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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Pourquoi la guerre ? - Lettre &#224; Einstein</title>
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		<dc:date>2007-08-28T17:54:07Z</dc:date>
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		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



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&lt;p&gt;Correspondance entre Albert Einstein et Sigmund Freud. Il s'agit de la version &#233;dit&#233;e &#224; l'initiative de l'Institut International de Coop&#233;ration Intellectuelle - Soci&#233;t&#233; des nations, en 1933. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre de Einstein &lt;br class='autobr' /&gt; Vienne, septembre 1932. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cher Monsieur Einstein, &lt;br class='autobr' /&gt;
En apprenant que vous aviez l'intention de m'inviter &#224; un &#233;change de vues sur un sujet auquel vous accordez votre int&#233;r&#234;t et qui vous semble m&#233;riter aussi l'attention d'autres personnes, je n'ai pas h&#233;sit&#233; &#224; me pr&#234;ter &#224; cet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-La-communaute-" rel="directory"&gt;La communaut&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Correspondance entre Albert Einstein et Sigmund Freud. Il s'agit de la version &#233;dit&#233;e &#224; l'initiative de l'Institut International de Coop&#233;ration Intellectuelle - Soci&#233;t&#233; des nations, en 1933.&lt;br /&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Pourquoi-la-guerre-Lettre-a-Freud' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lettre de Einstein&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vienne, septembre 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Monsieur Einstein,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apprenant que vous aviez l'intention de m'inviter &#224; un &#233;change de vues sur un sujet auquel vous accordez votre int&#233;r&#234;t et qui vous semble m&#233;riter aussi l'attention d'autres personnes, je n'ai pas h&#233;sit&#233; &#224; me pr&#234;ter &#224; cet entretien. Je pr&#233;sumais que vous choisiriez un probl&#232;me qui f&#251;t aux confins de ce que l'on peut conna&#238;tre aujourd'hui, et auquel nous pussions l'un et l'autre, le physicien et le psychologue, acc&#233;der chacun par sa propre voie, de mani&#232;re &#224; nous rencontrer sur le m&#234;me terrain, tout en partant de r&#233;gions diff&#233;rentes. Aussi m'avez-vous surpris en me posant la question de savoir ce que l'on peut faire pour lib&#233;rer les humains de la menace de la guerre. J'ai &#233;t&#233; tout d'abord effray&#233; de mon - j'allais dire notre - incomp&#233;tence, car je voyais l&#224; une t&#226;che pratique dont l'apanage revenait aux hommes d'Etat. Mais je me suis rendu compte que vous n'aviez pas soulev&#233; la question en tant qu'homme de science et physicien, mais comme ami des humains, r&#233;pondant &#224; l'invitation de la Soci&#233;t&#233; des Nations, tel l'explorateur Fridtjof Nansen lorsqu'il entreprit de venir en aide aux affam&#233;s et aux victimes de la guerre mondiale, priv&#233;s de patrie. Je r&#233;fl&#233;chis aussi que l'on n'attendait pas de moi l'&#233;nonc&#233; de propositions pratiques, mais que j'avais simplement &#224; exposer le probl&#232;me de la sauvegarde de la paix, &#224; la lumi&#232;re de l'examen psychologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224;-dessus encore, vous avez dit l'essentiel dans votre lettre et vous m'avez du m&#234;me coup pris le vent de mes voiles, mais je me pr&#234;te volontiers &#224; voguer dans votre sillage et je me contenterai de confirmer ce que vous avancez, tout en y apportant mes digressions, au plus pr&#232;s de mes connaissances - ou de mes conjectures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous commencez par poser la question entre droit et force. C'est l&#224;, assur&#233;ment, le juste point de d&#233;part de notre enqu&#234;te. Puis-je me permettre de substituer au mot &#171; force &#187; le terme plus incisif et dur de &#171; violence &#187; ? Droit et violence sont actuellement pour nous des antinomies. Il est facile de montrer que l'un est d&#233;riv&#233; de l'autre, et si nous remontons aux origines primitives pour examiner de quelle mani&#232;re le ph&#233;nom&#232;ne s'est produit tout d'abord, la solution du probl&#232;me nous appara&#238;t sans difficult&#233;. Si, dans ce qui va suivre, vous me voyez exposer comme au tant d'&#233;l&#233;ments nouveaux, des faits g&#233;n&#233;ralement connus et reconnus, vous me le pardonnerez la filiation des donn&#233;es m'y obligeait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conflits d'int&#233;r&#234;ts surgissant entre les hommes sont donc, eu principe, r&#233;solus par la violence. Ainsi en est-il dans tout le r&#232;gne animal, dont l'homme ne saurait s'exclure ; pour l'homme, il s'y ajoute encore, bien entendu, des conflits d'opinion, qui s'&#233;l&#232;vent jusqu'aux plus hauts sommets de l'abstraction et dont la solution semble n&#233;cessiter une technique diff&#233;rente. Mais cette complication n'est apparue que plus tard. A l'origine, dans une horde restreinte, c'est la sup&#233;riorit&#233; de la force musculaire qui d&#233;cidait ce qui devait appartenir &#224; l'un, ou quel &#233;tait celui dont la volont&#233; devait &#234;tre appliqu&#233;e, lia force musculaire se trouve second&#233;e et bient&#244;t remplac&#233;e par l'usage d'instruments ; la victoire revient &#224; qui poss&#232;de les meilleures armes ou en use avec le plus d'adresse. L'intervention de l'arme marque le moment o&#249; d&#233;j&#224; la supr&#233;matie intellectuelle commence &#224; prendre la place de la force musculaire ; le but dernier de la lutte reste le m&#234;me : l'une des parties aux prises doit &#234;tre contrainte, par le dommage qu'elle subit et par l'&#233;tranglement de ses forces, &#224; abandonner ses revendications ou son opposition. Ce r&#233;sultat est acquis au maximum lorsque la violence &#233;limine l'adversaire de fa&#231;on durable, le tue par cons&#233;quent. Ce proc&#233;d&#233; offre deux avantages : l'adversaire ne pourra reprendre la lutte &#224; une nouvelle occasion et son sort dissuadera les autres de suivre son exemple. Par ailleurs, la mise &#224; mort de l'ennemi satisfait une disposition instinctive, sur laquelle nous aurons &#224; revenir. Il arrive qu'au dessein de tuer vienne s'opposer le calcul selon lequel l'ennemi peut &#234;tre employ&#233; pour rendre d'utiles services, si, une fois tenu en respect, on lui laisse la vie sauve. En pareil cas la violence se contente d'asservir au lieu de tuer. C'est ainsi qu'on commence &#224; &#233;pargner l'ennemi, mais le vainqueur a d&#232;s lors &#224; compter avec la soif de vengeance aux aguets chez le vaincu, et il abandonne une part de sa propre s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est donc l'&#233;tat originel, le r&#232;gne de la puissance sup&#233;rieure, de la violence brutale ou intellectuellement &#233;tay&#233;e. Nous savons que ce r&#233;gime s'est modifi&#233; au cours de l'&#233;volution, et qu'un chemin a conduit de la violence au droit, - mais lequel ? Il n'en est qu'un, &#224; mon avis, et c'est celui qui aboutit au fait que l'on peut rivaliser avec un plus fort par l'union de plusieurs faibles. &#171; L'union fait la force. &#187; La violence est bris&#233;e par l'union, la force de ces &#233;l&#233;ments rassembl&#233;s repr&#233;sente d&#232;s lors le droit, par opposition &#224; la violence d'un seul. Nous voyons donc que le droit est la force d'une communaut&#233;. C'est encore la violence, toujours pr&#234;te &#224; se tourner contre tout individu qui lui r&#233;siste, travaillant avec les m&#234;mes moyens, attach&#233;e aux m&#234;mes buts ; la diff&#233;rence r&#233;side, en r&#233;alit&#233;, uniquement dans le fait que ce n'est plus la violence de l'individu qui triomphe, mais celle de la communaut&#233;. Mais, pour que s'accomplisse ce passage de la violence au droit nouveau, il faut qu'une condition psychologique soit remplie. L'union du nombre doit &#234;tre stable et durable. Si elle se cr&#233;ait &#224; seule fin de combattre un plus puissant pour se dissoudre une fois qu'il est vaincu, le r&#233;sultat serait nul. Le premier qui viendrait ensuite &#224; s'estimer plus fort chercherait de nouveau &#224; instituer une h&#233;g&#233;monie de violence, et le jeu se r&#233;p&#233;terait ind&#233;finiment. La communaut&#233; doit &#234;tre maintenue en permanence, s'organiser, &#233;tablir des r&#232;glements qui pr&#233;viennent les insurrections &#224; craindre, d&#233;signer des organes qui veillent au maintien des r&#232;glements, - des lois, et qui assurent l'ex&#233;cution des actes de violence conformes aux lois. De par la reconnaissance d'une semblable communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts, il se forme, au sein des membres d'un groupe d'hommes r&#233;unis, des attaches d'ordre sentimental, des sentiments de communaut&#233;, sur lesquels se fonde, &#224; proprement parler, la force de cette collectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois avoir ainsi indiqu&#233; tous les &#233;l&#233;ments essentiels ; le triomphe sur la violence par la transmission du pouvoir &#224; une plus vaste unit&#233;, amalgam&#233;e elle-m&#234;me par des relations de sentiments. Tout le reste n'est que commentaires et redites. La situation est simple, tant que la communaut&#233; ne se compose que d'un certain nombre d'individus d'&#233;gale force. Les lois de cette association fixent alors, en ce qui concerne les manifestations violentes de la force, la part de libert&#233; personnelle &#224; laquelle l'individu doit renoncer pour que la vie en commun puisse se poursuivre en s&#233;curit&#233;. Mais un tel &#233;tat de tranquillit&#233; ne se con&#231;oit que th&#233;oriquement ; de fait, le cours des choses se complique, parce que la communaut&#233;, d&#232;s l'origine, renferme des &#233;l&#233;ments de puissance in&#233;gale - hommes et femmes, parents et enfants - et que bient&#244;t, la guerre et l'assujettissement cr&#233;ent des vainqueurs et des vaincus, qui se transforment en ma&#238;tres et esclaves. Le droit de la communaut&#233; sera, d&#232;s lors, l'expression de ces in&#233;galit&#233;s de pouvoir, les lois seront faites par et pour les dominateurs, et on laissera peu de pr&#233;rogatives aux sujets. A partir de ce moment-l&#224;, l'ordre l&#233;gal se trouve expos&#233; &#224; des perturbations de deux provenances : tout d'abord les tentatives de l'un ou de l'autre des seigneurs pour s'&#233;lever au-dessus des restrictions appliqu&#233;es &#224; tous ses &#233;gaux, pour revenir, par cons&#233;quent, du r&#232;gne du droit au r&#232;gne de la violence ; en second lieu, les efforts constants des sujets pour &#233;largir leur pouvoir et voir ces modifications reconnues dans la loi, donc pour r&#233;clamer, au contraire, le passage du droit in&#233;gal au droit &#233;gal pour tous. Ce dernier courant sera particuli&#232;rement marqu&#233; quand se produiront v&#233;ritablement, au sein de la communaut&#233;, des modifications dans les attributions du pouvoir comme il arrive par suite de divers facteurs historiques. Le droit peut alors s'adapter insensiblement &#224; ces nouvelles conditions, ou, ce qui est plus fr&#233;quent, la classe dirigeante n'est pas dispos&#233;e &#224; tenir compte de ce changement : c'est l'insurrection, la guerre civile, d'o&#249; la suppression momentan&#233;e du droit, et de nouveaux coups de force, &#224; l'issue desquels s'instaure un nouveau r&#233;gime du droit. Il est encore une autre source de transformation du droit, qui ne se manifeste que par voie pacifique, et c'est le changement de culture qui s'op&#232;re parmi les membres de la communaut&#233; ; mais il rentre dans un ordre de ph&#233;nom&#232;nes qui ne pourra &#234;tre trait&#233; que plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons donc que, m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur d'une communaut&#233;, le recours &#224; la violence ne peut &#234;tre &#233;vit&#233; dans la solution des conflits d'int&#233;r&#234;t. Mais les n&#233;cessit&#233;s, les communaut&#233;s d'int&#233;r&#234;t issues d'une existence commune sur un m&#234;me sol, h&#226;tent l'apaisement de ces luttes et, sous de tels auspices, les possibilit&#233;s de solutions pacifiques sont en progression constante. Mais il suffit de jeter un coup d'oeil sur l'histoire de l'humanit&#233; pour assister &#224; un d&#233;fil&#233; ininterrompu de conflits, que ce soit une communaut&#233; aux prises avec un ou plusieurs autres groupements, que ce soit entre unit&#233;s tant&#244;t vastes tant&#244;t plus r&#233;duites, entre villes, pays, tribus, peuples, empires, conflits presque toujours r&#233;solus par l'&#233;preuve des forces au cours d'une guerre. De telles guerres aboutissent ou bien au pillage, ou bien &#224; la soumission compl&#232;te, &#224; la conqu&#234;te de l'une des parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait porter un jugement d'ensemble sur les guerres de conqu&#234;te. Nombre d'entre elles, comme celle des Mongols et des Turcs, n'ont apport&#233; que du malheur ; d'autres, en revanche, ont contribu&#233; &#224; la transformation de la violence en droit, en cr&#233;ant de plus vastes unit&#233;s au sein desquelles la possibilit&#233; du re-cours &#224; la force se trouvait supprim&#233;e et un nouveau r&#233;gime de droit apaisait les conflits, Ainsi les conqu&#234;tes romaines qui apport&#232;rent aux pays m&#233;diterran&#233;ens la pr&#233;cieuse &lt;i&gt;pax romana&lt;/i&gt;. Les ambitions territoriales des rois de France ont cr&#233;&#233; un royaume uni dans la paix et florissant. Si paradoxal que cela puisse para&#238;tre, force nous est d'avouer que la guerre pourrait bien n'&#234;tre pas un moyen inopportun pour la fondation de la paix &#171; &#233;ternelle &#187;, car elle s'av&#232;re capable de constituer les vaste unit&#233;s au sein desquelles une puissance centrale rend de nouvelles guerres impossibles. Cependant elle n'aboutit pas &#224; ce r&#233;sultat, car les succ&#232;s de la conqu&#234;te sont, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, de courte dur&#233;e, les unit&#233;s nouvelle- meut cr&#233;&#233;es se d&#233;sagr&#232;gent &#224; leur tour presque toujours faute de coh&#233;sion entre les parties r&#233;unies par contrainte. Et, de plus, la conqu&#234;te n'a pu cr&#233;er, jusqu'ici, que des unifications partielles, - de grande envergure il est vrai, - et dont les conflits r&#233;clam&#232;rent justement des solutions brutales. Le r&#233;sultat de tous ces efforts guerriers fut simplement que l'humanit&#233; &#233;changea les innombrables et quasi incessantes escarmouches contre de grandes guerres, d'autant plus d&#233;vastatrices qu'elles &#233;taient rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne notre &#233;poque, la m&#234;me conclusion s'impose, &#224; laquelle vous avez abouti par un plus court chemin. II n'est possible d'&#233;viter &#224; coup s&#251;r la guerre que si les hommes s'entendent pour instituer une puissance centrale aux arr&#234;ts de laquelle on s'en remet dans tous les conflits d'int&#233;r&#234;t. En pareil cas, deux n&#233;cessit&#233;s s'imposent au m&#234;me titre : celle de cr&#233;er une semblable instance supr&#234;me et celle de la doter de la force appropri&#233;e. Sans la seconde, la premi&#232;re n'est d'aucune utilit&#233;. Or la Soci&#233;t&#233; des Nations a bien &#233;t&#233; con&#231;ue comme autorit&#233; supr&#234;me de ce genre, mais la deuxi&#232;me condition n'est pas remplie. La Soci&#233;t&#233; des Nations ne dispose pas d'une force &#224; elle et ne peut en obtenir que si les membres de la nouvelle association, - les diff&#233;rents &#201;tats, - la lui conc&#232;dent. Et il y a peu d'espoir, pour le moment, que la chose se produise. Mais on ne comprendrait en somme pas pourquoi cette institution a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e, si l'on ne savait qu'elle repr&#233;sente, dans l'histoire de l'humanit&#233;, une tentative bien rarement con&#231;ue, et jamais r&#233;alis&#233;e en de pareilles proportions. Tentative qui consiste &#224; acqu&#233;rir l'autorit&#233;, c'est-&#224;-dire l'influence contraignante, d'ordinaire bas&#233;e sur la d&#233;tention de la force, en faisant appel &#224; certains principes id&#233;aux. Deux facteurs, nous l'avons vu, assurent la coh&#233;sion d'une communaut&#233; : la contrainte de violence et les relations de sentiment. - les identifications, comme on les d&#233;signerait en langage technique, - entre les membres de ce m&#234;me corps. Si l'un des facteurs vient &#224; dispara&#238;tre, il se peut faire que l'autre maintienne la communaut&#233;. De telles notions ne peuvent naturellement avoir une signification que si elles correspondent &#224; d'importants &#233;l&#233;ments de communaut&#233;. Reste alors &#224; savoir quelle en est la puissance. L'histoire nous apprend que ces notions ont r&#233;ellement exerc&#233; leur action. L'id&#233;e panhell&#233;nique, par exemple, la conscience d'&#234;tre quelque chose de mieux que les barbares voisins, et dont on retrouve la si vigoureuse expression dans les conf&#233;d&#233;rations amphictyoniques, dans les oracles et dans les jeux, fut assez puissante pour adoucir le r&#233;gime de la guerre parmi les Grecs, mais non point suffisante, naturellement, pour supprimer les conflits arm&#233;s entre les diverses factions du peuple grec ni m&#234;me pour dissuader une ville ou une f&#233;d&#233;ration de villes de s'allier aux Perses ennemis pour abaisser un rival. Le sentiment de communaut&#233; chr&#233;tienne, dont on sait pourtant la puissance, n'a pas davantage, au temps de la Renaissance, emp&#234;ch&#233; de petits et de grands &#201;tats chr&#233;tiens de rechercher l'appui du Sultan dans les guerres qu'ils se livr&#232;rent entre eux. A notre &#233;poque &#233;galement, il n'est aucune id&#233;e &#224; qui l'on puisse accorder une telle autorit&#233; conciliatrice. Les id&#233;als nationaux qui gouvernent aujourd'hui les peuples, - la chose n'est que trop claire, -. poussent &#224; l'acte d'opposition. I1 ne manque pas de gens pour pr&#233;dire que, seule, la p&#233;n&#233;tration universelle de l'id&#233;ologie bolcheviste pourra mettre un terme aux guerres, &#8212; mais nous sommes de toute mani&#232;re encore fort loin d'un tel aboutissement, et peut-&#234;tre n'y saurait-on parvenir qu'apr&#232;s d'effroyables guerres civiles. Il semble donc que la tentative consistant &#224; remplacer la puissance mat&#233;rielle par la puissance des id&#233;es se trouve, pour le moment encore, vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, on commet une erreur de calcul en n&#233;gligeant le fait que le droit &#233;tait, &#224; l'origine, la force brutale et qu'il ne peut encore se dispenser du concours de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis mieux faire maintenant que commenter une autre de vos propositions. Vous vous &#233;tonnez qu'il soit si facile d'exciter les hommes &#224; la guerre et vous pr&#233;sumez qu'ils ont en eux un principe actif, un instinct de haine et de destruction tout pr&#234;t &#224; accueillir cette sorte d'excitation. Nous croyons &#224; l'existence d'un tel penchant et nous nous sommes pr&#233;cis&#233;ment efforc&#233;s, au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, d'en &#233;tudier les manifestations. Pourrais-je, &#224; ce propos, vous exposer une partie des lois de l'instinct auxquelles nous avons abouti, apr&#232;s maints t&#226;tonnements et maintes h&#233;sitations ? Nous admettons que les instincts tic l'homme se ram&#232;nent exclusivement &#224; deux cat&#233;gories : d'une part ceux qui veulent conserver et unir ; nous les appelons &#233;rotiques, - exactement au sens d'eros dans le Symposion de Platon, &#8212; ou sexuels, en donnant explicitement &#224; ce terme l'extension du concept populaire de sexualit&#233; ; d'autre part, ceux qui veulent d&#233;truire et tuer ; nous les englobons sous les termes de pulsion agressive ou pulsion destructrice. Ce n'est en somme, vous le voyez, que la transposition th&#233;orique de l'antagonisme universellement connu de l'amour et de la haine, qui est peut-&#234;tre une forme de la polarit&#233; d'attraction et de r&#233;pulsion qui joue un r&#244;le dans votre domaine. - Mais ne nous faites pas trop rapidement passer aux notions de bien et de mal. - Ces pulsions sont tout aussi indispensables l'une que l'antre ; c'est de leur action conjugu&#233;e ou antagoniste que d&#233;coulent les ph&#233;nom&#232;nes de la vie. Or il semble qu'il n'arrive gu&#232;re qu'un instinct de l'une des deux cat&#233;gories puisse s'affirmer isol&#233;ment ; il est toujours &#171; li&#233; &#187;, selon notre expression, &#224; une certaine quantit&#233; de l'autre cat&#233;gorie, qui modifie son but, ou, suivant les cas, lui en permet seule l'accomplissement. Ainsi, par exemple, l'instinct de conservation est certainement de nature &#233;rotique ; mais c'est pr&#233;cis&#233;ment ce m&#234;me instinct qui doit pouvoir recourir &#224; l'agression, s'il veut faire triompher ses intentions. De m&#234;me l'instinct d'amour, rapport&#233; &#224; des objets, a besoin d'un dosage d'instinct de possession, s'il veut en d&#233;finitive entrer en possession de son objet. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment la difficult&#233; qu'on &#233;prouve &#224; isoler les deux sortes d'instincts, dans leurs manifestations, qui nous a si longtemps emp&#234;ch&#233; de les reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez bien poursuivre encore un peu avec moi, vous verrez que les actions humaines r&#233;v&#232;lent une complication d'une autre sorte. Il est tr&#232;s rare que l'acte soit l'oeuvre d'une seule incitation instinctive, qui d&#233;j&#224; en elle-m&#234;me doit &#234;tre un compos&#233; d'eros et de destruction. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, plusieurs motifs, pareillement compos&#233;s, doivent co&#239;ncider pour amener l'action. L'un de vos confr&#232;res l'avait d&#233;j&#224; per&#231;u, - je veux parler ici du professeur G. Ch. Lichtenberg, qui enseignait la physique &#224; G&#246;ttingue &#224; l'&#233;poque de nos classiques ; mais chez lui, le psychologue &#233;tait peut-&#234;tre plus important encore que le physicien. Il avait d&#233;couvert la rose des motifs quand il d&#233;clarait &#171; Les mobiles en raison desquels nous agissons pourraient &#234;tre r&#233;partis comme les trente-deux vents et leurs appellations se formuler Pain - Pain-Renomm&#233;e ou Renomm&#233;e - Renomm&#233;e-Pain. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, lorsque les hommes sont incit&#233;s &#224; la guerre, toute une s&#233;rie de motifs peuvent en eux trouver un &#233;cho &#224; cet appel, les uns nobles, les autres vulgaires, certains dont on parle ouvertement et d'autres que l'on tait. Nous n'avons aucune raison de les &#233;num&#233;rer tous. Le penchant &#224; l'agression et &#224; la destruction se trouve &#233;videmment au nombre de ceux-ci : d'innombrables cruaut&#233;s que nous rapportent l'histoire et la vie journali&#232;re en confirment l'existence. En excitant ces penchants &#224; la destruction par d'autres tendances &#233;rotiques et spirituelles, on leur donne naturellement le moyen de s'&#233;pancher plus librement. Parfois, lorsque nous entendons parler des cruaut&#233;s de l'histoire, nous avons l'impression que les mobiles id&#233;alistes n'ont servi que de paravent aux app&#233;tits destructeurs ; en d'autres cas, s'il s'agit par exemple des cruaut&#233;s de la Sainte Inquisition, nous pensons que les mobiles id&#233;aux se sont plac&#233;s au premier plan, dans le conscient, et que les mobiles destructeurs leur ont donn&#233;, dans l'inconscient, un suppl&#233;ment de force. Les deux possibilit&#233;s sont plausibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai scrupule &#224; abuser de votre attention qui entend se porter sur les moyens de pr&#233;venir la guerre et non sur nos th&#233;ories. Et pourtant je voudrais m'attarder encore un instant &#224; notre instinct de destruction, dont la vogue n'est rien en regard de son importance. Avec une petite d&#233;pense de sp&#233;culation, nous en sommes arriv&#233;s &#224; concevoir que cette pulsion agit au sein de tout &#234;tre vivant et qu'elle tend &#224; le vouer &#224; la ruine, &#224; ramener la vie &#224; l'&#233;tat de mati&#232;re inanim&#233;e. Un tel penchant m&#233;ritait v&#233;ritablement l'appellation d'instinct de mort, tandis que les pulsions &#233;rotiques repr&#233;sentent les efforts vers la vie. L'instinct de mort devient pulsion destructrice par le fait qu'il s'ext&#233;riorise, &#224; l'aide de certains organes, contre les objets. L'&#234;tre anim&#233; prot&#232;ge pour ainsi dire sa propre existence en d&#233;truisant l'&#233;l&#233;ment &#233;tranger. Mais une part de l'instinct. de mort demeure agissante au-dedans de l'&#234;tre anim&#233; et nous avons tent&#233; de faire d&#233;river toute une s&#233;rie de ph&#233;nom&#232;nes normaux et pathologiques de cette r&#233;version int&#233;rieure de la pulsion destructrice. Nous avons m&#234;me commis l'h&#233;r&#233;sie d'expliquer l'origine de notre conscience par un de ces revirements de l'agressivit&#233; vers le dedans. On ne saurait donc, vous le voyez, consid&#233;rer un tel ph&#233;nom&#232;ne &#224; la l&#233;g&#232;re, quand il se manifeste sur une trop grande &#233;chelle ; il en devient proprement malsain, tandis que l'application de ces forces instinctives &#224; la destruction dans le monde ext&#233;rieur soulage l'&#234;tre vivant et doit avoir une action bienfaisante. Cela peut servir d'excuse biologique &#224; tous les penchants ha&#239;ssables et dangereux contre lesquels nous luttons. Force nous est donc d'avouer qu'ils sont plus pr&#232;s de la nature que la r&#233;sistance que nous leur opposons et pour laquelle il nous faut encore trouver une explication. Peut-&#234;tre avez-vous l'impression que nos th&#233;ories sont une mani&#232;re de mythologie qui, en l'esp&#232;ce, n'a rien de r&#233;confortant. Mais est-ce que toute science ne se ram&#232;ne pas &#224; cette sorte de mythologie ? En va-t-il autrement pour vous dans le domaine de la physique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui nous permet de conclure, pour revenir &#224; notre sujet, que l'on ferait oeuvre inutile &#224; pr&#233;tendre supprimer les penchants destructeurs des hommes. En des contr&#233;es heureuses de la terre, o&#249; la nature offre &#224; profusion tout ce dont l'homme a besoin, il doit y avoir des peuples dont la vie s'&#233;coule dans la douceur et qui ne connaissent ni la contrainte ni l'agression. J'ai peine &#224; y croire et je serais heureux d'en savoir plus long sur ces &#234;tres de f&#233;licit&#233;. Les bolchevistes eux aussi esp&#232;rent arriver &#224; supprimer l'agression humaine en assurant l'assouvissement des besoins mat&#233;riels tout en instaurant l'&#233;galit&#233; entre les b&#233;n&#233;ficiaires de la communaut&#233;. J'estime que c'est l&#224; une illusion. Ils sont, pour l'heure, minutieusement arm&#233;s et la haine qu'ils entretiennent &#224; l'&#233;gard de tous ceux qui ne sont pas des leurs n'est pas le moindre adjuvant pour s'assurer la coh&#233;sion de leurs partisans. D'ailleurs, ainsi que vous le marquez vous-m&#234;me, il ne s'agit pas de supprimer le penchant humain &#224; l'agression ; on peut s'efforcer de le canaliser, de telle sorte qu'il ne trouve son mode d'expression dans la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant de nos lois mythologiques de l'instinct, nous arrivons ais&#233;ment &#224; une formule qui fraye indirectement une voie &#224; la lutte contre la guerre. Si la propension &#224; la guerre est un produit de la pulsion destructrice, il y a donc lieu de faire appel &#224; l'adversaire de ce penchant, &#224; l'eros. Tout ce qui engendre, parmi les hommes, des liens de sentiment doit r&#233;agir contre la guerre. Ces liens peuvent &#234;tre de deux sortes. En premier lieu, des rapports tels qu'il s'en manifeste &#224; l'&#233;gard d'un objet d'amour, m&#234;me sans intentions sexuelles. La psychanalyse n'a pas &#224; rougir de parler d'amour, en l'occurrence, car la religion use d'un m&#234;me langage : aime ton prochain comme toi- m&#234;me. Obligation facile &#224; prof&#233;rer, mais difficile &#224; remplir. La seconde cat&#233;gorie de liens sentimentaux est celle qui proc&#232;de de l'identification. C'est sur eux que repose, en grande partie, l'&#233;difice de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve, dans une critique que vous portez sur l'abus de l'autorit&#233;, une seconde indication pour la lutte indirecte contre le penchant &#224; la guerre. C'est l'une des faces de l'in&#233;galit&#233; humaine, - in&#233;galit&#233; native et que l'on ne saurait combattre, - qui veut, cette r&#233;partition en chefs et en sujets. Ces derniers forment la tr&#232;s grosse majorit&#233; ; ils ont besoin d'une autorit&#233; prenant pour eux des d&#233;cisions auxquelles ils se rangent presque toujours sans r&#233;serves. Il y aurait lieu d'observer, dans cet ordre d'id&#233;es, que l'on devrait s'employer, mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici, &#224; former une cat&#233;gorie sup&#233;rieure de penseurs ind&#233;pendants, d'hommes inaccessibles &#224; l'intimidation et adonn&#233;s &#224; la recherche du vrai, qui assumeraient la direction des masses d&#233;pourvues d'initiative. Que l'empire pris par les pouvoirs de l'Etat et l'interdiction de pens&#233;e de l'Eglise ne se pr&#234;tent point &#224; une telle formation, nul besoin de le d&#233;montrer. L'&#201;tat id&#233;al r&#233;siderait naturellement dans une communaut&#233; d'hommes ayant assujetti leur vie instinctive &#224; la dictature de la raison. Rien ne pourrait cr&#233;er une union aussi parfaite et aussi r&#233;sistante entre les hommes, m&#234;me s'ils devaient pour autant renoncer aux liens de sentiment les uns vis &#224; vis des autres. Mais il y a toute chance que ce soit l&#224; un espoir