que la vie d&#233;r&#233;gl&#233;e ? Est-ce que je ne te convaincs pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Callicl&#232;s &#8212; Tu ne me convaincs pas, Socrate. Car l'homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-m&#234;me et en ses tonneaux, n'a plus aucun plaisir [&#8230;] : il vit comme une pierre. S'il a fait le plein, il n'&#233;prouve plus ni joie, ni peine. Au contraire, la vie de plaisirs est celle o&#249; on verse et on reverse autant qu'on peut dans son tonneau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate &#8212; Mais alors, si l'on en verse beaucoup, il faut aussi qu'il y en ait beaucoup qui s'en aille, on doit avoir de bons gros trous, pour que tout puisse bien s'&#233;chapper !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Callicl&#232;s &#8212; Oui, parfaitement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate &#8212; Tu parles de la vie d'un pluvier, qui mange et fiente en m&#234;me temps ! - non, ce n'est pas la vie d'un cadavre, m&#234;me pas celle d'une pierre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon, &lt;i&gt;Gorgias&lt;/i&gt;, 493d-494b, traduction Monique Canto-Sperber&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plaisir et douleur sont ins&#233;parablement li&#233;s</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Plaisir-et-douleur-sont-inseparablement-lies</link>
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		<dc:date>2009-03-16T08:37:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Platon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Socrate est en prison, encha&#238;n&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt; Socrate s'assit sur son lit, et pliant la jambe d'o&#249; l'on venait d'&#244;ter la cha&#238;ne, et la frottant avec sa main : &#171; Quelle chose &#233;trange &#187;, nous dit-il, &#171; que ce que les hommes appellent plaisir, et comme elle s'accorde merveilleusement avec la douleur, qu'on croit pourtant son contraire ; car s'ils ne peuvent jamais se rencontrer ensemble, quand on prend l'un des deux pourtant, il faut presque toujours s'attendre &#224; l'autre, comme s'ils &#233;taient li&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Socrate est en prison, encha&#238;n&#233; :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Socrate s'assit sur son lit, et pliant la jambe d'o&#249; l'on venait d'&#244;ter la cha&#238;ne, et la frottant avec sa main : &#171; Quelle chose &#233;trange &#187;, nous dit-il, &#171; que ce que les hommes appellent plaisir, et comme elle s'accorde merveilleusement avec la douleur, qu'on croit pourtant son contraire ; car s'ils ne peuvent jamais se rencontrer ensemble, quand on prend l'un des deux pourtant, il faut presque toujours s'attendre &#224; l'autre, comme s'ils &#233;taient li&#233;s ins&#233;parablement. Je crois que si Esope avait pris garde &#224; cette id&#233;e, il en aurait peut-&#234;tre fait une fable.&lt;i&gt; Il aurait dit que Dieu, ayant voulu accorder ces deux ennemis, et n'ayant pu y r&#233;ussir, se contenta de les lier &#224; une m&#234;me cha&#238;ne, de sorte que depuis ce temps-l&#224;, quand l'un arrive, l'autre le suit de pr&#232;s&lt;/i&gt;. C'est ce que j'&#233;prouve aujourd'hui moi-m&#234;me ; car &#224; la douleur que les fers me faisaient souffrir &#224; cette jambe, le plaisir semble succ&#233;der &#224; pr&#233;sent. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;i&gt;Ph&#233;don&lt;/i&gt;, bc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les plaisirs sans m&#233;lange</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Les-plaisirs-sans-melange</link>
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		<dc:date>2009-03-16T08:34:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Platon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;SOCRATEApr&#232;s les plaisirs m&#233;lang&#233;s, l'ordre naturel exige que nous abordions &#224; leur tour les plaisirs sans m&#233;lange. PROTARQUE Tr&#232;s bien. SOCRATE Je vais donc me tourner vers eux et t&#226;cher de les mettre sous nos yeux ; car je ne partage pas du tout l'opinion de ceux qui pr&#233;tendent que tous les plaisirs ne sont qu'une cessation de la douleur. Cependant, comme je l'ai dit, je me sers de leur t&#233;moignage pour prouver qu'il y a des plaisirs qui paraissent &#234;tre r&#233;els, mais qui ne le sont en aucune (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les plaisirs m&#233;lang&#233;s, l'ordre naturel exige que nous abordions &#224; leur tour les plaisirs sans m&#233;lange.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je vais donc me tourner vers eux et t&#226;cher de les mettre sous nos yeux ; car je ne partage pas du tout l'opinion de ceux qui pr&#233;tendent que tous les plaisirs ne sont qu'une cessation de la douleur. Cependant, comme je l'ai dit, je me sers de leur t&#233;moignage pour prouver qu'il y a des plaisirs qui paraissent &#234;tre r&#233;els, mais qui ne le sont en aucune mani&#232;re, et qu'il y en a d'autres qui apparaissent &#224; la fois grands et nombreux, mais qui sont m&#234;l&#233;s &#224; la fois de douleurs et de cessations de douleurs, dans les crises les plus violentes du corps et de l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais quels sont, Socrate, les plaisirs qu'on peut, &#224; juste titre, regarder comme vrais ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ceux qui ont trait &#224; ce qu'on appelle les belles couleurs, aux figures, &#224; la plupart des odeurs et des sons et &#224; toutes les choses dont la privation n'est ni sensible ni douloureuse, mais qui procurent des jouissances sensibles, agr&#233;ables, pures de toute souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment faut-il encore entendre ce que tu dis, Socrate ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'avoue qu'&#224; premi&#232;re vue, ma pens&#233;e n'est pas claire, mais je vais essayer de l'&#233;claircir. Quand je parle de la beaut&#233; des figures, je ne veux pas dire ce que la plupart des gens entendent sous ces mots, des &#234;tres vivants par exemple, ou des peintures ; j'entends, dit l'argument, la ligne droite, le cercle, les figures planes et solides form&#233;es sur la ligne et le cercle au moyen des tours, des r&#232;gles, des &#233;querres, si tu me comprends. Car je soutiens que ces figures ne sont pas, comme les autres, belles sous quelque rapport, mais qu'elles sont toujours belles par elles-m&#234;mes et de leur nature, qu'elles procurent certains plaisirs qui leur sont propres et n'ont rien de commun avec les plaisirs du chatouillement. J'ajoute qu'il y a des couleurs qui offrent des beaut&#233;s et des plaisirs empreints du m&#234;me caract&#232;re. Comprends-tu maintenant ? ou qu'as-tu &#224; dire ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'essaye de comprendre ; essaye, toi aussi, de t'expliquer encore plus clairement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je dis donc, pour en venir aux sons, qu'il y en a de coulants et de clairs, qui rendent une simple note pure, et qu'ils sont beaux, non point relativement, mais absolument, par eux-m&#234;mes, ainsi que les plaisirs qui en sont une suite naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cela aussi est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le plaisir que donnent les odeurs est d'un genre moins divin que les pr&#233;c&#233;dents ; mais, d&#232;s lors que la douleur ne s'y m&#234;le pas n&#233;cessairement, par quelque voie et en quelque objet qu'il nous arrive, je le tiens toujours pour un genre qui fait le pendant avec eux et je dis, si tu me comprends bien, qu'il y a l&#224; deux esp&#232;ces de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je comprends.