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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>&#034; Avertisseur d'incendie &#034; : la critique de la technologie chez Walter Benjamin.</title>
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		<dc:creator>L&#246;wy, Michael</dc:creator>



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&lt;p&gt;SOURCE : site. &lt;br class='autobr' /&gt; L'approche a-critique du progr&#232;s technique constitue la tendance dominante dans le marxisme depuis la fin du XIXe si&#232;cle. Le point de vue de Marx lui-m&#234;me &#233;tait moins unilat&#233;ral, car on trouve dans ses &#233;crits une tentative de comprendre dialectiquement les antinomies du progr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que dans certaines de ses oeuvres, c'est le r&#244;le historiquement progressiste du capitalisme qui ressort. Par exemple, dans le Manifeste du parti communiste, on trouve une c&#233;l&#233;bration (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Sur-Benjamin-" rel="directory"&gt;Sur Benjamin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'approche a-critique du progr&#232;s technique constitue la tendance dominante dans le marxisme depuis la fin du XIXe si&#232;cle. Le point de vue de Marx lui-m&#234;me &#233;tait moins unilat&#233;ral, car on trouve dans ses &#233;crits une tentative de comprendre &lt;i&gt;dialectiquement&lt;/i&gt; les antinomies du progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que dans certaines de ses oeuvres, c'est le r&#244;le historiquement progressiste du capitalisme qui ressort. Par exemple, dans le &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, on trouve une c&#233;l&#233;bration enthousiaste du progr&#232;s technologique bourgeois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bourgeoisie, au cours d'une domination de classe &#224; peine s&#233;culaire, a cr&#233;&#233; des forces productrices de la nature, le machinisme... , la navigation &#224; vapeur, les chemins de fer, les t&#233;l&#233;graphes &#233;lectriques... Quel si&#232;cle ant&#233;rieur aurait soup&#231;onn&#233; que de pareilles forces productives sommeillaient au sein du travail social&#034; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me ici il y a quelques r&#233;f&#233;rences claires aux cons&#233;quences n&#233;gatives de la technologie industrielle : &#224; cause de l'utilisation extensive des machines, le travail &#034;a perdu tout son caract&#232;re autonome et, par cons&#233;quent, tout attrait&#034; ; le prol&#233;taire devient &#034;&lt;i&gt;un simple accessoire de la machine&lt;/i&gt;&#034; et son travail devient de plus en plus &#034;repoussant&#034; (terme que Marx emprunte &#224; Fourier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Manifeste du parti communiste, Paris, Bourgeois, 1962, pages 25, 27.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux aspects sont trait&#233;s largement dans les &#233;crits &#233;conomiques principaux de Marx. Dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; par exemple, il souligne la &#034;grande influence civilisatrice&#034; du capital mais n'en reconna&#238;t pas moins que la machine enl&#232;ve au travail &#034;toute son ind&#233;pendance et son caract&#232;re attrayant&#034;. (Notons ici une autre cat&#233;gorie fouri&#233;riste : le travail attrayant). Il ne doute pas que la technologie capitaliste signifie la d&#233;gradation et l'intensification du travail : &#034;La machine la plus d&#233;velopp&#233;e contraint l'ouvrier &#224; travailler plus longtemps que le sauvage, ou lui-m&#234;me, lorsqu'il disposait d'outils plus rudimentaires et plus primitifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique, trad. R. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, le c&#244;t&#233; sombre de la technologie industrielle vient avec force au premier plan : &#224; cause des machines, le travail dans l'usine capitaliste devient &#034;une sorte de torture&#034;, une &#034;routine mis&#233;rable de corv&#233;e sans fin dans laquelle le m&#234;me processus m&#233;canique est r&#233;p&#233;t&#233; sans cesse ... comme le travail de Sisyphe&#034; (et ici Marx cite Engels : &lt;i&gt;La situation de la classe ouvri&#232;re en Angleterre&lt;/i&gt;) ; tout le processus de travail est &#034;transform&#233; en un mode organis&#233; pour &#233;craser la vitalit&#233;, la libert&#233; et l'ind&#233;pendance de l'ouvrier&#034;. Autrement dit, dans ce mode de production, la machine, loin d'am&#233;liorer la condition du travail leur &#034;prive le travail de tout int&#233;r&#234;t&#034; et &#034;confisque tout atome de libert&#233; dans l'activit&#233; corporelle et intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Das Kapital, in Karl Marx-Friedrich Engels, Werke, Band 23, Berlin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx semble &#234;tre conscient des cons&#233;quences &#233;cologiques de la technologie capitaliste : dans le chapitre du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; sur &#034;le machinisme et la grande industrie&#034;, il fait remarquer que la production capitaliste &#034;trouble (st&#246;rt) l'&#233;change mat&#233;riel (Stoffwechsel) entre l'homme et la terre en rendant de plus en plus difficile la restitution de ses &#233;l&#233;ments de fertilit&#233;, des ingr&#233;dients chimiques qui lui sont enlev&#233;s et utilis&#233;s sous forme d'aliments, de v&#234;tements, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ainsi elle d&#233;truit et la sant&#233; physique de l'ouvrier urbain et la vie spirituelle du travailleur rural. Chaque pas vers le progr&#232;s de l'agriculture capitaliste, chaque gain de fertilit&#233; &#224; court terme, constitue en m&#234;me temps un progr&#232;s dans la ruine des sources durables de cette fertilit&#233;. Plus un pays, les &#201;tats-Unis du nord de l'Am&#233;rique par exemple, se d&#233;veloppe sur la base de la grande industrie, plus ce proc&#232;s de destruction s'accomplit rapidement. La production capitaliste ne d&#233;veloppe donc la technique et la combinaison du proc&#232;s de production sociale qu'en &#233;puisant en m&#234;me temps les deux sources d'o&#249; jaillit toute richesse : la terre et le travailleur&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Le Capital, trad. Joseph Roy, Editions Sociales, 1976, T. I, pages (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Marx soit loin d'&#234;tre un romantique, il s'inspire beaucoup de la critique romantique de la civilisation industrielle et de la technologie du capitalisme. Parmi les auteurs qu'il cite souvent dans ses &#233;crits &#233;conomiques, on trouve non seulement des communistes utopiques comme Fourier, mais aussi des &#034;socialistes petits-bourgeois&#034; tels que Sismondi et m&#234;me des conservateurs aussi marqu&#233;s que David Urquhart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; la diff&#233;rence des &#233;conomistes romantiques, Marx ne critique pas la technologie moderne elle-m&#234;me, seulement la fa&#231;on dont le capitalisme s'en sert. Les contradictions et les antinomies du machinisme ne proviennent pas du machinisme lui-m&#234;me mais de son usage (Anwendung) capitaliste. Par exemple, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me, le machinisme r&#233;duit la journ&#233;e de travail, tandis que son usage capitaliste l'accro&#238;t ; en lui-m&#234;me il facilite le travail, mais son usage capitaliste accro&#238;t son intensit&#233; ; il est en lui-m&#234;me une victoire de l'homme sur les forces de la nature mais son usage capitaliste rend l'homme esclave de ces forces ; en lui-m&#234;me il multiplie la richesse du producteur, mais en son usage capitaliste il le paup&#233;rise, etc&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Das kapital in Marx-Engels, op., cit., Band 23, p. 465.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment concevoir donc un usage post-capitaliste ou socialiste des machines et de la technologie industrielle ? La r&#233;ponse, tant dans le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; que dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, est que la m&#233;canisation, en r&#233;duisant le temps de travail, cr&#233;era du temps libre, qui est &#224; la fois un temps de loisir et un temps pour des activit&#233;s plus nobles. Dans la soci&#233;t&#233; socialiste, le progr&#232;s technique permettra &#034;de r&#233;duire au minimum le travail n&#233;cessaire, qui correspond donc au d&#233;veloppement artistique, scientifique etc., des individus dans le temps ainsi lib&#233;r&#233; et avec les moyens cr&#233;&#233;s, pour tous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marx, Grundrisse der kritik der Politischen Ekonomie, Berlin, Dietz Verlag, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il que la structure industrielle technologique moderne est un &lt;i&gt;instrument neutre&lt;/i&gt; que l'on peut utiliser soit de fa&#231;on capitaliste soit de fa&#231;on socialiste ? Ou bien la nature du syst&#232;me technologique en place est-elle affect&#233;e par ses origines capitalistes ? Cette question et bien d'autres questions pertinentes sont laiss&#233;es sans r&#233;ponse par Marx. Mais une grande partie de la qualit&#233; &lt;i&gt;dialectique&lt;/i&gt; de ses &#233;crits sur le machinisme - sa tentative de saisir le caract&#232;re &lt;i&gt;contradictoire&lt;/i&gt; de son d&#233;veloppement - s'est perdue dans la litt&#233;rature marxiste apr&#232;s Marx, car celle-ci est tomb&#233;e sous le charme du progr&#232;s technologique et a c&#233;l&#233;br&#233; ses succ&#232;s comme une pure b&#233;n&#233;diction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin n'a jamais trait&#233; syst&#233;matiquement les probl&#232;mes de la technologie moderne, mais