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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>L'&#201;PIKIE (l'&#233;quit&#233;)</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/L-EPIKIE-l-equite</link>
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		<dc:date>2008-12-21T08:14:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas d'Aquin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;ARTICLE 1 : L'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) est-elle une vertu ? Objections : &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Il semble que non, car aucune vertu n'en supprime une autre. Or c'est ce que fait l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;), parce qu'elle supprime ce qui est juste selon la loi, et semble s'opposer &#224; la s&#233;v&#233;rit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
2. S. Augustin a nous dit : &#034; Bien que les hommes jugent les lois temporelles quand ils les instituent, une fois qu'elles ont &#233;t&#233; institu&#233;es et confirm&#233;es, il n'est plus permis au juge de les juger, mais il doit juger selon elles. &#034; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Thomas-d-Aquin-" rel="directory"&gt;Thomas d'Aquin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ARTICLE 1 : L'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) est-elle une vertu ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Objections :&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Il semble que non, car aucune vertu n'en supprime une autre. Or c'est ce que fait l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;), parce qu'elle supprime ce qui est juste selon la loi, et semble s'opposer &#224; la s&#233;v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. S. Augustin a nous dit : &#034; Bien que les hommes jugent les lois temporelles quand ils les instituent, une fois qu'elles ont &#233;t&#233; institu&#233;es et confirm&#233;es, il n'est plus permis au juge de les juger, mais il doit juger selon elles. &#034; Or l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) semble juger la loi, quand elle estime qu'il ne faut pas l'observer dans un cas donn&#233;. Donc l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) est un vice plut&#244;t qu'une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. A l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) semble se rattacher l'attention que l'on porte &#224; l'intention du l&#233;gislateur, selon Aristote. Mais interpr&#233;ter l'intention du l&#233;gislateur est r&#233;serv&#233; au prince. C'est pourquoi l'empereur dit dans le Code : &#034; Nous seul avons le devoir et le droit d'interpr&#233;ter entre l'&#233;quit&#233; et le droit. &#034; Donc l'acte de l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) n'est pas licite, et l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) n'est pas une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Cependant,&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Aristote en fait une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Conclusion :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons dit en traitant des lois, parce que les actes humains pour lesquels on porte des lois consistent en des cas singuliers et contingents, variables &#224; l'infini, il a toujours &#233;t&#233; impossible d'instituer une r&#232;gle l&#233;gale qui ne serait jamais en d&#233;faut. Mais les l&#233;gislateurs, attentifs &#224; ce qui se produit le plus souvent, ont port&#233; des lois en ce sens. Cependant, en certains cas, les observer va contre l'&#233;galit&#233; de la justice, et contre le bien commun, vis&#233; par la loi. Ainsi la loi statue que les d&#233;p&#244;ts doivent &#234;tre rendus, parce qu'elle est juste dans la plupart des cas. Il arrive pourtant parfois que ce soit dangereux, par exemple si un furieux a mis une &#233;p&#233;e en d&#233;p&#244;t et la r&#233;clame pendant une crise, ou encore si quelqu'un r&#233;clame une somme qui lui permettra de combattre sa patrie. En ces cas et d'autres semblables, le mal serait de suivre la loi &#233;tablie ; le bien est, en n&#233;gligeant la lettre de la loi, d'ob&#233;ir aux exigences de la justice et du bien public. C'est &#224; cela que sert l'&#233;pikie, que l'on appelle chez nous l'&#233;quit&#233;. Aussi est-il clair que l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) est une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Solutions :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) ne se d&#233;tourne pas purement et simplement de ce qui est juste, mais de la justice d&#233;termin&#233;e par la loi. Et elle ne s'oppose pas &#224; la s&#233;v&#233;rit&#233;, car celle-ci suit fid&#232;lement la loi quand il le faut ; suivre la lettre de la loi quand il ne le faut pas, c'est condamnable. Aussi est-il dit dans le Code &#034; Il n'y a pas de doute qu'on p&#232;che contre la loi si en s'attachant &#224; sa lettre, on contredit la volont&#233; du l&#233;gislateur. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. juger de la loi, c'est dire qu'elle est mal faite. Dire que les termes de la loi n'obligent pas en telle ou telle circonstance, c'est juger non pas de la loi en elle-m&#234;me, mais d'un cas d&#233;termin&#233; qui se pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'interpr&#233;tation a lieu dans les cas douteux,. o&#249; il n'est pas permis, sans la d&#233;cision de l'autorit&#233;, de s'&#233;carter des termes de la loi. Dans les cas &#233;vidents, ce qu'il faut, ce n'est pas interpr&#233;ter, mais agir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ARTICLE 2 : L'&#233;pikie fait-elle partie de la justice ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Objections :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Il semble que non, car, on l'a vu pr&#233;c&#233;demment il y a deux sortes de justices : la justice particuli&#232;re et la justice l&#233;gale. Mais l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) ne fait pas partie de la justice particuli&#232;re parce qu'elle s'&#233;tend &#224; toutes les vertus, comme la justice l&#233;gale. De m&#234;me elle ne fait pas partie de la justice l&#233;gale parce qu'elle agit en dehors des dispositions de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. On ne donne pas une vertu plus primordiale comme faisant partie d'une vertu qui l'est moins, car c'est aux vertus cardinales, qui sont primordiales, qu'on rattache &#224; titre de parties les vertus