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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>l'apologue de la p&#233;pite</title>
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		<dc:date>2012-04-20T20:28:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thoreau, Henri David</dc:creator>



		<description>Un homme avait trouv&#233; une grande p&#233;pite de 28 livres dans les mines de Bending en Australie. Tr&#232;s vite il s'est mis &#224; boire, il s'est procur&#233; un cheval et s'est promen&#233; partout, g&#233;n&#233;ralement au grand galop ; quand il rencontrait des gens, il les interpellait pour leur demander s'ils savaient qui il &#233;tait, et les informait aimablement qu'il &#233;tait &#171; le pauvre diable qui avait trouv&#233; la p&#233;pite &#187;. Pour finir, il a heurt&#233; un arbre, et s'est pratiquement assomm&#233;. Il n'y avait en l'occurrence aucun danger, car il (...)

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/spip.php?rubrique299" rel="directory"&gt;Thoreau&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un homme avait trouv&#233; une grande p&#233;pite de 28 livres dans les mines de Bending en Australie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s vite il s'est mis &#224; boire, il s'est procur&#233; un cheval et s'est promen&#233; partout, g&#233;n&#233;ralement au grand galop ; quand il rencontrait des gens, il les interpellait pour leur demander s'ils savaient qui il &#233;tait, et les informait aimablement qu'il &#233;tait &#171; le pauvre diable qui avait trouv&#233; la p&#233;pite &#187;. Pour finir, il a heurt&#233; un arbre, et s'est pratiquement assomm&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y avait en l'occurrence aucun danger, car il s'&#233;tait d&#233;j&#224; assomm&#233; contre la p&#233;pite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Henri-David Thoreau, &lt;i&gt;La vie sans principe&lt;/i&gt;, Minuit, p.25 (l&#233;g&#232;rement adapt&#233;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Le bonheur</title>
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		<dc:date>2011-10-12T12:21:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



		<description>&#171; Le bonheur est la satisfaction de tous nos penchants (aussi bien extensive, quant &#224; leur vari&#233;t&#233;, qu'intensive, quant au degr&#233;, et que protensive, quant &#224; la dur&#233;e). &#187; (E.Kant, Critique de la Raison pure, P.U.F., p.544) &#171; Si la vie poursuit une fin, si celle-ci est simplement appr&#233;ci&#233;e selon ce dont on jouit (selon la fin naturelle de la somme de tous les penchants, &#224; savoir le bonheur), il est facile d'en d&#233;cider. La r&#233;alit&#233; d'une telle fin est nulle [...]. Ce que l'homme entend par bonheur, ce qui (...)

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/spip.php?rubrique235" rel="directory"&gt;Morale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Le bonheur est la satisfaction de tous nos penchants (aussi bien extensive, quant &#224; leur vari&#233;t&#233;, qu'intensive, quant au degr&#233;, et que protensive, quant &#224; la dur&#233;e). &#187; (E.Kant, &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt;, P.U.F., p.544)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Si la vie poursuit une fin, si celle-ci est simplement appr&#233;ci&#233;e selon ce dont on jouit (selon la fin naturelle de la somme de tous les penchants, &#224; savoir le bonheur), il est facile d'en d&#233;cider. La r&#233;alit&#233; d'une telle fin est nulle [...]. Ce que l'homme entend par bonheur, ce qui est en r&#233;alit&#233; sa fin naturelle derni&#232;re (et non la fin de la libert&#233;), ne pourra jamais &#234;tre atteint car sa nature n'est pas de telle sorte qu'elle puisse s'arr&#234;ter quelque part dans la possession et la jouissance, et en &#234;tre satisfaite... . C'est la culture qui est donc la seule fin derni&#232;re, que l'on doit placer &#224; l'origine de la nature pour ce qui concerne le genre humain. &#187; (Kant, &lt;i&gt; Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;, &#167;83, note)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Il y a (&#8230;) une fin que l'on peut supposer r&#233;elle chez tous les &#234;tres raisonnables (&#8230;), par cons&#233;quent un but qui n'est pas pour eux une simple possibilit&#233;, mais dont on peut certainement admettre que tous se le proposent effectivement en vertu d'une n&#233;cessit&#233; naturelle, et ce but est le bonheur. (&#8230;) On peut donner le nom de prudence, en prenant ce mot dans son sens le plus &#233;troit, &#224; l'habilet&#233; dans le choix des moyens qui nous conduisent &#224; notre plus grand bien-&#234;tre.
(&#8230;) Le concept du bonheur est un concept si ind&#233;termin&#233;, que, malgr&#233; le d&#233;sir qu'a tout homme d'arriver &#224; &#234;tre heureux, personne ne peut jamais dire en termes pr&#233;cis et coh&#233;rents ce que v&#233;ritablement il d&#233;sire et il veut. La raison en est que tous les &#233;l&#233;ments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c'est-&#224;-dire qu'ils doivent &#234;tre emprunt&#233;s &#224; l'exp&#233;rience, et que cependant pour l'id&#233;e du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-&#234;tre dans mon &#233;tat pr&#233;sent et dans toute ma condition future, est n&#233;cessaire. Or il est impossible qu'un &#234;tre fini, si perspicace et en m&#234;me temps si puissant qu'on le suppose, se fasse un concept d&#233;termin&#233; de ce qu'il veut ici v&#233;ritablement. Veut-il la richesse ? Que de soucis, que d'envie, que de pi&#232;ges ne peut-il pas par l&#224; attirer sur sa t&#234;te ! Veut-il beaucoup de connaissances et de lumi&#232;res ? Peut-&#234;tre cela ne fera-t-il que lui donner un regard plus p&#233;n&#233;trant pour lui pr&#233;senter d'une mani&#232;re d'autant plus terrible les maux qui jusqu'&#224; pr&#233;sent se d&#233;robent encore &#224; sa vue et qui sont pourtant in&#233;vitables, ou bien que charger de plus de besoins encore ses d&#233;sirs qu'il a d&#233;j&#224; bien assez de peine &#224; satisfaire. Veut-il une longue vie ? Qui lui r&#233;pond que ce ne serait pas une longue souffrance ? Veut-il du moins la sant&#233; ? Que de fois l'indisposition du corps a d&#233;tourn&#233; d'exc&#232;s o&#249; aurait fait tomber une sant&#233; parfaite, etc. ! Bref, il est incapable de d&#233;terminer avec une enti&#232;re certitude d'apr&#232;s quelque principe ce qui le rendrait v&#233;ritablement heureux : pour cela il lui faudrait l'omniscience. On ne peut donc pas agir, pour &#234;tre heureux, d'apr&#232;s des principes d&#233;termin&#233;s, mais seulement d'apr&#232;s des conseils empiriques, qui recommandent, par exemple, un r&#233;gime s&#233;v&#232;re, l'&#233;conomie, la politesse, la r&#233;serve, etc., toutes choses qui, selon les enseignements de l'exp&#233;rience, contribuent en moyenne pour la plus grande part au bien-&#234;tre. Il suit de l&#224; que les imp&#233;ratifs de la prudence, &#224; parler exactement, ne peuvent commander en rien, c'est-&#224;-dire repr&#233;senter des actions d'une mani&#232;re objective comme pratiquement n&#233;cessaires, qu'il faut les tenir plut&#244;t pour des conseils (consilia) que pour des commandements (praecepta) de la raison ; le probl&#232;me qui consiste &#224; d&#233;terminer d'une fa&#231;on s&#251;re et g&#233;n&#233;rale quelle action peut favoriser le bonheur d'un &#234;tre raisonnable est un probl&#232;me tout &#224; fait insoluble ; il n'y a donc pas &#224; cet &#233;gard d'imp&#233;ratif qui puisse commander, au sens strict du mot, de faire ce qui rend heureux, parce que le bonheur est un id&#233;al, non de la raison, mais de l'imagination, fond&#233; uniquement sur des principes empiriques, dont on attendrait vainement qu'ils puissent d&#233;terminer une action par laquelle serait atteinte la totalit&#233; d'une s&#233;rie de cons&#233;quences en r&#233;alit&#233; infinie. &#187;
(Kant, &lt;i&gt;Fondements de la M&#233;taphysique des m&#339;urs&lt;/i&gt;, Vrin, p87 et 90-91)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme existe comme fin en soi</title>
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		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