l'on trouve dans ses &#233;crits des aper&#231;us remarquables qui le distinguent comme un des premiers penseurs marxistes &#224; aborder ces questions avec un esprit critique. Rejetant les axiomes serai-positivistes et na&#239;vement optimistes du marxisme vulgaire (de la IIe et de la IIIe Internationale), Benjamin a essay&#233; de sonner l'alarme pour avertir ses lecteurs des dangers inh&#233;rents du mod&#232;le dominant du progr&#232;s technique. Sa double protestation, contre le progr&#232;s technique dans la guerre et contre la destruction de la nature, frappe par son c&#244;t&#233; proph&#233;tique et par sa pertinence &#233;tonnante pour notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les racines de l'attitude de Benjamin par rapport &#224; la technologie se trouvent dans la tradition romantique. Les romantiques et les n&#233;o-romantiques allemands de la fin du XIXe si&#232;cle critiquaient la &lt;i&gt;Zivilisation&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire le progr&#232;s mat&#233;riel sans &#226;me li&#233; au d&#233;veloppement technique et scientifique, &#224; la rationalit&#233; bureaucratique et &#224; la quantification de la vie sociale. Cette critique &#233;tait formul&#233;e au nom de la &lt;i&gt;Kultur&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire du corps organique des valeurs morales, culturelles, religieuses et sociales. Ils d&#233;non&#231;aient en particulier les r&#233;sultats fatals de la m&#233;canisation, de la division du travail et de la production de marchandises, en se r&#233;f&#233;rant nostalgiquement aux modes de vie pr&#233;capitalistes et pr&#233;industriels. Bien qu'une grande partie de cet anticapitalisme romantique f&#251;t conservateur ou r&#233;actionnaire, il exprimait aussi une puissante tendance r&#233;volutionnaire. Les r&#233;volutionnaires romantiques critiquaient l'ordre industriel bourgeois au nom de valeurs du pass&#233;, mais leurs espoirs s'orientaient vers une utopie post-capitaliste, socialiste et sans classes. Cette vision du monde radicale, partag&#233;e par des auteurs tels que William Morris et Georges Sorel, et en Allemagne par Gustav Landauer et Ernst Bloch, constitue le fondement culturel et la source initiale des r&#233;flexions de Walter Benjamin sur la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un de ses premiers &#233;crits, un essai qui date de 1913, sur &#034;La religiosit&#233; de notre temps&#034;, dans lequel il pr&#233;tend que &#034;nous sommes encore profond&#233;ment immerg&#233;s dans les d&#233;couvertes du Romantisme&#034;, Benjamin se plaint de la r&#233;duction des hommes en machines &#224; travailler et du rabaissement du travail &#224; sa forme technique. Faisant &#233;cho &#224; certains th&#232;mes n&#233;o-romantiques de son temps, il croyait &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une nouvelle religion (inspir&#233;e par Tolsto&#239; et Nietzsche) et rejetait le mat&#233;rialisme superficiel qui r&#233;duit toute activit&#233; sociale &#224; &#034;une affaire de &lt;i&gt;Zivilisation&lt;/i&gt; comme la lumi&#232;re &#233;lectrique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, &#034;Dialog &#252;ber die Religiosit&#228;t der Gegenwart&#034; in Gesammelte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1924, Benjamin s'int&#233;resse de plus en plus au marxisme et sympathise avec le mouvement communiste. Sa critique devient plus politique et plus sp&#233;cifique. Dans un article publi&#233; en 1925, &#034;Les armes de demain&#034;, il attire l'attention sur l'usage de la technologie moderne au service du &#034;militarisme international&#034;. II d&#233;crit en d&#233;tail les batailles du futur avec &#034;du chloraz&#233;toph&#233;nol, du disph&#233;nylaminchlorasine et du dichlorathysulphide&#034; que l'on pr&#233;pare dans les laboratoires chimiques, et soutient que l'horreur de la guerre chimique d&#233;passe l'imagination humaine : le gaz toxique ne distingue pas les civils des soldats et peut d&#233;truire toute vie humaine, animale et v&#233;g&#233;tale, sur de vastes &#233;tendues de terre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, G. S., IV. 1, pp. 473-476. Il n'existe aucune traduction fran&#231;aise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est dans &lt;i&gt;Sens unique&lt;/i&gt; (&#233;crit avant 1926 mais publi&#233; en 1928) que Benjamin s'efforce v&#233;ritablement d'affronter le probl&#232;me de la technologie en termes marxistes en le rapportant &#224; la lutte des classes. Dans un des passages les plus remarquables, le paragraphe intitul&#233; &#034;Avertisseur d'incendie&#034;, il consid&#232;re la chute de la bourgeoisie provoqu&#233;e par la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme la seule mani&#232;re d'&#233;viter une fin catastrophique &#224; &#034;une &#233;volution culturelle trois fois mill&#233;naire&#034;. Autrement