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	<title>Caute@lautre.net</title>
	<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Qu'est-ce qu'une action morale ?</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Qu-est-ce-qu-une-action-morale</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Foucault, Michel</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;thique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Expliquez le texte suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une action pour &#234;tre dite &#171; morale &#187; ne doit pas se r&#233;duire &#224; un acte ou &#224; une s&#233;rie d'actes conformes &#224; une r&#232;gle, une loi ou une valeur. Toute action morale, c'est vrai, comporte un rapport au r&#233;el o&#249; elle s'effectue et un rapport au code auquel elle se r&#233;f&#232;re ; mais elle implique aussi un certain rapport &#224; soi ; celui-ci n'est pas simplement &#171; conscience de soi &#187;, mais constitution de soi comme &#171; sujet moral &#187;, dans laquelle l'individu circonscrit la part (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-74-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-ethique-+" rel="tag"&gt;&#233;thique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Expliquez le texte suivant :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une action pour &#234;tre dite &#171; morale &#187; ne doit pas se r&#233;duire &#224; un acte ou &#224; une s&#233;rie d'actes conformes &#224; une r&#232;gle, une loi ou une valeur. Toute action morale, c'est vrai, comporte un rapport au r&#233;el o&#249; elle s'effectue et un rapport au code auquel elle se r&#233;f&#232;re ; mais elle implique aussi un certain rapport &#224; soi ; celui-ci n'est pas simplement &#171; conscience de soi &#187;, mais constitution de soi comme &#171; sujet moral &#187;, dans laquelle l'individu circonscrit la part de lui-m&#234;me qui constitue l'objet de cette pratique morale, d&#233;finit sa position par rapport au pr&#233;cepte qu'il suit, se fixe un certain mode d'&#234;tre qui vaudra comme accomplissement moral de lui-m&#234;me ; et, pour ce faire, il agit sur lui-m&#234;me, entreprend de se conna&#238;tre, se contr&#244;le, s'&#233;prouve, se perfectionne, se transforme. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Foucault, &lt;strong&gt;L'usage des plaisirs&lt;/strong&gt;, Introduction, coll. Tel, p.40&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compr&#233;hension pr&#233;cise du texte, du probl&#232;me dont il est question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La mort, avec nous, n'a aucun rapport</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/La-mort-avec-nous-n-a-aucun</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/La-mort-avec-nous-n-a-aucun</guid>
		<dc:date>2003-08-14T23:16:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Epicure</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;thique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Accoutume-toi &#224; penser que la mort, avec nous, n'a aucun rapport ; car tout bien et tout mal r&#233;sident dans la sensation : or, la mort est privation de sensation. Il s'ensuit qu'une connaissance correcte du fait que la mort, avec nous, n'a aucun rapport, permet de jouir du caract&#232;re mortel de la vie, puisqu'elle ne lui impose pas un temps inaccessible, mais au contraire retire le d&#233;sir de l'immortalit&#233;. Car il n'y a rien &#224; redouter, dans le fait de vivre, pour qui a authentiquement compris (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-242-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-ethique-+" rel="tag"&gt;&#233;thique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Accoutume-toi &#224; penser que la mort, avec nous, n'a aucun rapport ; car tout bien et tout mal r&#233;sident dans la sensation : or, la mort est privation de sensation. Il s'ensuit qu'une connaissance correcte du fait que la mort, avec nous, n'a aucun rapport, permet de jouir du caract&#232;re mortel de la vie, puisqu'elle ne lui impose pas un temps inaccessible, mais au contraire retire le d&#233;sir de l'immortalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car il n'y a rien &#224; redouter, dans le fait de vivre, pour qui a authentiquement compris qu'il n'y a rien &#224; redouter dans le fait de ne pas vivre. Si bien qu'il est sot celui qui dit craindre la mort non pas parce qu'elle l'affligera lorsqu'elle sera l&#224;, mais parce qu'elle l'afflige &#224; l'id&#233;e qu'elle sera l&#224;. Car la mort