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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>La p&#233;nalit&#233; est-elle bas&#233;e sur l'utilit&#233; ou sur l'opinion ?</title>
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		<dc:creator>Tarde, Gabriel</dc:creator>



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&lt;p&gt;Essayons cependant nous-m&#234;mes d'envisager notre sujet face &#224; face, &#224; l'&#339;il nu, pour ainsi dire, sans l'interposition des verres de l'histoire. La peine doit &#234;tre adapt&#233;e &#224; son but, soit ; mais quel est son but ? La diminution des d&#233;lits, nous dit-on, parce que tel est l'int&#233;r&#234;t de tous. - Si simple pourtant et si claire que soit &#224; premi&#232;re vue l'id&#233;e de faire reposer sur l'utilit&#233; g&#233;n&#233;rale la p&#233;nalit&#233;, elle pr&#233;sente, nous l'avons d&#233;j&#224; vu, des difficult&#233;s et des obscurit&#233;s &#224; la r&#233;flexion. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Tarde-" rel="directory"&gt;Tarde&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Essayons cependant nous-m&#234;mes d'envisager notre sujet face &#224; face, &#224; l'&#339;il nu, pour ainsi dire, sans l'interposition des verres de l'histoire. La peine doit &#234;tre adapt&#233;e &#224; son but, soit ; mais quel est son but ? La diminution des d&#233;lits, nous dit-on, parce que tel est l'int&#233;r&#234;t de tous. - Si simple pourtant et si claire que soit &#224; premi&#232;re vue l'id&#233;e de faire reposer sur l'utilit&#233; g&#233;n&#233;rale la p&#233;nalit&#233;, elle pr&#233;sente, nous l'avons d&#233;j&#224; vu, des difficult&#233;s et des obscurit&#233;s &#224; la r&#233;flexion. Pourquoi, en effet, la l&#233;gitimit&#233; de la peine s'appuierait-elle sur l'utilit&#233; plut&#244;t que sur la volont&#233; g&#233;n&#233;rale ? J'en dirai autant de la l&#233;gitimit&#233; des gouvernements, qui ont tour &#224; tour ou simultan&#233;ment ces deux sortes d'appui. Quel est le pouvoir le plus l&#233;gitime, celui qui gouverne avec l'opinion, ou celui qui, mieux qu'elle et malgr&#233; elle, poursuit l'int&#233;r&#234;t public ? Ce serait le second, s'il pouvait longtemps se soutenir sans ramener l'opinion &#224; lui. Mais en somme, la volont&#233; nationale, spontan&#233;e ou sugg&#233;r&#233;e, est le seul fondement durable des gouvernements ; n'en est-il pas de m&#234;me des l&#233;gislations civiles ou p&#233;nales ? La pr&#233;tention, l'intention m&#234;me, tr&#232;s sinc&#232;re d'ailleurs et parfois tr&#232;s fond&#233;e, d'&#234;tre utile au peuple, en d&#233;pit de la volont&#233; du peuple, cela s'appelle en politique absolutisme ; en droit p&#233;nal cela s'appelle utilitarisme. Or, l'un vaut l'autre en solidit&#233; et en dur&#233;e. En fait, ce but donn&#233; &#224; la peine : la diminution des d&#233;lits, implique la conformit&#233; de la peine &#224; l'opinion plus qu'&#224; l'int&#233;r&#234;t de la majorit&#233;. Car n'est-ce pas l'opinion, exprim&#233;e par le l&#233;gislateur, qui a imprim&#233; &#224; telles actions plut&#244;t qu'&#224; telles autres un caract&#232;re d&#233;lictueux et mesur&#233; leur degr&#233; de d&#233;lictuosit&#233; relative ? M. Garofalo pourra m'objecter sa th&#233;orie du d&#233;lit naturel ; mais le d&#233;lit naturel n'est sanctionn&#233; par les diverses l&#233;gislations que dans la mesure de leurs convenances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le l&#233;gislateur a essay&#233;, soit dans l'incrimination de certains faits, soit dans la sanction p&#233;nale de certaines prohibitions, de lutter contre l'opinion, il est rare qu'il n'ait pas &#233;t&#233; vaincu par elle, ou s'il a triomph&#233; d'elle, qu'il n'ait pas eu &#224; s'en repentir. Parfois il &#233;rige en d&#233;lit une action, parce qu'elle est l'effet d'un vice national qu'il juge &#224; propos de r&#233;primer. La l&#233;gislation somptuaire, comme le remarque Roscher, frappait de pr&#233;f&#233;rence, &#224; Rome, lu exc&#232;s de table ; en France, sous l'ancien r&#233;gime, le luxe si fran&#231;ais de la parure ; en Allemagne, l'a passion de l'ivrognerie, les tournois bachiques o&#249; l'on pariait &#224; qui boirait le plus. Ainsi un genre de prodigalit&#233; prenait un caract&#232;re d&#233;lictueux l&#224; o&#249;, &#224; raison de l'exemple ambiant, il &#233;tait le plus digne d'excuse. Anim&#233;e du m&#234;me esprit utilitaire, la l&#233;gislation ancienne sur le duel s&#233;vissait contre lui avec d'autant plus de rigueur que le courant des m&#339;urs &#224; d&#233;tourner &#233;tait plus fort. - Adam Smith trouvait injuste que, plus les droits de douane s'&#233;levaient, plus la p&#233;nalit&#233; dev&#238;nt rigoureuse pour les