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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Pr&#233;face</title>
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		<dc:date>2004-01-28T21:34:36Z</dc:date>
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		<dc:creator>Spinoza, Baruch</dc:creator>



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&lt;p&gt;Si les hommes &#233;taient capables de gouverner toute la conduite de leur vie par un dessein r&#233;gl&#233;, si la fortune leur &#233;tait toujours favorable, leur &#226;me serait libre de toute superstition. Mais comme ils sont souvent plac&#233;s dans un si f&#226;cheux &#233;tat qu'ils ne peuvent prendre aucune r&#233;solution raisonnable, comme ils flottent presque toujours mis&#233;rablement entre l'esp&#233;rance et la crainte, pour des biens incertains qu'ils ne savent pas d&#233;sirer avec mesure, leur esprit s'ouvre alors &#224; la plus extr&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Hyper-Traite-theologico-politique-" rel="directory"&gt;Hyper Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si les hommes &#233;taient capables de gouverner toute la conduite de leur vie par un dessein r&#233;gl&#233;, si la fortune leur &#233;tait toujours favorable, leur &#226;me serait libre de toute superstition. Mais comme ils sont souvent plac&#233;s dans un si f&#226;cheux &#233;tat qu'ils ne peuvent prendre aucune r&#233;solution raisonnable, comme ils flottent presque toujours mis&#233;rablement entre l'esp&#233;rance et la crainte, pour des biens incertains qu'ils ne savent pas d&#233;sirer avec mesure, leur esprit s'ouvre alors &#224; la plus extr&#234;me cr&#233;dulit&#233; ; il chancelle dans l'incertitude ; la moindre impulsion le jette en mille sens divers, et les agitations de l'esp&#233;rance et de la crainte ajoutent encore &#224; son inconstance. Du reste, observez-le en d'autres rencontres, vous le trouverez confiant dans l'avenir, plein de jactance et d'orgueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; des faits que personne n'ignore, je suppose, bien que la plupart des hommes, &#224; mon avis, vivent dans l'ignorance d'eux-m&#234;mes ; personne, je le r&#233;p&#232;te, n'a pu voir les hommes sans remarquer que lorsqu'ils sont dans la prosp&#233;rit&#233;, presque tous se targuent, si ignorants qu'ils puissent &#234;tre, d'une telle sagesse qu'ils tiendraient &#224; injure de recevoir un conseil. Le jour de l'adversit&#233; vient-il les surprendre, ils ne savent plus quel parti choisir : on les voit mendier du premier venu un conseil, et si inepte, si absurde, si frivole qu'on l'imagine, ils le suivent aveugl&#233;ment. Mais bient&#244;t, sur la moindre apparence, ils recommencent &#224; esp&#233;rer un meilleur avenir ou &#224; craindre les plus grands malheurs. Qu'il leur arrive en effet, tandis qu'ils sont en proie &#224; la crainte, quelque chose qui leur rappelle un bien ou un mal pass&#233;s, ils en augurent aussit&#244;t que l'avenir leur sera propice ou funeste ; et cent fois tromp&#233;s par l'&#233;v&#233;nement, ils n'en croient pas moins pour cela aux bons et aux mauvais pr&#233;sages. Sont-ils t&#233;moins de quelque ph&#233;nom&#232;ne extraordinaire et qui les frappe d'admiration, &#224; leurs yeux c'est un prodige qui annonce le courroux des dieux, de l'&#202;tre supr&#234;me ; et ne pas fl&#233;chir sa col&#232;re par des pri&#232;res et des sacrifices, c'est une impi&#233;t&#233; pour ces hommes que la superstition conduit et qui ne connaissent pas la religion. Ils veulent que la nature enti&#232;re soit complice de leur d&#233;lire, et, f&#233;conds en fictions ridicules, ils l'interpr&#232;tent de mille fa&#231;ons merveilleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit par l&#224; que les hommes les plus attach&#233;s &#224; toute esp&#232;ce de superstition, ce sont ceux qui d&#233;sirent sans mesure des biens incertains ; aussit&#244;t qu'un danger les menace, ne pouvant se secourir eux-m&#234;mes, ils implorent le