		<description>Mais suppos&#233; qu'il y ait quelque chose dont l'existence en soi-m&#234;me ait une valeur absolue, quelque chose qui, comme fin en soi, pourrait &#234;tre un principe de lois d&#233;termin&#233;es, c'est alors en cela et en cela seulement que se trouverait le principe d'un imp&#233;ratif cat&#233;gorique possible, c'est-&#224;-dire d'une loi pratique. Or je dis : l'homme, et en g&#233;n&#233;ral tout &#234;tre raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle ou telle volont&#233; puisse user &#224; son gr&#233; ; dans toutes ses actions, (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais suppos&#233; qu'il y ait quelque chose dont l'existence en soi-m&#234;me ait une valeur absolue, quelque chose qui, comme fin en soi, pourrait &#234;tre un principe de lois d&#233;termin&#233;es, c'est alors en cela et en cela seulement que se trouverait le principe d'un imp&#233;ratif cat&#233;gorique possible, c'est-&#224;-dire d'une loi pratique. Or je dis : l'homme, et en g&#233;n&#233;ral tout &#234;tre raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle ou telle volont&#233; puisse user &#224; son gr&#233; ; dans toutes ses actions, aussi bien dans celles qui le concernent lui-m&#234;me que dans celles qui concernent d'autres &#234;tres raisonnables, il doit toujours &#234;tre consid&#233;r&#233; en m&#234;me temps comme fin. Tous les objets des inclinations n'ont qu'une valeur conditionnelle ; car si les inclinations et les besoins qui en d&#233;rivent n'existaient pas, leur objet serait sans valeur. Mais les inclinations m&#234;mes, comme sources du besoin, ont si peu une valeur absolue qui leur donne le droit d'&#234;tre d&#233;sir&#233;es pour elles-m&#234;mes, que, bien plut&#244;t, en &#234;tre pleinement affranchi doit &#234;tre le souhait universel de tout &#234;tre raisonnable. Ainsi la valeur de tous les objets &#224; acqu&#233;rir par notre action est toujours conditionnelle. Les &#234;tres dont l'existence d&#233;pend, &#224; vrai dire, non pas de notre volont&#233;, mais de la nature, n'ont cependant, quand ce sont des &#234;tres d&#233;pourvus de raison, qu'une valeur relative, celle de moyens, et voil&#224; pourquoi on les nomme des choses ; au contraire, les &#234;tres raisonnables sont appel&#233;s des personnes, parce que leur nature les d&#233;signe d&#233;j&#224; comme des fins en soi, c'est-&#224;-dire comme quelque chose qui ne peut pas &#234;tre employ&#233; simplement comme moyen, quelque chose qui par suite limite d'autant toute facult&#233; d'agir comme bon nous semble (et qui est un objet de respect). Ce ne sont donc pas l&#224; des fins simplement subjectives, dont l'existence, comme effet de notre action, a une valeur pour nous : ce sont des fins objectives, c'est-&#224;-dire des choses dont l'existence est une fin en soi-m&#234;me, et m&#234;me une fin telle qu'elle ne peut &#234;tre remplac&#233;e par aucune autre, au service de laquelle les fins objectives devraient se mettre, simplement comme moyens. Sans cela, en effet, on ne pourrait trouver jamais rien qui e&#251;t une valeur absolue. Mais si toute valeur &#233;tait conditionnelle, et par suite contingente, il serait compl&#232;tement impossible de trouver pour la raison un principe pratique supr&#234;me. Si donc il doit y avoir un principe pratique supr&#234;me, et au regard de la volont&#233; humaine un imp&#233;ratif cat&#233;gorique, il faut qu'il soit tel que, par la repr&#233;sentation de ce qui, &#233;tant une fin en soi, est n&#233;cessairement une fin pour tout homme, il constitue un principe objectif de la volont&#233;, que par cons&#233;quent il puisse servir de loi pratique universelle. Voici le fondement de ce principe : la nature raisonnable existe comme fin en soi. L'homme se repr&#233;sente n&#233;cessairement ainsi sa propre existence ; c'est donc en ce sens un principe subjectif d'actions humaines. Mais tout autre &#234;tre raisonnable se pr&#233;sente &#233;galement ainsi son existence, en cons&#233;quence du m&#234;me principe rationnel qui vaut aussi pour moi ; c'est donc en m&#234;me temps un principe objectif dont doivent pouvoir &#234;tre d&#233;duites, comme d'un principe pratique supr&#234;me, toutes les lois de la volont&#233;. L'imp&#233;ratif sera donc celui ci : Agis de telle sorte que tu traites l'humanit&#233; aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en m&#234;me temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;KANT, &lt;i&gt;Fondements de la M&#233;taphysique des moeurs&lt;/i&gt;, Deuxi&#232;me section&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'amiti&#233; &#233;picurienne</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1727</link>
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		<dc:date>2011-10-11T21:32:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cic&#233;ron</dc:creator>



		<description>Il me reste &#224; parler d'une question qui est tr&#232;s &#233;troitement li&#233;e &#224; notre sujet, c'est l'amiti&#233;, dont vous affirmez que, si le plaisir est le souverain bien, elle sera compl&#232;tement r&#233;duite &#224; rien. Or Epicure dit pr&#233;cis&#233;ment que, parmi toutes les choses dont la sagesse se munit pour vivre heureux, rien n'est plus grand que l'amiti&#233;, rien n'est plus fertile, rien n'est plus r&#233;jouissant. Et ce n'est pas seulement par cette sentence, mais beaucoup plus par sa vie, par ses actions et par ses m&#339;urs qu'il l'a (...)