secondaires. Mais l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) semble &#234;tre au-dessus de la justice, comme son nom le sugg&#232;re, car il vient de &#233;pi : au-dessus, et dikaion : ce qui est juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il semble que l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) soit identique &#224; la mod&#233;ration. Car lorsque l'Ap&#244;tre dit (Ph 4, 5) : &#034; Que votre mod&#233;ration soit connue de tous les hommes &#034;, le mot grec correspond &#224; &#233;pikie. Mais, selon Cic&#233;ron, la mod&#233;ration fait partie de la temp&#233;rance. Donc l'&#233;pikie ne fait pas partie de la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Cependant,&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Aristote dit que &#034; l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) est quelque chose de juste &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Conclusion :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons dit ant&#233;rieurement, une &#034; partie &#034; d'une vertu peut se dire en trois sens : partie subjective, partie int&#233;grante et partie potentielle. La partie subjective est celle &#224; laquelle on attribue essentiellement le tout dont elle n'est qu'une partie. Et cela peut se faire de deux fa&#231;ons. Parfois en effet on attribue le tout aux parties selon une seule raison, comme on attribue le genre &#034; animal &#034; au cheval et au boeuf ; mais parfois l'attribution est faite &#224; l'une des deux parties par priorit&#233; : c'est ainsi que l'&#234;tre est attribu&#233; d'abord &#224; la substance et ensuite &#224; l'accident. Donc l'&#233;pikie fait partie de la justice prise en g&#233;n&#233;ral, comme &#034; une sorte de r&#233;alisation de la justice &#034;, dit Aristote. Il est donc clair que l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) est une partie subjective de la justice. Mais on l'appelle justice en priorit&#233; par rapport &#224; la justice l&#233;gale, car celle-ci se dirige selon l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;). Aussi celle-ci est-elle comme la r&#232;gle sup&#233;rieure des actes humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Solutions :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) correspond &#224; proprement parler &#224; la justice l&#233;gale ; d'une certaine fa&#231;on elle y est incluse, et d'une certaine fa&#231;on elle la d&#233;passe. Si l'on appelle justice l&#233;gale celle qui ob&#233;it &#224; la loi soit quant &#224; la lettre de celle-ci, soit quant &#224; l'intention du l&#233;gislateur, qui est plus importante, alors l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) est la partie la plus importante de la justice l&#233;gale. Mais si l'on appelle justice l&#233;gale uniquement celle qui ob&#233;it &#224; la loi selon la lettre, alors l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) ne fait pas partie de la justice l&#233;gale, mais de la justice prise dans son sens g&#233;n&#233;ral, et elle se distingue de la justice l&#233;gale comme la d&#233;passant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Comme dit Aristote, &#034; l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) est meilleure qu'une certaine justice, la justice l&#233;gale qui observe la lettre de la loi. Mais parce qu'elle-m&#234;me est une certaine justice, elle n'est pas meilleure que toute justice &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il revient &#224; l'&#233;pikie (&#233;quit&#233;) d'&#234;tre mod&#233;ratrice &#224; l'&#233;gard de l'observance litt&#233;rale de la loi. Mais la mod&#233;ration qui fait partie de la temp&#233;rance mod&#232;re la vie ext&#233;rieure de l'homme, sa d&#233;marche, son v&#234;tement, etc. Cependant il est possible que chez les Grecs le mot &#034; &#233;pikie &#034; soit transf&#233;r&#233;, &#224; cause d'une certaine ressemblance, &#224; toutes sortes de mod&#233;rations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;St. Thomas d'Aquin, &lt;i&gt;Somme th&#233;ologique&lt;/i&gt;, IIa, IIae, q. 120, a. 1, ad 1, 2&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/La-guerre</link>
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		<dc:date>2003-08-04T09:39:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas d'Aquin</dc:creator>


		<dc:subject>guerre</dc:subject>
		<dc:subject>paix</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Y a-t-il une guerre qui soit licite ? - 2. Est-il permis aux clercs de combattre ? - 3. Est-il permis, &#224; la guerre, d'employer la ruse ? - 4. Est-il permis de guerroyer les jours de f&#234;tes ? &lt;br class='autobr' /&gt; ARTICLE 1 : Y a-t-il une guerre qui soit licite ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Objections : 1. Il semble que faire la guerre soit toujours un p&#233;ch&#233;. Car on n'inflige de ch&#226;timent que pour un p&#233;ch&#233;. Or, le Seigneur, en S. Matthieu (26, 52), notifie un ch&#226;timent pour ceux qui font (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-paix-+" rel="tag"&gt;paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Y a-t-il une guerre qui soit licite ? - 2. Est-il permis aux clercs de combattre ? - 3. Est-il permis, &#224; la guerre, d'employer la ruse ? - 4. Est-il permis de guerroyer les jours de f&#234;tes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 1 :&lt;/strong&gt; Y a-t-il une guerre qui soit licite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble que faire la guerre soit toujours un p&#233;ch&#233;. Car on n'inflige de ch&#226;timent que pour un p&#233;ch&#233;. Or, le Seigneur, en S. Matthieu (26, 52), notifie un ch&#226;timent pour ceux qui font la guerre : &#034; Tous ceux qui prennent l'&#233;p&#233;e p&#233;riront par l'&#233;p&#233;e. &#034; La guerre est donc toujours illicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Tout ce qui est contraire &#224; un pr&#233;cepte divin est p&#233;ch&#233;. Or, faire la guerre est contraire &#224; un pr&#233;cepte divin. Il est dit en S. Matthieu (5, 39) : &#034; Et moi, je vous dis de ne pas tenir t&#234;te au m&#233;chant &#034;, et dans l'&#233;p&#238;tre aux Romains (12, 19) : &#034; Ne vous faites pas justice vous-m&#234;mes, mes bien-aim&#233;s ; laissez agir la col&#232;re de Dieu. &#034; C'est donc toujours un p&#233;ch&#233; de faire la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il n'y a que le p&#233;ch&#233; qui soit contraire &#224; un acte de vertu. Or la guerre est contraire &#224; la paix. La guerre est donc toujours un p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Tout entra&#238;nement en vue d'une activit&#233; licite est lui-m&#234;me licite ; c'est le cas pour les exercices intellectuels. Mais les exercices guerriers comme les tournois sont prohib&#233;s par l'&#201;glise, et ceux qui meurent dans des exercices de ce genre, priv&#233;s de la s&#233;pulture eccl&#233;siastique. La guerre semble donc &#234;tre absolument un p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, S. Augustin &#233;crit : &#034; Si la morale chr&#233;tienne jugeait que la guerre est toujours coupable, lorsque dans l'&#201;vangile, des soldats demandent un conseil pour leur salut, on aurait d&#251; leur r&#233;pondre de jeter les armes et d'abandonner compl&#232;tement l'arm&#233;e. Or, on leur dit (Lc 3, 14) : &#034;Ne brutalisez personne, contentez-vous de votre solde.