secours divin par des pri&#232;res et des larmes ; la raison (qui ne peut en effet leur tracer une route s&#251;re vers les vains objets de leurs d&#233;sirs), ils l'appellent aveugle, la sagesse humaine, chose inutile ; mais les d&#233;lires de l'imagination, les songes et toutes sortes d'inepties et de pu&#233;rilit&#233;s sont &#224; leurs yeux les r&#233;ponses que Dieu fait &#224; nos v&#339;ux. Dieu d&#233;teste les sages. Ce n'est point dans nos &#226;mes qu'il a grav&#233; ses d&#233;crets, c'est dans les fibres des animaux. Les idiots, les fous, les oiseaux, voil&#224; les &#234;tres qu'il anime de son souffle et qui nous r&#233;v&#232;lent l'avenir.Tel est l'exc&#232;s de d&#233;lire o&#249; la crainte jette les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable cause de la superstition, ce qui la conserve et l'entretient, c'est donc la crainte. Que si l'on n'est pas satisfait des preuves que j'en ai donn&#233;es, et qu'on veuille des exemples particuliers, je citerai Alexandre, qui ne devint superstitieux et n'appela aupr&#232;s de lui des devins que lorsqu'il con&#231;ut des craintes sur sa fortune aux portes de Suse (voyez Quinte-Curce, liv. V. ch. 4). Une fois Darius vaincu, il cessa de consulter les devins, jusqu'au moment o&#249; la d&#233;fection des Bactriens, les Scythes qui le pressaient et sa blessure qui le retenait au lit, vinrent de nouveau jeter dans son &#226;me la terreur. &#034; &lt;i&gt;Alors, dit Quinte-Curce (liv. VII, chap. 7), il se replongea dans les superstitions, ces vains jouets de l'esprit des hommes ; et plein d'une foi cr&#233;dule pour Aristandre, il lui donna l'ordre de faire des sacrifices pour y d&#233;couvrir quel serait le succ&#232;s de ses affaires.&lt;/i&gt; &#034; Je pourrais citer une infinit&#233; d'autres exemples qui prouvent de la fa&#231;on la plus claire que la superstition n'entre dans le c&#339;ur des hommes qu'avec la crainte, et que tous ces objets d'une vaine adoration ne sont que des fant&#244;mes, ouvrage d'une &#226;me timide que la tristesse pousse au d&#233;lire, enfin que les devins n'ont obtenu de cr&#233;dit que durant les grandes calamit&#233;s des empires et qu'alors surtout ils ont &#233;t&#233; redoutables aux rois. Mais tous ces exemples &#233;tant parfaitement connus, je ne crois pas n&#233;cessaire d'insister davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'explication que je viens de donner de la cause de la superstition, il r&#233;sulte que tous les hommes y sont naturellement sujets (quoi qu'en disent ceux qui n'y voient qu'une marque de l'id&#233;e confuse qu'ont tous les hommes de la Divinit&#233;). Il en r&#233;sulte aussi qu'elle doit &#234;tre extr&#234;mement variable et inconstante, comme tous les caprices de l'&#226;me humaine et tous ses mouvements imp&#233;tueux, enfin qu'il n'y a que l'esp&#233;rance, la haine, la col&#232;re et la fraude qui la puissent faire subsister, puisqu'elle ne vient pas de la raison, mais des passions et des passions les plus fortes. Ainsi donc, autant il est facile aux hommes de se laisser prendre &#224; toutes sortes de superstitions, autant il leur est difficile de persister dans une seule ; ajoutez que le vulgaire, &#233;tant toujours &#233;galement mis&#233;rable, ne peut jamais rester en repos ; il court toujours aux choses nouvelles et qui ne l'ont point encore tromp&#233; ; et c'est cette inconstance qui a &#233;t&#233; cause de tant de tumultes et de guerres. Car ainsi que nous l'avons d&#233;j&#224; fait voir, et suivant l'excellente remarque de Quinte-Curce (liv. VI, ch. 18) ; &#034; &lt;i&gt;Il n'y a pas de moyen plus efficace que la superstition pour gouverner la multitude. &lt;/i&gt;&#034; Et voil&#224; ce qui porte si ais&#233;ment le peuple, sous une apparence de religion, tant&#244;t &#224; adorer ses rois comme des dieux, tant&#244;t &#224; les d&#233;tester comme le fl&#233;au du genre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour obvier &#224; ce mal, on a pris grand soin d'entourer la religion, vraie ou