qui, lorsqu'elle est l&#224;, ne nous cause pas d'embarras, provoque une affliction vide lorsqu'on l'attend. Le plus terrifiant des maux, la mort, n'a donc aucun rapport avec nous, puisque pr&#233;cis&#233;ment, tant que nous sommes, la mort n'est pas l&#224;, et une fois que la mort est l&#224;, alors nous ne sommes plus. Ainsi, elle n'a de rapport ni avec les vivants, ni avec les morts, puisque pour les uns elle n'est pas, tandis que les autres ne sont plus. Mais la multitude fuit la mort tant&#244;t comme le plus grand des maux, tant&#244;t comme la cessation des fonctions vitales. Le sage, lui, ne craint pas la non-vie, car la vie ne l'accable pas, et il ne pense pas que la non-vie soit un mal ; et tout comme il ne choisit pas la nourriture qui est absolument la plus copieuse, mais la plus agr&#233;able, de m&#234;me aussi il cueille les fruits du temps non pas le plus long, mais le plus agr&#233;able. Et celui qui exhorte le jeune homme &#224; vivre bien et le vieillard &#224; bien s'&#233;teindre, est stupide, non seulement parce que la vie est agr&#233;able, mais &#233;galement parce que c'est une seule et m&#234;me chose que le souci de bien vivre et celui de bien mourir. Et il est encore bien plus vil celui qui dit qu'il est bien de ne pas &#234;tre n&#233;, mais &#171; une fois n&#233;, [de] franchir au plus vite les por-tes de l'Had&#232;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, s'il est persuad&#233; de ce qu'il dit, comment se fait-il qu'il ne sorte pas de la vie ? Cela se trouve en son pouvoir, si vraiment il en a pris la ferme d&#233;cision. Mais s'il raille, il montre de la futilit&#233; dans des questions qui n'en admettent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il faut se rem&#233;morer que l'avenir ne nous appartient pas sans nous &#234;tre absolument &#233;tranger, afin que nous ne nous attendions pas absolument &#224; ce qu'il arrive, ni ne d&#233;sesp&#233;rions comme s'il ne pouvait absolument pas arriver.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#201;picure, &lt;strong&gt;Lettre &#224; M&#233;n&#233;c&#233;e&lt;/strong&gt;, 124-127&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le rire est bon par soi</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Le-rire-est-bon-par-soi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Le-rire-est-bon-par-soi</guid>
		<dc:date>2003-08-14T22:04:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Spinoza, Baruch</dc:creator>


		<dc:subject>morale</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;thique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Entre la Moquerie (que dans le 1er Coroll. j'ai dit &#234;tre mauvaise) et le rire, je fais une grande diff&#233;rence. Car le rire , tout comme la plaisanterie, est Joie pure et simple ; et par suite, &#224; condition d'&#234;tre sans exc&#232;s, il est bon par soi (par la prop. 41 de cette p.). Il n'y a certainement qu'une torve et triste superstition pour interdire qu'on prenne du plaisir. Car en quoi est-il plus convenable d'&#233;teindre la faim et la soif que de chasser la m&#233;lancolie ? Voici ma r&#232;gle, et &#224; quoi (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Spinoza-" rel="directory"&gt;Spinoza&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-ethique-+" rel="tag"&gt;&#233;thique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Entre la Moquerie (que dans le 1er Coroll. j'ai dit &#234;tre mauvaise) et le rire, je fais une grande diff&#233;rence. Car le rire , tout comme la plaisanterie, est Joie pure et simple ; et par suite, &#224; condition d'&#234;tre sans exc&#232;s, il est bon par soi (&lt;i&gt;par la prop. 41 de cette p.&lt;/i&gt;). Il n'y a certainement qu'une torve et triste superstition pour interdire qu'on prenne du plaisir. Car en quoi est-il plus convenable d'&#233;teindre la faim et la soif que de chasser la m&#233;lancolie ? Voici ma r&#232;gle, et &#224; quoi je me sui r&#233;solu. Il n'y a ni dieu ni personne, &#224; moins d'un envieux, pour pren-dre plaisir &#224; mon impuissance et &#224; ma peine, et pour nous tenir pour vertu les larmes, les sanglots, la crainte et les autres choses de ce genre, qui marquent une &#226;me impuissante ; mais, au contraire, plus grande est la Joie qui nous af-fecte, plus grande la perfection &#224; laquelle nous passons, c'est-&#224;-dire, plus nous participons, n&#233;cessairement, de la nature divine. Et donc user des choses, et y prendre plaisir autant que faire se peut (non, bien s&#251;r, jusqu'&#224; la naus&#233;e, car ce n'est plus