utopique. Les autres voies et moyens d'emp&#234;cher la guerre sont certainement plus praticables, mais ils ne permettent pas de compter sur des succ&#232;s rapides. On ne se plait gu&#232;re &#224; imaginer des moulins qui moudraient si lentement qu'on aurait le temps de mourir de faim avant d'obtenir la farine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le voyez, on n'avance gu&#232;re les choses, &#224; vouloir consulter des th&#233;oriciens &#233;trangers au monde, quand il s'agit de t&#226;ches pratiques et urgentes. Mieux vaudrait s'efforcer, pour chaque cas particulier, d'affronter le danger avec les moyens qu'on a sous la main. Je voudrais cependant traiter encore un probl&#232;me que vous ne soulevez pas dans votre lettre et qui m'int&#233;resse sp&#233;cialement. Pourquoi nous &#233;levons-nous avec tant de force contre la guerre, vous et moi et tant d'autres avec nous, pourquoi n'en prenons-nous pas notre parti comme de l'une des innombrables vicissitudes de la vie ? Elle semble pourtant conforme &#224; la nature, biologiquement tr&#232;s fond&#233;e, et, pratiquement, presque in&#233;vitable. Ne vous scandalisez pas de la question que je pose ici. Pour les besoins d'une enqu&#234;te, il est peut-&#234;tre permis de prendre le masque d'une impassibilit&#233; qu'on ne poss&#232;de gu&#232;re dans la r&#233;alit&#233;. Et voici quelle sera la r&#233;ponse : parce que tout homme a un droit sur sa propre vie, parce que la guerre d&#233;truit des vies humaines charg&#233;es de promesses, place l'individu dans des situations qui le d&#233;shonorent, le force &#224; tuer son prochain contre sa propre volont&#233;, an&#233;antit de pr&#233;cieuses valeurs mat&#233;rielles, produits de l'activit&#233; humaine, etc. On ajoutera en outre que la guerre, sous sa forme actuelle, ne donne plus aucune occasion de manifester l'antique id&#233;al d'h&#233;ro&#239;sme et que la guerre de demain, par suite du perfectionnement des engins de destruction, &#233;quivaudrait &#224; l'extermination de l'un des adversaires, ou peut-&#234;tre m&#234;me des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est exact et para&#238;t m&#234;me si incontestable qu'on en est r&#233;duit &#224; s'&#233;tonner qu'un accord unanime de l'humanit&#233; n'ait point encore banni la guerre. On peut &#233;videmment discuter l'un ou l'autre de ces points et se demander, par exemple, si la communaut&#233; ne doit pas avoir, elle aussi, un droit sur la vie de l'individu ; on ne saurait condamner au m&#234;me titre tous les germes de guerre ; tant qu'il y aura des empires et des nations d&#233;cid&#233;es &#224; ex-terminer les autres sans piti&#233;, ces autres-l&#224; doivent &#234;tre &#233;quip&#233;s pour la guerre. Mais nous avons h&#226;te de passer sur tous ces probl&#232;mes, ce n'est point la discussion &#224; laquelle vous entendiez m'engager. Je veux en arriver &#224; autre chose. Je crois que le motif essentiel pour quoi nous nous &#233;levons contre la guerre, c'est que nous ne pouvons faire autrement. Nous sommes pacifistes, parce que nous devons l'&#234;tre en vertu de mobiles organiques. Il nous est d&#233;sormais facile de justifier notre attitude par des arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui ne va pas sans explication. Et voici ce que j'ajoute depuis des temps imm&#233;moriaux, l'humanit&#233; subit le ph&#233;nom&#232;ne du d&#233;veloppement de la culture. (D'aucuns pr&#233;f&#232;rent, je le sais, user ici du terme de civilisation.) C'est &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne que nous devons le meilleur de ce dont nous sommes faits et une bonne part de ce dont nous souffrons. Ses causes et ses origines sont obscures, son aboutissement est incertain, et quelques-uns de ses caract&#232;res sont ais&#233;ment discernables. Peut-&#234;tre conduit-il &#224; l'extinction du genre humain, car il nuit par plus d'un c&#244;t&#233; &#224; la fonction sexuelle, et actuellement d&#233;j&#224; les races incultes et les couches arri&#233;r&#233;es de la population s'accroissent dans de plus fortes proportions que les cat&#233;gories raffin&#233;es. Peut-&#234;tre aussi ce ph&#233;nom&#232;ne est-il &#224; mettre en parall&#232;le avec la domestication de certaines esp&#232;ces animales ; il est ind&#233;niable qu'il entra&#238;ne des modifications physiques ; on ne s'est pas encore familiaris&#233; avec l'id&#233;e que le d&#233;veloppement de la culture puisse &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne organique de cet ordre. Les transformations psychiques qui accompagnent le ph&#233;nom&#232;ne de la culture, sont &#233;videntes et indubitables. Elles consistent en une &#233;viction progressive des fins instinctives, jointe &#224; une limitation des r&#233;actions impulsives. Des sensations qui, pour nos anc&#234;tres, &#233;taient charg&#233;es de plaisir nous sont devenues indiff&#233;rentes et m&#234;me intol&#233;rables ; il y a des raisons organiques &#224; la transformation qu'ont subie nos aspirations &#233;thiques et esth&#233;tiques. Au nombre des caract&#232;res psychologiques de la culture, il en est deux qui apparaissent comme les plus importants :l'affermissement de l'intellect, qui tend &#224; ma&#238;triser la vie instinctive, et la r&#233;version int&#233;rieure du penchant agressif, avec toutes ses cons&#233;quences favorables et dangereuses. Or les conceptions psychiques vers lesquelles l'&#233;volution de la culture nous entra&#238;ne se trouvent heurt&#233;es de la mani&#232;re la plus vive par la guerre, et c'est pour cela que nous devons nous insurger contre elle ; nous ne pouvons simplement plus du tout la supporter ; ce n'est pas seulement une r&#233;pugnance intellectuelle et affective, mais bien, chez nous, pacifistes, une intol&#233;rance constitutionnelle, une idiosyncrasie en quelque sorte grossie &#224; l'extr&#234;me. Et il semble bien que les d&#233;gradations esth&#233;tiques que comporte la guerre ne comptent pas pour beaucoup moins, dans notre indignation, que les atrocit&#233;s qu'elle suscite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant combien de temps faudra-t-il encore pour que les autres deviennent pacifistes &#224; leur tour ? On ne saurait le dire, mais peut-&#234;tre n'est-ce pas une utopie que d'esp&#233;rer dans l'action de ces deux &#233;l&#233;ments, la conception culturelle et la crainte justifi&#233;e des r&#233;percussions d'une conflagration future, - pour mettre un terme &#224; la guerre, dans un avenir prochain. Par quels chemins ou d&#233;tours, nous ne pouvons le deviner. En attendant, nous pouvons nous dire : Tout ce qui travaille au d&#233;veloppement de la culture travaille aussi contre la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous salue tr&#232;s cordialement et si mon expos&#233; a pu vous d&#233;cevoir, je vous prie de me pardonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre Sigmund Freud.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un &#233;v&#233;nement de la vie religieuse</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Un-evenement-de-la-vie-religieuse</link>
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		<dc:date>2007-08-28T17:47:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ein religi&#246;ses Erlebnis. A paru, &#224; l'Internationaler-Psychoanalytischer Verlag de Vienne, dans Imago, 1928, vol. XIV, fasc. I ; dans le XIe volume des Gesammelten Schriften (Oeuvres compl&#232;tes) de FREUD (juin 1928), et dans l'Almanach (1929). Traduit de l'allemand par Marie Bonaparte, Paris, Deno&#235;l et Steel, 1932. &lt;br class='autobr' /&gt; [En 1927, &#224; l'automne, un journaliste germano-am&#233;ricain (G. S. Viereck) que j'avais eu plaisir &#224; recevoir, publia la conversation qu'il avait eue avec moi et o&#249; il &#233;tait question (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-La-communaute-" rel="directory"&gt;La communaut&#233;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ein religi&#246;ses Erlebnis&lt;/i&gt;. A paru, &#224; l'Internationaler-Psychoanalytischer Verlag de Vienne, dans &lt;i&gt;Imago, &lt;/i&gt;1928, vol. XIV, fasc. I ; dans le XIe volume des &lt;i&gt;Gesammelten Schriften (Oeuvres compl&#232;tes) &lt;/i&gt;de FREUD (juin 1928), et dans &lt;i&gt;l'Almanach &lt;/i&gt;(1929).&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'allemand par Marie Bonaparte, Paris, Deno&#235;l et Steel, 1932.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[En 1927, &#224; l'automne, un journaliste germano-am&#233;ricain (G. S. Viereck) que j'avais eu plaisir &#224; recevoir, publia la conversation qu'il avait eue avec moi et o&#249; il &#233;tait question de mon manque de foi religieuse et de mon indiff&#233;rence &#224; une survie apr&#232;s la mort. Cet entretien pr&#233;tendu fut tr&#232;s lu et me valut, entre autres, la lettre suivante d'un m&#233;decin am&#233;ricain :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ...Ce qui m'a fait le plus d'impression fut votre r&#233;ponse &#224; cette question : Croyez-vous &#224; la survie de la personnalit&#233; apr&#232;s la mort ? Vous auriez r&#233;pondu : &#171; Cela m'est parfaitement &#233;gal. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous &#233;cris aujourd'hui pour vous faire part d'un &#233;v&#233;nement qui m'est arriv&#233; l'ann&#233;e o&#249; je terminais mes &#233;tudes m&#233;dicales &#224; l'Universit&#233; de X...&lt;i&gt; &lt;/i&gt;J'&#233;tais un apr&#232;s-midi dans la salle de dissection comme on apporta le cadavre d'une vieille femme et qu'on le posa sur une table de dissection. Cette femme avait un visage si doux, si ravissant &lt;i&gt;(this sweet faced woman) &lt;/i&gt;que j'en re&#231;us une forte impression. Il me vint, comme dans un &#233;clair, l'id&#233;e : non, il n'y a pas de Dieu ; s'il y avait un Dieu, il n'aurait jamais permis qu'une si exquise vieille femme &lt;i&gt;(this dear old woman) &lt;/i&gt;f&#251;t amen&#233;e &#224; la salle de dissection.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En revenant cet apr&#232;s-midi-l&#224; chez moi, j'avais, sous l'influence du spectacle que j &#8216;avais vu dans la salle de dissection, d&#233;cid&#233; de ne plus retourner dans une &#233;glise. Je doutais d'ailleurs d&#233;j&#224; auparavant des doctrines du christianisme.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais pendant que je pensais encore &#224; tout cela, une voix se mit &#224; parler dans mon &#226;me, disant que je devrais encore r&#233;fl&#233;chir m&#251;rement &#224; ma r&#233;solution.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au cours des journ&#233;es suivantes, Dieu fit voir clairement &#224; mon &#226;me que la Bible est la parole de Dieu, que tout ce qu'on enseigne sur J&#233;sus-Christ est vrai et que J&#233;sus est notre seul espoir. A la suite de cette si claire r&#233;v&#233;lation, je consid&#233;rai la Bible comme la parole de Dieu et J&#233;sus-Christ comme mon sauveur. Depuis lors, Dieu s'est encore r&#233;v&#233;l&#233; &#224; moi par bien des signes qui ne sauraient tromper.&lt;br /&gt;
&#171; En ma qualit&#233; de m&#233;decin et fr&#232;re &lt;i&gt;(brother physician), &lt;/i&gt;je vous prie d'orienter vos pens&#233;es sur cet important sujet et je vous assure que, si vous vous en occupez en lui ouvrant tout votre esprit, Dieu r&#233;v&#233;lera &#224; votre &#226;me aussi la &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;, &lt;/i&gt;ainsi qu'il le fit &#224; moi et &#224; tant d'autres... &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;pondis poliment &#224; mon correspondant que je me r&#233;jouissais d'apprendre qu'un tel &#233;v&#233;nement lui e&#251;t rendu possible de garder sa foi. Dieu n'en avait pas fait autant pour moi, il ne m'avait jamais fait entendre une semblable voix int&#233;rieure, et - vu mon &#226;ge -, s'il ne se h&#226;tait pas, ce ne serait pas de ma faute si je demeurais jusqu'&#224; la fin ce que j'&#233;tais - &lt;i&gt;un Juif infid&#232;le.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;L'aimable r&#233;plique du coll&#232;gue impliquait l'assurance que le juda&#239;sme n'&#233;tait pas un obstacle &#224; la juste croyance, et il le prouvait par plusieurs exemples. Elle atteignait son point culminant lorsqu'il m'assurait qu'il priait pour moi Dieu avec ardeur, lui demandant de me donner &lt;i&gt;faith to believe&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;la vraie foi.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pri&#232;re n'a pas encore &#233;t&#233; exauc&#233;e. Cependant l'&#233;v&#233;nement religieux arriv&#233; &#224; mon coll&#232;gue laisse &#224; r&#233;fl&#233;chir. Je dirais qu'il vaut qu'on tente &#224; son sujet une interpr&#233;tation d'apr&#232;s des mobiles affectifs, car cet &#233;v&#233;nement est en soi surprenant et particuli&#232;rement mal fond&#233; du point de vue logique. Il est en effet notoire que Dieu laisse se produire bien d'autres atrocit&#233;s que la pr&#233;sence du cadavre d'une vieille femme aux traits sympathiques sur une table de dissection. Il en fut ainsi de tout temps et il n'en pouvait &#234;tre autrement au moment o&#249; mon coll&#232;gue am&#233;ricain achevait ses &#233;tudes. Ce m&#233;decin d&#233;butant ne pouvait pourtant ignorer le monde au point de ne rien savoir de tous ces malheurs. Alors pourquoi sa r&#233;volte contre Dieu &#233;clata-t-elle justement &#224; l'occasion de ce qu'il avait ressenti dans la salle de dissection ? Pour qui est habitu&#233; &#224; consid&#233;rer analytiquement les &#233;v&#233;nements internes et les actes des hommes, l'explication n'est pas &#224; chercher bien loin, si peu loin qu'elle se glissa d'elle-m&#234;me dans mon souvenir. Au cours d'une discussion, comme je mentionnais la lettre de mon pieux coll&#232;gue, je rapportai qu'il avait &#233;crit que la figure du cadavre de femme lui avait rappel&#233; sa propre m&#232;re. Or, cela n'&#233;tait pas dans la lettre - &#224; la seconde r&#233;flexion, on voit que cela n'aurait absolument pas pu y &#234;tre - mais telle est l'explication qui s'impose invinciblement sous l'impression des tendres termes par lesquels il rappelle la vieille femme &lt;i&gt;(sweet faced dear old zooman). &lt;/i&gt;On peut alors rendre responsable de la faiblesse de jugement du jeune m&#233;decin l'affect &#233;veill&#233; par le souvenir de sa m&#232;re. Si l'on ne parvient pas &#224; se lib&#233;rer de cette mauvaise habitude de la psychanalyse qui consiste &#224; appeler en t&#233;moignage des minuties qui pourraient s'expliquer sans chercher aussi loin, on se rappellera encore que mon coll&#232;gue me traite plus loin de m&#233;decin et fr&#232;re &lt;i&gt;(brother physician).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;On peut se repr&#233;senter les choses de la mani&#232;re suivante : la vue du corps nu (ou qui va &#234;tre d&#233;nud&#233;) d'une femme rappelant au jeune homme sa m&#232;re, &#233;veille en lui la nostalgie maternelle &#233;man&#233;e du complexe d'&#338;dipe, nostalgie &#224; laquelle la r&#233;volte contre le p&#232;re vient aussit&#244;t s'adjoindre en tant que compl&#233;ment. Le p&#232;re et Dieu ne se sont pas encore chez lui &#233;cart&#233;s bien loin l'un de l'autre, la volont&#233; d'an&#233;antir le p&#232;re peut devenir consciente sous la forme du doute de l'existence de Dieu, et chercher &#224; se l&#233;gitimer aux yeux de la raison par l'indignation qu'excitent les mauvais traitements inflig&#233;s &#224; l'objet maternel. La pulsion nouvelle d&#233;plac&#233;e au domaine religieux n'est que la r&#233;p&#233;tition de la situation &#339;dipienne et c'est pourquoi elle subit bient&#244;t apr&#232;s le m&#234;me destin. Elle succombe &#224; un&lt;i&gt; &lt;/i&gt;puissant contre-courant. Au cours du conflit, le niveau du d&#233;placement ne se maintient pas, il n'est pas question d'arguments ayant pour but de justifier Dieu, on ne dit pas non plus par quels signes indubitables Dieu a prouv&#233; son existence au douteur. Le conflit semble s'&#234;tre d&#233;roul&#233; sous la forme d'une psychose hallucinatoire, des voix int&#233;rieures se font entendre, afin de dissuader le douteur de r&#233;sister &#224; Dieu. L'issue du combat se manifeste &#224; nouveau au domaine religieux ; cette issue est pr&#233;d&#233;termin&#233;e par la destin&#233;e m&#234;me du complexe d'&#338;dipe ; elle consiste en une soumission compl&#232;te au vouloir de Dieu le P&#232;re, le jeune homme est devenu croyant, il a tout accept&#233; de ce qui lui a &#233;t&#233; enseign&#233; depuis l'enfance sur Dieu et J&#233;sus-Christ. Il a v&#233;cu un &#233;v&#233;nement religieux, il a subi une conversion.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est si simple et transparent qu'on ne peut s'emp&#234;cher de se demander si la compr&#233;hension de ce cas ne constituerait pas un pas en avant dans la psychologie de la conversion religieuse. Je renvoie ici &#224; un excellent ouvrage de Sancte de Sanctis &lt;i&gt;(La Conversione religiosa, &lt;/i&gt;Bologne, 1924) qui met &#224; profit toutes les d&#233;couvertes de la psychanalyse. On voit se confirmer, &#224; la lecture de cet ouvrage, ce &#224; quoi l'on pouvait s'attendre : les cas de conversion ne sont certes pas tous aussi faciles &#224; d&#233;m&#234;ler que celui qui est rapport&#233; ici, mais notre cas ne contredit sur aucun point les opinions que l'investigation moderne s'est form&#233;es &#224; ce sujet. Ce qui distingue notre observation, c'est le fait qu'elle se relie &#224; une occasion particuli&#232;re permettant &#224; l'incr&#233;dulit&#233; de faire une derni&#232;re flamb&#233;e avant que l'individu ne la surmonte d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Actes obs&#233;dants et exercices religieux</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Actes-obsedants-et-exercices-religieux</link>
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		<dc:date>2007-08-28T17:44:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



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&lt;p&gt;Swangshandlungen und Religions&#252;bungen. Cette &#233;tude a d'abord paru dans la Zeitschrift f&#252;r Religionspsychologie, &#233;dit&#233;e par BRELER et VORBRODT, vol. I, fasc. I, 1907, puis dans la deuxi&#232;me suite de la Sammlung kleiner Schriften zur Neurosenlehre. Traduit de l'allemand par Marie Bonaparte, Paris, Deno&#235;l et Steel, 1932. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis certes pas le premier qu'ait frapp&#233; la ressemblance qui existe entre les actes obs&#233;dants des n&#233;vros&#233;s et les exercices par lesquels le croyant t&#233;moigne de sa (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-La-communaute-" rel="directory"&gt;La communaut&#233;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Swangshandlungen und Religions&#252;bungen&lt;/i&gt;. Cette &#233;tude a d'abord paru dans la &lt;i&gt;Zeitschrift f&#252;r Religionspsychologie&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233;e par BRELER et VORBRODT, vol. I, fasc. I, 1907, puis dans la deuxi&#232;me suite de la &lt;i&gt;Sammlung kleiner Schriften zur Neurosenlehre&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'allemand par Marie Bonaparte, Paris, Deno&#235;l et Steel, 1932.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne suis certes pas le premier qu'ait frapp&#233; la ressemblance qui existe entre les actes obs&#233;dants des n&#233;vros&#233;s et les exercices par lesquels le croyant t&#233;moigne de sa pi&#233;t&#233;. Le nom m&#234;me de &#171; c&#233;r&#233;monial &#187;, que l'on a donn&#233; &#224; certains de ces actes obs&#233;dants, m'en est une garantie. Cependant cette ressemblance me semble &#234;tre plus qu'une ressemblance superficielle, de telle sorte que l'on pourrait, d'une intelligence de la gen&#232;se du c&#233;r&#233;monial n&#233;vrotique, se risquer &#224; tirer par analogie des conclusions relatives aux processus psychiques de la vie religieuse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui pratiquent des actes obs&#233;dants ou un c&#233;r&#233;monial appartiennent, avec ceux qui souffrent de pens&#233;es obs&#233;dantes, de repr&#233;sentations obs&#233;dantes, d'impulsions obs&#233;dantes, etc., &#224; un groupe clinique particulier &#224; l'affection duquel on a coutume de donner le nom de &#171; n&#233;vrose obsessionnelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. L&#246;wenfeld, Die psychischen Zwangserscheinungen (Les ph&#233;nom&#232;nes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il ne faudrait pas essayer de faire d&#233;river de son nom le caract&#232;re essentiel de cette affection, car, &#224; proprement parler, d'autres ph&#233;nom&#232;nes psychiques morbides peuvent &#233;galement pr&#233;tendre &#224; ce que nous appelons &#171; caract&#232;re obs&#233;dant &#187;. Une connaissance d&#233;taill&#233;e de ces &#233;tats doit encore actuellement tenir lieu de d&#233;finition, vu que nous n'avons pas jusqu'&#224; pr&#233;sent r&#233;ussi &#224; d&#233;gager le crit&#233;rium, sans doute tr&#232;s profond&#233;ment situ&#233;, de la n&#233;vrose obsessionnelle, crit&#233;rium dont on devine cependant la pr&#233;sence dans toutes les manifestations de cette affection.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#233;r&#233;monial n&#233;vrotique consiste en petits actes : actions surajout&#233;es ou entrav&#233;es ou bien rangements, lesquels, &#224; l'occasion des actes de la vie quotidienne, sont ex&#233;cut&#233;s toujours de la m&#234;me mani&#232;re ou bien d'une fa&#231;on qui varie suivant des r&#232;gles donn&#233;es. Ces activit&#233;s nous font l'impression de simples &#171; formalit&#233;s &#187; ; elles nous apparaissent comme totalement d&#233;nu&#233;es de sens. Elles n'apparaissent pas sous un autre jour au malade, et il est pourtant incapable de ne pas les accomplir, car tout &#233;cart du c&#233;r&#233;monial est puni d'une insupportable angoisse, qui oblige &#224; refaire apr&#232;s coup ce qui avait &#233;t&#233; omis. Tout aussi mesquines que les actions elles-m&#234;mes du c&#233;r&#233;monial sont les occasions et les sortes d'activit&#233;s que le c&#233;r&#233;monial environne, en rendant plus difficile, et en tout cas en retardant l'accomplissement par exemple, l'action de s'habiller et de se d&#233;shabiller, de se coucher, de satisfaire les besoins corporels. On peut d&#233;crire la fa&#231;on dont s'exerce un c&#233;r&#233;monial en rempla&#231;ant en quelque sorte celui-ci par une s&#233;rie de lois non &#233;crites. Par exemple, en ce qui touche le c&#233;r&#233;monial du lit : la chaise doit se trouver devant le lit dans une position d&#233;termin&#233;e, les v&#234;tements doivent y &#234;tre pli&#233;s dans un certain ordre ; la couverture du lit doit &#234;tre bord&#233;e aux pieds. Le drap doit &#234;tre bien tir&#233;, sans plis ; les oreillers doivent &#234;tre dispos&#233;s de telle ou telle mani&#232;re, le corps lui-m&#234;me doit se trouver dans une attitude strictement d&#233;termin&#233;e ; ce n'est qu'alors qu'on a le droit de s'endormir. Dans les cas l&#233;gers, le c&#233;r&#233;monial para&#238;t &#234;tre l'exag&#233;ration d'un ordre habituel et justifi&#233;. Mais la conscience toute particuli&#232;re avec laquelle il est ex&#233;cut&#233; et l'angoisse qui surgit s'il est omis donnent au c&#233;r&#233;monial le caract&#232;re d'un &#171; acte sacr&#233; &#187;. Tout ce qui le trouble est en g&#233;n&#233;ral mal tol&#233;r&#233; ; il doit &#234;tre accompli &#224; l'exclusion du public, de la pr&#233;sence d'autres personnes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les formes d'activit&#233; peuvent devenir des actes obs&#233;dants au sens le plus large, quand ces activit&#233;s sont surcharg&#233;es de petites actions surajout&#233;es, sont rythm&#233;es d'arr&#234;ts et de r&#233;p&#233;titions. On ne peut s'attendre &#224; trouver de fronti&#232;re nette entre le &#171; c&#233;r&#233;monial &#187; et les &#171; actes obs&#233;dants &#187;. Le plus souvent, les actes obs&#233;dants sont issus d'un c&#233;r&#233;monial. La maladie est constitu&#233;e, en plus de ces deux ph&#233;nom&#232;nes, par des interdictions et des emp&#234;chements (aboulie), qui en r&#233;alit&#233; ne font que poursuivre l'&#339;uvre des actes obs&#233;dants, en tant que certaines choses ne sont pas du tout permises au malade, et que d'autres ne le sont qu'&#224; la condition d'observer un c&#233;r&#233;monial prescrit d'avance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est curieux de voir que la compulsion comme les interdictions (devoir faire une chose et ne pas avoir le droit d'en faire une autre) ne frappent au d&#233;but que les activit&#233;s solitaires des hommes et laissent intact pendant longtemps leur comportement social ; c'est pourquoi de tels malades peuvent, pendant de longues ann&#233;es, traiter leur mal en affaire priv&#233;e et le dissimuler. Bien plus de gens d'ailleurs souffrent de semblables formes de la n&#233;vrose obsessionnelle que ne l'apprennent les m&#233;decins. En outre, beaucoup de ces malades trouvent &#224; cette dissimulation une circonstance favorisante dans ce fait qu'ils arrivent fort bien &#224; remplir leurs devoirs sociaux pendant une partie de la journ&#233;e, apr&#232;s avoir consacr&#233; un certain nombre d'heures &#224; leurs myst&#233;rieux agissements dans une retraite &#224; la M&#233;lusine.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ais&#233; de voir o&#249; se trouve la ressemblance entre le c&#233;r&#233;monial n&#233;vrotique et les actes sacr&#233;s du rite religieux dans la peur, engendr&#233;e par la conscience, en cas d'omission, dans la compl&#232;te isolation de toutes les autres activit&#233;s (d&#233;fense d'&#234;tre d&#233;rang&#233;) et dans le caract&#232;re consciencieux et m&#233;ticuleux de l'ex&#233;cution. Mais les diff&#233;rences sont tout aussi frappantes, diff&#233;rences dont quelques-unes sont si &#233;clatantes qu'elles font de cette comparaison quelque chose de sacril&#232;ge : la plus grande diversit&#233; des actes c&#233;r&#233;moniaux par opposition &#224; la st&#233;r&#233;otypie du rite (pri&#232;re, g&#233;nuflexion, etc.) ; le caract&#232;re priv&#233; de ceux-ci par opposition au caract&#232;re public et collectif des exercices religieux ; et surtout cette diff&#233;rence que les petits actes du c&#233;r&#233;monial religieux ont un sens et une intention symbolique, tandis que ceux du c&#233;r&#233;monial n&#233;vrotique semblent niais et d&#233;nu&#233;s de sens. La n&#233;vrose obsessionnelle semble ici la caricature mi-comique, mi-lamentable d'une religion priv&#233;e. Cependant, c'est justement cette diff&#233;rence la plus tranch&#233;e entre le c&#233;r&#233;monial n&#233;vrotique et le c&#233;r&#233;monial religieux qui dispara&#238;t lorsque, gr&#226;ce &#224; la technique d'investigation psychanalytique, on p&#233;n&#232;tre assez avant pour comprendre les actes obs&#233;dants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. S. Freud, Sammlung kleiner Schriften zur Neurosenlehre (Suite de petites (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette investigation permet de mettre radicalement fin &#224; l'apparence d'apr&#232;s laquelle les actes obs&#233;dants seraient niais et d&#233;nu&#233;s de sens. Elle r&#233;v&#232;le aussi d'o&#249; provient cette apparence. On apprend &#224; voir que les actes obs&#233;dants sont, sans exception et dans tous leurs d&#233;tails, pleins de sens, qu'ils sont au service d'int&#233;r&#234;ts importants de la personnalit&#233; et qu'ils expriment et des &#233;v&#233;nements &#224; influence persistante, et des pens&#233;es charg&#233;es d'affect de l'individu. Ils r&#233;alisent ceci de deux mani&#232;res, en tant que repr&#233;sentation directe ou bien en tant que repr&#233;sentation symbolique ; il convient donc de les interpr&#233;ter soit biographiquement, soit symboliquement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pourrai me dispenser de citer ici quelques exemples &#224; l'appui de cette assertion. Quiconque s'est familiaris&#233; avec les r&#233;sultats dus &#224; l'investigation psychanalytique des psychon&#233;vroses ne sera pas surpris d'apprendre que ce que repr&#233;sentent les actes obs&#233;dants ou le c&#233;r&#233;monial d&#233;rive de la vie la plus intime, voire de la vie sexuelle du malade.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a) &lt;/i&gt;Une jeune fille observ&#233;e par moi &#233;tait soumise &#224; la compulsion, apr&#232;s s'&#234;tre lav&#233;e, de faire tourner plusieurs fois la cuvette en rond. La signification de cet acte c&#233;r&#233;monial se trouvait dans le proverbe : &#171; Il ne convient pas de jeter de l'eau sale avant d'en avoir de propre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Man soll schmutziges Wasser nicht ausgiessen, ehe man reines hat.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette action avait pour but de donner un avertissement &#224; sa s&#339;ur, qu'elle aimait beaucoup, et d'emp&#234;cher celle-ci de divorcer d'avec un mari peu satisfaisant avant d'avoir nou&#233; des relations avec quelqu'un de mieux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b) &lt;/i&gt;Une femme qui vivait s&#233;par&#233;e de son mari ob&#233;issait pendant les repas &#224; la compulsion de laisser les meilleurs morceaux, par exemple de ne manger que les bords d'une tranche de viande r&#244;tie. Ce renoncement s'expliquait par la date o&#249; il avait pris naissance. Il s'&#233;tait manifest&#233; pour la premi&#232;re fois le jour o&#249; elle avait annonc&#233; &#224; son mari qu'elle lui refuserait d&#233;sormais les rapports conjugaux, c'est-&#224;-dire le jour o&#249; elle avait renonc&#233; &#224; ce qu'il y avait de meilleur.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c) &lt;/i&gt;La m&#234;me malade ne pouvait en r&#233;alit&#233; s'asseoir que sur un&lt;i&gt; &lt;/i&gt;seul si&#232;ge et ne parvenait &#224; s'en relever qu'avec difficult&#233;. Le si&#232;ge, d'apr&#232;s certains d&#233;tails de sa vie conjugale, symbolisait pour elle son mari, &#224; qui elle restait fid&#232;le. Elle expliquait par cette phrase sa compulsion : &#171; On se s&#233;pare si difficilement (d'un homme, d'un si&#232;ge) apr&#232;s s'y &#234;tre assise une premi&#232;re fois. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Pendant tout un laps de temps elle avait eu coutume de r&#233;p&#233;ter un acte obs&#233;dant particuli&#232;rement frappant et absurde. Elle courait de sa chambre &#224; une autre pi&#232;ce, au milieu de laquelle se trouvait une table, elle arrangeait d'une certaine fa&#231;on le tapis qui se trouvait dessus, elle sonnait la fille de chambre, qui devait s'approcher de la table, puis elle cong&#233;diait celle-ci avec un ordre indiff&#233;rent. Au cours des efforts que nous f&#238;mes pour expliquer cette compulsion, il lui vint &#224; l'esprit que le tapis de table en question portait une tache d'une vilaine couleur et qu'elle disposait chaque fois le tapis de telle sorte que la tache d&#251;t sauter aux yeux de la fille de chambre. Le tout &#233;tait ainsi la reproduction d'un &#233;v&#233;nement relatif &#224; son mariage, &#233;v&#233;nement qui avait ensuite donn&#233; &#224; son esprit un&lt;i&gt; &lt;/i&gt;probl&#232;me &#224; r&#233;soudre. Son mari, au cours de leur nuit de noces, avait &#233;t&#233; victime d'une mauvaise fortune qui n'est pas rare. Il se trouva impuissant et &#171; courut plusieurs fois cette nuit-l&#224; de sa chambre &#224; la sienne &#187; afin de r&#233;p&#233;ter la tentative. Le matin suivant il avait dit qu'il devrait avoir honte devant la fille de chambre de l'h&#244;tel, qui allait faire les lits ; aussi prit-il un flacon d'encre rouge et en versa-t-il le contenu sur le drap, mais d'une fa&#231;on si maladroite que la tache rouge se produisit &#224; un endroit vraiment peu en rapport avec son dessein. Elle rejouait ainsi par cet acte obs&#233;dant la sc&#232;ne de sa nuit de noces. &#171; La table et le lit &#187; font en effet &#224; eux deux le mariage.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Cette m&#234;me malade pr&#233;sentait une compulsion &#224; noter le num&#233;ro de chaque billet de banque avant qu'il ne sort&#238;t de ses mains : or, cette compulsion comportait aussi une explication biographique. Au temps o&#249; elle admettait encore l'id&#233;e de quitter son mari, au cas o&#249; elle trouverait un autre homme plus digne de confiance, elle s'&#233;tait laiss&#233; faire la cour, dans une ville d'eaux, par un monsieur des intentions s&#233;rieuses duquel elle doutait cependant. Un jour o&#249; elle avait besoin de petite monnaie, elle le pria de lui changer une pi&#232;ce de cinq couronnes. Il le fit, empocha la large pi&#232;ce d'argent et ajouta galamment qu'il ne s'en s&#233;parerait jamais, cette pi&#232;ce ayant pass&#233; par ses mains &#224; elle. Au cours de rencontres ult&#233;rieures, elle fut maintes fois tent&#233;e de lui demander qu'il lui montr&#226;t la pi&#232;ce de cinq couronnes, en quelque sorte pour se convaincre de la foi qu'il convenait d'accorder &#224; ses hommages. Mais elle s'en abstint en vertu de la bonne raison que l'on ne saurait distinguer l'une de l'autre des pi&#232;ces de monnaie de m&#234;me valeur. Ainsi le doute ne fut pas dissip&#233;, et il laissa apr&#232;s lui la compulsion &#224; noter les num&#233;ros des billets de banque, num&#233;ros gr&#226;ce auxquels chaque billet se distingue individuellement de tous les autres de m&#234;me valeur.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques exemples, emprunt&#233;s au vaste ensemble de mes observations, ne sont destin&#233;s qu'&#224; illustrer la proposition d'apr&#232;s laquelle tout, dans les actes obs&#233;dants, est plein de sens et interpr&#233;table. Il en est de m&#234;me du c&#233;r&#233;monial proprement dit ; la preuve en exigerait seulement un&lt;i&gt; &lt;/i&gt;expos&#233; plus circonstanci&#233;. Mais je ne m'y m&#233;prends nullement : nous semblons nous &#234;tre fort &#233;loign&#233;s, par l'&#233;lucidation des actes obs&#233;dants, de la sph&#232;re d'id&#233;es de la religion.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une des conditions de l'&#233;tat pathologique que la personne qui ob&#233;it &#224; une compulsion le fasse sans en conna&#238;tre la signification, au moins la signification principale. Seuls les efforts du traitement psychanalytique pourront lui rendre conscient le sens de l'acte obs&#233;dant et par l&#224; les mobiles qui l'y poussent. Nous exprimons cet &#233;tat de choses important en disant que l'acte obs&#233;dant sert &#224; manifester des mobiles et des repr&#233;sentations &lt;i&gt;inconscientes. &lt;/i&gt;Il semble y avoir l&#224; une nouvelle diff&#233;rence d'avec les exercices religieux, mais il faut se rappeler qu'aussi bien le d&#233;vot isol&#233; exerce en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale le c&#233;r&#233;monial religieux sans demander quel en est le sens, tandis que le pr&#234;tre et l'investigateur peuvent cependant conna&#238;tre ce sens, le plus souvent symbolique, du rite. Les mobiles qui poussent imp&#233;rieusement les croyants aux exercices religieux leur restent cependant &#224; tous inconnus, ou bien sont repr&#233;sent&#233;s dans leur conscience par d'autres mobiles mis en avant &#224; leur place.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse des actes obs&#233;dants nous a d&#233;j&#224; permis de jeter un coup d'&#339;il sur l'&#233;tiologie de ceux-ci et sur l'encha&#238;nement des mobiles qui les d&#233;terminent. On peut dire que celui qui souffre de compulsion et d'interdictions se comporte comme s'il &#233;tait sous l'empire d'un &lt;i&gt;sentiment de culpabilit&#233;, &lt;/i&gt;dont il ne sait rien d'ailleurs, &#224; un sentiment inconscient de culpabilit&#233;, ainsi qu'il convient de dire en ne tenant pas compte du heurt des mots ici associ&#233;s. Ce sentiment de culpabilit&#233; prend sa source dans certains processus psychiques pr&#233;coces, mais trouve un &#233;l&#233;ment de reviviscence perp&#233;tuelle dans la &lt;i&gt;tentation &lt;/i&gt;que renouvelle chaque occasion actuelle. D'autre part, il donne naissance &#224; une &lt;i&gt;angoisse expectante, &lt;/i&gt;&#224; une attente du malheur, toujours aux aguets, angoisse li&#233;e par le concept de la &lt;i&gt;punition &lt;/i&gt;&#224; la perception interne de la tentation. Quand un c&#233;r&#233;monial est en train de se constituer, le malade sait encore consciemment qu'il doit faire ceci ou cela sans quoi un malheur arriverait et, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, la sorte de malheur &#224; attendre est encore communiqu&#233;e &#224; sa conscience. Mais le rapport, d&#233;montrable dans chaque cas, qui existe entre l'occasion o&#249; l'angoisse expectante surgit et l'&#233;l&#233;ment de menace qu'elle contient est d&#233;j&#224; cach&#233; au malade. Ainsi le c&#233;r&#233;monial commence par &#234;tre un &lt;i&gt;acte de d&#233;fense &lt;/i&gt;ou une &lt;i&gt;assurance &lt;/i&gt;contre quelque chose, une &lt;i&gt;mesure de protection.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sentiment de culpabilit&#233; du n&#233;vros&#233; obsessionnel correspondent les protestations des d&#233;vots lorsqu'ils affirment savoir qu'ils sont de grands p&#233;cheurs dans leur c&#339;ur ; il semble que les exercices de pi&#233;t&#233; (pri&#232;res, invocations, etc.), aient la valeur de mesures de d&#233;fense et de protection, mesures par lesquelles les d&#233;vots font pr&#233;c&#233;der chaque activit&#233; de la journ&#233;e et surtout chaque entreprise sortant de l'ordinaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On acquiert une intelligence plus profonde du m&#233;canisme de la n&#233;vrose obsessionnelle si l'on estime &#224; sa juste valeur le fait primordial se trouvant &#224; sa base et qui consiste toujours dans le &lt;i&gt;refoulement d'une pulsion instinctive &lt;/i&gt;(d'une composante de l'instinct sexuel, pulsion qui &#233;tait contenue dans la constitution de la personne en jeu, qui put se manifester un&lt;i&gt; &lt;/i&gt;certain temps dans sa vie infantile et devint ensuite la proie du refoulement. Une scrupulosit&#233; particuli&#232;re, dirig&#233;e contre les objectifs de cet instinct, est engendr&#233;e en m&#234;me temps que le refoulement de cet instinct. Seulement cette formation r&#233;actionnelle psychique ne se sent pas s&#251;re d'elle-m&#234;me, mais constamment menac&#233;e par l'instinct demeur&#233; aux aguets dans l'inconscient. L'influence de l'instinct refoul&#233; est ressentie sous forme de tentation, et c'est au cours du processus du refoulement lui-m&#234;me que na&#238;t l'angoisse, qui, en tant qu'angoisse expectante, s'empare du domaine de l'avenir. Le processus de refoulement qui conduit &#224; la n&#233;vrose obsessionnelle est &#224; qualifier de refoulement incompl&#232;tement r&#233;ussi, refoulement qui menace de faiblir de plus en plus. C'est en quoi il est comparable &#224; un conflit qui ne saurait conna&#238;tre de fin ; des efforts psychiques toujours renouvel&#233;s sont n&#233;cessaires afin de maintenir l'&#233;quilibre contre les pouss&#233;es constantes de l'instinct. Les actes c&#233;r&#233;moniaux et obs&#233;dants naissent ainsi, d'une part, &#224; titre de d&#233;fense contre la tentation, d'autre part, &#224; titre de protection contre un malheur attendu. Mais contre la tentation, les actes de protection, semblent bient&#244;t ne pas suffire ; alors surgissent les interdictions qui doivent nous garder &#224; distance de la situation o&#249; nous serions tent&#233;s. Ainsi qu'on peut le voir, les interdictions remplacent les actes obs&#233;dants, tout comme une phobie a pour but d'&#233;pargner la n&#233;cessit&#233; d'une crise d'hyst&#233;rie. D'un autre cot&#233;, le c&#233;r&#233;monial repr&#233;sente la somme des conditions sous lesquelles d'autres choses, pas encore absolument d&#233;fendues, restent permises ; de m&#234;me le sens du c&#233;r&#233;monial religieux du mariage est de permettre au d&#233;vot la jouissance sexuelle, par ailleurs entach&#233;e de p&#233;ch&#233;. La n&#233;vrose obsessionnelle, comme toutes les autres affections analogues, a encore pour caract&#232;re que ses manifestations (ses sympt&#244;mes, parmi lesquels les actes obs&#233;dants) remplissent cette condition d'&#234;tre un compromis entre les forces psychiques en conflit. Ainsi les sympt&#244;mes ram&#232;nent au jour quelque chose du plaisir qu'ils sont destin&#233;s &#224; emp&#234;cher, ils se mettent au service de l'instinct refoul&#233; non moins que de l'instance refoulante. Et m&#234;me, avec le progr&#232;s de la maladie, les actes, qui &#224; l'origine servaient plut&#244;t &#224; la d&#233;fense, se rapprochent toujours davantage des actions condamn&#233;es par lesquelles, dans l'enfance, l'instinct se manifestait.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait retrouver quelque chose de ces rapports dans le domaine de la vie religieuse : la r&#233;pression, le renoncement &#224; certaines pulsions instinctives semble aussi &#234;tre &#224; la base de la formation de la religion ; cependant ce ne sont pas, comme dans la n&#233;vrose, des composantes exclusivement sexuelles dont il s'agit ici, mais des instincts &#233;go&#239;stes, nuisibles &#224; la soci&#233;t&#233;, auxquels d'ailleurs une contribution sexuelle n'est le plus souvent pas &#233;trang&#232;re. Le sentiment de culpabilit&#233; &#233;man&#233; d'une tentation qui ne s'&#233;teint jamais, l'angoisse expectante sous forme de la peur des ch&#226;timents divins, nous avons appris &#224; les reconna&#238;tre au domaine de la religion plus t&#244;t qu'&#224; celui de la n&#233;vrose. Peut-&#234;tre en vertu des composantes sexuelles qui s'y m&#234;lent, peut-&#234;tre par suite des qualit&#233;s g&#233;n&#233;rales de l'instinct, la r&#233;pression des instincts au domaine de la vie religieuse se manifeste-t-elle aussi comme insuffisante et jamais achev&#233;e. Des r&#233;cidives totales de p&#233;ch&#233; sont m&#234;me plus fr&#233;quentes chez le d&#233;vot que chez le n&#233;vros&#233;, et elles conditionnent une nouvelle esp&#232;ce d'activit&#233;s religieuses, les actes de p&#233;nitence, auxquels on trouve des pendants dans la n&#233;vrose obsessionnelle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons vu : un caract&#232;re particulier et d&#233;gradant de la n&#233;vrose obsessionnelle consiste en ce que le c&#233;r&#233;monial s'attache &#224; de petits actes de la vie quotidienne et se manifeste sous forme de prescriptions et de restrictions pu&#233;riles. On ne comprend ce trait frappant de la structure du tableau clinique qu'en apprenant &#224; voir que le m&#233;canisme du &lt;i&gt;d&#233;placement &lt;/i&gt;psychique, d&#233;couvert par moi d'abord dans la formation du r&#234;ve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Freud, L'interpr&#233;tation des r&#234;ves, trad. par I. Meyerson, nouv. &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, domine les processus psychiques de la n&#233;vrose obsessionnelle. Dans les quelques exemples d'actes obs&#233;dants que j'ai cit&#233;s, on peut d&#233;j&#224; voir comment le symbolisme et les d&#233;tails de l'ex&#233;cution de l'acte s'&#233;difient gr&#226;ce &#224; un d&#233;placement de ce qui est propre, important, &#224; une chose mesquine mais substitutive, par exemple d'un homme &#224; un si&#232;ge. C'est cette tendance au d&#233;placement qui modifie toujours davantage le tableau des ph&#233;nom&#232;nes morbides et qui on vient pour finir &#224; faire de la chose la plus minime la plus importante et la plus pressante. On ne saurait m&#233;conna&#238;tre qu'au domaine religieux n'existe une tendance semblable au d&#233;placement de la valeur psychique, et &#224; la v&#233;rit&#233; dans le m&#234;me sens, de telle sorte que peu &#224;. peu le c&#233;r&#233;monial mesquin des exercices religieux devient l'essentiel, apr&#232;s qu'a &#233;t&#233; mis de c&#244;t&#233; son contenu id&#233;atif. C'est aussi pourquoi les religions subissent par saccades des r&#233;formes qui s'efforcent de r&#233;tablir la relation originelle des valeurs.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de compromis des actes obs&#233;dants en tant que sympt&#244;mes n&#233;vrotiques est celui que l'on reconna&#238;t le moins nettement dans les actes religieux qui leur correspondent. Et cependant quelque chose nous rappelle ce trait de la n&#233;vrose quand nous voyons combien souvent tous les actes que la religion r&#233;prouve - les manifestations des instincts r&#233;prim&#233;s par la religion - sont justement accomplis en son nom et soi-disant &#224; son profit.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vertu de ces concordances et de ces analogies, on pourrait se risquer &#224; concevoir la n&#233;vrose obsessionnelle comme constituant un pendant pathologique de la formation des religions, et &#224; qualifier la n&#233;vrose de religiosit&#233; individuelle, la religion de n&#233;vrose obsessionnelle universelle. La concordance la plus essentielle r&#233;siderait dans le renoncement fondamental &#224; l'exercice d'instincts constitutionnellement donn&#233;s, la diff&#233;rence la plus d&#233;cisive dans la nature de ces instincts qui, dans la n&#233;vrose, sont d'origine exclusivement sexuelle, et dans la religion aussi de nature &#233;go&#239;ste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un renoncement progressif &#224; des instincts constitutionnels, dont l'exercice pouvait donner au moi un plaisir primaire, semble &#234;tre l'une des bases de l'&#233;volution culturelle des hommes. Une partie de ce refoulement des instincts est accomplie par les religions, en tant qu'elles incitent l'individu &#224; offrir en sacrifice &#224; la divinit&#233; ses plaisirs instinctifs. &#171; A moi est la vengeance &#187;, dit le Seigneur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deut&#233;ronome, XXXII, 35 (N. de la Trad.)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On croit reconna&#238;tre dans l'&#233;volution des vieilles religions que bien des &#171; forfaits &#187; auxquels l'homme avait renonc&#233; avaient &#233;t&#233; &#171; pass&#233;s &#187; &#224; Dieu et &#233;taient encore permis en son nom, de telle sorte que la cession &#224; la divinit&#233; &#233;tait le moyen par lequel l'homme se lib&#233;rait de la domination de ses instincts mauvais et nuisibles &#224; la soci&#233;t&#233;. Aussi n'est-ce pas un hasard si toutes les particularit&#233;s humaines - avec les mauvaises actions qui en d&#233;rivent - &#233;taient attribu&#233;es aux anciens dieux dans une mesure illimit&#233;e, et ce n'&#233;tait pas une contradiction qu'il ne f&#251;t pourtant pas permis de justifier ses propres forfaits par l'exemple divin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. L&#246;wenfeld, &lt;i&gt;Die psychischen Zwangserscheinungen&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes psychiques obsessionnels&lt;/i&gt;), 1904.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. S. Freud, &lt;i&gt;Sammlung kleiner Schriften zur Neurosenlehre&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Suite de petites &#233;tudes sur la doctrine des n&#233;vroses&lt;/i&gt;), Vienne, 1906 ; 3e &#233;d., 1920.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Man soll schmutziges Wasser nicht ausgiessen, ehe man reines hat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Freud, &lt;i&gt;L'interpr&#233;tation des r&#234;ves&lt;/i&gt;, trad. par I. Meyerson, nouv. &#233;d. revue par Denise Berger, Paris, Presses Universitaires, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Deut&#233;ronome&lt;/i&gt;, XXXII, 35 (N. de la Trad.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>00 - Compl&#233;ments au Malaise dans la civilisation : le texte &#224; t&#233;l&#233;charger, une bibliographie et des &#233;l&#233;ments d'analyse.</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/00-Complements-au-Malaise-dans-la-civilisation-le-texte-a-telecharger-une</link>
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		<dc:date>2007-08-27T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Luc Derrien</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le texte : &#201;l&#233;ments d'analyse : &#224; venir Bibliographie : &lt;br class='autobr' /&gt;
Autour de Freud, Le malaise dans la culture &lt;br class='autobr' /&gt;
1) Norman O. Brown, Eros et Thanatos ou Life Against Death : The Psychoanalytic Meaning of History, New York, Vintage, 1961 ; trad. Fr. &#201;ros et Thanatos - La psychanalyse appliqu&#233;e &#224; l'histoire, Deno&#235;l, 1972 &lt;br class='autobr' /&gt;
2) Herbert Marcuse, &#201;ros et civilisation - contribution &#224; Freud, Minuit, 1963 &lt;br class='autobr' /&gt;
3) Paul Ricoeur, De l'interpr&#233;tation. Essai sur Freud, Seuil, 1965, Livre II, 2&#232; partie, III. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Malaise-dans-la-civilisation-" rel="directory"&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_240 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/IMG/rtf/Freud_Malaise_dans_la_civilisation.rtf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='RTF - 271.3 kio' type=&#034;application/rtf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L64xH64/rtf-a14e8.svg?1779829522' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Freud, Malaise dans la civilisation
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;br\ &gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;l&#233;ments d'analyse :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#224; venir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_241 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/IMG/rtf/Autour_du_Malaise_dans_la_culture.rtf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='RTF - 9.3 kio' type=&#034;application/rtf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L64xH64/rtf-a14e8.svg?1779829522' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;biblio autour du malaise dans la culture
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autour de Freud, Le malaise dans la culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1) Norman O. Brown, &lt;i&gt;Eros et Thanatos ou Life Against Death : The Psychoanalytic Meaning of History&lt;/i&gt;, New York, Vintage, 1961 ; trad. Fr. &lt;i&gt;&#201;ros et Thanatos - La psychanalyse appliqu&#233;e &#224; l'histoire&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, 1972&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Herbert Marcuse, &lt;i&gt;&#201;ros et civilisation&lt;/i&gt; - contribution &#224; Freud, Minuit, 1963&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Paul Ricoeur, &lt;i&gt;De l'interpr&#233;tation. Essai sur Freud&lt;/i&gt;, Seuil, 1965, Livre II, 2&#232; partie, III. L'illusion, pp. 226-249 ; 3&#232; partie, I et II, pp. 259-303.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Pierre Kaufmann, La th&#233;orie freudienne de la culture, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Fran&#231;ois Ch&#226;telet (dir), &lt;i&gt;La philosophie&lt;/i&gt;, t. 4, Marabout, 1979 (1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Pierre Kaufmann, &lt;i&gt;Psychanalyse et th&#233;orie de la culture&lt;/i&gt;, M&#233;diations, Deno&#235;l-Gonthier, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) Pierre Kaufmann, &lt;i&gt;L'inconscient du politique&lt;/i&gt;, P.U.F., 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7) Roland Jaccard, Freud et la religion, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Roland Jaccard (dir), &lt;i&gt;Histoire de la psychanalyse&lt;/i&gt;, t.1, Hachette, Le livre de Poche, Biblio-essais, 1982 (1987).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8) G&#233;rard Raulet, Freud et l'&#233;conomie politique, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Roland Jaccard (dir), &lt;i&gt;Histoire de la psychanalyse&lt;/i&gt;, t.1, Hachette, Le livre de Poche, Biblio-essais, 1982 (1987).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9) Eug&#232;ne Enriquez, &lt;i&gt;De la horde &#224; l'&#201;tat - Essai de psychanalyse du lien social&lt;/i&gt;, Gallimard, 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10) CH. Malamoud, Psychanalyse et science des religions, in P. Kaufmann (dir.), &lt;i&gt;L'apport freudien&lt;/i&gt;, Larousse, 1998, pp.852-64.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11) P. Kaufmann, Psychanalyse et politique, in P. Kaufmann (dir.), &lt;i&gt;L'apport freudien&lt;/i&gt;, Larousse, 1998, pp.818-21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12) A. Rebeyrol, Psychanalyse et &#233;conomie politique, in P. Kaufmann (dir.), &lt;i&gt;L'apport freudien&lt;/i&gt;, Larousse, 1998, pp.683-90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13) Henri Rey-Flaud, Les fondements m&#233;tapsychologiques de &lt;i&gt;Malaise dans la &lt;/i&gt;culture, in Jacques Le Rider, Michel Plon, G&#233;rard Raulet, Henri Rey-Flaud, &lt;i&gt;Autour du &lt;/i&gt;Malaise dans la culture&lt;i&gt; de Freud&lt;/i&gt;, PUF, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14) G&#233;rard Raulet, La mort aux deux visages. Sur le statut de l'agressivit&#233; et de la pulsion de mort dans &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, in Jacques Le Rider, Michel Plon, G&#233;rard Raulet, Henri Rey-Flaud, &lt;i&gt;Autour du &lt;/i&gt;Malaise dans la culture&lt;i&gt; de Freud&lt;/i&gt;, PUF, 1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15) Jaques Le Rider, Cultiver le malaise ou civiliser la culture, in in Jacques Le Rider, Michel Plon, G&#233;rard Raulet, Henri Rey-Flaud, &lt;i&gt;Autour du &lt;/i&gt;Malaise dans la culture&lt;i&gt; de Freud&lt;/i&gt;, PUF, 1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16) Michel Plon, De la politique dans &lt;i&gt;Le malaise&lt;/i&gt; au malaise de la politique, in in Jacques Le Rider, Michel Plon, G&#233;rard Raulet, Henri Rey-Flaud, &lt;i&gt;Autour du &lt;/i&gt;Malaise dans la culture&lt;i&gt; de Freud&lt;/i&gt;, PUF, 1998&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Malaise dans la civilisation, VIII - </title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-VIII</link>
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		<dc:date>2007-06-20T20:53:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;VIII &lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin d'une excursion pareille, l'auteur doit s'excuser de n'avoir pas &#233;t&#233; un guide plus habile, de n'avoir su &#233;viter ni parcours arides ni d&#233;tours difficiles. On peut, sans aucun doute, faire mieux. Aussi vais-je tenter apr&#232;s coup de compenser en partie ces imperfections. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, je pr&#233;sume avoir donn&#233; aux lecteurs l'impression que mes dissertations sur le sentiment de culpabilit&#233; d&#233;passent le cadre de cet essai, qu'elles tiennent trop de place, et repoussent &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Malaise-dans-la-civilisation-" rel="directory"&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-VII' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la fin d'une excursion pareille, l'auteur doit s'excuser de n'avoir pas &#233;t&#233; un guide plus habile, de n'avoir su &#233;viter ni parcours arides ni d&#233;tours difficiles. On peut, sans aucun doute, faire mieux. Aussi vais-je tenter apr&#232;s coup de compenser en partie ces imperfections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, je pr&#233;sume avoir donn&#233; aux lecteurs l'impression que mes dissertations sur le sentiment de culpabilit&#233; d&#233;passent le cadre de cet essai, qu'elles tiennent trop de place, et repoussent &#224; l'arri&#232;re-plan les autres aspects du probl&#232;me qui pr&#233;cis&#233;ment ne sont pas toujours en liaison intime avec elles. Si ce m&#233;moire en a certes souffert, notre intention toutefois &#233;tait bien de pr&#233;senter le sentiment de culpabilit&#233; comme le probl&#232;me capital du d&#233;veloppement de la civilisation, et de faire voir en outre pourquoi le progr&#232;s de celle-ci doit &#234;tre pay&#233; par une perte de bonheur due au renforcement de ce sentiment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'est ainsi que la conscience fait de nous tous des l&#226;ches &#187;, SHAKESPEARE, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette proposition est l'aboutissement de notre &#233;tude ; et si elle garde encore une r&#233;sonance &#233;trange, cela vient probablement de la relation tr&#232;s sp&#233;ciale, et d&#233;cid&#233;ment toujours incomprise, du sentiment de culpabilit&#233; avec notre conscient. Dans les cas ordinaires de remords, nous apparaissant comme normaux, il s'impose avec assez de nettet&#233; &#224; notre conscient ; n'avons-nous pas coutume, au lieu de &#171; sentiment de culpabilit&#233; &#187; &lt;i&gt;(Schuldgef&#252;hl),&lt;/i&gt; d'employer en allemand le terme de &#171; conscience de culpabilit&#233; &#187;&lt;i&gt; (Schuldbewusstsein). &lt;/i&gt;L'&#233;tude des n&#233;vroses, qui nous ouvre les plus pr&#233;cieuses &#233;chapp&#233;es sur la compr&#233;hension de l'&#233;tat normal, nous r&#233;v&#232;le des situations pleines de contradictions. Dans l'une de ces affections, la n&#233;vrose obsessionnelle, le sentiment de culpabilit&#233; s'impose violemment au conscient, domine le tableau clinique, ainsi que la vie du malade, ne laisse presque plus rien subsister &#224; c&#244;t&#233; de lui. Mais, dans la plupart des autres cas et formes de n&#233;vroses, il reste compl&#232;tement inconscient, sans pour cela produire des effets de moindre importance. Les malades ne nous croient pas quand nous leur attribuons un sentiment de culpabilit&#233; &#171; inconscient &#187;. Pour qu'ils nous comprennent, ne f&#251;t-ce qu'&#224; moiti&#233;, nous leur parlons alors d'un besoin de punition inconscient o&#249; se manifeste ce sentiment. Mais il ne faut pas surestimer les rapports existant entre ce dernier et une certaine forme de n&#233;vrose ; car, dans la n&#233;vrose obsessionnelle, on rencontre aussi des types de malades qui ne per&#231;oivent pas leur sentiment de culpabilit&#233;, ou ne le ressentent comme un malaise douloureux, comme une esp&#232;ce d'angoisse, qu'au moment pr&#233;cis o&#249; ils sont entrav&#233;s dans l'ex&#233;cution de certains actes. Sans doute devrait-on en arriver &#224; comprendre toutes ces choses ; le fait est qu'on n'y est pas encore parvenu. Peut-&#234;tre la remarque sera-t-elle ici bienvenue que le sentiment de culpabilit&#233; n'est au fond rien d'autre qu'une variante topique de l'angoisse, et que dans ses phases ult&#233;rieures il est absolument identique &#224; &lt;i&gt;l'angoisse devant le Surmoi. &lt;/i&gt;En effet, en ce qui concerne l'angoisse, nous constatons qu'elle offre par rapport au conscient les m&#234;mes variations extraordinaires. De toute fa&#231;on, elle se cache derri&#232;re tous les sympt&#244;mes ; mais tant&#244;t elle accapare bruyamment le champ entier de la conscience, tant&#244;t elle se dissimule si parfaitement que nous sommes oblig&#233;s de parler d'une angoisse inconsciente - ou bien d'une possibilit&#233; d'angoisse, si nous tenons &#224; une notion psychologique plus pure de la conscience morale, &#233;tant donn&#233; que l'angoisse n'est tout d'abord qu'une sensation. Aussi con&#231;oit-on ais&#233;ment que le sentiment de culpabilit&#233; engendr&#233; par la civilisation ne soit pas reconnu comme tel, qu'il reste en grande partie inconscient ou se manifeste comme un malaise, un m&#233;contentement auquel on cherche &#224; attribuer d'autres motifs. Les religions, du moins, n'ont jamais m&#233;connu son r&#244;le dans la civilisation. Elles lui donnent le nom de p&#233;ch&#233;, et pr&#233;tendent m&#234;me, ce que je n'ai pas assez fait ressortir ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je fais allusion &#224; L'avenir d'une illusion.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en d&#233;livrer l'humanit&#233;. De la fa&#231;on dont le christianisme obtient cette r&#233;demption, par le sacrifice de la vie d'un seul assumant ainsi la faute de tous, nous avons pu d&#233;duire &#224; quelle occasion premi&#232;re a &#233;t&#233; acquis ce sentiment de p&#233;ch&#233; originel, avec lequel d&#233;buta la civilisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Totem et tabou, 1912.