contrebandiers ; car de la sorte, disait-il, le gouvernement les punit plus durement apr&#232;s les avoir induits davantage en tentation. Il aurait pu ajouter que, plus la tentation est grande, plus le public est indulgent pour ceux qui y ont succomb&#233;. Au contraire, Bentham &#233;tait d'avis qu'il convenait de proportionner la gravit&#233; des peines contre la contrebande &#224; l'&#233;l&#233;vation des droits, afin que la crainte du ch&#226;timent f&#238;t toujours contrepoids au d&#233;sir du gain. Lequel avait raison, du jurisconsulte qui parlait en utilitaire, ou de l'&#233;conomiste qui parlait en moraliste, p&#233;n&#233;tr&#233; de l'id&#233;e de justice telle que l'opinion la con&#231;oit ? Pour l'un, l'&#233;l&#233;vation des droits est une circonstance att&#233;nuante ; pour l'autre, une circonstance aggravante. Ici, la contradiction est formelle entre la p&#233;nalit&#233; fond&#233;e sur l'utilit&#233; et la p&#233;nalit&#233; fond&#233;e sur l'opinion. Or, longtemps, il est vrai, c'est le sentiment de l'utilit&#233; qui para&#238;t l'avoir emport&#233; dans la plupart des l&#233;gislations, car les ch&#226;timents les plus atroces ont &#233;t&#233; dict&#233;s contre les contrebandiers. Mais, neuf fois sur dix, ces &#233;dits sont rest&#233;s lettre morte. Les condamnations qui ne d&#233;shonorent personne ont, en effet, pour commune destin&#233;e de tomber fatalement dans l'extravagance ;&lt;i&gt; n'&#233;tant pas d&#233;shonorante, la peine doit &#234;tre d'autant plus afflictive pour &#234;tre tant soi peu efficace. &lt;/i&gt;L'exc&#232;s devient bient&#244;t si criant qu'il n'y a plus moyen de le tol&#233;rer. - Est-ce &#224; dire que, dans les pays tels que la Corse et la Sicile o&#249; le meurtre et l'assassinat sont excus&#233;s par le public, je conseille au l&#233;gislateur et au justicier d'imiter la l&#226;che indulgence du jury ? Non ; mais, dans ce cas, c'est sur l'opinion g&#233;n&#233;rale, continentale, que doit s'appuyer la justice pour combattre l'opinion locale, insulaire, et &#224; la fin la ramener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assise sur l'opinion, la peine me para&#238;t tout autrement justifiable qu'assise sur l'utilit&#233;. &#192; l'int&#233;r&#234;t de la majorit&#233; s'opposera toujours l'int&#233;r&#234;t de la minorit&#233; rebelle : l'int&#233;r&#234;t du voleur de profession sera toujours de voler, malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t contraire de la population honn&#234;te. Les besoins et les d&#233;sirs ont beau se propager par imitation, ils ne laissent pas de se contredire, et leur unanimit&#233; m&#234;me ne ferait qu'accro&#238;tre leur hostilit&#233;. C'est au contact des gens tr&#232;s probes que maint escroc a contract&#233; la passion de s'enrichir, qui le pousse &#224; l'improbit&#233;. Or, de quel droit sacrifier les d&#233;sirs des uns &#224; ceux des autres, s'il n'y a &#224; se pr&#233;occuper que des d&#233;sirs humains., si l'utile est le seul bien, et voir dans le condamn&#233; autre chose qu'un vaincu ? Mais, en se propageant contagieusement, les id&#233;es s'accordent et se confirment, si bien que l'opinion de la majorit&#233; honn&#234;te finit par gagner celle-ci m&#234;me et par la contraindre, en son for int&#233;rieur, &#224; s'avouer coupable, nonobstant ses forfanteries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, c'est cette opinion qu'il s'agit de juger th&#233;oriquement, ne serait-ce que pour l'inviter &#224; se r&#233;former elle-m&#234;me s'il y a lieu. Je demande alors pourquoi l'on veut qu'elle soit exempte de toute indignation et de toute haine contre le malfaiteur et guid&#233;e par les plus froids calculs. Je demande si la vulgarisation de l'opinion positiviste et utilitaire &#224; cet &#233;gard serait le meilleur moyen d'atteindre le but utile et positif donn&#233; &#224; la Peine. Ne voir dans le criminel qu'un &#234;tre dangereux et non un coupable, un infirme ou un malade, et non un &lt;i&gt;p&#233;cheur, &lt;/i&gt;et dans le ch&#226;timent qu'un proc&#233;d&#233; d'&#233;limination ou de r&#233;paration, non une fl&#233;trissure, c'est vouloir que les criminalistes et, apr&#232;s eux, le public tout entier, portent sur le crime et la peine un jugement intellectuel, pur de toute &#233;motion et de tout bl&#226;me. Mais, pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;cole qui propose toutes ces r&#233;formes excelle &#224; mettre en lumi&#232;re cette v&#233;rit&#233;, que l'intelligence est inerte par elle-m&#234;me, et que le sentiment seul est la force motrice des &#226;mes et des soci&#233;t&#233;s. Quand on cessera de ha&#239;r et de fl&#233;trir le criminel, le crime pullulera. Au surplus, je le r&#233;p&#232;te, pour quelle