prendre plaisir), est d'un homme sage. Il est, dis-je d'un homme sage de se refaire et recr&#233;er en mangeant et buvant de bonnes choses mod&#233;r&#233;ment, ainsi qu'en usant des odeurs, de l'agr&#233;ment des plantes vertes, de la parure, de la musique, des jeux qui exercent le corps, des th&#233;&#226;tres, et des autres choses de ce genre dont chacun peut user sans aucun dommage pour autrui. Car le Corps humain se compose d'un tr&#232;s grand nombre de parties de nature diff&#233;rentes, qui ont continuellement besoin d'une alimentation nouvelle et vari&#233;e pour que le Corps tout entier soit partout &#233;galement apte &#224; tout ce qui peut suivre de sa na-ture, et par cons&#233;quent pour que l'Esprit soit lui aussi partout &#233;galement apte &#224; comprendre plusieurs choses &#224; la fois. Et donc cette r&#232;gle de vie convient excel-lemment et avec nos principes, et avec la pratique commune ; cette r&#232;gle de vie, si elle n'est pas la seule, est donc la meilleure de toutes, et doit &#234;tre recomman-d&#233;e de toutes les mani&#232;res, et il n'est pas besoin d'en traiter plus clairement ni plus longuement. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Spinoza, &lt;strong&gt;&#201;thique&lt;/strong&gt;, IV, 45, Scolie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Prologue du Trait&#233; de l'amendement de l'intellect</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Prologue-du-Traite-de-l-amendement</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Prologue-du-Traite-de-l-amendement</guid>
		<dc:date>2003-08-13T21:21:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Spinoza, Baruch</dc:creator>


		<dc:subject>bien</dc:subject>
		<dc:subject>philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>passivit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>activit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>amour</dc:subject>
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		<dc:subject>divertissement</dc:subject>
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		<dc:subject>vulgaire</dc:subject>
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		<dc:subject>infini</dc:subject>
		<dc:subject>moyen</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La philosophie : recherche d'un bien v&#233;ritable &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Quand l'exp&#233;rience m'eut appris que tous les &#233;v&#233;nements ordinaires de la vie sont vains et futiles, voyant que tout ce qui &#233;tait pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ni de mauvais en soi, mais dans la seule mesure ou l'&#226;me en &#233;tait &#233;mue, je me d&#233;cidai en fin de compte &#224; rechercher s'il n'existait pas un bien v&#233;ritable et qui p&#251;t se communiquer, quelque chose enfin dont la d&#233;couverte et l'acquisition me procureraient (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-infini-+" rel="tag"&gt;infini&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-moyen-+" rel="tag"&gt;moyen&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La philosophie : recherche d'un bien v&#233;ritable&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Quand l'exp&#233;rience m'eut appris que tous les &#233;v&#233;nements ordinaires de la vie sont vains et futiles, voyant que tout ce qui &#233;tait pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ni de mauvais en soi, mais dans la seule mesure ou l'&#226;me en &#233;tait &#233;mue, je me d&#233;cidai en fin de compte &#224; rechercher s'il n'existait pas un bien v&#233;ritable et qui p&#251;t se communiquer, quelque chose enfin dont la d&#233;couverte et l'acquisition me procureraient pour l'&#233;ternit&#233; la jouissance d'une joie supr&#234;me et incessante.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je dis qu'&lt;i&gt;en fin de compte je me d&#233;cidai&lt;/i&gt;, car, &#224; premi&#232;re vue, il semblait d&#233;raisonnable de renoncer &#224; du certain pour quelque chose d'encore incertain. Je voyais en effet les avantages que nous procurent honneurs et richesses, et qu'il m'en fallait abandonner la poursuite si je voulais m'appliquer avec s&#233;rieux &#224; cette nouvelle entreprise. Et je m'apercevais bien que si jamais le bonheur supr&#234;me r&#233;sidait dans ces biens, je devrais en &#234;tre priv&#233;. Mais en revanche, s'il n'y &#233;tait pas contenu et si je m'y attachais exclusivement, j'&#233;tais tout autant priv&#233; du bonheur supr&#234;me.