<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.caute.lautre.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Caute@lautre.net</title>
	<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.caute.lautre.net/spip.php?id_rubrique=24&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Caute@lautre.net</title>
		<url>https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L144xH25/siteon0-61142.png?1779729186</url>
		<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
		<height>25</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>In&#233;galit&#233;, propri&#233;t&#233;, travail, esclavage et mis&#232;re sont les produit du progr&#232;s technique</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Inegalite-propriete-travail-esclavage-et-misere-sont-les-produit-du-progres</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Inegalite-propriete-travail-esclavage-et-misere-sont-les-produit-du-progres</guid>
		<dc:date>2023-08-26T10:12:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Tant que les hommes se content&#232;rent de leurs cabanes rustiques, tant qu'ils se born&#232;rent &#224; coudre leurs habits de peaux avec des &#233;pines ou des ar&#234;tes, &#224; se parer de plumes et de coquillages, &#224; se peindre le corps de diverses couleurs, &#224; perfectionner ou &#224; embellir leurs arcs et leurs fl&#232;ches, &#224; tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de p&#234;cheurs ou quelques grossiers instruments de musique, en un mot tant qu'ils ne s'appliqu&#232;rent qu'&#224; des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-99-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L150xH150/chouette_minerve_dessin_rond-3-9b888.png?1779748272' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Tant que les hommes se content&#232;rent de leurs cabanes rustiques, tant qu'ils se born&#232;rent &#224; coudre leurs habits de peaux avec des &#233;pines ou des ar&#234;tes, &#224; se parer de plumes et de coquillages, &#224; se peindre le corps de diverses couleurs, &#224; perfectionner ou &#224; embellir leurs arcs et leurs fl&#232;ches, &#224; tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de p&#234;cheurs ou quelques grossiers instruments de musique, en un mot tant qu'ils ne s'appliqu&#232;rent qu'&#224; des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et &#224; des arts qui n'avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils v&#233;curent libres, sains, bons et heureux autant qu'ils pouvaient l'&#234;tre par leur nature, et continu&#232;rent &#224; jouir entre eux des douceurs d'un commerce ind&#233;pendant : mais d&#232;s l'instant qu'un homme eut besoin du secours d'un autre ; d&#232;s qu'on s'aper&#231;ut qu'il &#233;tait utile &#224; un seul d'avoir des provisions pour deux, l'&#233;galit&#233; disparut, la propri&#233;t&#233; s'introduisit, le travail devint n&#233;cessaire et les vastes for&#234;ts se chang&#232;rent en des campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bient&#244;t l'esclavage et la mis&#232;re germer et cro&#238;tre avec les moissons.&lt;br class='autobr' /&gt; La m&#233;tallurgie et l'agriculture furent les deux arts dont l'invention produisit cette grande r&#233;volution. Pour le po&#232;te, c'est l'or et l'argent, mais pour le philosophe ce sont le fer et le bl&#233; qui ont civilis&#233; les hommes et perdu le genre humain ; aussi l'un et l'autre &#233;taient-ils inconnus aux sauvages de l'Am&#233;rique qui pour cela sont toujours demeur&#233;s tels ; les autres peuples semblent m&#234;me &#234;tre rest&#233;s barbares tant qu'ils ont pratiqu&#233; l'un de ces arts sans l'autre ; et l'une des meilleures raisons peut-&#234;tre pourquoi l'Europe a &#233;t&#233;, sinon plus t&#244;t, du moins plus constamment et mieux polic&#233;e que les autres parties du monde, c'est qu'elle est &#224; la fois la plus abondante en fer et la plus fertile en bl&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;i&gt;Discours sur l'origine et les fondements de l'in&#233;galit&#233; parmi les hommes&lt;/i&gt;, 2&#232;me partie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'&#233;tat civil (CS, I, 8)</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/De-l-etat-civil-CS-I-8</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/De-l-etat-civil-CS-I-8</guid>
		<dc:date>2008-12-21T17:27:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce passage de l'&#233;tat de nature &#224; l'&#233;tat civil produit dans l'homme un changement tr&#232;s remarquable, en substituant dans sa conduite la justice &#224; l'instinct, et donnant &#224; ses actions la moralit&#233; qui leur manquait auparavant. C'est alors seulement que, la voix du devoir succ&#233;dant &#224; l'impulsion physique et le droit &#224; l'app&#233;tit, l'homme, qui jusque-l&#224; n'avait regard&#233; que lui-m&#234;me, se voit forc&#233; d'agir sur d'autres principes, et de consulter sa raison amant d'&#233;coute, ses penchants. Quoiqu'il se (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Du-contrat-social-" rel="directory"&gt;Du contrat social&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce passage de l'&#233;tat de nature &#224; l'&#233;tat civil produit dans l'homme un changement tr&#232;s remarquable, en substituant dans sa conduite la justice &#224; l'instinct, et donnant &#224; ses actions la moralit&#233; qui leur manquait auparavant. C'est alors seulement que, la voix du devoir succ&#233;dant &#224; l'impulsion physique et le droit &#224; l'app&#233;tit, l'homme, qui jusque-l&#224; n'avait regard&#233; que lui-m&#234;me, se voit forc&#233; d'agir sur d'autres principes, et de consulter sa raison amant d'&#233;coute, ses penchants. Quoiqu'il se prive dans cet &#233;tat de plusieurs avantages qu'il tient de la nature, il en regagne de si grands, ses facult&#233;s s'exercent et se d&#233;veloppent, ses. id&#233;es s'&#233;tendent, ses sentiments s'ennoblissent, son &#226;me tout enti&#232;re s'&#233;l&#232;ve &#224; tel point que, si les abus de cette nouvelle condition ne le d&#233;gradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, il devrait b&#233;nir sans cesse l'instant heureux qui l'en arracha pour jamais et qui, d'un animal stupide et born&#233;, fit un &#234;tre intelligent et un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duisons toute cette balance &#224; des termes faciles &#224; comparer ; ce que l'homme perd par le contrat social, c'est sa libert&#233; naturelle et un droit illimit&#233; &#224; tout ce qui le tente et qu'il peut atteindre ; ce qu'il gagne, c'est la libert&#233; civile et la propri&#233;t&#233; de tout ce qu'il poss&#232;de. Pour ne pas se tromper dans ces compensations, il faut bien distinguer la libert&#233; naturelle, qui n'a pour bornes que les forces de l'individu, de la libert&#233; civile, qui est limit&#233;e par la volont&#233; g&#233;n&#233;rale ; et la possession, qui n'est que l'effet de la force ou le droit du premier occupant, de la propri&#233;t&#233;, qui ne peut &#234;tre fond&#233;e que sur un titre positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait, sur ce qui pr&#233;c&#232;de, ajouter &#224; l'acquis de l'&#233;tat civil la libert&#233; morale qui seule rend l'homme vraiment ma&#238;tre de lui ; car l'impulsion du seul app&#233;tit est esclavage, et l'ob&#233;issance &#224; la loi qu'on s'est prescrite est libert&#233;. Mais je n'en ai d&#233;j&#224; que trop dit sur cet article, et le sens philosophique du mot libert&#233; n'est pas ici de mon sujet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;i&gt;Du contrat social&lt;/i&gt;, I, 8.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du droit du plus fort (CS, I, 3)</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Du-droit-du-plus-fort-CS-I-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Du-droit-du-plus-fort-CS-I-3</guid>
		<dc:date>2008-12-21T17:16:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le plus fort n'est jamais assez fort pour &#234;tre toujours le ma&#238;tre, s'il ne transforme sa force en droit, et l'ob&#233;issance en devoir. De l&#224; le droit du plus fort ; droit pris ironiquement en apparence, et r&#233;ellement &#233;tabli en principe. Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralit&#233; peut r&#233;sulter de ses effets. C&#233;der &#224; la force est un acte de n&#233;cessit&#233;, non de volont&#233; ; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Du-contrat-social-" rel="directory"&gt;Du contrat social&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le plus fort n'est jamais assez fort pour &#234;tre toujours le ma&#238;tre, s'il ne transforme sa force en droit, et l'ob&#233;issance en devoir. De l&#224; le droit du plus fort ; droit pris ironiquement en apparence, et r&#233;ellement &#233;tabli en principe. Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralit&#233; peut r&#233;sulter de ses effets. C&#233;der &#224; la force est un acte de n&#233;cessit&#233;, non de volont&#233; ; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce &#234;tre un devoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons un moment ce pr&#233;tendu droit. Je dis qu'il n'en r&#233;sulte qu'un galimatias inexplicable ; car, sit&#244;t que c'est la force qui fait le droit, l'effet change avec la cause : toute force qui surmonte la premi&#232;re succ&#232;de &#224; son droit. Sit&#244;t qu'on peut d&#233;sob&#233;ir impun&#233;ment, on le peut l&#233;gitimement ; et, puisque le plus fort a toujours raison, il ne s'agit que de faire en sorte qu'on soit le plus fort. Or, qu'est-ce qu'un droit qui p&#233;rit quand la force cesse ? S'il faut ob&#233;ir par force, on n'a pas besoin d'ob&#233;ir par devoir ; et si l'on n'est plus forc&#233; d'ob&#233;ir, on n'y est plus oblig&#233;. On voit donc que ce mot de droit n'ajoute rien &#224; la force ; il ne signifie ici rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ob&#233;issez aux puissances. Si cela veut dire : C&#233;dez &#224; la force, le pr&#233;cepte est bon, mais superflu ; je r&#233;ponds qu'il ne sera jamais viol&#233;. Toute puissance vient de Dieu, je l'avoue ; mais toute maladie en vient aussi : est-ce &#224; dire qu'il soit d&#233;fendu d'appeler le m&#233;decin ? Qu'un brigand me surprenne au coin d'un bois, non seulement il faut par force donner sa bourse ; mais, quand je pourrais la soustraire, suis-je en conscience oblig&#233; de la donner ? Car, enfin, le pistolet qu'il tient est une puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu'on n'est oblig&#233; d'ob&#233;ir qu'aux puissances l&#233;gitimes. Ainsi ma question primitive revient toujours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;i&gt;Du contrat social&lt;/i&gt;, I, 3.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme barbare ne plie point sa t&#234;te au joug que l'homme civilis&#233; porte sans murmure</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/L-homme-barbare-ne-plie-point-sa-tete-au-joug-que-l-homme-civilise-porte-sans</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/L-homme-barbare-ne-plie-point-sa-tete-au-joug-que-l-homme-civilise-porte-sans</guid>
		<dc:date>2006-01-25T19:58:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Expliquez le texte suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