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/spip.php?rubrique212" rel="directory"&gt;Cic&#233;ron&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il me reste &#224; parler d'une question qui est tr&#232;s &#233;troitement li&#233;e &#224; notre sujet, c'est l'amiti&#233;, dont vous affirmez que, si le plaisir est le souverain bien, elle sera compl&#232;tement r&#233;duite &#224; rien. Or Epicure dit pr&#233;cis&#233;ment que, parmi toutes les choses dont la sagesse se munit pour vivre heureux, rien n'est plus grand que l'amiti&#233;, rien n'est plus fertile, rien n'est plus r&#233;jouissant. Et ce n'est pas seulement par cette sentence, mais beaucoup plus par sa vie, par ses actions et par ses m&#339;urs qu'il l'a confirm&#233;. Combien l'amiti&#233; est grande, les fables forg&#233;es par les anciens l'attestent, dans lesquelles, malgr&#233; leur nombre et leur vari&#233;t&#233; et aussi loin qu'on peut remonter dans l'antiquit&#233;, on trouve &#224; peine trois paires d'amis, de Th&#233;s&#233;e jusqu'&#224; Oreste. Alors qu'Epicure, dans sa seule maison, et toute petite, quelles troupes d'amis a-t-il rassembl&#233;es, dans quel accord de sentiments, par quelle conspiration d'amour ! Ce qui, aujourd'hui encore, est le cas chez les &#233;picuriens. Mais revenons &#224; la chose m&#234;me, il n'est pas n&#233;cessaire de parler des hommes. 66 Je vois donc que les n&#244;tres ont parl&#233; de l'amiti&#233; de trois mani&#232;res. Les uns ont ni&#233; que les plaisirs qui touchent nos amis soient &#224; rechercher pour eux-m&#234;mes autant que nous recherchons les n&#244;tres, th&#232;se qui semble &#224; certains faire vaciller la stabilit&#233; de l'amiti&#233; ; cependant ils la maintiennent et, me semble-t-il, ils s'en sortent facilement. A l'instar des vertus en effet, dont il a &#233;t&#233; question plus haut, ils nient que l'amiti&#233; puisse &#234;tre s&#233;par&#233;e du plaisir. Car puisque la vie solitaire et sans amis est pleine d'emb&#251;ches et de crainte, la raison elle-m&#234;me conseille de se procurer des amiti&#233;s, dont l'acquisition donne une garantie &#224; l'&#226;me, et fait qu'elle ne peut se d&#233;tacher de l'espoir d'acqu&#233;rir des plaisirs. 67 Et de m&#234;me que les haines, les envies, le m&#233;pris font obstacle aux plaisirs, de m&#234;me les amiti&#233;s non seulement sont les plus fid&#232;les conducteurs des plaisirs, mais encore en sont les producteurs, autant pour les amis que pour soi ; et elles jouissent non seulement de leur pr&#233;sence, mais sont encore relev&#233;es par l'espoir d'un avenir prochain et &#233;loign&#233;. Puisque nous ne pouvons, sans amiti&#233;, avoir la jouissance ferme et perp&#233;tuelle d'une vie heureuse, ni conserver l'amiti&#233; elle-m&#234;me, si nous n'aimons nos amis &#224; l'&#233;gal de nous-m&#234;mes, voil&#224; pourquoi cela a lieu dans l'amiti&#233;, et pourquoi l'amiti&#233; est connect&#233;e au plaisir. En effet nous sommes &#224; la fois joyeux de la joie de nos amis &#224; l'&#233;gal de la n&#244;tre, et souffrons au m&#234;me degr&#233; qu'eux de leurs tourments. 68 En cons&#233;quence le sage sera affect&#233; &#224; l'&#233;gard de son ami de la m&#234;me mani&#232;re qu'envers lui-m&#234;me, et toutes les &#233;preuves qu'il s'imposerait pour son propre plaisir, il se les imposera pour le plaisir de son ami. Tout ce qui a &#233;t&#233; dit des vertus, sur la mani&#232;re dont elles sont solidaires du plaisir, doit &#234;tre dit &#233;galement de l'amiti&#233;. Epicure l'a dit magnifiquement en ces termes, &#224; peu pr&#232;s : &#171; c'est la m&#234;me pens&#233;e qui a s&#233;curis&#233; l'&#226;me pour qu'elle ne craigne aucun mal &#233;ternel ou durable, et qui a vu que dans les limites m&#234;mes de la vie l'amiti&#233; est la plus ferme des s&#233;curit&#233;s. &#187; 69 Mais il y a des &#233;picuriens qui sont un peu plus timides devant vos protestations, mais qui sont cependant assez subtils, et qui craignent que, si nous pensons que l'amiti&#233; doit &#234;tre recherch&#233;e pour notre plaisir, l'amiti&#233; ne paraisse toute enti&#232;re pour ainsi dire clocher. Aussi disent-ils que les premiers rapprochements, les rencontres, et la volont&#233; d'instituer des rapports d'habitude, se font pour le plaisir ; mais lorsque l'usage, en progressant, a produit la familiarit&#233;, alors on voit fleurir un amour tel que m&#234;me si aucune utilit&#233; ne sort de l'amiti&#233;, cependant les amis eux-m&#234;mes s'aiment pour eux-m&#234;mes. En effet si &#224; des lieux, &#224; des sanctuaires, &#224; des villes, &#224; des gymnases, &#224; un champ, &#224; des chiens, &#224; des chevaux, &#224; des exercices, &#224; la chasse, nous finissons par nous attacher par un lien d'amour gr&#226;ce &#224; l'habitude, combien plus facilement et plus justement cela pourra se faire par l'habitude des hommes. 70 Enfin il y en a qui disent qu'il existe entre les sages une sorte de contrat, qui les engage &#224; n'aimer pas moins leurs amis qu'eux-m&#234;mes. Nous comprenons que cela peut se faire et nous le voyons en effet souvent, et il est &#233;vident qu'on ne peut rien trouver de plus appropri&#233; pour vivre dans le plaisir qu'une conjonction de ce genre. De tout cela on peut juger non seulement que le principe de l'amiti&#233; n'est pas emp&#234;ch&#233; si le souverain bien est plac&#233; dans le plaisir, mais encore que sans cela c'est toute l'institution de l'amiti&#233; qui ne peut &#234;tre d&#233;couverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cic&#233;ron, &lt;i&gt;De finibus&lt;/i&gt;, I, XX, 65-70&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Le lien d'humanit&#233; est chose pr&#233;cieuse par elle-m&#234;me</title>
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		<dc:creator>Aristote</dc:creator>