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je m'interrogeai donc pour savoir si par hasard il n'&#233;tait pas possible d'accomplir ce nouveau projet, ou du moins d'arriver &#224; une certitude sans changer l'ordre et la conduite ordinaire de ma vie. Je l'ai souvent tent&#233; en vain. Car ce qui nous occupe le plus souvent dans la vie et ce que les hommes, comme on peut le conclure de leurs actes, estiment comme le souverain bien, peut se ramener &#224; ces trois choses : la richesse, les honneurs, et le plaisir sensuel.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Or l'esprit est tellement diverti par ces trois choses, qu'il peut &#224; peine penser &#224; quelque autre bien. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par le plaisir sensuel, l'&#226;me est suspendue comme si elle se reposait dans un bien v&#233;ritable, ce qui l'emp&#234;che absolument de penser &#224; autre chose ; mais apr&#232;s la jouissance vient l'extr&#234;me tristesse qui, si elle ne suspend pas l'activit&#233; de l'esprit, la trouble et l'engourdit. La poursuite des honneurs et de la richesse ne divertit pas moins l'esprit, surtout quand on recherche la richesse pour elle-m&#234;me, car elle fait alors figure de souverain bien. Mais se sont les honneurs qui divertissent bien plus encore l'esprit : on admet toujours, en effet, que c'est un bien en soi et comme une fin derni&#232;re vers laquelle tout converge. Et puis, ni l'un ni l'autre ne contiennent leur propre punition comme c'est le cas pour le plaisir sensuel ; au contraire, plus on en poss&#232;de, plus on &#233;prouve de joie. Aussi sommes-nous chaque fois plus incit&#233;s &#224; les accro&#238;tre. Si, au contraire, nous sommes un jour d&#233;&#231;us, nous sommes tr&#232;s tristes. Enfin, les honneurs sont une s&#233;rieuse entrave, car, pour y parvenir, il nous faut n&#233;cessairement r&#233;gler notre vie selon le niveau ordinaire des hommes, c'est-&#224;-dire fuir ce que fuit le vulgaire, rechercher ce qu'il recherche.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est pourquoi, voyant que tout cela &#233;tait un grand obstacle &#224; ma nouvelle entreprise, - et m&#234;me y &#233;tait tellement contraire qu'il fallait n&#233;cessairement renoncer &#224; l'un ou &#224; l'autre, - je me vis contraint de me demander ce qui me serait le plus utile. Car, je l'ai dit, il semblait que je voulus perdre un bien certain pour un incertain. Mais avec un peu plus d'attention, je trouvais d'abord que si, abandonnant les biens en question, je poursuivais mon nouveau dessein, j'abandonnerais un bien incertain par sa nature m&#234;me, comme il est clair par ce qui a &#233;t&#233; dit, pour un autre bien incertain. Mais un bien dont la nature m&#234;me n'&#233;tait pas incertaine - car je cherchais un bien stable - et dont l'obtention seule l'&#233;tait. En r&#233;fl&#233;chissant plus longuement, je fus convaincu que, pourvu que je pusse r&#233;fl&#233;chir &#224; fond, je laissai des maux certains pour un bien certain. Je me voyais en effet dans un p&#233;ril extr&#234;me, et contraint de chercher de toutes mes forces un rem&#232;de, m&#234;me incertain. De m&#234;me qu'un malade mortellement atteint et qui sent venir une mort certaine s'il n'applique un rem&#232;de, m&#234;me incertain, est contraint de le chercher de toutes ses forces, si incertain soit-il, car il place tout son espoir en lui. Or toutes les choses que recherche le vulgaire, non seulement ne procurent aucun rem&#232;de pour la conservation de notre &#234;tre, mais encore y font obstacle et causent souvent la perte de qui les poss&#232;de et toujours celle de ceux qui en sont poss&#233;d&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y a, en effet, de tr&#232;s nombreux exemples de gens qui ont souffert d'&#234;tre pers&#233;cut&#233;s jusqu'&#224; la mort &#224; cause de leur richesse, et d'autres qui, pour acqu&#233;rir des biens, se sont expos&#233;s &#224; tant de p&#233;rils qu'en fin de compte ils ont pay&#233; leur b&#234;tise de leur vie. Il n'y a pas moins d'exemples de ceux qui, pour conqu&#233;rir ou conserver des honneurs, ont tr&#232;s cruellement souffert. Enfin, nous avons d'innombrables exemples de gens dont les exc&#232;s sensuels ont h&#226;t&#233; la mort. A la r&#233;flexion, ces maux me sembl&#232;rent venir de ce que toute notre f&#233;licit&#233; et notre mis&#232;re d&#233;pendent de la seule qualit&#233; de l'objet auquel nous sommes attach&#233;s par amour. Car on ne se dispute jamais &#224; propos d'un objet qu'on n'aime pas. S'il p&#233;rit, nulle tristesse ; si un autre le poss&#232;de, nulle envie, nulle