Par les choses qu'ils voient ils jugent des choses tr&#232;s diff&#233;rentes qu'ils n'ont pas vues et ils attribuent aux hommes un penchant naturel &#224; la servitude par la patience avec laquelle ceux qu'ils ont sous les yeux supportent la leur, sans songer qu'il en est de la libert&#233; comme de l'innocence et de la vertu, dont on ne sent le prix qu'autant qu'on en jouit soi-m&#234;me et dont le go&#251;t se perd sit&#244;t qu'on les a perdues (...). &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme un coursier indompt&#233; h&#233;risse (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-99-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Expliquez le texte suivant :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par les choses qu'ils voient ils jugent des choses tr&#232;s diff&#233;rentes qu'ils n'ont pas vues et ils attribuent aux hommes un penchant naturel &#224; la servitude par la patience avec laquelle ceux qu'ils ont sous les yeux supportent la leur, sans songer qu'il en est de la libert&#233; comme de l'innocence et de la vertu, dont on ne sent le prix qu'autant qu'on en jouit soi-m&#234;me et dont le go&#251;t se perd sit&#244;t qu'on les a perdues (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme un coursier indompt&#233; h&#233;risse ses crins, frappe la terre du pied et se d&#233;bat imp&#233;tueusement &#224; la seule approche du mors, tandis qu'un cheval dress&#233; souffre patiemment la verge et l'&#233;peron, l'homme barbare ne plie point sa t&#234;te au joug que l'homme civilis&#233; porte sans murmure, et il pr&#233;f&#232;re la plus orageuse libert&#233; &#224; un assujettissement tranquille. Ce n'est donc pas par l'avilissement des peuples asservis qu'il faut juger des dispositions naturelles de l'homme pour ou contre la servitude, mais par les prodiges qu'ont faits tous les peuples libres pour se garantir de l'oppression. Je sais que les premiers ne font que vanter sans cesse la paix et le repos dont ils jouissent dans leurs fers et que &lt;i&gt;miserrimam servitutem pacem appellant&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La plus malheureuse des servitudes, ils la nomment paix &#187; (Tacite, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais quand je vois les autres sacrifier les plaisirs, le repos, la richesse, la puissance et la vie m&#234;me la conservation de ce seul bien si d&#233;daign&#233; de ceux qui l'ont perdu ; quand je vois des animaux n&#233;s libres et abhorrant la captivit&#233; se briser la t&#234;te contre les barreaux de leur prison, quand je vois des multitudes de sauvages tout nus m&#233;priser les volupt&#233;s europ&#233;ennes et braver la faim, le feu, le fer et la mort pour ne conserver que leur ind&#233;pendance, je sens que ce n'est pas &#224; des esclaves qu'il appartient de raisonner de libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compr&#233;hension pr&#233;cise du texte, du probl&#232;me dont il est question.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La plus malheureuse des servitudes, ils la nomment paix &#187; (Tacite, Histoires, IV, 17).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;strong&gt;Discours sur l'origine et le fondement&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'in&#233;galit&#233; entre les hommes&lt;/strong&gt;, deuxi&#232;me partie, Librio, p.70-71.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Orientations bibliographiques :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rousseau, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; parmi les hommes&lt;/i&gt;, Librio, p. 25 &#224; 82&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Compl&#233;ments :&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rousseau, &lt;i&gt;Du contrat social&lt;/i&gt;, Livre I, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/De-l-esclavage-CS-I-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chap. IV&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Du-pacte-social-CS-I-6' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chap. VI&lt;/a&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Platon, &lt;i&gt;Gorgias&lt;/i&gt;, &#224; partir de 481b ; et plus particuli&#232;rement : 482c-486d (Callicl&#232;s), 491e-492c (Callicl&#232;s) ; 510d-513c.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hobbes, Le citoyen, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Du-droit-des-maitres-sur-leurs-esclaves-De-Cive-II-VIII' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chap. VIII&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Des-choses-qui-sont-necessaires-pour-entrer-au-Royaume-des-Cieux-De-Cive-III' class=&#034;spip_in&#034;&gt;chap. XVIII&lt;/a&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Spinoza, &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt;, XX.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Kant, &lt;i&gt;Id&#233;e d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/L-homme-est-un-animal-qui-a-besoin-d-un-maitre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sixi&#232;me proposition&lt;/a&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La Bo&#233;tie, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/De-la-servitude-volontaire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;De la servitude volontaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'esclavage (CS, I, 4)</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/De-l-esclavage-CS-I-4</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/De-l-esclavage-CS-I-4</guid>
		<dc:date>2006-01-25T19:16:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Puisque aucun homme n'a une autorit&#233; naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autorit&#233; l&#233;gitime parmi les hommes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si un particulier, dit Grotius, peut ali&#233;ner sa libert&#233; et se rendre esclave d'un ma&#238;tre, pourquoi tout un peuple ne pourrait-il pas ali&#233;ner la sienne et se rendre sujet d'un roi ? Il y a l&#224; bien des mots &#233;quivoques qui auraient besoin d'explication ; mais tenons-nous-en &#224; celui d'ali&#233;ner. Ali&#233;ner, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Du-contrat-social-" rel="directory"&gt;Du contrat social&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Puisque aucun homme n'a une autorit&#233; naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autorit&#233; l&#233;gitime parmi les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un particulier, dit Grotius, peut ali&#233;ner sa libert&#233; et se rendre esclave d'un ma&#238;tre, pourquoi tout un peuple ne pourrait-il pas ali&#233;ner la sienne et se rendre sujet d'un roi ? Il y a l&#224; bien des mots &#233;quivoques qui auraient besoin d'explication ; mais tenons-nous-en &#224; celui d'ali&#233;ner. Ali&#233;ner, c'est donner ou vendre. Or, un homme qui se fait esclave d'un autre ne se donne pas ; il se vend tout au moins pour sa subsistance : mais un peuple, pourquoi se vend-il ? Bien loin qu'un roi fournisse &#224; ses sujets leur subsistance, il ne tire la sienne que d'eux ; et, selon Rabelais, un roi ne vit pas de peu. Les sujets donnent donc leur personne, &#224; condition qu'on prendra aussi leur bien ? Je ne vois pas ce qu'il leur reste &#224; conserver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que le despote assure &#224; ses sujets la tranquillit&#233; civile ; soit : mais qu'y gagnent-ils, si les guerres que son ambition leur attire, si son insatiable avidit&#233;, si les vexations de son minist&#232;re les d&#233;solent plus que ne feraient leurs dissensions ? Qu'y gagnent-ils, si cette tranquillit&#233; m&#234;me est une de leurs mis&#232;res ? On vit tranquille aussi dans les cachots : en est-ce assez pour s'y trouver bien ? Les Grecs enferm&#233;s dans l'antre du Cyclope y vivaient tranquilles, en attendant que leur tour vint d'&#234;tre d&#233;vor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire qu'un homme se donne gratuitement, c'est dire une chose absurde et inconcevable ; un tel acte est ill&#233;gitime et nul, par cela seul que celui qui le fait n'est pas dans son bon sens. Dire la m&#234;me chose de tout un peuple, c'est supposer un peuple de fous ; la folie ne fait pas droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand chacun pourrait s'ali&#233;ner lui-m&#234;me, il ne peut ali&#233;ner ses enfants ; ils naissent hommes et libres ; leur libert&#233; leur appartient, nul n'a droit d'en disposer qu'eux. Avant qu'ils soient en &#226;ge de raison, le p&#232;re peut, en leur nom, stipuler des conditions pour leur conservation, pour leur bien-&#234;tre, mais non les donner irr&#233;vocablement et sans condition ; car un tel don est contraire aux fins de la nature, et passe les droits de la paternit&#233;. Il faudrait donc, pour qu'un gouvernement arbitraire f&#251;t l&#233;gitime, qu'&#224; chaque g&#233;n&#233;ration le peuple f&#251;t le ma&#238;tre de l'admettre ou de le rejeter : mais alors ce gouvernement ne serait plus arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renoncer &#224; sa libert&#233;, c'est renoncer &#224; sa qualit&#233; d'homme, aux droits de l'humanit&#233;, m&#234;me &#224; ses devoirs. Il n'y a nul d&#233;dommagement possible pour quiconque renonce &#224; tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l'homme ; et c'est &#244;ter toute moralit&#233; &#224; ses actions que d'&#244;ter toute libert&#233; &#224; sa volont&#233;. Enfin c'est une convention vaine et contradictoire de stipuler d'une part une autorit&#233; absolue, et de l'autre une ob&#233;issance sans bornes. N'est-il pas clair qu'on n'est engag&#233; &#224; rien envers celui dont on a droit de tout exiger ? Et cette seule condition, sans &#233;quivalent, sans &#233;change, n'entra&#238;ne-t-elle pas la nullit&#233; de l'acte ? Car, quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ce qu'il a m'appartient et que, son droit &#233;tant le mien, ce droit de moi contre moi-m&#234;me est un mot qui n'a aucun sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grotius et les autres tirent de la guerre une autre origine du pr&#233;tendu droit d'esclavage. Le vainqueur ayant, selon eux, le droit de tuer le vaincu, celui-ci peut racheter sa vie aux d&#233;pens de sa libert&#233; ; convention d'autant plus l&#233;gitime qu'elle tourne au profit de tous deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est clair que ce pr&#233;tendu droit de tuer les vaincus ne r&#233;sulte en aucune mani&#232;re de l'&#233;tat de guerre. Par cela seul, que les hommes, vivant dans leur primitive ind&#233;pendance, n'ont point entre eux de rapport assez constant pour constituer ni l'&#233;tat de paix ni l'&#233;tat de guerre, ils ne sont point naturellement ennemis. C'est le rapport des choses et non des hommes qui constitue la guerre ; et l'&#233;tat de guerre ne pouvant na&#238;tre des simples relations personnelles, mais seulement des relations r&#233;elles, la guerre priv&#233;e ou d'homme &#224; homme ne peut exister ni dans l'&#233;tat de nature, o&#249; il n'y a point de propri&#233;t&#233; constante, ni dans l'&#233;tat social, o&#249; tout est sous l'autorit&#233; des lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combats particuliers, les duels, les rencontres, sont -des actes qui ne constituent point un &#233;tat ; et &#224; l'&#233;gard des guerres priv&#233;es, autoris&#233;es par les &#201;tablissements de Louis IX, roi de France, et suspendues par. la paix de Dieu, ce sont des abus du gouvernement f&#233;odal, syst&#232;me absurde, s'il en fut jamais, contraire aux principes du droit naturel et &#224; toute bonne politie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre n'est donc point une relation d'homme &#224; homme, mais une relation d'&#201;tat &#224; &#201;tat, dans laquelle les particuliers ne sont ennemis qu'accidentellement, non point comme hommes, ni m&#234;me comme citoyens (a), mais comme soldats ; non point comme membres de la patrie, mais comme ses d&#233;fenseurs. Enfin chaque &#201;tat ne peut avoir pour ennemis que d'autres &#201;tats, et non pas des hommes, attendu qu'entre choses de diverses natures on ne peut fixer aucun vrai rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe est m&#234;me conforme aux maximes &#233;tablies de tous les temps et &#224; la pratique constante de tous les peuples