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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Prologue du Trait&#233; de l'amendement de l'intellect</title>
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		<dc:creator>Spinoza, Baruch</dc:creator>


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&lt;p&gt;La philosophie : recherche d'un bien v&#233;ritable &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Quand l'exp&#233;rience m'eut appris que tous les &#233;v&#233;nements ordinaires de la vie sont vains et futiles, voyant que tout ce qui &#233;tait pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ni de mauvais en soi, mais dans la seule mesure ou l'&#226;me en &#233;tait &#233;mue, je me d&#233;cidai en fin de compte &#224; rechercher s'il n'existait pas un bien v&#233;ritable et qui p&#251;t se communiquer, quelque chose enfin dont la d&#233;couverte et l'acquisition me procureraient (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Spinoza-" rel="directory"&gt;Spinoza&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La philosophie : recherche d'un bien v&#233;ritable&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Quand l'exp&#233;rience m'eut appris que tous les &#233;v&#233;nements ordinaires de la vie sont vains et futiles, voyant que tout ce qui &#233;tait pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ni de mauvais en soi, mais dans la seule mesure ou l'&#226;me en &#233;tait &#233;mue, je me d&#233;cidai en fin de compte &#224; rechercher s'il n'existait pas un bien v&#233;ritable et qui p&#251;t se communiquer, quelque chose enfin dont la d&#233;couverte et l'acquisition me procureraient pour l'&#233;ternit&#233; la jouissance d'une joie supr&#234;me et incessante.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je dis qu'&lt;i&gt;en fin de compte je me d&#233;cidai&lt;/i&gt;, car, &#224; premi&#232;re vue, il semblait d&#233;raisonnable de renoncer &#224; du certain pour quelque chose d'encore incertain. Je voyais en effet les avantages que nous procurent honneurs et richesses, et qu'il m'en fallait abandonner la poursuite si je voulais m'appliquer avec s&#233;rieux &#224; cette nouvelle entreprise. Et je m'apercevais bien que si jamais le bonheur supr&#234;me r&#233;sidait dans ces biens, je devrais en &#234;tre priv&#233;. Mais en revanche, s'il n'y &#233;tait pas contenu et si je m'y attachais exclusivement, j'&#233;tais tout autant priv&#233; du bonheur supr&#234;me.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je m'interrogeai donc pour savoir si par hasard il n'&#233;tait pas possible d'accomplir ce nouveau projet, ou du moins d'arriver &#224; une certitude sans changer l'ordre et la conduite ordinaire de ma vie. Je l'ai souvent tent&#233; en vain. Car ce qui nous occupe le plus souvent dans la vie et ce que les hommes, comme on peut le conclure de leurs actes, estiment comme le souverain bien, peut se ramener &#224; ces trois choses : la richesse, les honneurs, et le plaisir sensuel.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Or l'esprit est tellement diverti par ces trois choses, qu'il peut &#224; peine penser &#224; quelque autre bien. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par le plaisir sensuel, l'&#226;me est suspendue comme si elle se reposait dans un bien v&#233;ritable, ce qui l'emp&#234;che absolument de penser &#224; autre chose ; mais apr&#232;s la jouissance vient l'extr&#234;me tristesse qui, si elle ne suspend pas l'activit&#233; de l'esprit, la trouble et l'engourdit. La poursuite des honneurs et de la richesse ne divertit pas moins l'esprit, surtout quand on recherche la richesse pour elle-m&#234;me, car elle fait alors figure de souverain bien. Mais se sont les honneurs qui divertissent bien plus encore l'esprit : on admet toujours, en effet, que c'est un bien en soi et comme une fin derni&#232;re vers laquelle tout converge. Et puis, ni l'un ni l'autre ne contiennent leur propre punition comme c'est le cas pour le plaisir sensuel ; au contraire, plus on en poss&#232;de, plus on &#233;prouve de joie. Aussi sommes-nous chaque fois plus incit&#233;s &#224; les accro&#238;tre. Si, au contraire, nous sommes un jour d&#233;&#231;us, nous sommes tr&#232;s tristes. Enfin, les honneurs sont une s&#233;rieuse entrave, car, pour y parvenir, il nous faut n&#233;cessairement r&#233;gler notre vie selon le niveau ordinaire des hommes, c'est-&#224;-dire fuir ce que fuit le vulgaire, rechercher ce qu'il recherche.