crainte, nulle haine et, en un mot, nulle &#233;motion. Voil&#224;, au contraire, ce qui arrive si l'on aime les choses p&#233;rissables, comme le sont toutes celles dont nous venant de parler. Mais l'amour d'une chose &#233;ternelle et infinie nourrit l'&#226;me d'une joie sans m&#233;lange et sans tristesse, ce qui est tr&#232;s d&#233;sirable et m&#233;rite qu'on le recherche de toutes ses forces. En v&#233;rit&#233;, ce n'est pas sans raison que j'ai employ&#233; ces mots : &lt;i&gt;pourvu que je pusse r&#233;fl&#233;chir &#224; fond&lt;/i&gt;. Car, si clairement que mon esprit per&#231;&#251;t ces choses, je ne pouvais cependant pas me d&#233;tacher tout &#224; fait de l'avarice, du plaisir sensuel et de la gloire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais je voyais une chose : tant que mon esprit &#233;tait pr&#233;occup&#233; de ses pens&#233;es, il se d&#233;tournait des faux biens, et pensait s&#233;rieusement &#224; son nouveau projet. Ce qui me fut une grande consolation. car je voyais que ces maux ne sont pas de telle nature qu'ils ne dussent c&#233;der &#224; des rem&#232;des. Et bien qu'au d&#233;but ces moments fussent rares et tr&#232;s courts, cependant, apr&#232;s que le vrai bien me fut de plus en plus connu, ils devinrent plus fr&#233;quents et plus longs ; surtout quand je vis que le gain, le plaisir sensuel ou la gloire ne sont nuisibles que si on les recherche pour eux-m&#234;mes, et non comme moyen en vue d'une autre fin. Mais si on les recherche comme moyens, on en fera un usage mesur&#233; et ils ne nuiront nullement. Au contraire, ils nous aideront &#224; atteindre le but que nous recherchons. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Spinoza, &lt;strong&gt;Trait&#233; de la r&#233;forme de l'entendement&lt;/strong&gt;, &#167;&#167; 1 &#224; 11&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;thique et la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme.</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/L-ethique-et-la-definition,74</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Badiou, Alain</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire. &lt;br class='autobr' /&gt; 3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme comme une victime. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-morale-24-+" rel="tag"&gt;morale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-dignite-+" rel="tag"&gt;dignit&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-victime-+" rel="tag"&gt;victime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-vie-201-+" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-animal-+" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/-Un-debat-sur-l-humanitaire-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires.&lt;br /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme &lt;i&gt;comme une victime&lt;/i&gt;. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre la barbarie ! &#187; Soyons pr&#233;cis en effet : l'homme &lt;i&gt;est ce qui est capable de se reconna&#238;tre soi-m&#234;me comme victime.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette d&#233;finition qu'il faut d&#233;clarer inacceptable. Et cela pour trois raisons principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tout d'abord, parce que l'&#233;tat de victime, de b&#234;te souffrante, de mourant d&#233;charn&#233;, assimile l'homme &#224; sa substructure animale, &#224; sa pure et simple identit&#233; de vivant (la vie, comme le dit Bichat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est que &#171; l'ensemble des fonctions qui r&#233;sistent &#224; la mort &#187;). Certes, l'humanit&#233; est une esp&#232;ce animale. Elle est mortelle et pr&#233;datrice. Mais ni l'un ni l'autre de ces r&#244;les ne peuvent la singulariser dans le monde du vivant. En tant que bourreau, l'homme est une abjection animale, mais il faut avoir le courage de dire qu'en tant que victime, il ne vaut en g&#233;n&#233;ral pas mieux. Tous les r&#233;cits de tortur&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Alleg, La Question, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de rescap&#233;s l'indiquent avec force : si les bourreaux et bureaucrates des cachots et des camps peuvent traiter leurs victimes comme des animaux promis &#224; l'abattoir, et avec lesquels eux, les criminels bien nourris, n'ont rien de commun, C'est que les victimes sont bel et bien devenues de tels animaux. On a fait ce qu'il fallait pour &#231;a. Que certaines cependant soient encore des hommes, et en t&#233;moignent, est