&#034; Leur prescrire de se contenter de leur solde ne leur interdit pas de combattre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Pour qu'une guerre soit juste, trois conditions sont requises : 1&#176; L'autorit&#233; du prince, sur l'ordre de qui on doit faire la guerre. Il n'est pas du ressort d'une personne priv&#233;e d'engager une guerre, car elle peut faire valoir son droit au tribunal de son sup&#233;rieur ; parce qu'aussi le fait de convoquer la multitude, n&#233;cessaire pour la guerre, n'appartient pas &#224; une personne priv&#233;e. Puisque le soin des affaires publiques a &#233;t&#233; confi&#233; aux princes, c'est &#224; eux qu'il appartient de veiller au bien public de la cit&#233;, du royaume ou de la province soumis &#224; leur autorit&#233;. De m&#234;me qu'ils le d&#233;fendent licitement par le glaive contre les perturbateurs du dedans quand ils punissent les malfaiteurs, selon cette parole de l'Ap&#244;tre (Rm 13, 4) : &#034; Ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive ; il est ministre de Dieu pour faire justice et ch&#226;tier celui qui fait le mal &#034; ; de m&#234;me aussi il leur appartient de d&#233;fendre le bien public par le glaive de la guerre contre les ennemis du dehors. C'est pour cela qu'il est dit aux princes dans le Psaume (82, 4) : &#034; Soutenez le pauvre, et d&#233;livrez le malheureux de la main des p&#233;cheurs &#034;. et que S. Augustin &#233;crit : &#034; L'ordre naturel, appliqu&#233; &#224; la paix des mortels, demande que l'autorit&#233; et le conseil pour engager la guerre appartiennent aux princes. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Une cause juste : il est requis que l'on attaque l'ennemi en raison de quelque faute. C'est pour cela que S. Augustin &#233;crit : &#034; On a coutume de d&#233;finir guerres justes celles qui punissent des injustices quand il y a lieu, par exemple de ch&#226;tier un peuple ou une cit&#233; qui a n&#233;glig&#233; de punir un tort commis par les siens, ou de restituer ce qui a &#233;t&#233; enlev&#233; par violence. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Une intention droite chez ceux qui font la guerre : on doit se proposer de promouvoir le bien ou d'&#233;viter le mal. C'est pour cela que S. Augustin &#233;crit : &#034; Chez les vrais adorateurs de Dieu les guerres m&#234;mes sont pacifiques, car elles ne sont pas faites par cupidit&#233; ou par cruaut&#233;, mais dans un souci de paix, pour r&#233;primer les m&#233;chants et secourir les bons. &#034; En effet, m&#234;me si l'autorit&#233; de celui qui d&#233;clare la guerre est l&#233;gitime et sa cause juste, il arrive n&#233;anmoins que la guerre soit rendue illicite par le fait d'une intention mauvaise. S. Augustin &#233;crit en effet : &#034; Le d&#233;sir de nuire, la cruaut&#233; dans la vengeance, la violence et l'inflexibilit&#233; de l'esprit, la sauvagerie dans le combat, la passion de dominer et autres choses semblables, voil&#224; ce qui dans les guerres est jug&#233; coupable par le droit. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. D'apr&#232;s S. Augustin : &#034; Celui-l&#224; prend l'&#233;p&#233;e qui, sans autorit&#233; sup&#233;rieure ou l&#233;gitime qui le commande ou le permette, s'arme pour verser le sang. &#034; Mais celui qui, par l'autorit&#233; du prince ou du juge s'il est une personne priv&#233;e, ou s'il est une personne publique par z&#232;le de la justice, et comme par l'autorit&#233; de Dieu, se sert de l'&#233;p&#233;e, celui-l&#224; ne prend pas lui-m&#234;me l'&#233;p&#233;e, mais se sert de l'&#233;p&#233;e qu'un autre lui a confi&#233;e. Il n'encourt donc pas de ch&#226;timent. Cependant, ceux qui se servent de l'&#233;p&#233;e en commettant un p&#233;ch&#233; ne tombent pas toujours sous l'&#233;p&#233;e. Mais ils p&#233;rissent toujours par leur propre &#233;p&#233;e ; car ils sont &#233;ternellement punis pour avoir p&#233;ch&#233; par l'&#233;p&#233;e, sauf s'ils se repentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ces sortes de pr&#233;ceptes, selon S. Augustin, doivent toujours &#234;tre observ&#233;s &#224; titre de disposition int&#233;rieure, c'est-&#224;-dire qu'on doit toujours &#234;tre pr&#234;t &#224; ne pas r&#233;sister ou &#224; ne pas se d&#233;fendre alors qu'il le faudrait. Mais parfois il faut agir autrement, pour le bien commun, et m&#234;me pour le bien de ceux que l'on combat. C'est pour cela que S. Augustin &#233;crit : &#034; Il faut agir fortement m&#234;me avec ceux qui s'y refusent, afin de les plier par une certaine duret&#233; bienveillante. Car celui que l'on prive du pouvoir de mai faire subit une d&#233;faite profitable. Rien n'est plus malheureux, en effet, que l'heureux succ&#232;s des p&#233;cheurs, car l'impunit&#233; qui est leur peine s'en trouve nourrie, et leur mauvaise volont&#233;, qui est leur ennemi int&#233;rieur, s'en trouve fortifi&#233;e &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ceux qui font des guerres justes recherchent la paix. Et par suite, ils ne s'opposent pas &#224; la paix, sinon &#224; la paix mauvaise que le Seigneur &#034; n'est pas venu apporter sur la terre &#034;, selon S. Matthieu (10, 34). C'est pour cela que S. Augustin &#233;crit : &#034; On ne cherche pas la paix pour faire la guerre, mais on fait la guerre pour obtenir la paix. Sois donc pacifique en combattant, afin de conduire ceux que tu connais au bienfait de la paix, en remportant sur eux la victoire. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Les exercices guerriers ne sont pas universellement prohib&#233;s. Ce qui est d&#233;fendu, ce sont seulement les exercices d&#233;sordonn&#233;s et dangereux qui donnent lieu &#224; des meurtres et &#224; des pillages. Chez les anciens, on pratiquait des exercices ordonn&#233;s &#224; la guerre qui n'avaient aucun de ces dangers. Aussi les appelait-on des &#034; pr&#233;parations d'armes &#034; ou des &#034; guerres non sanglantes &#034;, comme on le voit par S. J&#233;r&#244;me, dans une de ses lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 2 :&lt;/strong&gt; Est-il permis aux clercs de combattre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble qu'il soit permis aux clercs et aux &#233;v&#234;ques de combattre. En effet les guerres sont licites et justes, nous venons de le voir, dans la mesure o&#249; elles prot&#232;gent les pauvres et tout l'&#201;tat contre les violences des ennemis. Or, cela semble &#234;tre surtout le r&#244;le des pr&#233;lats, S. Gr&#233;goire dit en effet dans une hom&#233;lie : &#034; Le loup se jette sur les brebis, chaque fois qu'un ravisseur injuste opprime les fid&#232;les et les humbles ; celui qui semblait &#234;tre le pasteur et qui ne l'&#233;tait pas, abandonne les brebis et s'enfuit ; car, tandis qu'il craint le danger pour lui-m&#234;me, il n'ose pas r&#233;sister &#224; l'injustice. &#034; Il est donc permis aux pr&#233;lats et aux clercs de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le pape L&#233;on IV &#233;crit dans le D&#233;cret &#034; Comme on recevait souvent de mauvaises nouvelles du pays des Sarrasins, certains disaient que les Sarrasins allaient se glisser furtivement dans le port des Romains. Aussi avons-nous command&#233; que notre peuple se rassemble et descende jusqu'au rivage. &#034; Il est donc permis aux &#233;v&#234;ques d'aller &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Cela revient au m&#234;me, que l'homme fasse quelque chose ou qu'il consente &#224; ce qu'un autre le fasse, selon l'&#233;p&#238;tre aux Romains (1, 32) : &#034; Ils m&#233;ritent la mort, non seulement ceux qui agissent ainsi, mais encore ceux qui les approuvent. &#034; Or, on approuve surtout en poussant les autres &#224; agir, comme il est permis aux &#233;v&#234;ques et aux clercs de pousser les autres &#224; la guerre, puisqu'il est dit dans le D&#233;cret qu'&#034; &#224; la demande d'Hadrien, &#233;v&#234;que de Rome qui l'y poussait par ses pri&#232;res, Charlemagne entreprit la guerre contre les Lombards &#034;. Donc il leur est permis aussi de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ce qui est en soi honn&#234;te et m&#233;ritoire n'est pas d&#233;fendu aux pr&#233;lats et aux clercs. Or, faire la guerre est parfois honn&#234;te et m&#233;ritoire, comme en t&#233;moigne ce texte du D&#233;cret : &#034; Si quelqu'un meurt pour la v&#233;rit&#233; de la foi, le salut de la patrie et la d&#233;fense des chr&#233;tiens, il recevra de Dieu la r&#233;compense c&#233;leste. &#034; Il est donc permis aux &#233;v&#234;ques et aux clercs de faire la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, &#224; Pierre, repr&#233;sentant les &#233;v&#234;ques et les clercs, il est dit en S. Matthieu (26, 52) : &#034; Remets ton &#233;p&#233;e au fourreau. &#034; Il ne leur est donc pas permis de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Quantit&#233; de choses sont n&#233;cessaires au bien de la soci&#233;t&#233; humaine. Or, des fonctions diverses sont mieux et plus facilement exerc&#233;es par des individus diff&#233;rents que par un seul, comme le montre Aristote. Et il est m&#234;me des fonctions tellement oppos&#233;es l'une &#224; l'autre qu'elles ne peuvent &#234;tre bien exerc&#233;es simultan&#233;ment. C'est pour cela qu'on interdit &#224; ceux qui sont charg&#233;s de fonctions sup&#233;rieures d'exercer des fonctions inf&#233;rieures. Ainsi les lois humaines interdisent le commerce aux militaires, charg&#233;s de conduire la guerre. Or, la conduite de la guerre est tout &#224; fait incompatible avec les fonctions exerc&#233;es par les &#233;v&#234;ques et les clercs, pour deux raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, pour une raison d'ordre g&#233;n&#233;ral. Parce que la conduite de la guerre comporte les plus grands soucis ; aussi d&#233;tournent-ils fortement l'esprit de vaquer &#224; la contemplation des choses divines, &#224; la louange de Dieu et &#224; la pri&#232;re pour le peuple, toutes choses qui appartiennent &#224; la fonction des clercs. C'est pourquoi, de m&#234;me que le commerce est interdit aux clercs parce qu'il absorbe trop l'esprit, de m&#234;me aussi la conduite de la guerre, selon S. Paul (2 Tm 2, 4) : &#034; Celui qui appartient &#224; la milice de Dieu ne s'encombre pas des affaires du si&#232;cle. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, pour une raison plus particuli&#232;re. Parce que les ordres des clercs sont tous ordonn&#233;s au service de l'autel, dans lequel, sous le signe du sacrement, est repr&#233;sent&#233;e la passion du Christ, selon cette parole de l'Ap&#244;tre (1 Co 11, 26) : &#034; Chaque fois que vous manger ce pain et buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'&#224; ce qu'il vienne. &#034; Il ne convient donc pas aux clercs de tuer ou de r&#233;pandre le sang, mais plut&#244;t d'&#234;tre pr&#234;ts &#224; verser leur propre sang pour le Christ, afin d'imiter par leur vie ce qu'ils accomplissent par leur minist&#232;re. C'est pour cela que le droit frappe d'irr&#233;gularit&#233; ceux qui r&#233;pandent le sang, m&#234;me sans p&#233;ch&#233; de leur part. Or, jamais, &#224; quelqu'un qui est d&#233;put&#233; &#224; une fonction on ne permet ce qui le rend impropre &#224; cette fonction. Aussi n'est-il absolument pas permis aux clercs de faire la guerre, qui conduit &#224; r&#233;pandre le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. Les pr&#233;lats doivent r&#233;sister, non seulement aux loups qui, spirituellement tuent le troupeau, mais encore aux ravisseurs et aux tyrans qui le maltraitent corporellement. Non pas toutefois en usant personnellement d'armes mat&#233;rielles, mais d'armes spirituelles selon cette parole de l'Ap&#244;tre (2 Co 10, 4) : &#034; Les armes de notre combat ne sont pas charnelles, mais spirituelles. &#034; Entendons par l&#224; les avis salutaires, les pri&#232;res ferventes et, contre les obstin&#233;s, les sentences d'excommunication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les pr&#233;lats et les clercs, sur l'ordre de leurs sup&#233;rieurs, peuvent participer &#224; la guerre, non sans