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Il ne sera pas superflu, quoique peut-&#234;tre sans grande importance, de pr&#233;ciser la signification de certains ternies tels que : Surmoi, conscience morale, sentiment de culpabilit&#233;, besoin de punition, remords, termes dont nous nous serions servis avec trop de n&#233;gligence en les employant l'un pour l'autre. Tous se rapportent &#224; la m&#234;me situation, mais s'appliquent &#224; des aspects diff&#233;rents de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Surmoi est une instance d&#233;couverte par nous, la conscience une fonction que nous lui attribuons parmi d'autres et qui consiste &#224; surveiller et juger les actes et intentions du &lt;i&gt;Moi &lt;/i&gt;et &#224; exercer une activit&#233; de censure. Le sentiment de culpabilit&#233; (la duret&#233; du Surmoi) est donc la m&#234;me chose que la s&#233;v&#233;rit&#233; de la conscience morale ; il est la perception, impartie au &lt;i&gt;Moi, &lt;/i&gt;de la surveillance dont ce dernier est ainsi l'objet. Il mesure le degr&#233; de tension entre les tendances du &lt;i&gt;Moi &lt;/i&gt;et les exigences du Surmoi ; quant &#224; cette angoisse devant cette instance critique, qui est &#224; la base de toute cette relation et qui engendre le besoin de punition, c'est une manifestation d'une pulsion du &lt;i&gt;Moi &lt;/i&gt;devenue masochiste sous l'influence du Surmoi sadique ; autrement dit le premier utilise une partie de sa propre pulsion de destruction int&#233;rieure aux fins d'une fixation &#233;rotique au Surmoi. On ne devrait pas parler de conscience morale avant d'avoir constat&#233; un Surmoi ; en ce qui concerne le sentiment de culpabilit&#233;, il faut admettre qu'il existe avant le Surmoi donc aussi avant la conscience morale. Il est alors l'expression imm&#233;diate de la peur devant l'autorit&#233; ext&#233;rieure, la reconnaissance de la tension entre le &lt;i&gt;Moi &lt;/i&gt;et cette derni&#232;re, le d&#233;riv&#233; imm&#233;diat du conflit surgissant entre le besoin de l'amour de cette autorit&#233; et l'urgence des satisfactions instinctuelles dont l'inhibition engendre l'agressivit&#233;. La superposition de ces deux plans du sentiment de culpabilit&#233; - issu de la peur de l'autorit&#233; ext&#233;rieure et de l'autorit&#233; int&#233;rieure - nous a rendu difficile la compr&#233;hension de nombreuses relations de la conscience. L'expression de &#171; remords &#187; d&#233;signe dans son ensemble la r&#233;action du Moi dans un cas donn&#233; de sentiment de culpabilit&#233; ; il inclut tout le cort&#232;ge des sensations presque intactes de l'angoisse, son ressort cach&#233;, &#224; l'&#339;uvre derri&#232;re lui. Il est lui-m&#234;me une punition et peut comporter le besoin de punition ; par cons&#233;quent il peut &#234;tre lui aussi plus ancien que la conscience morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne saurait &#234;tre mauvais de passer en revue une fois encore les contradictions qui ont un instant d&#233;rout&#233; nos recherches. Tant&#244;t le sentiment de culpabilit&#233; devait &#234;tre la cons&#233;quence d'agressions non r&#233;alis&#233;es, tant&#244;t, au contraire, conform&#233;ment &#224; son origine historique qu'est le meurtre du p&#232;re, r&#233;sulter d'une agression r&#233;alis&#233;e. Nous avons d'ailleurs trouv&#233; une issue &#224; cette difficult&#233;. L'instauration de l'autorit&#233; int&#233;rieure, du Surmoi, avait en fait chang&#233; fondamentalement la situation. Auparavant, sentiment de culpabilit&#233; et repentir co&#239;ncidaient, et nous remarquions alors qu'il fallait r&#233;server le terme de remords &#224; la r&#233;action succ&#233;dant &#224; l'ex&#233;cution r&#233;elle de l'agression. Dans la suite, en raison de l'omniscience du Surmoi, la distinction entre l'agression intentionnelle et l'agression r&#233;alis&#233;e perdit de sa valeur. Dans ces conditions, un m&#233;fait uniquement m&#233;dit&#233; -comme la psychanalyse l'a v&#233;rifi&#233; - pouvait tout aussi bien faire na&#238;tre un sentiment de culpabilit&#233; qu'un acte de violence effectif, ainsi que chacun le sait. Apr&#232;s comme avant cette modification, le conflit d&#251; &#224; l'ambivalence des pulsions primitives continuait de marquer de la m&#234;me empreinte la situation psychologique. On serait tr&#232;s tent&#233; de chercher dans cette direction la solution de l'&#233;nigme que pose la grande variabilit&#233; des rapports entre le sentiment de culpabilit&#233; et l'&#233;tat de conscience. Issu du remords de la mauvaise action commise, le sentiment de culpabilit&#233; devrait toujours &#234;tre conscient ; issu de la constatation de l'impulsion mauvaise, il pourrait demeurer inconscient. Mais les choses ne sont pas aussi simples, et la n&#233;vrose obsessionnelle vient y contredire formellement. La seconde contradiction est celle-ci : d'un c&#244;t&#233;, nous concevions que l'&#233;nergie agressive attribu&#233;e au Surmoi ne faisait que perp&#233;tuer l'&#233;nergie primitive de l'autorit&#233; ext&#233;rieure et la conservait ainsi dans notre vie psychique ; de l'autre, et selon une conception diff&#233;rente, il s'agissait plut&#244;t de notre propre agressivit&#233;, de celle que nous dirigions contre cette dite autorit&#233; inhibitrice, et que nous n'avions pu utiliser. La premi&#232;re doctrine semble plus conforme &#224; l'histoire et la seconde &#224; la th&#233;orie du sentiment de culpabilit&#233;. Une r&#233;flexion plus approfondie nous a amen&#233;s &#224; effacer presque trop cette contradiction en apparence irr&#233;ductible ; le fait essentiel et g&#233;n&#233;ral qui demeurait, c'&#233;tait qu'il s'agissait d'une agression retourn&#233;e &#224; l'int&#233;rieur. En fait, l'observation clinique de son c&#244;t&#233; nous permet d'imputer l'agression attribu&#233;e au Surmoi &#224; deux sources diff&#233;rentes dont l'une ou l'autre peut dans certains cas particuliers exercer l'action principale, mais qui g&#233;n&#233;ralement agissent de concert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment me semble venu de prendre s&#233;rieusement parti pour une conception que j'avais propos&#233;e tout &#224; l'heure &#224; titre provisoire. Dans la litt&#233;rature psychanalytique la plus r&#233;cente se fait jour une pr&#233;dilection pour cette th&#233;orie que toute esp&#232;ce de privation, que toute entrave &#224; une satisfaction pulsionnelle, entra&#238;ne ou peut entra&#238;ner une aggravation du sentiment de culpabilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En particulier dans les ouvrages de E. Jones, Suzanne Isaacs, Melanie Klein, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je crois, pour ma part, qu'on r&#233;duit consid&#233;rablement les difficult&#233;s th&#233;oriques en n'appliquant ce principe qu'aux seules pulsions &lt;i&gt;agressives &lt;/i&gt; ; et l'on ne trouvera pas beaucoup d'arguments qui contredisent cette hypoth&#232;se. Car comment expliquer dynamiquement et &#233;conomiquement qu'aux lieu et place d'une exigence &#233;rotique insatisfaite se produise un renforcement du sentiment de culpabilit&#233; ? Cela ne me semble donc possible qu'au moyen du d&#233;tour suivant : l'emp&#234;chement de la satisfaction &#233;rotique entra&#238;ne une certaine agressivit&#233; contre la personne qui emp&#234;che cette satisfaction, et il faut que cette agressivit&#233; soit &#224; son tour r&#233;prim&#233;e. Mais, dans ce cas, une fois r&#233;prim&#233;e et transf&#233;r&#233;e au Surmoi, c'est l'agressivit&#233; seule qui se mue en sentiment de culpabilit&#233;. Nous pourrions, j'en suis persuad&#233;, faire saisir d'une fa&#231;on plus simple et plus p&#233;n&#233;trante bien des processus psychiques si nous limitions les d&#233;couvertes psychanalytiques relatives au sentiment de culpabilit&#233; &#224; sa d&#233;rivation des pulsions agressives seules. L'interrogation du mat&#233;riel clinique ne donne pas ici de r&#233;ponse univoque, parce que, en effet, comme nous l'avions pressenti, les deux esp&#232;ces de pulsions ne se manifestent presque jamais &#224; l'&#233;tat pur, isol&#233;es l'une de l'autre. Mais si nous prenons en consid&#233;ration des cas extr&#234;mes, ils nous orienteront sans doute dans la direction que je pr&#233;vois. Je suis tent&#233; d'utiliser d&#232;s maintenant cette conception plus rigoureuse en l'appliquant au m&#233;canisme du refoulement. Les sympt&#244;mes des n&#233;vroses sont, nous l'avons appris, essentiellement des substituts de satisfactions de d&#233;sirs sexuels non exauc&#233;s. Au cours de notre travail analytique, nous avons eu la surprise de d&#233;couvrir que peut-&#234;tre toute n&#233;vrose rec&#232;le une dose de sentiment de culpabilit&#233; inconscient, lequel rend &#224; son tour les sympt&#244;mes plus tenaces en les utilisant comme punitions. Il semble donc indiqu&#233; d'&#233;noncer la formule suivante : quand une pulsion instinctive succombe au refoulement, ses &#233;l&#233;ments libidinaux se transforment en sympt&#244;mes, ses &#233;l&#233;ments agressifs en sentiment de culpabilit&#233;. M&#234;me si cette distinction n'est juste que d'une fa&#231;on approximative, elle m&#233;rite notre int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maint lecteur de cet essai a peut-&#234;tre gard&#233; l'impression d'avoir trop souvent entendu parler du combat entre l'&#201;ros et l'instinct de mort ! Cette formule &#233;tait appel&#233;e &#224; caract&#233;riser le processus culturel qui se d&#233;roule au-dessus de l'humanit&#233;, mais d'autre part elle s'appliquait aussi au d&#233;veloppement de l'individu ; elle voulait en outre d&#233;voiler le myst&#232;re de la vie organique en g&#233;n&#233;ral. Il semble indispensable d'examiner les rapports de ces trois processus entre eux. La r&#233;p&#233;tition de ladite formule est alors justifi&#233;e si l'on consid&#232;re que le processus culturel de l'humanit&#233;, comme le d&#233;veloppement de l'individu, sont des processus vitaux, qu'ils doivent donc participer du caract&#232;re le plus g&#233;n&#233;ral des ph&#233;nom&#232;nes de la vie. D'autre part, c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que la constatation de ce trait g&#233;n&#233;ral ne conduit &#224; aucune caract&#233;ristique diff&#233;rentielle tant que certaines conditions particuli&#232;res ne viennent pas le d&#233;limiter. Aussi, seule, cette formulation nous satisfera-t-elle : le processus de civilisation r&#233;pondrait &#224; cette modification du processus vital subie sous l'influence d'une t&#226;che impos&#233;e par l'&#201;ros et rendue urgente par Anank&#233;, la n&#233;cessit&#233; r&#233;elle, &#224; savoir l'union d'&#234;tres humains isol&#233;s en une communaut&#233; ciment&#233;e par leurs relations libidinales r&#233;ciproques. Mais si nous envisageons les rapports entre le processus de civilisation de l'humanit&#233; et le processus de d&#233;veloppement ou d'&#233;ducation de l'individu, nous n'h&#233;siterons pas longtemps &#224; d&#233;clarer que tous deux sont de nature tr&#232;s semblable, si m&#234;me ils ne sont pas des processus identiques, s'appliquant &#224; des objets diff&#233;rents. La civilisation de la race humaine est naturellement une abstraction d'un ordre plus &#233;lev&#233; que le d&#233;veloppement de l'individu, et par cela m&#234;me, plus difficile &#224; saisir d'une fa&#231;on concr&#232;te ; d'ailleurs, il ne faut pas c&#233;der &#224; la fringale de d&#233;pister des analogies. Toutefois, &#233;tant donn&#233; l'unit&#233; de nature des buts propos&#233;s : d'une part l'agr&#233;gation d'un individu &#224; une masse humaine, de l'autre la constitution d'une unit&#233; collective &#224; l'aide de nombreux individus, l'homog&#233;n&#233;it&#233; des moyens employ&#233;s et des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;alis&#233;s dans les deux cas ne saurait nous surprendre. Mais un trait distinctif de ces deux processus, vu son extr&#234;me importance, ne doit pas &#234;tre pass&#233; plus longtemps sous silence. Au cours du d&#233;veloppement de l'homme isol&#233;, le programme du principe du plaisir, soit la recherche du bonheur, est maintenu comme but principal, tandis que l'agr&#233;gation ou l'adaptation &#224; une communaut&#233; humaine appara&#238;t comme une condition presque in&#233;vitable et qu'il nous faut remplir au titre m&#234;me de notre poursuite du bonheur. Si cette condition &#233;tait absente, peut-&#234;tre cela vaudrait-il mieux. En d'autres termes, le d&#233;veloppement individuel appara&#238;t comme le produit de l'interf&#233;rence de deux tendances : l'aspiration au bonheur que nous appelons g&#233;n&#233;ralement &#171; &#233;go&#239;sme &#187; et l'aspiration &#224; l'union avec les autres membres de la communaut&#233; que nous qualifions d'&#171; altruisme &#187;. Ces deux d&#233;signations restent d'ailleurs assez superficielles. Dans le d&#233;veloppement individuel, nous l'avons d&#233;j&#224; dit, l'accent principal est port&#233; le plus souvent sur la tendance &#233;go&#239;ste ou aspiration au bonheur ; l'autre tendance, qu'on pourrait appeler civilisatrice, se contente en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale d'un r&#244;le restrictif. Dans l'&#233;volution culturelle, les choses se passent autrement. Ici, l'agr&#233;gation des individus isol&#233;s en unit&#233; collective est de beaucoup le principal ; le propos de les rendre heureux existe certes encore, mais il est rel&#233;gu&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan. On a presque l'impression que la cr&#233;ation d'une grande communaut&#233; humaine r&#233;ussirait au mieux si l'on n'avait pas &#224; se soucier du bonheur de l'individu. Le d&#233;veloppement individuel est donc en droit d'avoir ses traits particuliers, qui ne se retrouvent pas dans le processus de civilisation collective. Et le premier ne concorde n&#233;cessairement avec le second que dans la mesure o&#249; il a pour but l'inclusion de l'individu dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme une plan&#232;te tourne autour de son axe tout en &#233;voluant autour de l'astre central, l'homme isol&#233; participe au d&#233;veloppement de l'humanit&#233; tout en suivant la voie de sa propre vie. Mais &#224; nos regards born&#233;s, lorsqu'ils contemplent la vo&#251;te c&#233;leste, le jeu des forces cosmiques semble fig&#233; en un ordre &#233;ternellement immuable ; tandis que, dans les processus organiques, nous pouvons encore discerner le jeu des forces en lutte et observer comment les r&#233;sultats du conflit vont sans cesse variant. De m&#234;me que les deux tendances, l'une visant au bonheur personnel, l'autre &#224; l'union &#224; d'autres &#234;tres humains, doivent se combattre en chaque individu, de m&#234;me les deux processus du d&#233;veloppement individuel et du d&#233;veloppement de la civilisation doivent forc&#233;ment &#234;tre antagonistes et se disputer le terrain &#224; chaque rencontre. Mais ce combat entre l'individu et la soci&#233;t&#233; n'est point d&#233;riv&#233; de l'antagonisme vraisemblablement irr&#233;ductible entre les deux pulsions originelles, l'&#201;ros et la Mort. Il r&#233;pond &#224; une discorde intestine dans l'&#233;conomie de la libido, comparable &#224; la lutte pour la r&#233;partition de celle-ci entre le Moi et les objets. Or ce combat, si p&#233;nible qu'il rende la vie &#224; l'individu actuel, autorise en celui-ci un &#233;quilibre final ; esp&#233;rons qu'&#224; l'avenir il en sera de m&#234;me pour la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analogie existant entre le processus de la civilisation et la voie suivie par le d&#233;veloppement individuel peut &#234;tre pouss&#233;e beaucoup plus loin, car on est en droit de soutenir que la communaut&#233; elle aussi d&#233;veloppe un Surmoi dont l'influence pr&#233;side &#224; l'&#233;volution culturelle. Ce serait l&#224; une t&#226;che bien s&#233;duisante pour un connaisseur des civilisations que de poursuivre cette analogie jusque dans ses d&#233;tails. Je me bornerai &#224; souligner ici quelques points frappants. Le Surmoi d'une &#233;poque culturelle donn&#233;e a une origine semblable &#224; celle du Surmoi de l'individu ; il se fonde sur l'impression laiss&#233;e apr&#232;s eux par de grands personnages, des conducteurs, des hommes dou&#233;s d'une force spirituelle dominatrice chez lesquels l'une des aspirations humaines a trouv&#233; son expression la plus forte et la plus pure, et par cela m&#234;me aussi la plus exclusive. L'analogie en beaucoup de cas va encore plus loin, car ces personnalit&#233;s ont &#233;t&#233; de leur vivant - assez souvent, sinon toujours - bafou&#233;es par les autres, maltrait&#233;es ou m&#234;me &#233;limin&#233;es de fa&#231;on cruelle. Leur sort est au fond analogue &#224; celui du p&#232;re primitif qui, longtemps seulement apr&#232;s avoir &#233;t&#233; brutalement mis &#224; mort, prenait rang de divinit&#233;. La figure de J&#233;sus-Christ est pr&#233;cis&#233;ment l'exemple le plus saisissant de cet encha&#238;nement command&#233; par le destin, si au demeurant elle n'appartient pas au mythe qui lui a donn&#233; le jour en souvenir confus de ce meurtre primitif. Mais il y a un autre point concordant, c'est que le &#171; Surmoi de la communaut&#233; civilis&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette p&#233;riphrase pour traduire le mot compos&#233; et concis de &#171; Kultur&#220;berich (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tout comme le Surmoi individuel, &#233;met des exigences id&#233;ales s&#233;v&#232;res, dont la non-observation trouve aussi sa punition dans une &#171; angoisse de la conscience morale &#187;. Et alors il se produit ici un fait bien curieux : les m&#233;canismes psychiques dont il est question nous sont plus familiers, notre esprit les p&#233;n&#232;tre mieux sous leur aspect collectif que sous leur aspect individuel. Chez l'individu les agressions du Surmoi n'&#233;l&#232;vent la voix de fa&#231;on bruyante, sous forme de reproches, qu'en cas de tension psychique, tandis que les exigences elles-m&#234;mes du Surmoi demeurent &#224; l'arri&#232;re-plan et restent souvent inconscientes. Les rend-on conscientes, on constate alors qu'elles co&#239;ncident avec les prescriptions du Surmoi collectif contemporain. En ce point les deux m&#233;canismes, celui du d&#233;veloppement culturel de la masse et celui du d&#233;veloppement propre &#224; l'individu, sont pour ainsi dire r&#233;guli&#232;rement et intimement accol&#233;s l'un &#224; l'autre. C'est pourquoi maintes manifestations et maints caract&#232;res du Surmoi peuvent &#234;tre plus faciles &#224; reconna&#238;tre d'apr&#232;s son comportement au sein de la communaut&#233; civilis&#233;e que de l'individu pris isol&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Surmoi collectif a &#233;labor&#233; ses id&#233;als et pos&#233; ses exigences. Parmi ces derni&#232;res, celles qui ont trait aux relations des hommes entre eux sont r&#233;sum&#233;es parle terme g&#233;n&#233;ral d'&#201;thique. De tout temps, l'on a attach&#233; la plus grande valeur &#224; cette dite &#233;thique, comme si on attendait d'elle qu'elle d&#251;t accomplir de grandes choses. Elle s'attaque en effet, il est ais&#233; de s'en rendre compte, au point le plus faible de toute civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient donc de voir en elle une sorte de tentative th&#233;rapeutique, d'effort d'obtenir, &#224; l'aide d'un imp&#233;ratif du Surmoi, ce que jusque-l&#224; la civilisation n'avait pu obtenir par le moyen d'autres disciplines. Ici, nous l'avons d&#233;j&#224; reconnu, le probl&#232;me consiste &#224; &#233;carter l'obstacle le plus grand rencontr&#233; par la civilisation, &#224; savoir l'agressivit&#233; constitutionnelle de l'&#234;tre humain contre autrui : d'o&#249; l'int&#233;r&#234;t tout particulier du plus r&#233;cent des commandements du Surmoi collectif : &#171; Aime ton prochain comme toi-m&#234;me. &#187; L'&#233;tude des n&#233;vroses, ainsi que leur traitement nous am&#232;nent &#224; formuler deux objections au Surmoi de l'individu : par la s&#233;v&#233;rit&#233; de ses ordres et de ses interdictions, il se soucie trop peu du bonheur du Moi, et d'autre part il ne tient pas assez compte des r&#233;sistances &#224; lui ob&#233;ir ; de la force des pulsions du soi et des difficult&#233;s ext&#233;rieures. Ainsi sommes-nous tr&#232;s souvent oblig&#233;s dans un but th&#233;rapeutique de lutter contre lui et nous effor&#231;ons-nous de rabaisser ses pr&#233;tentions. Or, nous sommes en droit d'adresser des reproches tr&#232;s analogues au Surmoi collectif touchant ses exigences &#233;thiques. Car lui non plus ne se soucie pas assez de la constitution psychique humaine : il &#233;dicte une loi et ne se demande pas s'il est possible &#224; l'homme de la suivre. Il pr&#233;sume bien plut&#244;t que tout ce qu'on lui impose est psychologiquement possible au Moi humain, et que ce Moi jouit d'une autorit&#233; illimit&#233;e sur son soi. C'est l&#224; une erreur ; m&#234;me chez l'homme pr&#233;tendu normal, la domination du soi par le Moi ne peut d&#233;passer certaines limites. Exiger davantage, c'est alors provoquer chez l'individu une r&#233;volte ou une n&#233;vrose, ou le rendre malheureux. Le commandement : &#171; Aime ton prochain comme toi-m&#234;me &#187; est &#224; la fois la mesure de d&#233;fense la plus forte contre l'agressivit&#233; et l'exemple le meilleur des proc&#233;d&#233;s anti-psychologiques du Surmoi collectif. Ce commandement est inapplicable, une inflation aussi grandiose de l'amour ne peut qu'abaisser sa valeur, mais non &#233;carter le p&#233;ril. La civilisation n&#233;glige tout cela, elle se borne &#224; d&#233;cr&#233;ter que plus l'ob&#233;issance est difficile, plus elle a de m&#233;rite. Seulement, celui qui dans l'&#233;tat actuel de la civilisation se conforme &#224; pareille prescription ne fait qu'agir &#224; son propre d&#233;savantage au regard de celui qui se place au-dessus d'elle. Quel obstacle puissant &#224; la civilisation doit &#234;tre l'agressivit&#233; si s'en d&#233;fendre rend tout aussi malheureux que s'en r&#233;clamer ! L'&#233;thique dite naturelle n'a rien ici &#224; nous offrir que la satisfaction narcissique de pouvoir nous estimer meilleurs que les autres. L'&#233;thique, qui s'appuie sur la religion, agite ses promesses d'un au-del&#224; meilleur. Tant que la vertu ne sera pas r&#233;compens&#233;e ici-bas, l'&#233;thique, j'en suis convaincu, pr&#234;chera dans le d&#233;sert. Il me semble hors de doute aussi qu'un changement r&#233;el de l'attitude des hommes &#224; l'&#233;gard de la propri&#233;t&#233; sera ici plus efficace que n'importe quel commandement &#233;thique ; mais cette juste vue des socialistes est troubl&#233;e et d&#233;pouill&#233;e de toute valeur pratique par une nouvelle m&#233;connaissance id&#233;aliste de la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude attentive du r&#244;le jou&#233; par un Surmoi dans les manifestations du processus culturel me semble devoir promettre a qui veut bien s'y appliquer d'autres clart&#233;s encore. Je me h&#226;te de conclure. Pourtant, il m'est difficile d'&#233;viter une question. Si l'&#233;volution de la civilisation pr&#233;sente de telles ressemblances avec celle de l'individu, et que toutes deux usent des m&#234;mes moyens d'action, ne serait-on pas autoris&#233; &#224; porter le diagnostic suivant : la plupart des civilisations ou des &#233;poques culturelles -m&#234;me l'humanit&#233; enti&#232;re peut-&#234;tre - ne sont-elles pas devenues &#171; n&#233;vros&#233;es &#187; sous l'influence des efforts de la civilisation m&#234;me ? On pourrait adjoindre au catalogue psychanalytique de ces n&#233;vroses des propositions th&#233;rapeutiques, pr&#233;tendant &#224; bon droit offrir un grand int&#233;r&#234;t pratique. Je ne saurais dire qu'une pareille tentative d'application de la psychanalyse &#224; la communaut&#233; civilis&#233;e serait absurde ou condamn&#233;e &#224; la st&#233;rilit&#233;. Mais il faudrait proc&#233;der avec beaucoup de prudence, ne pas oublier qu'il s'agit uniquement d'analogies, et qu'enfin non seulement les &#234;tres humains, mais aussi les concepts, ne sauraient &#234;tre arrach&#233;s sans danger de la sph&#232;re dans laquelle ils sont n&#233;s et se sont d&#233;velopp&#233;s. Au surplus, le diagnostic des n&#233;vroses collectives se heurte &#224; une difficult&#233; particuli&#232;re. Dans le cas de la n&#233;vrose individuelle, le premier point de rep&#232;re utile est le contraste marqu&#233; entre le malade et son entourage consid&#233;r&#233; comme &#171; normal &#187;. Pareille toile de fond nous fait d&#233;faut dans le cas d'une maladie collective du m&#234;me genre ; force nous est de la remplacer par quelque autre moyen de comparaison. Quant &#224; l'application th&#233;rapeutique de nos connaissances... &#224; quoi servirait donc l'analyse la plus p&#233;n&#233;trante de la n&#233;vrose sociale, puisque personne n'aurait l'autorit&#233; n&#233;cessaire pour imposer &#224; la collectivit&#233; la th&#233;rapeutique voulue ? En d&#233;pit de toutes ces difficult&#233;s, on peut s'attendre &#224; ce qu'un jour quelqu'un s'enhardisse &#224; entreprendre dans ce sens la pathologie des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour diff&#233;rentes raisons, tout jugement de valeur sur la civilisation humaine est bien loin de ma pens&#233;e. Je me suis efforc&#233; d'&#233;chapper au pr&#233;jug&#233; proclamant avec enthousiasme que notre civilisation est le bien le plus pr&#233;cieux que nous puissions acqu&#233;rir et poss&#233;der ; et que ses progr&#232;s nous &#233;l&#232;veront n&#233;cessairement &#224; un degr&#233; insoup&#231;onn&#233; de perfection. Du moins puis-je &#233;couter sans indignation ce critique qui, apr&#232;s avoir consid&#233;r&#233; les buts poursuivis par la tendance civilisatrice et les moyens dont elle use, se croit oblig&#233; de conclure que tous ces efforts n'en valent pas la peine, et ne sauraient aboutir qu'&#224; un &#233;tat insupportable pour l'individu. Mais il m'est facile d'&#234;tre impartial, pour la raison que dans ce domaine je sais bien peu de choses. Je n'en sais qu'une seule, en toute certitude, c'est que les jugements de valeur port&#233;s par les hommes leur sont indiscutablement inspir&#233;s par leurs d&#233;sirs de bonheur, et qu'ils constituent ainsi une tentative d'&#233;tayer d'arguments leurs illusions. Je comprendrais fort bien que quelqu'un s'appliqu&#226;t &#224; relever le caract&#232;re d'impulsion fatale affect&#233; par la civilisation humaine, et f&#238;t remarquer par exemple que la tendance &#224; restreindre la vie sexuelle, ou &#224; r&#233;aliser l'id&#233;al humanitaire aux d&#233;pens de la s&#233;lection, r&#233;pond &#224; des orientations &#233;volutives que rien ne saurait influencer ni d&#233;tourner de leur voie, et devant lesquelles mieux vaut s'incliner, comme s'il s'agissait de n&#233;cessit&#233;s naturelles. L'objection faite &#224; cette mani&#232;re de voir m'est bien connue - ces dites tendances, consid&#233;r&#233;es comme irr&#233;vocables, n'ont-elles pourtant pas &#233;t&#233; souvent, au cours de l'histoire humaine, &#233;cart&#233;es au profit d'autres ? Aussi, n'ai-je pas le courage de m'&#233;riger en proph&#232;te devant mes fr&#232;res ; et je m'incline devant le reproche de n'&#234;tre &#224; m&#234;me de leur apporter aucune consolation. Car c'est bien cela qu'ils d&#233;sirent tous, les r&#233;volutionnaires les plus sauvages non moins passionn&#233;ment que les plus braves pi&#233;tistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du sort de l'esp&#232;ce humaine me semble se poser ainsi : le progr&#232;s de la civilisation saura-t-il, et dans quelle mesure, dominer les perturbations apport&#233;es &#224; la vie en commun par les pulsions humaines d'agression et d'autodestruction ? A ce point de vue, l'&#233;poque actuelle m&#233;rite peut-&#234;tre une attention toute particuli&#232;re. Les hommes d'aujourd'hui ont pouss&#233; si loin la ma&#238;trise des forces de la nature qu'avec leur aide il leur est devenu facile de s'exterminer mutuellement jusqu'au dernier. Ils le savent bien, et c'est ce qui explique une bonne part de leur agitation pr&#233;sente, de leur malheur et de leur angoisse. Et maintenant, il y a lieu d'attendre que l'autre des deux &#171; puissances c&#233;lestes &#187;, l'&#201;ros &#233;ternel, tente un effort afin de s'affirmer dans la lutte qu'il m&#232;ne contre son adversaire non moins immortel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; C'est ainsi que la conscience fait de nous tous des l&#226;ches &#187;, SHAKESPEARE, monologue de &lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait de cacher aux jeunes le r&#244;le que la sexualit&#233; jouera dans leur vie n'est point la seule faute imputable &#224; l'&#233;ducation d'aujourd'hui. Car elle p&#232;che aussi en ne les pr&#233;parant pas &#224; l'agressivit&#233; dont ils sont destin&#233;s &#224; &#234;tre l'objet. En laissant aller la jeunesse au-devant de la vie avec une orientation psychologique aussi fausse, l'&#233;ducation ne se comporte pas autrement que si l'on s'avisait d'&#233;quiper des gens pour une exp&#233;dition polaire avec des v&#234;tements d'&#233;t&#233; et des cartes des lacs italiens. En quoi il s'av&#232;re qu'elle abuse des prescriptions &#233;thiques. Leur s&#233;v&#233;rit&#233; serait moins funeste si l'&#233;ducation disait : &#171; C'est ainsi que les hommes devraient &#234;tre pour trouver le bonheur et rendre heureux les autres ; mais il faut pr&#233;voir qu'ils ne sont pas ainsi. Au lieu de cela, on laisse croire &#224; l'adolescent que tous les autres hommes ob&#233;issent &#224; ces prescriptions, qu'ils sont donc tous vertueux. Et si on le lui laisse croire, c'est pour justifier cette exigence qu'il le devienne aussi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je fais allusion &#224; &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/-L-avenir-d-une-illusion-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;, 1912.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En particulier dans les ouvrages de E. Jones, Suzanne Isaacs, Melanie Klein, et, si je comprends bien, aussi dans ceux de Reik et d'Alexander.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette p&#233;riphrase pour traduire le mot compos&#233; et concis de &#171; Kultur&#220;berich &#187;. Au cours des pages suivantes, nous la rendrons de fa&#231;on r&#233;sum&#233;e par le terme de &#171; Surmoi collectif &#187;, &#233;tant entendu qu'il s'applique au degr&#233; de civilisation d'une collectivit&#233; donn&#233;e. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Malaise dans la civilisation, VII - </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