raison s'efforcerait-on, cela f&#251;t-il possible, d'arracher &#224; la haine et &#224; l'indignation leur objet le plus naturel, le crime, au risque de faire d&#233;border davantage sur d'autres objets, et de d&#233;tourner dangereusement vers d'autres fins, dans nos luttes politiques ou religieuses, par exemple, ces sentiments &#233;ternels du c&#339;ur ? Je veux bien que le crime, &#233;tant soumis au d&#233;terminisme universel, soit un fait naturel comme un autre. Mais la col&#232;re qui nous saisit &#224; la vue de l'acte criminel et le d&#233;sir de vengeance qui nous anime aussit&#244;t contre son auteur sont des ph&#233;nom&#232;nes naturels aussi. Pourquoi les jugerait-on irrationnels ? Pourquoi les bl&#226;merait-on, quand on estime que le crime m&#234;me n'est pas bl&#226;mable ? F&#251;t-il prouv&#233; que ces sentiments impliquent une erreur, celle de croire &#224; la libert&#233; de l'agent criminel, et notre th&#233;orie de la responsabilit&#233; prouve le contraire ; est-ce qu'on supprime une sensation, une illusion d'optique ou d'acoustique, en prouvant qu'elle est d&#233;cevante ? Le daltonien le plus instruit voit le vert et le rouge de m&#234;me couleur, quoiqu'il sache que ces couleurs diff&#232;rent ; et, pareillement, le mari le plus d&#233;terministe accable de son m&#233;pris et de sa fureur sa femme infid&#232;le, quoiqu'il sache qu'elle n'a pas pu ne pas le tromper. Distinguons cependant : si la cause irr&#233;sistible de cette infid&#233;lit&#233; lui para&#238;t r&#233;sider dans la nature m&#234;me de sa femme, dans le temp&#233;rament et le caract&#232;re combin&#233;s de celle-ci, nul argument ne pourra mordre sur son indignation et sa soif de vengeance ; si, au contraire, on vient &#224; lui prouver que l'inconduite de sa femme proc&#232;de d'un acc&#232;s de folie momentan&#233;e, son m&#233;pris pourra se changer en piti&#233; ou en douleur. De m&#234;me, si l'on parvenait &#224; d&#233;montrer aux victimes de certains crimes et &#224; la foule spectatrice que les auteurs sont de pauvres malheureux atteints d'&#233;pilepsie larv&#233;e, de nutrition imparfaite du cerveau, il se peut qu'&#224; la longue la conscience publique cess&#226;t de r&#233;clamer le d&#233;shonneur de ces infortun&#233;s. Mais, en admettant que les sentiments r&#233;probateurs, &#233;purateurs, dont il s'agit, puissent &#234;tre att&#233;nu&#233;s et convertis en compassion charitable, est-il bon, encore une fois, d'amincir de la sorte la plus forte digue qui s'oppose au progr&#232;s du mal social ? Utilitairement, il faut r&#233;pondre non. Pourquoi, au contraire, r&#233;pondent-ils oui, si ce n'est parce qu'il y a un esth&#233;ticisme, un id&#233;alisme cach&#233;, au fond de l'utilitarisme ? L'id&#233;e d'une p&#233;nalit&#233; pure de toute vengeance et de toute haine est fort ancienne dans l'histoire du spiritualisme. D&#232;s le IIIe si&#232;cle, Gr&#233;goire de Naziance affirme que &#171; Dieu ne se venge pas en ch&#226;tiant les m&#233;chants, qu'il les appelle &#224; lui et les r&#233;veille du sommeil de la mort &#187;. &#192; Gr&#233;goire de Nysse aussi, la pens&#233;e de l'enfer &#233;ternel est intol&#233;rable. Il r&#234;ve d'amnistie finale et immense. &#171; &#192; la fin des temps, suivant lui, toutes les peines seront expi&#233;es, toutes les &#226;mes seront justifi&#233;es. Le diable lui-m&#234;me sera compris dans l'&#339;uvre du salut universel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Adolphe Franck, Essais de critique philosophique, 1885. Je laisse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La m&#234;me inspiration g&#233;n&#233;reuse s'est continu&#233;e de nos jours, nous l'avons vu, jusqu'&#224; MM. Fouill&#233;e et Guyau. Les utilitaires l'ont respir&#233;e avec l'air ambiant ; et c'est comme contraire &#224; cet id&#233;al, c'est comme entach&#233;e de laideur morale, qu'ils ha&#239;ssent la haine, m&#234;me utile. Ils ressemblent plus qu'ils ne pensent aux &#201;gyptiens qui abhorraient l'embaumeur, aux Fran&#231;ais qui ex&#233;craient le bourreau, tout en estimant que l'embaumeur et le bourreau &#233;taient les personnages les plus indispensables de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; je conclus, non que la doctrine utilitaire doit logiquement se purger au plus vite des &#233;l&#233;ments esth&#233;tiques et moraux qui s'y sont gliss&#233;s, car l'id&#233;e de l'utile ne se soutient pas toute seule et est suspendue &#224; l'id&#233;e du beau, du beau physique et du beau moral, - mais bien qu'il est illogique de proscrire en apparence les notions morales quand on s'en inspire en r&#233;alit&#233; et &#224; son insu et qu'on ne peut pas ne pas s'en inspirer. Chose &#233;trange, pendant que les novateurs