polic&#233;s. Les d&#233;clarations de guerre sont moins des avertissements aux puissances qu'&#224; leurs sujets. L'&#233;tranger, soit roi, soit particulier, soit peuple, qui vole, tue, ou d&#233;tient les sujets, sans d&#233;clarer la guerre au prince, n'est pas un ennemi, c'est un brigand. M&#234;me en pleine guerre, un prince juste s'empare bien, en pays ennemi, de tout ce qui appartient au public ; mais il respecte la personne et les biens des particuliers ; il respecte des droits sur lesquels sont fond&#233;s les siens. La fin de la guerre &#233;tant la destruction de l'&#201;tat ennemi, on a droit d'en tuer les d&#233;fenseurs tant qu'ils ont les armes &#224; la main ; mais sit&#244;t qu'ils les posent et se rendent, cessant d'&#234;tre ennemis ou instruments de. l'ennemi, ils redeviennent simplement hommes, et l'on n'a plus de droit sur leur vie. Quelquefois, on peut tuer l'&#201;tat sans tuer un seul de ses membres : or la guerre ne donne aucun droit qui ne soit n&#233;cessaire &#224; sa fin. Ces principes ne sont pas ceux de Grotius ; ils ne sont pas fond&#233;s sur des autorit&#233;s de po&#232;tes ; mais ils d&#233;rivent de la nature des choses, et sont fond&#233;s sur la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;gard du droit de conqu&#234;te, il n'a d'autre fondement que la loi du plus fort. Si la guerre ne donne point au vainqueur le droit de massacrer les peuples vaincus, ce droit qu'il n'a pas ne peut fonder celui de les asservir. On n'a le droit de tuer l'ennemi que quand on ne peut le faire esclave ; le droit de le faire esclave ne vient donc pas du droit de le tuer : c'est donc un &#233;change inique de lui faire acheter au prix de sa libert&#233; sa vie, sur laquelle on n'a aucun droit. En &#233;tablissant le droit de vie et de mort sur le droit d'esclavage, et le droit d'esclavage sur le droit de vie et de mort, n'est-il pas clair qu'on tombe dans le cercle vicieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En supposant m&#234;me ce terrible droit de tout tuer, je dis qu'un esclave fait &#224; la guerre, ou un peuple conquis, n'est tenu &#224; rien du tout envers son ma&#238;tre, qu'&#224; lui ob&#233;ir autant qu'il y est forc&#233;. En prenant un &#233;quivalent &#224; sa vie, le vainqueur ne lui en a point fait gr&#226;ce : au lieu de le tuer sans fruit, il l'a tu&#233; utilement. Loin donc qu'il ait acquis sur lui nulle autorit&#233; jointe &#224; la force, l'&#233;tat de guerre subsiste entre eux comme auparavant, leur relation m&#234;me en est l'effet ; et l'usage du droit de la guerre ne suppose aucun trait&#233; de paix. Ils ont fait une convention ; soit : mais cette convention, loin de d&#233;truire l'&#233;tat de guerre, en suppose la continuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de quelque sens qu'on envisage les choses, le droit d'esclavage est nul, non seulement parce qu'il est ill&#233;gitime, mais parce qu'il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclave et droit, sont contradictoires ; ils s'excluent mutuellement. Soit d'un homme &#224; un homme, soit d'un homme &#224; un peuple, ce discours sera toujours &#233;galement insens&#233; : &#171; Je fais avec toi une convention toute &#224; ta charge et toute &#224; mon profit, que j'observerai tant qu'il me plaira, et que tu observeras tant qu'il me plaira. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;strong&gt;Du contrat social&lt;/strong&gt;, Livre I, chap. 4.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du droit de vie et de mort (CS, II, 5)</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Du-droit-de-vie-et-de-mort-CS-II-5</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Du-droit-de-vie-et-de-mort-CS-II-5</guid>
		<dc:date>2003-10-03T18:32:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On demande comment les particuliers, n'ayant point droit de disposer de leur propre vie, peuvent transmettre au souverain ce m&#234;me droit qu'ils n'ont pas. Cette question ne para&#238;t difficile &#224; r&#233;soudre que parce qu'elle est mal pos&#233;e. Tout homme a droit de risquer sa propre vie pour la conserver. A-t-on jamais dit que celui qui se jette par une fen&#234;tre pour &#233;chapper &#224; un incendie soit coupable de suicide ? a-t-on m&#234;me jamais imput&#233; ce crime &#224; celui qui p&#233;rit dans une temp&#234;te dont en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Du-contrat-social-" rel="directory"&gt;Du contrat social&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On demande comment les particuliers, n'ayant point droit de disposer de leur propre vie, peuvent transmettre au souverain ce m&#234;me droit qu'ils n'ont pas. Cette question ne para&#238;t difficile &#224; r&#233;soudre que parce qu'elle est mal pos&#233;e. Tout homme a droit de risquer sa propre vie pour la conserver. A-t-on jamais dit que celui qui se jette par une fen&#234;tre pour &#233;chapper &#224; un incendie soit coupable de suicide ? a-t-on m&#234;me jamais imput&#233; ce crime &#224; celui qui p&#233;rit dans une temp&#234;te dont en s'embarquant il n'ignorait pas le danger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait&#233; social a pour fin la conservation des contractants. Qui veut la fin veut aussi les moyens, et ces moyens sont ins&#233;parables de quelques risques, m&#234;me de quelques pertes. Qui veut conserver sa vie aux d&#233;pens des autres doit la donner aussi pour eux quand il faut. Or, le citoyen n'est plus juge du p&#233;ril auquel la loi veut qu'il s'expose ; et quand le prince lui a dit : &#171; Il est exp&#233;dient &#224; l'&#201;tat que tu meures &#187;, il doit mourir, puisque ce n'est qu'&#224; cette condition qu'il a v&#233;cu en s&#251;ret&#233; jusqu'alors, et que sa vie n'est plus seulement un bienfait de la nature, mais un don conditionnel de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peine de mort inflig&#233;e aux criminels peut &#234;tre envisag&#233;e &#224; peu pr&#232;s sous le m&#234;me point de vue- c'est pour n'&#234;tre pas la victime d'un assassin que l'on consent &#224; mourir si on le devient. Dans ce trait&#233;, loin de disposer de sa propre vie, on ne songe qu'&#224; la garantir, et il n'est pas &#224; pr&#233;sumer qu'aucun des contractants pr&#233;m&#233;dite alors de se faire pendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, tout malfaiteur, attaquant le droit social, devient par ses forfaits rebelle et tra&#238;tre &#224; la patrie ; il cesse d'en &#234;tre membre en violant ses lois, et m&#234;me il lui fait la guerre. Alors la conservation de l'&#201;tat est incompatible avec la sienne ; il faut qu'un des deux p&#233;risse ; et quand on fait mourir le coupable, c'est moins comme citoyen que comme ennemi. Les proc&#233;dures, le jugement, sont les preuves et la d&#233;claration qu'il a rompu le trait&#233; social, et par cons&#233;quent qu'il n'est plus membre de l'&#201;tat. Or, comme il s'est reconnu tel, tout au moins par son s&#233;jour, il en doit &#234;tre retranch&#233; par l'exil comme infracteur du pacte, ou par la mort comme ennemi public ; car un tel ennemi n'est pas une personne morale, c'est un homme ; et c'est alors que le droit de la guerre est de tuer le vaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dira-t-on, la condamnation d'un criminel est un acte particulier. D'accord : aussi cette condamnation n'appartient-elle point au souverain ; c'est un droit qu'il peut conf&#233;rer sans pouvoir l'exercer lui-m&#234;me. Toutes mes id&#233;es se tiennent, mais je ne saurais les exposer toutes &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, la fr&#233;quence des supplices est toujours un signe de faiblesse ou de paresse dans le gouvernement. Il n'y a point de m&#233;chant qu'on ne p&#251;t rendre bon &#224; quelque chose. On n'a droit de faire mourir, m&#234;me pour l'exemple, que celui qu'on ne peut conserver sans danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;gard du droit de faire gr&#226;ce ou d'exempter un coupable de la peine port&#233;e par la loi et prononc&#233;e par le juge, il n'appartient qu'&#224; celui qui est au-dessus du juge et de la loi, c'est-&#224;-dire au souverain ; encore son droit en ceci n'est-il pas bien net, et les cas d'en user sont-ils tr&#232;s rares. Dans un &#201;tat bien gouvern&#233;, il y a peu de punitions, non parce qu'on fait beaucoup de gr&#226;ces, mais parce qu'il y a peu de criminels : la multitude des crimes en assure l'impunit&#233; lorsque l'&#201;tat d&#233;p&#233;rit. Sous la r&#233;publique romaine, jamais le s&#233;nat ni les consuls ne tent&#232;rent de faire gr&#226;ce ; le peuple m&#234;me n'en faisait pas, quoiqu'il r&#233;voqu&#226;t quelquefois son propre jugement. Les fr&#233;quentes gr&#226;ces annoncent que, bient&#244;t les forfaits n'en auront plus besoin, et chacun voit o&#249; cela m&#232;ne. Mais je sens que mon c&#339;ur murmure et retient ma plume : laissons discuter ces questions &#224; l'homme juste qui n'a point failli, et qui jamais n'eut lui-m&#234;me besoin de gr&#226;ce.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;strong&gt;Du contrat social&lt;/strong&gt;, Livre II, chapitre 5&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du pacte social (CS, I, 6)</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Du-pacte-social-CS-I-6</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Du-pacte-social-CS-I-6</guid>
		<dc:date>2003-10-03T18:29:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je suppose les hommes parvenus &#224; ce point o&#249; les obstacles qui nuisent &#224; leur conservation dans l'&#233;tat de nature l'emportent, par leur r&#233;sistance, sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet &#233;tat. Alors cet &#233;tat primitif ne peut plus subsister ; et le genre humain p&#233;rirait s'il ne changeait de mani&#232;re d'&#234;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, comme les hommes ne peuvent engendrer de nouvelles forces, mais seulement unir et diriger celles qui existent, ils n'ont plus d'autre moyen, pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Du-contrat-social-" rel="directory"&gt;Du contrat social&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suppose les hommes parvenus &#224; ce point o&#249; les obstacles qui nuisent &#224; leur conservation dans l'&#233;tat de nature l'emportent, par leur r&#233;sistance, sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet &#233;tat. Alors cet &#233;tat primitif ne peut plus subsister ; et le genre humain p&#233;rirait s'il ne changeait de mani&#232;re d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, comme les hommes ne peuvent engendrer de nouvelles forces, mais seulement unir et diriger celles qui existent, ils n'ont plus d'autre moyen, pour se conserver, que de former par agr&#233;gation une somme de forces qui puisse l'emporter sur la r&#233;sistance, de les mettre en jeu par un seul mobile et de les faire agir de concert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette somme de forces ne peut na&#238;tre que du concours de plusieurs ; mais la force et la libert&#233; de chaque homme &#233;tant les premiers instruments de sa conservation, comment les engagera-t-il sans se nuire et sans n&#233;gliger les soins qu'il se doit ? Cette difficult&#233;, ramen&#233;e &#224; mon sujet, peut s'&#233;noncer en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trouver une forme d'association qui d&#233;fende et prot&#232;ge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associ&#233;, et par laquelle chacun, s'unissant &#224; tous, n'ob&#233;isse pourtant qu'&#224; lui-m&#234;me, et reste aussi libre qu'auparavant. &#187; Tel est le probl&#232;me fondamental dont le Contrat social donne la solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les clauses de ce contrat sont tellement d&#233;termin&#233;es