dit : &lt;i&gt;Si l'&#233;limination de la bourgeoisie n'est pas accomplie avant un moment presque calculable de l'&#233;volution technique et scientifique (indiqu&#233; par l'inflation et la guerre chimique), tout est perdu. Il faut couper la m&#232;che qui br&#251;le avant que l'&#233;tincelle n'atteigne la dynamite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Sens unique, trad. de Jean Lacoste, Paris, Les Lettres Nouvelles - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&#034;. Cet argument, qui ressemble &#233;tonnamment &#224; des id&#233;es avanc&#233;es aujourd'hui par le mouvement antinucl&#233;aire et pacifiste, est fond&#233; encore une fois sur le danger mortel de la guerre et de la technologie militaire. D'ailleurs il ne con&#231;oit pas la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme le r&#233;sultat &#034;naturel&#034; ou &#034;in&#233;vitable&#034; du &#034;progr&#232;s&#034; &#233;conomique et technique (axiome semi-positiviste partag&#233; par beaucoup de marxistes &#224; l'&#233;poque), mais comme l'interruption critique d'une &#233;volution qui m&#232;ne &#224; la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre le capitalisme et la manipulation militaire de la technologie est examin&#233;e dans un autre passage de &lt;i&gt;Sens unique&lt;/i&gt;, intitul&#233; &#034;Vers le plan&#233;tarium&#034;. La technologie aurait pu &#234;tre un instrument pour les &#034;fian&#231;ailles&#034; entre l'humanit&#233; et le cosmos, mais &#034;&lt;i&gt;comme la soif de profits de la classe dominante comptait expier sur elle son dessein, la technique a trahi l'humanit&#233; et a transform&#233; la couche nuptiale en un bain de sang&lt;/i&gt;&#034; pendant la guerre mondiale. Benjamin &#233;tablit un rapport entre l'usage militaire du progr&#232;s technique et le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral du rapport entre l'humanit&#233; et la nature : la technique ne devrait pas &#234;tre &#034;&lt;i&gt;domination de la nature&lt;/i&gt; &#034; - c'est un &#034;enseignement imp&#233;rialiste&#034; - mais plut&#244;t &#034;&lt;i&gt;ma&#238;trise du rapport entre la nature et l'humanit&#233;&lt;/i&gt;&#034;. Il con&#231;oit &#034;les nuits d'an&#233;antissement de la derni&#232;re guerre&#034; comme une crise &#233;pileptique de l'humanit&#233; et voit dans le pouvoir prol&#233;tarien le moyen de &#034;&lt;i&gt;mesurer les progr&#232;s de la gu&#233;rison&lt;/i&gt;&#034; et la premi&#232;re tentative de soumettre la technologie &#224; un contr&#244;le humain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, pp. 242-243, G. S. IV. 1 et 147-148.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de savoir dans quelle mesure l'Union sovi&#233;tique (que Benjamin a visit&#233;e en 1926-27) a correspondu &#224; ses attentes. Dans certains articles publi&#233;s en 1927 sur le cin&#233;ma sovi&#233;tique (qu'il d&#233;fendait contre divers critiques), il se plaint que le public sovi&#233;tique, &#224; cause de son admiration passionn&#233;e de la technologie, ne peut pas accepter les films satiriques occidentaux o&#249; l'humour est dirig&#233; contre la technologie. &#034;&lt;i&gt;Les Russes ne peuvent comprendre l'attitude ironique et sceptique face aux choses techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;Zur Lage der Russischen Filmkunst&#034; et &#034;Erwilderung an Oscar H. H. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il nourrissait quelques espoirs pour le succ&#232;s de l'exp&#233;rience sovi&#233;tique, il n'en nourrissait aucun pour le d&#233;veloppement de la technologie dans le monde capitaliste. Suivant l'auteur communiste fran&#231;ais Pierre Naville (de l'opposition trotskyste), Benjamin appelle &#224; une &#034;&lt;i&gt;organisation du pessimisme&lt;/i&gt;&#034; et exprime ironiquement sa &#034;&lt;i&gt;confiance illimit&#233;e seulement dans l'I.G. Farben et dans le perfectionnement pacifique de la Luftwaffe&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;Le surr&#233;alisme. Le dernier instantan&#233; de l'intelligence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Ces deux institutions n'allaient pas tarder &#224; montrer, au-del&#224; des pr&#233;visions les plus pessimistes de Benjamin, quel usage sinistre on pouvait faire de la technologie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin voyait dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#034;&lt;i&gt;un d&#233;calage b&#233;ant entre le pouvoir gigantesque de la technologie et la minuscule illumination morale qu'elle&lt;br /&gt;
