<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.caute.lautre.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Caute@lautre.net</title>
	<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.caute.lautre.net/spip.php?id_rubrique=130&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Caute@lautre.net</title>
		<url>https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L144xH25/siteon0-61142.png?1772222329</url>
		<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
		<height>25</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Si vous n'aimez pas la peinture, n'en d&#233;go&#251;tez pas les autres</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Si-vous-n-aimez-pas-la-peinture-n-en-degoutez-pas-les-autres</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Si-vous-n-aimez-pas-la-peinture-n-en-degoutez-pas-les-autres</guid>
		<dc:date>2004-02-08T17:58:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fromanger, G&#233;rard</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Source : Multitudes n&#176; 1 - mars 2000. &lt;br class='autobr' /&gt; 1. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous me demandez de r&#233;fl&#233;chir sur &#171; la fin du sens &#187; &#224; partir de la question &#171; peut-on encore entretenir la croyance en l'Art ? &#187; Si c'est une question, ce que je ne crois pas, c'est une vieille et mauvaise question. La fin de l'Histoire, la fin des id&#233;ologies, la fin de l'Art, la fin du sens, sont des questions ennuyeuses qui m&#232;nent &#224; des discussions motiv&#233;es, dans le meilleur des cas, par l'&#233;nergie du d&#233;sespoir et le plus souvent par des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Fromanger-" rel="directory"&gt;Fromanger&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;Multitudes&lt;/a&gt; n&#176; 1 - mars 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vous me demandez de r&#233;fl&#233;chir sur &#171; la fin du sens &#187; &#224; partir de la question &#171; peut-on encore entretenir la croyance en l'Art ? &#187; Si c'est une question, ce que je ne crois pas, c'est une vieille et mauvaise question. La fin de l'Histoire, la fin des id&#233;ologies, la fin de l'Art, la fin du sens, sont des questions ennuyeuses qui m&#232;nent &#224; des discussions motiv&#233;es, dans le meilleur des cas, par l'&#233;nergie du d&#233;sespoir et le plus souvent par des vanit&#233;s ou des int&#233;r&#234;ts. S'il s'agit, comme je le crois, de l'affirmation qu'on ne peut plus entretenir la croyance en l'Art, elle ne s'adresse pas &#224; moi. Je ne peux imaginer son ou ses auteurs assez m&#233;chants pour me demander de me suicider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affirmation s'adresse peut-&#234;tre &#224; tous ceux qui viennent apr&#232;s la fabrication de l'Art ? Critiques, conservateurs, marchands, commissaires, collectionneurs, amateurs, journalistes, commissaires-priseurs, conseillers artistiques, ing&#233;nieurs culturels, etc., qui eux, pour de multiples raisons, &#224; un moment donn&#233;, face &#224; une situation qui les oppresse, peuvent douter de l'heureuse n&#233;cessit&#233; de leur travail ou vouloir d&#233;fendre d'autres int&#233;r&#234;ts ? L'activit&#233; de peintre ne me situe pas &#224; l'endroit &#224; partir duquel on &#171; entretient &#187; les autres, encore moins &#224; propos d'une &#171; croyance &#187; en l'Art. Cette affirmation s'adresserait-elle &#224; moi qu'elle me choquerait profond&#233;ment : les mots &#171; entretenir &#187; et &#171; croyance &#187; attribu&#233;s &#224; l'Art r&#233;sonnent comme un jugement, une r&#233;ponse, une volont&#233;, un ordre. Le &#171; peut-on encore &#187; laisse entendre qu'avant on pouvait et que maintenant on ne peut plus, I'Art n'&#233;tait qu'une foi comme une autre, nous en &#233;tions les ap&#244;tres, nous entretenions sa croyance, eh bien c'est fini ! 