EIII - Proposition 25

  • 11 mai 2004

Nous nous efforçons d’affirmer de nous et de la chose aimée tout ce que nous imaginons qui l’affecte ou nous affecte de Joie ; et, au contraire, de nier tout ce que nous imaginons qui l’affecte ou nous affecte de Tristesse.

DÉMONSTRATION

Ce que nous imaginons qui affecte la chose aimée de Joie ou de Tristesse, nous affecte aussi de Joie ou de Tristesse (Prop. 21). Mais l’Âme (Prop. 12) s’efforce, autant qu’elle peut, d’imaginer ce qui nous affecte de Joie, c’est-à-dire (Prop. 17, p. II et son Coroll.) de le considérer comme présent ; et, au contraire (Prop. 13), d’exclure l’existence de ce qui nous affecte de Tristesse ; nous nous efforçons donc d’affirmer de nous et de la chose aimée tout ce que nous imaginons qui l’affecte ou nous affecte de Joie, et inversement. C.Q.F.D. [*]


Id omne de nobis deque re amata affirmare conamur quod nos vel rem amatam lætitia afficere imaginamur et contra id omne negare quod nos vel rem amatam tristitia afficere imaginamur.

DEMONSTRATIO :

Quod rem amatam lætitia vel tristitia afficere imaginamur, id nos lætitia vel tristitia afficit (per propositionem 21 hujus). At mens (per propositionem 12 hujus) ea quæ nos lætitia afficiunt, quantum potest conatur imaginari hoc est (per propositionem 17 partis II et ejus corollarium) ut præsentia contemplari et contra (per propositionem 13 hujus) quæ nos tristitia afficiunt, eorum existentiam secludere ; ergo id omne de nobis deque re amata affirmare conamur quod nos vel rem amatam lætitia afficere imaginamur et contra. Q.E.D.


[*(Saisset :) Tout ce que nous nous représentons comme causant de la joie à nous-mêmes ou à ce que nous aimons, nous nous efforçons de l’affirmer, et nous-mêmes et de ce que nous aimons ; et nous nous efforçons, au contraire, d’en nier tout ce que nous nous représentons comme causant de la tristesse à ce que nous aimons ou à nous-mêmes. Démonstration Ce qui nous paraît causer de la joie on de la tristesse à l’objet aimé nous cause de la joie ou de la tristesse (par la Propos. 21). Or, notre âme (par la Propos. 12) s’efforce, autant qu’il est en elle, d’imaginer ce qui nous cause de la joie, en d’autres termes (par la Propos. 17, partie 2 et son Corollaire), de l’apercevoir comme présent, et au contraire (par la Propos. 13), elle s’efforce d’exclure l’existence de ce qui nous cause de la tristesse. Donc, nous nous efforçons d’affirmer, et de nous-mêmes et de l’objet aimé, tout ce que l’imagination nous représente comme une cause de joie pour nous ou pour l’objet aimé ; et au contraire, etc. C. Q. F. D.

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