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&lt;p&gt;VII &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi donc nos fr&#232;res les animaux ne nous donnent-ils le spectacle d'aucune lutte civilisatrice semblable ? H&#233;las, nous n'en savons rien. Il est fort probable que certains d'entre eux, les abeilles, les fourmis, les termites, ont lutt&#233; des milliers de si&#232;cles pour aboutir &#224; ces institutions gouvernementales, &#224; cette r&#233;partition des fonctions, &#224; cette limitation de la libert&#233; individuelle que nous admirons aujourd'hui chez eux. Mais notre sentiment intime qu'en aucune de ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Malaise-dans-la-civilisation-" rel="directory"&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-VI' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc nos fr&#232;res les animaux ne nous donnent-ils le spectacle d'aucune lutte civilisatrice semblable ? H&#233;las, nous n'en savons rien. Il est fort probable que certains d'entre eux, les abeilles, les fourmis, les termites, ont lutt&#233; des milliers de si&#232;cles pour aboutir &#224; ces institutions gouvernementales, &#224; cette r&#233;partition des fonctions, &#224; cette limitation de la libert&#233; individuelle que nous admirons aujourd'hui chez eux. Mais notre sentiment intime qu'en aucune de ces r&#233;publiques d'animaux, en aucun des r&#244;les respectifs d&#233;partis &#224; leurs sujets, nous ne nous estimerions heureux est un signe caract&#233;ristique de notre &#233;tat actuel. Il se peut que d'autres esp&#232;ces animales aient trouv&#233; entre les influences du milieu et les instincts en lutte dans leur sein un &#233;quilibre temporaire, et qu'ainsi leur d&#233;veloppement soit entr&#233; dans une p&#233;riode calme. Il est possible que chez l'homme primitif une nouvelle pouss&#233;e de la libido ait allum&#233; une nouvelle contre-pouss&#233;e de la pulsion destructrice. Que de questions, ici, &#224; se poser, auxquelles il n'est pas encore de r&#233;ponse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre probl&#232;me nous touche de plus pr&#232;s : &#224; quels moyens recourt la civilisation pour inhiber l'agression, pour rendre inoffensif cet adversaire et peut-&#234;tre l'&#233;liminer ? Nous avons d&#233;j&#224; rep&#233;r&#233; quelques-unes de ces m&#233;thodes mais nous ne connaissons pas encore la plus importante apparemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons l'&#233;tudier dans l'histoire du d&#233;veloppement de l'individu. Que se passe-t-il en lui qui rende inoffensif son d&#233;sir d'agression ? Une chose bien singuli&#232;re. Nous ne l'aurions pas devin&#233;e et pourtant point n'est besoin de chercher loin pour la d&#233;couvrir. L'agression est &#171; introject&#233;e &#187;, int&#233;rioris&#233;e, mais aussi, &#224; vrai dire, renvoy&#233;e au point m&#234;me d'o&#249; elle &#233;tait partie : en d'autres termes, retourn&#233;e contre le propre Moi. L&#224;, elle sera reprise par une partie de ce Moi, laquelle, en tant que &#171; Surmoi &#187;, se mettra en opposition avec l'autre partie. Alors, en qualit&#233; de &#171; conscience morale &#187;, elle manifestera &#224; l'&#233;gard du Moi la m&#234;me agressivit&#233; rigoureuse que le Moi e&#251;t aim&#233; satisfaire contre des individus &#233;trangers. La tension n&#233;e entre le Surmoi s&#233;v&#232;re et le Moi qu'il s'est soumis, nous l'appelons &#171; sentiment conscient de culpabilit&#233; &#187; ; et elle se manifeste sous forme de &#171; besoin de punition &#187;. La civilisation domine donc la dangereuse ardeur agressive de l'individu en affaiblissant celui-ci, en le d&#233;sarmant, et en le faisant surveiller par l'entremise d'une instance en lui-m&#234;me, telle une garnison plac&#233;e dans une ville conquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyste se fait de la gen&#232;se du sentiment de culpabilit&#233; une opinion diff&#233;rente de celle qu'en ont, par ailleurs, les psychologues ; mais lui non plus ne peut ais&#233;ment rendre compte de cette gen&#232;se. Tout d'abord, si l'on se demande comment on arrive &#224; &#233;prouver ce sentiment, on re&#231;oit une r&#233;ponse impossible &#224; r&#233;futer : on a conscience d'&#234;tre coupable (les gens religieux disent : d'avoir p&#233;ch&#233;) si l'on a commis quelque chose qu'on reconna&#238;t &#234;tre &#171; mal &#187;. On remarque alors combien l'apport de cette r&#233;ponse est maigre. Peut-&#234;tre, apr&#232;s quelque h&#233;sitation, ajoutera-t-on : celui-l&#224; aussi qui n'a pas commis le mal, mais reconna&#238;t en avoir eu simplement l'intention, peut se tenir pour coupable. Nous poserons alors cette question - pourquoi, en ce cas, consid&#232;re-t-on l'intention et l'ex&#233;cution comme &#233;quivalentes ? Les deux cas pr&#233;supposent qu'on a d&#233;j&#224; condamn&#233; le mal et jug&#233; que sa r&#233;alisation devait &#234;tre exclue. Comment en arrive-t-on &#224; cette d&#233;cision ? Nous sommes en droit d'&#233;carter le principe d'une facult&#233; originelle, et pour ainsi dire naturelle, de distinguer le bien du mal. Souvent, le mal ne consiste nullement en ce qui est nuisible et dangereux pour le Moi, mais au contraire en ce qui lui est souhaitable et lui procure un plaisir. L&#224; donc se manifeste une influence &#233;trang&#232;re, qui d&#233;cr&#232;te ce qu'on doit appeler le bien et le mal. Comme l'homme n'a pas &#233;t&#233; orient&#233; vers cette discrimination par son propre sentiment, il lui faut, pour se soumettre &#224; cette influence &#233;trang&#232;re, une raison. Elle est facile &#224; d&#233;couvrir dans sa d&#233;tresse et sa d&#233;pendance absolue d'autrui, et l'on ne saurait mieux la d&#233;finir qu'angoisse devant le retrait d'amour. S'il lui arrive de perdre l'amour de la personne dont il d&#233;pend, il perd du m&#234;me coup sa protection contre toutes sortes de dangers, et le principal auquel il s'expose est que cette personne toute-puissante lui d&#233;montre sa sup&#233;riorit&#233; sous forme de ch&#226;timent. Aussi le mal est-il originellement ce pourquoi on est menac&#233; d'&#234;tre priv&#233; d'amour ; et c'est par peur d'encourir cette privation qu'on doit &#233;viter de le commettre. Ainsi donc fort peu importe qu'on l'ait commis ou qu'on ait eu seulement l'intention de le commettre ; dans un cas comme dans l'autre, le danger ne surgit que d&#232;s l'instant o&#249; l'autorit&#233; d&#233;couvre la chose, et dans les deux cas elle se comporterait semblablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nomme cet &#233;tat &#171; mauvaise conscience &#187;, mais &#224; proprement parler il ne m&#233;rite pas ce nom, car &#224; ce stade le sentiment de culpabilit&#233; n'est &#233;videmment qu'angoisse devant la perte de l'amour, qu'angoisse &#171; sociale &#187;. Chez le petit enfant il ne peut jamais &#234;tre autre chose ; mais chez beaucoup d'adultes il ne change gu&#232;re, hormis le fait que la grande soci&#233;t&#233; humaine prendra la place du p&#232;re ou des deux parents. Aussi, ces adultes ne se permettent, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, de commettre le mal susceptible de leur procurer un plaisir que s'ils sont certains que l'autorit&#233; n'en saura rien ou ne pourra rien leur faire ; seule la crainte d'&#234;tre d&#233;couverts d&#233;termine leur angoisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Se rappeler le fameux Mandarin de Rousseau.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La soci&#233;t&#233; actuelle doit somme toute tenir compte de cet &#233;tat de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand changement intervient d&#232;s le moment o&#249; l'autorit&#233; est int&#233;rioris&#233;e, en vertu de l'instauration d'un Surmoi. Alors les ph&#233;nom&#232;nes de conscience (morale) se trouvent &#233;lev&#233;s &#224; un autre niveau, et l'on ne devrait parler de conscience et de sentiment de culpabilit&#233; qu'une fois ce changement op&#233;r&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que, dans cet expos&#233; sommaire, se trouvent rigoureusement isol&#233;s des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors l'angoisse d'&#234;tre d&#233;couvert tombe aussi, et la diff&#233;rence entre faire le mal et vouloir le mal s'efface totalement, car rien ne peut rester cach&#233; au Surmoi, pas m&#234;me des pens&#233;es. Toutefois la gravit&#233; r&#233;elle de la situation a disparu du fait que l'autorit&#233; nouvelle, le Surmoi, n'a aucune raison, croyons-nous, de maltraiter le Moi auquel il est intimement li&#233;. Mais l'influence de sa gen&#232;se dont le mode permet au pass&#233;, et au d&#233;pass&#233;, de survivre en lui se manifeste en ceci qu'au fond tout est rest&#233; comme avant, dans l'&#233;tat primitif Le Surmoi tourmente le Moi p&#233;cheur au moyen des m&#234;mes sensations d'angoisse et guette les occasions de le faire punir par le monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce second stade du d&#233;veloppement, la conscience (morale) pr&#233;sente une particularit&#233; qui &#233;tait encore &#233;trang&#232;re au premier, et qu'il n'est pas plus facile d'expliquer. Elle s'y comporte en effet avec d'autant plus de s&#233;v&#233;rit&#233;, et manifeste une m&#233;fiance d'autant plus grande, que le sujet est plus vertueux ; si bien qu'en fin de compte ceux-l&#224; s'accuseront d'&#234;tre les plus grands p&#233;cheurs qu'elle aura fait avancer le plus loin dans la voie de la saintet&#233;. En quoi la vertu se voit frustr&#233;e d'une part des r&#233;compenses qui lui sont promises, car le Moi docile et asc&#233;tique ne jouit pas de la confiance de son mentor et s'efforce en vain, semble-t-il, de l'obtenir. Mais ici on nous fera volontiers l'objection suivante : ces difficult&#233;s, ne les cr&#233;eriez-vous point par trop artificiellement ? En effet, une conscience plus exigeante et plus vigilante serait justement le trait caract&#233;ristique de l'homme moral, et si les saints se donnent pour p&#233;cheurs, ils ne le font point sans raison, si l'on consid&#232;re les tentations, auxquelles ils sont en une si large mesure expos&#233;s, de satisfaire leurs pulsions instinctives. Car les tentations, on le sait, ne font que cro&#238;tre dans le renoncement continuel, alors qu'elles se rel&#226;chent, pour un temps au moins, si on leur c&#232;de &#224; l'occasion. Un autre fait, relevant de ce domaine de l'&#233;thique si riche en probl&#232;mes, est que l'adversit&#233;, c'est-&#224;-dire le &#171; refus &#187; du monde ext&#233;rieur, &#233;l&#232;ve &#224; un tel degr&#233; dans le Surmoi la puissance de la conscience morale : tant que le sort sourit &#224; l'homme, elle demeure indulgente et passe au Moi bien des choses ; mais qu'un malheur l'assaille, il rentre alors en lui-m&#234;me, reconna&#238;t ses p&#233;ch&#233;s, raffermit les exigences de sa conscience, s'impose des privations et se punit en s'infligeant des p&#233;nitences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est de ce renforcement de la morale par l'adversit&#233; que traite Marc Twain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des peuples entiers se sont comport&#233;s tout &#224; fait de la m&#234;me mani&#232;re et se comportent toujours ainsi. Et cela s'explique ais&#233;ment si l'on remonte au stade infantile primitif de la conscience, lequel n'est donc pas abandonn&#233; apr&#232;s l'introjection de l'autorit&#233; dans le Surmoi, mais persiste au contraire &#224; c&#244;t&#233; et en arri&#232;re de celle-ci. Le sort est consid&#233;r&#233; comme un substitut de l'instance parentale ; si le malheur nous frappe, cela signifie qu'on a cess&#233; d'&#234;tre aim&#233; par cette autorit&#233; toute-puissante. Ainsi menac&#233; de ce retrait d'amour, on se soumet derechef aux parents repr&#233;sent&#233;s par le Surmoi, alors que dans le bonheur on les n&#233;gligeait. Ceci devient particuli&#232;rement clair quand on ne voit dans le sort, au sens religieux strict, que l'expression de la volont&#233; divine. Le peuple d'Isra&#235;l s'&#233;tait consid&#233;r&#233; comme l'enfant pr&#233;f&#233;r&#233; de Dieu, et lorsque le P&#232;re tout-puissant fit fondre malheurs sur malheurs sur son peuple &#233;lu, ce dernier ne mit pourtant nullement en doute cette pr&#233;f&#233;rence, comme il ne douta pas un instant de la puissance et de la justice divines. Mais il engendra d'autre part les proph&#232;tes, lesquels lui reprochaient sans cesse ses p&#233;ch&#233;s ; et il tira de son sentiment de culpabilit&#233; les r&#232;gles excessivement rigoureuses de sa religion de pr&#234;tres. Remarquons, car le fait est curieux, combien diff&#233;remment se comporte le primitif ! Quand un malheur l'a frapp&#233;, il ne prend pas la faute sur lui ; il la met au contraire sur le compte du f&#233;tiche, lequel &#233;videmment n'a pas rempli ses devoirs ; puis il le roue de coups au lieu de se punir lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons ainsi deux origines au sentiment de culpabilit&#233; : l'une est l'angoisse devant l'autorit&#233;, l'autre, post&#233;rieure, est l'angoisse devant le Surmoi. La premi&#232;re contraint l'homme &#224; renoncer &#224; satisfaire ses pulsions. La seconde, &#233;tant donn&#233; l'impossibilit&#233; de cacher au Surmoi la persistance des d&#233;sirs d&#233;fendus, pousse en outre le sujet &#224; se punir. Nous avons vu aussi comment on peut comprendre la s&#233;v&#233;rit&#233; du Surmoi, c'est-&#224;-dire les ordres de la conscience. Elle prolonge tout simplement la s&#233;v&#233;rit&#233; de l'autorit&#233; ext&#233;rieure, qu'elle a relev&#233;e de ses fonctions et remplac&#233;e en partie. Nous discernons maintenant le rapport existant entre le &#171; renoncement aux pulsions &#187; et le sentiment de culpabilit&#233;. A l'origine, le renoncement est bien la cons&#233;quence de l'angoisse inspir&#233;e par l'autorit&#233; externe ; on renonce &#224; des satisfactions pour ne pas perdre son amour. Ceci une fois accompli, on est pour ainsi dire quitte envers elle ; il ne devrait alors subsister aucun sentiment de culpabilit&#233;. Mais il en va autrement de l'angoisse devant le Surmoi. Dans ce cas, le renoncement n'apporte pas un secours suffisant, car le d&#233;sir persiste et ne peut &#234;tre dissimul&#233; au Surmoi. Un sentiment de faute r&#233;ussira par cons&#233;quent &#224; na&#238;tre en d&#233;pit du renoncement accompli ; et ceci constitue un grave inconv&#233;nient &#233;conomique de l'entr&#233;e en jeu du Surmoi, ou, comme on peut dire aussi, du mode de formation de la conscience morale. D&#232;s lors, le renoncement aux pulsions n'exerce plus aucune action pleinement lib&#233;ratrice, l'abstinence n'est plus r&#233;compens&#233;e par l'assurance de conserver l'amour, et l'on a &#233;chang&#233; un malheur ext&#233;rieur mena&#231;ant - perte de l'amour de l'autorit&#233; ext&#233;rieure et punition de sa part - contre un malheur int&#233;rieur continuel, &#224; savoir cet &#233;tat de tension propre au sentiment de culpabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces relations sont si compliqu&#233;es et si importantes aussi que, malgr&#233; les dangers de toute r&#233;p&#233;tition, je voudrais les reprendre d'un autre point de vue. Leur succession dans le temps serait donc la suivante : tout d'abord, renoncement &#224; la pulsion, cons&#233;cutif &#224; l'angoisse devant l'agression de l'autorit&#233; ext&#233;rieure - angoisse qui repose au fond sur la peur de perdre l'amour, car l'amour prot&#232;ge contre cette agression que constitue la punition ; ensuite, instauration de l'autorit&#233; int&#233;rieure, renoncement cons&#233;cutif &#224; l'angoisse devant cette derni&#232;re, angoisse morale. Dans le second cas, &#233;quation de la mauvaise action et de la mauvaise intention, d'o&#249; sentiment de culpabilit&#233; et besoin de punition. L'agression par la conscience perp&#233;tue l'agression par l'autorit&#233;. Jusqu'ici la clart&#233; obtenue est r&#233;elle, mais comment faire rentrer dans ce tableau le renforcement de la conscience morale par le malheur (ce renoncement impos&#233; du dehors), ou la rigueur si extraordinaire de celle-ci chez l'&#234;tre le meilleur et le plus docile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; expliqu&#233; ces deux particularit&#233;s morales, mais vraisemblablement l'impression demeure que ces explications n'ont pas projet&#233; sur elles une lumi&#232;re compl&#232;te, ont laiss&#233; dans l'ombre certains faits fondamentaux. C'est le lieu d'introduire enfin une conception enti&#232;rement propre &#224; la psychanalyse, et totalement &#233;trang&#232;re &#224; la pens&#233;e humaine traditionnelle. Elle est de nature &#224; nous faire comprendre pourquoi ce sujet devait nous para&#238;tre si embrouill&#233; et si opaque, car elle revient &#224; dire : &#224; l'origine la conscience (ou plus exactement l'angoisse qui deviendra plus tard la conscience) est en fait la cause du renoncement &#224; la pulsion, mais ult&#233;rieurement la relation se renverse. Tout renoncement pulsionnel devient alors une source d'&#233;nergie pour la conscience, puis tout nouveau renoncement intensifie &#224; son tour la s&#233;v&#233;rit&#233; et l'intol&#233;rance de celle-ci ; et si nous pouvions mieux accorder ces notions avec l'histoire du d&#233;veloppement de la conscience, tel que nous le connaissons d&#233;j&#224;, nous serions tent&#233;s de nous rallier &#224; la th&#232;se paradoxale suivante : la conscience est la cons&#233;quence du renoncement aux pulsions. Ou bien : ce dernier, &#224; nous impos&#233; du dehors, engendre la conscience, laquelle exige alors de nouveaux renoncements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Somme toute, la contradiction entre cette th&#232;se et notre pr&#233;c&#233;dente proposition sur la gen&#232;se de la conscience n'est pas tr&#232;s prononc&#233;e, et nous voyons un moyen de la r&#233;duire encore. Afin de faciliter cet expos&#233;, prenons l'exemple de l'instinct d'agression, et admettons un instant qu'il s'agisse toujours en l'occurrence d'un renoncement &#224; l'agression. Il faut naturellement consid&#233;rer cette supposition comme provisoire. L'action exerc&#233;e sur la conscience par ce renoncement est telle que toute fraction d'agressivit&#233; que nous nous abstenons de satisfaire est reprise par le Surmoi et accentue sa propre agressivit&#233; (contre le Moi). Cette proposition ne s'accorde pas bien avec cette autre &#233;non&#231;ant que l'agressivit&#233; initiale de la conscience est une survivance de la s&#233;v&#233;rit&#233; de l'autorit&#233; ext&#233;rieure, et donc qu'elle n'a rien de commun avec le ph&#233;nom&#232;ne du renoncement. Mais on peut supprimer cette antinomie en faisant d&#233;river d'une autre source cette premi&#232;re armature agressive du Surmoi, en admettant qu'une agressivit&#233; consid&#233;rable a d&#251; se d&#233;velopper chez l'enfant contre l'autorit&#233; qui lui d&#233;fendait les premi&#232;res, mais aussi les plus importantes, satisfactions ; peu importe d'ailleurs le genre de pulsions auxquelles cette autorit&#233; d&#233;fendait express&#233;ment de donner libre cours. Force &#233;tait &#224; l'enfant de renoncer &#224; satisfaire cette agressivit&#233; vindicative. C'est pour s'aider &#224; triompher d'une situation si difficile au point de vue &#233;conomique qu'il recourt aux m&#233;canismes connus de l'identification, qu'il prend ou instaure en lui cette autorit&#233; intangible, laquelle devient alors le Surmoi. Celui-ci s'approprie alors toute l'agressivit&#233; qu'on e&#251;t pr&#233;f&#233;r&#233; en tant qu'enfant pouvoir exercer contre l'autorit&#233; elle-m&#234;me. Quant au Moi de l'enfant, il doit s'accommoder du triste r&#244;le de l'autorit&#233; ainsi d&#233;grad&#233;e - du p&#232;re. Comme il arrive si souvent, la situation est renvers&#233;e : &#171; Si j'&#233;tais le papa et toi l'enfant, comme je te maltraiterais ! &#187; La relation entre Surmoi et Moi est la reproduction, mais renvers&#233;e par ce d&#233;sir, de relations ayant r&#233;ellement exist&#233; jadis entre le Moi encore indivis et un objet ext&#233;rieur. Et ceci est bien typique. La diff&#233;rence essentielle cependant r&#233;side en ce que la rigueur originelle du Surmoi n'est point, ou n'est pas tellement, celle qu'on a &#233;prouv&#233;e de sa part, et qu'on lui attribuait en propre, mais bien notre propre agressivit&#233; tourn&#233;e contre ce Surmoi. Si cette vue est conforme aux faits, on est r&#233;ellement en droit de pr&#233;tendre que la conscience &#224; l'origine provient de la r&#233;pression d'une agression, et qu'elle se trouve ensuite renforc&#233;e par de nouvelles r&#233;pressions semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, &#224; laquelle de ces deux conceptions donner raison ? A l'ancienne qui, du point de vue g&#233;n&#233;tique, nous paraissait inattaquable, ou &#224; la nouvelle qui parfait si opportun&#233;ment la th&#233;orie ? &#201;videmment, toutes les deux sont justifi&#233;es, ce dont t&#233;moigne aussi l'observation directe ; elles ne s'opposent pas l'une &#224; l'autre, se rejoignent m&#234;me en un point, car l'agressivit&#233; vengeresse de l'enfant prendra aussi pour mesure l'agression punitive &#224; laquelle il s'attend de la part du p&#232;re. L'exp&#233;rience toutefois nous enseigne que la s&#233;v&#233;rit&#233; du Surmoi qu'&#233;labore un enfant ne refl&#232;te nullement la s&#233;v&#233;rit&#233; des traitements qu'il a subis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme Melanie Klein et d'autres auteurs anglais l'ont relev&#233; avec justesse.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La premi&#232;re semble ind&#233;pendante de la seconde, un enfant &#233;lev&#233; avec une tr&#232;s grande douceur pouvant &#233;laborer une conscience morale extr&#234;mement rigoureuse. Il serait faux pourtant de vouloir exag&#233;rer cette ind&#233;pendance, car il n'est jamais difficile de se convaincre que la rigueur de l'&#233;ducation exerce &#233;galement une forte influence sur la formation du Surmoi infantile. Nous en arrivons &#224; la conclusion que des facteurs constitutionnels inn&#233;s et des influences du milieu, de l'ambiance r&#233;elle, concourent &#224; cette formation et &#224; la naissance de la conscience. Ce fait n'a rien d'&#233;trange ; il constitue au contraire la condition &#233;tiologique g&#233;n&#233;rale de tous les processus de cet ordre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son ouvrage intitul&#233; Psychanalyse de la personnalit&#233; totale (1927), Fr. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire en outre que si l'enfant riposte par une agressivit&#233; intense et une s&#233;v&#233;rit&#233; correspondante du Surmoi aux premi&#232;res grandes privations instinctuelles, il reproduit en cela une r&#233;action de nature phylog&#233;n&#233;tique. Sa r&#233;action en effet n'est plus justifi&#233;e par les circonstances actuelles, comme elle l'&#233;tait en revanche aux temps pr&#233;historiques o&#249; il avait affaire &#224; un p&#232;re certainement terrible &#224; qui on avait tout lieu d'attribuer une agressivit&#233; extr&#234;me. Les divergences entre les deux conceptions de la gen&#232;se de la conscience s'att&#233;nuent donc davantage encore si de l'histoire du d&#233;veloppement de l'individu on passe &#224; celle du d&#233;veloppement de l'esp&#232;ce. Mais ici surgit une nouvelle et importante diff&#233;rence entre ces deux processus. Nous ne pouvons pas abandonner notre conception de l'origine du sentiment de culpabilit&#233; issu du complexe d'Oedipe et acquis lors du meurtre du p&#232;re par les fr&#232;res ligu&#233;s contre lui. L'agression ne fut pas alors r&#233;prim&#233;e, mais bel et bien r&#233;alis&#233;e - cette m&#234;me agression dont la r&#233;pression chez l'enfant doit &#234;tre la source du sentiment de faute. Aussi ne serais-je pas surpris qu'un lecteur irrit&#233; s'&#233;cri&#226;t ici : &#171; Alors il est tout &#224; fait indiff&#233;rent d'assassiner son p&#232;re ou non ; de toute fa&#231;on on &#171; attrapera &#187; un sentiment de culpabilit&#233; ! On peut se permettre d'en douter quelque peu. Ou il est faux que ce sentiment r&#233;sulte de l'agression r&#233;prim&#233;e, ou toute cette histoire de meurtre du p&#232;re est un roman, et les fils des hommes primitifs n'ont pas plus souvent assassin&#233; leurs p&#232;res que les fils actuels n'ont coutume de le faire. Du reste, si ce n'est pas un roman, mais un fait historique plausible, nous aurions alors un cas o&#249; serait arriv&#233; ce &#224; quoi tout le monde s'attend, c'est-&#224;-dire o&#249; l'on se sent coupable parce qu'on a r&#233;ellement commis une chose dont on ne peut se justifier. Et pour ce cas-l&#224;, qui se produit d'ailleurs tous les jours, la psychanalyse nous doit encore une explication. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui est certain, et la question m&#233;rite d'&#234;tre reprise. Au demeurant, le myst&#232;re qui subsiste n'est pas si grand. Si l'on &#233;prouve un sentiment de culpabilit&#233; apr&#232;s avoir fait le mal et parce qu'on l'a fait, il conviendrait de l'appeler plut&#244;t &lt;i&gt;remords. &lt;/i&gt;Il&lt;i&gt; &lt;/i&gt;se rapporte uniquement &#224; un acte coupable et pr&#233;suppose bien entendu une conscience, une pr&#233;disposition &#224; se sentir fautif, pr&#233;existante &#224; l'accomplissement de cet acte. Pareil remords ne nous sera donc jamais d'aucun secours pour retrouver l'origine de la conscience et du sentiment de culpabilit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Dans ces cas quotidiens, il arrive ordinairement qu'un besoin de nature pulsionnelle r&#233;ussit &#224; se satisfaire malgr&#233; la conscience, dont la puissance aussi a ses limites, et que, gr&#226;ce &#224; l'affaiblissement naturel du besoin qu'entra&#238;ne son assouvissement, le rapport initial des forces en pr&#233;sence se trouve r&#233;tabli. La psychanalyse fait donc bien d'&#233;carter de ce d&#233;bat le cas du sentiment de culpabilit&#233; issu du remords, si fr&#233;quent qu'il soit et si grande qu'en puisse &#234;tre l'importance pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si le sentiment humain de culpabilit&#233; remonte au meurtre du p&#232;re primitif, c'&#233;tait bien l&#224; un cas de &#171; remords &#187; ; et alors cette ant&#233;riorit&#233;, sur l'acte en question, de la conscience et dudit sentiment ne saurait avoir exist&#233;. Quelle fut alors l'origine du remords ? A coup s&#251;r, ce cas doit nous livrer le secret du sentiment de culpabilit&#233; et mettre fin &#224; notre embarras. C'est d'ailleurs bien &#224; mon avis ce qui en r&#233;sulte. Ce remords &#233;tait le r&#233;sultat de la toute primitive ambivalence des sentiments &#224; l'&#233;gard du p&#232;re : les fils le ha&#239;ssaient, mais ils l'aimaient aussi. Une fois la haine assouvie par l'agression, l'amour r&#233;apparut dans le remords attach&#233; au crime, engendra le Surmoi par identification avec le p&#232;re, lui d&#233;l&#233;gua le droit et le pouvoir que d&#233;tenait celui-ci de punir en quelque sorte l'acte d'agression accompli sur sa personne, et enfin dressa les restrictions destin&#233;es &#224; en emp&#234;cher le retour. Et comme l'agressivit&#233; contre le p&#232;re se rallumait toujours au sein des g&#233;n&#233;rations suivantes, le sentiment de culpabilit&#233; lui aussi se maintint et se renfor&#231;a par le transfert au Surmoi de l'&#233;nergie propre de chaque nouvelle agression r&#233;prim&#233;e. Nous voici maintenant, je pense, parvenus &#224; une clart&#233; parfaite sur deux points : la participation de l'amour &#224; la naissance de la conscience, et l'in&#233;vitabilit&#233; fatale du sentiment de culpabilit&#233;. Il est donc exact que le fait de tuer le p&#232;re, ou de s'en abstenir, n'est pas d&#233;cisif ; on doit n&#233;cessairement se sentir coupable dans les deux cas, car ce sentiment est l'expression du conflit d'ambivalence, de la lutte &#233;ternelle entre l'&#201;ros et l'instinct de destruction ou de mort. Ce conflit s'alluma d&#232;s l'instant o&#249; s'imposa aux hommes la t&#226;che de vivre en commun. Tant que cette communaut&#233; conna&#238;t uniquement la forme familiale, il se manifeste n&#233;cessairement dans le complexe d'&#338;dipe, institue la conscience et engendre le premier sentiment de culpabilit&#233;. Lorsque cette communaut&#233; tend &#224; s'&#233;largir, ce m&#234;me conflit persiste en rev&#234;tant des formes d&#233;pendantes du pass&#233;, s'intensifie et entra&#238;ne une accentuation de ce premier sentiment. Comme la civilisation ob&#233;it &#224; une pouss&#233;e &#233;rotique interne visant &#224; unir les hommes en une masse maintenue par des liens serr&#233;s, elle ne peut y parvenir que par un seul moyen, en renfor&#231;ant toujours davantage le sentiment de culpabilit&#233;. Ce qui commen&#231;a par le p&#232;re s'ach&#232;ve par la masse. Si la civilisation est la voie indispensable pour &#233;voluer de la famille &#224; l'humanit&#233;, ce renforcement est alors indissolublement li&#233; &#224; son cours, en tant que cons&#233;quence du conflit d'ambivalence avec lequel nous naissons, et de l'&#233;ternelle querelle entre l'amour et le d&#233;sir de mort. Et peut-&#234;tre, un jour, gr&#226;ce &#224; la civilisation, cette tension du sentiment de culpabilit&#233; atteindra-t-elle un niveau si &#233;lev&#233; que l'individu le trouvera difficile &#224; supporter. On songe ici &#224; l'impr&#233;cation saisissante du grand po&#232;te contre les &#171; puissances c&#233;lestes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt;nous introduisez dans la vie ; &lt;br /&gt;