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est pourquoi, voyant que tout cela &#233;tait un grand obstacle &#224; ma nouvelle entreprise, - et m&#234;me y &#233;tait tellement contraire qu'il fallait n&#233;cessairement renoncer &#224; l'un ou &#224; l'autre, - je me vis contraint de me demander ce qui me serait le plus utile. Car, je l'ai dit, il semblait que je voulus perdre un bien certain pour un incertain. Mais avec un peu plus d'attention, je trouvais d'abord que si, abandonnant les biens en question, je poursuivais mon nouveau dessein, j'abandonnerais un bien incertain par sa nature m&#234;me, comme il est clair par ce qui a &#233;t&#233; dit, pour un autre bien incertain. Mais un bien dont la nature m&#234;me n'&#233;tait pas incertaine - car je cherchais un bien stable - et dont l'obtention seule l'&#233;tait. En r&#233;fl&#233;chissant plus longuement, je fus convaincu que, pourvu que je pusse r&#233;fl&#233;chir &#224; fond, je laissai des maux certains pour un bien certain. Je me voyais en effet dans un p&#233;ril extr&#234;me, et contraint de chercher de toutes mes forces un rem&#232;de, m&#234;me incertain. De m&#234;me qu'un malade mortellement atteint et qui sent venir une mort certaine s'il n'applique un rem&#232;de, m&#234;me incertain, est contraint de le chercher de toutes ses forces, si incertain soit-il, car il place tout son espoir en lui. Or toutes les choses que recherche le vulgaire, non seulement ne procurent aucun rem&#232;de pour la conservation de notre &#234;tre, mais encore y font obstacle et causent souvent la perte de qui les poss&#232;de et toujours celle de ceux qui en sont poss&#233;d&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y a, en effet, de tr&#232;s nombreux exemples de gens qui ont souffert d'&#234;tre pers&#233;cut&#233;s jusqu'&#224; la mort &#224; cause de leur richesse, et d'autres qui, pour acqu&#233;rir des biens, se sont expos&#233;s &#224; tant de p&#233;rils qu'en fin de compte ils ont pay&#233; leur b&#234;tise de leur vie. Il n'y a pas moins d'exemples de ceux qui, pour conqu&#233;rir ou conserver des honneurs, ont tr&#232;s cruellement souffert. Enfin, nous avons d'innombrables exemples de gens dont les exc&#232;s sensuels ont h&#226;t&#233; la mort. A la r&#233;flexion, ces maux me sembl&#232;rent venir de ce que toute notre f&#233;licit&#233; et notre mis&#232;re d&#233;pendent de la seule qualit&#233; de l'objet auquel nous sommes attach&#233;s par amour. Car on ne se dispute jamais &#224; propos d'un objet qu'on n'aime pas. S'il p&#233;rit, nulle tristesse ; si un autre le poss&#232;de, nulle envie, nulle crainte, nulle haine et, en un mot, nulle &#233;motion. Voil&#224;, au contraire, ce qui arrive si l'on aime les choses p&#233;rissables, comme le sont toutes celles dont nous venant de parler. Mais l'amour d'une chose &#233;ternelle et infinie nourrit l'&#226;me d'une joie sans m&#233;lange et sans tristesse, ce qui est tr&#232;s d&#233;sirable et m&#233;rite qu'on le recherche de toutes ses forces. En v&#233;rit&#233;, ce n'est pas sans raison que j'ai employ&#233; ces mots : &lt;i&gt;pourvu que je pusse r&#233;fl&#233;chir &#224; fond&lt;/i&gt;. Car, si clairement que mon esprit per&#231;&#251;t ces choses, je ne pouvais cependant pas me d&#233;tacher tout &#224; fait de l'avarice, du plaisir sensuel et de la gloire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais je voyais