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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>L'&#233;thique et la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme.</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/L-ethique-et-la-definition,74</link>
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		<dc:creator>Badiou, Alain</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire. &lt;br class='autobr' /&gt; 3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme comme une victime. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Badiou-" rel="directory"&gt;Badiou&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-victime-+" rel="tag"&gt;victime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-vie-201-+" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-animal-+" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/-Un-debat-sur-l-humanitaire-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires.&lt;br /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme &lt;i&gt;comme une victime&lt;/i&gt;. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre la barbarie ! &#187; Soyons pr&#233;cis en effet : l'homme &lt;i&gt;est ce qui est capable de se reconna&#238;tre soi-m&#234;me comme victime.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette d&#233;finition qu'il faut d&#233;clarer inacceptable. Et cela pour trois raisons principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tout d'abord, parce que l'&#233;tat de victime, de b&#234;te souffrante, de mourant d&#233;charn&#233;, assimile l'homme &#224; sa substructure animale, &#224; sa pure et simple identit&#233; de vivant (la vie, comme le dit Bichat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est que &#171; l'ensemble des fonctions qui r&#233;sistent &#224; la mort &#187;). Certes, l'humanit&#233; est une esp&#232;ce animale. Elle est mortelle et pr&#233;datrice. Mais ni l'un ni l'autre de ces r&#244;les ne peuvent la singulariser dans le monde du vivant. En tant que bourreau, l'homme est une abjection animale, mais il faut avoir le courage de dire qu'en tant que victime, il ne vaut en g&#233;n&#233;ral pas mieux. Tous les r&#233;cits de tortur&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Alleg, La Question, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de rescap&#233;s l'indiquent avec force : si les bourreaux et bureaucrates des cachots et des camps peuvent traiter leurs victimes comme des animaux promis &#224; l'abattoir, et avec lesquels eux, les criminels bien nourris, n'ont rien de commun, C'est que les victimes sont bel et bien devenues de tels animaux. On a fait ce qu'il fallait pour &#231;a. Que certaines cependant soient encore des hommes, et en t&#233;moignent, est un fait av&#233;r&#233;. Mais justement, c'est toujours par un effort inou&#239;, salu&#233; par ses t&#233;moins - qu'il &#233;veille &#224; une reconnaissance radieuse - comme une r&#233;sistance presque incompr&#233;hensible, en eux, &lt;i&gt;de ce qui ne co&#239;ncide pas avec l'identit&#233; de victime&lt;/i&gt;. L&#224; est l'Homme, si on tient &#224; le penser : dans ce qui fait, comme le dit Varlam Chalamov dans ses &lt;i&gt;R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Varlam Chalamov, Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il s'agit d'une b&#234;te autrement r&#233;sistante que les chevaux, non par son corps fragile, mais par son obstination &#224; demeurer ce qu'il est, C'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, autre chose qu'une victime, autre chose qu'un &#234;tre-pour-la-mort, et donc &lt;i&gt;- autre chose qu'un mortel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un immortel : voil&#224; ce que les pires situations qui puissent lui &#234;tre inflig&#233;es d&#233;montrent qu'est il Homme, pour autant qu'il se singularise dans le flot multiforme et rapace de la vie. Pour penser quoi que ce soit concernant l'Homme, c'est de l&#224; qu'il faut partir. En sorte que s'il existe des &#171; droits de l'homme &#187;, ce ne sont s&#251;rement pas des droits de la vie contre la mort, ou des droits de la survie contre la mis&#232;re. Ce sont les droits de l'Immortel, s'affirmant pour eux-m&#234;mes, ou les droits de l'Infini exer&#231;ant leur souverainet&#233; sur la contingence de la souffrance et de la mort. Qu'&#224; la fin nous mourrions tous et qu'il y ait que poussi&#232;re ne change rien &#224; l'identit&#233; de l'Homme comme immortel, dans l'instant o&#249; il affirme ce qu'il est au rebours du vouloir-&#233;tre-un-animal auquel la circonstance l'expose. Et chaque homme, on le sait, impr&#233;visiblement, est &lt;i&gt;capable&lt;/i&gt;, d'&#234;tre cet immortel, dans de grandes ou de petites circonstances, pour une importante ou secondaire v&#233;rit&#233;, peu importe. Dans tous les cas, la subjectivation est immortelle, et fait l'Homme. En dehors de quoi existe une esp&#232;ce biologique, un &#171; bip&#232;de sans plumes &#187; dont le charme n'est pas &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ne part pas de l&#224; (ce qui se dit, tr&#232;s simplement l'Homme pense, l'Homme est tiss&#233; de quelques v&#233;rit&#233;s), si on identifie l'Homme &#224; sa pure r&#233;alit&#233; de vivant, on en vient in&#233;vitablement au contraire r&#233;el de ce que le principe semble indiquer. Car ce &#171; vivant &#187; est en r&#233;alit&#233; m&#233;prisable, et &lt;i&gt;on le m&#233;prisera&lt;/i&gt;. Qui ne voit que dans les exp&#233;ditions humanitaires, les ing&#233;rences, les d&#233;barquements de l&#233;gionnaires caritatifs, le suppos&#233; Sujet universel est scind&#233; ? Du c&#244;t&#233; des victimes, l'animal hagard qu'on expose sur l'&#233;cran. Du c&#244;t&#233; du bienfaiteur, la conscience et l'imp&#233;ratif Et pourquoi cette scission met-elle toujours les m&#234;mes dans les m&#234;mes r&#244;les ? Qui ne sent que cette &#233;thique pench&#233;e sur la mis&#232;re du monde cache, derri&#232;re son Homme-victime, l'Homme-bon, l'Homme-blanc ? Comme la barbarie de la situation n'est r&#233;fl&#233;chie qu'en termes de &#171; droits de l'homme &#187;, - alors qu'il s'agit toujours d'une situation politique, appelant une pens&#233;e-pratique politique, et dont il y a sur place, toujours, d'authentiques acteurs -, elle est per&#231;ue, du haut de notre paix civile apparente, comme l'incivilis&#233;e qui exige du civilis&#233; une intervention civilisatrice. Or, toute intervention au nom de la civilisation &lt;i&gt;exige &lt;/i&gt;un m&#233;pris premier de la situation toute enti&#232;re, victimes comprises. Et c'est pourquoi l'&#171; &#233;thique &#187; est contemporaine, apr&#232;s des d&#233;cennies de courageuses critiques du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme, d'une sordide auto-satisfaction des &#171; Occidentaux &#187;, de la th&#232;se martel&#233;e selon laquelle la mis&#232;re du tiers-monde est le r&#233;sultat de son imp&#233;ritie, de sa propre inanit&#233;, bref : de sa &lt;i&gt;sous-humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Deuxi&#232;mement, parce