par la nature de l'acte, que la moindre modification les rendrait vaines et de nul effet ; en sorte que, bien qu'elles n'aient peut-&#234;tre jamais &#233;t&#233; formellement &#233;nonc&#233;es, elles sont partout les m&#234;mes, partout tacitement admises et reconnues, jusqu'&#224; ce que, le pacte social &#233;tant viol&#233;, chacun rentre alors dans ses premiers droits, et reprenne sa libert&#233; naturelle, en perdant la libert&#233; conventionnelle pour laquelle il y renon&#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces clauses, bien entendues, se r&#233;duisent toutes &#224; une seule - savoir, l'ali&#233;nation totale de chaque associ&#233; avec tous ses droits &#224; toute la communaut&#233; : car, premi&#232;rement, chacun se donnant tout entier, la condition est &#233;gale pour tous ; et la condition &#233;tant &#233;gale pour tous, nul n'a int&#233;r&#234;t de la rendre on&#233;reuse aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, l'ali&#233;nation se faisant sans r&#233;serve, l'union est aussi parfaite qu'elle peut l'&#234;tre, et nul associ&#233; n'a plus rien &#224; r&#233;clamer : car, s'il restait quelques droits aux particuliers, comme il n'y aurait aucun sup&#233;rieur commun qui p&#251;t prononcer entre eux et le public, chacun, &#233;tant en quelque point son propre juge, pr&#233;tendrait bient&#244;t l'&#234;tre en tous ; l'&#233;tat de nature subsisterait, et l'association deviendrait n&#233;cessairement tyrannique ou vaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, chacun se donnant &#224; tous ne se donne &#224; personne ; et comme il n'y a pas un associ&#233; sur lequel on n'acqui&#232;re le m&#234;me droit qu'on lui c&#232;de sur soi, on gagne l'&#233;quivalent de tout ce qu'on perd, et plus de force pour conserver ce qu'on a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc on &#233;carte du pacte social ce qui n'est pas de son essence, on trouvera qu'il se r&#233;duit aux termes suivants : &#171; Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la supr&#234;me direction de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale ; et nous recevons encore chaque membre comme partie indivisible du tout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'instant, au lieu de la personne particuli&#232;re de chaque contractant, cet acte d'association produit un corps moral et collectif, compos&#233; d'autant de membres que l'assembl&#233;e a de voix, lequel re&#231;oit de ce m&#234;me acte son unit&#233;, son moi commun, sa vie et sa volont&#233;. Cette personne publique, qui se forme ainsi par l'union de toutes les autres, prenait autrefois le nom de &lt;i&gt;cit&#233; (a), &lt;/i&gt;et prend maintenant celui de &lt;i&gt;r&#233;publique ou &lt;/i&gt;de corps &lt;i&gt;politique,, &lt;/i&gt;lequel est appel&#233; par ses membres &lt;i&gt;&#201;tat &lt;/i&gt;quand &lt;i&gt;il est passif, souverain &lt;/i&gt;quand il est actif, &lt;i&gt;puissance &lt;/i&gt;en le comparant &#224; ses semblables. &#192; l'&#233;gard des associ&#233;s, ils prennent collectivement le nom de &lt;i&gt;peuple, &lt;/i&gt;et s'appellent en particulier &lt;i&gt;citoyens, &lt;/i&gt;comme participant &#224; l'autorit&#233; souveraine, et &lt;i&gt;sujets, &lt;/i&gt;comme soumis aux lois de l'&#201;tat. Mais ces termes se confondent souvent et se prennent l'un pour l'autre ; il suffit de les savoir distinguer quand ils sont employ&#233;s dans toute leur pr&#233;cision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voyez Du souverain (CS, I, 7) (jld)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voyez &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Du-souverain-CS-I-7' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du souverain (CS, I, 7)&lt;/a&gt; (jld)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;strong&gt;Du contrat social&lt;/strong&gt;, Livre I, chapitre 6&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du souverain (CS, I, 7)</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Du-souverain-CS-I-7</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Du-souverain-CS-I-7</guid>
		<dc:date>2003-10-03T18:28:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On voit, par cette formule, que l'acte d'association renferme un engagement r&#233;ciproque du public avec les particuliers, et que chaque individu, contractant pour ainsi dire avec lui-m&#234;me, se trouve engag&#233; sous un double rapport : savoir, comme membre du souverain envers les particuliers, et comme membre de l'&#201;tat envers le souverain. Mais en ne peut appliquer ici la maxime du droit civil, que nul n'est tenu aux engagements pris avec lui-m&#234;me ; car il y a bien de la diff&#233;rence entre s'obliger (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Du-contrat-social-" rel="directory"&gt;Du contrat social&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On voit, par cette formule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir Du pacte social (CS, I, 6) (jld)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que l'acte d'association renferme un engagement r&#233;ciproque du public avec les particuliers, et que chaque individu, contractant pour ainsi dire avec lui-m&#234;me, se trouve engag&#233; sous un double rapport : savoir, comme membre du souverain envers les particuliers, et comme membre de l'&#201;tat envers le souverain. Mais en ne peut appliquer ici la maxime du droit civil, que nul n'est tenu aux engagements pris avec lui-m&#234;me ; car il y a bien de la diff&#233;rence entre s'obliger envers soi ou envers un tout dont on fait partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut remarquer encore que la d&#233;lib&#233;ration publique, qui peut obliger tous les sujets envers le souverain, &#224; cause des deux diff&#233;rents rapports sous lesquels chacun d'eux est envisag&#233;, ne peut, par la raison contraire, obliger le souverain envers lui-m&#234;me et que, par cons&#233;quent, il est contre la nature du corps politique que le souverain s'impose une Ici qu'il ne puisse enfreindre. Ne pouvant se consid&#233;rer que sous un seul et m&#234;me rapport, il est alors dans le cas d'un particulier contractant avec soi-m&#234;me ; par o&#249; l'on voit qu'il n'y a ni ne peut y avoir nulle esp&#232;ce de loi fondamentale obligatoire pour le corps du peuple, pas m&#234;me le contrat social. Ce qui ne signifie pas que ce corps ne puisse fort bien s'engager envers autrui, en ce qui ne d&#233;roge point &#224; ce contrat ; car, &#224; l'&#233;gard de l'&#233;tranger, il devient un &#234;tre simple, un individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le corps politique ou le souverain, ne tirant son &#234;tre que de la saintet&#233; du contrat, ne peut jamais s'obliger, m&#234;me envers autrui, &#224; rien qui d&#233;roge &#224; cet acte primitif, comme d'ali&#233;ner quelque portion de lui-m&#234;me, ou de se soumettre &#224; un autre souverain. Violer l'acte par lequel il existe, serait s'an&#233;antir ; et qui n'est rien ne produit rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t que cette multitude est ainsi r&#233;unie en un corps, on ne peut offenser un des membres sans attaquer le corps, encore moins offenser le corps sans que les membres s'en ressentent. Ainsi le devoir et l'int&#233;r&#234;t obligent &#233;galement les deux parties contractantes &#224; s'entraider mutuellement ; et les m&#234;mes hommes doivent chercher &#224; r&#233;unir, sous ce double rapport, tous les avantages qui en d&#233;pendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le souverain, n'&#233;tant form&#233; que des particuliers qui le composent, n'a ni ne peut avoir d'int&#233;r&#234;t contraire au leur ; par cons&#233;quent, la puissance souveraine n'a nul besoin de garant envers les sujets, parce qu'il est impossible que le corps veuille nuire &#224; tous ses membres ; et nous verrons ci-apr&#232;s qu'il ne peut nuire &#224; aucun en particulier. Le souverain, par cela seul qu'il est, est toujours ce qu'il doit &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en est pas ainsi des sujets envers le souverain, auquel, malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t commun, rien ne r&#233;pondrait de leurs engagements, s'il ne trouvait des moyens de s'assurer de leur. fid&#233;lit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, chaque individu peut, comme homme, avoir une volont&#233; particuli&#232;re contraire ou dissemblable &#224; la volont&#233; g&#233;n&#233;rale qu'il a comme citoyen ; son int&#233;r&#234;t particulier peut lui parler tout autrement que l'int&#233;r&#234;t commun ; son existence absolue, et naturellement ind&#233;pendante, peut lui faire envisager ce qu'il doit &#224; la cause commune comme une contribution gratuite, dont la perte sera moins nuisible aux autres que le payement ne sera on&#233;reux pour lui ; et regardant la personne morale qui constitue l'&#201;tat comme un &#234;tre de raison, parce que ce n'est pas un homme, il jouirait des droits du citoyen sans vouloir remplir les devoirs du sujet ; injustice dont le progr&#232;s causerait la ruine du corps politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin donc que ce pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement, qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d'ob&#233;ir &#224; la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, y sera contraint par tout le corps ; ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera &#224; &#234;tre libre, car telle est la condition qui, donnant chaque citoyen &#224; la patrie, le garantit de toute d&#233;pendance personnelle, condition qui fait l'artifice et le Jeu de la machine politique, et qui seule rend l&#233;gitimes les engagements civils, lesquels, sans cela, seraient absurdes, tyranniques, et sujets aux plus &#233;normes abus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Du-pacte-social-CS-I-6' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du pacte social (CS, I, 6)&lt;/a&gt; (jld)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;strong&gt;Du contrat social&lt;/strong&gt;, Livre I, chapitre 7&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nous nous attachons &#224; nos semblables par le sentiment de leurs peines </title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Nous-nous-attachons-a-nos</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Nous-nous-attachons-a-nos</guid>
		<dc:date>2003-09-06T19:36:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Texte donn&#233; au Bac 2001 - S &lt;br class='autobr' /&gt;