une chose : tant que mon esprit &#233;tait pr&#233;occup&#233; de ses pens&#233;es, il se d&#233;tournait des faux biens, et pensait s&#233;rieusement &#224; son nouveau projet. Ce qui me fut une grande consolation. car je voyais que ces maux ne sont pas de telle nature qu'ils ne dussent c&#233;der &#224; des rem&#232;des. Et bien qu'au d&#233;but ces moments fussent rares et tr&#232;s courts, cependant, apr&#232;s que le vrai bien me fut de plus en plus connu, ils devinrent plus fr&#233;quents et plus longs ; surtout quand je vis que le gain, le plaisir sensuel ou la gloire ne sont nuisibles que si on les recherche pour eux-m&#234;mes, et non comme moyen en vue d'une autre fin. Mais si on les recherche comme moyens, on en fera un usage mesur&#233; et ils ne nuiront nullement. Au contraire, ils nous aideront &#224; atteindre le but que nous recherchons. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Spinoza, &lt;strong&gt;Trait&#233; de la r&#233;forme de l'entendement&lt;/strong&gt;, &#167;&#167; 1 &#224; 11&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Socrate et Diotime (1) : Le mythe de la naissance d'amour</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Socrate-et-Diotime-1-Le-mythe-de</link>
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		<description>
&lt;p&gt;Socrate, le philosophe, interroge Diotime, savante en ce qui concerne le domaine de l'amour, et en beaucoup d'autres choses . Socrate et Diotime (2) : Le d&#233;sir d'immortalit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Socrate et Diotime (3) : La dialectique du Beau &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici le discours sur l'Amour que j'entendis un jour de la bouche d'une femme de Mantin&#233;e, Diotime, qui &#233;tait savante en ce domaine comme en beaucoup d'autres. C'est elle qui jadis, avant la peste , fit faire aux Ath&#233;niens les sacrifices qui &#233;cart&#232;rent pour dix ans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-Metis-+" rel="tag"&gt;M&#232;tis&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-Socrate-+" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-sophiste-+" rel="tag"&gt;sophiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-ignorance-272-+" rel="tag"&gt;ignorance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-savoir-+" rel="tag"&gt;savoir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-demon-+" rel="tag"&gt;d&#233;mon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-sciences-+" rel="tag"&gt;sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Socrate, le philosophe, interroge Diotime, savante en ce qui concerne le domaine de l'amour, et en beaucoup d'autres choses .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Socrate-et-Diotime-2-Le-desir-d' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Socrate et Diotime (2) : Le d&#233;sir d'immortalit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Socrate-et-Diotime-3-La' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Socrate et Diotime (3) : La dialectique du Beau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_23 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L50xH71/socrate-petit-f76fb.jpg?1772278143' width='50' height='71' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Socrate
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici le discours sur l'Amour que j'entendis un jour de la bouche d'une femme de Mantin&#233;e, Diotime, qui &#233;tait savante en ce domaine comme en beaucoup d'autres. C'est elle qui jadis, avant la peste , fit faire aux Ath&#233;niens les sacrifices qui &#233;cart&#232;rent pour dix ans le fl&#233;au. Et c'est elle justement qui m'a instruit des choses de l'Amour... Je vais essayer de vous rapporter les paroles qu'elle me tenait, en partant des conventions accept&#233;es par Agathon et par moi, c'est-&#224;-dire avec mes seuls moyens, et comme je pourrai. Il faut, comme tu l'as toi-m&#234;me expos&#233;, Agathon, que