que si le &#171; consensus &#187; &#233;thique se fonde sur la reconnaissance du Mal, il en r&#233;sulte que toute tentative de rassembler les hommes autour d'une id&#233;e positive du Bien, et plus encore d'identifier l'Homme par un tel projet, est en r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;la v&#233;ritable source du mal lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. C'est ce qu'on nous inculque depuis maintenant quinze ans : tout projet de r&#233;volution, qualifi&#233; d'&#171; utopique &#187;, tourne, nous dit-on, au cauchemar totalitaire. Toute volont&#233; d'inscrire une id&#233;e de la justice ou de l'&#233;galit&#233; tourne au pire. Toute volont&#233; collective du Bien fait le Mal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Glucksmann, Les Ma&#238;tres Penseurs, Grasset, 1977. Glucksmann est celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette sophistique est d&#233;vastatrice. Car s'il ne s'agit que de faire valoir, contre un Mal reconnu &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, l'engagement &#233;thique, d'o&#249; proc&#233;dera qu'on envisage une transformation quelconque de ce qui est ? O&#249; l'homme puisera-t-il la force d'&#234;tre l'immortel qu'il est ? Quel sera le destin de la pens&#233;e, dont on sait bien qu'elle est invention affirmative, ou quelle n'est pas ? En r&#233;alit&#233;, le prix pay&#233; par l'&#233;thique est &lt;i&gt;un conservatisme &lt;/i&gt;&#233;pais. La conception &#233;thique de l'homme, outre qu'elle est en fin de compte soit biologique (images des victimes), soit &#171; occidentale &#187; (contentement du bienfaiteur arm&#233;), interdit toute vision positive large des possibles. Ce qui nous est ici vant&#233;, ce que l'&#233;thique l&#233;gitime, est en r&#233;alit&#233; la conservation, par le pr&#233;tendu &#171; Occident &#187;, de ce qu'il poss&#232;de. C'est assise sur cette possession (possession mat&#233;rielle, mais aussi possession de son &#234;tre) que l'&#233;thique d&#233;termine le Mal comme, d'une certaine mani&#232;re, ce qui n'est pas ce dont elle jouit. Or &lt;i&gt;l'Homme, comme immortel, se soutient de l'incalculable et de l'imposs&#233;d&#233;. Il se soutient du non-&#233;tant&lt;/i&gt;. Pr&#233;tendre lui interdire de se repr&#233;senter le Bien, d'y ordonner ses pouvoirs collectifs, de travailler &#224; l'av&#232;nement de possibles insoup&#231;onn&#233;s, de penser ce qui peut &#234;tre, en rupture radicale avec ce qui est, c'est lui interdire, tout simplement, l'humanit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Enfin, par sa d&#233;termination n&#233;gative et &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;du Mal l'&#233;thique s'interdit de penser la singularit&#233; des situations, ce qui est le d&#233;but oblig&#233; de toute action proprement humaine. Ainsi, le m&#233;decin ralli&#233; &#224; l'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; m&#233;ditera en r&#233;union et commission toutes sortes de consid&#233;rations sur &#171; les malades &#187;, consid&#233;r&#233;s exactement comme l'est, par le partisan des droits de l'homme, la foule indistincte des victimes : totalit&#233; &#171; humaine &#187; de r&#233;els sous-hommes. Mais le m&#234;me m&#233;decin ne verra nul inconv&#233;nient &#224; ce que &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; personne ne soit pas soign&#233;e &#224; l'h&#244;pital, et avec tous les moyens n&#233;cessaires, parce qu'elle est sans papiers, ou non immatricul&#233;e &#224; la S&#233;curit&#233; sociale. Responsabilit&#233; &#171; collective &#187;, encore une fois, oblige ! Ce qui est ici ratur&#233;, c'est qu'il n'y a qu'une seule situation m&#233;dicale : la situation clinique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;cile Winter, Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qu'il n'y a besoin de nulle &#171; &#233;thique &#187; (mais seulement d'une vision claire de &lt;i&gt;cette &lt;/i&gt;situation) pour savoir qu'en la circonstance le m&#233;decin n'est m&#233;decin que s'il traite la situation sous la r&#232;gle du possible maximal : soigner cette personne &lt;i&gt;qui le lui demande &lt;/i&gt;(pas d'ing&#233;rence, ici !) jusqu'au bout, avec tout ce qu'il sait, tous les moyens dont il sait qu'ils existent, et sans rien consid&#233;rer d'autre. Et si on veut lui interdire de soigner pour cause de budget de l'&#201;tat, de statistique de la morbidit&#233; ou de lois sur les flux migratoires, qu'on lui envoie la gendarmerie ! Encore son strict devoir hippocratique serait-il de lui tirer dessus. Les &#171; commissions d'&#233;thique &#187; et autres ruminations sur les &#171; d&#233;penses de sant&#233; &#187; et la &#171; responsabilit&#233; gestionnaire &#187;, &#233;tant radicalement ext&#233;rieures &#224; l'unique situation proprement m&#233;dicale, ne peuvent en r&#233;alit&#233; qu'interdire qu'on lui soit &lt;i&gt;fid&#232;le&lt;/i&gt;. Car lui &#234;tre fid&#232;le voudrait dire : traiter le possible de cette situation &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;. Ou, si l'on veut, faire advenir, dans la mesure du possible, ce que cette situation contient d'humanit&#233; affirmative, soit tenter d'&#234;tre l'immortel de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la m&#233;decine bureaucratique sous id&#233;ologie &#233;thique a besoin &#171; des malades &#187; comme victimes indistinctes ou statistiques, mais est rapidement encombr&#233;e par toute situation effective et singuli&#232;re de demande. De l&#224; que la m&#233;decine &#171; gestionnaire &#187;, &#171; responsable &#187; et &#171; &#233;thique &#187; en est r&#233;duite &#224; l'abjection de d&#233;cider quels malades le &#171; syst&#232;me de sant&#233; fran&#231;ais &#187; peut soigner, et lesquels il doit renvoyer, puisque le Budget et l'opinion l'exigent, mourir dans les faubourgs de Kinshasa.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Quelques Principes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut rejeter le dispositif id&#233;ologique de l'&#171; &#233;thique &#187;, ne rien conc&#233;der &#224; la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme. Ce dispositif identifie l'homme &#224; un simple animal mortel, il est le sympt&#244;me d'un inqui&#233;tant conservatisme, et, par sa g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite et statistique, interdit de penser la singularit&#233; des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui opposera trois th&#232;ses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Th&#232;se 1 &lt;/i&gt; : L'Homme s'identifie par sa pens&#233;e affirmative, par les v&#233;rit&#233;s singuli&#232;res dont il est capable, par l'Immortel qui fait de lui le plus r&#233;sistant et le plus paradoxal des animaux.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 2 &lt;/i&gt; : C'est &#224; partir de la capacit&#233; positive au Bien, donc au traitement &#233;largi des possibles et au refus du conservatisme, f&#251;t-il la conservation de l'&#234;tre, qu'on d&#233;termine le Mal, et non inversement.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 3 &lt;/i&gt; : Toute humanit&#233; s'enracine dans l'identification en pens&#233;e de situations singuli&#232;res. Il n'y a pas d'&#233;thique en g&#233;n&#233;ral. Il n'y a - &#233;ventuellement - qu'&#233;thique de processus par lesquels on traite les possibles d'une situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surgit alors l'homme de l'&#233;thique raffin&#233;e, qui murmure : &#171; Contre-sens ! depuis le d&#233;but. L'&#233;thique ne se fonde nullement sur l'identit&#233; du Sujet, pas m&#234;me son identit&#233; comme victime reconnue. D&#232;s le principe, l'&#233;thique est &#233;thique &lt;i&gt;de l'autre, &lt;/i&gt;elle est ouverture principale &#224; l'autre, elle subordonne l'identit&#233; &#224; la diff&#233;rence. &#187;&lt;br /&gt;