Le contexte : Emile, Livre 4 : Dans quel esprit &#233;duquer Emile adolescent Expliquer le texte suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est la faiblesse de l'homme qui le rend sociable : ce sont nos mis&#232;res communes qui portent nos c&#339;urs &#224; l'humanit&#233;, nous ne lui devrions rien si nous n'&#233;tions pas hommes. Tout attachement est un signe d'insuffisance : si chacun de nous n'avait nul besoin des autres, il ne songerait gu&#232;re &#224; s'unir &#224; eux. Ainsi de notre infirmit&#233; m&#234;me na&#238;t notre fr&#234;le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-99-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte donn&#233; au &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Bac-2001-S' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bac 2001 - S&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Emile-Livre-4-Dans-quel-esprit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Emile, Livre 4 : Dans quel esprit &#233;duquer Emile adolescent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Expliquer le texte suivant :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la faiblesse de l'homme qui le rend sociable : ce sont nos mis&#232;res communes qui portent nos c&#339;urs &#224; l'humanit&#233;, nous ne lui devrions rien si nous n'&#233;tions pas hommes. Tout attachement est un signe d'insuffisance : si chacun de nous n'avait nul besoin des autres, il ne songerait gu&#232;re &#224; s'unir &#224; eux. Ainsi de notre infirmit&#233; m&#234;me na&#238;t notre fr&#234;le bonheur. Un &#234;tre vraiment heureux est un &#234;tre solitaire : Dieu seul jouit d'un bonheur absolu ; mais qui de nous en a l'id&#233;e ? Si quelque &#234;tre imparfait pouvait se suffire &#224; lui-m&#234;me, de quoi jouirait-il selon nous ? Il serait seul, il serait mis&#233;rable. Je ne con&#231;ois pas que celui qui n'a besoin de rien puisse aimer quelque chose :, je ne con&#231;ois pas que celui qui n'aime rien puisse &#234;tre heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suit de l&#224; que nous nous attachons &#224; nos semblables moins par le sentiment de leurs plaisirs que par celui de leurs peines ; car nous y voyons bien mieux l'identit&#233; de notre nature et les garants de leur attachement pour nous. Si nos besoins communs nous unissent par int&#233;r&#234;t, nos mis&#232;res communes nous unissent par affection. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Jean-Jacques Rousseau, &lt;strong&gt;Emile&lt;/strong&gt;, Livre 4, Seuil, L'Int&#233;grale, t.3, p.156&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compr&#233;hension pr&#233;cise du texte, du probl&#232;me dont il est question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Emile, Livre 4 : Dans quel esprit &#233;duquer Emile adolescent</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Emile-Livre-4-Dans-quel-esprit</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Emile-Livre-4-Dans-quel-esprit</guid>
		<dc:date>2003-09-06T19:28:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par quelques r&#233;flexions importantes sur l'&#233;tat critique dont il s'agit ici. Le passage de l'enfance &#224; la pubert&#233; n'est pas tellement d&#233;termin&#233; par la nature qu'il ne varie dans les individus selon les temp&#233;raments, et dans les peuples selon les climats. Tout le monde sait les distinctions observ&#233;es sur ce point entre les pays chauds et les pays froids, et chacun voit que les temp&#233;raments ardents sont form&#233;s plus t&#244;t que les autres : mais on peut se tromper sur les causes, et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Rousseau-" rel="directory"&gt;Rousseau&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Commen&#231;ons par quelques r&#233;flexions importantes sur l'&#233;tat critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de l'adolescence.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont il s'agit ici. Le passage de l'enfance &#224; la pubert&#233; n'est pas tellement d&#233;termin&#233; par la nature qu'il ne varie dans les individus selon les temp&#233;raments, et dans les peuples selon les climats. Tout le monde sait les distinctions observ&#233;es sur ce point entre les pays chauds et les pays froids, et chacun voit que les temp&#233;raments ardents sont form&#233;s plus t&#244;t que les autres : mais on peut se tromper sur les causes, et souvent attribuer au physique ce qu'il faut imputer au moral ; c'est un des abus les plus fr&#233;quents de la philosophie de notre si&#232;cle. Les instructions de la nature sont tardives et lentes ; celles des hommes sont presque toujours pr&#233;matur&#233;es. Dans le premier cas, les sens &#233;veillent l'imagination ; dans le second, l'imagination &#233;veille les sens ; elle leur donne une activit&#233; pr&#233;coce qui ne peut manquer d'&#233;nerver, d'affaiblir d'abord les individus, puis l'esp&#232;ce m&#234;me &#224; la longue. Une observation plus g&#233;n&#233;rale et plus s&#251;re que celle de l'effet des climats est que la pubert&#233; et la puissance du sexe est toujours plus h&#226;tive chez les peuples instruits et polic&#233;s que chez les peuples ignorants et barbares&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dans les villes, dit M. de Buffon, et chez les gens ais&#233;s, les enfants, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les enfants ont une sagacit&#233; singuli&#232;re pour d&#233;m&#234;ler &#224; travers toutes les singeries de la d&#233;cence les mauvaises m&#339;urs qu'elle couvre. Le langage &#233;pur&#233; qu'on leur dicte, les le&#231;ons d'honn&#234;tet&#233; qu'on leur donne, le voile du myst&#232;re qu'on affecte de tendre devant leurs yeux, sont autant d'aiguillons &#224; leur curiosit&#233;. A la mani&#232;re dont on s'y prend, il est clair que ce qu'on feint de leur cacher n'est que pour le leur apprendre ; et c'est, de toutes les instructions qu'on leur donne, celle qui leur profite le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consultez l'exp&#233;rience, vous comprendrez &#224; quel point cette m&#233;thode insens&#233;e acc&#233;l&#232;re l'ouvrage de la nature et ruine le temp&#233;rament. C'est ici l'une des principales causes qui font d&#233;g&#233;n&#233;rer les races dans les villes. Les jeunes gens, &#233;puis&#233;s de bonne heure, restent petits, faibles, mal faits, vieillissent au lieu de grandir, comme la vigne &#224; qui l'on fait porter du fruit au printemps languit et meurt avant l'automne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avoir v&#233;cu chez des peuples grossiers et simples pour conna&#238;tre jusqu'&#224; quel &#226;ge une heureuse ignorance y peut prolonger l'innocence des enfants. C'est un spectacle &#224; la fois touchant et risible d'y voir les deux sexes, livr&#233;s &#224; la s&#233;curit&#233; de leurs c&#339;urs, prolonger dans la fleur de l'&#226;ge et de la beaut&#233; les jeux na&#239;fs de l'enfance, et montrer par leur familiarit&#233; m&#234;me la puret&#233; de leurs plaisirs. Quand enfin cette aimable jeunesse vient &#224; se marier, les deux &#233;poux, se donnant mutuellement les pr&#233;mices de leur personne, en sont plus chers l'un &#224; l'autre ; des multitudes d'enfants, sains et robustes, deviennent le gage d'une union que rien n'alt&#232;re, et le fruit de la sagesse de leurs premiers ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#226;ge o&#249; l'homme acquiert la conscience de son sexe diff&#232;re autant par l'effet de l'&#233;ducation que par l'action de la nature, il suit de l&#224; qu'on peut acc&#233;l&#233;rer et retarder cet &#226;ge selon la mani&#232;re dont on &#233;l&#232;vera les enfants ; et si le corps gagne ou perd de la consistance &#224; mesure qu'on retarde ou qu'on acc&#233;l&#232;re ce progr&#232;s, il suit aussi que, plus on s'applique &#224; le retarder, plus un jeune homme acquiert de vigueur et de force. Je ne parle encore que des effets purement physiques : on verra bient&#244;t qu'ils ne se bornent pas l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces r&#233;flexions je tire la solution de cette question si souvent agit&#233;e, s'il convient d'&#233;clairer les enfants de bonne heure sur les objets de leur curiosit&#233;, ou s'il vaut mieux leur donner le change par de modestes erreurs. Je pense qu'il ne faut faire ni l'un ni l'autre. Premi&#232;rement, cette curiosit&#233; ne leur vient point sans qu'on y ait donn&#233; lieu. Il faut donc faire en sorte qu'ils ne l'aient pas. En second lieu, des questions qu'on n'est pas forc&#233; de r&#233;soudre n'exigent point qu'on trompe celui qui les fait : il vaut mieux lui imposer silence que de lui r&#233;pondre en mentant. Il sera peu surpris de cette loi, si l'on a pris soin de l'y asservir dans les choses indiff&#233;rentes. Enfin, si l'on prend le parti de r&#233;pondre, que ce soit avec la plus grande simplicit&#233;, sans myst&#232;re, sans embarras, sans sourire. Il y a beaucoup moins de danger &#224; satisfaire la curiosit&#233; de l'enfant qu'&#224; l'exciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vos r&#233;ponses soient toujours graves, courtes, d&#233;cid&#233;es, et sans jamais para&#238;tre h&#233;siter. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'elles doivent &#234;tre vraies. On ne peut apprendre aux enfants le danger de mentir aux hommes, sans sentir, de la part des hommes, le danger plus grand de mentir aux enfants. Un seul mensonge av&#233;r&#233; du ma&#238;tre &#224; l'&#233;l&#232;ve ruinerait &#224; jamais tout le fruit de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ignorance absolue sur certaines mati&#232;res est peut-&#234;tre ce qui conviendrait le mieux aux enfants : mais qu'ils apprennent de bonne heure ce qu'il est impossible de leur cacher toujours. Il faut, ou que leur curiosit&#233; ne s'&#233;veille en aucune mani&#232;re, ou qu'elle soit satisfaite avant l'&#226;ge o&#249; elle n'est plus sans danger. Votre conduite avec votre &#233;l&#232;ve d&#233;pend beaucoup en ceci de sa situation particuli&#232;re, des soci&#233;t&#233;s qui l'environnent, des circonstances o&#249; l'on pr&#233;voit qu'il pourra se trouver, etc. Il importe ici de ne rien donner au hasard ; et si vous n'&#234;tes pas s&#251;r de lui faire ignorer jusqu'&#224; seize ans la diff&#233;rence des sexes, ayez soin qu'il l'apprenne avant dix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aime point qu'on affecte avec les enfants un langage trop &#233;pur&#233;, ni qu'on fasse de longs d&#233;tours, dont ils s'aper&#231;oivent, pour &#233;viter de donner aux choses leur v&#233;ritable nom. Les bonnes m&#339;urs, en ces mati&#232;res, ont toujours beaucoup de simplicit&#233; ; mais des imaginations souill&#233;es par le vice rendent l'oreille d&#233;licate, et forcent de raffiner sans cesse sur les expressions. Les termes grossiers sont sans cons&#233;quence ; ce sont les id&#233;es lascives qu'il faut &#233;carter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique la pudeur soit naturelle &#224; l'esp&#232;ce humaine, naturellement les enfants n'en ont point. La pudeur ne na&#238;t qu'avec la connaissance du mal : et comment les enfants, qui n'ont ni ne doivent avoir cette connaissance, auraient-ils le sentiment qui en est l'effet ? Leur donner des le&#231;ons de pudeur et d'honn&#234;tet&#233;, c'est leur apprendre qu'il y a des choses honteuses et d&#233;shonn&#234;tes, c'est leur donner un d&#233;sir secret de conna&#238;tre ces choses-l&#224;. T&#244;t ou tard ils en viennent &#224; bout, et la premi&#232;re &#233;tincelle qui touche &#224; l'imagination acc&#233;l&#232;re &#224; coup s&#251;r l'embrasement des sens. Quiconque rougit est d&#233;j&#224; coupable ; la vraie innocence n'a honte de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants n'ont pas les m&#234;mes d&#233;sirs que les hommes ; mais, sujets comme eux &#224; la malpropret&#233; qui blesse les sens, ils peuvent de ce seul assujettissement recevoir les m&#234;mes le&#231;ons de biens&#233;ance. Suivez l'esprit de la nature, qui, pla&#231;ant dans les m&#234;mes lieux les organes des plaisirs secrets et ceux des besoins d&#233;go&#251;tants, nous inspire les m&#234;mes soins &#224; diff&#233;rents &#226;ges, tant&#244;t par une id&#233;e et tant&#244;t par une autre ; &#224; l'homme par la modestie, &#224; l'enfant par la propret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois qu'un bon moyen de conserver aux enfants leur innocence ; c'est que tous ceux qui les entourent la respectent et l'aiment. Sans cela, toute la retenue dont on t&#226;che d'user avec eux se d&#233;ment t&#244;t ou tard ; un sourire, un clin d'&#339;il, un geste &#233;chapp&#233;, leur disent tout ce qu'on cherche &#224; leur taire ; il leur suffit, pour l'apprendre, de voir qu'on le leur a voulu cacher. La d&#233;licatesse de tours et d'expressions dont se servent entre eux les gens polis, supposant des lumi&#232;res que les enfants ne doivent pas avoir, est tout &#224; fait d&#233;plac&#233;e avec eux ; mais quand on honore vraiment leur simplicit&#233;, l'on prend ais&#233;ment, en leur parlant, celle des termes qui leur conviennent. Il y a une certaine na&#239;vet&#233; de langage qui sied et qui pla&#238;t &#224; l'innocence : voil&#224; le vrai ton qui d&#233;tourne un enfant d'une dangereuse curiosit&#233;. En lui parlant simplement de tout, on ne lui laisse pas soup&#231;onner qu'il reste rien de plus &#224; lui dire. En joignant aux mots grossiers les id&#233;es d&#233;plaisantes qui leur conviennent, on &#233;touffe le premier feu de l'imagination : on ne lui d&#233;fend pas de prononcer ces mots et d'avoir ces id&#233;es ; mais on lui donne, sans qu'il y songe, de la r&#233;pugnance &#224; les rappeler. Et combien d'embarras cette libert&#233; na&#239;ve ne sauve-t-elle point &#224; ceux qui, la tirant de leur propre c&#339;ur, disent toujours ce qu'il faut dire, et le disent toujours comme ils l'ont senti !