j'explique d'abord la nature de l'Amour, ses attributs, et ensuite ses oeuvres Le plus facile, me semble-t-il, est de suivre dans mon expos&#233; l'ordre que suivait jadis l'&#233;trang&#232;re, dans l'examen qu'elle me faisait subir. Car je lui r&#233;pondais &#224; peu pr&#232;s comme Agathon me r&#233;pond &#224; pr&#233;sent : je d&#233;clarais que l'Amour &#233;tait un grand dieu, et qu'il &#233;tait amour du beau. Et elle me prouvait mon erreur par les m&#234;mes raisons dont je me suis servi en discutant avec Agathon : elle disait que l'Amour n'&#233;tait ni beau, selon mon propre langage, ni bon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;l'Amour est un &#234;tre interm&#233;diaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; - Je lui r&#233;pliquai : &#034;Que dis-tu, Diotime ? Dans ce cas l'Amour est laid, et mauvais ?&lt;br class='autobr' /&gt; - Pas de blasph&#232;me ! dit-elle. Crois-tu que ce qui n'est pas beau doive &#234;tre forc&#233;ment laid ?&lt;br class='autobr' /&gt; - Bien s&#251;r !&lt;br class='autobr' /&gt; - Et que, de m&#234;me, ce qui n'est pas savant doive &#234;tre ignorant ? N'as-tu pas saisi qu'il y a un milieu entre science et ignorance ?&lt;br class='autobr' /&gt; - Lequel ?&lt;br class='autobr' /&gt; - Avoir une opinion droite sans &#234;tre &#224; m&#234;me d'en rendre raison. Ne sais-tu pas, dit-elle, que ce n'est ni savoir (car une chose dont on n'est pas &#224; m&#234;me de rendre raison comment pourrait-elle &#234;tre une science ?) ni ignorance (car ce qui atteint par hasard le r&#233;el peut-il &#234;tre une ignorance ?). L'opinion droite est bien, je suppose, semblable &#224; ce que je dis : un milieu entre la pens&#233;e juste et l'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Tu dis vrai, r&#233;pondis-je.&lt;br class='autobr' /&gt; - Ne force donc pas ce qui n'est pas beau &#224; &#234;tre laid, et ce qui n'est pas bon &#224; &#234;tre mauvais. Il en est de m&#234;me pour l'Amour : puisque tu conviens toi-m&#234;me qu'il n'est ni bon ni beau, tu n'as pas &#224; croire davantage qu'il est n&#233;cessairement laid et mauvais, mais qu'il est, me disait-elle, un milieu entre les deux.&lt;br class='autobr' /&gt; - Pourtant, repris-je, tout le monde convient que l'Amour est un grand dieu.&lt;br class='autobr' /&gt; - Est-ce des ignorants que tu parles, en disant 'tout le monde' ? ou des savants aussi ?&lt;br class='autobr' /&gt; - Je parle de tous &#224; la fois.&#034; Elle se mit &#224; rire : &#034;Comment, Socrate, dit-elle, serait-il reconnu comme un grand dieu par ceux qui affirment qu'il n'est m&#234;me pas un dieu ?&lt;br class='autobr' /&gt; - Qui sont ces gens-l&#224; ? dis-je.&lt;br class='autobr' /&gt; - Toi d'abord, dit-elle. Et moi ensuite.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; - Je r&#233;pliquai : &#034;Que dis-tu l&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt; - C'est tout simple, r&#233;pondit-elle. Dis-moi : n'affirmes-tu pas que tous les dieux sont heureux et beaux ? ou oserais-tu soutenir que tel d'entre les dieux n'est ni beau ni heureux ?&lt;br class='autobr' /&gt; - Je n'oserais pas, par Zeus, r&#233;pondis-je.&lt;br class='autobr' /&gt; - Or les heureux, &#224; t'entendre, sont bien ceux, n'est-ce pas ? qui poss&#232;dent les bonnes et les belles choses ?&lt;br class='autobr' /&gt; - C'est bien cela.&lt;br class='autobr' /&gt; - Pourtant tu as reconnu que l'Amour, manquant des bonnes et des belles choses, a le d&#233;sir de ces choses m&#234;mes dont il manque.&lt;br class='autobr' /&gt; - Je l'ai reconnu.&lt;br class='autobr' /&gt; - Comment d&#232;s lors pourrait-il &#234;tre un dieu, lui qui n'a part ni aux belles ni aux bonnes choses ?&lt;br class='autobr' /&gt; - C'est impossible, apparemment.&lt;br class='autobr' /&gt; - Tu vois, dit-elle, toi-m&#234;me tu ne tiens pas l'Amour pour un dieu.&lt;br class='autobr' /&gt; - Que serait donc l'Amour ? dis-je. Un mortel ?