positivistes en p&#233;nalit&#233; ne veulent plus, disent-ils, entendre parler de droit, de devoir, de culpabilit&#233;, de m&#233;rite et de d&#233;m&#233;rite, m&#234;me en remplissant ces vieux mots d'un nouveau contenu et en employant &#224; de nouvelles fonctions ces vieux organes suivant le proc&#233;d&#233; de la vie, les novateurs, non moins positivistes en &#233;conomie politique, les socialistes de la chaire, donnent &#224; leurs innovations pour caract&#232;re essentiel l'introduction des id&#233;es morales dans l'ordre des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques. Ces derniers ont sur les premiers l'avantage d'avoir conscience de leurs tendances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Adolphe Franck, &lt;i&gt;Essais de critique philosophique&lt;/i&gt;, 1885. Je laisse subsister cette citation de M. Franck, bien que, d'apr&#232;s &lt;i&gt;le Monde&lt;/i&gt; du 29 d&#233;cembre 1890, - dans un article tr&#232;s bienveillant du reste, - elle contienne &#171; une erreur tr&#232;s facile &#224; v&#233;rifier &#187;. Je le regrette. Je la maintiens ici, parce qu'elle exprime un sentiment qui a &#233;t&#233; partag&#233; par plus d'un mystique du moyen &#226;ge, par les disciples notamment de Joachim de Flore et de son &lt;i&gt;&#201;vangile &#233;ternel&lt;/i&gt;. V. M. Guerardt &#224; ce sujet dans son &lt;i&gt;Italie mystique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Tarde, &lt;strong&gt;La philosophie p&#233;nale&lt;/strong&gt;, chapitre 8 (&#034;La peine&#034;), III, I&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Le crime</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Le-crime</link>
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&lt;p&gt;R&#233;sumant tout ce chapitre, nous sommes, ce me semble, en droit de conclure que la criminalit&#233; suppose sans nul doute, comme toute autre branche de l'activit&#233; sociale, des conditions physiologiques et m&#234;me physiques, mais que, comme l'industrie sp&#233;cialement, elle s'explique avant tout, dans sa couleur locale comme dans sa force sp&#233;ciale &#224; chaque temps, dans sa distribution g&#233;ographique comme dans ses transformations historiques, dans la proportion variable de ses divers mobiles ou la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Tarde-" rel="directory"&gt;Tarde&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;sumant tout ce chapitre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit l&#224; de la conclusion, ou r&#233;sum&#233; du chapitre 6 de La philosophie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous sommes, ce me semble, en droit de conclure que la criminalit&#233; suppose sans nul doute, comme toute autre branche de l'activit&#233; sociale, des conditions physiologiques et m&#234;me physiques, mais que, comme l'industrie sp&#233;cialement, elle s'explique avant tout, dans sa couleur locale comme dans sa force sp&#233;ciale &#224; chaque temps, dans sa distribution g&#233;ographique comme dans ses transformations historiques, dans la proportion variable de ses divers mobiles ou la hi&#233;rarchie instable de ses divers degr&#233;s comme dans la succession de ses proc&#233;d&#233;s changeants, par les lois g&#233;n&#233;rales de l'imitation. Nous avons dit l'importance que pr&#233;sente &#224; nos yeux, au point de vue de la responsabilit&#233; p&#233;nale, cette d&#233;monstration, d'o&#249; il r&#233;sulte que le d&#233;lit est un acte &#233;man&#233; non de l'individu vivant seulement, mais de l'individu personnel, tel que la soci&#233;t&#233; seule sait le cr&#233;er et le faire cro&#238;tre &#224; son image ; de la personne d'autant plus identique &#224; elle-m&#234;me, jusqu'&#224; un certain point du moins, qu'elle est plus assimil&#233;e &#224; autrui ; d'autant plus volontaire et consciente qu'elle est plus impressionnable aux exemples, comme le poumon est d'autant plus fort qu'il respire mieux. On a dit que notre corps est un peu d'air condens&#233;, vivant dans l'air : ne pourrait-on pas dire que notre &#226;me est un peu de soci&#233;t&#233; incarn&#233;e, vivant en soci&#233;t&#233; ? N&#233;e par elle, elle vit par elle : et si les analogies que j'ai &#233;num&#233;r&#233;es un peu longuement peut-&#234;tre sont exactes, sa responsabilit&#233; criminelle ne saurait &#234;tre plus m&#233;connue que sa responsabilit&#233; civile, non contest&#233;e et non contestable assur&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien, d'ailleurs, sur ce point important. Je ne nie point que, dans une mesure plus ou moins forte, les provocations physiques ou physiologiques au d&#233;lit aient d&#233;termin&#233; la volont&#233; ; mais leur action, n'&#233;tant que partielle, n'emp&#234;che point la responsabilit&#233; du