Vous infligez au malheureux la culpabilit&#233;&lt;br /&gt;
Puis vous l'abandonnez &#224; la peine, &lt;br /&gt;
Car toute faute s'expie ici-bas&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GOETHE, Les chants du joueur de harpe, dans Wilhelm Meister.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il est bien permis de pousser un soupir quand on s'aper&#231;oit qu'il est ainsi donn&#233; &#224; certains hommes de faire surgir, v&#233;ritablement, sans aucune peine, les connaissances les plus profondes du tourbillon de leurs propres sentiments, alors que nous autres, pour y parvenir, devons nous frayer la voie en t&#226;tonnant sans rel&#226;che au milieu de la plus cruelle incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-VIII' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Se rappeler le fameux Mandarin de Rousseau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que, dans cet expos&#233; sommaire, se trouvent rigoureusement isol&#233;s des ph&#233;nom&#232;nes qui en r&#233;alit&#233; s'accomplissent en prenant des formes interm&#233;diaires successives et qu'il ne s'agisse pas seulement de l'existence du Surmoi, mais aussi de sa force relative et de sa sph&#232;re d'influence, tout esprit averti le comprendra et en tiendra compte. Tout ce que nous avons dit jusqu'&#224; pr&#233;sent de la conscience morale et de la culpabilit&#233; est bien connu et &#224; peu pr&#232;s incontest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est de ce renforcement de la morale par l'adversit&#233; que traite Marc Twain dans une savoureuse petite histoire intitul&#233;e : &lt;i&gt;The first melon I ever stole&lt;/i&gt; (ce premier melon par hasard n'est pas m&#251;r). Il me fut donn&#233; d'entendre Marc Twain lui-m&#234;me raconter cette historiette. Apr&#232;s en avoir &#233;nonc&#233; le titre, il s'interrompit et comme en proie &#224; un doute se demanda : &lt;i&gt;Was it the first ?&lt;/i&gt; C'&#233;tait tout dire !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme Melanie Klein et d'autres auteurs anglais l'ont relev&#233; avec justesse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Psychanalyse de la personnalit&#233; totale&lt;/i&gt; (1927), Fr. ALEXANDER a tr&#232;s justement mis en &#233;vidence les deux types principaux des m&#233;thodes p&#233;dagogiques pathog&#232;nes : la s&#233;v&#233;rit&#233; excessive et la tendance &#224; g&#226;ter l'enfant. Son &#233;tude confirme celle d'AICHHORN sur &lt;i&gt;L'Enfance abandonn&#233;e&lt;/i&gt;. Un p&#232;re &#171; exag&#233;r&#233;ment faible et indulgent &#224; donnera occasion &#224; l'enfant de se constituer un Surmoi excessivement s&#233;v&#232;re, parce qu'un tel enfant, sous l'impression de l'amour dont il est l'objet, n'a d'autre issue que de retourner son agression vers l'int&#233;rieur. Chez l'enfant abandonn&#233;, &#233;lev&#233; sans amour, la tension entre le Moi et le Surmoi tombe, et toute son agression peut se tourner contre l'ext&#233;rieur. Si donc on fait abstraction d'un facteur constitutionnel conjectural, on est alors en droit d'&#233;noncer que la s&#233;v&#233;rit&#233; de la conscience provient de l'action conjugu&#233;e de deux influences vitales : en premier lieu de la privation de satisfactions instinctuelles, laquelle d&#233;cha&#238;ne l'agressivit&#233; ; et en second lieu de l'exp&#233;rience de l'amour, laquelle fait retourner cette agression &#224; l'int&#233;rieur et la transf&#232;re au Surmoi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GOETHE, Les chants du joueur de harpe, dans &lt;i&gt;Wilhelm Meister&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Malaise dans la civilisation, VI - </title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-VI</link>
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		<dc:date>2007-06-20T20:49:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;VI &lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun ouvrage ne m'a donn&#233; comme celui-ci l'impression aussi vive de dire ce que tout le monde sait, et d'user de papier et d'encre et, par suite, de mobiliser typographes et imprimeurs pour raconter des choses qui, &#224; proprement parler, vont de soi. Aussi serais-je tr&#232;s heureux, et soulignerais-je volontiers le fait, s'il apparaissait que ces lignes dussent pourtant apporter quelque changement &#224; la th&#233;orie psychanalytique des instincts en &#233;tablissant l'existence d'un instinct agressif, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Malaise-dans-la-civilisation-" rel="directory"&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-V' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aucun ouvrage ne m'a donn&#233; comme celui-ci l'impression aussi vive de dire ce que tout le monde sait, et d'user de papier et d'encre et, par suite, de mobiliser typographes et imprimeurs pour raconter des choses qui, &#224; proprement parler, vont de soi. Aussi serais-je tr&#232;s heureux, et soulignerais-je volontiers le fait, s'il apparaissait que ces lignes dussent pourtant apporter quelque changement &#224; la th&#233;orie psychanalytique des instincts en &#233;tablissant l'existence d'un instinct agressif, sp&#233;cial et autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il appara&#238;tra qu'il n'en va pas ainsi, qu'il s'agit uniquement de mieux saisir une orientation prise &#224; vrai dire depuis longtemps, et d'en tirer de plus amples cons&#233;quences. Parmi toutes les notions lentement d&#233;velopp&#233;es par la th&#233;orie analytique, la doctrine des instincts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En allemand &#171; Trieblehre &#187;, soit plus exactement th&#233;orie des pulsions. Ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est celle qui donna lieu aux t&#226;tonnements les plus laborieux. Pourtant, elle &#233;tait une partie si indispensable du tout qu'il fallait bien, d&#232;s l'abord, mettre n'importe quoi &#224; sa place. Au d&#233;but, alors que j'&#233;tais plong&#233; dans la plus compl&#232;te perplexit&#233;, la proposition du po&#232;te philosophe Schiller &#233;non&#231;ant que &#171; la faim et l'amour &#187; r&#232;glent le fonctionnement des rouages de ce monde me fournit un premier point d'appui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud fait ici allusion &#224; un passage connu d'une po&#233;sie de SCHILLER (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La faim pouvait &#234;tre le repr&#233;sentant de ces pulsions qui veulent conserver l'individu, alors que l'amour tend vers les objets, et que sa fonction principale, favoris&#233;e de toute mani&#232;re par la nature, consiste &#224; conserver l'esp&#232;ce. D&#232;s l'abord, les &#171; instincts du Moi &#187; et les &#171; instincts objectaux &#187; entraient ainsi en opposition. Pour d&#233;finir l'&#233;nergie de ces derniers, &#224; l'exclusion de tout autre, j'introduisis le terme de &lt;i&gt;libido. &lt;/i&gt;C'est ainsi que s'&#233;tablit l'opposition, d'une part, entre les instincts de conservation du Moi et, d'autre part, les instincts libidinaux dirig&#233;s vers l'objet, ou pulsions d'amour au sens le plus large. L'une de ces pulsions objectales, la pulsion sadique, se mit en &#233;vidence par plusieurs traits saillants, de telle sorte que son but n'&#233;tait nullement dict&#233; par un amour imbu de tendresse ; qu'en outre, &#224; beaucoup d'&#233;gards, elle se rattachait visiblement aux pulsions du Moi, et ne pouvait d'ailleurs dissimuler sa proche parent&#233; avec les instincts de domination d&#233;nu&#233;s d'intention libidinale. N&#233;anmoins, on passa par-dessus ces discordances ; le sadisme appartenait notoirement &#224; la vie sexuelle, le jeu de la cruaut&#233; pouvant remplacer celui de la tendresse. La n&#233;vrose apparaissait comme l'issue d'un combat entre l'int&#233;r&#234;t vou&#233; &#224; la conservation de soi-m&#234;me et les exigences de la libido, combat dont le Moi sortait victorieux, mais au prix de vives souffrances et de renoncements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque psychanalyste devra reconna&#238;tre qu'aujourd'hui encore tout cela n'a point l'allure d'une erreur corrig&#233;e depuis tr&#232;s longtemps. Mais d&#232;s l'instant o&#249; notre investigation, marquant en cela un progr&#232;s, passa du &#171; refoul&#233; &#187; au &#171; refoulant &#187;, des pulsions objectales au Moi, certaines modifications apparurent indispensables. A ce moment, l'introduction du concept du narcissisme devint d&#233;cisive, ce terme s'appliquant &#224; la d&#233;couverte du fait que le &#171; Moi &#187; lui aussi est investi de libido, en serait m&#234;me le lieu d'origine et dans une certaine mesure en demeurerait le quartier g&#233;n&#233;ral. Cette libido narcissique peut se tourner vers les objets, passer ainsi &#224; l'&#233;tat de libido objectale, mais se retransformer ensuite en libido narcissique. Le concept du narcissisme rendit possible la conception analytique de la n&#233;vrose traumatique, ainsi que de nombre d'affections voisines des psychoses ; il permit m&#234;me de saisir psychanalytiquement ces derni&#232;res. Il n'y avait pas lieu de cesser d'interpr&#233;ter les n&#233;vroses de transfert comme des tentatives du Moi de se pr&#233;munir contre la sexualit&#233;. Cependant, le concept de libido &#233;tait menac&#233;. Puisque les instincts du Moi &#233;taient eux aussi libidinaux, il parut un instant que la confusion compl&#232;te entre libido et &#233;nergie instinctive en g&#233;n&#233;ral devenait in&#233;vitable, comme auparavant G.-G. Jung l'avait d&#233;j&#224; pr&#233;tendu. Cela n'&#233;tait pourtant pas satisfaisant ; on gardait malgr&#233; tout une arri&#232;re-pens&#233;e, comme si subsistait la certitude (sans qu'il f&#251;t possible encore d'en donner une raison) que les instincts pouvaient ne pas &#234;tre tous de m&#234;me nature. Le pas suivant, je le fis dans &lt;i&gt;Au-del&#224; du principe de plaisir (1920)&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Essais de psychanalyse, op. cit. (N.d. T.)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;alors que l'automatisme de r&#233;p&#233;tition et le caract&#232;re conservateur de la vie instinctive m'eurent frapp&#233; pour la premi&#232;re fois. Parti de certaines sp&#233;culations sur l'origine de la vie et certains parall&#232;les biologiques, j'en tirai la conclusion qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'instinct qui tend &#224; conserver la substance vivante et &#224; l'agr&#233;ger en unit&#233;s toujours plus grandes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Remarquons &#224; ce propos combien l'inlassable tendance expansive de l'Eros (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;il devait en exister un autre qui lui f&#251;t oppos&#233;, tendant &#224; dissoudre ces unit&#233;s et &#224; les ramener &#224; leur &#233;tat le plus primitif, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#233;tat anorganique. Donc, ind&#233;pendamment de l'instinct &#233;rotique, existait un instinct de mort ; et leur action conjugu&#233;e ou antagoniste permettait d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes de la vie. Mais alors, il n'&#233;tait pas facile de d&#233;montrer l'activit&#233; de cet instinct de mort ainsi admis. Les manifestations de l'&#201;ros &#233;taient suffisamment &#233;videntes et bruyantes. On pouvait admettre que l'instinct de mort travaill&#226;t silencieusement, dans l'intimit&#233; de l'&#234;tre vivant, &#224; la dissolution de celui-ci, mais cela ne constituait naturellement aucune preuve ; l'id&#233;e qu'une partie s'en tourne contre le monde ext&#233;rieur et devient apparente sous forme de pulsion agressive et destructrice nous fit faire un pas de plus. Ainsi l'instinct de mort e&#251;t &#233;t&#233; contraint de se mettre au service de l'&#201;ros ; l'individu an&#233;antissait alors quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; lui, vivant ou non, au lieu de sa propre personne. L'attitude inverse, c'est-&#224;-dire l'arr&#234;t de l'agression contre l'ext&#233;rieur, devait renforcer la tendance &#224; l'autodestruction, tendance sans cesse agissante de toutes fa&#231;ons. On pouvait, en m&#234;me temps, d&#233;duire de ce m&#233;canisme typique que les deux esp&#232;ces d'instincts entraient rarement - peut-&#234;tre jamais - en jeu isol&#233;ment, mais qu'ils formaient entre eux des alliages divers au titre tr&#232;s variable, au point de devenir m&#233;connaissables &#224; nos yeux. Dans le sadisme, pulsion d&#232;s longtemps reconnue comme composante partielle de la sexualit&#233;, on aurait ce genre d'alliage, et tout sp&#233;cialement riche, de la pulsion d'amour avec la pulsion de destruction ; de m&#234;me que dans sa contrepartie, le masochisme, un alliage de cette tendance &#224; la destruction, tourn&#233;e vers l'int&#233;rieur, avec la sexualit&#233;. Ainsi, cette tendance autrement impossible &#224; percevoir devient pr&#233;cis&#233;ment sensible et frappante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de l'instinct de mort ou de destruction a rencontr&#233; de la r&#233;sistance m&#234;me au sein des milieux psychanalytiques. Je sais combien est r&#233;pandue la tendance &#224; attribuer de pr&#233;f&#233;rence tout ce qu'on d&#233;couvre de dangereux et de haineux dans l'amour &#224; une bipolarit&#233; originelle qui serait propre &#224; sa nature. Au d&#233;but, je n'avais d&#233;fendu qu'&#224; titre d'essai les conceptions ici d&#233;velopp&#233;es ; mais, avec le temps, elles se sont impos&#233;es &#224; moi avec une telle force que je ne puis plus penser autrement. Je veux dire que, du point de vue th&#233;orique, elles sont incomparablement plus fructueuses que n'importe quelles autres ; elles apportent, sans n&#233;gliger ni forcer les faits, cette simplification vers laquelle nous tendons dans notre travail scientifique. Je reconnais que dans, le sadisme et le masochisme, nous avons toujours vu les manifestations, fortement teint&#233;es d'&#233;rotisme, de l'instinct de destruction tourn&#233; vers l'ext&#233;rieur ou vers l'int&#233;rieur ; mais je ne comprends plus que nous puissions rester aveugles &#224; l'ubiquit&#233; de l'agression et de la destruction non &#233;rotis&#233;es et n&#233;gliger de leur accorder la place qu'elles m&#233;ritent dans l'interpr&#233;tation des ph&#233;nom&#232;nes de la vie. (La soif de destruction, tourn&#233;e au-dedans, se d&#233;robe, il est vrai, en majeure partie &#224; toute aperception lorsqu'elle n'est pas teint&#233;e d'&#233;rotisme.) Je me rappelle ma propre r&#233;sistance &#224; la conception d'un instinct de destruction quand elle se fit jour dans la litt&#233;rature psychanalytique ; et combien j'y restai inaccessible. Le fait que d'autres aient manifest&#233; cette m&#234;me r&#233;pugnance, et la manifestent encore, me surprend moins. Il est vrai que ceux qui pr&#233;f&#232;rent les contes de f&#233;es font la sourde oreille quand on leur parle de la tendance native de l'homme &#224; la &#171; m&#233;chancet&#233; &#187;, &#224; l'agression, &#224; la destruction, et donc aussi &#224; la cruaut&#233;. Dieu n'a-t-il pas fait l'homme &#224; l'image de sa propre perfection ? Et nous n'aimons pas qu'on nous rappelle combien il est difficile de concilier - en d&#233;pit des affirmations solennelles de la &#171; Science chr&#233;tienne &#187; - l'ind&#233;niable existence du mal avec la toute-puissance et la souveraine bont&#233; divines. Le Diable est encore le meilleur subterfuge pour disculper Dieu ; il remplirait l&#224; cette m&#234;me mission de &#171; soulagement &#233;conomique &#187; que le monde o&#249; r&#232;gne l'id&#233;al aryen fait remplir au juif. Mais l&#224; encore on peut tout aussi bien demander compte &#224; Dieu de l'existence du Diable que de celle du mal qu'il incarne. Vu ces difficult&#233;s, il convient de conseiller &#224; chacun de s'incliner tr&#232;s bas, et &#224; bon escient, devant la nature profond&#233;ment morale de l'homme ; cela l'aidera &#224; gagner la faveur g&#233;n&#233;rale et il lui sera pour cela beaucoup pardonn&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le personnage de M&#233;phistoph&#233;l&#232;s de Goethe, l'identification du principe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme de libido peut de nouveau s'appliquer aux manifestations &#233;nerg&#233;tiques de l'&#201;ros pour les distinguer de l'&#233;nergie de l'instinct de mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait formuler notre conception pr&#233;sente &#224; peu pr&#232;s en ces termes - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Il faut le reconna&#238;tre, nous n'en saisissons que plus difficilement ce dernier sous la seule forme pour ainsi dire d'un r&#233;sidu, devin&#233; derri&#232;re les manifestations &#233;rotiques, et qui nous &#233;chappe d&#232;s que son alliage avec elles ne le trahit plus. C'est dans le sadisme, o&#249; il d&#233;tourne &#224; son profit la pulsion &#233;rotique, tout en donnant satisfaction enti&#232;re au d&#233;sir sexuel, que nous distinguons le plus clairement son essence et sa relation avec l'&#201;ros. Mais lorsqu'il entre en sc&#232;ne sans propos sexuel, m&#234;me dans l'acc&#232;s le plus aveugle de rage destructrice, on ne peut m&#233;conna&#238;tre que son assouvissement s'accompagne l&#224; encore d'un plaisir narcissique extraordinairement prononc&#233;, en tant qu'il montre au Moi ses v&#339;ux anciens de toute-puissance r&#233;alis&#233;s. Une fois mod&#233;r&#233; et dompt&#233;, et son but pour ainsi dire inhib&#233;, l'instinct de destruction dirig&#233; contre les objets doit permettre au Moi de satisfaire ses besoins vitaux et de ma&#238;triser la nature. Comme, en fait, nous avons eu recours &#224; des arguments th&#233;oriques pour admettre son existence, il nous faut conc&#233;der qu'elle n'est pas non plus compl&#232;tement &#224; l'abri d'objections th&#233;oriques ; en tout cas, elle nous para&#238;t bien r&#233;pondre au r&#233;el dans l'&#233;tat actuel de nos connaissances. Les recherches et interpr&#233;tations &#224; venir apporteront &#224; coup s&#251;r la lumi&#232;re d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout ce qui va suivre, je m'en tiendrai donc &#224; ce point de vue que l'agressivit&#233; constitue une disposition instinctive primitive et autonome de l'&#234;tre humain, et je reviendrai sur ce fait que la civilisation y trouve son entrave la plus redoutable. Au cours de cette &#233;tude, l'intuition, un moment, s'est impos&#233;e &#224; nous que la civilisation est un processus &#224; part se d&#233;roulant au-dessus de l'humanit&#233;, et nous restons toujours sous l'empire de cette conception. Nous ajoutons maintenant que ce processus serait au service de l'&#201;ros et voudrait, &#224; ce titre, r&#233;unir des individus isol&#233;s, plus tard des familles, puis des tribus, des peuples ou des nations, en une vaste unit&#233; : l'humanit&#233; m&#234;me. Pourquoi est-ce une n&#233;cessit&#233; ? Nous n'en savons rien ; ce serait justement l'&#339;uvre de l'&#201;ros. Ces masses humaines ont &#224; s'unir libidinalement entre elles ; la n&#233;cessit&#233; &#224; elle seule, les avantages du travail en commun ne leur donneraient pas la coh&#233;sion voulue. Mais la pulsion agressive naturelle aux hommes, l'hostilit&#233; d'un seul contre tous et de tous contre un seul s'opposent &#224; ce programme de la civilisation. Cette pulsion agressive est la descendante et la repr&#233;sentation principale de l'instinct de mort que nous avons trouv&#233; &#224; l'&#339;uvre &#224; c&#244;t&#233; de l'&#201;ros et qui se partage avec lui la domination du monde. D&#233;sormais la signification de l'&#233;volution de la civilisation cesse &#224; mon avis d'&#234;tre obscure : elle doit nous montrer la lutte entre l'&#201;ros et la mort, entre l'instinct de vie et l'instinct de destruction, telle qu'elle se d&#233;roule dans l'esp&#232;ce humaine. Cette lutte est, somme toute, le contenu essentiel de la vie. C'est pourquoi il faut d&#233;finir cette &#233;volution par cette br&#232;ve formule : le combat de l'esp&#232;ce humaine pour la vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour pr&#233;ciser, on peut vraisemblablement ajouter : tel qu'il devrait se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est cette lutte de g&#233;ants que nos nourrices veulent apaiser en clamant &#171; Eiapopeia du ciel ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le texte : &#171; Eiapopeia vom Himmel &#187;, expression emprunt&#233;e au c&#233;l&#232;bre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-VII' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En allemand &#171; Trieblehre &#187;, soit plus exactement th&#233;orie des pulsions. Ce dernier terme traduirait mieux la pens&#233;e de Freud, et sa conception &#233;nerg&#233;tique de l'instinct ; mais il n'est pas familier au public fran&#231;ais. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud fait ici allusion &#224; un passage connu d'une po&#233;sie de SCHILLER intitul&#233;e : &lt;i&gt;Les philosophes&lt;/i&gt;. Nous transcrirons ces quatre vers comme suit : &#171; En attendant que la philosophie soutienne l'&#233;difice du monde, la nature en maintient les rouages par la faim et par l'amour &#187;. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. (N.d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Remarquons &#224; ce propos combien l'inlassable tendance expansive de l'Eros s'oppose &#224; la nature g&#233;n&#233;rale si conservatrice des instincts. Cette opposition est frappante et peut nous conduire &#224; poser de nouveaux probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le personnage de M&#233;phistoph&#233;l&#232;s de Goethe, l'identification du principe du mal avec l'instinct de destruction est tout particuli&#232;rement convaincante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Car tout ce qui na&#238;t&lt;br class='autobr' /&gt; m&#233;rite de p&#233;rir&lt;br class='autobr' /&gt; .................................&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi tout ce qu'on nomme commun&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt; P&#233;ch&#233;, destruction, en un mot le mal,&lt;br class='autobr' /&gt; Est mon propre &#233;l&#233;ment&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Diable ensuite appelle son adversaire non pas la Saintet&#233; et le Bien, mais la puissance de cr&#233;ation, de multiplication de la vie, que poss&#232;de la nature, par cons&#233;quent : &#201;ros.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;De l'air, de l'eau, comme de la terre&lt;br class='autobr' /&gt; S'&#233;chappent mille et mille semences&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la s&#233;cheresse, l'humidit&#233;, le chaud, le froid !&lt;br class='autobr' /&gt; Si le feu, mon dernier bien, ne m'&#233;tait r&#233;serv&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt; Je n'aurais plus rien qui m'appartienne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait formuler notre conception pr&#233;sente &#224; peu pr&#232;s en ces termes - une part de libido participe &#224; toute manifestation instinctive, mais en celle-ci tout n'est pas libido.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour pr&#233;ciser, on peut vraisemblablement ajouter : tel qu'il devrait se d&#233;velopper &#224; partir d'un certain &#233;v&#233;nement non d&#233;couvert encore.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le texte : &#171; Eiapopeia vom Himmel &#187;, expression emprunt&#233;e au c&#233;l&#232;bre po&#232;me de H. HEINE intitul&#233; &lt;i&gt;Allemagne&lt;/i&gt; (chant I, strophe 7). Le po&#232;te quitte Paris, sa &#171; ch&#232;re ville &#187;, et rentre en Allemagne par un triste jour de novembre. L&#224;, il &#233;coute une jeune joueuse de harpe. &#171; ... Elle chantait la vall&#233;e des larmes terrestres o&#249; toutes joies s'&#233;vanouissent, et l'au-del&#224;, o&#249; l'&#226;me transfigur&#233;e s'&#233;panouit dans les b&#233;atitudes &#233;ternelles. Elle chantait l'antique chant du renoncement, l'Eiapopeia du Ciel, avec lequel, quand il pleurniche, on berce le peuple, ce gros b&#234;ta... &#187; (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Malaise dans la civilisation, V - </title>
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		<dc:date>2007-06-20T20:47:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;V &lt;br class='autobr' /&gt;
La pratique de la psychanalyse nous a enseign&#233; que ces privations sexuelles ne sont pr&#233;cis&#233;ment pas support&#233;es par les gens appel&#233;s n&#233;vropathes. Ceux-ci se procurent dans leurs sympt&#244;mes des satisfactions substitutives qui, ou bien les font souffrir par elles-m&#234;mes, ou bien deviennent source de souffrance en leur pr&#233;parant des difficult&#233;s avec le milieu ou la soci&#233;t&#233;. Ce dernier cas est facile &#224; comprendre, alors que le premier nous propose une nouvelle &#233;nigme. Or la civilisation, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Malaise-dans-la-civilisation-" rel="directory"&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-IV' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La pratique de la psychanalyse nous a enseign&#233; que ces privations sexuelles ne sont pr&#233;cis&#233;ment pas support&#233;es par les gens appel&#233;s n&#233;vropathes. Ceux-ci se procurent dans leurs sympt&#244;mes des satisfactions substitutives qui, ou bien les font souffrir par elles-m&#234;mes, ou bien deviennent source de souffrance en leur pr&#233;parant des difficult&#233;s avec le milieu ou la soci&#233;t&#233;. Ce dernier cas est facile &#224; comprendre, alors que le premier nous propose une nouvelle &#233;nigme. Or la civilisation, en plus des sacrifices sexuels, en exige encore d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est concevoir le laborieux d&#233;veloppement de la civilisation comme une difficult&#233; &#233;volutive d'ordre g&#233;n&#233;ral, que de le ramener, comme nous l'avons fait, &#224; une manifestation de l'inertie de la libido et &#224; la r&#233;pugnance de celle-ci &#224; abandonner une position ancienne pour une nouvelle. Nous en restons &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me point en faisant d&#233;couler l'opposition entre la civilisation et la sexualit&#233; du fait que l'amour sexuel est une relation &#224; deux, o&#249; un tiers ne saurait qu'&#234;tre superflu ou jouer le r&#244;le de trouble-f&#234;te, alors que la civilisation implique n&#233;cessairement des relations entre un grand nombre d'&#234;tres. Au plus fort de l'amour, il ne subsiste aucun int&#233;r&#234;t pour le monde ambiant : les amoureux se suffisent l'un &#224; l'autre, n'ont m&#234;me pas besoin d'un enfant commun pour &#234;tre heureux. En aucun cas, l'&#201;ros ne trahit mieux l'essence de sa nature, son dessein de faire un seul &#234;tre de plusieurs ; mais quand il y a r&#233;ussi en rendant deux &#234;tres amoureux l'un de l'autre, cela lui suffit et, comme le proverbe en fait foi, il s'en tient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, nous pouvons fort bien imaginer une communaut&#233; civilis&#233;e qui serait compos&#233;e de tels &#171; individus doubles &#187;, lesquels rassasiant en eux-m&#234;mes leur libido, seraient unis entre eux par le lien du travail et d'int&#233;r&#234;ts communs. En pareil cas, la civilisation n'aurait plus lieu de soustraire &#224; la sexualit&#233; une somme d'&#233;nergie quelconque. Mais un &#233;tat aussi souhaitable n'existe pas et n'a jamais exist&#233; ; la r&#233;alit&#233; nous montre que la civilisation ne se contente point des seuls modes d'union que nous lui avons attribu&#233;s jusqu'ici, mais qu'elle veut, en outre, unir entre eux les membres de la soci&#233;t&#233; par un lien libidinal ; que, dans ce but, elle s'efforce par tous les moyens de susciter entre eux de fortes identifications et de favoriser toutes les voies susceptibles d'y conduire ; qu'elle mobilise enfin la plus grande quantit&#233; possible de libido inhib&#233;e quant au but sexuel, afin de renforcer le lien social par des relations amicales. Pour r&#233;aliser ces desseins, la restriction de la vie sexuelle est indispensable. Mais nous ne voyons absolument pas quelle n&#233;cessit&#233; entra&#238;ne la civilisation dans cette voie et fonde son opposition &#224; la sexualit&#233;. Il doit y avoir l&#224; un facteur de trouble que nous n'avons pas encore d&#233;couvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, parmi les exigences id&#233;ales de la soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, il en est une qui peut, ici, nous mettre sur la voie. &#171; Tu aimeras ton prochain comme toi-m&#234;me &#187;, nous dit-elle. C&#233;l&#232;bre dans le monde entier, cette maxime est plus vieille &#224; coup s&#251;r que le christianisme, qui s'en est pourtant empar&#233; comme du d&#233;cret dont il avait lieu de s'estimer le plus fier. Mais elle n'est certainement pas tr&#232;s ancienne. A des &#233;poques d&#233;j&#224; historiques, elle &#233;tait encore &#233;trang&#232;re aux hommes. Mais adoptons &#224; son &#233;gard une attitude na&#239;ve comme si nous l'entendions pour la premi&#232;re fois ; nous ne pouvons alors nous d&#233;fendre d'un sentiment de surprise devant son &#233;tranget&#233;. Pourquoi serait-ce l&#224; notre devoir ? Quel secours y trouverions nous ? Et surtout, comment arriver &#224; l'accomplir ? Comment cela nous serait-il possible ? Mon amour est &#224; mon regard chose infiniment pr&#233;cieuse que je n'ai pas le droit de gaspiller sans en rendre compte. Il m'impose des devoirs que je dois pouvoir m'acquitter au prix de sacrifices. Si j'aime un autre &#234;tre, il doit le m&#233;riter &#224; un titre quelconque. (J'&#233;carte ici deux relations qui n'entrent pas en ligne de compte dans l'amour pour son prochain : l'une fond&#233;e sur les services qu'il peut me rendre, l'autre sur son importance possible en tant qu'objet sexuel.) Il m&#233;rite mon amour lorsque par des aspects importants il me ressemble &#224; tel point que je puisse en lui m'aimer moi-m&#234;me. Il le m&#233;rite s'il est tellement plus parfait que moi qu'il m'offre la possibilit&#233; d'aimer en lui mon propre id&#233;al ; je dois l'aimer s'il est le fils de mon ami, car la douleur d'un ami, s'il arrivait malheur &#224; son fils, serait aussi la mienne ; je devrais la partager. En revanche, s'il m'est inconnu, s'il ne m'attire par aucune qualit&#233; personnelle et n'a encore jou&#233; aucun r&#244;le dans ma vie affective, il m'est bien difficile d'avoir pour lui de l'affection. Ce faisant, je commettrais m&#234;me une injustice, car tous les miens appr&#233;cient mon amour pour eux comme une pr&#233;f&#233;rence ; il serait injuste &#224; leur &#233;gard d'accorder &#224; un &#233;tranger la m&#234;me faveur. Or, s'il doit partager les tendres sentiments que j'&#233;prouve sens&#233;ment pour l'univers tout entier, et cela uniquement parce que tel l'insecte, le ver de terre ou la couleuvre, il vit sur cette terre, j'ai grand-peur que seule une part infime d'amour &#233;mane de mon c&#339;ur vers lui, et &#224; coup s&#251;r de ne pouvoir lui en accorder autant que la raison m'autorise &#224; en retenir pour moi-m&#234;me. A quoi bon cette entr&#233;e en sc&#232;ne si solennelle d'un pr&#233;cepte que, raisonnablement, on ne saurait conseiller &#224; personne de suivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En y regardant de plus pr&#232;s, j'aper&#231;ois plus de difficult&#233;s encore. Non seulement cet &#233;tranger n'est en g&#233;n&#233;ral pas digne d'amour, mais, pour &#234;tre sinc&#232;re, je dois reconna&#238;tre qu'il a plus souvent droit &#224; mon hostilit&#233; et m&#234;me &#224; ma haine. Il ne para&#238;t pas avoir pour moi la moindre affection ; il ne me t&#233;moigne pas le moindre &#233;gard. Quand cela lui est utile, il n'h&#233;site pas &#224; me nuire ; il ne se demande m&#234;me pas si l'importance de son profit correspond &#224; la grandeur du tort qu'il me cause. Pis encore : m&#234;me sans profit, pourvu qu'il y trouve un plaisir quelconque, il ne se fait aucun scrupule de me railler, de m'offenser, de me calomnier, ne f&#251;t-ce que pour se pr&#233;valoir de la puissance dont il dispose contre moi. Et je peux m'attendre &#224; ce comportement vis-&#224;-vis de moi d'autant plus s&#251;rement qu'il se sent plus s&#251;r de lui et me consid&#232;re comme plus faible et sans d&#233;fense. S'il se comporte autrement, s'il a pour moi, sans me conna&#238;tre, du respect et des m&#233;nagements, je suis alors tout pr&#234;t &#224; lui rendre la pareille sans l'intervention d'aucun pr&#233;cepte. Certes, si ce sublime commandement &#233;tait ainsi formul&#233; : &#171; Aime ton prochain comme il t'aime lui-m&#234;me &#187;, je n'aurais alors rien &#224; redire. Mais il est un second commandement qui me para&#238;t plus inconcevable et d&#233;cha&#238;ne en moi une r&#233;volte plus vive encore. &#171; Aime tes ennemis &#187;, nous dit-il. Mais, &#224; la r&#233;flexion, j'ai tort de le r&#233;cuser ainsi comme impliquant une pr&#233;tention encore plus inadmissible que le premier. Au fond, il revient au m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un grand po&#232;te peut se permettre d'exprimer, du moins sur le ton de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, je crois entendre s'&#233;lever une voix sublime : &#171; C'est justement, me rappelle-t-elle, parce que ton prochain est indigne d'&#234;tre aim&#233; et qu'il est bien plut&#244;t ton ennemi, que tu dois l'aimer comme toi-m&#234;me. &#187; Il s'agit l&#224;, je le comprends maintenant, d'un cas analogue au &lt;i&gt;Credo quia absurdum.