&lt;br class='autobr' /&gt; - Nullement.&lt;br class='autobr' /&gt; - Alors quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;l'Amour est un &#171; d&#233;mon &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; - Comme dans les exemples pr&#233;c&#233;dents, dit-elle, il est un interm&#233;diaire entre le mortel et l'immortel.&lt;br class='autobr' /&gt; - Que veux-tu dire, Diotime ?&lt;br class='autobr' /&gt; - C'est un grand d&#233;mon, Socrate. En effet tout ce qui a le caract&#232;re du d&#233;mon est un interm&#233;diaire entre le mortel et l'immortel.&lt;br class='autobr' /&gt; - Et quel en est, demandai-je, le pouvoir ?&lt;br class='autobr' /&gt; - Il traduit et transmet aux dieux ce qui vient des hommes, et aux hommes ce qui vient des dieux d'un c&#244;t&#233; les pri&#232;res et les sacrifices, de l'autre les ordres et la r&#233;tribution des sacrifices, et comme il est &#224; mi-chemin des uns et des autres, il contribue &#224; remplir l'intervalle, de mani&#232;re que le Tout soit li&#233; &#224; lui-m&#234;me. De lui proc&#232;de tout l'art divinatoire, l'art des pr&#234;tres en ce qui concerne les sacrifices, les initiations, les incantations, tout ce qui est divination et sorcellerie. Le dieu ne se m&#234;le pas aux hommes, mais, gr&#226;ce &#224; ce d&#233;mon, de toutes les mani&#232;res les dieux entrent en rapport avec les hommes, leur parlent, soit dans la veille soit dans le sommeil. L'homme savant en ces choses est un &#234;tre d&#233;moniaque, tandis que l'homme savant dans un autre domaine - art, m&#233;tier manuel- n'est qu'un ouvrier. Ces d&#233;mons sont nombreux et de toute sorte : l'un d'eux est l'Amour.&lt;br class='autobr' /&gt; - De quel p&#232;re, dis-je, est-il n&#233;, et de quelle m&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L381xH330/Eros_et_Aphrodite-7954a.jpg?1772278143' width='381' height='330' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Eros et Aphrodite
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La naissance d'Amour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; - C'est un peu long &#224; raconter, me dit Diotime. Je te le dirai pourtant. Le jour o&#249; naquit Aphrodite, les dieux banquetaient. Avec eux tous il y avait le fils de &lt;i&gt;M&#232;tis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#232;tis. Mot grec. M&#232;tis signifie la ruse, l'intelligence pratique. M&#232;tis est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Poros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Poros. Mot grec. D&#233;signe un &#171; passage &#187; maritime. Au figur&#233; : un moyen (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s le d&#238;ner, &lt;i&gt;P&#233;nia&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#233;nia. Mot grec. La pauvret&#233;.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &#233;tait venue mendier, ce qui est naturel un jour de f&#234;te, et elle se tenait pr&#232;s de la porte. &lt;i&gt;Poros &lt;/i&gt;qui s'&#233;tait enivr&#233; de nectar (car le vin n'existait pas encore) entra dans le jardin de Zeus, et tout alourdi s'endormit. &lt;i&gt;P&#233;nia, &lt;/i&gt;dans sa p&#233;nurie, eut l'id&#233;e d'avoir un enfant de &lt;i&gt;Poros : &lt;/i&gt;elle se coucha pr&#232;s de lui, et fut enceinte de l'Amour . Voil&#224; pourquoi l' Amour est devenu le compagnon d'Aphrodite et son serviteur ; engendr&#233; lors des f&#234;tes de la naissance de celle-ci, il est naturellement amoureux du beau - et Aphrodite est belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donc fils de &lt;i&gt;Poros &lt;/i&gt;et de &lt;i&gt;P&#233;nia, &lt;/i&gt;l'Amour se trouve dans cette condition : d'abord, il est toujours pauvre, et loin d'&#234;tre d&#233;licat et beau comme le croient la plupart, il est rude au contraire, il est dur, il va pieds nus, il est sans g&#238;te, il couche toujours par terre, sur la dure, il dort &#224; la belle &#233;toile pr&#232;s des portes et sur