fausse, d'un grand appareil et d'un culte pompeux, pour lui donner une constante gravit&#233; et imprimer &#224; tous un profond respect ; ce qui, pour le dire en passant, a parfaitement r&#233;ussi chez les Turcs o&#249; la discussion est un sacril&#232;ge et o&#249; l'esprit de chacun est rempli de tant de pr&#233;jug&#233;s que la saine raison n'y a plus de place et le doute m&#234;me n'y peut entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le grand secret du r&#233;gime monarchique et son int&#233;r&#234;t principal, c'est de tromper les hommes et de colorer du beau nom de religion la crainte o&#249; il faut les tenir asservis, de telle fa&#231;on qu'ils croient combattre pour leur salut en combattant pour leur esclavage, et que la chose du monde la plus glorieuse soit &#224; leurs yeux de donner leur sang et leur vie pour servir l'orgueil d'un seul homme, comment concevoir rien de semblable dans un &#201;tat libre, et quelle plus d&#233;plorable entreprise que d'y r&#233;pandre de telles id&#233;es, puisque rien n'est plus contraire &#224; la libert&#233; g&#233;n&#233;rale que d'entraver par des pr&#233;jug&#233;s ou de quelque fa&#231;on que ce soit le libre exercice de la raison de chacun ! Quant aux s&#233;ditions qui s'&#233;l&#232;vent sous pr&#233;texte de religion, elles ne viennent que d'une cause, c'est qu'on veut r&#233;gler par des lois les choses de la sp&#233;culation, et que d&#232;s lors des opinions sont imput&#233;es &#224; crime et punies comme des attentats. Mais ce n'est point au salut public qu'on immole des victimes, c'est &#224; la haine, c'est &#224; la cruaut&#233; des pers&#233;cuteurs. Que si le droit de l'&#201;tat se bornait &#224; &lt;i&gt;r&#233;primer les actes, en laissant l'impunit&#233; aux paroles&lt;/i&gt;, il serait impossible de donner &#224; ces troubles le pr&#233;texte de l'int&#233;r&#234;t et du droit de l'&#201;tat, et les controverses ne se tourneraient plus en s&#233;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce rare bonheur m'&#233;tant tomb&#233; en partage de vivre dans une r&#233;publique o&#249; chacun dispose d'une libert&#233; parfaite de penser et d'adorer Dieu &#224; son gr&#233;, et o&#249; rien n'est plus cher &#224; tous et plus doux que la libert&#233;, j'ai cru faire une bonne chose et de quelque utilit&#233; peut-&#234;tre en montrant que la libert&#233; de penser, non-seulement peut se concilier avec le maintien de la paix et le salut de l'&#201;tat, mais m&#234;me qu'on ne pourrait la d&#233;truire sans d&#233;truire du m&#234;me coup et la paix de l'&#201;tat et la pi&#233;t&#233; elle-m&#234;me. Voil&#224; le principe que j'ai dessein d'&#233;tablir dans ce Trait&#233;. Mais pour cela j'ai jug&#233; n&#233;cessaire de dissiper d'abord divers pr&#233;jug&#233;s, les uns, restes de notre ancien esclavage, qui se sont &#233;tablis touchant la religion, les autres qu'on s'est form&#233;s sur le droit des pouvoirs souverains. Nous voyons en effet certains hommes se livrer avec une extr&#234;me licence &#224; toutes sortes de man&#339;uvres pour s'approprier la plus grande partie de ce droit et, sous le voile de la religion, d&#233;tourner le peuple, qui n'est pas encore bien gu&#233;ri de la vieille superstition pa&#239;enne, de l'ob&#233;issance aux pouvoirs l&#233;gitimes, afin de replonger de nouveau toutes choses dans l'esclavage. Quel ordre suivrai-je dans l'exposition de ces id&#233;es, c'est ce que je dirai tout &#224; l'heure en peu de mots ; mais je veux expliquer avant tout les motifs qui m'ont d&#233;termin&#233; &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis souvent &#233;tonn&#233; de voir des hommes qui professent la religion chr&#233;tienne, religion d'amour, de bonheur, de paix, de continence, de bonne foi, se combattre les uns les autres avec une telle violence et se poursuivre d'une haine si farouche, que c'est bien plut&#244;t par ces traits qu'on distingue leur religion que par les caract&#232;res que je disais tout &#224; l'heure. Car les choses