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons-y encore les plaisirs de la science, s'il nous para&#238;t qu'ils ne sont pas joints &#224; la soif de savoir, et si la source n'en est pas une douleur occasionn&#233;e par cette soif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je suis sur ce point d'accord avec toi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais si, quand on est rempli de connaissances, on vient par la suite &#224; les perdre par l'oubli, vois-tu que cette perte cause quelque douleur ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De par sa nature, aucune ; mais, &#224; la r&#233;flexion, on peut se chagriner d'avoir perdu quelque connaissance, &#224; cause du besoin qu'on en a.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Oui, bienheureux homme ; mais, en ce moment, nous nous occupons des affections naturelles en elles-m&#234;mes, ind&#233;pendamment de toute r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors tu as raison de dire que nous ne sentons aucune douleur quand l'oubli nous fait perdre des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOCRATE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, il faut dire que les plaisirs de la science sont des plaisirs sans m&#233;lange et qu'ils ne sont pas accessibles &#224; la plupart des hommes, mais &#224; un tr&#232;s petit nombre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROTARQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certainement, il faut le dire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;i&gt;Phil&#232;be&lt;/i&gt;, 60 bc, trad. Chambry&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le noble mensonge </title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Le-noble-mensonge</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Platon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#8212;Quel moyen serait alors &#224; notre disposition, dis-je, dans le cas o&#249; se pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233; de ces mensonges dont nous parlions tout &#224; l'heure, pour persuader de la noblesse d'un certain mensonge d'abord les gouvernants eux-m&#234;mes, et si ce n'est pas possible, le reste de la cit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;Quel mensonge ? demanda-t-il. &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;Rien de nouveau, dis-je, seulement une affaire ph&#233;nicienne , qui s'est pass&#233;e autrefois d&#233;j&#224; en maints endroits, comme l'ont dit et fait croire les po&#232;tes, mais qui n'est pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8212;Quel moyen serait alors &#224; notre disposition, dis-je, dans le cas o&#249; se pr&#233;sente la n&#233;cessit&#233; de ces mensonges dont nous parlions tout &#224; l'heure, pour persuader de la noblesse d'un certain mensonge d'abord les gouvernants eux-m&#234;mes, et si ce n'est pas possible, le reste de la cit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8212;Quel mensonge ? demanda-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8212;Rien de nouveau, dis-je, seulement une affaire ph&#233;nicienne , qui s'est pass&#233;e autrefois d&#233;j&#224; en maints endroits, comme l'ont dit et fait croire les po&#232;tes, mais qui n'est pas arriv&#233;e chez nous et qui, &#224; ce que je sache, n'est pas susceptible de se reproduire et dont on ne se convaincra pas facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8212;Tu me sembles, dit-il, avoir quelque difficult&#233; &#224; en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8212;Tu verras bien, dis-je, quand j'aurai parl&#233;, qu'il y a des raisons d'h&#233;siter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8212;Parle, dit-il, n'aie crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8212;Je parlerai donc, et pourtant je ne sais trop comment j'en aurai l'audace, ni &#224; quels arguments je pourrai recourir pour le faire. J'entreprendrai en premier lieu de persuader les gouvernants eux-m&#234;mes et les hommes de guerre, ensuite le reste de la cit&#233;, que tout ce dont nous les avons nourris et form&#233;s, tout cela &#233;tait pour ainsi dire comme des r&#234;veries dont ils font l'exp&#233;rience lorsqu'elles se pr&#233;sentent &#224; eux. En r&#233;alit&#233;, ils &#233;taient alors model&#233;s dans le sein de la terre et &#233;lev&#233;s, eux, leurs armes, et tout leur &#233;quipement en cours de fabrication ; quand ils furent enti&#232;rement confectionn&#233;s, la terre qui est leur m&#232;re les a mis au monde, et maintenant ils doivent consid&#233;rer cette contr&#233;e o&#249; ils se trouvent comme leur m&#232;re et leur nourrice et la d&#233;fendre si on l'attaque, et r&#233;fl&#233;chir au fait que les autres citoyens sont comme leurs fr&#232;res, sortis eux aussi du sein de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8212;Pas surprenant, dit-il, que tu aies eu longtemps scrupule &#224; formuler ce mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8212;Il y avait, en effet, dis-je, de bonnes raisons. Mais &#233;coute n&#233;anmoins la suite de l'histoire : &#034;Vous qui faites partie de la cit&#233;, vous &#234;tes tous fr&#232;res, leur dirons-nous en poursuivant l'histoire, mais le dieu, en modelant ceux d'entre vous qui sont aptes &#224; gouverner, a m&#234;l&#233; de l'or &#224; leur gen&#232;se ; c'est la raison pour laquelle ils sont les plus pr&#233;cieux. Pour ceux qui sont aptes &#224; devenir auxiliaires, il a m&#234;l&#233; de l'argent, et pour ceux qui seront le reste des cultivateurs et des artisans, il a m&#234;l&#233; du fer et du bronze. D&#232;s lors, du fait que vous &#234;tes tous parents, la plupart du temps votre prog&#233;niture sera semblable &#224; vous, mais il pourra se produire des cas o&#249; de l'or na&#238;tra un rejeton d'argent, et de l'argent un rejeton d'or, et ainsi pour toutes les filiations entre eux. Aussi le dieu prescrit-il d'abord et avant tout &#224; ceux qui gouvernent d'&#234;tre les excellents gardiens des rejetons comme de personne d'autre, et de ne rien prot&#233;ger avec autant de soin qu'eux, en tenant compte de ces m&#233;taux qui ont &#233;t&#233; m&#233;lang&#233;s &#224; leurs &#226;mes : si leurs propres rejetons sont form&#233;s d'un alliage de bronze et de fer, qu'ils n'aient aucune forme de piti&#233; &#224; leur &#233;gard et qu'ils les assignent aux t&#226;ches des artisans et des cultivateurs, en respectant ce qui convient &#224; leur nature ; si par ailleurs surgissent dans leur descendance quelques rejetons alliant l'or et l'argent, qu'ils respectent leur valeur et qu'ils les &#233;l&#232;vent, les uns &#224; la t&#226;che de gardiens et les autres &#224; la t&#226;che d'auxiliaires, tenant compte de ce que l'oracle dit que la cit&#233; p&#233;rira si son gardien est de fer ou si elle est gard&#233;e par l'homme de bronze.&#034; &#192; pr&#233;sent, disposes-tu de quelque moyen pour persuader de cette histoire ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt;, III, 414b-415c&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour bien vivre, il ne faut pas r&#233;primer ses passions.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Pour-bien-vivre-il-ne-faut-pas-reprimer-ses-passions</link>