d&#233;linquant. Au contraire elles concourent elles-m&#234;mes, pour leur part, &#224; montrer qu'il est responsable. Sans doute, si elles agissaient seules sur l'individu, il ne serait point responsable socialement, puisque cela r&#233;v&#232;lerait en lui un &#234;tre profond&#233;ment &#233;tranger &#224; la soci&#233;t&#233; des autres hommes ; mais il pourrait continuer &#224; &#234;tre responsable individuellement. Je veux dire par l&#224; que la condition de similitude sociale, exig&#233;e par notre th&#233;orie de la responsabilit&#233;, ne serait pas remplie &#224; la v&#233;rit&#233;, mais que la condition d'identit&#233; individuelle, requise avant tout, pourrait &#234;tre r&#233;alis&#233;e, malgr&#233; la fatalit&#233; des influences ext&#233;rieures. On peut voir, sans doute, jusqu'&#224; un certain point, dans le calendrier criminel, et, en g&#233;n&#233;ral, dans tous les tableaux statistiques o&#249; se montre un lien entre des excitations d'ordre physique ou vital et une recrudescence de certains crimes, une confirmation &lt;i&gt;sociologique &lt;/i&gt;de l'hypoth&#232;se physio-psychologique sur l'assimilation de la volont&#233; &#224; l'action r&#233;flexe. La volont&#233;, d'apr&#232;s cette th&#233;orie, ne diff&#233;rerait de l'action r&#233;flexe que par le nombre des &#233;l&#233;ments psychiques, des souvenirs interpos&#233;s entre l'excitation initiale et la r&#233;action finale, appel&#233;e volontaire quand on a perdu conscience du lien complexe qui unit ces deux termes. La statistique nous rendrait donc cette conscience perdue, ou plut&#244;t elle nous permettrait d'acqu&#233;rir cette conscience que nous n'avons jamais eue en nous faisant toucher du doigt nos ressorts secrets. Or, ceci admis, et &#224; certains &#233;gards prouv&#233;, il est certain que la responsabilit&#233; fond&#233;e sur le libre arbitre s'&#233;croule. Mais, fond&#233;e sur l'identit&#233;, sur le &lt;i&gt;caract&#232;re &lt;/i&gt;individuel, elle subsiste, &#224; la condition que la similitude sociale ne fasse pas d&#233;faut. Car l'excitation re&#231;ue n'a agi que parce qu'elle s'est trouv&#233;e d'accord avec les exigences du caract&#232;re ; cette convenance est d'un des interm&#233;diaires n&#233;cessaires entre le premier et le dernier terme de la s&#233;rie. Au demeurant, on m&#233;conna&#238;trait la vraie nature de l'acte r&#233;flexe, m&#234;me le plus simple et le plus bas, en n'y voyant qu'un ph&#233;nom&#232;ne de causalit&#233; sans nulle finalit&#233;. Ce r&#233;flexe &#233;l&#233;mentaire, le r&#233;flexe d'organisation, pour employer le langage de M. Richet, est l'emploi de l'excitation en vue de r&#233;aliser les fins de l'esp&#232;ce, de l'organisme physique. Quand il y a la volont&#233;, &#171; r&#233;flexe d'acquisition &#187;, la r&#233;action est l'emploi de l'excitation en vue d'atteindre les fins particuli&#232;res de la personne. N'oublions pas ce myst&#232;re de la personne ; surtout gardons-nous de le nier. Affirmer l'inconnu, n'est-ce pas souvent le seul moyen d'utiliser notre ignorance ? Quoi qu'il en soit, f&#251;t-il un r&#233;flexe sup&#233;rieur, l'acte volontaire ne cesserait pas de nous appartenir. Mais il appartient, en outre, &#224; la soci&#233;t&#233;, et, comme tel, nous rend comptables envers elle, quand les excitations qui l'ont provoqu&#233; sont en partie ou en majorit&#233; sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne voudrais pas finir sans avertir que les analogies ci-dessus d&#233;velopp&#233;es entre le crime et les autres ph&#233;nom&#232;nes sociaux, avec l'industrie notamment, ne doivent pas faire oublier les diff&#233;rences. Le crime est un ph&#233;nom&#232;ne social comme un autre, mais un ph&#233;nom&#232;ne anti-social en m&#234;me temps, comme un cancer participe &#224; la vie d'un organisme, mais en travaillant &#224; sa mort. Et, de fait, si Mitschlerlich a pu dire que &lt;i&gt;la vie est une pourriture&lt;/i&gt;, parole am&#232;re justifi&#233;e jusqu'&#224; un certain point par les nouveaux chimistes, suivant lesquels les &#171; d&#233;doublements chimiques de la putr&#233;faction et ceux des combustions intra-organiques pr&#233;sentent la plus grande analogie &#187;, on est en droit de dire aussi bien, par cons&#233;quent, que la pourriture est de la vie, mais de la vie qui tue. Le crime est une industrie, mais une industrie n&#233;gative, ce qui explique son antiquit&#233; : d&#232;s le premier produit ex&#233;cut&#233; par une tribu laborieuse, il a d&#251; se former une bande de pillards&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A peine l'esprit de l'enfant commence-t-il &#224; affirmer qu'il commence &#224; nier. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fr&#232;re et contemporain de l'industrie qu'il exploite, le crime ne para&#238;t pas avoir &#233;t&#233;, &#224; l'origine, plus d&#233;shonorant qu'elle-m&#234;me. Ils se sont d&#233;velopp&#233;s parall&#232;lement, en passant l'un et l'autre de la forme unilat&#233;rale &#224; la forme r&#233;ciproque. Au d&#233;but, l'in. dustrie &#233;tait une production de services non r&#233;mun&#233;r&#233;s, fournis gratuitement au chef par ses sujets, au ma&#238;tre par ses esclaves ; en se mutualisant, elle est devenue le commerce &#233;change de services. Le crime, en se mutualisant, est devenu la guerre, &#233;change de pr&#233;judices. Comme le troc ou la vente est la forme r&#233;ciproque du don, le duel est la forme r&#233;ciproque de l'homicide&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le suicide en est la forme r&#233;fl&#233;chie. Les nouveaux criminalistes ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et la guerre est la forme r&#233;ciproque non seulement de l'homicide, ma&#239;s du pillage, du vol et de l'incendie ; elle est la plus haute et la plus compl&#232;te expression possible du crime mutualis&#233;. Le malheur est que, lorsque ce crime complexe a fait son apparition, le crime simple, le crime proprement dit, n'ait pas disparu. Mais il en est de m&#234;me de l'industrie simple, esclavagiste, qui ne c&#232;de pas la place sans r&#233;sistance &#224; l'industrie libre, salari&#233;e, et, dans certains pays, parvient &#224; se prolonger ind&#233;finiment &#224; c&#244;t&#233; de celle-ci. Il n'en est pas moins vrai que l'industrie libre est l'ennemie-n&#233;e de l'esclavage, et que le militarisme est l'ennemi-n&#233; du brigandage. Spencer, nous l'avons vu plus haut, a eu raison de voir dans le d&#233;veloppement militaire la source de la r&#233;pression p&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est ainsi pr&#233;cis&#233;ment, parce que la guerre proc&#232;de du crime, le soldat du brigand, comme l'ouvrier de l'esclave, &#224; savoir pour le remplacer. Cette d&#233;rivation n'est pas douteuse. Plus on remonte haut dans le pass&#233;, plus la limite s'efface entre l'arm&#233;e et la bande pillarde. Au XVIe si&#232;cle encore, dans les &#233;tats civilis&#233;s de l'Europe, on ne craignait pas de consid&#233;rer le brigandage comme un titre &#224; l'avancement militaire. - L'arm&#233;e espagnole, la plus disciplin&#233;e de toutes celles de cet &#226;ge &#171; voit, dit M. Forneron, incorporer dans ses rangs des assassins ou des bandits qui ont fait leur soumission : quelquefois les brigands qui exploitent les montagnes de la Catalogne se laissent, aux &#233;poques o&#249; le m&#233;tier semble le plus dangereux, constituer en compagnies sous les ordres d'un de leurs chefs, qui re&#231;oit brevet de capitaine, et incorporer en un seul bloc dans un vieux r&#233;giment. Un crime utile procure le grade d'officier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au XVIIe si&#232;cle, en France m&#234;me, les garnisons royales, dans les villes &#171; &#233;taient regard&#233;es comme un v&#233;ritable fl&#233;au&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Babeau. La ville sous l'ancien r&#233;gime. Tome 2.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, autant les villes maintenant sollicitent l'avantage de poss&#233;der une caserne, autant les villes d'autrefois repoussaient ce p&#233;ril ; c'&#233;tait un privil&#232;ge appr&#233;ci&#233; de ne pas en avoir. Les bandes d'Allemands, d'Italiens et de Suisses qui &#233;taient &#224; la solde de la France se conduisirent pendant les guerres de religion et pendant la Fronde, comme en pays conquis. Les compagnies fran&#231;aises n'agissaient pas mieux. Toutes ran&#231;onnaient et pillaient les villages sans d&#233;fense &#187;. Partout les arm&#233;es, m&#234;me r&#233;guli&#232;res, ont commenc&#233; par inspirer aux nationaux autant de crainte qu'aux ennemis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les engag&#233;s chinois, dit M. Maurice Jametel, sont dans bien des cas, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A cet &#233;gard, Thucydide est particuli&#232;rement instructif : ce qu'il nous apprend des &#226;ges recul&#233;s de la Gr&#232;ce peut &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;. Quand parmi les &#238;les d'un archipel, il en est une, nid de pirates comme les autres, qui commence &#224; dominer leur groupe par la puissance de sa piraterie, elle compl&#232;te sa domination en purgeant la mer de ses anciens coll&#232;gues. Ainsi fit Minos, d'apr&#232;s l'historien grec. &#171; Il d&#233;porta les malfaiteurs qui occupaient les &#238;les et, dans la plupart, il envoya des colonies. &#187; On voit que la d&#233;portation n'est pas une invention