Examinons cette piste. Mesurons sa nouveaut&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Alleg, &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des &#233;pisodes de torture bien de chez nous, syst&#233;matiquement organis&#233;s par l'arm&#233;e fran&#231;aise entre 1954 et 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Varlam Chalamov, &lt;i&gt;Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, 1980. ce livre, proprement admirable, donne forme d'art &#224; l'&#233;thique vraie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Glucksmann, &lt;i&gt;Les Ma&#238;tres Penseurs&lt;/i&gt;, Grasset, 1977. Glucksmann est celui qui a le plus insist&#233; sur la priorit&#233; absolue de la conscience du Mal, et sur l'id&#233;e que le primat catastrophique du Bien &#233;tait une cr&#233;ation de la philosophie. L'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; a ainsi une part de ses racines chez les &#171; nouveaux philosophes &#187; de la fin des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#233;cile Winter, &lt;i&gt;Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A partir d'une m&#233;ditation de Foucault)&lt;/i&gt;. A para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extraits de &lt;strong&gt;L'&#233;thique&lt;/strong&gt; de Alain Badiou, (ch. 3-4)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre d'Am&#233;rique, les raisons d'un combat </title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Lettre-d-Amerique-les-raisons-d-un-combat</link>
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		<dc:date>2003-08-09T23:38:48Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Soixante intellectuels am&#233;ricains, enseignants, pour la plupart, dans les plus prestigieuses universit&#233;s des &#201;tats-Unis, signent une Lettre d'Am&#233;rique dans laquelle ils expliquent et justifient l'engagement de leur pays dans la guerre qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est parfois n&#233;cessaire pour une nation de se d&#233;fendre par les armes. Parce que la guerre est une affaire s&#233;rieuse, entra&#238;nant le sacrifice de pr&#233;cieuses vies (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soixante intellectuels am&#233;ricains, enseignants, pour la plupart, dans les plus prestigieuses universit&#233;s des &#201;tats-Unis, signent une &lt;i&gt;Lettre d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; dans laquelle ils expliquent et justifient l'engagement de leur pays dans la guerre qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est parfois n&#233;cessaire pour une nation de se d&#233;fendre par les armes. Parce que la guerre est une affaire s&#233;rieuse, entra&#238;nant le sacrifice de pr&#233;cieuses vies humaines, la conscience exige que ceux qui la font expriment clairement le raisonnement moral qui sous-tend leurs actes, afin que les parties en pr&#233;sence et le monde entier soient avertis, sans ambigu&#239;t&#233;s, des principes qu'ils d&#233;fendent. &lt;br /&gt;
Nous affirmons cinq v&#233;rit&#233;s fondamentales qui s'appliquent &#224; tous les peuples sans distinction : Tous les &#234;tres humains naissent libres et &#233;gaux en droits et en dignit&#233;. [&lt;i&gt;D&#233;claration universelle des droits de l'homme, ONU, article premier&lt;/i&gt;.] &lt;br /&gt;
2. Le sujet fondamental de la soci&#233;t&#233; est la personne humaine. Un gouvernement a pour r&#244;le l&#233;gitime de prot&#233;ger et d'entretenir les conditions de l'&#233;panouissement humain. &lt;br /&gt;
3. Les &#234;tres humains sont naturellement enclins &#224; chercher la v&#233;rit&#233; sur le sens et les fins derni&#232;res de la vie. &lt;br /&gt;
4. La libert&#233; d'opinion et la libert&#233; de culte sont des droits inviolables de la personne humaine. &lt;br /&gt;
5. Tuer au nom de Dieu est contraire &#224; la foi en Dieu. C'est la plus grande trahison de l'universalit&#233; de la foi religieuse. &lt;br /&gt;
Nous nous battons pour nous d&#233;fendre et pour d&#233;fendre ces principes universels. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles sont les valeurs am&#233;ricaines ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 11 septembre, des millions d'Am&#233;ricains se demandent, mutuellement et &#224; eux-m&#234;mes : pourquoi ? Pourquoi sommes-nous la cible de ces odieuses attaques ? Pourquoi ces gens veulent-ils nous tuer ? Nous reconnaissons que notre nation a parfois fait preuve d'arrogance et d'ignorance envers d'autres soci&#233;t&#233;s. Notre nation a parfois conduit des politiques mal orient&#233;es et injustes. Nous avons trop souvent, en tant que nation, failli &#224; nos propres id&#233;aux. Nous ne pouvons pas imposer des principes moraux &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s si, dans le m&#234;me temps, nous ne reconnaissons pas nos propres manquements &#224; ces m&#234;mes principes. Nous sommes unanimement convaincus - et s&#251;rs en cela d'&#234;tre approuv&#233;s par tous les hommes de bonne volont&#233; dans le monde - que l'invocation de telle ou telle faute sp&#233;cifique en mati&#232;re de politique &#233;trang&#232;re ne peut en aucun cas justifier, ni m&#234;me servir d'argument pr&#233;alable pour le massacre massif d'innocents. &lt;br /&gt;
En outre, dans une d&#233;mocratie comme la n&#244;tre, o&#249; le pouvoir des gouvernants &#233;mane du consentement des gouvern&#233;s, la politique s'enracine au moins partiellement dans la culture, les valeurs et les priorit&#233;s de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. &lt;br /&gt;