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		<dc:creator>Platon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Callicl&#232;s - Mais voici ce qui est beau et juste suivant la nature, je te le dis en toute franchise, c'est que, pour bien vivre, il faut laisser prendre &#224; ses passions tout l'accroissement possible, au lieu de les r&#233;primer, et, quand elles ont atteint toute leur force, &#234;tre capable de leur donner satisfaction par son courage et son intelligence et de remplir tous ses d&#233;sirs &#224; mesure qu'ils &#233;closent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cela n'est pas, je suppose, &#224; la port&#233;e du vulgaire. De l&#224; vient qu'il d&#233;crie les gens (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Callicl&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Callicl&#232;s est dans ce dialogue de Platon, l'adversaire de Socrate.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; - Mais voici ce qui est beau et juste suivant la nature, je te le dis en toute franchise, c'est que, pour bien vivre, il faut laisser prendre &#224; ses passions tout l'accroissement possible, au lieu de les r&#233;primer, et, quand elles ont atteint toute leur force, &#234;tre capable de leur donner satisfaction par son courage et son intelligence et de remplir tous ses d&#233;sirs &#224; mesure qu'ils &#233;closent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'est pas, je suppose, &#224; la port&#233;e du vulgaire. De l&#224; vient qu'il d&#233;crie les gens qui en sont capables, parce qu'il a honte de lui-m&#234;me et veut cacher sa propre impuissance. Il dit que l'intemp&#233;rance est une chose laide, essayant par l&#224; d'asservir ceux qui sont mieux dou&#233;s par la nature, et, ne pouvant lui-m&#234;me fournir &#224; ses passions de quoi les contenter, il fait l'&#233;loge de la temp&#233;rance et de la justice &#224; cause de sa propre l&#226;chet&#233;. Car pour ceux qui ont eu la chance de na&#238;tre fils de roi, ou que la nature a faits capables de conqu&#233;rir un commandement, une tyran&#173;nie, une souverainet&#233;, peut-il y avoir v&#233;ritablement quelque chose de plus honteux et de plus funeste que la temp&#233;&#173;rance ? Tandis qu'il leur est loisible de jouir des biens de la vie sans que personne les en emp&#234;che, ils s'imposeraient eux-m&#234;mes pour ma&#238;tres la loi, les propos, les censures de la foule ! Et comment ne seraient-ils pas malheureux du fait de cette pr&#233;tendue beaut&#233; de la justice et de la tem&#173;p&#233;rance, puisqu'ils ne pourraient rien donner de plus &#224; leurs amis qu'&#224; leurs ennemis, et cela, quand ils sont les ma&#238;tres de leur propre cit&#233; ? La v&#233;rit&#233;, que tu pr&#233;tends chercher, Socrate, la voici : le luxe, l'incontinence et la libert&#233;, quand ils sont soutenus par la force constituent la vertu et le bonheur ; le reste, toutes ces belles id&#233;es, ces conventions contraires &#224; la nature, ne sont que niaiseries et n&#233;ant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Callicl&#232;s est dans ce dialogue de Platon, l'adversaire de Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;i&gt;Gorgias&lt;/i&gt;, 491e-492c&lt;br class='autobr' /&gt;
Trad. Chambry&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La nature et la loi sont contraires</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/La-nature-et-la-loi-sont-contraires</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.caute.lautre.net/La-nature-et-la-loi-sont-contraires</guid>
		<dc:date>2009-01-16T19:15:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Platon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Callicl&#232;s : Or, le plus souvent, la nature et la loi s'opposent l'une &#224; l'autre. Si donc, par pudeur, on n'ose pas dire ce qu'on pense, on est forc&#233; de se contredire. C'est un secret que tu as d&#233;couvert, toi aussi, et tu t'en sers pour dresser des pi&#232;ges dans la dispute. Si l'on parle en se r&#233;f&#233;rant &#224; la loi, tu interroges en te r&#233;f&#233;rant &#224; la nature, et si l'on parle de ce qui est dans l'ordre de la nature, tu interroges sur ce qui est dans l'ordre de la loi. C'est ainsi, par exemple, qu'&#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Callicl&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Callicl&#232;s est dans ce dialogue de Platon, l'adversaire de Socrate.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; : Or, le plus souvent, la nature et la loi s'opposent l'une &#224; l'autre. Si donc, par pudeur, on n'ose pas dire ce qu'on pense, on est forc&#233; de se contredire. C'est un secret que tu as d&#233;couvert, toi aussi, et tu t'en sers pour dresser des pi&#232;ges dans la dispute. Si l'on parle en se r&#233;f&#233;rant &#224; la loi, tu interroges en te r&#233;f&#233;rant &#224; la nature, et si l'on parle de ce qui est dans l'ordre de la nature, tu interroges sur ce qui est dans l'ordre de la loi. C'est ainsi, par exemple, qu'&#224; propos de l'injustice commise et subie, tandis que Polos parlait de ce qu'il y a de plus laid selon la loi, tu poursuivais la discussion en te r&#233;f&#233;rant &#224; la nature. Car, selon la nature, tout ce qui est plus mauvais est aussi plus laid, comme de souffrir l'injustice, tandis que, selon la loi, c'est la commettre. Ce n'est m&#234;me pas le fait d'un homme, de subir l'injustice, c'est le fait d'un esclave, pour qui la mort est plus avantageuse que la vie, et qui, l&#233;s&#233; et bafou&#233;, n'est pas en &#233;tat de se d&#233;fendre, ni de d&#233;fendre ceux aux&#173;quels il s'int&#233;resse. Mais, selon moi, les lois sont faites pour les faibles et par le grand nombre. C'est pour eux et dans leur int&#233;r&#234;t qu'ils les font et qu'ils distribuent les &#233;loges ou les bl&#226;mes ; et, pour effrayer les plus forts, ceux qui sont capables d'avoir l'avantage sur eux, pour les emp&#234;cher de l'obtenir, ils disent qu'il est honteux et injuste d'ambitionner plus que sa part et que c'est en cela que consiste l'injustice, &#224; vouloir poss&#233;der plus que les autres ; quant &#224; eux, j'imagine qu'ils se contentent d'&#234;tre sur le pied de l'&#233;galit&#233; avec ceux qui valent mieux qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi, dans l'ordre de la loi, on d&#233;clare injuste et laide l'ambition d'avoir plus que le commun des hommes, et c'est ce qu'on appelle injustice. Mais je vois que la nature elle-m&#234;me proclame qu'il est juste que le meilleur ait plus que le pire et le plus puissant que le plus faible. Elle nous montre par mille exemples qu'il en est ainsi et que non seulement dans le monde animal, mais encore dans le genre humain, dans les cit&#233;s et les races enti&#232;res, on a jug&#233; que la justice voulait que le plus