permet&lt;/i&gt;&#034;, d&#233;calage qui se manifeste par les guerres imp&#233;rialistes. La multiplication des artefacts techniques et des sources de puissance ne peut &#234;tre absorb&#233;e et est canalis&#233;e vers la destruction, par cons&#233;quent, &#034;&lt;i&gt;toute guerre sera une r&#233;volte des esclaves de la technologie&lt;/i&gt;&#034;. Benjamin croit n&#233;anmoins que, dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, la technologie cessera d'&#234;tre un &#034;f&#233;tiche de la mort&#034; et deviendra &#034;une cl&#233; du bonheur&#034; ; l'humanit&#233; &#233;mancip&#233;e utilisera et illuminera les secrets de la nature gr&#226;ce &#224; une technologie &#034;m&#233;diatis&#233;e par le sch&#233;ma humain des choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;Theoricien des deutschen Faschismus&#034;, G. S. III, pp. 238-243, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son c&#233;l&#232;bre essai &lt;i&gt;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#226;ge de sa reproductibilit&#233; technique&lt;/i&gt; (1936), il souligne encore que la guerre imp&#233;rialiste est &#034;&lt;i&gt;une r&#233;volte de la technique&lt;/i&gt;&#034;, ce qui&lt;br /&gt;
veut dire que &#034;&lt;i&gt;lorsque l'usage naturel des forces productives est paralys&#233; par le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233;, l'accroissement des moyens techniques, des rythmes, des sources d'&#233;nergie tend &#224; un usage contre nature. Il le trouve dans la guerre.&lt;/i&gt;&#034; La &#034;formule technologique&#034; de la soci&#233;t&#233; capitaliste peut se r&#233;sumer ainsi : &#034;La guerre, et la guerre seule, permet de mobiliser toutes les ressources techniques d'aujourd'hui sans toucher cependant au statut de la propri&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#226;ge de sa reproductibilit&#233; technique&#034; in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin est de plus en plus conscient du fait que ses vues critiques sur la technologie s'opposent &#224; l'approche b&#233;atement optimiste si caract&#233;ristique de l'id&#233;ologie dominante au sein du mouvement ouvrier, en particulier le marxisme positiviste adopt&#233; par la social-d&#233;mocratie &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Dans son essai &lt;i&gt;Eduard Fuchs, collectionneur et historien&lt;/i&gt; (1937), il critique la fa&#231;on positiviste d'identifier la technologie aux sciences naturelles : la technologie n'est pas un fait purement scientifique mais aussi historique, ce qui signifie que dans la soci&#233;t&#233; actuelle elle est en grande mesure d&#233;termin&#233;e par le capitalisme. Le positivisme social-d&#233;mocrate, que Benjamin fait remonter &#224; Bebel, semble ignorer le fait que dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise la technologie servait principalement &#224; produire des marchandises et &#224; faire la guerre. Cette attitude apolog&#233;tique et a-critique rendait les th&#233;oriciens socialistes aveugles devant le c&#244;t&#233; destructeur du d&#233;veloppement technologique et ses cons&#233;quences socialement n&#233;gatives. Il y a un fil conducteur qui m&#232;ne des hymnes saint-simoniens &#224; la gloire de l'industrie jusqu'aux illusions modernes des social-d&#233;mocrates en ce qui concerne les bienfaits de la technologie. Benjamin croit que la puissance et la capacit&#233; des machines d&#233;passe de loin les besoins sociaux de son temps et que &#034;les &#233;nergies que la technologie d&#233;veloppe au-del&#224; de ce seuil sont destructrices&#034;. Elles servent avant tout le perfectionnement technique de la guerre. Il oppose sa perspective pessimiste-r&#233;volutionnaire &#224; l'optimisme superficiel des &#233;pigones marxistes modernes et la lie aux pronostics de Marx lui-m&#234;me concernant le d&#233;veloppement barbare du capitalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, E. Fuchs, der Sammler und der Historiter, G. S. II, 2, pp. 487-488.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets n&#233;gatifs de la m&#233;canisation et de la technologie capitaliste moderne sur la classe ouvri&#232;re sont un des leitmotive du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de Marx. Dans son essai sur Baudelaire (1938) et dans les notes pour son projet de livre sur les passages parisiens, Benjamin articule les vues de Marx avec un cauchemar romantique : la transformation des &#234;tres humains en automates. Selon Marx (cit&#233; par Benjamin), il est caract&#233;ristique de la production capitaliste que les conditions de travail &#034;utilisent&#034; l'ouvrier plut&#244;t que l'inverse ; mais &#034;il faut des machines pour donner &#224; cette inversion une forme techniquement concr&#232;te&#034;. En travaillant avec des machines, les ouvriers apprennent &#224; coordonner &#034;leurs propres mouvements avec les mouvements uniform&#233;ment constants d'un automate&#034; (Marx). Alors que le travail de l'artisan exigeait exp&#233;rience et pratique, l'ouvrier non qualifi&#233; moderne est &#034;&lt;i&gt;coup&#233;&lt;/i&gt; - &#233;crit Benjamin - &lt;i&gt;de l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;&#034; et &#034;pr&lt;i&gt;ofond&#233;ment