Bien que nous ne pr&#233;tendions pas conna&#238;tre en profondeur les motivations de nos agresseurs et de leurs sympathisants, ce que nous en savons donne &#224; penser que leurs griefs s'&#233;tendent bien au-del&#224; des seules consid&#233;rations politiques. Apr&#232;s tout, les tueurs du 11 septembre n'ont &#233;mis aucune exigence particuli&#232;re ; en ce sens, on peut dire qu'ils ont tu&#233; pour tuer. Le chef d'Al-Qaida a d&#233;fini les &lt;i&gt;&#034;frappes b&#233;nies&#034;&lt;/i&gt; du 11 septembre comme des coups port&#233;s contre l'Am&#233;rique &lt;i&gt;&#034;capitale du monde des infid&#232;les&#034;&lt;/i&gt;. Il faut donc en d&#233;duire que nos agresseurs visent non seulement notre gouvernement mais notre soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, notre mode de vie en g&#233;n&#233;ral. En r&#233;alit&#233;, leurs griefs s'adressent fondamentalement non pas &#224; notre gouvernement mais &#224; ce que nous sommes. Alors, que sommes-nous ? Quelles sont nos valeurs ? D'aucuns, y compris de nombreux Am&#233;ricains et notamment plusieurs signataires de cette lettre, consid&#232;rent que certaines valeurs am&#233;ricaines sont peu attrayantes, voire nuisibles. Le consum&#233;risme comme mode de vie. La libert&#233; con&#231;ue comme une absence de r&#232;gles. L'id&#233;e que l'individu est son propre ma&#238;tre, se fa&#231;onne lui-m&#234;me et ne doit rien &#224; personne, ou presque. L'affaiblissement du mariage et de la vie de famille. Sans compter l'&#233;norme r&#233;seau de communications et de productions culturelles en tout genre qui glorifie sans rel&#226;che ces valeurs, qu'elles soient bien ou mal venues, et les diffuse dans presque tous les coins du monde. &lt;br /&gt;
Une lourde t&#226;che nous incombe, &#224; nous Am&#233;ricains, et pas seulement depuis le 11 septembre : nous devons regarder en face, objectivement, ces aspects peu attrayants de notre soci&#233;t&#233; et nous efforcer de les am&#233;liorer. Nous nous y attelons. Cela dit, l'Am&#233;rique propose aussi d'autres valeurs - que nous consid&#233;rons comme nos id&#233;aux fondateurs et qui d&#233;finissent plus pr&#233;cis&#233;ment notre mode de vie -, tr&#232;s diff&#233;rentes des premi&#232;res et beaucoup plus engageantes, non seulement pour les Am&#233;ricains mais pour les peuples du monde entier. Nous en mentionnerons bri&#232;vement quatre. &lt;br /&gt;
La 1re est la conviction que la dignit&#233; humaine est un droit inn&#233; pour toute personne et que, par cons&#233;quent, toute personne doit &#234;tre trait&#233;e comme une fin et non comme un moyen. &lt;br /&gt;
Les fondateurs des &#201;tats-Unis, se basant sur la tradition de la loi naturelle autant que sur l'assertion religieuse fondamentale selon laquelle tous les hommes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#224; l'image de Dieu, ont pos&#233; comme &#034;&#233;vidente en soi&#034; la notion d'&#233;gale dignit&#233; pour tous. L'expression politique la plus nette de cette croyance en une dignit&#233; humaine transcendante est la d&#233;mocratie. Son expression culturelle la plus nette a &#233;t&#233;, pour les g&#233;n&#233;rations r&#233;centes aux &#201;tats-Unis, la r&#233;actualisation et l'extension du principe d'&#233;gale dignit&#233; &#224; toutes les personnes ind&#233;pendamment de leur sexe, de leur race ou couleur de peau. &lt;br /&gt;
La 2e cons&#233;quence imm&#233;diate de la 1re est la conviction qu'il existe des v&#233;rit&#233;s morales universelles (que les fondateurs de notre nation appel&#232;rent &#034;lois de la Nature et de la nature de Dieu&#034;) et qu'elles s'appliquent &#224; tous. Les t&#233;moignages les plus &#233;loquents de notre fid&#233;lit&#233; &#224; ces v&#233;rit&#233;s se trouvent dans notre D&#233;claration d'ind&#233;pendance, dans le discours d'adieu de George Washington, le discours de Gettysburg et le second discours inaugural d'Abraham Lincoln et la lettre de la prison de Birmingham du Dr Martin Luther King. &lt;br /&gt;
La 3e est la conviction que notre connaissance individuelle et collective de la v&#233;rit&#233; &#233;tant imparfaite, les d&#233;saccords sur ces valeurs doivent &#234;tre discut&#233;s avec civilit&#233; et tol&#233;rance sur la foi d'une argumentation raisonnable. &lt;br /&gt;
La 4e est la libert&#233; d'opinion et la libert&#233; de culte. Ces libert&#233;s intrins&#232;quement li&#233;es sont consid&#233;r&#233;es, dans notre pays et ailleurs, comme un reflet de la dignit&#233; humaine fondamentale et comme une condition pr&#233;alable aux autres libert&#233;s individuelles. &lt;br /&gt;
Pour nous, ce que ces valeurs ont de plus frappant, c'est qu'elles s'appliquent &#224; tous sans distinction et ne peuvent donc &#234;tre utilis&#233;es pour d&#233;nier &#224; qui que ce soit le respect de sa race, de sa langue, de sa m&#233;moire, de sa religion. C'est pourquoi tout le monde peut en principe devenir am&#233;ricain. En principe et dans les faits. Des gens accourent de partout vers notre pays pour, comme le dit une statue dans le port de New York, pouvoir respirer librement et, assez rapidement, deviennent am&#233;ricains. Aucune autre nation dans l'Histoire n'a aussi explicitement forg&#233; son identit&#233; - sa Constitution, ses textes fondateurs et m&#234;me sa propre perception de soi - sur la base des valeurs humaines universelles. Pour nous, ce fait prime tout dans ce pays. &lt;br /&gt;
Certains soutiennent que ces valeurs ne sont pas du tout universelles, mais sp&#233;cifiquement occidentales et notamment chr&#233;tiennes. Consid&#233;rer ces valeurs comme universelles serait, d'apr&#232;s eux, nier le caract&#232;re distinctif des autres cultures. [&lt;i&gt;Pour les uns, c'est une fa&#231;on de condamner ces &#034;autres&#034; cultures, pr&#233;sum&#233;es trop attard&#233;es ou trop aveugl&#233;es par de fausses croyances pour comprendre ce que nous appelons dans cette lettre valeurs humaines universelles ; pour d'autres, c'est une fa&#231;on de reprendre &#224; leur compte (g&#233;n&#233;ralement l'une de) ces cultures pr&#233;sum&#233;es indiff&#233;rentes &#224; ces valeurs. Nous d&#233;sapprouvons ces deux visions.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
Nous ne sommes pas d'accord. Nous reconnaissons que notre civilisation y est pour beaucoup mais nous croyons que tous les hommes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#233;gaux. Nous croyons que la libert&#233; humaine est universellement possible et d&#233;sirable. Nous croyons que certaines v&#233;rit&#233;s morales fondamentales sont reconnues partout dans le monde. Nous approuvons l'assembl&#233;e internationale d'&#233;minents philosophes qui, &#224; la fin des ann&#233;es 1940, ont particip&#233; &#224; la r&#233;daction de la D&#233;claration universelle des droits de l'homme de l'ONU et ont conclu que certaines id&#233;es morales sont tellement r&#233;pandues qu'elles &lt;i&gt;&#034;peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme inh&#233;rentes &#224; la nature de l'homme en tant que membre d'une soci&#233;t&#233;&#034;.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Avec optimisme, mais rigueur, nous faisons n&#244;tres les propos du Dr Martin Luther King lorsqu'il dit que, si l'arc de l'univers moral est vaste, il s'incurve vers la justice, non seulement pour quelques privil&#233;gi&#233;s mais pour tous. &lt;br /&gt;