fort command&#226;t au moins fort et f&#251;t mieux partag&#233; que lui. De quel droit, en effet, Xerx&#232;s porta-t-il la guerre en Gr&#232;ce et son p&#232;re en Scythie, sans parler d'une infinit&#233; d'autres exemples du m&#234;me genre qu'on pourrait citer ? Mais ces gens-l&#224;, je pense, agissent selon la nature du droit et, par Zeus, selon la loi de la nature, mais non peut-&#234;tre selon la loi &#233;tablie par les hommes. Nous formons les meilleurs et les plus forts d'entre nous, que nous prenons en bas &#226;ge, comme des lionceaux, pour les asservir par des enchantements et des prestiges, en leur disant qu'il faut respecter l'&#233;galit&#233; et que c'est en cela que consistent le beau et le juste. Mais qu'il paraisse un homme d'une nature assez forte pour secouer et briser ces entraves et s'en &#233;chapper, je suis s&#251;r que, foulant aux pieds nos &#233;crits, nos prestiges, nos incantations et toutes les lois contraires &#224; la nature, il se r&#233;voltera, et que nous verrons appara&#238;tre notre ma&#238;tre dans cet homme qui &#233;tait notre esclave ; et alors le droit de la nature brillera dans tout son &#233;clat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Callicl&#232;s est dans ce dialogue de Platon, l'adversaire de Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;i&gt;Gorgias&lt;/i&gt;, 482e-484a&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduction Chambry&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les deux formes de l'art imitatif.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Les-deux-formes-de-l-art-imitatif</link>
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		<description>
&lt;p&gt;L'&#201;tranger : J'ai, quant &#224; moi, l'impression nette d'apercevoir deux formes de l'art imitatif. Mais, pour ce qui est de dire en laquelle des deux peut bien se trouver la nature en qu&#234;te de laquelle nous sommes, je ne me juge pas encore capable de le savoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#233;&#233;t&#232;te : Commence pourtant par nous dire, toi, et par nous distinguer quelles sont les deux formes dont tu veux parler ! &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tranger : Je parle de deux formes, parce que si, dans cet art, je vois d'un cot&#233; un art de simulation, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tranger :&lt;/strong&gt; J'ai, quant &#224; moi, l'impression nette d'apercevoir deux formes de l'art imitatif. Mais, pour ce qui est de dire en laquelle des deux peut bien se trouver la nature en qu&#234;te de laquelle nous sommes, je ne me juge pas encore capable de le savoir.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te :&lt;/strong&gt; Commence pourtant par nous dire, toi, et par nous distinguer quelles sont les deux formes dont tu veux parler !&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#201;tranger :&lt;/strong&gt; Je parle de deux formes, parce que si, dans cet art, je vois d'un cot&#233; un art de simulation, celui-ci existe principalement dans le cas o&#249;, se conformant aux proportions du mod&#232;le en longueur, largeur et profondeur, on r&#233;alise la production de la chose imit&#233;e, en lui donnant encore, par surcro&#238;t, les couleurs qui conviennent.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te : &lt;/strong&gt;Mais quoi ? n'est-ce pas ce qu'essaient de faire tous ceux qui imitent quelque chose ?&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#201;tranger :&lt;/strong&gt; Pas en tout cas tous ceux du moins qui ont occasion de modeler ou de peindre quelque ouvrage de grandes dimensions : si, en effet ils rendaient la proportion v&#233;ritable propre &#224; la beaut&#233; des choses, tu sais fort bien que les parties sup&#233;rieures de l'ouvrage appara&#238;traient plus petites qu'il ne faut, et les parties inf&#233;rieures, de leur c&#244;t&#233;, plus grandes pour la raison que les premi&#232;res sont par nous vues de loin tandis que les secondes le sont de pr&#232;s.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te :&lt;/strong&gt; H&#233; ! oui, absolument.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#201;tranger :&lt;/strong&gt; L'une de ces deux choses, n'est-il donc pas juste, en tant qu'elle ressemble &#224; l'objet r&#233;el, de l'en appeler &#171; le semblant &#187; ?&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te :&lt;/strong&gt; Oui.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#201;tranger :&lt;/strong&gt; Et l'esp&#232;ce de l'art imitatif qui correspond &#224; cette esp&#232;ce d'objet, ne devons-nous pas l'appeler un &#171; art de la simulation &#187; ?&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te :&lt;/strong&gt; Ainsi nous devons l'appeler !&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#201;tranger :&lt;/strong&gt; Qu'est-ce &#224; dire ? Ce qui, du fait de n'&#234;tre pas contempl&#233; de point de vue qui est le bon, a l'apparence de ressembler &#224; ce qui est r&#233;ellement beau, mais qui, dans le cas o&#249; l'on a trouv&#233; la possibilit&#233; de voir dans les conditions voulues d'aussi grands ouvrages, n'a m&#234;me pas le semblant de ce &#224; quoi il pr&#233;tend ressembler, quel nom lui donnons-nous ? Puisque justement, tout en ayant l'apparence de ressembler, il ne ressemble pas cependant, ne l'appellerons-nous pas &#171; apparence illusoire &#187; ?&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te :&lt;/strong&gt; Sans contredit !&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#201;tranger :&lt;/strong&gt; Or, dans l'ordre de la peinture, n'est-ce point l&#224; une partie de l'art dont l'importance est &#233;norme, aussi bien que dans l'ordre tout entier de l'art imitatif ?&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te :&lt;/strong&gt; Comment le nier ?&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#201;tranger :&lt;/strong&gt; D&#232;s lors, l'art qui r&#233;alise une apparence illusoire &#224; la place d'une simulation de la chose, ne le d&#233;signerions-nous pas tr&#232;s justement par le nom d' &#171; art de l'apparence illusoire &#187; ?&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te :&lt;/strong&gt; Avec beaucoup de justesse, oui !&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#201;tranger :&lt;/strong&gt; Voil&#224; donc les deux esp&#232;ces que je disais exister dans l'art de produire des simulacres : un art de la simulation et un art de l'apparence illusoire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;i&gt;Le Sophiste&lt;/i&gt;, 235d-236c (Trad. L.Robin)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Philosopher, c'est apprendre &#224; mourir.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/Philosopher-c-est-apprendre-a-mourir</link>