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment se font les enfants ? &lt;/i&gt;Question embarrassante qui vient assez naturellement aux enfants, et dont la r&#233;ponse indiscr&#232;te ou prudente d&#233;cide quelquefois de leurs m&#339;urs et de leur sant&#233; pour toute leur vie. La mani&#232;re la plus courte qu'une m&#232;re imagine pour s'en d&#233;barrasser sans tromper son fils, est de lui imposer silence. Cela serait bon, si on l'y e&#251;t accoutum&#233; de longue main dans des questions indiff&#233;rentes, et qu'il ne soup&#231;onn&#226;t pas du myst&#232;re &#224; ce nouveau ton. Mais rarement elle s'en tient l&#224;. &lt;i&gt;C'est le secret des gens mari&#233;s, &lt;/i&gt;lui dira-t-elle ; &lt;i&gt;de petits gar&#231;ons ne doivent point &#234;tre si curieux. &lt;/i&gt;Voil&#224; qui est fort bien pour tirer d'embarras la m&#232;re : mais qu'elle sache que, piqu&#233; de cet air de m&#233;pris, le petit gar&#231;on n'aura pas un moment de repos qu'il n'ait appris le secret des gens mari&#233;s, et qu'il ne tardera pas de l'apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on me permette de rapporter une r&#233;ponse bien diff&#233;rente que j'ai entendu faire &#224; la m&#234;me question, et qui me frappa d'autant plus, qu'elle partait d'une femme aussi modeste dans ses discours que dans ses mani&#232;res, mais qui savait au besoin fouler aux pieds, pour le bien de son fils et pour la vertu, la fausse crainte du bl&#226;me et les vains propos des plaisants. Il n'y avait pas long&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;temps que l'enfant avait jet&#233; par les urines une petite pierre qui lui avait d&#233;chir&#233; l'ur&#232;tre ; mais le mal pass&#233; &#233;tait oubli&#233;. &lt;i&gt;Maman, &lt;/i&gt;dit le petit &#233;tourdi, &lt;i&gt;comment se font les enfants ?- Mon fils, &lt;/i&gt;r&#233;pond la m&#232;re sans h&#233;siter, &lt;i&gt;les femmes les pissent avec des douleurs qui leur co&#251;tent quelquefois la vie. &lt;/i&gt;Que les fous rient, et que les sots soient scandalis&#233;s : mais que les sages cherchent si jamais ils trouveront une r&#233;ponse plus judicieuse et qui aille mieux &#224; ses fins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord l'id&#233;e d'un besoin naturel et connu de l'enfant d&#233;tourne celle d'une op&#233;ration myst&#233;rieuse. Les id&#233;es accessoires de la douleur et de la mort couvrent celle-l&#224; d'un voile de tristesse qui amortit l'imagination et r&#233;prime la curiosit&#233; ; tout porte l'esprit sur les suites de l'accouchement, et non pas sur ses causes. Les infirmit&#233;s de la nature humaine, des objets d&#233;go&#251;tants, des images de souffrance, voil&#224; les &#233;claircissements o&#249; m&#232;ne cette r&#233;ponse, si la r&#233;pugnance qu'elle inspire permet &#224; l'enfant de les demander. Par o&#249; l'inqui&#233;tude des d&#233;sirs aura-t-elle occasion de na&#238;tre dans des entretiens ainsi dirig&#233;s ? Et cependant vous voyez que la v&#233;rit&#233; n'a point &#233;t&#233; alt&#233;r&#233;e, et qu'on n'a point eu besoin d'abuser son &#233;l&#232;ve au lieu de l'instruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vos enfants lisent ; ils prennent dans leurs lectures des connaissances qu'ils n'auraient pas s'ils n'avaient point lu. S'ils &#233;tudient, l'imagination s'allume et s'aiguise dans le silence du cabinet. S'ils vivent dans le monde, ils entendent un jargon bizarre, ils voient des exemples dont ils sont frapp&#233;s : on leur a si bien persuad&#233; qu'ils &#233;taient hommes, que, dans tout ce que font les hommes en leur pr&#233;sence, ils cherchent aussit&#244;t comment cela peut leur convenir : il faut bien que les actions d'autrui leur servent de mod&#232;le, quand les jugements d'autrui leur servent de loi. Des domestiques qu'on fait d&#233;pendre d'eux, par cons&#233;quent int&#233;ress&#233;s &#224; leur plaire, leur font leur cour aux d&#233;pens des bonnes m&#339;urs ; des gouvernantes rieuses leur tiennent &#224; quatre ans des propos que la plus effront&#233;e n'oserait leur tenir &#224; quinze. Bient&#244;t elles oublient ce qu'elles ont dit ; mais ils n'oublient pas ce qu'ils ont entendu. Les entretiens polissons pr&#233;parent les m&#339;urs libertines : le laquais fripon rend l'enfant d&#233;bauch&#233; ; et le secret de l'un sert de garant &#224; celui de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant &#233;lev&#233; selon son &#226;ge est seul. Il ne conna&#238;t d'attachements que ceux de l'habitude ; il aime sa s&#339;ur comme sa montre, et son ami comme son chien. Il ne se sent d'aucun sexe, d'aucune esp&#232;ce : l'homme et la femme lui sont &#233;galement &#233;trangers ; il ne rapporte &#224; lui rien de ce qu'ils font ni de ce qu'ils disent : il ne le voit ni ne l'entend, ou n'y fait nulle attention ; leurs discours ne l'int&#233;ressent pas plus que leurs exemples : tout cela n'est point fait pour lui. Ce n'est pas une erreur artificieuse qu'on lui donne par cette m&#233;thode, c'est l'ignorance de la nature. Le temps vient o&#249; la m&#234;me nature prend soin d'&#233;clairer son &#233;l&#232;ve ; et c'est alors seulement qu'elle l'a mis en &#233;tat de profiter sans risque des le&#231;ons qu'elle lui donne. Voil&#224; le principe : le d&#233;tail des r&#232;gles n'est pas de mon sujet ; et les moyens que je propose en vue d'autres objets servent encore d'exemple pour celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voulez-vous mettre l'ordre et la r&#232;gle dans les passions naissantes, &#233;tendez l'espace durant lequel elles se d&#233;veloppent, afin qu'elles aient le temps de s'arranger &#224; mesure qu'elles naissent. Alors ce n'est pas l'homme qui les ordonne, c'est la nature elle-m&#234;me ; votre soin n'est que de la laisser arranger son travail. Si votre &#233;l&#232;ve &#233;tait seul, vous n'auriez rien &#224; faire ; mais tout ce qui l'environne enflamme son imagination. Le torrent des pr&#233;jug&#233;s l'entra&#238;ne : pour le retenir, il faut le pousser en sens contraire. Il faut que le sentiment encha&#238;ne l'imagination, et que la raison fasse taire l'opinion des hommes. La source de toutes les passions est la sensibilit&#233;, l'imagination d&#233;termine leur pente. Tout &#234;tre qui sent ses rapports doit &#234;tre affect&#233; quand ces rapports s'alt&#232;rent et qu'il en imagine ou qu'il en croit imaginer de plus convenables &#224; sa nature. Ce sont les erreurs de l'imagination qui transforment en vices les passions de tous les &#234;tres born&#233;s, m&#234;me des anges, s'ils en ont ; car il faudrait qu'ils connussent la nature de tous les &#234;tres, pour savoir quels rapports conviennent le mieux &#224; la leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc le sommaire de toute la sagesse humaine dans l'usage des passions : 1&#730; sentir les vrais rapports de l'homme tant dans l'esp&#232;ce que dans l'individu ; 2&#730; ordoner toutes les affections de l'&#226;me selon ces rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'homme est-il ma&#238;tre d'ordonner ses affections selon tels ou tels rapports ? Sans doute, s'il est ma&#238;tre de diriger son imagination sur tel ou tel objet, ou de lui donner telle ou telle habitude. D'ailleurs, il s'agit moins ici de ce qu'un homme peut faire sur lui-m&#234;me que de ce que nous pouvons faire sur notre &#233;l&#232;ve par le choix des circonstances o&#249; nous le pla&#231;ons. Exposer les moyens propres &#224; maintenir dans l'ordre de la nature, c'est dire assez comment il en peut sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que sa sensibilit&#233; reste born&#233;e &#224; son individu, il n'y a rien de moral dans ses actions ; ce n'est que quand elle commence &#224; s'&#233;tendre hors de lui, qu'il prend d'abord les sentiments, ensuite les notions du bien et du mal, qui le constituent v&#233;ritablement homme et partie int&#233;grante de son esp&#232;ce. C'est donc &#224; ce premier point qu'il faut d'abord fixer nos observations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont difficiles en ce que, pour les faire, il faut rejeter les exemples qui sont sous nos yeux, et chercher ceux o&#249; les d&#233;veloppements successifs se font selon l'ordre de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un enfant fa&#231;onn&#233;, poli, civilis&#233;, qui n'attend que la puissance de mettre en oeuvre les instructions pr&#233;matur&#233;es qu'il a re&#231;ues, ne se trompe jamais sur le moment o&#249; cette puissance lui survient. Loin de l'attendre, il l'acc&#233;l&#232;re, il donne &#224; son sang une fermentation pr&#233;coce, il sait quel doit &#234;tre l'objet de ses d&#233;sirs, longtemps m&#234;me avant qu'il les &#233;prouve. Ce n'est pas la nature qui l'excite, c'est lui qui la force : elle n'a plus rien &#224; lui apprendre, en le faisant homme ; il l'&#233;tait par la pens&#233;e longtemps avant de l'&#234;tre en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable marche de la nature est plus graduelle et plus lente. Peu &#224; peu le sang s'enflamme, les esprits s'&#233;laborent, le temp&#233;rament se forme. Le sage ouvrier qui dirige la fabrique a soin de perfectionner tous ses instruments avant de les mettre en oeuvre : une longue inqui&#233;tude pr&#233;c&#232;de les premiers d&#233;sirs, une longue ignorance leur donne le change ; on d&#233;sire sans savoir quoi. Le sang fermente et s'agite ; une surabondance de vie cherche &#224; s'&#233;tendre au dehors. L'&#339;il s'anime et parcourt les autres &#234;tres, on commence &#224; prendre int&#233;r&#234;t &#224; ceux qui nous environnent, on commence &#224; sentir qu'on n'est pas fait pour vivre seul : c'est ainsi que le c&#339;ur s'ouvre aux affections humaines, et devient capable d'attachement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier sentiment dont un jeune homme &#233;lev&#233; soigneusement est susceptible n'est pas l'amour, c'est l'amiti&#233;. Le premier acte de son imagination naissante est de lui apprendre qu'il a des semblables, et l'esp&#232;ce l'affecte avant le sexe. Voil&#224; donc un autre avantage de l'innocence prolong&#233;e : c'est de profiter de la sensibilit&#233; naissante pour jeter dans le c&#339;ur du jeune adolescent les premi&#232;res semences de l'humanit&#233; : avantage d'autant plus pr&#233;cieux que c'est le seul temps de la vie o&#249; les m&#234;mes soins puissent avoir un vrai succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours vu que les jeunes gens corrompus de bonne heure, et livr&#233;s aux femmes et &#224; la d&#233;bauche, &#233;taient inhumains et cruels ; la fougue du temp&#233;rament les rendait impatients, vindicatifs, furieux ; leur imagination, pleine d'un seul objet, se refusait &#224; tout le reste ; ils ne connaissaient ni piti&#233; ni mis&#233;ricorde ; ils auraient sacrifi&#233; p&#232;re, m&#232;re, et l'univers entier au moindre de leurs plaisirs. Au contraire, un jeune homme &#233;lev&#233; dans