les chemins, car il tient de sa m&#232;re, et il est toujours dans le besoin. D'autre part, &#224; l'exemple de son p&#232;re, il est &#224; l'aff&#251;t de ce qui est beau et de ce qui est bon, il est viril, r&#233;solu, ardent, c'est un chasseur de premier ordre, il ne cesse d'inventer des ruses ; il est d&#233;sireux du savoir et sait trouver les passages qui y m&#232;nent, il emploie &#224; philosopher tout le temps de sa vie, il est merveilleux sorcier, et magicien, et sophiste. Ajoutons qu'il n'est, par nature, ni immortel ni mortel. Dans la m&#234;me journ&#233;e tant&#244;t il fleurit et il vit, tant&#244;t il meurt ; puis il revit quand passent en lui les ressources qu'il doit &#224; la nature de son p&#232;re, mais ce qui passe en lui sans cesse lui &#233;chappe ; aussi l'Amour n'est-il jamais ni dans l'indigence ni dans l'opulence.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part il se tient entre le savoir et l'ignorance, et voici ce qu'il en est : aucun dieu ne s'occupe &#224; philosopher et ne d&#233;sire devenir savant, car il l'est. Et d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale si l'on est savant on ne philosophe pas ; mais les ignorants eux non plus ne philosophent pas, et ne d&#233;sirent pas devenir savants. C'est l&#224; justement ce qu'il y a de f&#226;cheux dans l'ignorance : on n'est ni beau, ni bon, ni intelligent, et pourtant on croit l'&#234;tre assez. On ne d&#233;sire pas une chose quand on ne croit pas qu'elle vous manque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Amour est philosophe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; - Qui sont donc, Diotime, demandai-je, ceux qui philosophent, s'ils ne sont ni les savants ni les ignorants ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_24 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L200xH433/Eros_et_Aphrodite2_-_Terracotta_stattue_2nd_century_BC_MM-98f92.jpg?1772278143' width='200' height='433' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Eros et Aphrodite
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Terracotta stattue, 2nd century BC, MM
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; - C'est tr&#232;s clair, dit-elle ; m&#234;me un enfant le verrait d&#232;s maintenant : ceux qui se trouvent entre les deux, et l'Amour doit en faire partie. La science, en effet, compte parmi les choses les plus belles ; or l'Amour est amour du beau ; il est donc n&#233;cessaire que l'Amour soit philosophe et, comme il est philosophe, qu'il tienne le milieu entre le savant et l'ignorant. La cause de cela m&#234;me est dans son origine, car il est n&#233; d'un p&#232;re savant et plein de ressources, et d'une m&#232;re d&#233;pourvue de science comme de ressources. Telle est, mon cher Socrate, la nature de ce d&#233;mon. Mais l'id&#233;e que tu t'&#233;tais faite de l'Amour n'avait rien de surprenant. Ton id&#233;e, autant que tes paroles me permettent de le conjecturer, est que l'Amour est l'aim&#233;, et non ce qui aime. Pour cette raison, sans doute, il te paraissait dou&#233; de toutes les beaut&#233;s. Et de fait ce qui est aimable, c'est ce qui est r&#233;ellement beau, d&#233;licat, parfait, digne de toute f&#233;licit&#233;. Mais l'essence de ce qui aime est diff&#233;rente : je viens de t'exposer ce qu'elle est.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#232;tis. Mot grec. M&#232;tis signifie la ruse, l'intelligence pratique. M&#232;tis est une personnification de cette sagesse pratique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Poros. Mot grec. D&#233;signe un &#171; passage &#187; maritime. Au figur&#233; : un moyen efficace pour contourner un difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P&#233;nia. Mot grec. La pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;strong&gt;Le Banquet&lt;/strong&gt;, 201d-204c&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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