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		<dc:creator>Platon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lors de son dernier entretien, avant de devoir se donner la mort comme le veut sa condamnation (voyez l'Apologie de Socrate), Socrate justifie son consentement devant la sentence. &lt;br class='autobr' /&gt; Socrate - Mais il est temps que je vous rende compte, &#224; vous qui &#234;tes mes juges, des motifs qui me font croire qu'un homme qui a r&#233;ellement pass&#233; sa vie &#224; philosopher a raison d'avoir confiance au moment de mourir et d'esp&#233;rer qu'il aura l&#224;-bas des biens infinis, d&#232;s qu'il aura termin&#233; sa vie. Comment cela peut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lors de son dernier entretien, avant de devoir se donner la mort comme le veut sa condamnation (voyez l'Apologie de Socrate), Socrate justifie son consentement devant la sentence.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Mais il est temps que je vous rende compte, &#224; vous qui &#234;tes mes juges, des motifs qui me font croire qu'un homme qui a r&#233;ellement pass&#233; sa vie &#224; philosopher a raison d'avoir confiance au moment de mourir et d'esp&#233;rer qu'il aura l&#224;-bas des biens infinis, d&#232;s qu'il aura termin&#233; sa vie. Comment cela peut se r&#233;aliser, Simmias et C&#233;b&#232;s, c'est ce que je vais essayer de vous expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien que le vulgaire ne se doute pas qu'en s'occupant de philosophie comme il convient, on ne fait pas autre chose que de rechercher la mort et l'&#233;tat qui la suit. S'il en est ainsi, tu reconna&#238;tras qu'il serait absurde de ne poursuivre durant toute sa vie d'autre but que celui-l&#224; et, quand la mort se pr&#233;sente, de se rebeller contre une chose qu'on poursuivait et pratiquait depuis longtemps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Sur quoi Simmias s'&#233;tant mis &#224; rire : &#171; Par Zeus, Socrate, dit-il, tu m'as fait rire, malgr&#233; le peu d'envie que j'en avais tout &#224; l'heure. C'est que je suis persuad&#233; que la plupart des gens, s'ils t'entendaient, croiraient que tu as parfaitement raison de parler ainsi des philosophes, et que les gens de chez nous conviendraient avec toi, et de bon c&#339;ur, que r&#233;ellement les philosophes sont d&#233;j&#224; morts et qu'on sait fort bien qu'ils n'ont que ce qu'ils m&#233;ritent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et ils diraient la v&#233;rit&#233;, Simmias, sauf en ceci : qu'on sait bien, car ils ne savent pas du tout en quel sens les vrais philosophes sont d&#233;j&#224; morts, en quel sens ils m&#233;ritent de mourir et de quelle mort. Mais parlons entre nous, et envoyons promener ces gens-l&#224;. Nous croyons, n'est-ce pas, que la mort est quelque chose ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que la mort ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Certainement, dit Simmias, qui prit alors la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt;Est-ce autre chose que la s&#233;paration de l'&#226;me d'avec le corps ? On est mort, quand le corps, s&#233;par&#233; de l'&#226;me, reste seul, &#224; part, avec lui-m&#234;me, et quand l'&#226;me, s&#233;par&#233;e du corps, reste seule, &#224; part, avec elle-m&#234;me. La mort n'est pas autre chose que cela, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Non, c'est cela, dit Simmias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Vois &#224; pr&#233;sent, mon bon, si tu seras du m&#234;me avis que moi. Ce que je vais dire nous aidera, je pense, &#224; conna&#238;tre l'objet de notre examen. Te para&#238;t-il qu'il soit d'un philosophe de rechercher ce qu'on appelle les plaisirs comme ceux du manger et du boire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Pas du tout, Socrate, dit Simmias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et ceux de l'amour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Nullement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et les soins du corps, crois-tu que notre philosophe en fera grand cas ? Crois-tu qu'il tienne &#224; se distinguer par la beaut&#233; des habits et des chaussures et par les autres ornements du corps, ou qu'il d&#233;daigne tout cela, &#224; moins qu'une n&#233;cessit&#233; pressante ne le contraigne &#224; en faire usage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Je crois qu'il le d&#233;daigne, dit-il s'il est v&#233;ritablement philosophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Il te para&#238;t donc, en g&#233;n&#233;ral, dit Socrate, que l'activit&#233; d'un tel homme ne s'applique pas au corps, qu'elle s'en &#233;carte au contraire autant que possible et qu'elle se tourne vers l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Voil&#224; donc un premier point &#233;tabli : dans les circonstances dont nous venons de parler, nous voyons que le philosophe s'applique &#224; d&#233;tacher le plus possible son &#226;me du commerce du corps, et qu'il diff&#232;re en cela des autres hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Manifestement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et la plupart des hommes, Simmias, s'imaginent que, lorsqu'on ne prend pas plaisir &#224; ces sortes de choses et qu'on n'en use pas, ce n'est pas la peine de vivre, et que l'on n'est pas loin d'&#234;tre mort quand on ne se soucie pas du tout des jouissances corporelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias&lt;/strong&gt; - Rien de plus vrai que ce que tu dis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le corps est un obstacle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et quand il s'agit de l'acquisition de la science, le corps est-il, oui ou non, un obstacle, si on l'associe &#224; cette recherche ? Je m'explique par un exemple : la vue et l'ou&#239;e offrent-elles aux hommes quelque certitude, ou est-il vrai, comme les po&#232;tes nous le chantent sans cesse, que nous n'entendons et ne voyons rien exactement ? Or si ces deux sens corporels ne sont pas exacts ni s&#251;rs, les autres auront peine &#224; l'&#234;tre ; car ils sont tous inf&#233;rieurs &#224; ceux-l&#224;. N'est-ce pas ton avis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Si, enti&#232;rement, dit Simmias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate&lt;/strong&gt; - Quand donc, reprit Socrate, l'&#226;me atteint-elle la v&#233;rit&#233; ? Quand elle entreprend de faire quelque recherche de concert avec le corps, nous voyons qu'il l'induit en erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias - &lt;/strong&gt;C'est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate - &lt;/strong&gt;N'est-ce pas en raisonnant qu'elle prend, si jamais elle la prend, quelque connaissance des r&#233;alit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate - &lt;/strong&gt;Mais l'&#226;me ne raisonne jamais mieux que quand rien ne la trouble, ni l'ou&#239;e, ni la vue, ni la douleur, ni quelque plaisir, mais qu'au contraire elle s'isole le plus compl&#232;tement en elle-m&#234;me, en envoyant promener le corps et qu'elle rompt, autant qu'elle peut, tout commerce et tout contact avec lui pour essayer de saisir le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias - &lt;/strong&gt;C'est juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Ainsi donc, ici encore, l'&#226;me du philosophe m&#233;prise profond&#233;ment le corps, le fuit et cherche &#224; s'isoler en elle-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Il me semble.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les r&#233;alit&#233;s en elles-m&#234;mes ne sont accessibles qu'&#224; la pens&#233;e pure.