11 ne faut plus ! C'est mal ! Comme si la n&#233;cessit&#233; de l'Art se d&#233;cidait par d&#233;cret, du haut vers le bas. Comme si la question-affirmation allait de soi. Doit-on croire que des &#233;v&#233;nements si consid&#233;rables, si catastrophiques soient arriv&#233;s et qu'en cons&#233;quence il faille tout abandonner sur place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est mauvaise, elle masque une affirmation, elle ne s'adresse pas &#224; moi et la n&#233;cessit&#233; de l'Art n'a jamais ob&#233;i &#224; une croyance, ni &#224; un ordre, ni &#224; un d&#233;cret, ni &#224; une opinion. Et pourtant votre amicale provocation au d&#233;bat me donne envie de chercher avec vous de nouvelles questions sur des probl&#232;mes nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet hiver il ne neige pas en d&#233;cembre ? Catastrophe ! On pleure sur le manque &#224; gagner des commer&#231;ants de la montagne, on chante le bonheur de la promenade, de la cure de repos, des jeux pour les enfants, des bonnes tables, de l'air pur des sommets pour remplir les h&#244;tels et les grandes surfaces. On &#233;voque le spectre de l'imp&#244;t solidarit&#233; pour les sinistr&#233;s des stations tout en injectant sur les pistes et sur les &#233;crans T.V. une dose de neige artificielle pour montrer la bonne volont&#233; des indig&#232;nes. Il neige en f&#233;vrier ? Catastrophe ! Les avalanches se succ&#232;dent, les routes sont coup&#233;es, les pistes sont impraticables, il y a d&#233;j&#224; trois morts. On pleure sur le manque &#224; gagner des commer&#231;ants de la neige. La neige est l&#224;, le soleil aussi ? Catastrophe ! Vous devez faire la queue aux remonte-pentes, les moniteurs sont d&#233;bord&#233;s, il n'y a pas assez de lits, les bennes sont surcharg&#233;es et les accidents sont in&#233;vitables. On pleure sur le manque &#224; gagner des commer&#231;ants de loisirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;t&#233; il pleut ? Catastrophe ! Les plages sont d&#233;laiss&#233;es, la baignade ne fait plus recette, on nous chante qu'il fait toujours beau quelque part, les r&#233;coltes pourrissent sur pied et on craint des inondations. On pleure sur le manque &#224; gagner des commer&#231;ants de la mer et de la terre. Cet &#233;t&#233; le soleil brille ? Catastrophe ! C'est la s&#233;cheresse, les for&#234;ts br&#251;lent, les animaux sont abattus, l'eau va manquer sur la c&#244;te, on pleure sur le manque &#224; gagner des commer&#231;ants des vagues, du soleil et de l'air qu'on respire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature est une catastrophe. Comme la gr&#232;ve, comme la r&#233;volte. Comme nous ? Le sens est unique et obligatoire : libert&#233; du travail, libert&#233; des prix, libert&#233; des produits et de leur consommation. Tout ce qui g&#232;ne la libre circulation de l'argent est une catastrophe. La parano&#239;a est totale et contagieuse. S'agit-il d'une banale et syst&#233;matique dramatisation pour &#171; fid&#233;liser &#187; le t&#233;l&#233;spectateur, l'auditeur, le lecteur ? Y a-t-il complot ? Simple r&#233;gulation des flux &#233;conomiques ? La tentative d'O.P.A. de l'argent sur tout ce qui bouge a-t-elle pour cons&#233;quence la fin du sens ? Ce qu'on dit des choses est-il plus important que les choses elles-m&#234;mes ? L'indice CA. 40, le TOP 50 et l'audimat ont-ils d&#233;finitivement pris la place du P&#232;re, du Fils et du Saint-Esprit ? Est-ce vraiment un mal ? Est-ce si important que &#231;a ? Est-ce le prix &#224; payer pour vaincre la mis&#232;re ? R&#233;pandre l'id&#233;e de la fin du sens fait-il monter la cote ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les avant-gardes artistiques du si&#232;cle ont voulu changer la perception du monde. Toutes, sans aucune exception, voient leur cote monter &#224; la bourse de l'Art. Y a-t-il un rapport de cause &#224; effet ? Y a-t-il contradiction ? Quelles conclusions faut-il en tirer ? Est-ce une victoire ? Pour qui ? Est-ce une d&#233;confiture ? Pour qui ? Est-ce un jeu ? Une com&#233;die ? Une trag&#233;die ? Pour qui ? Est-ce une question int&#233;ressante ? Pour qui ? Il y a toujours un savant pour prouver l'existence