un fait av&#233;r&#233;. Mais justement, c'est toujours par un effort inou&#239;, salu&#233; par ses t&#233;moins - qu'il &#233;veille &#224; une reconnaissance radieuse - comme une r&#233;sistance presque incompr&#233;hensible, en eux, &lt;i&gt;de ce qui ne co&#239;ncide pas avec l'identit&#233; de victime&lt;/i&gt;. L&#224; est l'Homme, si on tient &#224; le penser : dans ce qui fait, comme le dit Varlam Chalamov dans ses &lt;i&gt;R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Varlam Chalamov, Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il s'agit d'une b&#234;te autrement r&#233;sistante que les chevaux, non par son corps fragile, mais par son obstination &#224; demeurer ce qu'il est, C'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, autre chose qu'une victime, autre chose qu'un &#234;tre-pour-la-mort, et donc &lt;i&gt;- autre chose qu'un mortel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un immortel : voil&#224; ce que les pires situations qui puissent lui &#234;tre inflig&#233;es d&#233;montrent qu'est il Homme, pour autant qu'il se singularise dans le flot multiforme et rapace de la vie. Pour penser quoi que ce soit concernant l'Homme, c'est de l&#224; qu'il faut partir. En sorte que s'il existe des &#171; droits de l'homme &#187;, ce ne sont s&#251;rement pas des droits de la vie contre la mort, ou des droits de la survie contre la mis&#232;re. Ce sont les droits de l'Immortel, s'affirmant pour eux-m&#234;mes, ou les droits de l'Infini exer&#231;ant leur souverainet&#233; sur la contingence de la souffrance et de la mort. Qu'&#224; la fin nous mourrions tous et qu'il y ait que poussi&#232;re ne change rien &#224; l'identit&#233; de l'Homme comme immortel, dans l'instant o&#249; il affirme ce qu'il est au rebours du vouloir-&#233;tre-un-animal auquel la circonstance l'expose. Et chaque homme, on le sait, impr&#233;visiblement, est &lt;i&gt;capable&lt;/i&gt;, d'&#234;tre cet immortel, dans de grandes ou de petites circonstances, pour une importante ou secondaire v&#233;rit&#233;, peu importe. Dans tous les cas, la subjectivation est immortelle, et fait l'Homme. En dehors de quoi existe une esp&#232;ce biologique, un &#171; bip&#232;de sans plumes &#187; dont le charme n'est pas &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ne part pas de l&#224; (ce qui se dit, tr&#232;s simplement l'Homme pense, l'Homme est tiss&#233; de quelques v&#233;rit&#233;s), si on identifie l'Homme &#224; sa pure r&#233;alit&#233; de vivant, on en vient in&#233;vitablement au contraire r&#233;el de ce que le principe semble indiquer. Car ce &#171; vivant &#187; est en r&#233;alit&#233; m&#233;prisable, et &lt;i&gt;on le m&#233;prisera&lt;/i&gt;. Qui ne voit que dans les exp&#233;ditions humanitaires, les ing&#233;rences, les d&#233;barquements de l&#233;gionnaires caritatifs, le suppos&#233; Sujet universel est scind&#233; ? Du c&#244;t&#233; des victimes, l'animal hagard qu'on expose sur l'&#233;cran. Du c&#244;t&#233; du bienfaiteur, la conscience et l'imp&#233;ratif Et pourquoi cette scission met-elle toujours les m&#234;mes dans les m&#234;mes r&#244;les ? Qui ne sent que cette &#233;thique pench&#233;e sur la mis&#232;re du monde cache, derri&#232;re son Homme-victime, l'Homme-bon, l'Homme-blanc ? Comme la barbarie de la situation n'est r&#233;fl&#233;chie qu'en termes de &#171; droits de l'homme &#187;, - alors qu'il s'agit toujours d'une situation politique, appelant une pens&#233;e-pratique politique, et dont il y a sur place, toujours, d'authentiques acteurs -, elle est per&#231;ue, du haut de notre paix civile apparente, comme l'incivilis&#233;e qui exige du civilis&#233; une intervention civilisatrice. Or, toute intervention au nom de la civilisation &lt;i&gt;exige &lt;/i&gt;un m&#233;pris premier de la situation toute enti&#232;re, victimes comprises. Et c'est pourquoi l'&#171; &#233;thique &#187; est contemporaine, apr&#232;s des d&#233;cennies de courageuses critiques du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme, d'une sordide auto-satisfaction des &#171; Occidentaux &#187;, de la th&#232;se martel&#233;e selon laquelle la mis&#232;re du tiers-monde est le r&#233;sultat de son imp&#233;ritie, de sa propre inanit&#233;, bref : de sa &lt;i&gt;sous-humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Deuxi&#232;mement, parce que si le &#171; consensus &#187; &#233;thique se fonde sur la reconnaissance du Mal, il en r&#233;sulte que toute tentative de rassembler les hommes autour d'une id&#233;e positive du Bien, et plus encore d'identifier