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et maintenant, Simmias, que dirons-nous de ceci ? Admettons-nous qu'il y a quelque chose de juste en soi, ou qu'il n'y a rien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Oui, par Zeus, nous l'admettons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et aussi quelque chose de beau et de bon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias - &lt;/strong&gt;Sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Or as-tu d&#233;j&#224; vu aucune chose de ce genre avec tes yeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Pas du tout, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Alors, les as-tu saisies par quelque autre sens de ton corps ? Et je parle ici de toutes les choses de ce genre, comme la grandeur, la sant&#233;, la force, en un mot de l'essence de toutes les autres choses, c'est-&#224;-dire de ce qu'elles sont en elles-m&#234;mes. Est-ce au moyen du corps que l'on observe ce qu'il y a de plus vrai en elles ? ou plut&#244;t n'est-il pas vrai que celui d'entre nous qui se sera le mieux et le plus minutieusement pr&#233;par&#233; &#224; penser la chose qu'il &#233;tudie en elle-m&#234;me, c'est celui-l&#224; qui s'approchera le plus de la connaissance des &#234;tres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Certainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et le moyen le plus pur de le faire, ne serait-ce pas d'aborder chaque chose, autant que possible, avec la pens&#233;e seule, sans admettre dans sa r&#233;flexion ni la vue ni quelque autre sens, sans en tra&#238;ner aucun avec le raisonnement, d'user au contraire de la pens&#233;e toute seule et toute pure pour se mettre en chasse de chaque chose en elle-m&#234;me et en sa puret&#233;, apr&#232;s s'&#234;tre autant que possible d&#233;barrass&#233; de ses yeux et de ses oreilles et, si je puis dire, de son corps tout entier, parce qu'il trouble l'&#226;me et ne lui permet pas d'arriver &#224; la v&#233;rit&#233; et &#224; l'intelligence, quand elle l'associe &#224; ses op&#233;rations ? S'il est quelqu'un qui puisse atteindre l'&#234;tre, n'est-ce pas, Simmias, celui qui en usera de la sorte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; C'est merveilleusement exact, Socrate, ce que tu dis l&#224;, r&#233;pondit Simmias.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La profession de foi des philosophes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Il suit de toutes ces consid&#233;rations, poursuivit-il, que les vrais philosophes doivent penser et se dire entre eux des choses comme celles-ci : &lt;i&gt;&#171; Il semble que la mort est un raccourci qui nous m&#232;ne au but, puisque, tant que nous aurons le corps associ&#233; &#224; la raison dans notre recherche et que notre &#226;me sera contamin&#233;e par un tel mal, nous n'atteindrons jamais compl&#232;tement ce que nous d&#233;sirons et nous disons que l'objet de nos d&#233;sirs, c'est la v&#233;rit&#233;. Car le corps nous cause mille difficult&#233;s par la n&#233;cessit&#233; o&#249; nous sommes de le nourrir ; qu'avec cela des maladies surviennent, nous voil&#224; entrav&#233;s dans notre chasse au r&#233;el. Il nous remplit d'amours, de d&#233;sirs, de craintes, de chim&#232;res de toute sorte, d'innombrables sottises, si bien que, comme on dit, il nous &#244;te vraiment et r&#233;ellement toute possibilit&#233; de penser. Guerres, dissensions, batailles, c'est le corps seul et ses app&#233;tits qui en sont cause ; car on ne fait la guerre que pour amasser des richesses et nous sommes forc&#233;s d'en amasser &#224; cause du corps, dont le service nous tient en esclavage. La cons&#233;quence de tout cela, c'est que nous n'avons pas de loisir &#224; consacrer &#224; la philosophie. Mais le pire de tout, c'est que, m&#234;me s'il nous laisse quelque loisir et que nous nous mettions &#224; examiner quelque chose, il intervient sans cesse dans nos recherches, y jette le trouble et la confusion et nous paralyse au point qu'il nous rend incapables de discerner la v&#233;rit&#233;. Il nous est donc effectivement d&#233;montr&#233; que, si nous voulons jamais avoir une pure connaissance de quelque chose, il nous faut nous s&#233;parer de lui et regarder avec l'&#226;me seule les choses en elles-m&#234;mes. Nous n'aurons, semble-t-il, ce que nous d&#233;sirons et pr&#233;tendons aimer, la sagesse, qu'apr&#232;s notre mort, ainsi que notre raisonnement le prouve, mais pendant notre vie, non pas. Si en effet il est impossible, pendant que nous sommes avec le corps, de rien conna&#238;tre purement, de deux choses l'une : ou bien cette connaissance nous est absolument interdite, ou nous l'obtiendrons apr&#232;s la mort ; car alors l'&#226;me sera seule elle-m&#234;me, sans le corps, mais auparavant, non pas. Tant que nous serons en vie, le meilleur moyen, semble-t-il, d'approcher de la connaissance, c'est de n'avoir, autant que possible, aucun commerce ni communion avec le corps, sauf en cas d'absolue n&#233;cessit&#233;, de ne point nous laisser contaminer de sa nature, et de rester purs de ses souillures, jusqu'&#224; ce que Dieu nous en d&#233;livre. Quand nous nous serons ainsi purifi&#233;s, en nous d&#233;barrassant de la folie du corps, nous serons vraisemblablement en contact avec les choses pures et nous conna&#238;trons par nous-m&#234;mes tout ce qui est sans m&#233;lange, et c'est en cela s&#251;rement que consiste le vrai ; pour l'impur, il ne lui est pas permis d'atteindre le pur. &#187;&lt;/i&gt; Voil&#224;, j'imagine, Simmias, ce que doivent penser et se dire entre eux tous les vrais amis du savoir. N'es-tu pas de cet avis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Absolument, dit Simmias.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mort et purification&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Si cela est vrai, camarade, reprit Socrate, j'ai grand espoir qu'arriv&#233; o&#249; je vais, j'y atteigne pleinement, si on le peut quelque part, ce qui a &#233;t&#233; l'objet essentiel de mes efforts pendant ma vie pass&#233;e. Aussi le voyage qui m'est impos&#233; aujourd'hui suscite en moi une bonne esp&#233;rance, comme en tout homme qui croit que sa pens&#233;e est pr&#233;par&#233;e, comme si elle avait &#233;t&#233; purifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Cela est certain, dit Simmias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate &lt;/strong&gt;- Or purifier l'&#226;me n'est-ce pas justement, comme nous le disions tant&#244;t, la s&#233;parer le plus possible du corps et l'habituer &#224; se recueillir et &#224; se ramasser en elle-m&#234;me de toutes les parties du corps, et &#224; vivre, autant que possible, dans la vie pr&#233;sente et dans la vie future, seule avec elle-m&#234;me, d&#233;gag&#233;e du corps comme d'une cha&#238;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Assur&#233;ment, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et cet affranchissement et cette s&#233;paration de l'&#226;me d'avec le corps, n'est-ce pas cela qu'on appelle la mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias - &lt;/strong&gt;C'est exactement cela, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Mais d&#233;livrer l'&#226;me, n'est-ce pas, selon nous, &#224; ce but que les vrais philosophes, et