de Dieu. Va-t-on en trouver un pour prouver et l&#233;gitimer la fin du sens ? Le sens a-t-il un d&#233;but et une fin ? Est-il en expansion ou en contraction ? Est-il fini ou infini ? Y a-t-il des trous noirs dans le sens ? Allons ! Allons ! Circulez, y a rien &#224; voir, par ici la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis entour&#233; de corbeaux dans un champ de bl&#233; la nature me semble chaotique et folle. Quand Van Gogh peint le champ de bl&#233; aux corbeaux (&#171; qui a d&#233;j&#224; vu comme dans cette toile la terre &#233;quivaloir la mer ? &#187; Artaud), il est parfaitement raisonnable et ouvert au sens : &#171; Je suis compl&#232;tement dans une disposition de presque trop grand calme, dans l'&#233;tat qu'il faut pour peindre cela &#187; &#233;crit Vincent &#224; sa m&#232;re et &#224; sa s&#339;ur. Si Vincent est fou et la nature raisonnable, tout va bien, sa peinture n'a pas de sens. Si la nature est folle et Vincent raisonnable, c'est tr&#232;s emb&#234;tant, g&#234;nant m&#234;me, &#231;a fait sens. &#171; Il y a des circonstances o&#249; il vaut mieux &#234;tre vaincu que vainqueur ! &#187; Vincent peint Les iris et il sait en &#233;crivant ces mots que rien n'en abolira jamais le sens, que les milliards sans fin n'ont pas de sens, que le sens n'a pas de prix. Il faudrait dire &#224; Vincent que la trag&#233;die &#233;tait une farce, que les milliards sont faux, que le tableau n'est toujours pas pay&#233;, que seul son tableau est vrai. Rions Vincent, rions ensemble de toute cette b&#234;tise. &#171; Il y a quelque chose au-dedans de moi, qu'est-ce donc ? &#187;, &#171; A quoi donc pourrais-je &#234;tre utile, &#224; quoi pourrais-je servir ? &#187;, &#171; Je cherche &#224; exprimer le passage d&#233;sesp&#233;r&#233;ment rapide des choses dans la vie moderne &#187;, &#233;crit Vincent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;vidence de tous les possibles rend ind&#233;cente et stupide toute question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand je n'ai plus de rouge, je prends du bleu &#187;, dit Picasso. Le rouge peut manquer, le bleu fera aussi bien l'affaire. Il ne s'agit pas d'une couleur, il s'agit d'une affaire en cours. Le d&#233;roulement de l'affaire emporte tout et fait sens par d&#233;placement de l'int&#233;r&#234;t du rouge vers une force plus grande qui serait le cours des choses. Prendre du bleu ne remplace pas le rouge qui fait d&#233;faut mais permet l'expression du sens. Le rouge n'a pas de sens en soi et la fin du rouge n'est pas la fin du sens. Prendre du bleu n'a pas de sens en soi mais prendre du bleu pour continuer ce que le rouge &#233;puis&#233; ne peut plus faire, pour op&#233;rer un l&#233;ger d&#233;placement, un pas de c&#244;t&#233;, pour ouvrir un passage dans lequel on s'engouffre et cr&#233;er le mouvement qui va donner du sens. On ne peut pas donner du sens sur ce qu'on croit incontournable mais sur ce qu'on cherche ou ce qu'on trouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ceci n'est pas une pipe &#187;, &#233;crit Magritte sous l'image peinte d'une pipe. Ceci n'est pas une pipe ? Mais comment donc ? &#199;a n'a pas de sens ! C'est bien une pipe que vous figurez, l&#224;, au-dessus de la phrase ? Vous vous moquez de moi ? - Oui, je me moque de vous et de vos certitudes puisque vous vous moquez de moi et de mes peintures. Si vos certitudes ne donnent aucun sens &#224; ma vie, mes peintures peuvent donner un sens &#224; la v&#244;tre : regardez le r&#233;el autour de vous et pas ce qu'on en dit, ceci est une image de t&#233;l&#233;vision et pas de la pluie ou du beau temps, ceci est un crime et pas une bavure, ceci est la mis&#232;re et pas une statistique, ceci est un tableau et pas une pipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je pose un rouge sur la toile blanche, ce rouge n'est rien et la toile n'est pas blanche. Ce rouge n'est pas monochrome immat&#233;riel, ni un symbole, ni une vanit&#233;, ni un feu, ni la trace d'un d&#233;sespoir. Ce rouge est seul, rien ne le colore, ne