Une fois encore, en nous penchant sur notre propre soci&#233;t&#233;, force est de constater que de trop nombreuses failles s&#233;parent nos id&#233;aux de notre conduite. Mais, Am&#233;ricains en temps de guerre et de crise mondiale, nous tenons &#224; rappeler que le meilleur de ce que nous appelons trop facilement les &#034;valeurs am&#233;ricaines&#034; n'est pas l'apanage de la seule Am&#233;rique : c'est l'h&#233;ritage commun de l'humanit&#233; et donc un fondement possible de l'espoir en une communaut&#233; mondiale bas&#233;e sur la paix et la justice. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de Dieu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 11 septembre, des millions d'Am&#233;ricains se demandent, mutuellement et &#224; eux-m&#234;mes : &#034;Et Dieu dans tout &#231;a ?&#034; Des crises de cette amplitude nous contraignent &#224; revenir sur les premiers principes. Devant l'horreur de ce qui s'est produit, et face au danger de ce qui risque de se produire encore, nombre d'entre nous posent la question : la foi religieuse fait-elle partie de la solution ou du probl&#232;me ? Les signataires de cette lettre sont issus de diverses traditions religieuses et morales, parfois la&#239;ques. Nous sommes unanimement convaincus que l'invocation de Dieu pour tuer ou estropier des &#234;tres humains est immorale et contraire &#224; la foi en Dieu. Nombre d'entre nous croient que nous sommes soumis au jugement de Dieu. Aucun de nous ne croit que Dieu nous ait jamais command&#233; de nous entre-tuer. En v&#233;rit&#233;, une telle attitude, qu'on l'appelle &#034;guerre sainte&#034; ou &#034;croisade&#034;, est non seulement une violation des principes fondamentaux de la justice mais la n&#233;gation m&#234;me de la foi religieuse, puisqu'elle transforme Dieu en une idole au service de desseins humains. &lt;br /&gt;
Notre propre nation fut jadis engag&#233;e dans une grande guerre de S&#233;cession, o&#249; chaque camp pensait que Dieu s'opposait au camp adverse. Dans son second discours inaugural de 1865, le 10e pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, Abraham Lincoln, a tranch&#233; la question : &#034;&lt;i&gt; Les voies du Seigneur sont imp&#233;n&#233;trables.&#034;&lt;/i&gt; Ceux qui nous ont attaqu&#233;s le 11 septembre ont clam&#233; ouvertement qu'ils menaient une guerre sainte. Et beaucoup, parmi ceux qui les soutiennent ou sympathisent avec eux, invoquent de m&#234;me le nom de Dieu et semblent reprendre &#224; leur compte l'argument de la guerre sainte. Pour comprendre &#224; quel point cette fa&#231;on de penser est d&#233;sastreuse, il nous suffit, &#224; nous Am&#233;ricains, de nous rappeler notre propre histoire et celle de l'Occident. Les guerres de religion et le sectarisme chr&#233;tien ont d&#233;chir&#233; l'Europe pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle. Aux &#201;tats-Unis aussi, on a vu des tueries perp&#233;tr&#233;es au moins en partie au nom d'une foi religieuse. &#192; l'&#233;gard de ce fl&#233;au, aucune civilisation, aucune tradition religieuse n'est sans tache. &lt;br /&gt;
La personne humaine est fondamentalement port&#233;e vers la recherche du savoir. Evaluer, choisir, d&#233;terminer des raisons de ch&#233;rir ce que nous ch&#233;rissons, tel est le propre de l'homme. Pourquoi sommes-nous n&#233;s ? Qu'adviendra-t-il de nous apr&#232;s notre mort ? Voil&#224; autant de questions, pos&#233;es par ce besoin intrins&#232;que de savoir, qui nous am&#232;nent &#224; nous interroger sur les fins derni&#232;res, notamment sur le probl&#232;me de Dieu. Certains des signataires de cette lettre pensent que l'homme est par nature &#034;religieux&#034;, au sens o&#249; chacun, m&#234;me celui qui ne croit pas en Dieu ou n'adh&#232;re &#224; aucune religion r&#233;v&#233;l&#233;e, fait des choix essentiels et r&#233;fl&#233;chit sur les valeurs ultimes. Tous les signataires de cette lettre reconnaissent que la foi et les institutions religieuses sont, ici et l&#224; dans le monde, des bases importantes de la soci&#233;t&#233; civile, qui ont souvent produit des r&#233;sultats b&#233;n&#233;fiques et apaisants mais ont parfois aussi &#233;t&#233; des facteurs de division et de violence. Quelles r&#233;ponses les dirigeants et la soci&#233;t&#233; civile peuvent-ils apporter &#224; ces probl&#232;mes humains et sociaux fondamentaux ? Premi&#232;re possibilit&#233; : mettre hors la loi et r&#233;primer la religion. Deuxi&#232;me possibilit&#233; : adopter une id&#233;ologie la&#239;que, c'est-&#224;-dire un scepticisme affich&#233; ou une r&#233;elle hostilit&#233; envers la religion pr&#233;supposant que la religion, notamment l'expression publique de la conviction religieuse, est par elle-m&#234;me source de probl&#232;mes. Troisi&#232;me possibilit&#233; : la th&#233;ocratie, c'est-&#224;-dire l'instauration d'une religion unique, pr&#233;tendue seule vraie religion, impos&#233;e &#224; l'ensemble du corps social et donc enti&#232;rement financ&#233;e et r&#233;glement&#233;e par l'&#201;tat. Nous nous pronon&#231;ons contre chacune de ces trois r&#233;ponses. La r&#233;pression l&#233;gale porte radicalement atteinte aux libert&#233;s publiques, elle est incompatible avec une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Bien que l'id&#233;ologie la&#239;que semble de plus en plus, dans notre soci&#233;t&#233;, emporter l'adh&#233;sion des jeunes g&#233;n&#233;rations, nous la d&#233;sapprouvons parce qu'elle vient &#224; l'encontre de la l&#233;gitimit&#233; d'une partie importante de la soci&#233;t&#233; civile et tend &#224; nier l'existence de ce que l'on peut consid&#233;rer avec quelque raison comme une dimension importante de la personne humaine. [&lt;i&gt;&#192; ce sujet, les avocats de la la&#239;cit&#233; surestiment sans doute la capacit&#233; des soci&#233;t&#233;s humaines &#224; se passer de &#034;religion&#034;, m&#234;me en th&#233;orie. En outre, ils mesurent mal, m&#234;me en acceptant leurs propres pr&#233;misses, les cons&#233;quences sociales de la suppression de la religion traditionnelle. Car, si nous consid&#233;rons la religion comme une valeur ultime, le vingti&#232;me si&#232;cle a offert au monde deux exemples terrifiants - le nazisme en Allemagne, le communisme en Union sovi&#233;tique - de religions la&#239;ques, qu'on peut appeler religions de substitution, toutes deux destin&#233;es &#224; &#233;radiquer la foi religieuse traditionnelle (en fait, une foi concurrente) et toutes deux parfaitement indiff&#233;rentes &#224; la dignit&#233; humaine et aux droits de l'homme fondamentaux.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
Enfin, m&#234;me si la th&#233;ocratie a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; en usage dans l'histoire de l'Occident (hors &#201;tats-Unis), nous la d&#233;sapprouvons aussi pour des raisons &#224; la fois sociales et th&#233;ologiques. Socialement, la religion d'&#201;tat s'oppose &#224; la libert&#233; de culte, un droit de l'homme fondamental. En outre, un contr&#244;le &#233;tatique de la religion risque d'exacerber les conflits religieux et, plus grave encore peut-&#234;tre, de menacer la vitalit&#233; et l'authenticit&#233; des institutions religieuses. Th&#233;ologiquement, m&#234;me pour les fid&#232;les fermement convaincus de la v&#233;rit&#233; de leur foi, la coercition en mati&#232;re religieuse est en d&#233;finitive une violation de la religion elle-m&#234;me, puisqu'elle prive les autres du droit de r&#233;pondre librement et dignement &#224; l'invitation du Cr&#233;ateur. &lt;br /&gt;
La soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, dans ce qu'elle a de meilleur, s'emploie &#224; faire en sorte que foi et libert&#233; aillent de pair, chacune rehaussant l'autre. Nous avons un r&#233;gime la&#239;que - nos dirigeants politiques ne sont pas des dirigeants religieux - mais notre soci&#233;t&#233; est de loin la plus religieuse du monde occidental. Notre nation respecte profond&#233;ment la libert&#233; et la diversit&#233; religieuses, y compris les droits des non-croyants, mais proclame dans ses tribunaux et inscrit sur chacune de ses pi&#232;ces de monnaie la devise : &lt;i&gt;&#034;In God We Trust.&#034;&lt;/i&gt; Politiquement, notre s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat vise &#224; maintenir la politique dans sa sph&#232;re propre, en limitant le pouvoir d'intervention de l'&#201;tat dans les affaires religieuses et en obligeant ainsi le gouvernement &#224; asseoir sa l&#233;gitimit&#233; et ses actes sur des bases morales qu'il n'a pas invent&#233;es lui-m&#234;me. Spirituellement, notre s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat permet &#224; la religion d'&#234;tre religion, en la d&#233;tachant du pouvoir coercitif du gouvernement. En bref, nous nous effor&#231;ons de s&#233;parer l'&#201;glise et l'&#201;tat pour la protection et la vitalit&#233; de l'une et de l'autre. &lt;br /&gt;
Les croyants am&#233;ricains ont souvent &#233;prouv&#233; quelque difficult&#233; &#224; concilier v&#233;rit&#233; religieuse et libert&#233; religieuse. La question n'est toujours pas r&#233;gl&#233;e, d'ailleurs. Notre fonctionnement social et constitutionnel requiert, presque par d&#233;finition, de constants d&#233;bats, ajustements, d&#233;lib&#233;rations et compromis. C'est le fait, voire la cause, d'un certain temp&#233;rament national voulant que les croyants les plus convaincus de la v&#233;rit&#233; de leur foi respectent, non par compromis mais au nom m&#234;me de cette foi, ceux qui choisissent une voie diff&#233;rente. &lt;br /&gt;
Comment diminuer, au XXIe si&#232;cle, la m&#233;fiance, la haine et la violence induites par la religion ? Les r&#233;ponses &#224; cette question sont nombreuses, bien s&#251;r, mais en voici toujours une : en approfondissant et en renouvelant notre conception de la religion par la reconnaissance de la libert&#233; religieuse comme droit fondamental pour tous les peuples de toutes les nations. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une guerre juste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous reconnaissons que toute guerre est terrible et n'est, au fond, que l'expression d'un &#233;chec diplomatique. Nous savons aussi que la fronti&#232;re entre le bien et le mal n'est pas une fronti&#232;re entre deux nations, encore moins entre deux religions ; c'est une ligne de d&#233;marcation trac&#233;e dans le c&#339;ur de chaque &#234;tre humain. En fin de compte, ceux d'entre nous - juifs, chr&#233;tiens, musulmans et autres - qui sont des gens de foi savent tr&#232;s bien que leur devoir, inscrit dans leurs saintes &#233;critures respectives, leur commande d'&#234;tre mis&#233;ricordieux et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour emp&#234;cher la guerre et vivre en paix. &lt;br /&gt;
Cependant, la raison et une r&#233;flexion morale attentive nous enseignent que, face au mal, la meilleure riposte consiste &#224; y mettre fin. Il arrive que la guerre soit non seulement moralement permise mais moralement n&#233;cessaire, pour r&#233;pondre &#224; d'ignominieuses d&#233;monstrations de violence, de haine et d'injustice. C'est le cas aujourd'hui. &lt;br /&gt;
L'id&#233;e de &#034;guerre juste&#034; s'enracine dans maintes traditions morales la&#239;ques et religieuses du monde. Les enseignements juifs, chr&#233;tiens et musulmans, par exemple, contiennent tous des r&#233;flexions sur la guerre juste. Bien s&#251;r, certains estiment, au nom du r&#233;alisme, que la guerre est essentiellement un conflit d'int&#233;r&#234;ts et r&#233;futent la pertinence de toute analyse morale. Ce n'est pas notre avis. [&lt;i&gt;Les approches intellectuelle et morale de la guerre comme ph&#233;nom&#232;ne humain peuvent se diviser en quatre &#233;coles de pens&#233;e. La premi&#232;re peut &#234;tre appel&#233;e le r&#233;alisme : la croyance que la guerre est fondamentalement une question de pouvoir, d'int&#233;r&#234;t, de n&#233;cessit&#233;, de survie, qui &#233;carte donc l'analyse morale abstraite. La deuxi&#232;me peut &#234;tre appel&#233;e guerre sainte : la croyance que Dieu autorise la coercition et le meurtre des incroyants ou que l'&#233;mergence d'une id&#233;ologie la&#239;que particuli&#232;re autorise la coercition et leur meurtre des incroyants. La troisi&#232;me peut &#234;tre appel&#233;e pacifisme : la croyance que toute guerre est intrins&#232;quement immorale. Et la quatri&#232;me est typiquement appel&#233;e guerre juste, la croyance que la raison morale universelle, &#233;galement nomm&#233;e loi morale naturelle, peut et doit s'appliquer &#224; la guerre. Les signataires de cette lettre s'opposent largement &#224; la premi&#232;re &#233;cole de pens&#233;e. Nous rejetons la deuxi&#232;me sans &#233;quivoque, quelle que soit la forme qu'elle prenne, qu'elle &#233;mane de notre soci&#233;t&#233; (notre &#034;camp&#034;) et se propose de la d&#233;fendre ou du camp qui veut notre perte. Certains des signataires de cette lettre sont s&#233;duits par la troisi&#232;me &#233;cole de pens&#233;e (particuli&#232;rement l'id&#233;e que la non-violence ne signifie pas la capitulation, la passivit&#233; ou le refus de d&#233;fendre la justice, bien au contraire), m&#234;me si nous nous en d&#233;marquons respectueusement, non sans crainte et tremblement. Notre groupe dans son ensemble est plut&#244;t enclin &#224; se ranger du c&#244;t&#233; de la quatri&#232;me &#233;cole de pens&#233;e.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
La d&#233;consid&#233;ration de la morale face &#224; la guerre est en soi une position morale : celui qui rejette la raison accepte la d&#233;r&#233;gulation des relations internationales et capitule devant le cynisme. Faire entrer la guerre dans le cadre d'un raisonnement moral objectif, c'est tenter de fonder la soci&#233;t&#233; civile et la communaut&#233; internationale sur la justice. Les principes de la guerre juste nous enseignent que les guerres d'agression et de conqu&#234;te ne sont jamais acceptables. On n'a pas le droit de faire la guerre pour la gloire de son pays, pour venger des torts pass&#233;s, pour conqu&#233;rir des territoires ou pour quelque autre motif non d&#233;fensif. La premi&#232;re justification morale de la guerre est la protection de l'innocent contre le mal. Saint Augustin, dont l'ouvrage &lt;i&gt;La Cit&#233; de Dieu&lt;/i&gt; est une contribution essentielle &#224; la r&#233;flexion sur la guerre juste, soutient (faisant &#233;cho &#224; Socrate) que, pour le chr&#233;tien, il vaut mieux endurer le mal que le commettre. Mais le renoncement &#224; l'autod&#233;fense, qui est un engagement personnel, peut-il &#234;tre moralement impos&#233; &#224; autrui ? Pour saint Augustin, et pour la plupart des autres tenants de la guerre juste, la r&#233;ponse est non. Si l'on a la preuve incontestable qu'un recours &#224; la force peut emp&#234;cher le massacre d'innocents incapables de se d&#233;fendre par eux-m&#234;mes, alors le principe moral de l'amour du prochain nous ordonne de recourir &#224; la force. &lt;br /&gt;