doute pour combattre eux-m&#234;mes de leurs propres mains, mais pour soutenir spirituellement ceux qui combattent selon le droit, par leurs exhortations, leurs absolutions, et autres secours spirituels de ce genre, de m&#234;me que, dans l'ancienne loi, on ordonnait aux pr&#234;tres de sonner des trompettes sacr&#233;es pour le combat (Jos 6, 4). C'est d'abord pour cela que l'on a conc&#233;d&#233; aux &#233;v&#234;ques et aux clercs de partir &#224; la guerre. Mais que certains combattent de leurs propres mains, c'est un abus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Nous avons vu ant&#233;rieurement que toutes les puissances, arts ou vertus ordonn&#233;s &#224; la fin, sont charg&#233;s d'organiser les moyens qui s'y rapportent. Or, les guerres charnelles, dans le peuple des croyants, doivent &#234;tre r&#233;f&#233;r&#233;es, comme &#224; leur fin, au bien spirituel divin, dont les clercs sont charg&#233;s. C'est pourquoi il appartient aux clercs de pr&#233;parer et d'encourager les autres &#224; faire de justes guerres. En effet, il leur est interdit de combattre non parce que ce serait un p&#233;ch&#233;, mais parce qu'un tel exercice ne convient pas &#224; leur r&#244;le 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Bien qu'il soit m&#233;ritoire de faire une guerre juste, cela devient illicite pour les clercs, parce qu'ils sont destin&#233;s &#224; des activit&#233;s plus m&#233;ritoires. C'est ainsi que l'acte conjugal peut &#234;tre m&#233;ritoire et cependant il devient condamnable pour ceux qui ont fait voeu de virginit&#233;, ce qui les oblige &#224; un bien plus grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 3 :&lt;/strong&gt; Est-il permis, &#224; la guerre, d'employer la ruse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble que ce ne soit pas licite, car on lit au Deut&#233;ronome (16, 20) : &#034; Accomplis avec justice ce qui est juste. &#034; Or, les ruses puisque ce sont des tromperies, semblent relever de l'injustice. Il ne faut donc pas employer la ruse, m&#234;me dans les guerres justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les pi&#232;ges et les tromperies semblent s'opposer &#224; la loyaut&#233;, comme les mensonges. Parce que nous devons &#234;tre de bonne foi envers tous, il ne faut mentir &#224; personne, comme l'a montr&#233; S. Augustin. Puisque d'apr&#232;s lui, &#034; on doit rester loyal envers son ennemi &#034;, il semble qu'il ne faille pas employer la ruse contre l'adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il est dit en S. Matthieu (7, 12) : &#034; Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-m&#234;mes pour eux &#034;, et cela doit s'observer &#224; l'&#233;gard du prochain quel qu'il soit. Or, les ennemis sont notre prochain. C'est pourquoi, comme personne ne veut qu'on use envers lui de ruses ou de tromperies, il semble que nul ne doit faire la guerre en employant la ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, S. Augustin &#233;crit : &#034; Lorsqu'une guerre juste est entreprise, que l'on combatte ouvertement ou avec ruse, cela n'importe en rien &#224; la justice. &#034; Et il le prouve en invoquant l'autorit&#233; du Seigneur qui commande &#224; Josu&#233; de dresser une embuscade contre les habitants de la ville d'A&#239; (Jos 8, 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Les ruses sont destin&#233;es &#224; tromper l'ennemi. Or, il y a deux mani&#232;res pour quelqu'un d'&#234;tre tromp&#233; par les actions ou les paroles d'un autre. Ou bien, parce qu'on lui dit une chose fausse ou qu'on ne tient pas une promesse. Et cela est toujours illicite. Personne ne doit tromper l'ennemi de cette fa&#231;on ; il y a en effet des droits de la guerre et des conventions qui doivent &#234;tre observ&#233;es, m&#234;me entre ennemis, dit S. Ambroise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien quelqu'un peut se tromper sur nos paroles ou nos actes parce que nous ne lui d&#233;couvrons pas notre but ou notre pens&#233;e. Or, nous ne sommes pas toujours tenus de le faire car, m&#234;me dans l'enseignement de la foi, il y a beaucoup de choses qu'il faut cacher, surtout aux infid&#232;les, de peur qu'ils ne s'en moquent, selon S. Matthieu (7, 6) : &#034; Ne jetez pas aux chiens les choses saintes. &#034; A plus forte raison devons-nous cacher ce que nous pr&#233;parons pour combattre les ennemis. C'est pourquoi, entre autres instructions militaires, celle-ci se place au premier rang : cacher ses plans, pour qu'ils ne parviennent pas &#224; l'ennemi, comme on le voit dans le livre Des Stratag&#232;mes, de Frontin. Cette dissimulation fait partie des ruses dont il est permis d'user dans les guerres justes. Et les ruses de ce genre ne sont pas appel&#233;es &#224; proprement parler des tromperies ; elles ne s'opposent pas &#224; la justice, ni &#224; une volont&#233; bien ordonn&#233;e. On ferait preuve en effet d'une volont&#233; d&#233;sordonn&#233;e si l'on voulait que rien ne nous f&#251;t cach&#233; par les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; Et cela r&#233;pond aux Objections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 4 :&lt;/strong&gt; Est-il permis de guerroyer les jours de f&#234;tes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble que non, car les f&#234;tes sont institu&#233;es pour que nous vaquions aux choses divines. C'est pourquoi elles se trouvent comprises dans l'observance du sabbat, prescrite au livre de l'Exode (20, 8) (&#034; sabbat &#034;, en effet, signifie repos). Or, les guerres comportent une grande agitation. En aucune mani&#232;re, il ne faut donc combattre les jours de f&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Au livre d'Isa&#239;e (58, 3), certains sont bl&#226;m&#233;s parce que, durant les jours de je&#251;ne, &#034; ils r&#233;clament ce qui leur est d&#251; et engagent des querelles en frappant du poing &#034;. A plus forte raison est-il d&#233;fendu de faire la guerre les jours de f&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. On ne doit jamais faire quelque chose de contraire &#224; l'ordre pour &#233;viter un dommage temporel. Or, faire la guerre les jours de f&#234;te para&#238;t &#234;tre de soi quelque chose de contraire &#224; l'ordre. Donc, on ne doit jamais faire la guerre les jours de f&#234;te, serait-ce pour &#233;viter un dommage temporel in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, d'apr&#232;s le premier livre des Maccab&#233;es (2, 41), &#034; les Juifs prirent une sage r&#233;solution en disant : &#034;Quiconque viendra nous faire la guerre un jour de sabbat, nous combattrons contre lui.