le refroidit, ne le r&#233;chauffe, il n'est rien tant qu'il est un rouge seul, il n'a pas de sens, il n'est qu'une vague trace de peinture. Mais sa pr&#233;sence &#233;tablit un fait nouveau et inaugure un processus, il sert &#224; quelque chose. La toile n'est pas blanche, elle est noire, noire de tout ce que les autres ont fait, noire de tout ce que j'ai fait, noire de toutes mes certitudes. Elle ne demande qu'&#224; &#234;tre blanchie. Le rouge et le noir font partie d'un projet qui n'a pas de pr&#233;c&#233;dent et dont je ne connais pas la suite. Le rouge commence par effacer, puis il blanchit, lib&#232;re la toile de toutes les noirceurs pass&#233;es qui la couvrent. Bouillonnant, &#233;clatant, le rouge piaffe d'impatience et ne supporte plus sa solitude. Il demande, il supplie, il exige un vert, m&#234;me petit, l&#224;-haut dans l'angle, et le vert appara&#238;t, compl&#233;mentaire, indispensable &#224; la vie du rouge ; ils dansent et composent de nouvelles figures et d&#233;j&#224; se demandent avec qui partager leurs guerres et leurs amours. Le jaune, le violet, l'orang&#233; et le bleu accourent pour m&#234;ler leurs vitalit&#233;s &#224; la leur, par touches successives, par mouvements involontaires et in&#233;luctables, par des accidents et des bonheurs dont le d&#233;roulement m&#234;me ne signifie rien d'autre que le sens en train de se faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;G&#201;RARD FROMANGER&lt;br class='autobr' /&gt;
Sienne, f&#233;vrier 1990&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bruce Nauman (peintre, sculpteur, vid&#233;aste, conceptuel, performer, &#171; art maker &#187; tous azimuts) et son &#233;pouse Susan Rothenberg (peintre) vivent ensemble dans le d&#233;sert au Nouveau Mexique. Chaque soir, apr&#232;s une journ&#233;e de travail dans leurs ateliers respectifs et voisins, ils se retrouvent dans la maison qu'ils partagent, face &#224; leurs deux ateliers. Ils commencent toujours par &#233;changer et commenter leurs exp&#233;riences du jour. Ils incarnent la cohabitation heureuse de toutes les techniques qui produisent l'art contemporain. Pour eux, pas de rupture ni de hi&#233;rarchie entre peinture, vid&#233;o, concept, performance, n&#233;on, pince, marteau, lampe &#224; souder, scie, brosse. Pas de pr&#233;f&#233;rence exclusive pour la peinture ou la vid&#233;o, pas de rejet de l'autre mais au contraire une communaut&#233; ouverte &#224; toutes les techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel Duchamp ironise sur les peintres toxico-d&#233;pendants de la t&#233;r&#233;benthine mais peint toute sa vie. Le bleu est aussi n&#233;cessaire &#224; Yves Klein et Jacques Monory que le blanc &#224; Piero Manzoni et Robert Ryman, c'est le support (le ch&#226;ssis) et la surface (la toile) qu'on analyse, d&#233;mant&#232;le et restructure ; les n&#233;ons de Bruce sont multicolores et les chevaux de Susan sont &#233;pais et gris de peinture ; qu'on le barde de.couteaux (Daniel Pommereulle), qu'on tourne autour (Gerhard Richter) ou qu'on tombe dedans (Anish Kapoor), c'est toujours du pot de peinture qu'il s'agit. Pour le Front national des fossoyeurs de l'art contemporain (Baudrillard, Clair-Regnier, Fumaroli, Domecq, Mavrakis, Revol, Held) la cause est entendue : Jackson Pollock est un &#171; pochard &#187;, Andy Warhol un &#171; imposteur &#187;, Daniel Buren un &#171; truqueur officiel &#187;, Jean-Pierre Raynaud un &#171; impuissant &#187;, &#171; l'art contemporain fran&#231;ais n'a plus ni sens ni existence &#187; (J. Clair), on d&#233;nonce &#171; le complot de l'art &#187; (Baudrillard), &#171; mon fils en fait autant &#187;, on conna&#238;t la chanson, nous sommes tous des d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La calomnie, l'exclusion et la haine nourrissent leur fond de commerce. Ils aiment une peinture qui flatte l'encolure, pleine de certitudes et de bon go&#251;t, qui met au pas dans le sens du poil, une peinture en avant comme avant, celle qui enfonce les portes ouvertes. Ils ex&#232;crent la