d&#233;grad&#233; par le dressage des machines&lt;/i&gt;&#034;. Le processus du travail industriel est une &#034;&lt;i&gt;op&#233;ration automatique&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;d&#233;pourvue de substance&lt;/i&gt;&#034;, o&#249; chaque acte est &#034;l'exacte r&#233;p&#233;tition&#034; du pr&#233;c&#233;dent. Il compare le comportement des ouvriers dans l'usine &#224; celui des pi&#233;tons dans une foule urbaine (comme le d&#233;crit Edgar Allen Poe) : les deux &#034;&lt;i&gt;agissent comme s'ils s'&#233;taient adapt&#233;s aux machines et ne pouvaient s'exprimer qu'automatiquement&lt;/i&gt;&#034; ; les deux &#034;&lt;i&gt;vivent leur vie comme des automates .. qui ont compl&#232;tement liquid&#233; leur m&#233;moire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Uber einige Motive der Baudelaire, G. S., 1, 2, pp. 632-634. Dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant allusion &#224; la &#034;futilit&#233;&#034;, du &#034;vide&#034; et &#224; l'inach&#232;vement qui sont &#034;&lt;i&gt;inh&#233;rents dans l'activit&#233; d'un esclave salari&#233; en usine&lt;/i&gt;&#034;, Benjamin compare le temps industriel au &#034;&lt;i&gt;temps en enfer&lt;/i&gt;&#034;, l'enfer &#233;tant &#034;&lt;i&gt;la province de ceux qui n'ont pas le droit de compl&#233;ter ce qu'ils ont commenc&#233;&lt;/i&gt;&#034;. Comme le joueur d&#233;crit par Baudelaire, l'ouvrier est oblig&#233; de &#034;&lt;i&gt;toujours recommencer &#224; nouveau&lt;/i&gt;&#034;, effectuant toujours les m&#234;mes gestes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Ibid. pp. 635-636.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pourquoi Engels, dans &lt;i&gt;Situation des classes ouvri&#232;res en Angleterre&lt;/i&gt; (cit&#233; par Benjamin), comparait l'interminable torture de l'ouvrier, toujours oblig&#233; de r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes mouvements, &#224; la punition infernale de Sisyphe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Das Passagen-Verk, G. SNI, p. 162. Marx aussi compare les portes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#201;tant donn&#233; ses vues sur la nature &#034;infernale&#034; du travail industriel moderne, il n'est pas &#233;tonnant que dans son dernier &#233;crit, les &lt;i&gt;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&lt;/i&gt; (1940), Benjamin critique avec virulence l'id&#233;ologie social-d&#233;mocrate allemande du travail comme nouvelle version (&#034;sous une forme s&#233;cularis&#233;e&#034;) de la vieille &#233;thique protestante du travail, c'est-&#224;-dire que le travail d'usine est per&#231;u par la social-d&#233;mocratie non seulement comme un r&#233;sultat positif du progr&#232;s technologique mais m&#234;me comme une &#034;performance politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, &#034;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&#034;, in L'homme, le langage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la critique chez Benjamin du &#034;marxisme vulgaire&#034; semi-positiviste est plus vaste et va jusqu'&#224; remettre en question sa compr&#233;hension globale de la technologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rien ne fut plus corrupteur pour le mouvement ouvrier allemand que la conviction de nager dans le sens du courant. Il tint le d&#233;veloppement technique pour la pente du courant, le sens o&#249; il croyait nager&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Benjamin rejette dans cette id&#233;ologie digne de Pangloss, c'est &#224; la fois la supposition que le progr&#232;s technique m&#232;ne tout seul vers le socialisme en posant les bases &#233;conomiques d'un nouvel ordre, et la croyance selon laquelle le prol&#233;tariat n'a qu'&#224; s'approprier le syst&#232;me technique existant (capitaliste) et le d&#233;velopper davantage. Aveugle &#224; tous les dangers et &#224; toutes les cons&#233;quences socialement n&#233;gatives de la technologie moderne, le marxisme vulgaire (c'est-&#224;-dire positiviste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;ne veut envisager que les progr&#232;s de la ma&#238;trise sur la nature, non les r&#233;gressions de la soci&#233;t&#233;. Il pr&#233;figure d&#233;j&#224; les traits de cette technocratie que l'on rencontrera plus tard dans le fascisme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. Cette d&#233;finition du fascisme comme technocratie indique un changement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la critique de Benjamin va plus loin encore c'est l'axiome m&#234;me de la &#034;ma&#238;trise&#034; (Beherrschung) de la nature, son &#034;exploitation&#034; (Ausbeutung), qui est d&#233;j&#224; inacceptable dans ses premiers &#233;crits, comme nous l'avons not&#233; plus haut. Dans la conception positiviste, la nature &#034;est l&#224; gratis&#034; (formule employ&#233;e par l'id&#233;ologue