en sont venues au point que personne ne peut gu&#232;re plus distinguer un chr&#233;tien d'un Turc, d'un juif, d'un pa&#239;en que par 1a forme ext&#233;rieure et le v&#234;tement, ou bien en sachant quelle &#233;glise il fr&#233;quente, ou enfin qu'il est attach&#233; &#224; tel ou tel sentiment, et jure sur la parole de tel ou tel ma&#238;tre. Mais quant &#224; la pratique de la vie, je ne vois entre eux aucune diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cherchant la cause de ce mal, j'ai trouv&#233; qu'il vient surtout de ce qu'on met les fonctions du sacerdoce, les dignit&#233;s, les devoirs de l'&#201;glise au rang des avantages mat&#233;riels, et que le peuple s'imagine que toute la religion est dans les honneurs qu'il rend &#224; ses ministres. C'est ainsi que les abus sont entr&#233;s dans l'&#201;glise, et qu'on a vu les derniers des hommes anim&#233;s d'une prodigieuse ambition de s'emparer du sacerdoce, le z&#232;le de la propagation de la foi se tourner en ambition et en avarice sordide, le temple devenir un th&#233;&#226;tre o&#249; l'on entend non pas des docteurs eccl&#233;siastiques, mais des orateurs dont aucun ne se soucie d'instruire le peuple, mais seulement de s'en faire admirer, de le captiver en s'&#233;cartant de la doctrine commune, de lui enseigner des nouveaut&#233;s et des choses extraordinaires qui le frappent d'admiration. De l&#224; les disputes, les jalousies ; et ces haines implacables que le temps ne peut effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut point s'&#233;tonner, apr&#232;s cela, qu'il ne soit rest&#233; de l'ancienne religion que le culte ext&#233;rieur (qui en v&#233;rit&#233; est moins un hommage &#224; Dieu qu'une adulation), et que la foi ne soit plus aujourd'hui que pr&#233;jug&#233;s et cr&#233;dulit&#233;s. Et quels pr&#233;jug&#233;s, grand Dieu ? des pr&#233;jug&#233;s qui changent les hommes d'&#234;tres raisonnables en brutes, en leur &#244;tant le libre usage de leur jugement, le discernement du vrai et du faux, et qui semblent avoir &#233;t&#233; forg&#233;s tout expr&#232;s pour &#233;teindre, pour &#233;touffer le flambeau de la raison humaine. La pi&#233;t&#233;, la religion, sont devenues un amas d'absurdes myst&#232;res, et il se trouve que ceux qui m&#233;prisent le plus la raison, qui rejettent, qui repoussent l'entendement humain comme corrompu dans sa nature, sont justement, chose prodigieuse, ceux qu'on croit &#233;clair&#233;s de la lumi&#232;re divine. Mais en v&#233;rit&#233;, s'ils en avaient seulement une &#233;tincelle ils ne s'enfleraient pas de cet orgueil insens&#233; ; ils apprendraient &#224; honorer Dieu avec plus de prudence, et ils se feraient distinguer par des sentiments non de haine, mais d'amour ; enfin, ils ne poursuivraient pas avec tant d'animosit&#233; ceux qui ne partagent pas leurs opinions, et si en effet ce n'est pas de leur fortune, mais du salut de leurs adversaires qu'ils sont en peine, ils n'auraient pour eux que de la piti&#233;. J'ajoute qu'on reconna&#238;trait &#224; leur doctrine qu'ils sont v&#233;ritablement &#233;clair&#233;s de la lumi&#232;re divine. Il est vrai, je l'avoue, qu'ils ont pour les profonds myst&#232;res de l'&#201;criture une extr&#234;me admiration ; mais je ne vois pas qu'ils aient jamais enseign&#233; autre chose que les sp&#233;culations de Platon ou d'Aristote, et ils y ont accommod&#233; l'&#201;criture, de peur sans doute de passer pour disciples des pa&#239;ens. Il ne leur a pas suffi de donner dans les r&#234;veries insens&#233;es des Grecs, ils ont voulu les mettre dans la bouche des proph&#232;tes ; ce qui prouve bien qu'ils ne voient la divinit&#233; de l'&#201;criture qu'&#224; la fa&#231;on des gens qui r&#234;vent ; et plus ils s'extasient sur les profondeurs de l'&#201;criture, plus ils t&#233;moignent que ce n'est pas de la foi qu'ils ont pour elle, mais une aveugle complaisance. Une preuve nouvelle, c'est qu'ils partent de ce principe (quand ils commencent l'explication de l'&#201;criture et la recherche