		<description>L'homme est un &#234;tre qui aime son prochain et qui vit en soci&#233;t&#233;. Que parmi ces liens d'affection, les uns soient plus &#233;loign&#233;s, les autres tout proches de nous, cela ne fait rien &#224; la chose : toute affection est pr&#233;cieuse pour elle-m&#234;me et non pas seulement pour les services qu'on en tire. Si donc l'affection pour les concitoyens est pr&#233;cieuse pour elle-m&#234;me, il faut n&#233;cessairement en dire autant pour les gens de m&#234;me nation et de m&#234;me race, en sorte qu'il en va pareillement de l'affection pour tous les (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'homme est un &#234;tre qui aime son prochain et qui vit en soci&#233;t&#233;. Que parmi ces liens d'affection, les uns soient plus &#233;loign&#233;s, les autres tout proches de nous, cela ne fait rien &#224; la chose : toute affection est pr&#233;cieuse pour elle-m&#234;me et non pas seulement pour les services qu'on en tire. Si donc l'affection pour les concitoyens est pr&#233;cieuse pour elle-m&#234;me, il faut n&#233;cessairement en dire autant pour les gens de m&#234;me nation et de m&#234;me race, en sorte qu'il en va pareillement de l'affection pour tous les hommes. De fait, les sauveteurs sont ainsi dispos&#233;s &#224; l'&#233;gard du prochain qu'ils accomplissent le plus souvent leurs sauvetages non pas en vue d'une r&#233;compense, mais parce que la chose vaut d'&#234;tre faite pour elle-m&#234;me. Qui donc, voyant un homme &#233;cras&#233; par une b&#234;te, ne s'efforcerait, s'il le pouvait, d'arracher &#224; la b&#234;te sa victime ? Qui refuserait d'indiquer la route &#224; un homme &#233;gar&#233; ? Ou de venir en aide &#224; quelqu'un qui meurt de faim ? Ou, s'il a d&#233;couvert un source dans un d&#233;sert aride, ne le ferait conna&#238;tre par des signaux &#224; ceux qui suivent la m&#234;me route ? Qui donc enfin n'entendrait avec horreur, comme contraires &#224; la nature humaine, des propos tels que ceux-ci : &quot;Moi mort, que la terre soit livr&#233;e aux flammes ! &quot; ou : &quot;Que m'importe le reste, mes affaires &#224; moi prosp&#232;rent&quot; ? De toute &#233;vidence, il y a en nous un sentiment de bienveillance et d'amiti&#233; pour tous les hommes, qui manifeste que ce lien d'humanit&#233; est chose pr&#233;cieuse par elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Aristote, &lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Autrui peut-il nous apporter le bonheur ?</title>
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		<dc:date>2011-10-11T21:31:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Derrien, Jean-Luc </dc:creator>



		<description>Autrui peut-il nous apporter le bonheur ? Autrui Alain, Il faut donner d'abord Aristote, Le lien d'humanit&#233; est chose pr&#233;cieuse par elle-m&#234;me Cic&#233;ron, L'amiti&#233; &#233;picurienne Deleuze, Autrui est l'expression d'un monde possible. Descartes, On doit toutefois penser qu'on ne saurait subsister seul. Kant L'homme existe comme fin en soi Tournier, Autrui, pi&#232;ce ma&#238;tresse de mon univers, Il y a en moi un cosmos en gestation. Schopenhauer, Les porcs-&#233;pics . Le Bonheur &#201;pict&#232;te, Ce qui d&#233;pend de nous (...)

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/spip.php?rubrique317" rel="directory"&gt;Autrui&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Autrui peut-il nous apporter le bonheur ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Autrui&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alain, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1651&quot; class='spip_in'&gt;Il faut donner d'abord&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aristote, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1726&quot; class='spip_in'&gt;Le lien d'humanit&#233; est chose pr&#233;cieuse par elle-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cic&#233;ron, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1727&quot; class='spip_in'&gt;L'amiti&#233; &#233;picurienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deleuze, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1433&quot; class='spip_in'&gt;Autrui est l'expression d'un monde possible.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Descartes, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1013&quot; class='spip_in'&gt;On doit toutefois penser qu'on ne saurait subsister seul&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kant &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1730&quot; class='spip_in'&gt;L'homme existe comme fin en soi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tournier, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1590&quot; class='spip_in'&gt;Autrui, pi&#232;ce ma&#238;tresse de mon univers&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1591&quot; class='spip_in'&gt;Il y a en moi un cosmos en gestation&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Schopenhauer, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article108&quot; class='spip_in'&gt;Les porcs-&#233;pics &lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Bonheur&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;pict&#232;te, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article173&quot; class='spip_in'&gt;Ce qui d&#233;pend de nous et ce qui ne d&#233;pend pas de nous&lt;/a&gt;, &#167;1.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;picure, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?rubrique245&quot; class='spip_in'&gt;A M&#233;n&#233;c&#233;e&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kant, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1731&quot; class='spip_in'&gt;Le bonheur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le monde des machines s'apparente &#224; la nature.</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1725</link>
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		<dc:date>2011-09-21T13:52:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arendt, Hannah</dc:creator>



		<description>On ne s'&#233;tait jamais demand&#233; si l'homme &#233;tait, adapt&#233; ou avait besoin de s'adapter aux outils dont il se servait : autant vouloir l'adapter &#224; ses mains. Le cas des machines est tout diff&#233;rent. Tandis que les outils d'artisanat &#224; toutes les phases du processus ; de l'oeuvre restent les serviteurs de la main, les machines exigent que le travailleur les serve et qu'il adapte le rythme naturel de son corps &#224; leur mouvement m&#233;canique. Cela ne veut pas dire que les hommes en tant que tels s'adaptent ou (...)