social-d&#233;mocrate Joseph Dietzgen), c'est-&#224;-dire qu'elle est r&#233;duite &#224; une marchandise et envisag&#233;e seulement du point de vue de sa valeur d'&#233;change ; elle est l&#224; pour &#234;tre exploit&#233;e par le travail humain. A la recherche d'une approche diff&#233;rente de la relation entre l'homme et l'environnement naturel, Benjamin se r&#233;f&#232;re aux utopies socialistes du XIXe si&#232;cle, et tout particuli&#232;rement &#224; Fourier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce probl&#232;me est soulev&#233; dans les notes pour le livre sur les passages parisiens (1938) : comme Bachofen l'avait montr&#233;, la &#034;conception meurtri&#232;re de l'exploitation de la nature&#034;, conception moderne, n'avait pas exist&#233; dans les soci&#233;t&#233;s matriarcales, car la nature &#233;tait per&#231;ue comme une m&#232;re donatrice. Cela pourrait &#234;tre le cas de nouveau dans une soci&#233;t&#233; socialiste car d&#232;s que la production cessera d'&#234;tre fond&#233;e sur l'exploitation du travail humain,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;le travail perdra &#224; son tour son caract&#232;re exploitateur de la nature par l'humanit&#233;. Il sera accompli selon le mod&#232;le du jeu enfantin, qui est chez Fourier le paradigme du travail passionn&#233; des harmoniens... Un tel travail investi de l'esprit du jeu n'est pas orient&#233; vers la production de valeurs mais vers l'am&#233;lioration de la nature&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Das Passagen-Verk, G. S., V. 1., p. 456.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, dans les &lt;i&gt;Th&#232;ses&lt;/i&gt; (1940), Benjamin c&#233;l&#232;bre Fourier comme un visionnaire utopique d'&#034;&lt;i&gt;un travail qui, bien loin d'exploiter la nature, est en mesure de faire na&#238;tre d'elle les cr&#233;ations qui sommeillent en son sein&lt;/i&gt;&#034;. Ceci ne veut pas dire que Benjamin veuille remplacer le marxisme par le socialisme utopique : il consid&#232;re Fourier comme un compl&#233;ment &#224; Marx, et dans le m&#234;me passage o&#249; il parle si favorablement du socialiste fran&#231;ais, il oppose les aper&#231;us de Marx &#224; la grande confusion du Programme du Gotha social-d&#233;mocrate sur la nature du travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Th&#232;ses..., op. cit.,pp. 190-191.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son premier travail marxiste (&lt;i&gt;Sens unique&lt;/i&gt;, &#233;crit entre 1923 et 1926), Benjamin tire le signal d'alarme : si la r&#233;volution prol&#233;tarienne n'arrive pas &#224; temps, le progr&#232;s &#233;conomique et technique du capitalisme peut finir en catastrophe. La d&#233;faite de la r&#233;volution en Allemagne, en France et en Espagne a men&#233; &#224; l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire de l'humanit&#233; : la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Au moment o&#249; la guerre commen&#231;ait, il &#233;tait trop tard pour sonner le tocsin. Benjamin n'avait pas perdu son espoir r&#233;volutionnaire, mais il avait red&#233;fini la r&#233;volution &#224; travers une nouvelle version de l'image all&#233;gorique qu'il avait employ&#233;e dans les ann&#233;es 20 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Marx a dit que les r&#233;volutions sont les locomotives de l'histoire. Mais peut-&#234;tre sont-elles diff&#233;rentes. Peut-&#234;tre que les r&#233;volutions sont la main de l'esp&#232;ce humain qui voyage dans ce train et qui tire sur le frein d'urgence&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, G. S., I. 3, p. 1232 (notes pr&#233;paratoires pour les Th&#232;ses sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains critiqueront Benjamin pour avoir propos&#233; des images, des utopies et des all&#233;gories plut&#244;t qu'une analyse concr&#232;te et scientifique de la technologie moderne et des alternatives possibles. Mais on ne peut nier son importance en tant que visionnaire qui a ouvert de nouveaux chemins, en tant que philosophe r&#233;volutionnaire. Ses aper&#231;us critiques sur les dangers et les d&#233;g&#226;ts de la technologie industrielle capitaliste lui ont permis de renouveler la pens&#233;e marxiste dans ce domaine et d'ouvrir la voie aux r&#233;flexions futures de l'&#201;cole de Francfort. On peut le consid&#233;rer aussi comme un pr&#233;curseur des deux mouvements sociaux les plus importants de cette fin de si&#232;cle : l'&#233;cologie et le pacifisme anti-nucl&#233;aire. &lt;i&gt;Lorsqu'on lit aujourd'hui Avertisseur d'incendie&lt;/i&gt;, il suffit de remplacer le mot &#034;gaz&#034; par le mot &#034;nucl&#233;aire&#034; pour comprendre la pertinence et l'urgence extraordinaire de ses avertissements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, Paris, Bourgeois, 1962, pages 25, 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Fondements de la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, trad. R. Dangeville, Ed. Anthropos, T. II, p. 