une heureuse simplicit&#233; est port&#233; par les premiers mouvements de la nature vers les passions tendres et affectueuses : son c&#339;ur compatissant s'&#233;meut sur les peines de ses semblables ; il tressaille d'aise quand il revoit son camarade, ses bras savent trouver des &#233;treintes caressantes, ses yeux savent verser des larmes d'attendrissement ; il est sensible &#224; la honte de d&#233;plaire, au regret d'avoir offens&#233;. Si l'ardeur d'un sang qui s'enflamme le rend vif, emport&#233;, col&#232;re, on voit le moment d'apr&#232;s toute la bont&#233; de son c&#339;ur dans l'effusion de son repentir ; il pleure, il g&#233;mit sur la blessure qu'il a faite ; il voudrait au prix de son sang racheter celui qu'il a vers&#233; ; tout son emportement s'&#233;teint, toute sa fiert&#233; s'humilie devant le sentiment de sa faute. Est-il offens&#233; lui-m&#234;me : au fort de sa fureur, une excuse, un mot le d&#233;sarme ; il pardonne les torts d'autrui d'aussi bon c&#339;ur qu'il r&#233;pare les siens. L'adolescence n'est l'&#226;ge ni de la vengeance ni de la haine ; elle est celui de la commis&#233;ration, de la cl&#233;mence, de la g&#233;n&#233;rosit&#233;. Oui, je le soutiens et je ne crains point d'&#234;tre d&#233;menti par l'exp&#233;rience, un enfant qui n'est pas mal n&#233;, et qui a conserv&#233; jusqu'&#224; vingt ans son innocence, est &#224; cet &#226;ge le plus g&#233;n&#233;reux, le meilleur, le plus aimant et le plus aimable des hommes. On ne vous a jamais rien dit de semblable ; je le crois bien ; vos philosophes, &#233;lev&#233;s dans toute la corruption des coll&#232;ges, n'ont garde de savoir cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la faiblesse de l'homme qui le rend sociable ; ce sont nos mis&#232;res communes qui portent nos c&#339;urs &#224; l'humanit&#233; : nous ne lui devrions rien si nous n'&#233;tions pas hommes. Tout attachement est un signe d'insuffisance : si chacun de nous n'avait nul besoin des autres, il ne songerait gu&#232;re &#224; s'unir &#224; eux. Ainsi de notre infirmit&#233; m&#234;me na&#238;t notre fr&#234;le bonheur. Un &#234;tre vraiment heureux est un &#234;tre solitaire ; Dieu seul jouit d'un bonheur absolu ; mais qui de nous en a l'id&#233;e ? Si quelque &#234;tre imparfait pouvait se suffire &#224; lui-m&#234;me, de quoi jouirait-il selon nous ? Il serait seul, il serait mis&#233;rable. Je ne con&#231;ois pas que celui qui n'a besoin de rien puisse aimer quelque chose : je ne con&#231;ois pas que celui qui n'aime rien puisse &#234;tre heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suit de l&#224; que nous nous attachons &#224; nos semblables moins par le sentiment de leurs plaisirs que par celui de leurs peines ; car nous y voyons bien mieux l'identit&#233; de notre nature et les garants de leur attachement pour nous. Si nos besoins communs nous unissent par int&#233;r&#234;t, nos mis&#232;res communes nous unissent par affection. L'aspect d'un homme heureux inspire aux autres moins d'amour que d'envie ; on l'accuserait volontiers d'usurper un droit qu'il n'a pas en se faisant un bonheur exclusif ; et l'amour-propre souffre encore en nous faisant sentir que cet homme n'a nul besoin de nous. Mais qui est-ce qui ne plaint pas le malheureux qu'il voit souffrir ? Qui est-ce qui ne voudrait pas le d&#233;livrer de ses maux s'il n'en co&#251;tait qu'un souhait pour cela ? L'imagination nous met &#224; la place du mis&#233;rable plut&#244;t qu'&#224; celle de l'homme heureux ; on sent que l'un de ces &#233;tats nous touche de plus pr&#232;s que l'autre. La piti&#233; est douce, parce qu'en se mettant &#224; la place de celui qui souffre, on sent pourtant le plaisir de ne pas souffrir comme lui. L'envie est am&#232;re, en ce que l'aspect d'un homme heureux, loin de mettre l'envieux &#224; sa place, lui donne le regret de n'y pas &#234;tre. Il semble que l'un nous exempte des maux qu'il souffre, et que l'autre nous &#244;te les biens dont il jouit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voulez-vous donc exciter et nourrir dans le c&#339;ur d'un jeune homme les premiers mouvements de la sensibilit&#233; naissante, et tourner son caract&#232;re vers la bienfaisance et vers la bont&#233; ; n'allez point faire germer en lui l'orgueil, la vanit&#233;, l'envie, par la trompeuse image du bonheur des hommes ; n'exposez point d'abord &#224; ses yeux la pompe des cours, le faste des palais, l'attrait des spectacles ; ne le promenez point dans les cercles, dans les brillantes assembl&#233;es, ne lui montrez l'ext&#233;rieur de la grande soci&#233;t&#233; qu'apr&#232;s l'avoir mis en &#233;tat de l'appr&#233;cier en elle-m&#234;me. Lui montrer le monde avant qu'il connaisse les hommes, ce n'est pas le former, c'est le corrompre ; ce n'est pas l'instruire, c'est le tromper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes ne sont naturellement ni rois, ni grands, ni courtisans, ni riches ; tous sont n&#233;s nus et pauvres, tous sujets aux mis&#232;res de la vie, aux chagrins, aux maux, aux besoins, aux douleurs de toute esp&#232;ce ; enfin, tous sont condamn&#233;s &#224; la mort. Voil&#224; ce qui est vraiment de l'homme ; voil&#224; de quoi nul mortel n'est exempt. Commencez donc par &#233;tudier de la nature humaine ce qui en est le plus ins&#233;parable, ce qui constitue le mieux l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A seize ans l'adolescent sait ce que c'est que souffrir ; car il a souffert lui-m&#234;me ; mais &#224; peine sait-il que d'autres &#234;tres souffrent aussi ; le voir sans le sentir n'est pas le savoir, et, comme je l'ai dit cent fois, l'enfant n'imaginant point ce que sentent les autres ne conna&#238;t de maux que les siens : mais quand le premier d&#233;veloppement des sens allume en lui le feu de l'imagination, il commence &#224; se sentir dans ses semblables, &#224; s'&#233;mouvoir de leurs plaintes et &#224; souffrir de leurs douleurs. C'est alors que le triste tableau de l'humanit&#233; souffrante doit porter &#224; son c&#339;ur le premier attendrissement qu'il ait jamais &#233;prouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce moment n'est pas facile &#224; remarquer dans vos enfants, &#224; qui vous en prenez-vous ? Vous les instruisez de si bonne heure &#224; jouer le sentiment, vous leur en apprenez si t&#244;t le langage, que parlant toujours sur le m&#234;me ton, ils tournent vos le&#231;ons contre vous-m&#234;me, et ne vous laissent nul moyen de distinguer quand, cessant de mentir, ils commencent &#224; sentir ce qu'ils disent. Mais voyez mon &#201;mile ; &#224; l'&#226;ge o&#249; je l'ai conduit il n'a ni senti ni menti. Avant de savoir ce que c'est qu'aimer, il n'a dit &#224; personne : Je&lt;i&gt; vous aime bien ; on &lt;/i&gt;ne lui a point prescrit la contenance qu'il devait prendre en entrant dans la chambre de son p&#232;re, de sa m&#232;re, ou de son gouverneur malade ; on ne lui a point montr&#233; l'art d'affecter la tristesse qu'il n'avait pas. Il n'a feint de pleurer sur la mort de personne ; car il ne sait ce que c'est que mourir. La m&#234;me insensibilit&#233; qu'il a dans le c&#339;ur est aussi dans ses mani&#232;res. Indiff&#233;rent &#224; tout, hors &#224; lui-m&#234;me, comme tous les autres enfants, il ne prend int&#233;r&#234;t &#224; personne ; tout ce qui le distingue est qu'il ne veut point para&#238;tre en prendre, et qu'il n'est pas faux comme eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;mile, ayant peu r&#233;fl&#233;chi sur les &#234;tres sensibles, saura tard ce que c'est que souffrir et mourir. Les plaintes et les cris commenceront d'agiter ses entrailles ; l'aspect du sang qui coule lui fera d&#233;tourner les yeux ; les convulsions d'un animal expirant lui donneront je ne sais quelle angoisse avant qu'il sache d'o&#249; lui viennent ces nouveaux mouvements. S'il &#233;tait rest&#233; stupide et barbare, il ne les aurait pas ; s'il &#233;tait plus instruit, il en conna&#238;trait la source : il a d&#233;j&#224; trop compar&#233; d'id es pour ne rien sentir, et pas assez pour concevoir ce qu'il sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi na&#238;t la piti&#233;, premier sentiment relatif qui touche le c&#339;ur humain selon l'ordre de la nature. Pour devenir sensible et pitoyable, il faut que l'enfant sache qu'il y a des &#234;tres semblables &#224; lui qui souffrent ce qu'il a souffert, qui sentent les douleurs qu'il a senties, et d'autres dont il doit avoir l'id&#233;e comme pouvant les sentir aussi. En effet, comment nous laissons-nous &#233;mouvoir &#224; la piti&#233;, si ce n'est en nous transportant hors de nous et nous identifiant avec l'animal souffrant, en quittant, pour ainsi dire, notre &#234;tre pour prendre le sien ? Nous ne souffrons qu'autant que nous jugeons qu'il souffre ; ce n'est pas dans nous, c'est dans lui que nous souffrons. Ainsi nul ne devient sensible que quand son imagination s'anime et commence &#224; le transporter hors de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour exciter et nourrir cette sensibilit&#233; naissante, pour la guider ou la suivre dans sa pente naturelle, qu'avons-nous donc &#224; faire, si ce n'est d'offrir au jeune homme des objets sur lesquels puisse agir la force expansive de son c&#339;ur, qui le dilatent, qui l'&#233;tendent sur les autres &#234;tres, qui le fassent partout retrouver hors de lui ; d'&#233;carter avec soin ceux qui le resserrent, le concentrent, et tendent le ressort du moi humain ; c'est-&#224;-dire, en d'autres termes, d'exciter en lui la bont&#233;, l'humanit&#233;, la commis&#233;ration, la bienfaisance, toutes les passions attirantes et douces qui plaisent naturellement aux hommes, et d'emp&#234;cher de na&#238;tre l'envie, la convoitise, la haine, toutes les passions repoussantes et cruelles, qui rendent, pour ainsi dire, la sensibilit&#233; non seulement nulle, mais n&#233;gative, et font le tourment de celui qui les &#233;prouve ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois pouvoir r&#233;sumer toutes les r&#233;flexions pr&#233;c&#233;dentes en deux ou trois maximes pr&#233;cises, claires et faciles &#224; saisir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PREMI&#200;RE MAXIME&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Il n'est pas dans le c&#339;ur humain de se mettre &#224; la place des gens qui sont plus heureux que nous, mais seulement de ceux qui sont plus &#224; plaindre.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on trouve des exceptions &#224; cette maxime, elles sont plus apparentes que r&#233;elles. Ainsi l'on ne se met pas &#224; la place du riche ou du grand auquel on s'attache ; m&#234;me en s'attachant sinc&#232;rement, on ne fait que s'approprier une partie de son bien-&#234;tre. Quelquefois on l'aime dans ses malheurs ; mais, tant qu'il prosp&#232;re, il n'a de v&#233;ritable ami que celui qui n'est pas la dupe des apparences, et qui le plaint plus qu'il ne l'envie, malgr&#233; sa prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est touch&#233; du bonheur de certains &#233;tats, par exemple de la vie champ&#234;tre et pastorale. Le charme de voir ces bonnes gens heureux n'est point empoisonn&#233; par l'envie ; on s'int&#233;resse &#224; eux v&#233;ritablement. Pourquoi cela ? Parce qu'on se sent ma&#238;tre de descendre &#224; cet &#233;tat de paix et d'innocence, et de jouir de la m&#234;me f&#233;licit&#233; ; c'est un pis-aller qui ne donne que des id&#233;es agr&#233;ables, attendu qu'il suffit d'en vouloir jouir pour le pouvoir. Il y a toujours du plaisir &#224; voir ses ressources, &#224; contempler son propre bien, m&#234;me quand on n'en veut pas user.