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Il est maintenant tr&#232;s vraisemblable, si on lui enjoint de m'aimer comme lui-m&#234;me, que mon prochain r&#233;ponde exactement comme moi et me r&#233;pudie pour les m&#234;mes raisons. Aura-t-il &#224; cela le m&#234;me droit, ses motifs seront-ils aussi objectifs que les miens ? J'esp&#232;re que non ; mais, m&#234;me dans ce cas, il tiendra un raisonnement identique au mien. Toujours est-il qu'il existe dans la conduite des hommes des diff&#233;rences que, sans tenir compte ou en se pla&#231;ant au-dessus des conditions dont elles d&#233;pendent, l'&#233;thique ram&#232;ne &#224; deux cat&#233;gories : celle du &#171; bien &#187; et celle du &#171; mal &#187;. Elles sont irr&#233;cusables ; mais tant qu'elles ne seront point supprim&#233;es, l'ob&#233;issance aux lois &#233;thiques sup&#233;rieures conservera la signification d'un pr&#233;judice port&#233; &#224; la civilisation, car cette ob&#233;issance encourage directement la m&#233;chancet&#233;. On ne peut s'emp&#234;cher, ici, d'&#233;voquer l'incident survenu &#224; la Chambre fran&#231;aise lors d'un d&#233;bat sur la peine de mort. Un partisan de son abolition y souleva par un discours enflamm&#233; un tonnerre d'applaudissements qu'une voix surgie du fond de la salle interrompit en s'&#233;criant : Que &lt;i&gt;messieurs les assassins commencent !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais dans le texte. (N.d.T.)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part de v&#233;rit&#233; que dissimule tout cela et qu'on nie volontiers se r&#233;sume ainsi : l'homme n'est point cet &#234;tre d&#233;bonnaire, au c&#339;ur assoiff&#233; d'amour, dont on dit qu'il se d&#233;fend quand on l'attaque, mais un &#234;tre, au contraire, qui doit porter au compte de ses donn&#233;es instinctives une bonne somme d'agressivit&#233;. Pour lui, par cons&#233;quent, le prochain n'est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation. L'homme est, en effet, tent&#233; de satisfaire son besoin d'agression aux d&#233;pens de son prochain, d'exploiter son travail sans d&#233;dommagements, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ses biens, de l'humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. &lt;i&gt;Homo homini &lt;/i&gt;lupus : qui aurait le courage, en face de tous les enseignements de la vie et de l'histoire, de s'inscrire en faux contre cet adage ? En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, cette agressivit&#233; cruelle ou bien attend une provocation, ou bien se met au service de quelque dessein dont le but serait tout aussi accessible par des moyens plus doux. Dans certaines circonstances favorables en revanche, quand par exemple les forces morales qui s'opposaient &#224; ses manifestations et jusque-l&#224; les inhibaient, ont &#233;t&#233; mises hors d'action, l'agressivit&#233; se manifeste aussi de fa&#231;on spontan&#233;e, d&#233;masque sous l'homme la b&#234;te sauvage qui perd alors tout &#233;gard pour sa propre esp&#232;ce. Quiconque &#233;voquera dans sa m&#233;moire les horreurs des grandes migrations des peuples, ou de l'invasion des Huns ; celles commises par les fameux Mongols de Gengis Khan ou de Tamerlan, ou celles que d&#233;clencha la prise de J&#233;rusalem par les pieux crois&#233;s, sans oublier enfin celles de la derni&#232;re guerre mondiale, devra s'incliner devant notre conception et en reconna&#238;tre le bien-fond&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance &#224; l'agression, que nous pouvons d&#233;celer en nous-m&#234;mes et dont nous supposons &#224; bon droit l'existence chez autrui, constitue le facteur principal de perturbation dans nos rapports avec notre prochain ; c'est elle qui impose &#224; la civilisation tant d'efforts. Par suite de cette hostilit&#233; primaire qui dresse les hommes les uns contre les autres, la soci&#233;t&#233; civilis&#233;e est constamment menac&#233;e de ruine. L'int&#233;r&#234;t du travail solidaire ne suffirait pas &#224; la maintenir : les passions instinctives sont plus fortes que les int&#233;r&#234;ts rationnels. La civilisation doit tout mettre en &#339;uvre pour limiter l'agressivit&#233; humaine et pour en r&#233;duire les manifestations &#224; l'aide de r&#233;actions psychiques d'ordre &#233;thique. De l&#224;, cette mobilisation de m&#233;thodes incitant les hommes &#224; des identifications et &#224; des relations d'amour inhib&#233;es quant au but ; de l&#224; cette restriction de la vie sexuelle ; de l&#224; aussi cet id&#233;al impos&#233; d'aimer son prochain comme soi-m&#234;me, id&#233;al dont la justification v&#233;ritable est pr&#233;cis&#233;ment que rien n'est plus contraire &#224; la nature humaine primitive. Tous les efforts fournis en son nom par la civilisation n'ont gu&#232;re abouti jusqu'&#224; pr&#233;sent. Elle croit pouvoir pr&#233;venir les exc&#232;s les plus grossiers de la force brutale en se r&#233;servant le droit d'en user elle-m&#234;me envers les criminels, mais la loi ne peut atteindre les manifestations plus prudentes et plus subtiles de l'agressivit&#233; humaine. Chacun de nous en arrive &#224; ne plus voir que des illusions dans les esp&#233;rances mises pendant sa jeunesse en ses semblables, et comme telles &#224; les abandonner ; chacun de nous peut &#233;prouver combien la malveillance de son prochain lui rend la vie p&#233;nible et douloureuse. Mais il serait injuste de reprocher &#224; la civilisation de vouloir exclure de l'activit&#233; humaine la lutte et la concurrence. Sans doute sont-elles indispensables, mais rivalit&#233; n'est pas n&#233;cessairement hostilit&#233; ; c'est simplement abuser de la premi&#232;re que d'en prendre pr&#233;texte pour justifier la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes croient avoir d&#233;couvert la voie de la d&#233;livrance du mal. D'apr&#232;s eux, l'homme est uniquement bon, ne veut que le bien de son prochain ; mais l'institution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e a vici&#233; sa nature. La possession des biens conf&#232;re la puissance &#224; un seul individu et fait germer en lui la tentation de maltraiter son prochain ; celui qui en est d&#233;pouill&#233; doit donc devenir hostile &#224; l'oppresseur et se dresser contre lui. Lorsqu'on abolira la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, qu'on rendra toutes les richesses communes et que chacun pourra participer aux plaisirs qu'elles procurent, la malveillance et l'hostilit&#233; qui r&#232;gnent parmi les hommes dispara&#238;tront. Comme tous les besoins seront satisfaits, nul n'aura plus aucune raison de voir un ennemi en autrui, tous se plieront b&#233;n&#233;volement &#224; la n&#233;cessit&#233; du travail. La critique &#233;conomique du syst&#232;me communiste n'est point mon affaire, et il ne m'est pas possible d'examiner si la suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est opportune et avantageuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Celui qui dans sa propre jeunesse a go&#251;t&#233; aux mis&#232;res de la pauvret&#233;, a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne son postulat psychologique, je me crois toutefois autoris&#233; &#224; y reconna&#238;tre une illusion sans consistance aucune. En abolissant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, on retire, certes, &#224; l'agressivit&#233; humaine et au plaisir qu'elle procure l'un de ses instruments, et sans doute un instrument puissant, mais non pas le plus puissant. En revanche, on n'a rien chang&#233; aux diff&#233;rences de puissance et d'influence dont l'agressivit&#233; abuse, non plus qu'&#224; la nature de celle-ci. Car elle n'a pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par la propri&#233;t&#233; mais r&#233;gnait de fa&#231;on presque illimit&#233;e en des temps primitifs o&#249; cette derni&#232;re &#233;tait encore bien peu de chose ; &#224; peine l'instinct de la propri&#233;t&#233; a-t-il perdu chez les enfants sa forme anale primitive que d&#233;j&#224; l'agression se manifeste chez eux ; elle constitue enfin le s&#233;diment qui se d&#233;pose au fond de tous les sentiments de tendresse ou d'amour unissant les humains, &#224; l'exception d'un seul peut-&#234;tre : du sentiment d'une m&#232;re pour son enfant m&#226;le. Abolirait-on le droit individuel aux biens mat&#233;riels, que subsisterait le privil&#232;ge sexuel, d'o&#249; &#233;mane obligatoirement la plus violente jalousie ainsi que l'hostilit&#233; la plus vive entre des &#234;tres occupant autrement le m&#234;me rang. Abolirait-on en outre ce dernier privil&#232;ge en rendant la vie sexuelle enti&#232;rement libre, en supprimant donc la famille, cette cellule germinative de la civilisation, que rien ne laisserait pr&#233;voir quelles nouvelles voies la civilisation pourrait choisir pour son d&#233;veloppement. Il faut, en tout cas, pr&#233;voir ceci : quelque voie qu'elle choisisse, le trait indestructible de la nature humaine l'y suivra toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est manifestement pas facile aux humains de renoncer &#224; satisfaire cette agressivit&#233; qui est leur ; ils n'en retirent alors aucun bien-&#234;tre. Un groupement civilis&#233; plus r&#233;duit, c'est l&#224; son avantage, ouvre une issue &#224; cette pulsion instinctive en tant qu'il autorise &#224; traiter en ennemis tous ceux qui restent en dehors de lui. Et cet avantage n'est pas maigre. Il est toujours possible d'unir les uns aux autres par les liens de l'amour une plus grande masse d'hommes, &#224; la seule condition qu'il en reste d'autres en dehors d'elle pour recevoir les coups. Je me suis occup&#233; jadis de ce ph&#233;nom&#232;ne que justement les communaut&#233;s voisines et m&#234;me apparent&#233;es se combattent et se raillent r&#233;ciproquement ; par exemple Espagnols et Portugais, Allemands du Nord et du Sud, Anglais et &#201;cossais, etc. je l'ai appel&#233; &#171; Narcissisme des petites diff&#233;rences &#187;, nom qui ne contribue gu&#232;re &#224; l'&#233;clairer. Or, on y constate une satisfaction commode et relativement inoffensive de l'instinct agressif, par laquelle la coh&#233;sion de la communaut&#233; est rendue plus facile &#224; ses membres. Le peuple juif, du fait de sa diss&#233;mination en tous lieux, a dignement servi, de ce point de vue, la civilisation des peuples qui l'h&#233;bergeaient ; mais h&#233;las, tous les massacres de Juifs du Moyen &#194;ge n'ont suffi &#224; rendre cette p&#233;riode plus paisible ni plus s&#251;re aux fr&#232;res chr&#233;tiens. Lorsque l'ap&#244;tre Paul eut fait de l'Amour universel des hommes le fondement de sa communaut&#233; chr&#233;tienne, la plus extr&#234;me intol&#233;rance de la part du christianisme &#224; l'&#233;gard des non convertis en fut la cons&#233;quence in&#233;vitable ; intol&#233;rance demeur&#233;e &#233;trang&#232;re aux Romains dont la vie publique et politique n'&#233;tait point fond&#233;e sur l'amour, bien que pour eux la religion f&#251;t affaire d'&#201;tat et que l'&#201;tat f&#251;t tout impr&#233;gn&#233; de religion. Ce ne fut pas non plus l'&#339;uvre d'un hasard inintelligible si les Germains firent appel &#224; l'antis&#233;mitisme pour r&#233;aliser plus compl&#232;tement leur r&#234;ve de supr&#233;matie mondiale ; et l'on voit comment la tentative d'instauration en Russie d'une civilisation communiste nouvelle trouve son point d'appui psychologique dans la pers&#233;cution des bourgeois. Seulement, on se demande avec anxi&#233;t&#233; ce qu'entreprendront les Soviets une fois tous leurs bourgeois extermin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la civilisation impose d'aussi lourds sacrifices, non seulement &#224; la sexualit&#233; mais encore &#224; l'agressivit&#233;, nous comprenons mieux qu'il soit si difficile &#224; l'homme d'y trouver son bonheur. En ce sens, l'homme primitif avait en fait la part belle puisqu'il ne connaissait aucune restriction &#224; ses instincts. En revanche, sa certitude de jouir longtemps d'un tel bonheur &#233;tait tr&#232;s minime. L'homme civilis&#233; a fait l'&#233;change d'une part de bonheur possible contre une part de s&#233;curit&#233;. Mais n'oublions pas que dans la famille primitive le chef seul jouissait d'une pareille libert&#233; de l'instinct ; les autres subissaient en esclaves son oppression. Le contraste entre une minorit&#233; profitant des avantages de la civilisation et une majorit&#233; priv&#233;e de ceux-ci &#233;tait donc, &#224; cette &#233;poque recul&#233;e du d&#233;veloppement humain, pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me. Des renseignements plus exacts sur les m&#339;urs des sauvages actuels nous ont appris qu'il n'y avait nullement lieu d'envier la libert&#233; de leur vie instinctive : ils &#233;taient, en effet, soumis &#224; des restrictions d'un autre ordre, mais plus s&#233;v&#232;res peut-&#234;tre que n'en subit le civilis&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous reprochons &#224; juste titre &#224; notre civilisation actuelle de r&#233;aliser aussi insuffisamment un ordre vital propre &#224; nous rendre heureux - ce que pourtant nous exigeons d'elle - ainsi que de laisser subsister tant de souffrances vraisemblablement &#233;vitables ; si d'autre part nous nous effor&#231;ons, par une critique impitoyable, de d&#233;couvrir les sources de son imperfection, nous ne faisons, certes, qu'exercer notre bon droit ; et en cela nous ne nous d&#233;clarons pas ses ennemis. C'est &#233;galement notre droit d'esp&#233;rer d'elle, peu &#224; peu, des changements susceptibles de satisfaire mieux &#224; nos besoins et de la soustraire ainsi &#224; ces critiques. Toutefois, nous nous familiariserons peut-&#234;tre avec cette id&#233;e que certaines difficult&#233;s existantes sont intimement li&#233;es &#224; son essence et ne sauraient c&#233;der &#224; aucune tentative de r&#233;forme. Ind&#233;pendamment des obligations impos&#233;es par la restriction des pulsions instinctives, obligations auxquelles nous sommes pr&#233;par&#233;s, nous sommes oblig&#233;s d'envisager aussi le danger suscit&#233; par un &#233;tat particulier qu'on peut appeler &#171; la mis&#232;re psychologique de la masse &#187;. Ce danger devient des plus mena&#231;ants quand le lien social est cr&#233;&#233; principalement par l'identification des membres d'une soci&#233;t&#233; les uns aux autres, alors que certaines personnalit&#233;s &#224; temp&#233;rament de chefs ne parviennent pas, d'autre part, &#224; jouer ce r&#244;le important qui doit leur revenir dans la formation d'une masse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. FREUD, Psychologie des masses et analyse du moi, 1920,trad. par S. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;tat actuel de l'Am&#233;rique fournirait une bonne occasion d'&#233;tudier ce redoutable pr&#233;judice port&#233; &#224; la civilisation. Je r&#233;siste &#224; la tentation de me lancer dans la critique de la civilisation am&#233;ricaine, ne tenant pas &#224; donner l'impression de vouloir moi-m&#234;me user de m&#233;thodes am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-VI' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un grand po&#232;te peut se permettre d'exprimer, du moins sur le ton de la plaisanterie, des v&#233;rit&#233;s psychologiques rigoureusement r&#233;prouv&#233;es. C'est ainsi que H. Heine nous l'avoue : &#171; je suis l'&#234;tre le plus pacifique qui soit. Mes d&#233;sirs sont : une modeste cabane avec un toit de chaume, mais dot&#233;e d'un bon lit, d'une bonne table, de lait et de beurre bien frais avec des fleurs aux fen&#234;tres ; devant la porte quelques beaux arbres ; et si le bon Dieu veut me rendre tout &#224; fait heureux, qu'il m'accorde de voir &#224; peu pr&#232;s six ou sept de mes ennemis pendus &#224; ces arbres. D'un c&#339;ur attendri, je leur pardonnerai avant leur mort, toutes les offenses qu'ils m'ont faites durant leur vie - certes on doit pardonner &#224; ses ennemis, mais pas avant qu'ils soient pendus &#187; (HEINE, &lt;i&gt;Pens&#233;es et propos&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fran&#231;ais dans le texte. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Celui qui dans sa propre jeunesse a go&#251;t&#233; aux mis&#232;res de la pauvret&#233;, a &#233;prouv&#233; l'insensibilit&#233; et l'orgueil des riches, est s&#251;rement &#224; l'abri du soup&#231;on d'incompr&#233;hension et de manque de bienveillance &#224; l'&#233;gard des efforts tent&#233;s pour combattre l'in&#233;galit&#233; des richesses et ce qui en d&#233;coule. En v&#233;rit&#233;, si cette lutte veut en appeler au principe abstrait, et fond&#233; sur la justice, de l'&#233;galit&#233; de tous les hommes entre eux, il serait trop facile de lui objecter que la nature la toute premi&#232;re, par la souveraine in&#233;galit&#233; des capacit&#233;s physiques et mentales r&#233;parties aux humains, a commis des injustices contre lesquelles il n'y a pas de rem&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. FREUD, &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du moi&lt;/i&gt;, 1920,trad. par S. JANK&#201;L&#201;VITCH dans &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Malaise dans la civilisation, IV - </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



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&lt;p&gt;IV &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; une bien lourde t&#226;che, devant elle, avouons-le, nous perdons courage. Je me bornerai donc &#224; exposer ici le peu que j'ai pu entrevoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'il eut d&#233;couvert qu'au moyen du travail, il avait entre ses mains - au sens propre - l'am&#233;lioration de son sort terrestre, l'homme primitif ne put d&#233;sormais rester indiff&#233;rent au fait que l'un de ses semblables travaill&#226;t avec ou contre lui. Ce semblable prit &#224; ses yeux la valeur d'un collaborateur, et il devenait avantageux de vivre avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Malaise-dans-la-civilisation-" rel="directory"&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-III-Bonheur-et-societe' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une bien lourde t&#226;che, devant elle, avouons-le, nous perdons courage. Je me bornerai donc &#224; exposer ici le peu que j'ai pu entrevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il eut d&#233;couvert qu'au moyen du travail, il avait entre ses mains - au sens propre - l'am&#233;lioration de son sort terrestre, l'homme primitif ne put d&#233;sormais rester indiff&#233;rent au fait que l'un de ses semblables travaill&#226;t avec ou contre lui. Ce semblable prit &#224; ses yeux la valeur d'un collaborateur, et il devenait avantageux de vivre avec lui. Auparavant d&#233;j&#224;, aux temps pr&#233;historiques o&#249; l'&#234;tre humain &#233;tait proche du singe, il avait adopt&#233; la coutume de fonder des familles ; et les membres de sa famille furent vraisemblablement ses premiers auxiliaires. On peut supposer que la fondation de celle-ci co&#239;ncida avec une certaine &#233;volution du besoin de satisfaction g&#233;nitale, ce dernier ne se manifestant plus &#224; la mani&#232;re d'un h&#244;te apparaissant soudain pour ensuite ne plus donner signe de vie de longtemps apr&#232;s son d&#233;part, mais comme un locataire qui s'installe &#224; demeure chez l'individu. Par l&#224; fut donn&#233; au m&#226;le un motif de garder chez lui la femelle ou, d'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, les objets sexuels ; les femelles, de leur c&#244;t&#233;, ne tenant pas &#224; se s&#233;parer de leurs petits, durent dans l'int&#233;r&#234;t de ces jeunes &#234;tres d&#233;nu&#233;s de tout secours rester aupr&#232;s du m&#226;le plus fort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;alit&#233; la p&#233;riodicit&#233; du processus sexuel s'est maintenue mais son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au sein de cette famille primitive il nous manque encore un trait essentiel &#224; la civilisation, car l'arbitraire du chef et p&#232;re &#233;tait sans limite. J'ai tent&#233; d'indiquer dans &lt;i&gt;Totem et Tabou &lt;/i&gt;la voie qui conduisait de ce stade familial primitif au suivant, c'est-&#224;-dire au stade o&#249; les fr&#232;res s'alli&#232;rent entre eux. Par leur victoire sur le p&#232;re, ceux-ci avaient fait l'exp&#233;rience qu'une f&#233;d&#233;ration peut &#234;tre plus forte que l'individu isol&#233;. La civilisation tot&#233;mique est bas&#233;e sur les restrictions qu'ils durent s'imposer pour maintenir ce nouvel &#233;tat de choses. Les r&#232;gles du Tabou constitu&#232;rent le premier code de &#171; droit &#187;. La vie en commun des humains avait donc pour fondement : premi&#232;rement la contrainte au travail cr&#233;&#233;e par la n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure, et secondement la puissance de l'amour, ce dernier exigeant que ne fussent priv&#233;s ni l'homme de la femme, son objet sexuel, ni la femme de cette partie s&#233;par&#233;e d'elle-m&#234;me qu'&#233;tait l'enfant. &#201;ros et Anank&#233; sont ainsi devenus les parents de la civilisation humaine dont le premier succ&#232;s fut qu'un plus grand nombre d'&#234;tres purent rester et vivre en commun. Et comme deux puissances consid&#233;rables conjugaient l&#224; leur action, on aurait pu esp&#233;rer que le d&#233;veloppement ult&#233;rieur s'accompl&#238;t sans difficult&#233; et conduis&#238;t &#224; une ma&#238;trise toujours plus parfaite du monde ext&#233;rieur, ainsi qu'&#224; un accroissement progressif du nombre des membres englob&#233;s dans la communaut&#233;. Il n'est pas facile de comprendre non plus comment cette m&#234;me civilisation aurait pu faire autrement que de rendre heureux ses ressortissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner d'o&#249; le mal peut venir, et pour combler une lacune laiss&#233;e dans un pr&#233;c&#233;dent d&#233;veloppement, revenons &#224; cette notion de l'amour admis comme l'un des fondements de la civilisation. Nous avons signal&#233; plus haut ce fait d'exp&#233;rience que l'amour sexuel (g&#233;nital) procure &#224; l'&#234;tre humain les plus fortes satisfactions de son existence et constitue pour lui &#224; vrai dire le prototype de tout bonheur ; et nous avons dit que de l&#224; &#224; rechercher &#233;galement le bonheur de la vie dans le domaine des relations sexuelles et &#224; placer l'&#233;rotique g&#233;nitale au centre de cette vie, il aurait d&#251; n'y avoir qu'un pas. Nous ajoutions qu'en s'engageant dans cette voie on se rendait ainsi, et de la mani&#232;re la plus inqui&#233;tante, d&#233;pendant d'une partie du monde ext&#233;rieur, &#224; savoir de l'objet aim&#233;, et que l'on &#233;tait expos&#233; &#224; une douleur intense du fait de son d&#233;dain ou de sa perte s'il &#233;tait infid&#232;le ou venait &#224; mourir. C'est pourquoi les sages de tous les temps ont d&#233;conseill&#233; cette voie avec tant d'insistance ; mais en d&#233;pit de leurs efforts, elle n'a rien perdu de son attrait pour un grand nombre des enfants des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est r&#233;serv&#233; &#224; une faible minorit&#233; d'entre eux, gr&#226;ce &#224; leur constitution, d'atteindre tout de m&#234;me au bonheur par la voie de l'amour, mais pour cela il est indispensable de faire subir &#224; la fonction amoureuse de vastes modifications d'ordre psychique. Ces sujets se rendent ind&#233;pendants de l'agr&#233;ment de l'objet au moyen d'un d&#233;placement de valeur, c'est-&#224;-dire en reportant sur leur propre amour l'accent primitivement attach&#233; au fait d'&#234;tre aim&#233; ; ils se prot&#232;gent contre la perte de la personne aim&#233;e en prenant pour objets de leur amour non plus des &#234;tres d&#233;termin&#233;s mais tous les &#234;tres humains en &#233;gale mesure ; ils &#233;vitent enfin les p&#233;rip&#233;ties et les d&#233;ceptions inh&#233;rentes &#224; l'amour g&#233;nital en se d&#233;tournant de son but sexuel et en transformant les pulsions instinctives en un sentiment &#224; &#171; but inhib&#233; &#187;. La vie int&#233;rieure qu'ils se cr&#233;ent par ces moyens, cette mani&#232;re tendre, &#233;gale et d&#233;tendue de sentir, inaccessible aussi &#224; toute influence, n'a plus beaucoup de ressemblance ext&#233;rieure, bien qu'elle en proc&#232;de pourtant, avec la vie amoureuse g&#233;nitale, ses agitations et ses orages. Saint Fran&#231;ois d'Assise est peut-&#234;tre celui qui est all&#233; le plus loin dans cette voie, voie qui conduit &#224; l'utilisation compl&#232;te de l'amour aux fins du sentiment de bonheur int&#233;rieur. Si nous reconnaissons dans ce proc&#233;d&#233; l'une des techniques destin&#233;es &#224; r&#233;aliser le principe du plaisir, d'autres l'ont tr&#232;s souvent rattach&#233; &#224; la religion ; car principe du plaisir et religion pourraient bien se rejoindre en ces r&#233;gions lointaines o&#249; l'on n&#233;glige de diff&#233;rencier le Moi des objets, et ceux-ci les uns des autres. Une conception &#233;thique, dont les motifs profonds nous deviendront bient&#244;t &#233;vidents, voudrait voir dans cette disposition &#224; l'amour universel pour l'humanit&#233; et le monde, l'attitude la plus &#233;lev&#233;e que l'&#234;tre humain puisse adopter. Ici d&#233;j&#224;, nous ne voudrions plus garder par-devers nous deux r&#233;serves capitales : en premier lieu, un amour qui ne fait pas de choix nous semble perdre une partie de sa propre valeur en tant qu'il se montre injuste envers son objet ; en second lieu, les &#234;tres humains ne sont pas tous dignes d'&#234;tre aim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet amour qui fonda la famille continue d'exercer son empire au sein de la civilisation aussi bien sous sa forme primitive, en tant que ne renon&#231;ant pas &#224; la satisfaction sexuelle directe, que sous sa forme modifi&#233;e en tant que tendresse inhib&#233;e quant au but. Il perp&#233;tue sous ces deux formes sa fonction qui est d'unir les uns aux autres un plus grand nombre d'&#234;tres humains et de les unir de fa&#231;on plus &#233;nergique que ne r&#233;ussit &#224; le faire l'int&#233;r&#234;t d'une communaut&#233; fond&#233;e sur le travail. L'impr&#233;cision avec laquelle le langage use du terme &#171; amour &#187; est justifi&#233;e du point de vue g&#233;n&#233;tique. On nomme amour la relation entre l'homme et la femme qui en raison de leurs besoins sexuels ont fond&#233; une famille, mais amour aussi les sentiments positifs existant au sein de la famille entre parents et enfants, entre fr&#232;res et s&#339;urs, bien que nous devions d&#233;peindre ces derni&#232;res relations comme amour inhib&#233; quant au but, soit comme tendresse. Mais &#224; l'origine, cet amour