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Das Kapital&lt;/i&gt;, in Karl Marx-Friedrich Engels, &lt;i&gt;Werke&lt;/i&gt;, Band 23, Berlin, Dietz Verlag, 1968 ; pp. 445-446, 528-529.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, trad. Joseph Roy, Editions Sociales, 1976, T. I, pages 360-361.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Das kapital &lt;/i&gt;in Marx-Engels, op., cit., Band 23, p. 465.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx, &lt;i&gt;Grundrisse der kritik der Politischen Ekonomie&lt;/i&gt;, Berlin, Dietz Verlag, 1953, p. 593.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &#034;Dialog &#252;ber die Religiosit&#228;t der Gegenwart&#034; in &lt;i&gt;Gesammelte Schiften &lt;/i&gt;(G. S.), Band 11.1, Francfort, Suhrkamp Verlag, 1972-1985, pp. 16-35. Il n'existe aucune traduction fran&#231;aise de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, G. S., IV. 1, pp. 473-476. Il n'existe aucune traduction fran&#231;aise de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Sens unique&lt;/i&gt;, trad. de Jean Lacoste, Paris, Les Lettres Nouvelles - Maurice Nadeau, 1978, pp. 205-206.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, pp. 242-243, G. S. IV. 1 et 147-148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;Zur Lage der Russischen Filmkunst&#034; et &#034;Erwilderung an Oscar H. H. Schmitz&#034; in G. S. 11-2, p. 750.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;Le surr&#233;alisme. Le dernier instantan&#233; de l'intelligence europ&#233;enne&#034; dans &lt;i&gt;Mythe et violence&lt;/i&gt;, Paris, Ed. Deno&#235;l, 1971, p. 312.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;Theoricien des deutschen Faschismus&#034;, G. S. III, pp. 238-243, 248-250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#226;ge de sa reproductibilit&#233; technique&#034; in &lt;i&gt;L'homme, le langage et la culture&lt;/i&gt;,trad. de Maurice de Gandillac, Paris, Deno&#235;l, 1971, pp. 179-180 Cf G. S. I, 2, pp. 467-469.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;E. Fuchs, der Sammler und der Historiter&lt;/i&gt;, G. S. II, 2, pp. 487-488.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Uber einige Motive der Baudelaire&lt;/i&gt;, G. S., 1, 2, pp. 632-634. Dans un article qu'il avait &#233;crit plusieurs ann&#233;es auparavant (en 1930), sur E. T. A. Hoffmann, Benjamin a parl&#233; du dualisme m&#233;taphysique, chez l'auteur romantique, entre la Vie et l'Automate, exprimant son horreur des m&#233;canismes diaboliques qui transforment les hommes en automates. (Cf Benjamin, &#034;E. T. A. Hoffmann und Oscar Panizza&#034; in G. X. Il. 2, p. 664-647). Une partie de cette peur romantique est pr&#233;sente dans les remarques de Benjamin sur les conditions de vie des ouvriers et des citadins modernes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt; pp. 635-636.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Das Passagen-Verk&lt;/i&gt;, G. SNI, p. 162. Marx aussi compare les portes de l'usine aux portes de l'enfer. Benjamin le cite dans G. S., V2, p. 813.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &#034;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&#034;, in &lt;i&gt;L'homme, le langage et la culture&lt;/i&gt;, trad. M. de Gandillac, Paris, Deno&#235;l, 1971, p. 190.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt; Cette d&#233;finition du fascisme comme technocratie indique un changement significatif par rapport aux vues ant&#233;rieures de Benjamin. Dans un article datant de 1934, &#034;L'auteur comme producteur&#034; - un des rares &#233;crits o&#249; il semble entretenir des illusions quant aux bienfaits du progr&#232;s technique en soi -, il oppose la n&#233;cessit&#233; d&#034;innovations techniques&#034; dans la production culturelle &#224; l'appel au &#034;renouveau spirituel&#034; qu'il consid&#232;re comme typique du fascisme, oubliant ainsi les hymnes de Marinetti &#224; la gloire de la technologie moderne. Cf Benjamin : &#034;L'auteur comme producteur&#034; in Essais sur Bertolt Brecht, trad. de Paul Laveau, Paris, Maspero, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Das Passagen-Verk&lt;/i&gt;, G. S., V. 1., p. 456.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, &lt;i&gt;Th&#232;ses...&lt;/i&gt;, op. cit.,pp. 190-191.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, G. S., I. 3, p. 1232 (notes pr&#233;paratoires pour les &lt;i&gt;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/strong&gt;, n&#176;23-24, d&#233;cembre 1994,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=733&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://multitudes.samizdat.net/arti...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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