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suit de l&#224; que, pour porter un jeune homme &#224; l'humanit&#233;, loin de lui faire admirer le sort brillant des autres, il faut le lui montrer par les c&#244;t&#233;s tristes ; il faut le lui faire craindre. Alors, par une cons&#233;quence &#233;vidente, il doit se frayer une route au bonheur, qui ne soit sur les traces de personne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DEUXI&#200;ME MAXIME&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;On ne plaint jamais dans autrui que les maux dont on ne se croit pas exempt soi-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Non ignara mali, miseris succurrere disco. &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne connais rien de si beau, de si profond, de si touchant, de si vrai, que ce vers-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les rois sont-ils sans piti&#233; pour leurs sujets ? C'est qu'ils comptent de n'&#234;tre jamais hommes. Pourquoi les riches sont-ils si durs pour les pauvres ? C'est qu'ils n'ont pas peur de le devenir. Pourquoi la noblesse a-t-elle un si grand m&#233;pris pour le peuple ? C'est qu'un noble ne sera jamais roturier. Pourquoi les Turcs sont-ils g&#233;n&#233;ralement plus humains, plus hospitaliers que nous ? C'est que, dans leur gouvernement tout &#224; fait arbitraire, la grandeur et la fortune des particuliers &#233;tant toujours pr&#233;caires et chancelantes, ils ne regardent point l'abaissement et la mis&#232;re comme un &#233;tat &#233;tranger &#224; eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela parait changer un peu maintenant : les &#233;tats semblent devenir plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; chacun peut &#234;tre demain ce qu'est aujourd'hui celui qu'il assiste. Cette r&#233;flexion, qui revient sans cesse dans les romans orientaux, donne &#224; leur lecture je ne sais quoi d'attendrissant que n'a point tout l'appr&#234;t de notre s&#232;che morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'accoutumez donc pas votre &#233;l&#232;ve &#224; regarder du haut de sa gloire les peines des infortun&#233;s, les travaux des mis&#233;rables ; et n'esp&#233;rez pas lui apprendre &#224; les plaindre, s'il les consid&#232;re comme lui &#233;tant &#233;trangers. Faites-lui bien comprendre que le sort de ces malheureux peut &#234;tre le sien, que tous leurs maux sont sous ses pieds, que mille &#233;v&#233;nements impr&#233;vus et in&#233;vitables peuvent l'y plonger d'un moment &#224; l'autre. Apprenez-lui &#224; ne compter ni sur la naissance, ni sur la sant&#233;, ni sur les richesses ; montrez-lui toutes les vicissitudes de la fortune ; cherchez lui les exemples toujours trop fr&#233;quents de gens qui, d'un &#233;tat plus &#233;lev&#233; que le sien, sont tomb&#233;s au-dessous de celui de ces malheureux ; que ce soit par leur faute ou non, ce n'est pas maintenant de quoi il est question ; sait-il seulement ce que c'est que faute ? N'empi&#233;tez jamais sur l'ordre de ses connaissances, et ne l'&#233;clairez que par les lumi&#232;res qui sont &#224; sa port&#233;e : il n'a pas besoin d'&#234;tre fort savant pour sentir que toute la prudence humaine ne peut lui r&#233;pondre si dans une heure il sera vivant ou mourant ; si les douleurs de la n&#233;phr&#233;tique ne lui feront point grincer les dents avant la nuit ; si dans un mois il sera riche ou pauvre, si dans un an peut-&#234;tre il ne ramera point sous le nerf de b&#339;uf dans les gal&#232;res d'Alger. Surtout n'allez pas lui dire tout cela froidement comme son cat&#233;chisme ; qu'il voie, qu'il sente les calamit&#233;s humaines : &#233;branlez, effrayez son imagination des p&#233;rils dont tout homme est sans cesse environn&#233; ; qu'il voie autour de lui tous ces ab&#238;mes, et qu'&#224; vous les entendre d&#233;crire, il se presse contre vous de peur d'y tomber. Nous le rendrons timide et poltron, direz-vous. Nous verrons dans la suite ; mais quant &#224; pr&#233;sent, commen&#231;ons par le rendre humain ; voil&#224; surtout ce qui nous importe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TROISI&#200;ME MAXIME&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;La piti&#233; qu'on a du mal d'autrui ne se mesure pas sur la quantit&#233; de ce mal, mais sur le sentiment qu'on pr&#234;te &#224; ceux qui le souffrent.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne plaint un malheureux qu'autant qu'on croit qu'il se trouve &#224; plaindre. Le sentiment physique de nos maux est plus born&#233; qu'il ne semble ; mais c'est par la m&#233;moire qui nous en fait sentir la continuit&#233;, c'est par l'imagination qui les &#233;tend sur l'avenir, qu'ils nous rendent vraiment &#224; plaindre. Voil&#224;, je pense, une des causes qui nous endurcissent plus aux maux des animaux qu'&#224; ceux des hommes, quoique la sensibilit&#233; commune d&#251;t &#233;galement nous identifier avec eux. On ne plaint gu&#232;re un cheval de charretier dans son &#233;curie, parce qu'on ne pr&#233;sume pas qu'en mangeant son foin il songe aux coups qu'il a re&#231;us et aux fatigues qui l'attendent. On ne plaint pas non plus un mouton qu'on voit pa&#238;tre, quoiqu'on sache qu'il sera bient&#244;t &#233;gorg&#233;, parce qu'on juge qu'il ne pr&#233;voit pas son sort. Par extension l'on s'endurcit ainsi sur le sort des hommes ; et les riches se consolent du mal qu'ils font aux pauvres, en les supposant assez stupides pour n'en rien sentir. En g&#233;n&#233;ral je juge du prix que chacun met au bonheur de ses semblables par le cas qu'il para&#238;t faire d'eux. Il est naturel qu'on fasse bon march&#233; du bonheur des gens qu'on m&#233;prise. Ne vous &#233;tonnez donc plus si les politiques parlent du peuple avec tant de d&#233;dain, ni si la plupart des philosophes affectent de faire l'homme si m&#233;chant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le peuple qui compose le genre humain ; ce qui n'est pas peuple est si peu de chose que ce n'est pas la peine de le compter. L'homme est le m&#234;me dans tous les &#233;tats : si cela est, les &#233;tats les plus nombreux m&#233;ritent le plus de respect. Devant celui qui pense, toutes les distinctions civiles disparaissent : il voit les m&#234;mes passions, les m&#234;mes sentiments dans le goujat et dans l'homme illustre ; il n'y discerne que leur langage, qu'un coloris plus ou moins appr&#234;t&#233; ; et si quelque diff&#233;rence essentielle les distingue, elle est au pr&#233;judice des plus dissimul&#233;s. Le peuple se montre tel qu'il est, et n'est pas aimable : mais il faut bien que les gens du monde se d&#233;guisent ; s'ils se montraient tels qu'ils sont, ils feraient horreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, disent encore nos sages, m&#234;me dose de bonheur et de peine dans tous les &#233;tats. Maxime aussi funeste qu'insoutenable : car, si tous sont &#233;galement heureux, qu'ai-je besoin de m'incommoder pour personne ? Que chacun reste comme il est : que l'esclave soit maltrait&#233;, que l'infirme souffre, que le gueux p&#233;risse ; il n'y a rien &#224; gagner pour eux &#224; changer d'&#233;tat. Ils font l'&#233;num&#233;ration des peines du riche, et montrent l'inanit&#233; de ses vains plaisirs : quel grossier sophisme ! les peines du riche ne lui viennent point de son &#233;tat, mais de lui seul, qui en abuse. F&#251;t-il plus malheureux que le pauvre m&#234;me, il n'est point &#224; plaindre, parce que ses maux sont tous son ouvrage, et qu'il ne tient qu'&#224; lui d'&#234;tre heureux. Mais la peine du mis&#233;rable lui vient des choses, de la rigueur du sort qui s'appesantit sur lui. Il n'y a point d'habitude qui lui puisse &#244;ter le sentiment physique de la fatigue, de l'&#233;puisement, de la faim : le bon esprit ni la sagesse ne servent de rien pour l'exempter des maux de son &#233;tat. Que gagne &#201;pict&#232;te de pr&#233;voir que son ma&#238;tre va lui casser la jambe ? la lui casse-t-il moins pour cela ? il a par-dessus son mal le mal de la pr&#233;voyance. Quand le peuple serait aussi sens&#233; que nous le supposons stupide, que pourrait-il &#234;tre autre que ce qu'il est ? que pourrait-il faire autre que ce qu'il fait ? &#201;tudiez les gens de cet ordre, vous verrez que, sous un autre langage, ils ont autant d'esprit et plus de bon sens que vous. Respectez donc votre esp&#232;ce ; songez qu'elle est compos&#233;e essentiellement de la collection des peuples ; que, quand tous les rois et tous les philosophes en seraient &#244;t&#233;s, il n'y para&#238;trait gu&#232;re, et que les choses n'en iraient pas plus mal. En un mot, apprenez &#224; votre &#233;l&#232;ve &#224; aimer tous les hommes, et m&#234;me ceux qui les d&#233;prisent ; faites en sorte qu'il ne se place dans aucune classe, mais qu'il se retrouve dans toutes ; parlez devant lui du genre humain avec attendrissement, avec piti&#233; m&#234;me, mais jamais avec m&#233;pris. Homme, ne d&#233;shonore point l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par ces routes et d'autres semblables, bien contraires &#224; celles qui sont fray&#233;es, qu'il convient de p&#233;n&#233;trer dans le c&#339;ur d'un jeune adolescent pour y exciter les premiers mouvements de la nature, le d&#233;velopper et l'&#233;tendre sur ses semblables ; &#224; quoi j'ajoute qu'il importe de m&#234;ler &#224; ces mouvements le moins d'int&#233;r&#234;t personnel qu'il est possible ; surtout point de vanit&#233;, point d'&#233;mulation, point de gloire, point de ces sentiments qui nous forcent de nous comparer aux autres ; car ces comparaisons ne se font jamais sans quelque impression de haine contre ceux qui nous disputent la pr&#233;f&#233;rence, ne f&#251;t-ce que dans notre propre estime. Alors il faut s'aveugler ou s'irriter, &#234;tre un m&#233;chant ou un sot : t&#226;chons d'&#233;viter cette alternative. Ces passions si dangereuses na&#238;tront t&#244;t ou tard, me dit-on, malgr&#233; nous. Je ne le nie pas : chaque chose a son temps et son lieu ; je dis seulement qu'on ne doit pas leur aider &#224; na&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de l'adolescence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Dans les villes, dit M. de Buffon, et chez les gens ais&#233;s, les enfants, accoutum&#233;s &#224; des nourritures abondantes et succulentes, arrivent plus t&#244;t &#224; cet &#233;tat ; &#224; la campagne et dans le pauvre peuple, les enfants sont plus tardifs, parce qu'ils sont mal et trop peu nourris ; il leur faut deux ou trois ann&#233;es de plus. &#187; (&lt;i&gt;Hist. nat.&lt;/i&gt;, t. IV, p. 238, in-12.) J'admets l'observation, mais non l'explication, puisque, dans le pays o&#249; le villageois se nourrit tr&#232;s bien et mange beaucoup, comme dans le Valais, et m&#234;me en certains cantons montueux de l'Italie, comme le Frioul, l'&#226;ge de pubert&#233; dans les deux sexes est &#233;galement plus tardif qu'au sein des villes, o&#249;, pour satisfaire la vanit&#233;, l'on met souvent dans le manger une extr&#234;me parcimonie, et o&#249; la plupart font, comme dit le proverbe, habits de velours et ventre de son. On est &#233;tonn&#233;, dans ces montagnes, de voir de grands gar&#231;ons forts comme des hommes avoir encore la voix aigu&#235; et le menton sans barbe, et de grandes filles, d'ailleurs tr&#232;s form&#233;es, n'avoir aucun signe p&#233;riodique de leur sexe. Diff&#233;rence qui me para&#238;t venir uniquement de ce que, dans la simplicit&#233; de leurs m&#339;urs, leur imagination, plus longtemps paisible et calme, fait plus tard fermenter leur sang, et rend leur temp&#233;rament moins pr&#233;coce.(J.-J. Rousseau)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela parait changer un peu maintenant : les &#233;tats semblent devenir plus fixes, et les hommes deviennent aussi plus durs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;i&gt;&#201;mile&lt;/i&gt;, Livre 4, Seuil, L'Int&#233;grale, t.III, pp.152-159&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