On ne peut pas l&#233;gitimement faire la guerre lorsque le danger est minime, douteux, de cons&#233;quence incertaine ou peut &#234;tre vaincu par la n&#233;gociation, l'appel &#224; la raison, la m&#233;diation d'une tierce partie ou autres moyens non violents. [&lt;i&gt;Certains estiment que l'argument du &#034;dernier ressort&#034; dans la th&#233;orie de la guerre juste - en substance, l'id&#233;e que toute alternative raisonnable et plausible doit &#234;tre explor&#233;e avant de recourir &#224; la force - suppose que le recours aux armes doit &#234;tre approuv&#233; par une instance internationale reconnue, telle que l'ONU. Cette proposition est probl&#233;matique. D'abord, c'est une nouveaut&#233; : historiquement, l'approbation internationale n'a jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e par les th&#233;oriciens de la guerre juste comme une juste exigence. Ensuite, rien ne prouve qu'une instance internationale comme l'ONU soit la mieux inspir&#233;e pour d&#233;cider quand, et dans quelles conditions, un recours aux armes est justifi&#233;, sans oublier que l'effort engag&#233; pour faire appliquer ses d&#233;cisions compromettrait in&#233;vitablement sa mission premi&#232;re qui est humanitaire. Selon un observateur, ancien assistant du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU, faire de l'ONU &#034;la p&#226;le imitation d'un &#201;tat&#034; afin de &#034;r&#233;glementer l'usage de la force&#034; internationalement &#034;serait un projet&lt;/i&gt; &lt;i&gt;suicidaire&#034;.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
Mais si la menace contre des innocents est r&#233;elle et certaine, surtout si l'agresseur est motiv&#233; par une hostilit&#233; implacable - si son but n'est pas de vous amener &#224; n&#233;gocier ou m&#234;me &#224; vous soumettre, mais de vous d&#233;truire - alors un usage proportionn&#233; de la force est justifi&#233;. &lt;br /&gt;
Une guerre juste ne peut &#234;tre men&#233;e que par une autorit&#233; l&#233;gitime responsable de l'ordre public. La violence gratuite, opportuniste ou individualiste n'est jamais moralement acceptable. [&lt;i&gt;Dans la th&#233;orie de la guerre juste, l'exigence d'une autorit&#233; l&#233;gitime a pour but principal d'emp&#234;cher l'anarchie d'une guerre priv&#233;e men&#233;e par des seigneurs de la guerre - une anarchie qu'on rencontre de nos jours dans certaines parties du monde et dont les agresseurs du 11 septembre sont des incarnations repr&#233;sentatives. L'exigence d'une autorit&#233; l&#233;gitime ne peut pas, par ailleurs, et pour diverses raisons, s'appliquer en tant que telle aux guerres d'ind&#233;pendance nationale ou de succession. D'abord, ces types de conflit ne sont pas internationaux. Ensuite, dans ces conflits, c'est pr&#233;cis&#233;ment la l&#233;gitimit&#233; publique qui est contest&#233;e. Par exemple, dans la guerre d'ind&#233;pendance cons&#233;cutive &#224; la fondation des &#201;tats-Unis, les analystes de la guerre juste font souvent remarquer que les colonies rebelles constituaient en elles-m&#234;mes une autorit&#233; publique l&#233;gitime, que ces colonies avaient raisonnablement conclu que le gouvernement britannique &#233;tait, dans le texte de notre D&#233;claration d'ind&#233;pendance, devenu &#034;un obstacle &#224; ces fins&#034; et avait donc cess&#233; d'&#234;tre une autorit&#233; publique comp&#233;tente. D'ailleurs, m&#234;me dans le cas o&#249; les bellig&#233;rants ne constituent pas au sens propre une autorit&#233; publique reconnue - par exemple le soul&#232;vement du ghetto de Varsovie en 1943 contre l'occupation nazie - l'exigence de l'autorit&#233; l&#233;gitime dans la th&#233;orie de la guerre juste n'invalide pas moralement le recours aux armes par ceux qui r&#233;sistent &#224; l'oppression en cherchant &#224; renverser l'autorit&#233; l&#233;gitime.&lt;/i&gt;] Une guerre juste ne peut &#234;tre men&#233;e que contre des combattants. Les tenants de la guerre juste, tout au long de l'histoire et partout dans le monde - qu'ils soient musulmans, juifs, chr&#233;tiens, issus d'autres religions ou la&#239;ques - ont toujours pr&#244;n&#233; l'immunit&#233; des non-combattants. En d'autres termes, tuer des civils par esprit de vengeance, ou m&#234;me pour dissuader d'&#233;ventuels agresseurs partisans de leur cause, est une faute morale. Bien que, dans certaines circonstances et dans un cadre donn&#233;, on puisse justifier moralement des actions militaires risquant d'entra&#238;ner la mort non intentionnelle mais pr&#233;visible de non-combattants, il n'est pas moralement acceptable de prendre la mort de non-combattants pour objectif op&#233;rationnel d'une action militaire. &lt;br /&gt;
Ces principes et d'autres nous enseignent que, chaque fois que des &#234;tres humains envisagent ou livrent une guerre, il est &#224; la fois possible et n&#233;cessaire d'affirmer le caract&#232;re sacr&#233; de la vie humaine et d'adh&#233;rer au principe de l'&#233;gale dignit&#233; de tous les hommes. &lt;br /&gt;
Ces principes s'efforcent de pr&#233;server et de refl&#233;ter, m&#234;me dans la trag&#233;die de la guerre, la v&#233;rit&#233; morale fondamentale selon laquelle les &#034;autres&#034; - ceux qui nous sont &#233;trangers, qui diff&#232;rent de nous par la race ou la langue, dont la religion peut nous para&#238;tre erron&#233;e - ont autant que nous le droit de vivre, ont la m&#234;me dignit&#233; humaine et les m&#234;mes droits en g&#233;n&#233;ral. &lt;br /&gt;
Le 11 septembre 2001, un groupe d'individus a d&#233;lib&#233;r&#233;ment attaqu&#233; les &#201;tats-Unis en utilisant des avions d&#233;tourn&#233;s comme armes pour tuer en moins de 2 heures plus de 3 000 de nos citoyens &#224; New York, en Pennsylvanie et &#224; Washington. Ceux qui moururent ce jour-l&#224; &#233;taient des civils, pas des combattants, et parfaitement inconnus, sauf en tant qu'Am&#233;ricains, de ceux qui les ont tu&#233;s. Ceux qui moururent en ce matin du 11 septembre furent tu&#233;s l&#226;chement, au hasard et avec pr&#233;m&#233;ditation - c'est-&#224;-dire, en termes juridiques, assassin&#233;s. Parmi ces morts, il y avait des gens de toutes races, de diverses ethnies, de presque toutes les religions. Il y avait aussi bien des balayeurs que des chefs d'entreprise. &lt;br /&gt;