l'Homme par un tel projet, est en r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;la v&#233;ritable source du mal lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. C'est ce qu'on nous inculque depuis maintenant quinze ans : tout projet de r&#233;volution, qualifi&#233; d'&#171; utopique &#187;, tourne, nous dit-on, au cauchemar totalitaire. Toute volont&#233; d'inscrire une id&#233;e de la justice ou de l'&#233;galit&#233; tourne au pire. Toute volont&#233; collective du Bien fait le Mal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Glucksmann, Les Ma&#238;tres Penseurs, Grasset, 1977. Glucksmann est celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette sophistique est d&#233;vastatrice. Car s'il ne s'agit que de faire valoir, contre un Mal reconnu &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, l'engagement &#233;thique, d'o&#249; proc&#233;dera qu'on envisage une transformation quelconque de ce qui est ? O&#249; l'homme puisera-t-il la force d'&#234;tre l'immortel qu'il est ? Quel sera le destin de la pens&#233;e, dont on sait bien qu'elle est invention affirmative, ou quelle n'est pas ? En r&#233;alit&#233;, le prix pay&#233; par l'&#233;thique est &lt;i&gt;un conservatisme &lt;/i&gt;&#233;pais. La conception &#233;thique de l'homme, outre qu'elle est en fin de compte soit biologique (images des victimes), soit &#171; occidentale &#187; (contentement du bienfaiteur arm&#233;), interdit toute vision positive large des possibles. Ce qui nous est ici vant&#233;, ce que l'&#233;thique l&#233;gitime, est en r&#233;alit&#233; la conservation, par le pr&#233;tendu &#171; Occident &#187;, de ce qu'il poss&#232;de. C'est assise sur cette possession (possession mat&#233;rielle, mais aussi possession de son &#234;tre) que l'&#233;thique d&#233;termine le Mal comme, d'une certaine mani&#232;re, ce qui n'est pas ce dont elle jouit. Or &lt;i&gt;l'Homme, comme immortel, se soutient de l'incalculable et de l'imposs&#233;d&#233;. Il se soutient du non-&#233;tant&lt;/i&gt;. Pr&#233;tendre lui interdire de se repr&#233;senter le Bien, d'y ordonner ses pouvoirs collectifs, de travailler &#224; l'av&#232;nement de possibles insoup&#231;onn&#233;s, de penser ce qui peut &#234;tre, en rupture radicale avec ce qui est, c'est lui interdire, tout simplement, l'humanit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Enfin, par sa d&#233;termination n&#233;gative et &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;du Mal l'&#233;thique s'interdit de penser la singularit&#233; des situations, ce qui est le d&#233;but oblig&#233; de toute action proprement humaine. Ainsi, le m&#233;decin ralli&#233; &#224; l'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; m&#233;ditera en r&#233;union et commission toutes sortes de consid&#233;rations sur &#171; les malades &#187;, consid&#233;r&#233;s exactement comme l'est, par le partisan des droits de l'homme, la foule indistincte des victimes : totalit&#233; &#171; humaine &#187; de r&#233;els sous-hommes. Mais le m&#234;me m&#233;decin ne verra nul inconv&#233;nient &#224; ce que &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; personne ne soit pas soign&#233;e &#224; l'h&#244;pital, et avec tous les moyens n&#233;cessaires, parce qu'elle est sans papiers, ou non immatricul&#233;e &#224; la S&#233;curit&#233; sociale. Responsabilit&#233; &#171; collective &#187;, encore une fois, oblige ! Ce qui est ici ratur&#233;, c'est qu'il n'y a qu'une seule situation m&#233;dicale : la situation clinique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;cile Winter, Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qu'il n'y a besoin de nulle &#171; &#233;thique &#187; (mais seulement d'une vision claire de &lt;i&gt;cette &lt;/i&gt;situation) pour savoir qu'en la circonstance le m&#233;decin n'est m&#233;decin que s'il traite la situation sous la r&#232;gle du possible maximal : soigner cette personne &lt;i&gt;qui le lui demande &lt;/i&gt;(pas d'ing&#233;rence, ici !) jusqu'au bout, avec tout ce qu'il sait, tous les moyens dont il sait qu'ils existent, et sans rien consid&#233;rer d'autre. Et si on veut lui interdire de soigner pour cause de budget de l'&#201;tat, de statistique de la morbidit&#233; ou de lois sur les flux migratoires, qu'on lui envoie la gendarmerie ! Encore son strict devoir hippocratique serait-il de lui tirer dessus. Les &#171; commissions d'&#233;thique &#187; et autres ruminations sur les &#171; d&#233;penses de sant&#233; &#187; et la &#171; responsabilit&#233; gestionnaire &#187;, &#233;tant