de son vrai sens) que l'&#201;criture est toujours v&#233;ridique et divine. Or, c'est l&#224; ce qui devrait r&#233;sulter de l'examen s&#233;v&#232;re de l'&#201;criture bien comprise ; de fa&#231;on qu'ils prennent tout d'abord pour r&#232;gle de l'interpr&#233;tation des livres sacr&#233;s ce que ces livres eux-m&#234;mes nous enseigneraient beaucoup mieux que tous leurs inutiles commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant donc consid&#233;r&#233; toutes ces choses ensemble, savoir, que la lumi&#232;re naturelle est non-seulement m&#233;pris&#233;e, mais que plusieurs la condamnent comme source de l'impi&#233;t&#233;, que des fictions humaines passent pour des r&#233;v&#233;lations divines, et la cr&#233;dulit&#233; pour la foi, enfin que les controverses des philosophes soul&#232;vent dans l'&#201;glise comme dans l'&#201;tat les passions les plus ardentes, d'o&#249; naissent les haines, les discordes, et &#224; leur suite les s&#233;ditions, sans parler d'une foule d'autres maux qu'il serait trop long d'&#233;num&#233;rer ici ; j'ai form&#233; le dessein d'instituer un examen nouveau de l'&#201;criture et de l'accomplir d'un esprit libre et sans pr&#233;jug&#233;s, en ayant soin de ne rien affirmer, de ne rien reconna&#238;tre comme la doctrine sacr&#233;e que ce que l'&#201;criture elle-m&#234;me m'enseignerait tr&#232;s-clairement. Je me suis form&#233; &#224; l'aide de cette r&#232;gle une m&#233;thode pour l'interpr&#233;tation des livres sacr&#233;s, et une fois en possession de cette m&#233;thode, je me suis propos&#233; cette premi&#232;re question : qu'est-ce que la proph&#233;tie ? et puis, comment Dieu s'est-il r&#233;v&#233;l&#233; aux proph&#232;tes ? pourquoi Dieu les a-t-il choisis ? est-ce parce qu'ils avaient de sublimes id&#233;es de Dieu et de la nature, ou seulement &#224; cause de leur pi&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions r&#233;solues, il m'a &#233;t&#233; ais&#233; d'&#233;tablir que l'autorit&#233; des proph&#232;tes n'a de poids v&#233;ritable qu'en ce qui touche &#224; la pratique de la vie et &#224; la vertu. Sur tout le reste leurs opinions sont de peu d'importance. Je me suis demand&#233; ensuite pour quelle raison les H&#233;breux ont &#233;t&#233; appel&#233;s &#233;lus de Dieu. Or, m'&#233;tant convaincu que cela signifie seulement que Dieu leur avait choisi une certaine contr&#233;e o&#249; ils pussent vivre commod&#233;ment et avec s&#233;curit&#233;, j'ai appris par l&#224; que les lois r&#233;v&#233;l&#233;es par Dieu &#224; Mo&#239;se ne sont autre chose que le droit particulier de la nation h&#233;bra&#239;que, lequel par cons&#233;quent ne pouvait s'appliquer &#224; personne qu'&#224; des Juifs, et auquel m&#234;me ceux-ci n'&#233;taient soumis que pendant la dur&#233;e de leur empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, j'ai voulu savoir si l'on peut inf&#233;rer de l'&#201;criture que l'entendement humain soit naturellement corrompu ; et pour cela j'ai recherch&#233; si la religion catholique, je veux dire, la loi divine r&#233;v&#233;l&#233;e par les proph&#232;tes et par les ap&#244;tres &#224; tout le genre humain, est diff&#233;rente de celle que nous d&#233;couvre la lumi&#232;re naturelle. Ce qui m'a conduit &#224; me demander si les miracles s'accomplissent contre l'ordre de la nature, et s'ils nous enseignent l'existence de Dieu et la Providence avec plus de certitude et de clart&#233; que les choses que nous comprenons clairement et distinctement par leurs causes naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'ayant rien d&#233;couvert dans les miracles dont parle l'&#201;criture qui ne soit d'accord avec la raison ou qui y r&#233;pugne, voyant d'ailleurs que les proph&#232;tes n'ont rien racont&#233; que des choses tr&#232;s-simples dont chacun peut facilement se rendre compte, qu'ils les ont seulement expliqu&#233;es par de certains motifs, et embellies par leur style de fa&#231;on &#224; tourner l'esprit de la multitude &#224; la