Les individus qui commirent ses actes n'ont pas agi seuls, ni sans appui, ni pour des raisons inconnues. Ils &#233;taient membres d'un r&#233;seau islamiste international s&#233;vissant dans une quarantaine de pays, actuellement connu sous le nom d'Al-Qaida. Ce groupe lui-m&#234;me n'est qu'un bras d'un vaste mouvement islamiste radical qui s'accro&#238;t depuis des d&#233;cennies sous l'&#339;il bienveillant, parfois m&#234;me avec le soutien de certains gouvernements, et proclame ouvertement, en montrant qu'il en a les moyens, sa volont&#233; de recourir &#224; l'assassinat pour atteindre ses objectifs. Nous employons les termes &#034;islam&#034; et &#034;islamique&#034; quand nous voulons nous r&#233;f&#233;rer &#224; l'une des plus grandes religions du monde, forte d'un milliard deux cents millions d'adeptes environ, parmi lesquels plusieurs millions de citoyens am&#233;ricains, dont certains ont &#233;t&#233; assassin&#233;s le 11 septembre. Il va sans dire - mais disons-le quand m&#234;me, une fois pour toutes - que la grande majorit&#233; des musulmans du monde, guid&#233;s dans une large mesure par les enseignements du Coran, sont honn&#234;tes, loyaux et pacifiques. Nous employons les termes &#034;islamisme&#034; et &#034;islamiste radical&#034; pour d&#233;signer le mouvement politico-religieux violent, extr&#233;miste et radicalement intol&#233;rant qui menace aujourd'hui le monde,y comprislemondemusulman. &lt;br /&gt;
Ce mouvement violent radical s'oppose non seulement &#224; une certaine politique am&#233;ricaine et occidentale - plusieurs signataires de cette lettre s'y opposent aussi en partie - mais encore au principe fondateur du monde moderne, la tol&#233;rance religieuse, ainsi qu'aux droits de l'homme fondamentaux, en particulier la libert&#233; d'opinion et de culte, inscrits dans la D&#233;claration universelle des droits de l'homme de l'ONU et qui doivent &#234;tre la base de toute civilisation orient&#233;e vers l'&#233;panouissement de l'homme, la justice et la paix. &lt;br /&gt;
Ce mouvement extr&#233;miste pr&#233;tend parler au nom de l'islam, mais trahit les principes islamiques fondamentaux. L'islam est contre les atrocit&#233;s morales. Ainsi, r&#233;fl&#233;chissant sur les enseignements du Coran et l'exemple du Proph&#232;te, les penseurs musulmans ont profess&#233; au fil des si&#232;cles que la lutte sur le sentier de Dieu (c'est-&#224;-dire le djihad) interdit de tuer d&#233;lib&#233;r&#233;ment des non-combattants et stipule qu'une action militaire ne peut &#234;tre entreprise que sur l'ordre d'une autorit&#233; publique l&#233;gitime. &lt;br /&gt;
Ils nous rappellent avec force que l'islam, non moins que le christianisme, le juda&#239;sme et d'autres religions, est menac&#233; et risque d'&#234;tre d&#233;grad&#233; par ces profanateurs qui invoquent le nom de Dieu pour tuer sans discrimination. Derri&#232;re les mouvements qui endossent le manteau de la religion, il y a aussi, nous en avons conscience, une dimension politique, sociale et d&#233;mographique complexe qu'il faut prendre en consid&#233;ration. En m&#234;me temps, il faut tenir compte de la philosophie, et la philosophie qui anime ce mouvement radical islamiste, dans son m&#233;pris de la vie humaine, en concevant le monde comme une lutte &#224; mort entre croyants et incroyants (qu'ils soient musulmans non radicaux, juifs, chr&#233;tiens, hindous ou autres), nie clairement l'&#233;gale dignit&#233; de toutes les personnes et, ce faisant, trahit la religion et rejette le fondement m&#234;me de la vie civilis&#233;e et la possibilit&#233; de la paix entre les nations. &lt;br /&gt;
Il y a plus grave. Les assassinats massifs du 11 septembre ont d&#233;montr&#233;, peut-&#234;tre pour la premi&#232;re fois, que ce mouvement a d&#233;sormais non seulement le d&#233;sir clairement affich&#233; mais la capacit&#233; technique - avec un acc&#232;s possible, et la volont&#233; d'en faire usage, aux armes chimiques, biologiques et nucl&#233;aires - de ravager massivement et atrocement ses cibles d&#233;sign&#233;es. &lt;br /&gt;
Ceux qui ont massacr&#233; plus de 3 000 personnes le 11 septembre et qui, de leur propre aveu, ne souhaitent rien plus que de recommencer, constituent un danger clair et r&#233;el pour tous les hommes de bonne volont&#233; partout dans le monde, et pas seulement aux &#201;tats-Unis. De tels actes sont un pur exemple d'agression caract&#233;ris&#233;e contre des vies humaines innocentes, un fl&#233;au mondial que seul un recours &#224; la force peut &#233;radiquer. &lt;br /&gt;
Des tueurs organis&#233;s, infiltr&#233;s dans le monde entier, nous menacent tous aujourd'hui. Au nom de la morale universelle, et pleinement conscients des restrictions et exigences de la guerre juste, nous soutenons la d&#233;cision de notre gouvernement et de notre soci&#233;t&#233; d'utiliser contre eux la force arm&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons &#224; faire tout notre possible pour &#233;carter les malencontreuses tentations - arrogance et chauvinisme notamment - auxquelles les nations en guerre semblent si souvent c&#233;der. En m&#234;me temps, nous affirmons solennellement d'une seule voix qu'il est crucial pour notre nation de gagner cette guerre. Nous combattons pour nous d&#233;fendre, mais nous croyons aussi nous battre pour d&#233;fendre les principes des droits de l'homme et de la dignit&#233; humaine qui sont le plus bel espoir de l'humanit&#233;. Un jour, cette guerre finira. Quand nous en serons l&#224; - et, &#224; certains &#233;gards, m&#234;me avant - un grand effort de r&#233;conciliation nous incombera. Nous esp&#233;rons que cette guerre, en mettant fin &#224; un fl&#233;au mondial, pourra accro&#238;tre les possibilit&#233;s de fonder la communaut&#233; mondiale sur la justice. Mais nous savons que seuls les pacifistes, ici comme ailleurs, pourront faire en sorte que cette guerre n'aura pas &#233;t&#233; vaine. Nous voulons nous adresser particuli&#232;rement &#224; nos fr&#232;res et s&#339;urs des soci&#233;t&#233;s musulmanes. Nous vous disons sans ambages : nous ne sommes pas vos ennemis, mais vos amis. Nous ne devons pas &#234;tre ennemis. Nous avons trop de points communs. Nous avons tant &#224; faire ensemble. Votre dignit&#233; humaine, non moins que la n&#244;tre - votre droit &#224; une belle vie, non moins que le n&#244;tre -, voil&#224; ce pour quoi nous croyons combattre. Nous savons que certains d'entre vous se m&#233;fient &#233;norm&#233;ment de nous, et nous savons que nous sommes, nous les Am&#233;ricains, en partie responsables de cette m&#233;fiance. Mais nous ne devons pas &#234;tre ennemis. Nous esp&#233;rons pouvoir &#339;uvrer avec vous et tous les hommes de bonne volont&#233; &#224; la construction d'une paix juste et durable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;LE MONDE du 14 f&#233;vrier 2002&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Jean-Fran&#231;ois Kleiner &lt;br /&gt;
&#169; F&#233;vrier 2002, Institute for American Values &lt;br /&gt;
Les passages entre crochets en italique sont des notes des auteurs de la &#034;Lettre&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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