&#034; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; L'observance des f&#234;tes n'emp&#234;che pas de faire ce qui est ordonn&#233; au salut, m&#234;me corporel, de l'homme. C'est pourquoi le Seigneur reprend les juifs en disant en S. Jean (7, 23) : &#034; Vous vous irritez contre moi parce que j'ai gu&#233;ri un homme tout entier le jour du sabbat. &#034; De l&#224; vient que les m&#233;decins ont le droit de soigner les malades un jour de f&#234;te. A bien plus forte raison, plut&#244;t qu'au salut corporel d'un seul, faut-il veiller au salut public, qui emp&#234;che la mort de beaucoup et des maux innombrables, temporels et spirituels. C'est pourquoi, pour la d&#233;fense du bien public des fid&#232;les, il est permis de faire des guerres justes les jours de f&#234;te, pourvu toutefois que la n&#233;cessit&#233; le demande. Ce serait en effet tenter Dieu que de vouloir s'abstenir de faire la guerre en pr&#233;sence d'une telle n&#233;cessit&#233;. Mais, en l'absence de n&#233;cessit&#233;, il n'est pas permis de faire la guerre les jours de f&#234;te, pour les raisons qui ont &#233;t&#233; donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; Cela donne la r&#233;ponse aux Objections.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Saint Thomas d'Aquin, &lt;strong&gt;Somme th&#233;ologique&lt;/strong&gt;, IIa, IIae, Question 40&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Paix</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/La-Paix</link>
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		<dc:date>2003-08-03T22:17:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas d'Aquin</dc:creator>


		<dc:subject>guerre</dc:subject>
		<dc:subject>paix</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; 1. La paix est-elle identique &#224; la concorde ? - 2. Toutes choses d&#233;sirent-elles la paix ? - 3. La paix est-elle l'effet de la charit&#233; ? - 4. Est-elle une vertu ? &lt;br class='autobr' /&gt; ARTICLE 1 : La paix est-elle identique &#224; la concorde ? Objections : 1. Oui, semble-t-il, car S. Augustin a affirme que &#034; la paix entre les hommes est la concorde dans l'ordre &#034;. Or, ici, nous ne parlons que de la paix qui concerne les hommes. La paix est donc identique &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Thomas-d-Aquin-" rel="directory"&gt;Thomas d'Aquin&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-guerre-+" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-paix-+" rel="tag"&gt;paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. La paix est-elle identique &#224; la concorde ? - 2. Toutes choses d&#233;sirent-elles la paix ? - 3. La paix est-elle l'effet de la charit&#233; ? - 4. Est-elle une vertu ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 1 :&lt;/strong&gt; La paix est-elle identique &#224; la concorde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Oui, semble-t-il, car S. Augustin a affirme que &#034; la paix entre les hommes est la concorde dans l'ordre &#034;. Or, ici, nous ne parlons que de la paix qui concerne les hommes. La paix est donc identique &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La concorde consiste dans une certaine union des volont&#233;s. Mais la notion de paix consiste en une telle union, puisque, selon Denys &#034; elle unit tous les &#234;tres, et op&#232;re les accords de tous &#034;. Donc, la paix est identique &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Lorsque deux choses s'opposent &#224; la m&#234;me r&#233;alit&#233;, elles-m&#234;mes sont identiques. Mais la concorde et la paix s'opposent &#224; la m&#234;me r&#233;alit&#233;, qui est la dissension, selon S. Paul (1 Co 14, 33) : &#034; Dieu n'est pas le Dieu de la dissension, mais de la paix. &#034; Donc la paix est identique &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, on voit des m&#233;chants s'accorder pour faire le mal ; or, selon Isa&#239;e (48, 22), &#034; il n'y a pas de paix pour les m&#233;chants &#034;. Donc la paix n'est pas identique &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; La paix inclut la concorde et y ajoute quelque chose. Donc, partout o&#249; r&#232;gne la paix, r&#232;gne aussi la concorde, mais la r&#233;ciproque n'est pas vraie, si du moins on prend le mot de paix au sens propre. En effet, la concorde proprement dite implique une relation &#224; autrui, de telle sorte que les volont&#233;s de plusieurs personnes s'unissent dans un m&#234;me consentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il arrive que chez le m&#234;me homme le c&#339;ur ait des tendances diverses, et cela de deux fa&#231;ons : soit selon les diverses puissances app&#233;titives ainsi l'app&#233;tit sensitif va-t-il le plus souvent en sens contraire de l'app&#233;tit rationnel, selon S. Paul (Ga 5, 17) : &#034; La chair convoite contre l'esprit. &#034; Ou bien la m&#234;me puissance app&#233;titive tend vers des objets diff&#233;rents qu'elle ne peut atteindre &#224; la fois. Il est alors in&#233;vitable que ces mouvements de l'app&#233;tit se contrarient. Or, l'union de ces mouvements est de l'essence de la paix ; car le coeur de l'homme n'a pas la paix, m&#234;me si certains de ses d&#233;sirs sont satisfaits, du moment qu'il d&#233;sire autre chose qu'il ne peut avoir en m&#234;me temps. Mais cette union int&#233;rieure n'est pas de l'essence de la concorde. Ainsi donc, la concorde implique l'union des tendances affectives de plusieurs personnes, tandis que la paix suppose en outre l'union des app&#233;tits dans la m&#234;me personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. S. Augustin parle ici de la paix d'un homme avec un autre, et il dit qu'elle est une concorde, mais pas n'importe laquelle : c'est une concorde qui est &#034; dans l'ordre &#034;, c'est-&#224;-dire o&#249; l'un s'accorde avec l'autre selon ce qui convient &#224; tous deux. Si l'un, en effet, en s'accordant avec l'autre, ne le fait pas librement, mais comme pouss&#233; par la crainte d'un p&#233;ril qui le menace, pareille concorde n'est pas une paix v&#233;ritable, parce que l'ordre n'a pas &#233;t&#233; observ&#233; entre les contractants, mais troubl&#233; par celui qui a provoqu&#233; la crainte. C'est pourquoi S. Augustin avait dit auparavant : &#034; La paix est la tranquillit&#233; de l'ordre &#034; ; et celle-ci consiste en ce qu'en chaque homme tous les mouvements de l'app&#233;tit