d&#233;votion, je suis arriv&#233; &#224; cette conclusion que l'&#201;criture laisse la raison absolument libre, qu'elle n'a rien de commun avec la philosophie, et que l'une et l'autre doivent se soutenir par les moyens qui leur sont propres. Pour d&#233;montrer ce principe d'une fa&#231;on irr&#233;cusable et r&#233;soudre &#224; fond la question, je fais voir comment il faut interpr&#233;ter l'&#201;criture, et que toute la connaissance qu'elle donne des choses spirituelles ne doit &#234;tre puis&#233;e qu'en elle-m&#234;me et non dans les id&#233;es que nous fournit la lumi&#232;re naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais conna&#238;tre ensuite l'origine des pr&#233;jug&#233;s que le peuple s'est form&#233;s (le peuple, toujours attach&#233; &#224; la superstition et qui pr&#233;f&#232;re les reliques des temps anciens &#224; l'&#233;ternit&#233; elle-m&#234;me), en adorant les livres de l'&#201;criture plut&#244;t que le Verbe de Dieu. Puis, je montre que le Verbe de Dieu n'a pas r&#233;v&#233;l&#233; un certain nombre de livres, mais seulement cette id&#233;e si simple, o&#249; se r&#233;solvent toutes les inspirations divines des proph&#232;tes, qu'il faut ob&#233;ir &#224; Dieu d'un c&#339;ur pur, c'est-&#224;-dire en pratiquant la justice et la charit&#233;. Je prouve alors que cet enseignement a &#233;t&#233; proportionn&#233; par les proph&#232;tes et les ap&#244;tres &#224; l'intelligence de ceux &#224; qui le Verbe de Dieu se manifestait par leur bouche ; et cela, afin qu'ils pussent le recevoir sans aucune r&#233;pugnance et sans aucun trouble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir ainsi reconnu les fondements de la foi, je conclus que la r&#233;v&#233;lation divine n'a d'autre objet que l'ob&#233;issance, qu'elle est par cons&#233;quent distincte de la connaissance naturelle tant par son objet que par ses bases et ses moyens, qu'ainsi donc elles n'ont rien de commun, que chacune d'elles peut reconna&#238;tre sans difficult&#233; les droits de l'autre, sans qu'il y ait ni ma&#238;tresse, ni servante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'esprit des hommes &#233;tant divers, celui-ci trouvant son compte &#224; de certaines opinions qui conviennent moins &#224; celui-l&#224;, de fa&#231;on que l'un ne trouve qu'un objet de ris&#233;e dans ce qui porte un autre &#224; la pi&#233;t&#233;, j'aboutis finalement &#224; cette cons&#233;quence qu'il faut laisser &#224; chacun la libert&#233; de son jugement et le pouvoir d'entendre les principes de la religion comme il lui plaira, et ne juger de la pi&#233;t&#233; ou de l'impi&#233;t&#233; de chacun que suivant ses &#339;uvres. C'est ainsi qu'il sera possible &#224; tous d'ob&#233;ir &#224; Dieu d'une &#226;me libre et pure, et que la justice et la charit&#233; seules auront quelque prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant ainsi montr&#233; que la loi divine et r&#233;v&#233;l&#233;e laisse &#224; chacun sa libert&#233;, j'arrive &#224; l'autre partie de la question, c'est-&#224;-dire &#224; faire voir que cette m&#234;me libert&#233; peut &#234;tre accord&#233;e sans dommage pour la paix de l'&#201;tat et les droits du souverain, et m&#234;me qu'on ne pourrait la d&#233;truire sans p&#233;ril pour la paix publique et sans dommage pour l'&#201;tat. Pour &#233;tablir cette d&#233;monstration, je pars du droit naturel de chacun, lequel n'a d'autres limites que celles de ses d&#233;sirs et de sa puissance, et je d&#233;montre que nul n'est tenu, selon le droit de nature, de vivre au gr&#233; d'un autre, mais que chacun est le protecteur n&#233; de sa propre libert&#233;. Je fais voir ensuite que nul ne c&#232;de ce droit primitif qu'&#224; condition de transf&#233;rer &#224; un autre le pouvoir qu'il a de se d&#233;fendre, d'o&#249; il r&#233;sulte que ce droit passe tout entier entre les mains de celui &#224; qui chacun confie son droit particulier de vivre &#224; son gr&#233; et de se d&#233;fendre soi-m&#234;me. Par cons&#233;quent, ceux qui occupent