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/spip.php?rubrique47" rel="directory"&gt;Arendt&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On ne s'&#233;tait jamais demand&#233; si l'homme &#233;tait, adapt&#233; ou avait besoin de s'adapter aux outils dont il se servait : autant vouloir l'adapter &#224; ses mains. Le cas des machines est tout diff&#233;rent. Tandis que les outils d'artisanat &#224; toutes les phases du processus ; de l'oeuvre restent les serviteurs de la main, les machines exigent que le travailleur les serve et qu'il adapte le rythme naturel de son corps &#224; leur mouvement m&#233;canique. Cela ne veut pas dire que les hommes en tant que tels s'adaptent ou s'asservissent &#224; leurs machines ; mais cela signifie bien que pendant toute la dur&#233;e du travail &#224; la machine le processus m&#233;canique remplace le rythme du corps humain. L'outil le plus raffin&#233; reste au service de la main qu'il ne peut ni guider ni remplacer. La machine la plus primitive guide le travail corporel , et &#233;ventuellement le remplace tout &#224; fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme il arrive souvent dans les lignes d'&#233;volution historique, il semble que les vraies significations de la technologie, c'est-&#224;-dire de la substitution du machinisme &#224; l'outillage, ne sont apparues qu'au dernier stade &#224; l'av&#232;nement de l'automatisation. Il peut &#234;tre utile de rappeler ici bri&#232;vement les &#233;tapes principales du d&#233;veloppement de la technologie moderne depuis le d&#233;but des temps modernes. Le premier stade, l'invention de la machine &#224; vapeur qui introduisit la r&#233;volution industrielle, &#233;tait encore caract&#233;ris&#233; par une imitation de processus naturels et une utilisation des forces naturelles pour des buts humains qui ne diff&#233;raient pas en principe de l'antique utilisation des &#233;nergies hydraulique et &#233;olienne. Ce n'est pas le principe de la machine &#224; vapeur qui &#233;tait nouveau mais plut&#244;t la d&#233;couverte et l'emploi des mines de houille pour l'alimenter. Les machines-outils de ce premier stade refl&#232;tent cette imitation de processus connus naturellement ; elles aussi imitent et utilisent plus puissamment les activit&#233;s naturelles de la main de l'homme. Mais aujourd'hui on nous dit que &#171; le grand pi&#232;ge, &#224; &#233;viter est de croire qu'il s agit de reproduire les gestes, manuels de l'op&#233;rateur ou du travailleur [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='John Diebold, Automation : The advent of the Automatic Factory, 1952, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tape suivante est caract&#233;ris&#233;e surtout par l'emploi de l'&#233;lectricit&#233;, laquelle en fait d&#233;termine encore le stade actuel du d&#233;veloppement technique. On ne peut plus d&#233;crire ce stade comme un agrandissement gigantesque, une continuation des vieux m&#233;tiers, et c'est &#224; ce mode seulement que les cat&#233;gories de l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt;, pour qui tout instrument est un moyen en vue d'une fin prescrite, cessent de s'appliquer. Car cette fois nous n'employons plus le mat&#233;riau tel que la nature nous le livre, en tuant ou interrompant des processus naturels, ou en les imitant. Dans tous ces cas nous changions, nous d&#233;naturions la nature en vue de nos fins, celles de notre monde, de telle sorte que le monde ou artifice humain d'une part, et la nature de l'autre restaient deux entit&#233;s nettement s&#233;par&#233;es. Aujourd'hui nous avons commenc&#233; &#224; &#171; cr&#233;er &#187; en quelque sorte, c'est-&#224;-dire &#224; d&#233;clencher nous-m&#234;mes des processus naturels qui ne se seraient pas produits sans nous, et au lieu d'entourer soigneusement l'artifice humain de remparts contre les forces &#233;l&#233;mentaires de la nature, qu'il s'agissait de tenir aussi &#233;loign&#233;es que possible du monde humain, nous avons canalis&#233; ces forces en m&#234;me temps que leur &#233;nergie &#233;l&#233;mentaire pour les introduire dans le monde. Le r&#233;sultat est une v&#233;ritable r&#233;volution du concept de fabrication ; la manufacture qui avait toujours &#233;t&#233; &#171; une s&#233;rie d'actes s&#233;par&#233;s &#187; est devenue &#171; un processus continu &#187;, celui de la cha&#238;ne de montage [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.69.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette &#233;volution l'automatisation est le stade le plus r&#233;cent, qui &#171; &#233;claire toute l'histoire du machinisme [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='G. Friedmann, Probl&#232;mes humains du machinisme industriel, p. (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;] &#187;. Ce sera certainement le point culminant de l'&#233;volution moderne, m&#234;me si l'&#226;ge atomique et une technologie bas&#233;e sur les d&#233;couvertes nucl&#233;aires y mettent fin rapidement. Les premiers instruments de la technologie nucl&#233;aire, les diverses sortes de bombes atomiques qui, si on les l&#226;che en quantit&#233;s suffisantes, ce qui ne veut pas dire de bien grandes quantit&#233;s, peuvent d&#233;truire toute la vie sur terre, t&#233;moignent assez de l'&#233;norme &#233;chelle sur laquelle un tel changement pourrait se produire. Il ne s'agirait plus de d&#233;clencher, de d&#233;cha&#238;ner des processus naturels &#233;l&#233;mentaires, mais de manier sur la terre, dans la vie quotidienne, des &#233;nergies qui ne se manifestent qu'en dehors de la terre, dans l'univers ; cela se fait d&#233;j&#224;, mais seulement dans les laboratoires des physiciens nucl&#233;aires. Si la technologie actuelle consiste &#224; canaliser les forces, naturelles dans le monde de l'artifice humain, la technologie future peut consister &#224; canaliser les forces universelles du cosmos pour les introduire dans la nature terrestre. Reste &#224; voir si les futures techniques transformeront l'&#233;conomie de la nature telle que nous la connaissons depuis le d&#233;but de notre monde autant ou m&#234;me plus que la technologie actuelle a chang&#233; l'appartenance-au-monde de l'artifice humain.La p&#233;n&#233;tration des forces naturelles dans le monde humain a bris&#233; la finalit&#233; du monde, le fait que les objets sont les fins en vue desquelles on con&#231;oit les outils. Ce qui caract&#233;rise tous les processus naturels, c'est qu'ils se produisent sans l'aide de l'homme, les choses naturelles sont celles qui ne :sont pas &#171; fabriqu&#233;es &#187;, qui poussent toutes seules. (C'est aussi les sens authentique du mot &#171; nature &#187;, qu'on le fasse d&#233;river de la racine latine &lt;i&gt;nasci,&lt;/i&gt; na&#238;tre, ou qu'on le fasse remonter a son mod&#232;le grec, &lt;i&gt;physis,&lt;/i&gt; qui vient de &lt;i&gt;phyein,&lt;/i&gt; na&#238;tre, cro&#238;tre.) A la diff&#233;rence des productions de la main de l'homme, qui doivent &#234;tre r&#233;alis&#233;es &#233;tape par &#233;tape et dans lesquelles le processus de fabrication est enti&#232;rement distinct de l'existence de l'objet fabriqu&#233;, l'existence de la chose naturelle n'est pas s&#233;par&#233;e du processus par lequel elle vient &#224; l'&#234;tre, elle lui est en quelque sorte identique : la graine contient, et en un sens elle est d&#233;j&#224; l'arbre, et l'arbre cesse d'exister lorsque cesse le processus de croissance par lequel il est n&#233; Si nous consid&#233;rons ces processus par rapport &#224; la finalit&#233; humaine, qui a un commencement voulu et une fin d&#233;termin&#233;e, ils ont un caract&#232;re d'automatisme. Nous appelons automatiques tous les mouvements qui s'encha&#238;nent d'eux-m&#234;mes et par cons&#233;quent &#233;chappent aux interventions voulues et ordonn&#233;es. Dans le monde de production qu'introduit l'automatisation, la distinction entre l'op&#233;ration et le produit, de m&#234;me que la primaut&#233; du produit sur l'op&#233;ration (qui n'est qu'un moyen, en vue d'une fin), n'ont plus de sens, elles sont d&#233;su&#232;tes. Les cat&#233;gories de l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt; et de son monde ne s'appliquent pas davantage ici qu'&#224; la nature et &#224; l'univers naturel. C'est pourquoi, d'ailleurs, les avocats de l'automatisation s'opposent tr&#232;s nettement d'ordinaire &#224; la conception m&#233;caniste de la nature et &#224; l'utilitarisme pratique du XVIII&#232; si&#232;cle qui caract&#233;risaient si bien l'orientation r&#233;solument, unilat&#233;ralement ouvri&#232;re de l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La discussion du probl&#232;me de la technologie dans son ensemble, c'est-&#224;-dire de la transformation de la vie et du monde par l'introduction de la machine, s'est &#233;trangement &#233;gar&#233;e parce que l'on s'est concentr&#233;. trop exclusivement sur les bons ou mauvais services que les machines rendent aux hommes. On a admis que les outils, les instruments &#233;taient con&#231;us principalement pour rendre plus facile la vie humaine et moins p&#233;nible le travail humain. C'est en ce sens anthropocentrique que l'on a compris ; exclusivement l'instrumentalit&#233;. Mais l'instrumentalit&#233; des outils est li&#233;e beaucoup plus &#233;troitement &#224; l'objet qu'elle doit produire, et la &#171; valeur humaine &#187; des outils se borne &#224; l'usage qu'en fait l'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt;. En d'autres termes, l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt;, le fabricant d'outils, inventa les outils pour &#233;difier un monde et non pas - non pas principalement du moins - pour aider le processus vital. Il ne s'agit donc pas tellement de savoir si nous sommes les esclaves ou les ma&#238;tres de nos machines mais si les machines servent, encore le monde et ses objets ou si au contraire avec le mouvement automatique de leurs processus elles n'ont pas commenc&#233; &#224; dominer, voire &#224; d&#233;truire le monde et les objets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une chose est s&#251;re : l'automatisme continu de la fabrication n'a pas seulement &#233;cart&#233; l'&#171; hypoth&#232;se gratuite &#187; que &#171; les mains de l'homme guid&#233;es, par le cerveau de l'homme repr&#233;sentent l'optimum d'efficacit&#233; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Diebold, op. cit., p 67.' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;] &#187;, mais aussi l'hypoth&#232;se beaucoup plus importante que les objets du monde qui nous entoure d&#233;pendent de, conceptions humaines et se construisent conform&#233;ment &#224; des normes humaines d'utilit&#233; ou de beaut&#233;. Au lieu d'utilit&#233; et de beaut&#233;, normes du monde, on en arrive &#224; concevoir des produits qui remplissent encore certaines &#171; fonctions de base &#187;, mais dont la forme sera d&#233;termin&#233;e avant tout par, les.op&#233;rations de la machine. Les &#171; fonctions de base &#187; sont naturellement celles de la vie animale de l'homme, puisqu'il n'y a pas d'autres fonctions n&#233;cessaires &#224; la base, mais le produit lui-m&#234;me non seulement les vari&#233;t&#233;s mais m&#234;me le &#171; changement total de produit &#187; d&#233;pendra enti&#232;rement de la capacit&#233; de la machine [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid, pp. 38-45.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Concevoir des objets pour la capacit&#233; op&#233;rationnelle de la machine au lieu : de concevoir des machines pour la production de certains objets, ce serait bien le renversement parfait de la cat&#233;gorie de la fin et des moyens, si cette cat&#233;gories avait encore un sens. Mais m&#234;me la fin la plus g&#233;n&#233;rale, le d&#233;gagement de main d'&#339;uvre que l'on assignait habituellement aux machines, est consid&#233;r&#233;e maintenant comme un but secondaire et d&#233;suet, inadapt&#233; et nuisible &#224; de virtuelles &#171; augmentations &#233;tonnantes d'efficacit&#233; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., pp. 110, 157.' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;] &#187;. Au point o&#249; nous en sommes, il devient aussi absurde de d&#233;crire ce monde de machines en termes de fins et de moyens que de demander &#224; la nature si elle produit la graine pour l'arbre ou l'arbre pour la graine. De m&#234;me il est fort probable que le processus continu qui accompagne la canalisation dans le monde humain, des processus sans fin de la nature, s'il peut parfaitement d&#233;truire le monde en tant que monde-artifice humain, fournira &#224; l'esp&#232;ce humaine ce qu'il lui faut pour vivre avec la m&#234;me s&#233;curit&#233;, la m&#234;me abondance que la nature le faisait avant que les hommes se missent &#224; &#233;difier leur patrie artificielle sur terre et &#224; &#233;lever des barri&#232;res entre eux et la nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour une soci&#233;t&#233; de travailleurs le monde des machines remplace le monde r&#233;el, m&#234;me si ce pseudo-monde ne peut jouer le r&#244;le le plus important de l'artifice humain, qui est d'offrir aux mortels un s&#233;jour plus durable et plus stable qu'eux-m&#234;mes. Dans le processus op&#233;rationnel continu le monde des machines est m&#234;me en train de perdre cette ind&#233;pendance, ce caract&#232;re du monde que les outils et les premi&#232;res machines des temps modernes poss&#233;daient &#224; un degr&#233; si &#233;minent. Les processus naturels dont il se nourrit de plus en plus l'apparentent au processus biologique, au point que les appareils que nagu&#232;re on maniait &#224; son gr&#233; commencent &#224; ressembler &#224; des parties du corps humain &#171; comme la carapace fait partie du corps de la tortue &#187;. Vue dans cette perspective, la technologie n'appara&#238;t plus comme &#171; le produit d'un effort humain conscient en vue d'aug&#173;menter la puissance mat&#233;rielle, mais plut&#244;t comme un d&#233;veloppement biologique de l'humanit&#233; dans lequel les structures inn&#233;es de l'organisme humain sont transplant&#233;es de plus en plus dans l'environnement de l'homme [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Werner Heisenberg, La nature dans la physique contemporaine.' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hannah Arendt, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, pp. 199-206.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] John Diebold, &lt;i&gt;Automation : The advent of the Automatic Factory&lt;/i&gt;, 1952, p.67.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Ibid., p.69.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] G. Friedmann, &lt;i&gt;Probl&#232;mes humains du machinisme industriel&lt;/i&gt;, p. 168.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Diebold, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p 67.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Ibid, pp. 38-45.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Ibid., pp. 110, 157.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Werner Heisenberg, &lt;i&gt;La nature dans la physique contemporaine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le voeu de la technique moderne : &#233;chapper &#224; la condition humaine terrestre</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1724</link>
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		<dc:date>2011-09-21T08:35:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arendt, Hannah</dc:creator>