soient en repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. De ce qu'un individu est en parfait accord avec un autre, il ne s'ensuit pas qu'il le soit aussi avec lui-m&#234;me, &#224; moins que tous ses mouvements int&#233;rieurs ne s'accordent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. A la paix s'opposent deux sortes de dissensions : celle d'un homme avec lui-m&#234;me, et celle d'un homme avec un autre. Cette derni&#232;re seule est oppos&#233;e &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 2 :&lt;/strong&gt; Toutes choses d&#233;sirent-elles la paix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il ne semble pas, car, pour Denys c, &#034; la paix fait l'union des consentements &#034; ; or une telle union ne peut se produire chez les &#234;tres d&#233;pourvus de connaissance ; ceux-ci donc ne peuvent d&#233;sirer la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'app&#233;tit ne se porte pas simultan&#233;ment vers des objets contraires. Mais beaucoup sont enrag&#233;s de guerres et de dissensions. Donc tous ne d&#233;sirent pas la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le bien seul est d&#233;sirable ; mais il y a une paix qui est mauvaise, autrement le Seigneur n'aurait pas dit : &#034; je ne suis pas venu apporter la paix &#034; (Mt 10, 34). Toutes choses ne d&#233;sirent donc pas la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ce que toutes choses d&#233;sirent para&#238;t &#234;tre le souverain bien, qui est la fin ultime. Mais la paix n'est pas un bien de ce genre, puisqu'on peut l'avoir d&#232;s ici-bas ; autrement, le Seigneur aurait vainement recommand&#233; (Mc 9, 49) : &#034; Ayez la paix entre vous. &#034; Donc toutes choses ne d&#233;sirent pas la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, S. Augustin et Denys affirment que toutes choses d&#233;sirent la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Le fait de d&#233;sirer quelque chose implique le d&#233;sir d'entrer en sa possession et donc de voir dispara&#238;tre tout ce qui pourrait y mettre obstacle. Or l'obtention du bien d&#233;sir&#233; peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;e par un d&#233;sir contraire venant soit de celui qui d&#233;sire soit d'un autre ; or, comme on vient de le dire, la paix le fait dispara&#238;tre dans les deux cas. Il en r&#233;sulte que quiconque a un d&#233;sir, d&#233;sire par le fait m&#234;me la paix, en tant qu'il d&#233;sire obtenir tranquillement et sans emp&#234;chement l'objet qu'il convoite ; c'est en cela que consiste justement la paix, que S. Augustin d&#233;finit : &#034; la tranquillit&#233; de l'ordre &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. La paix comporte l'union non seulement de l'app&#233;tit intellectuel ou rationnel et de l'app&#233;tit sensitif, o&#249; il peut y avoir consentement, mais aussi de l'app&#233;tit naturel. C'est pourquoi Denys pr&#233;cise : &#034; La paix produit le consentement et la connaturalit&#233;. &#034; Dans le consentement est impliqu&#233;e l'union des app&#233;tits r&#233;sultant de la connaissance. Par la connaturalit&#233; est impliqu&#233;e l'union des app&#233;tits naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. M&#234;me ceux qui cherchent les guerres et les dissensions ne d&#233;sirent en r&#233;alit&#233; que la paix, qu'ils estiment ne pas poss&#233;der. Comme nous venons de le dire, une entente que l'on conclut contre ses pr&#233;f&#233;rences personnelles n'est pas la paix. Aussi les hommes cherchent &#224; rompre, en faisant la guerre, de telles ententes, qui ne sont que des paix d&#233;fectueuses, pour parvenir &#224; une paix o&#249; rien ne sera plus contraire &#224; leur volont&#233;. Voil&#224; pourquoi tous ceux qui font la guerre n'ont d'autre but que d'arriver &#224; une paix plus parfaite que celle qu'ils avaient auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La paix consiste dans le repos et l'unit&#233; de l'app&#233;tit. Mais, de m&#234;me que l'app&#233;tit peut tendre &#224; un bien v&#233;ritable ou &#224; un bien apparent, de m&#234;me la paix peut &#234;tre r&#233;elle ou seulement apparente. Mais la vraie paix n'est compatible qu'avec le d&#233;sir d'un bien v&#233;ritable, car le mal, m&#234;me s'il a quelque apparence de bien, et s'il est capable de satisfaire pour une part l'app&#233;tit, comporte pourtant beaucoup de d&#233;fauts, &#224; cause desquels l'app&#233;tit demeure inquiet et troubl&#233;. La vraie paix ne peut donc exister que chez les bons et entre les bons. Et la paix des m&#233;chants est apparente, non v&#233;ritable. La Sagesse le d&#233;clare (Sg 14, 22) : &#034; Ils vivent, sans en avoir conscience, dans un &#233;tat de lutte violente et donnent &#224; de tels maux le nom de paix. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La vraie paix ne peut concerner que le bien ; mais comme on peut poss&#233;der un vrai bien de deux fa&#231;ons, parfaitement ou imparfaitement, de m&#234;me il y a deux sortes de paix v&#233;ritable. L'une, parfaite, qui consiste dans la jouissance parfaite du bien supr&#234;me, qui unit et apaise tous les d&#233;sirs : l&#224; est la fin derni&#232;re de la cr&#233;ature raisonnable, selon la parole du Psaume (147, 14) : &#034; Il a &#233;tabli la paix &#224; tes fronti&#232;res. &#034; L'autre, imparfaite, est celle que l'on poss&#232;de en ce monde. Parce que, si le d&#233;sir primordial de l'&#226;me trouve son repos en Dieu, bien des assauts, et du dedans et du dehors, viennent troubler cette paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 3 :&lt;/strong&gt; La paix est-elle l'effet de la charit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objections : 1. Il ne semble pas. On ne peut en effet avoir la charit&#233; si l'on n'a pas la gr&#226;ce sanctifiante. Or il y a des hommes qui ont la paix sans cette gr&#226;ce, ainsi qu'on le voit chez les pa&#239;ens eux-m&#234;mes. La paix n'est donc pas l'effet de la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ce dont le contraire peut exister avec la charit&#233; n'est pas l'effet de la charit&#233;. Or il peut y avoir, conjointement avec la charit&#233;, des dissensions qui sont contraires &#224; la paix ; nous voyons en effet de saints docteurs comme S, Augustin et S. J&#233;r&#244;me diverger d'opinions sur certains points ; nous lisons m&#234;me que S. Paul et S. Barnab&#233; ont eu des d&#233;saccords (Ac 15, 37). La paix ne semble donc pas &#234;tre l'effet de la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Une m&#234;me chose ne peut pas &#234;tre l'effet propre de causes diverses. Or la paix est l'effet de la justice, selon Isa&#239;e (32, 17) : &#034; La paix sera l'&#339;uvre de la justice. &#034; Elle n'est donc pas l'effet de la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, il est dit dans le Psaume (1 19, 165) &#034; Grande paix pour ceux qui aiment la loi. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; La paix, nous venons de le dire, implique une double union ; l'une qui r&#233;sulte de l'ordination de nos app&#233;tits propres &#224; un seul but ; l'autre qui se r&#233;alise par l'accord de notre app&#233;tit propre avec celui d'autrui. Ces deux unions sont produites par la charit&#233;. La premi&#232;re, selon que nous aimons Dieu de tout notre c&#339;ur au point de lui rapporter tout ; et ainsi tous nos app&#233;tits sont unifi&#233;s. La seconde, parce que, en aimant le prochain comme nous-m&#234;me, nous voulons l'accomplissement de sa volont&#233; comme de la n&#244;tre. C'est pourquoi Aristote a mis l'identit&#233; du choix parmi les &#233;l&#233;ments de l'amiti&#233;, et que Cic&#233;ron affirme : &#034; Chez des amis il y a m&#234;me vouloir et m&#234;me non-vouloir. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. Nul n'est priv&#233; de la gr&#226;ce sanctifiante qu'en raison du p&#233;ch&#233; ; par celui-ci l'homme se trouve d&#233;tourn&#233; de sa vraie fin et choisit une fin interdite ; son d&#233;sir, de ce fait, ne s'attache pas principalement au vrai bien ultime, mais &#224; son apparence. Et c'est pourquoi, sans la gr&#226;ce sanctifiante, il ne peut y avoir de paix v&#233;ritable, mais seulement une paix apparente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'amiti&#233;, remarque Aristote, ne comporte pas l'accord en mati&#232;re d'opinions, mais en mati&#232;re de biens utiles &#224; la vie, et surtout des plus importants ; car le dissentiment dans les petites choses est compt&#233; pour rien. C'est ce qui explique que les hommes ayant la charit&#233; aient des opinions diff&#233;rentes, ce qui d'ailleurs ne s'oppose pas &#224; la paix, puisque les opinions sont affaire d'intelligence et que celle-ci vient avant l'app&#233;tit, qui par la paix fait l'unit&#233;. De m&#234;me, pourvu que l'on soit d'accord sur les biens fondamentaux, un d&#233;saccord sur des choses minimes ne va pas contre la charit&#233;. Il provient en effet d'une diversit&#233; d'opinions ; l'un pense que ce qui est en question est essentiel pour tel bien sur lequel on est d'accord, et l'autre ne le croit pas. Ainsi pareil dissentiment en mati&#232;re l&#233;g&#232;re, et portant sur de simples opinions, n'est pas compatible, en v&#233;rit&#233;, avec la paix parfaite, qui suppose la v&#233;rit&#233; pleinement connue et tous les d&#233;sirs combl&#233;s. Mais il peut coexister avec cette paix imparfaite qui est notre lot ici-bas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La justice produit la paix indirectement, en &#233;cartant ce qui lui ferait obstacle. Mais la charit&#233; la produit directement, parce qu'elle la cause en raison de sa nature propre. L'amour est en effet, selon la parole de Denys, &#034; une force unifiante &#034;, et la paix est l'union des inclinations app&#233;titives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 4 :&lt;/strong&gt; La paix est-elle une vertu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble qu'elle en soit une, car il n'y a de pr&#233;ceptes que pour les actes des vertus. Or il y a des pr&#233;ceptes qui nous commandent la paix, comme le montre cette parole en S. Marc (9, 49) : &#034; Ayez la paix entre vous. &#034; Donc la paix est une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Il n'y a de m&#233;ritoires que les actes des vertus ; or, c'est une chose m&#233;ritoire que de procurer la paix, selon Matthieu (5, 9) : &#034; Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appel&#233;s fils de Dieu. &#034; Donc la paix est une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les vices sont oppos&#233;s aux vertus. Or les dissensions qui sont oppos&#233;es &#224; la paix, sont compt&#233;es parmi les vices, comme on le voit dans l'&#233;p&#238;tre aux Galates (5, 20). Donc la paix est une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, la vertu n'est pas la fin ultime mais la voie qui y conduit ; or, pour S. Augustin, la paix est d'une certaine mani&#232;re la fin ultime ; elle n'est donc pas une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Comme nous l'avons dit, lorsqu'il se produit une succession d'actes, proc&#233;dant selon une m&#234;me raison d'un m&#234;me agent, tous proviennent d'une seule et unique vertu, et non pas chacun d'une vertu particuli&#232;re. C'est ce qu'on voit dans la nature : le feu en chauffant, liqu&#233;fie et dilate &#224; la fois, non qu'il y ait en lui une vertu liqu&#233;fiante et une vertu dilatante qui seraient distinctes, mais c'est par sa seule vertu chauffante qu'il produit ces effets. Donc, puisque la paix est produite par la charit&#233;, selon la raison m&#234;me de l'amour de Dieu et du prochain, comme on l'a montr&#233;, il n'y a pas d'autre vertu dont elle soit l'acte propre que la charit&#233; ; comme on vient de le voir &#233;galement pour la joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. La paix est de pr&#233;cepte, parce qu'elle est un acte de charit&#233;. Et c'est aussi ce qui la rend m&#233;ritoire. Et enfin c'est ce qui lui donne une place parmi les b&#233;atitudes, qui sont les actes d'une vertu parfaite, nous l'avons dit pr&#233;c&#233;demment. Elle est &#233;galement nomm&#233;e parmi les fruits, en tant qu'elle est comme un bien final, rempli de douceur spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La r&#233;ponse vient d'&#234;tre donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Plusieurs vices s'opposent &#224; une seule vertu selon ses actes diff&#233;rents. Sont ainsi contraires &#224; la charit&#233;, non seulement la haine qui s'oppose &#224; elle du point de vue o&#249; elle est dilection, mais l'ac&#233;die et l'envie qui s'opposent &#224; elle du point de vue o&#249; elle est joie, et la dissension, du point de vue o&#249; elle est paix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Saint Thomas d'Aquin, &lt;strong&gt;Somme th&#233;ologique&lt;/strong&gt;, IIa-IIae, Question 29&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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