moderne. &#171; Assur&#233;ment, ajoute Thucydide, ceux des Grecs et des Barbares qui vivaient sur le continent dans le voisinage de la mer, ou qui occupaient des &#238;les, n'eurent pas plut&#244;t acquis l'habilet&#233; de passer les uns chez les autres sur des vaisseaux, qu'ils se livr&#232;rent &#224; la piraterie.... Les hommes les plus puissants de la nation se mettaient &#224; leur t&#234;te. Ils surprenaient des villes sans muraille et les mettaient au pillage. Ce m&#233;tier n'avait encore rien de honteux, il procurait m&#234;me quelque gloire. Les Grecs exer&#231;aient aussi par terre un brigandage r&#233;ciproque, et ce vieil usage dure encore dans une grande partie de la Gr&#232;ce, chez les Locriens-Ozoles, chez les &#201;toliens, chez les Acarnanes et dans toute cette partie du continent. C'est du brigandage qu'est rest&#233; toujours sur la terre ferme, chez les habitants, l'usage d'&#234;tre toujours arm&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette origine criminelle de la guerre serait-elle, par hasard, au nombre des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chose vraiment surprenante de voir se d&#233;velopper c&#244;te &#224; c&#244;te, au cours de l'histoire, avec une ampleur et une majest&#233; croissantes, - d'une part, cet &#233;change de biens, ce concours de productions, le commerce, - d'autre part, ce troc de maux, ce choc de destructions, la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance immense que la diff&#233;rence du simple au complexe, de l'unilat&#233;ral au r&#233;ciproque, &#233;tablit de la sorte entre le crime et la guerre ne doit pas, d'ailleurs, nous &#233;tonner ; cette m&#233;thode est habituelle &#224; la logique sociale. Entre l'esclavage et le salariat, entre la donation et la vente, entre le commandement et le contrat, entre l'asservissement de la femme &#224; l'homme par le mariage primitif et leur encha&#238;nement mutuel par le mariage moderne, entre l'hommage, politesse non rendue, et la politesse, hommage mutuel, etc., il n'y a pas un moindre ab&#238;me qu'entre le meurtre et le combat. Il est certain que le crime, &#224; pr&#233;sent du moins, n'est utile &#224; rien, est nuisible &#224; tout, tandis que la guerre a sa raison d'&#234;tre profonde, inh&#233;rente au c&#339;ur m&#234;me des soci&#233;t&#233;s ; et, malgr&#233; l'erreur de Spencer &#224; ce sujet, le d&#233;veloppement militaire d'un peuple est bien plus souvent en rapport direct qu'en rapport inverse avec son d&#233;veloppement industriel. Peut-on induire de l&#224; que, avant les premi&#232;res guerres, le meurtre et le vol avaient leur utilit&#233; ? Oui, s'il est vrai que le simple est le chemin du complexe. Ne fallait-il pas passer par l'esclavage pour arriver &#224; l'assistance r&#233;ciproque des travailleurs, par les prostrations des anciens sujets devant leur roi ou leur seigneur pour arriver &#224; nos coups de chapeau dans les rues ? Ne fallait-il pas traverser le r&#233;gime du commandement et de l'ob&#233;issance, de l'autocratie domestique, politique, religieuse, pour arriver au r&#233;gime du contrat, commandement mutuel, ob&#233;issance mutuelle ? Sans agressions, sans rapines spontan&#233;es, au d&#233;but de l'histoire, y aurait-il jamais eu plus tard des conqu&#234;tes et de grands &#201;tats, condition essentielle de toute civilisation &#233;lev&#233;e, paisible et honn&#234;te ? La v&#233;rit&#233; est que le crime est devenu un mal sans compensation depuis qu'il est remplac&#233; avec avantage par le militarisme et la guerre. Une arm&#233;e est un gigantesque moyen de r&#233;aliser, par le massacre et le pillage sur une &#233;chelle prodigieuse, les desseins collectifs de haine, de vengeance ou d'envie, qu'une nation fomente contre une autre. Condamn&#233;es sous leur forme individuelle, ces odieuses passions, cruaut&#233;, cupidit&#233;, paraissent louables sous leur forme collective. Pourquoi ? D'abord, parce qu'elles apaisent beaucoup de petits conflits int&#233;rieurs si elles en provoquent un au dehors ; puis, parce qu'elles conduisent &#224; la solution belliqueuse de cette difficult&#233; elle-m&#234;me, et &#224; l'&#233;largissement territorial de la paix qui suivra. Le militarisme a pour effet de drainer les passions criminelles &#233;parses dans chaque nation, de les purifier en les concentrant, et de les justifier en les faisant servir &#224; s'entre-d&#233;truire, sous la forme sup&#233;rieure qu'elles rev&#234;tent ainsi. La guerre, en d&#233;finitive, agrandit le champ de la paix, comme le crime jadis a agrandi le champ de l'honn&#234;tet&#233;. Ce sont l&#224; les ironies de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en v&#233;rit&#233;, s'il en est ainsi, je ne puis me d&#233;fendre d'une r&#233;flexion : en un temps comme le n&#244;tre, o&#249; le militarisme a d&#233;bord&#233; si fort, n'est-il pas doublement navrant d'avoir aussi &#224; constater le d&#233;bordement du d&#233;lit ? Il semble que, si notre criminalit&#233; se mettait &#224; diminuer, comme il conviendrait, ce ne serait pas un d&#233;dommagement exag&#233;r&#233; de nos armements et de nos contingents militaires chaque jour grandissants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit l&#224; de la conclusion, ou r&#233;sum&#233; du chapitre 6 de &lt;i&gt;La philosophie p&#233;nale&lt;/i&gt;, intitul&#233; &#034;Le crime&#034; (jld).