		<description>La Terre est la quintessence m&#234;me de la condition humaine, et la nature terrestre, pour autant que l'on sache, pourrait bien &#234;tre la seule de l'univers &#224; procurer aux humains un habitat o&#249; ils puissent se mouvoir et respirer sans effort, et sans artifice. L'artifice humain du monde s&#233;pare l'existence humaine de tout milieu purement animal, mais la vie elle-m&#234;me est en dehors de ce monde artificiel, et par la vie l'homme demeure li&#233; &#224; tous les autres organismes vivants. Depuis, quelque temps, un , grand (...)

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/spip.php?rubrique47" rel="directory"&gt;Arendt&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Terre est la quintessence m&#234;me de la condition humaine, et la nature terrestre, pour autant que l'on sache, pourrait bien &#234;tre la seule de l'univers &#224; procurer aux humains un habitat o&#249; ils puissent se mouvoir et respirer sans effort, et sans artifice. L'artifice humain du monde s&#233;pare l'existence humaine de tout milieu purement animal, mais la vie elle-m&#234;me est en dehors de ce monde artificiel, et par la vie l'homme demeure li&#233; &#224; tous les autres organismes vivants. Depuis, quelque temps, un , grand nombre de recherches scientifiques s'efforcent de rendre la vie &#171; artificielle &#187; elle aussi, et de couper le dernier lien qui maintient encore l'homme parmi les enfants de la nature. C'est le m&#234;me d&#233;sir d'&#233;chapper &#224; l'emprisonnement terrestre qui se manifeste dans les essais de cr&#233;ation en &#233;prouvette, dans le voeu de combiner &#171; au microscope le plasma germinal provenant de personnes aux qualit&#233;s garanties, afin de produire des &#234;tres sup&#233;rieurs &#187; et &#171; de modifier (leurs) tailles, formes et fonctions &#187; ; et je soup&#231;onne que l'envie d'&#233;chapper &#224; la. condition humaine expliquerait aussi l'espoir de prolonger la dur&#233;e de l'existence fort au-del&#224; de cent ans, limite jusqu'ici admise. Cet homme futur, que les savants produiront, nous disent-ils, en un si&#232;cle pas davantage, parait en proie &#224; la r&#233;volte contre l'existence humaine telle qu'elle est donn&#233;e, cadeau venu de nulle part (la&#239;quement parlant) et qu'il veut pour ainsi dire &#233;changer contre un ouvrage de ses propres mains. Il n'y a pas de raison de douter, que nous soyons capables de faire cet &#233;change, de m&#234;me qu'il n'y a pas de raison de douter que nous soyons capables &#224; pr&#233;sent de d&#233;truire toute vie organique sur terre. La seule question est de savoir si nous souhaitons employer dans ce sens nos nouvelles connaissances scientifiques et techniques, et l'on ne saurait en d&#233;cider par des m&#233;thodes scientifiques. C'est une question politique primordiale que l'on ne peut gu&#232;re, par cons&#233;quent, abandonner aux professionnels de la science ni &#224; ceux de la politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Hannan Arendt, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, Agora, 1983 (1961), p.34-35.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A chaque soci&#233;t&#233; correspond un type de machines</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1723</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1723</guid>
		<dc:date>2011-09-21T08:32:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Deleuze, Gilles</dc:creator>