le pouvoir ont un droit absolu sur toutes choses ; eux seuls sont les d&#233;positaires du droit et de la libert&#233;, et les autres hommes ne doivent agir que selon leurs volont&#233;s. Mais comme personne ne peut se priver du pouvoir de se d&#233;fendre soi-m&#234;me au point de cesser d'&#234;tre homme, j'en conclus que personne ne peut se d&#233;pouiller absolument de son droit naturel, et que les sujets, par cons&#233;quent, retiennent toujours certains droits qui ne peuvent leur &#234;tre enlev&#233;s sans un grand p&#233;ril pour l'&#201;tat, et leur sont toujours accord&#233;s par les souverains, soit en vertu d'une concession tacite, soit en vertu d'une stipulation expresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, je passe &#224; la r&#233;publique des H&#233;breux, afin de montrer de quelle fa&#231;on et par quelle autorit&#233; la religion a commenc&#233; &#224; avoir force de loi, et je m'&#233;tends en passant &#224; plusieurs autres choses qui m'ont paru dignes d'&#234;tre &#233;claircies. Je prouve enfin que les souverains sont les d&#233;positaires et les interpr&#232;tes, non-seulement du droit civil, mais aussi du droit sacr&#233;, qu'&#224; eux seuls appartient le droit de d&#233;cider ce qui est justice et injustice, pi&#233;t&#233; ou impi&#233;t&#233;, et je conclus que pour garder ce droit le mieux possible et conserver la tranquillit&#233; de l'&#201;tat, ils doivent permettre &#224; chacun de penser ce qu'il veut et de dire ce qu'il pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sont, lecteur philosophe, les objets que je propose &#224; vos m&#233;ditations ; je m'assure que vous y trouverez de quoi vous satisfaire, &#224; cause de l'excellence et de l'utilit&#233; du sujet de cet ouvrage et de chacun de ses chapitres ; et j'aurais sur ce point bien des choses &#224; dire encore ; mais je ne veux point que cette pr&#233;face devienne un volume. Je sais d'ailleurs que je m'entends au fond, pour le principal, avec les philosophes. Quant aux autres, je ne ferai pas grand effort pour leur recommander mon Trait&#233; ; je n'ai aucun espoir de leur plaire ; je sais combien sont enracin&#233;s dans leur &#226;me les pr&#233;jug&#233;s qu'on y a sem&#233;s &#224; l'aide de la religion ; je sais qu'il est &#233;galement impossible de d&#233;livrer le vulgaire de la superstition et de la peur ; je sais enfin que la constance du vulgaire, c'est l'ent&#234;tement, et que ce n'est point la raison qui r&#232;gle ses louanges et ses m&#233;pris, mais l'emportement de la passion. Je n'invite donc pas le vulgaire, ni ceux qui partagent ses passions, &#224; lire ce Trait&#233;, je d&#233;sire m&#234;me qu'ils le n&#233;gligent tout &#224; fait plut&#244;t que de l'interpr&#233;ter avec leur perversit&#233; ordinaire, et, ne pouvant y trouver aucun profit pour eux-m&#234;mes, d'y chercher l'occasion de nuire &#224; autrui et de tourmenter les amis de la libre philosophie. Je dois pourtant faire une exception pour un seul point, tous les gens dont je parle &#233;tant convaincus que la raison doit &#234;tre la servante de la th&#233;ologie ; car je crois que par cet endroit la lecture de cet ouvrage pourra leur &#234;tre fort utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Du reste, comme plusieurs n'auront ni le loisir ni l'intention de lire tout mon Trait&#233;, je suis oblig&#233; d'avertir ici, comme, je l'ai fait aussi &#224; la fin de l'ouvrage, que je n'ai rien &#233;crit que je ne soumette de grand c&#339;ur &#224; l'examen des souverains de ma patrie. S'ils jugent que quelqu'une de mes paroles soit contraire aux lois de mon pays et &#224; l'utilit&#233; publique, je la retire. Je sais que je suis homme et que j'ai pu me tromper ; mais j'ose dire que j'ai fait tous mes efforts pour ne me tromper point et pour conformer avant tout mes &#233;crits aux lois de ma patrie, &#224; la pi&#233;t&#233; et aux bonnes m&#339;urs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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