eux seuls, aspirent ardemment et constamment, et n'est-ce pas justement &#224; cet affranchissement et &#224; cette s&#233;paration de l'&#226;me et du corps que s'exercent les philosophes ? Est-ce vrai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; &#201;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; D&#232;s lors, comme je le disais en commen&#231;ant, il serait ridicule qu'un homme qui, de son vivant, s'entra&#238;ne &#224; vivre dans un &#233;tat aussi voisin que possible de la mort, se r&#233;volte lorsque la mort se pr&#233;sente &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias - &lt;/strong&gt;Ridicule, sans contredit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt;C'est donc un fait, Simmias, reprit Socrate, que les vrais philosophes s'exercent &#224; mourir et qu'ils sont, de tous les hommes, ceux qui ont le moins peur de la mort. R&#233;fl&#233;chis &#224; ceci. Si en effet, ils sont de toute fa&#231;on brouill&#233;s avec leur corps et d&#233;sirent que leur &#226;me soit seule avec elle-m&#234;me, et, si d'autre part, ils ont peur et se r&#233;voltent quand ce moment arrive, n'est-ce pas une incons&#233;quence grossi&#232;re de leur part, de ne point aller volontiers en un endroit o&#249; ils ont l'espoir d'obtenir d&#232;s leur arriv&#233;e ce dont ils ont &#233;t&#233; &#233;pris toute leur vie, et ils &#233;taient &#233;pris de la sagesse, et d'&#234;tre d&#233;livr&#233;s d'un compagnon avec lequel ils &#233;taient brouill&#233;s ? H&#233; quoi, on a vu beaucoup d'hommes qui, pour avoir perdu un mignon, une femme, un fils, se sont r&#233;solus d'eux-m&#234;mes &#224; les suivre dans l'Had&#232;s, conduits par l'espoir d'y revoir ceux qu'ils regrettaient et de rester avec eux, et, quand il s'agit de la sagesse, l'homme qui en est r&#233;ellement &#233;pris et qui a, lui aussi, la ferme conviction qu'il ne trouvera nulle part ailleurs que dans l'Had&#232;s une sagesse qui vaille la peine qu'on en parle, se r&#233;voltera contre la mort et n'ira pas volontiers dans l'autre monde ! Il faut bien croire que si, camarade, s'il est r&#233;ellement philosophe, car il aura la ferme conviction qu'il ne rencontrera nulle part la sagesse pure, sinon l&#224;-bas. Mais, s'il en est ainsi, ne serait-ce pas, comme je le disais tout &#224; l'heure, une grossi&#232;re incons&#233;quence, qu'un tel homme e&#251;t peur de la mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Si, par Zeus, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La v&#233;ritable vertu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Par cons&#233;quent, lorsque tu verras un homme se f&#226;cher parce qu'il va mourir, tu as l&#224; une forte preuve qu'il n'aimait pas la sagesse, mais le corps, et l'on peut croire qu'il aimait aussi l'argent et les honneurs, l'un des deux, ou tous les deux ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt;.Certainement, dit-il, cela est comme tu le dis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate - &lt;/strong&gt;Et ce qu'on appelle courage, Simmias, n'est-il pas aussi une marque caract&#233;ristique des vrais philosophes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias - &lt;/strong&gt;Sans aucun doute, r&#233;pondit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Et la temp&#233;rance, ce qu'on appelle commun&#233;ment temp&#233;rance et qui consiste &#224; ne pas se laisser troubler par les passions, mais &#224; les d&#233;daigner et &#224; les r&#233;gler, n'est-ce pas le fait de ceux-l&#224; seuls qui s'int&#233;ressent tr&#232;s peu au corps et vivent dans la philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; N&#233;cessairement, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate - &lt;/strong&gt;Si, en effet, poursuivit Socrate, tu veux bien consid&#233;rer le courage et la temp&#233;rance des autres hommes, tu les trouveras bien &#233;tranges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Comment cela, Socrate ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Tu sais, dit-il, que tous les autres hommes comptent la mort au nombre des grands maux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias - &lt;/strong&gt;Assur&#233;ment, r&#233;pondit Simmias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Or n'est-ce pas dans la crainte de maux plus grands que ceux d'entre eux qui ont du courage supportent la mort, quand ils ont &#224; la supporter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; C'est exact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; C'est donc par peur et par crainte qu'ils sont tous courageux, hormis les philosophes. Et pourtant il est absurde d'&#234;tre brave par peur et par l&#226;chet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Assur&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; N'en est-il pas de m&#234;me pour ceux d'entre eux qui sont r&#233;gl&#233;s ? C'est par une sorte de d&#233;r&#232;glement qu'ils sont temp&#233;rants. Nous avons beau dire que c'est impossible, leur niaise temp&#233;rance n'en revient pas moins &#224; cela. C'est parce qu'ils ont peur d'&#234;tre priv&#233;s d'autres plaisirs dont ils ont envie qu'ils s'abstiennent de certains plaisirs pour d'autres qui les ma&#238;trisent. Ils appellent bien intemp&#233;rance le fait d'&#234;tre gouvern&#233; par les plaisirs, cela n'emp&#234;che pas que c'est parce qu'ils sont vaincus par certains plaisirs qu'ils en dominent d'autres. Et cela revient &#224; ce que je disais tout &#224; l'heure, que c'est en quelque mani&#232;re par d&#233;r&#232;glement qu'ils sont devenus temp&#233;rants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simmias -&lt;/strong&gt; Il le semble en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate -&lt;/strong&gt; Bienheureux Simmias, peut-&#234;tre n'est-ce pas le vrai moyen d'acqu&#233;rir la vertu, que d'&#233;changer volupt&#233;s contre volupt&#233;s, peines contre peines, craintes contre craintes, les plus grandes contre les plus petites, comme si c'&#233;taient des pi&#232;ces de monnaie ; on peut croire, au contraire, que la seule bonne monnaie contre laquelle il faut &#233;changer tout cela, c'est la sagesse, que c'est &#224; ce prix et par ce moyen que se font les achats et les ventes r&#233;els, et que le courage, la temp&#233;rance, la justice, et, en g&#233;n&#233;ral, la vraie vertu s'acqui&#232;rent avec la sagesse, peu importe qu'on y ajoute ou qu'on en &#233;carte les plaisirs, les craintes et toutes les autres choses de ce genre. Si on les s&#233;pare de la sagesse et si on les &#233;change les unes contre les autres, une telle vertu n'est plus qu'un trompe-l'&#339;il, qui ne convient en r&#233;alit&#233; qu'&#224; des esclaves et qui n'a rien de sain ni de vrai. La v&#233;rit&#233; est en fait une purification de toutes ces passions, et la temp&#233;rance, la justice, le courage et la sagesse elle-m&#234;me sont une esp&#232;ce de purification. Je m'imagine que ceux qui ont &#233;tabli les myst&#232;res &#224; notre intention n'&#233;taient pas des hommes ordinaires, mais qu'en r&#233;alit&#233; ils ont voulu jadis nous faire entendre que tout homme, qui arrive dans l'Had&#232;s sans &#234;tre purifi&#233; et initi&#233;, restera couch&#233; dans la fange, mais que celui qui a &#233;t&#233; purifi&#233; et initi&#233;, d&#232;s son arriv&#233;e l&#224;-bas, habitera avec les dieux. Il y a en effet, comme disent ceux qui sont vers&#233;s dans les initiations, &#171; beaucoup de porteurs de f&#233;rules, mais peu d'inspir&#233;s &#187;. Et ceux-ci, &#224; mon avis, ne sont autres que ceux qui ont &#233;t&#233; de vrais philosophes. Pour &#234;tre, moi aussi, de ce nombre je n'ai, autant qu'il d&#233;pendait de moi, rien n&#233;glig&#233; de mon vivant, et aucun effort ne m'a co&#251;t&#233; pour y. parvenir. M'y suis-je appliqu&#233; comme il le fallait, ai-je quelque peu r&#233;ussi ? Je vais savoir la v&#233;rit&#233; en arrivant l&#224;-bas, s'il pla&#238;t &#224; Dieu, dans quelques heures. Telle est mon opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, Simmias et C&#233;b&#232;s, continua-t-il, ce que j'avais &#224; dire pour me justifier. Vous voyez pour quelles raisons je ne m'afflige ni ne m'indigne de vous quitter, vous et mes ma&#238;tres d'ici, parce que je suis convaincu que l&#224;-bas, tout comme ici, je trouverai de bons ma&#238;tres et de bons camarades. C'est ce que le vulgaire ne croit pas. Maintenant si mon plaidoyer vous convainc mieux que je n'ai convaincu mes juges ath&#233;niens, je n'ai rien de plus &#224; souhaiter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;strong&gt;Ph&#233;don&lt;/strong&gt;, 63e-69e, trad. E. Chambry.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La fable de Gyg&#232;s le Lydien</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/La-fable-de-Gyges-le-Lydien</link>
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		<dc:date>2005-01-17T20:57:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Platon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voyez le commentaire que fait Cic&#233;ron de cette fable : Sur la fable de Gyg&#232;s le Lydien. &lt;br class='autobr' /&gt; Que ceux qui pratiquent la justice agissent par impuissance de commettre l'injustice, c'est ce que nous sentirons particuli&#232;rement bien si nous faisons la supposition suivante. Donnons licence au juste et &#224; l'injuste de faire ce qu'ils veulent ; suivons-les et regardons o&#249;, l'un et l'autre les m&#232;ne le d&#233;sir. Nous prendrons le juste en flagrant d&#233;lit de poursuivre le m&#234;me but que l'injuste, pouss&#233; par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/-Platon-" rel="directory"&gt;Platon&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voyez le commentaire que fait Cic&#233;ron de cette fable : &lt;a href='http://www.caute.lautre.net/Sur-la-fable-de-Gyges-le-Lydien' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sur la fable de Gyg&#232;s le Lydien&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que ceux qui pratiquent la justice agissent par impuissance de commettre l'injustice, c'est ce que nous sentirons particuli&#232;rement bien si nous faisons la supposition suivante. Donnons licence au juste et &#224; l'injuste de faire ce qu'ils veulent ; suivons-les et regardons o&#249;, l'un et l'autre les m&#232;ne le d&#233;sir. Nous prendrons le juste en flagrant d&#233;lit de poursuivre le m&#234;me but que l'injuste, pouss&#233; par le besoin de l'emporter sur les autres : c'est ce que recherche toute nature comme un bien, mais que, par loi et par force, on ram&#232;ne au respect de l'&#233;galit&#233;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La licence dont je parle serait surtout significative si elle recevait le pouvoir qui &#233;chut jadis, selon la l&#233;gende &#224; Gyg&#232;s le Lydien. Cet homme &#233;tait un berger au service du roi qui gouvernait alors la Lydie. Un jour, au cours d'un violent orage accompagn&#233; d'un s&#233;isme, le sol se fendit et il se forma une ouverture b&#233;ante pr&#232;s de l'endroit o&#249; il faisait pa&#238;tre son troupeau. Plein d'&#233;tonnement, il descendit, et, entre autres merveilles que la fable &#233;num&#232;re, il vit un cheval d'airain creux, perc&#233; de petites portes ; s'&#233;tant pench&#233; vers l'int&#233;rieur, il y aper&#231;ut un cadavre de taille plus grande, semblait-il, que celle d'un homme, et qui avait &#224; la main un anneau d'or, dont il s'empara ; puis il partit sans prendre autre chose. Or, &#224; l'assembl&#233;e habituelle des bergers qui se tenait chaque mois pour informer le roi de l'&#233;tat de ses troupeaux, il se rendit portant au doigt cet anneau. Ayant pris place au milieu des autres, il tourna par hasard le chaton de sa bague vers l'int&#233;rieur de sa main ; aussit&#244;t il devint invisible &#224; ses voisins, qui parl&#232;rent de lui comme s'il &#233;tait parti. &#201;tonn&#233;, il mania de nouveau la bague en t&#226;tonnant, tourna le chaton en dehors et, ce faisant, redevint visible. S'&#233;tant rendu compte de cela, il r&#233;p&#233;ta l'exp&#233;rience pour voir si l'anneau avait bien ce pouvoir ; le m&#234;me prodige se reproduisit : en tournant le chaton en dedans il devenait invisible, en dehors visible. D&#232;s qu'il fut s&#251;r de son fait, il fit en sorte d'&#234;tre au nombre des messagers qui se rendaient aupr&#232;s du roi. Arriv&#233; au palais, il s&#233;duisit la reine, complota avec elle la mort du roi, le tua, et obtint ainsi le pouvoir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc il existait deux anneaux de cette sorte, et que le juste re&#231;ut l'un, l'injuste l'autre, aucun, pense-t-on, ne serait de nature assez adamantine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui a la duret&#233;, l'&#233;clat du diamant.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour pers&#233;v&#233;rer dans la justice et pour avoir le courage de ne pas toucher au bien d'autrui alors qu'il pourrait prendre sans crainte ce qu'il voudrait sur l'agora, s'introduire dans les maisons pour s'unir &#224; qui lui plairait, tuer les uns, briser les fers des autres et faire tout &#224; son gr&#233;, devenu l'&#233;gal d'un dieu parmi les hommes. En agissant ainsi, rien ne le distinguerait du m&#233;chant : ils tendraient tous les deux vers le m&#234;me but. Et l'on citerait cela comme une grande preuve que personne n'est juste volontairement, mais par contrainte, la justice n'&#233;tant pas un bien individuel, puisque celui qui se croit capable de commettre l'injustice la commet. Tout homme, en effet, pense que l'injustice est individuellement plus profitable que la justice, et le pense avec raison d'apr&#232;s le partisan de cette doctrine. Car si quelqu'un recevait cette licence dont j'ai parl&#233;, et ne consentait jamais &#224; commettre l'injustice, ni &#224; toucher au bien d'autrui, il para&#238;trait le plus malheureux des hommes, et le plus insens&#233;, &#224; ceux qui auraient connaissance de sa conduite ; se trouvant mutuellement en pr&#233;sence ils le loueraient, mais pour se tromper les uns les autres, et &#224; cause de leur crainte d'&#234;tre eux-m&#234;mes victimes de l'injustice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui a la duret&#233;, l'&#233;clat du diamant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;strong&gt;La R&#233;publique&lt;/strong&gt;, II , 359b-360d, trad. Chambry&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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