		<description>Il est facile de faire correspondre &#224; chaque soci&#233;t&#233; des types de machines, non pas que les machines soient d&#233;terminantes, mais parce qu'elles expriment les formes sociales capables de leur donner naissance et de s'en servir. Les vieilles soci&#233;t&#233;s de souverainet&#233; maniaient des machines simples, leviers, poulies, horloges ; mais les soci&#233;t&#233;s disciplinaires r&#233;centes avaient pour &#233;quipement des machines &#233;nerg&#233;tiques, avec le danger passif de l'entropie, et le danger actif du sabotage ; les soci&#233;t&#233;s de (...)

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&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/spip.php?rubrique49" rel="directory"&gt;Deleuze&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est facile de faire correspondre &#224; chaque soci&#233;t&#233; des types de machines, non pas que les machines soient d&#233;terminantes, mais parce qu'elles expriment les formes sociales capables de leur donner naissance et de s'en servir. Les vieilles soci&#233;t&#233;s de souverainet&#233; maniaient des machines simples, leviers, poulies, horloges ; mais les soci&#233;t&#233;s disciplinaires r&#233;centes avaient pour &#233;quipement des machines &#233;nerg&#233;tiques, avec le danger passif de l'entropie, et le danger actif du sabotage ; les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le op&#232;rent par machines de troisi&#232;me esp&#232;ce, machines informatiques et ordinateurs dont le danger passif est le brouillage, et l'actif, le piratage et l'introduction de virus. Ce n'est pas une &#233;volution technologique sans &#234;tre plus profond&#233;ment une mutation du capitalisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;G. Deleuze, &lt;a href=&quot;http://www.caute.lautre.net/spip.php?article202&quot; class='spip_in'&gt;Post-scriptum sur les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les effets de la m&#233;canisation du travail</title>
		<link>http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1722</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.caute.lautre.net/spip.php?article1722</guid>
		<dc:date>2011-09-20T18:03:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marx, Karl</dc:creator>