peinture contemporaine, celle qui &#171; trouble &#187; (Braque), qui &#171; sent sous les bras &#187; (Picasso), qui &#171; r&#233;siste face au journal du matin &#187; (Breton), celle qui enfonce les portes ferm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture contemporaine n'est pas un m&#233;dia, pas un pouvoir, pas une science. Elle n'a rien &#224; communiquer, rien &#224; vendre, rien &#224; ordonner. Elle n'informe pas, ne flatte personne, ne fait ni propagande ni publicit&#233;. Elle n'est ni documentaire, ni fiction, ni courte ni longue, ni petite ni grande, elle n'illustre ni ne commente, elle n'est rien d'autre qu'elle-m&#234;me, c'est une &#171; chose &#187; en soi qui ne parle que d'elle-m&#234;me et ne peut parler d'autre chose que d'elle-m&#234;me. Si elle parle d'autre chose elle n'est plus de la peinture contemporaine. Elle est un noyau dur, radical, n&#233;cessaire et suffisant. C'est par cette totale singularit&#233; qu'elle parle aux autres. Elle ne parle que de peinture donc elle parle de tout &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture contemporaine n'a rien &#224; conqu&#233;rir ni rien &#224; d&#233;fendre. Quand elle fait la guerre c'est pour du beurre, elle fait rire (Eduardo Arroyo) ou mourir (Jean-Michel Basquiat) et pourtant elle est attaqu&#233;e de toutes parts. Sans territoire et sans pouvoir on la d&#233;sire et on l'assassine. Elle est un peuple plein de batailles internes (figuratifs/abstraits, g&#233;om&#233;triques/lyriques, conceptuels/mati&#233;ristes, sculptures/environnements, peintures/performances, etc.) qui n'en veut &#224; personne, n'attaque personne, n'impose rien. Elle ne donne pas de r&#233;sultats exacts, pas de d&#233;couvertes utiles, pas d'&#233;quation, pas de th&#233;or&#232;me, et pourtant les &#171; comit&#233;s scientifiques &#187; la jaugent, la g&#232;rent et la jugent : &#171; Avec moi vous &#234;tes s&#251;r de ne pas vous tromper &#187; (Rosalind Krauss). Elle n'est pour autant ni un truc ni une trouvaille ni une mystification ni une imposture, et pourtant on l'insulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tr&#232;s vite la peinture n'imite personne, ne combat personne, ne trompe personne. Elle atteint ce point de non-retour &#224; partir duquel on avance, on d&#233;friche, on cherche et on trouve, on devient un(e) inconnu(e), un(e) &#233;tranger(e) : on d&#233;barque et on embarrasse, on appara&#238;t et on encombre, on invente et on d&#233;range, on illumine et on indispose, on enchante et on g&#234;ne, on &#233;blouit et on fait peur. Un ciel immense &#233;crase comme une mouche un Manhattan d&#233;risoire. Un ciel peint comme la carcasse d'un autobus, la porte d'un wagon de marchandises ou le flanc d'un navire, et qui crie : Je ne suis pas un ciel au-dessus d'une ville, je ne suis ni beau - ni gai - ni triste, ni aube ni cr&#233;puscule, je n'ai rien &#224; dire et vous ne m'avez jamais vu, et pourtant vous m'&#233;coutez et vous me reconnaissez. Je suis n&#233; de la derni&#232;re pluie, je suis encore tout mouill&#233; du ventre de ma m&#232;re, je suis un coup de pinceau tout neuf, je suis comme je suis, comme tu es, comme il est, comme nous sommes, comme vous &#234;tes, comme ils sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avoir en t&#234;te le bonheur de Susan sortant de l'atelier pour dire &#224; Bruce : &#171; Aujourd'hui j'ai eu une id&#233;e fantastique qui bouleverse ma peinture. &#187; Elle avait simplement eu le courage, pour elle extraordinaire, de poser pour la premi&#232;re fois une touche de rose sur le naseau d'un cheval ! Il faut avoir en t&#234;te le d&#233;sespoir de Bruce sortant de l'atelier pour dire &#224; Susan : &#171; Aujourd'hui je n'ai rien fait. &#187; Il avait seulement esquiss&#233; vingt id&#233;es neuves dont aucune ne le satisfaisait. (&#192; suivre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;G&#201;RARD FROMANGER&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris, le 29 janvier 1999&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