radicalement ext&#233;rieures &#224; l'unique situation proprement m&#233;dicale, ne peuvent en r&#233;alit&#233; qu'interdire qu'on lui soit &lt;i&gt;fid&#232;le&lt;/i&gt;. Car lui &#234;tre fid&#232;le voudrait dire : traiter le possible de cette situation &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;. Ou, si l'on veut, faire advenir, dans la mesure du possible, ce que cette situation contient d'humanit&#233; affirmative, soit tenter d'&#234;tre l'immortel de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la m&#233;decine bureaucratique sous id&#233;ologie &#233;thique a besoin &#171; des malades &#187; comme victimes indistinctes ou statistiques, mais est rapidement encombr&#233;e par toute situation effective et singuli&#232;re de demande. De l&#224; que la m&#233;decine &#171; gestionnaire &#187;, &#171; responsable &#187; et &#171; &#233;thique &#187; en est r&#233;duite &#224; l'abjection de d&#233;cider quels malades le &#171; syst&#232;me de sant&#233; fran&#231;ais &#187; peut soigner, et lesquels il doit renvoyer, puisque le Budget et l'opinion l'exigent, mourir dans les faubourgs de Kinshasa.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Quelques Principes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut rejeter le dispositif id&#233;ologique de l'&#171; &#233;thique &#187;, ne rien conc&#233;der &#224; la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme. Ce dispositif identifie l'homme &#224; un simple animal mortel, il est le sympt&#244;me d'un inqui&#233;tant conservatisme, et, par sa g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite et statistique, interdit de penser la singularit&#233; des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui opposera trois th&#232;ses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Th&#232;se 1 &lt;/i&gt; : L'Homme s'identifie par sa pens&#233;e affirmative, par les v&#233;rit&#233;s singuli&#232;res dont il est capable, par l'Immortel qui fait de lui le plus r&#233;sistant et le plus paradoxal des animaux.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 2 &lt;/i&gt; : C'est &#224; partir de la capacit&#233; positive au Bien, donc au traitement &#233;largi des possibles et au refus du conservatisme, f&#251;t-il la conservation de l'&#234;tre, qu'on d&#233;termine le Mal, et non inversement.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 3 &lt;/i&gt; : Toute humanit&#233; s'enracine dans l'identification en pens&#233;e de situations singuli&#232;res. Il n'y a pas d'&#233;thique en g&#233;n&#233;ral. Il n'y a - &#233;ventuellement - qu'&#233;thique de processus par lesquels on traite les possibles d'une situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surgit alors l'homme de l'&#233;thique raffin&#233;e, qui murmure : &#171; Contre-sens ! depuis le d&#233;but. L'&#233;thique ne se fonde nullement sur l'identit&#233; du Sujet, pas m&#234;me son identit&#233; comme victime reconnue. D&#232;s le principe, l'&#233;thique est &#233;thique &lt;i&gt;de l'autre, &lt;/i&gt;elle est ouverture principale &#224; l'autre, elle subordonne l'identit&#233; &#224; la diff&#233;rence. &#187;&lt;br /&gt;
Examinons cette piste. Mesurons sa nouveaut&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Alleg, &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des &#233;pisodes de torture bien de chez nous, syst&#233;matiquement organis&#233;s par l'arm&#233;e fran&#231;aise entre 1954 et 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Varlam Chalamov, &lt;i&gt;Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, 1980. ce livre, proprement admirable, donne forme d'art &#224; l'&#233;thique vraie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Glucksmann, &lt;i&gt;Les Ma&#238;tres Penseurs&lt;/i&gt;, Grasset, 1977. Glucksmann est celui qui a le plus insist&#233; sur la priorit&#233; absolue de la conscience du Mal, et sur l'id&#233;e que le primat catastrophique du Bien &#233;tait une cr&#233;ation de la philosophie. L'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; a ainsi une part de ses racines chez les &#171; nouveaux philosophes &#187; de la fin des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#233;cile Winter, &lt;i&gt;Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A partir d'une m&#233;ditation de Foucault)&lt;/i&gt;. A para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extraits de &lt;strong&gt;L'&#233;thique&lt;/strong&gt; de Alain Badiou, (ch. 3-4)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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