		<description>

-
&lt;a href="http://www.caute.lautre.net/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;Marx (et Engels)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le point de d&#233;part de la grande industrie est le moyen de travail qui une fois r&#233;volutionn&#233; rev&#234;t sa forme la plus d&#233;velopp&#233;e dans le syst&#232;me m&#233;canique de la fabrique. Avant d'examiner de quelle fa&#231;on le mat&#233;riel humain y est incorpor&#233;, il convient d'&#233;tudier les effets r&#233;troactifs les plus imm&#233;diats de cette r&#233;volution sur l'ouvrier.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;1. &lt;a name=&quot;_Toc3873091&quot;&gt;&lt;/a&gt;
Appropriation des forces de travail suppl&#233;mentaires. Travail des femmes et des enfants.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En rendant superflue la force musculaire, la machine permet d'employer des ouvriers sans grande force musculaire, mais dont les membres sont d'autant plus souples qu'ils sont moins d&#233;velopp&#233;s. Quand le capital s'empara de la machine, son cri fut : du travail de femmes, du travail d'enfants ! Ce moyen puissant de diminuer les labeurs de l'homme, se changea aussit&#244;t en moyen d'augmenter le nombre des salari&#233;s ; il courba tous les membres de la famille, sans distinction d'&#226;ge et de sexe, sous le b&#226;ton du capital. Le travail forc&#233; pour le capital usurpa la place des jeux de l'enfance et du travail libre pour l'entretien de la famille ; et le support &#233;conomique des m&#339;urs de famille &#233;tait ce travail domestique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La valeur de la force de travail &#233;tait d&#233;termin&#233;e par les frais d'entretien de l'ouvrier et de sa famille. En jetant la famille sur le march&#233;, en distribuant ainsi sur plusieurs forces la valeur d'une seule, la machine la d&#233;pr&#233;cie. Il se peut que les quatre forces, par exemple, qu'une famille ouvri&#232;re vend maintenant, lui rapportent plus que jadis la seule force de son chef ; mais aussi quatre journ&#233;es de travail en ont remplac&#233; une seule, et leur prix a baiss&#233; en proportion de l'exc&#232;s du surtravail de quatre sur le surtravail d'un seul. Il faut maintenant que quatre personnes fournissent non seulement du travail, mais encore du travail extra au capital, afin qu'une seule famille vive. C'est ainsi que la machine, en augmentant la mati&#232;re humaine exploitable, &#233;l&#232;ve en m&#234;me temps le degr&#233; d'exploitation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'emploi capitaliste du machinisme alt&#232;re fonci&#232;rement le contrat, dont la premi&#232;re condition &#233;tait que capitaliste et ouvrier devaient se pr&#233;senter en face l'un de l'autre comme personnes libres, marchands tous deux, l'un possesseur d'argent ou de moyens de production, l'autre possesseur de force de travail. Tout cela est renvers&#233; d&#232;s que le capital ach&#232;te des mineurs. Jadis, l'ouvrier vendait sa propre force de travail dont il pouvait librement disposer, maintenant il vend femme et enfants ; il devient marchand d'esclaves. Et en fait, la demande du travail des enfants ressemble souvent, m&#234;me pour la forme, &#224; la demande d'esclaves n&#232;gres telle qu'on la rencontra dans les journaux am&#233;ricains (...).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;2. &lt;a name=&quot;_Toc3873092&quot;&gt;&lt;/a&gt;
Prolongation de la journ&#233;e de travail.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si la machine est le moyen le plus puissant d'accro&#238;tre la productivit&#233; du travail, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire de raccourcir le temps n&#233;cessaire &#224; la production des marchandises, elle devient comme support du capital, dans les branches d'industrie dont elle s'empare d'abord, le moyen le plus puissant de prolonger la journ&#233;e de travail au&#8209;del&#224; de toute limite naturelle. Elle cr&#233;e et des conditions nouvelles qui permettent au capital de l&#226;cher bride &#224; cette tendance constante qui le caract&#233;rise, et des motifs nouveaux qui intensifient sa soif du travail d'autrui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et tout d'abord le mouvement et l'activit&#233; du moyen de travail devenu machine se dressent ind&#233;pendants devant le travailleur. Le moyen de travail est d&#232;s lors un &lt;i&gt;perpetuum mobile &lt;/i&gt;industriel qui produirait ind&#233;finiment, s'il ne rencontrait une barri&#232;re naturelle dans ses auxiliaires humains, dans la faiblesse de leur corps et la force de leur volont&#233;. L'automate, en sa qualit&#233; de capital, est fait homme dans la personne du capitaliste. Une passion l'anime : il veut tendre l'&#233;lasticit&#233; humaine et broyer toutes ses r&#233;sistances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La facilit&#233; apparente du travail &#224; la machine et l'&#233;l&#233;ment plus maniable et plus docile des femmes et des enfants l'aident dans cette &#339;uvre d'asservissement (&#8230;).La machine entre les mains du capital cr&#233;e donc des motifs nouveaux et puissants pour prolonger sans mesure la journ&#233;e de travail ; elle transforme le mode de travail et le caract&#232;re social du travailleur collectif, de mani&#232;re &#224; briser tout obstacle qui s'oppose &#224; cette tendance ; enfin, en enr&#244;lant sous le capital des couches de la classe ouvri&#232;re jusqu'alors inaccessibles, et en mettant en disponibilit&#233; les ouvriers d&#233;plac&#233;s par la machine, elle produit une population ouvri&#232;re surabondante qui est forc&#233;e de se laisser dicter la loi. De l&#224; ce ph&#233;nom&#232;ne merveilleux dans l'histoire de l'industrie moderne, que la machine renverse toutes les limites morales et naturelles de la journ&#233;e de travail. De l&#224; ce paradoxe &#233;conomique, que le moyen le plus puissant de raccourcir le temps de travail devient par un revirement &#233;trange le moyen le plus infaillible de transformer la vie enti&#232;re du travailleur et de sa famille en temps disponible pour la mise en valeur du capital.&#171; Si chaque outil &#187;, tel &#233;tait le r&#234;ve d'Aristote, le plus grand penseur de l'antiquit&#233;, &#171; si chaque outil pouvait ex&#233;cuter sur sommation, ou bien de lui-m&#234;me, sa fonction propre, comme les chefs-d'&#339;uvre de D&#233;dale se mouvaient d'eux-m&#234;mes, ou comme les tr&#233;pieds de Vulcain se mettaient spontan&#233;ment &#224; leur travail sacr&#233; ; si, par exemple, les navettes des tisserands tissaient d'elles-m&#234;mes, le chef d'atelier n'aurait plus besoin d'aides, ni le ma&#238;tre d'esclaves. &#187;Et Antiparos, un po&#232;te grec du temps de Cic&#233;ron, saluait l'invention du moulin &#224; eau pour la mouture des grains, cette forme &#233;l&#233;mentaire de tout machinisme productif, comme l'aurore de l'&#233;mancipation des&lt;i&gt; &lt;/i&gt;femmes esclaves et le retour de l'&#226;ge d'or ! Ah ces pa&#239;ens ! Ma&#238;tre Bastiat, apr&#232;s son ma&#238;tre Mac Culloch, a d&#233;couvert qu'ils n'avaient aucune id&#233;e de l'&#233;conomie politique ni du christianisme. Ils ne comprenaient point, par exemple, qu'il n'y a rien comme la machine pour faire prolonger la journ&#233;e de travail. Ils excusaient l'esclavage des uns parce qu'elle &#233;tait la condition du d&#233;veloppement int&#233;gral des autres ; mais pour pr&#234;cher l'esclavage des 'masses afin d'&#233;lever au rang d' &#171; &#233;minents filateurs &#187;, de &#171; grands banquiers &#187; et d' &#171; influents marchands de cirage perfectionn&#233; &#187;, quelques parvenus grossiers ou &#224; demi d&#233;crott&#233;s, la bosse de la charit&#233; chr&#233;tienne leur manquait.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;3. &lt;a name=&quot;_Toc3873093&quot;&gt;&lt;/a&gt;
Intensification du travail.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La prolongation d&#233;mesur&#233;e du travail quotidien produite par la machine entre des mains capitalistes finit par amener une r&#233;action de la soci&#233;t&#233; qui, se sentant menac&#233;e jusque dans la racine de sa vie, d&#233;cr&#232;te des limites l&#233;gales &#224; la journ&#233;e : d&#232;s lors &lt;i&gt;l'intensification &lt;/i&gt;du travail, (...) devient pr&#233;pond&#233;rante (...).Il est &#233;vident qu'avec le progr&#232;s m&#233;canique et l'exp&#233;rience accumul&#233;e d'une classe sp&#233;ciale d'ouvriers consacr&#233;e &#224; la machine, la rapidit&#233; et par cela m&#234;me l'intensit&#233; du travail s'augmentent naturellement. C'est ainsi que dans les fabriques anglaises la prolongation de la journ&#233;e et l'accroissement dans l'intensit&#233; du travail marchent de front pendant un demi&#8209;si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On comprend cependant que l&#224; o&#249; il ne s'agit pas d'une activit&#233; spasmodique, mais uniforme, r&#233;guli&#232;re et quotidienne, on arrive fatalement &#224; un point o&#249; l'extension et l'intensit&#233; du travail s'excluent l'une l'autre, si bien qu'une prolongation de la journ&#233;e n'est plus compatible qu'avec un degr&#233; d'intensit&#233; moindre, et inversement un degr&#233; d'intensit&#233; sup&#233;rieure qu'avec une journ&#233;e raccourcie.D&#232;s que la r&#233;volte grandissante de la classe ouvri&#232;re for&#231;a l'&#201;tat &#224; imposer une journ&#233;e normale, en premier lieu &#224; la fabrique proprement dite, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire &#224; partir du moment o&#249; il interdit la m&#233;thode d'accro&#238;tre la production de plus-value par la multiplication progressive des heures de travail, le capital se jeta avec toute son &#233;nergie et en pleine conscience sur la &lt;i&gt;production de la plus-value relative &lt;/i&gt;au moyen du d&#233;veloppement acc&#233;l&#233;r&#233; du syst&#232;me m&#233;canique (...) Comment le travail est&#8209;il rendu plus intense ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier effet du raccourcissement de la journ&#233;e proc&#232;de de cette loi &#233;vidente que la capacit&#233; d'action de toute force animale est en raison inverse du temps pendant lequel elle agit. Dans certaines limites, on gagne en efficacit&#233; ce qu'on perd en dur&#233;e.Dans les manufactures, telles que la poterie par exemple, o&#249; le machinisme ne joue aucun r&#244;le ou un r&#244;le insignifiant, l'introduction des lois de fabrique a d&#233;montr&#233; d'une mani&#232;re frappante qu'il suffit de raccourcir la journ&#233;e pour augmenter merveilleusement la r&#233;gularit&#233;, l'uniformit&#233;, l'ordre, la continuit&#233; et l'&#233;nergie du travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Livre I, chap. XV, III&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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