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A peine l'esprit de l'enfant commence-t-il &#224; affirmer qu'il commence &#224; nier. Ces propositions n&#233;gatives puisent leurs lois dans la logique, comme les propositions affirmatives ; mais elles ne sont pas susceptibles des m&#234;mes d&#233;veloppements, si l'on se souvient de la th&#233;orie du syllogisme. La n&#233;gation n'en est pas moins un ferment utile de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le suicide en est la forme r&#233;fl&#233;chie. Les nouveaux criminalistes ont aim&#233; &#224; sortir de l'enceinte de leur sujet pour s'occuper du suicide, faubourg dont ils cherchent &#224; faire un quartier. Je ne vois pas pourquoi lis ne s'occuperaient pas aussi bien du duel, autre ph&#233;nom&#232;ne non moins dangereux. Il est f&#226;cheux que les &#233;l&#233;ments fassent &#224; peu pr&#232;s d&#233;faut pour la statistique du duel dans l'arm&#233;e. Certainement la fr&#233;quence du duel ne doit pas &#234;tre moins remarquable dans l'arm&#233;e compar&#233;e &#224; la population civile, que la fr&#233;quence du suicide. Si l'empire souverain de l'exemple n'est pas douteux en ce qui concerne le suicide, &#233;pid&#233;mie a souvent ravag&#233; en quelques jours des populations fanatis&#233;es ou terroris&#233;es, il est encore plus manifeste en ce qui concerne le duel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Babeau. &lt;i&gt;La ville sous l'ancien r&#233;gime&lt;/i&gt;. Tome 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les engag&#233;s chinois, dit M. Maurice Jametel, sont dans bien des cas, des brigands qui s'empressent de profiter des occasions qui s'offrent &#224; eux de continuer leurs exploits sous la banni&#232;re du Fils du Ciel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette origine criminelle de la guerre serait-elle, par hasard, au nombre des causes qui rendent compte d'un fait r&#233;v&#233;l&#233; par la statistique, &#224; savoir, en tout pays la sup&#233;riorit&#233; tr&#232;s marqu&#233;e de la criminalit&#233; militaire relativement &#224; la criminalit&#233; civile ? En tous cas, il y a bien d'autres causes qui concourent &#224; l'explication du fait. L'arm&#233;e est compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments exclusivement masculins, Jeunes, c&#233;libataires, formant une population &#233;lev&#233;e au plus haut degr&#233; de densit&#233; : toutes conditions qui pr&#233;disposent au d&#233;lit. Puis, les militaires ajoutent des crimes et des d&#233;lits sp&#233;ciaux aux crimes et d&#233;lits de droit commun. Quoi qu'il en soit, nous constatons que sur 10.000 hommes, la nation fran&#231;aise donne une moyenne annuelle de 40 m&#233;faits et l'arm&#233;e fran&#231;aise une moyenne de 107 m&#233;faits. L'arm&#233;e Italienne en donne 189. De 1878 &#224; 1883, l'accroissement de la criminalit&#233; militaire en Italie a &#233;t&#233; rapide : elle s'est &#233;lev&#233;e de 3.491 crimes ou d&#233;lits &#224; 5.451, pendant que la criminalit&#233; civile &#233;tait &#224; peu pr&#232;s stationnaire. (Setti, &lt;i&gt;L'Esercito e la sua criminalit&#224;&lt;/i&gt;, Milan, 1886). Je rappelle que le suicide est dans l'arm&#233;e bien plus r&#233;pandu que dans le reste de la nation ; le duel pareillement (&lt;i&gt;Du suicide dans l'arm&#233;e&lt;/i&gt;, par le Dr Mesnier, Paris, 1881.) En 1862, le suicide &#233;tait, dans l'arm&#233;e fran&#231;aise, quatre fois plus consid&#233;rable &#224; chiffre &#233;gal de population, que dans l'ensemble du pays ; mais comme il a &#233;t&#233; diminuant dans l'arm&#233;e pendant qu'il augmentait dans la nation au point d'y tripler en 50 ans, ce mal est arriv&#233; en 1878 &#224; n'&#234;tre plus que moiti&#233; plus fort que dans la France enti&#232;re. La proportion du suicide s'&#233;l&#232;ve du reste dans l'arm&#233;e &#224; mesure qu'on gravit J'&#233;chelle des conditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;G. Tarde, &lt;strong&gt;La philosophie p&#233;nale&lt;/strong&gt;, chapitre 6, XVI.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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