inhib&#233; &#233;tait justement des plus sensuels et il l'est demeur&#233; dans l'inconscient des hommes. Pleinement sensuel ou inhib&#233;, et d&#233;bordant le cadre de la famille, l'amour va s'emparer sous ses deux formes d'objets jusqu'ici &#233;trangers, et &#233;tablir avec eux de nouvelles liaisons : g&#233;nital, il conduit &#224; la formation de nouvelles familles ; inhib&#233; quant au but, &#224; des &#171; amiti&#233;s &#187; qui importent fort &#224; la civilisation parce qu'elles &#233;chappent &#224; maintes restrictions frappant le premier, par exemple &#224; son exclusivit&#233;. Cependant, au cours de l'&#233;volution, le rapport entre l'amour et la civilisation cesse d'&#234;tre univoque : le premier, d'une part, combat les int&#233;r&#234;ts de la seconde, laquelle, d'autre part, le menace de douloureuses limitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hostilit&#233; r&#233;ciproque semble in&#233;vitable ; mais il n'est pas facile d'en distinguer d'embl&#233;e la raison profonde. Elle se manifeste tout d'abord sous forme d'un conflit entre la famille et la communaut&#233; plus vaste &#224; laquelle appartient l'individu. Nous avons d&#233;j&#224; constat&#233; que l'un des principaux efforts de la civilisation tendait &#224; agglom&#233;rer les humains en de grandes unit&#233;s. Mais la famille ne veut pas l&#226;cher l'individu. Ses membres seront d'autant plus souvent dispos&#233;s &#224; s'isoler de la soci&#233;t&#233;, il leur sera d'autant plus difficile d'entrer dans le grand cercle de la vie, que seront plus serr&#233;s les liens qui les unissent entre eux. Le mode de vie en commun le plus ancien au point de vue phylog&#233;nique, le seul r&#233;gnant aussi pendant l'enfance de l'individu, r&#233;siste &#224; se laisser &#171; relever &#187; par le mode civilis&#233; plus tardivement acquis. Le d&#233;tachement de la famille devient pour chaque adolescent une t&#226;che, t&#226;che que la soci&#233;t&#233; l'aide souvent &#224; remplir au moyen des rites de pubert&#233; et d'initiation. On gagne l'impression qu'il s'agit l&#224; de difficult&#233;s inh&#233;rentes &#224; tout d&#233;veloppement psychique ; au fond, &#224; tout d&#233;veloppement organique &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les femmes ne tardent pas &#224; contrarier le courant civilisateur ; elles exercent une influence tendant &#224; la ralentir et &#224; l'endiguer. Et pourtant ce sont ces m&#234;mes femmes qui, &#224; l'origine, avaient &#233;tabli la base de la civilisation gr&#226;ce aux exigences de leur amour. Elles soutiendront les int&#233;r&#234;ts de la famille et de la vie sexuelle alors que l'&#339;uvre civilisatrice, devenue de plus en plus l'affaire des hommes, imposera &#224; ceux-ci des t&#226;ches toujours plus difficiles et les contraindra &#224; sublimer leurs instincts, sublimation &#224; laquelle les femmes sont peu aptes. Comme l'&#234;tre humain ne dispose pas d'une quantit&#233; illimit&#233;e d'&#233;nergie psychique, il ne peut accomplir ses t&#226;ches qu'au moyen d'une r&#233;partition opportune de sa libido. La part qu'il en destine &#224; des objectifs culturels, c'est surtout aux femmes et &#224; la vie sexuelle qu'il la soustrait ; le contact constant avec d'autres hommes, la d&#233;pendance o&#249; le tiennent les rapports avec eux, le d&#233;robent &#224; ses devoirs d'&#233;poux et de p&#232;re. La femme, se voyant ainsi rel&#233;gu&#233;e au second plan par les exigences de la civilisation, adopte envers celle-ci une attitude hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La civilisation pour sa part ne tend &#233;videmment pas moins &#224; restreindre la vie sexuelle qu'&#224; accro&#238;tre la sph&#232;re culturelle. D&#232;s sa premi&#232;re phase, la phase du tot&#233;misme, ses statuts comportent l'interdiction du choix incestueux de l'objet, soit la mutilation la plus sanglante peut-&#234;tre impos&#233;e au cours du temps &#224; la vie amoureuse de l'&#234;tre humain. De par les tabous, les lois et les m&#339;urs, on &#233;tablira de nouvelles restrictions frappant aussi bien les hommes que les femmes. Mais toutes les civilisations ne vont pas aussi loin sur cette voie ; la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; exerce &#233;galement son influence sur la part de libert&#233; sexuelle qui peut subsister. Nous savons bien que sur ce point la civilisation se plie aux n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques puisqu'elle doit soustraire &#224; la sexualit&#233;, pour l'utiliser &#224; ses fins, un fort appoint d'&#233;nergie psychique. Elle adopte l&#224; un comportement identique &#224; celui d'une tribu ou d'une classe de population qui en exploite et en pille une autre apr&#232;s l'avoir soumise. La crainte de l'insurrection des opprim&#233;s incite &#224; de plus fortes mesures de pr&#233;caution. Notre civilisation europ&#233;enne occidentale a atteint, comme elle nous le montre, un point culminant dans cette &#233;volution. Mais si elle commence par interdire s&#233;v&#232;rement toute manifestation de la sexualit&#233; infantile, ce premier acte est psychologiquement tout &#224; fait justifi&#233;, car l'endiguement des br&#251;lants d&#233;sirs sexuels de l'adulte n'a aucune chance d'aboutir s'il n'a pas &#233;t&#233; amorc&#233; pendant l'enfance par un travail pr&#233;paratoire. Ce qui, en revanche, ne se justifie en aucune mani&#232;re, c'est que la soci&#233;t&#233; civilis&#233;e soit all&#233;e jusqu'&#224; nier ces ph&#233;nom&#232;nes si frappants et si faciles &#224; d&#233;montrer. Le choix d'un objet par un individu venu &#224; maturit&#233; sexuelle sera limit&#233; au sexe oppos&#233;, la plupart des satisfactions extrag&#233;nitales seront prohib&#233;es en tant que perversions. Toutes ces interdictions traduisent l'exigence d'une vie sexuelle identique pour tous ; cette exigence, en se mettant au-dessus des in&#233;galit&#233;s que pr&#233;sente la constitution sexuelle inn&#233;e ou acquise des &#234;tres humains, retranche &#224; un nombre appr&#233;ciable d'entre eux le plaisir &#233;rotique et devient ainsi la source d'une grave injustice. Le succ&#232;s de ces mesures restrictives pourrait consister alors en ceci que l'int&#233;r&#234;t sexuel tout entier, du moins chez les sujets normaux dont la constitution ne s'opposerait pas &#224; pareille r&#233;action, se pr&#233;cipit&#226;t sans subir de d&#233;perdition dans les &#171; canaux &#187; laiss&#233;s ouverts. Mais la seule chose demeur&#233;e libre et &#233;chappant &#224; cette proscription, c'est-&#224;-dire l'amour h&#233;t&#233;rosexuel et g&#233;nital, tombe sous le coup de nouvelles limitations impos&#233;es par la l&#233;gitimit&#233; et la monogamie. La civilisation d'aujourd'hui donne clairement &#224; entendre qu'elle admet les relations sexuelles &#224; l'unique condition qu'elles aient pour base l'union indissoluble, et contract&#233;e une fois pour toutes, d'un homme et d'une femme ; qu'elle ne tol&#232;re pas la sexualit&#233; en tant que source autonome de plaisir et n'est dispos&#233;e a l'admettre qu'&#224; titre d'agent de multiplication que rien jusqu'ici n'a pu remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; naturellement aller &#224; l'extr&#234;me. Chacun sait que ce plan s'est r&#233;v&#233;l&#233; irr&#233;alisable, f&#251;t-ce pour une courte dur&#233;e. Seuls les d&#233;biles ont pu s'accommoder d'une si large emprise sur leur libert&#233; sexuelle ; quant aux natures plus fortes, elles ne s'y sont pr&#234;t&#233;es que sous la condition de l'octroi d'une compensation dont il sera question plus loin. La soci&#233;t&#233; civilis&#233;e s'est vue oblig&#233;e de fermer les yeux sur maintes d&#233;rogations que, fid&#232;le &#224; ses statuts, elle aurait d&#251; poursuivre. D'autre part, &#233;vitons de verser dans l'erreur contraire en admettant qu'une telle attitude de la part d'une civilisation soit compl&#232;tement inoffensive puisqu'elle ne remplit pas toutes ses intentions. La vie sexuelle de l'&#234;tre civilis&#233; est malgr&#233; tout gravement l&#233;s&#233;e ; elle donne parfois l'impression d'une fonction &#224; l'&#233;tat d'involution, comme paraissent l'&#234;tre en tant qu'organes nos dents et nos cheveux. On est vraisemblablement en droit d'admettre qu'elle a sensiblement diminu&#233; d'importance en tant que source de bonheur, en tant par cons&#233;quent que r&#233;alisation de notre objectif vital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les &#339;uvres de cet esprit fin qu'est l'&#233;crivain anglais John (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On croit parfois discerner que la pression civilisatrice ne serait pas seule en cause ; de par sa nature m&#234;me, la fonction sexuelle se refuserait quant &#224; elle &#224; nous accorder pleine satisfaction et nous contraindrait &#224; suivre d'autres voies. Peut-&#234;tre est-ce l&#224; une erreur ? Il est difficile de se prononcer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voici quelques remarques &#224; l'appui de cette hypoth&#232;se. L'homme est lui aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
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&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-V' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;alit&#233; la p&#233;riodicit&#233; du processus sexuel s'est maintenue mais son influence sur l'excitation sexuelle psychique a tourn&#233; plut&#244;t en sens contraire. Ce revirement se rattache avant tout &#224; l'effacement du sens de l'odorat dont l'entremise mettait la menstruation en &#233;tat d'agir sur l'esprit du m&#226;le. Le r&#244;le des sensations olfactives fut alors repris par les excitations visuelles. Celles-ci contrairement &#224; celles-l&#224; (les excitations olfactives &#233;tant intermittentes) furent &#224; m&#234;me d'exercer une action permanente. Le tabou de la menstruation r&#233;sulte de ce &#171; refoulement organique &#187; en tant que mesure contre le retour &#224; une phase surmont&#233;e du d&#233;veloppement. Tous les autres motifs sont probablement de nature secondaire (Cf. C. D. DALY, Mythologie hindoue et complexe de castration, &lt;i&gt;Imago&lt;/i&gt;, XIII, 1927). Quand les dieux d'une p&#233;riode de civilisation d&#233;pass&#233;e sont faits d&#233;mons, cette transformation est la reproduction &#224; un autre niveau de ce m&#234;me m&#233;canisme. Cependant le retrait &#224; l'arri&#232;re-plan du pouvoir excitant de l'odeur semble &#234;tre lui-m&#234;me cons&#233;cutif au fait que l'homme s'est relev&#233; du sol, s'est r&#233;solu &#224; marcher debout, station qui, en rendant visibles les organes g&#233;nitaux jusqu'ici masqu&#233;s, faisait qu'ils demandaient &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;s, et engendrait ainsi la pudeur. Par cons&#233;quent le redressement ou la &#171; verticalisation &#187; de l'homme serait le commencement du processus in&#233;luctable de la civilisation. A partir de l&#224; un encha&#238;nement se d&#233;roule qui, de la d&#233;pr&#233;ciation des perceptions olfactives et de l'isolement des femmes au moment de leurs menstrues, conduisit &#224; la pr&#233;pond&#233;rance des perceptions visuelles, &#224; la visibilit&#233; des organes g&#233;nitaux, puis &#224; la continuit&#233; de l'excitation sexuelle, &#224; la fondation de la famille et de la sorte au seuil de la civilisation humaine. Il ne s'agit l&#224; que d'une sp&#233;culation th&#233;orique, mais elle est assez importante pour m&#233;riter d'&#234;tre v&#233;rifi&#233;e avec exactitude sur les animaux dont les conditions de vie se rapprochent le plus de celles de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me nous apercevons l'action d'un facteur social &#233;vident dans l'effort vers la propret&#233; impos&#233; par la civilisation. Si cet effort a trouv&#233; sa justification apr&#232;s coup dans la n&#233;cessit&#233; de respecter l'hygi&#232;ne, il s'est manifest&#233; n&#233;anmoins avant que nous en connussions les lois. L'impulsion &#224; &#234;tre propre proc&#232;de du besoin imp&#233;rieux de faire dispara&#238;tre les excr&#233;ments devenus d&#233;sagr&#233;ables &#224; l'odorat. Nous savons qu'il en est autrement chez les petits enfants, auxquels ils n'inspirent nulle r&#233;pugnance, mais apparaissent comme pr&#233;cieux en tant que partie d'eux-m&#234;mes d&#233;tach&#233;e de leur corps. L'&#233;ducation s'emploie avec une &#233;nergie particuli&#232;re &#224; h&#226;ter la venue du stade suivant au cours duquel les excr&#233;ments doivent perdre toute valeur, devenir objet de d&#233;go&#251;t et de r&#233;pugnance, &#234;tre donc r&#233;pudi&#233;s. Pareille d&#233;pr&#233;ciation serait impossible si leur forte odeur ne condamnait pas ces mati&#232;res retir&#233;es au corps &#224; partager le sort r&#233;serv&#233; aux impressions olfactives apr&#232;s que l'&#234;tre se fut relev&#233; du sol. Ainsi donc l'&#233;rotique anale succombe la premi&#232;re &#224; ce &#171; refoulement organique &#187; qui ouvrit la voie &#224; la civilisation. Le facteur social, lequel se charge d'infliger &#224; l'&#233;rotique anale de nouvelles transformations, se traduit dans ce fait qu'en d&#233;pit de tous les progr&#232;s accomplis par l'homme au cours de son d&#233;veloppement, l'odeur de ses propres excr&#233;ments ne le choque gu&#232;re, alors que seule le choque celle des excr&#233;ments d'autrui. L'individu malpropre, c'est-&#224;-dire celui qui ne se cache pas de ses excr&#233;ments, offense donc autrui, lui refuse tout &#233;gard ; cette m&#234;me signification s'applique d'ailleurs aux injures les plus courantes et les plus grossi&#232;res. De m&#234;me cet usage injurieux du nom du plus fid&#232;le ami de l'homme parmi les animaux serait incompr&#233;hensible si deux particularit&#233;s ne faisaient encourir au chien le m&#233;pris de l'humanit&#233; qu'il soit tout d'abord un &#171; animal olfactif &#187; ne craignant pas les excr&#233;ments qu'il n'ait point honte ensuite de ses fonctions sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les &#339;uvres de cet esprit fin qu'est l'&#233;crivain anglais John GALSWORTHY, et dont la valeur est universellement reconnue de nos jours, une nouvelle m'avait autrefois beaucoup plu. Elle s'intitule Le &lt;i&gt;pommier&lt;/i&gt; et montre de fa&#231;on p&#233;n&#233;trante comment il n'est plus place, dans notre vie civilis&#233;e d'aujourd'hui, pour l'amour simple et naturel de deux &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voici quelques remarques &#224; l'appui de cette hypoth&#232;se. L'homme est lui aussi un animal dou&#233; d'une disposition non &#233;quivoque &#224; la bisexualit&#233;. L'individu correspond &#224; une fusion de deux moiti&#233;s sym&#233;triques dont l'une, de l'avis de plusieurs chercheurs, est purement masculine et l'autre f&#233;minine. Il est tout aussi possible que chacune d'elles &#224; l'origine f&#251;t hermaphrodite. La sexualit&#233; est un fait biologique tr&#232;s difficile &#224; concevoir psychologiquement, bien qu'il soit d'une extraordinaire importance dans la vie psychique. Nous avons coutume de dire : tout &#234;tre humain pr&#233;sente des pulsions instinctives, besoins ou propri&#233;t&#233;s autant masculines que f&#233;minines ; mais l'anatomie seule, et non pas la psychologie, est vraiment capable de nous r&#233;v&#233;ler le caract&#232;re propre du &#171; masculin &#187;, ou du &#171; f&#233;minin &#187;. Pour cette derni&#232;re, l'opposition des sexes s'estompe en cette autre opposition : activit&#233;-passivit&#233;. Ici c'est alors trop &#224; la l&#233;g&#232;re que nous faisons correspondre l'activit&#233; avec la masculinit&#233;, la passivit&#233; avec la f&#233;minit&#233;. Car cette correspondance n'est pas sans souffrir d'exceptions dans la s&#233;rie animale. La th&#233;orie de la bisexualit&#233; demeure tr&#232;s obscure encore et nous devons en psychanalyse consid&#233;rer comme une grave lacune l'impossibilit&#233; de la rattacher &#224; la th&#233;orie des instincts. Quoi qu'il en soit, si nous admettons le fait que, dans sa vie sexuelle, l'individu veuille satisfaire des d&#233;sirs masculins et f&#233;minins, nous sommes pr&#234;ts &#224; accepter aussi l'&#233;ventualit&#233; qu'ils ne soient pas tous satisfaits par le m&#234;me objet, et qu'en outre ils se contrecarrent mutuellement dans le cas o&#249; l'on n'aurait pas r&#233;ussi &#224; les disjoindre ni &#224; diriger chacun d'eux dans la voie qui lui est propre. Une autre difficult&#233; provient de ce qu'un appoint direct de tendance agressive s'associe si souvent &#224; la relation &#233;rotique entre deux &#234;tres, ind&#233;pendamment des composantes sadiques propres &#224; cette derni&#232;re. A ces complications, l'&#234;tre aim&#233; ne r&#233;pond pas toujours par autant de compr&#233;hension et de tol&#233;rance que cette paysanne toute pr&#234;te &#224; se plaindre que son mari ne l'aime plus, parce qu'il ne l'a pas battue depuis une semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'hypoth&#232;se allant le plus au fond des choses est celle qui se rattache aux remarques expos&#233;es dans la note de la page 49. Du fait du redressement vertical de l'&#234;tre humain et de la d&#233;valorisation du sens de l'odorat, non seulement l'&#233;rotique anale, mais bien la sexualit&#233; tout enti&#232;re aurait &#233;t&#233; menac&#233;e de succomber au refoulement organique. De l&#224; cette r&#233;sistance autrement inexplicable &#224; la fonction sexuelle, r&#233;sistance qui, en en emp&#234;chant la satisfaction compl&#232;te, d&#233;tourne cette fonction de son but et porte aux sublimations ainsi qu'aux d&#233;placements de la libido. Je sais que Bleuler (La r&#233;sistance sexuelle, &lt;i&gt;Revue annuelle d'&#233;tudes psychanalytiques et psychopathologiques&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Jahrbuch f&#252;r psychoanalyt. und psychopathol. Forschungen&lt;/i&gt;,t. V, 1913), a attir&#233; un jour l'attention sur l'existence d'une telle attitude de refus &#224; l'&#233;gard de la vie sexuelle. Tous les n&#233;vropathes, et beaucoup de non-n&#233;vropathes, sont choqu&#233;s par le fait que inter urinas et faeces nascimur. Les organes g&#233;nitaux d&#233;gagent aussi de fortes odeurs qui sont intol&#233;rables &#224; un grand nombre et les d&#233;go&#251;tent des rapports sexuels. Il s'attesterait ainsi que la racine la plus profonde du refoulement sexuel, dont les progr&#232;s vont de pair avec ceux de la civilisation, r&#233;sid&#226;t dans les m&#233;canismes organiques de d&#233;fense auxquels la nature humaine eut recours, au stade de la station et de la marche debout, en vue de prot&#233;ger le mode de vie &#233;tabli par cette nouvelle position contre un retour du mode pr&#233;c&#233;dent d'existence animale. C'est l&#224; un r&#233;sultat de recherches scientifiques venant s'accorder de fa&#231;on curieuse avec les pr&#233;jug&#233;s banals souvent formul&#233;s. De toute fa&#231;on ce ne sont l&#224; que suppositions encore incertaines et sans consistance scientifique. N'oublions pas non plus que, malgr&#233; l'ind&#233;niable d&#233;pr&#233;ciation des sensations de l'odorat, il existe, m&#234;me en Europe, des peuples qui appr&#233;cient hautement la forte odeur des organes g&#233;nitaux &#224; titre d'excitant sexuel, et ne veulent pas y renoncer. (Voir &#224; ce sujet les constatations auxquelles a donn&#233; lieu l'enqu&#234;te men&#233;e par Iwan BLOCH dans le domaine du folklore sur : Le sens de l'odorat dans la vie sexuelle, et parues dans divers bulletins annuels de l'&lt;i&gt;Anthropophyteia&lt;/i&gt; de Friedrich S. KRAUSS.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Malaise dans la civilisation, III - (Bonheur et soci&#233;t&#233;)</title>
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		<dc:date>2007-06-20T20:43:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Freud, Sigmund</dc:creator>



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&lt;p&gt;III &lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'ici, notre &#233;tude sur le bonheur ne nous a gu&#232;re appris que ce que tout le monde savait d&#233;j&#224;. Si nous voulons la compl&#233;ter en recherchant maintenant pourquoi il est si difficile aux hommes de devenir heureux, notre chance de d&#233;couvrir du nouveau ne semble pas beaucoup plus grande. Car nous avons d&#233;j&#224; donn&#233; la r&#233;ponse en signalant les trois sources d'o&#249; d&#233;coule la souffrance humaine : la puissance &#233;crasante de la nature, la caducit&#233; de notre propre corps, et l'insuffisance des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Malaise-dans-la-civilisation-" rel="directory"&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-II-Religion-et-recherche-du-bonheur' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, notre &#233;tude sur le bonheur ne nous a gu&#232;re appris que ce que tout le monde savait d&#233;j&#224;. Si nous voulons la compl&#233;ter en recherchant maintenant pourquoi il est si difficile aux hommes de devenir heureux, notre chance de d&#233;couvrir du nouveau ne semble pas beaucoup plus grande. Car nous avons d&#233;j&#224; donn&#233; la r&#233;ponse en signalant les trois sources d'o&#249; d&#233;coule la souffrance humaine : la puissance &#233;crasante de la nature, la caducit&#233; de notre propre corps, et l'insuffisance des mesures destin&#233;es &#224; r&#233;gler les rapports des hommes entre eux, que ce soit au sein de la famille, de l'&#201;tat ou de la soci&#233;t&#233;. En ce qui concerne les deux premi&#232;res sources, nous ne saurions h&#233;siter longtemps, notre jugement nous contraint &#224; en reconna&#238;tre la r&#233;alit&#233;, comme &#224; nous soumettre &#224; l'in&#233;vitable. Jamais nous ne nous rendrons enti&#232;rement ma&#238;tres de la nature ; notre organisme, qui en est lui-m&#234;me un &#233;l&#233;ment, sera toujours p&#233;rissable et limit&#233; dans son pouvoir d'adaptation, de m&#234;me que dans l'amplitude de ses fonctions. Mais cette constatation ne doit en rien nous paralyser ; bien au contraire, elle indique &#224; notre activit&#233; la direction &#224; suivre. Si nous ne pouvons abolir toutes les souffrances, du moins sommes-nous capables d'en supprimer plus d'une, d'en apaiser d'autres : une exp&#233;rience plusieurs fois mill&#233;naire nous en a convaincus. Nous observons toutefois une attitude diff&#233;rente envers la troisi&#232;me source de souffrance, la souffrance d'origine sociale. Nous nous refusons obstin&#233;ment &#224; l'admettre, nous ne pouvons saisir pourquoi les institutions dont nous sommes nous-m&#234;mes les auteurs ne nous dispenseraient pas &#224; tous protection et bienfaits. De toute fa&#231;on, si nous r&#233;fl&#233;chissons au d&#233;plorable &#233;chec, dans ce domaine pr&#233;cis&#233;ment, de nos mesures de pr&#233;servation contre la souffrance, nous nous prenons &#224; soup&#231;onner qu'ici encore se dissimule quelque loi de la nature invincible, et qu'il s'agit cette fois-ci de notre propre constitution psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abordant l'examen d'une telle &#233;ventualit&#233;, nous nous heurtons &#224; une assertion maintes fois entendue, mais si surprenante qu'il y a lieu de nous y arr&#234;ter. D'apr&#232;s elle, c'est ce que nous appelons notre civilisation qu'il convient de rendre responsable en grande partie de notre mis&#232;re ; et de l'abandonner pour revenir &#224; l'&#233;tat primitif nous assurerait une somme bien plus grande de bonheur. Je d&#233;clare cette assertion surprenante parce qu'il est malgr&#233; tout certain - quelle que soit la d&#233;finition donn&#233;e au concept de civilisation - que tout ce que nous tentons de mettre en oeuvre pour nous prot&#233;ger contre les menaces de souffrance &#233;manant de l'une ou l'autre des sources d&#233;j&#224; cit&#233;es rel&#232;ve pr&#233;cis&#233;ment de cette m&#234;me civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quelle voie tant d'&#234;tres humains ont-ils donc &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; partager, de si &#233;trange fa&#231;on, ce point de vue hostile &#224; la civilisation ? Je pense qu'un m&#233;contentement profond, d'origine tr&#232;s lointaine, renouvel&#233; &#224; chacune de ses &#233;tapes, a favoris&#233; cette condamnation qui s'est r&#233;guli&#232;rement exprim&#233;e &#224; la faveur de certaines circonstances historiques. Je crois discerner quelles furent la derni&#232;re et l'avant-derni&#232;re de ces circonstances, mais je ne suis pas assez savant pour suivre leur encha&#238;nement assez haut dans le pass&#233; de l'esp&#232;ce humaine. D&#233;j&#224;, lors de la victoire du christianisme sur le paganisme, ce facteur d'hostilit&#233; contre la civilisation dut &#234;tre en cause ; car il fut &#233;troitement li&#233; &#224; la d&#233;pr&#233;ciation, d&#233;cr&#233;t&#233;e par la doctrine chr&#233;tienne, de la vie terrestre. L'avant-derni&#232;re de ces circonstances historiques se pr&#233;senta lorsque le d&#233;veloppement des voyages d'exploration permit le contact avec les races et les peuples sauvages. Faute d'observations suffisantes et de compr&#233;hension de leurs us et coutumes, les Europ&#233;ens imagin&#232;rent que les sauvages menaient une vie simple et heureuse, pauvre en besoins, telle qu'elle n'&#233;tait plus accessible aux explorateurs plus civilis&#233;s qui les visitaient. Sur plus d'un point l'exp&#233;rience ult&#233;rieure est venue rectifier ces jugements. Si la vie leur &#233;tait en effet plus facile, on avait maintes fois commis l'erreur d'attribuer cet all&#233;gement &#224; l'absence des exigences si complexes issues de la civilisation, alors qu'il &#233;tait d&#251; en somme &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; de la nature et &#224; toutes les commodit&#233;s qu'elle offre aux sauvages de satisfaire leurs besoins vitaux. Quant &#224; la derni&#232;re de ces circonstances historiques, elle se produisit lorsque nous appr&#238;mes &#224; discerner les m&#233;canismes des n&#233;vroses, lesquelles menacent de saper la petite part de bonheur acquis par l'homme civilis&#233;. On d&#233;couvrit alors que l'homme devient n&#233;vros&#233; parce qu'il ne peut supporter le degr&#233; de renoncement exig&#233; par la soci&#233;t&#233; au nom de son id&#233;al culturel, et l'on en conclut qu'abolir ou diminuer notablement ces exigences signifierait un retour &#224; des possibilit&#233;s de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore une autre cause de d&#233;sillusion. Au cours des derni&#232;res g&#233;n&#233;rations, l'humanit&#233; a fait accomplir des progr&#232;s extraordinaires aux sciences physiques et naturelles et &#224; leurs applications techniques ; elle a assur&#233; sa domination sur la nature d'une mani&#232;re jusqu'ici inconcevable. Les caract&#232;res de ces progr&#232;s sont si connus que l'&#233;num&#233;ration en est superflue. Or, les hommes sont fiers de ces conqu&#234;tes, et &#224; bon droit. Ils croient toutefois constater que cette r&#233;cente ma&#238;trise de l'espace et du temps, cet asservissement des forces de la nature, cette r&#233;alisation d'aspirations mill&#233;naires, n'ont aucunement &#233;lev&#233; la somme de jouissance qu'ils attendent de la vie. Ils n'ont pas le sentiment d'&#234;tre pour cela devenus plus heureux. On devrait se contenter de conclure que la domination de la nature n'est pas la seule condition du bonheur, pas plus qu'elle n'est le but unique de l'&#339;uvre civilisatrice, et non que les progr&#232;s de la technique soient d&#233;nu&#233;s de valeur pour &#171; l'&#233;conomie &#187; de notre bonheur. On serait, en effet, tent&#233; de soulever cette objection : n'est-ce donc point pour moi un gain positif de plaisir, un accroissement non &#233;quivoque de mon sentiment de bonheur, que de pouvoir entendre &#224; volont&#233; la voix de mon enfant qui habite &#224; des centaines de kilom&#232;tres, de pouvoir apprendre sit&#244;t apr&#232;s son d&#233;barquement que mon ami s'est bien tir&#233; de sa longue et p&#233;nible travers&#233;e ? Est-il donc insignifiant que la m&#233;decine ait r&#233;ussi &#224; r&#233;duire la mortalit&#233; infantile et, en une si extraordinaire mesure, les dangers d'infection de l'accouch&#233;e ; ou m&#234;me encore &#224; prolonger d'un nombre consid&#233;rable d'ann&#233;es la dur&#233;e moyenne de la vie de l'homme civilis&#233; ? A de tels bienfaits, dont nous sommes redevables &#224; cette &#232;re pourtant si d&#233;cri&#233;e de progr&#232;s scientifiques et techniques, on pourrait en ajouter toute une s&#233;rie, mais..., mais voici que s'&#233;l&#232;ve la voix pessimiste de la critique ! La plupart de ces all&#233;geances, insinue-t-elle, sont du m&#234;me ordre que ce &#171; plaisir &#224; bon march&#233; &#187; pr&#244;n&#233; par l'anecdote connue : le proc&#233;d&#233; consiste &#224; exposer au froid sa jambe nue, hors du lit, pour avoir ensuite le &#171; plaisir &#187; de la remettre au chaud. Sans les chemins de fer, qui ont supprim&#233; la distance, nos enfants n'eussent jamais quitt&#233; leur ville natale, et alors qu'y e&#251;t-il besoin de t&#233;l&#233;phone pour entendre leur voix ? Sans la navigation transatlantique, mon ami n'aurait point entrepris sa travers&#233;e, et je me serais pass&#233; de t&#233;l&#233;graphe pour me rassurer sur son sort. A quoi bon enrayer la mortalit&#233; infantile si pr&#233;cis&#233;ment cela nous impose une retenue extr&#234;me dans la procr&#233;ation, et si en fin de compte nous n'&#233;levons pas plus d'enfants qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; l'hygi&#232;ne n'existait pas, alors que d'autre part se sont ainsi compliqu&#233;es les conditions de notre vie sexuelle dans le mariage et que se trouve vraisemblablement contrari&#233;e l'action bienfaisante de la s&#233;lection naturelle ? Que nous importe enfin une longue vie, si elle nous accable de tant de peines, si elle est tellement pauvre en joies et tellement riche en souffrance que nous saluons la mort comme une heureuse d&#233;livrance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble certain que nous ne nous sentons point &#224; l'aise dans notre civilisation actuelle, mais il est tr&#232;s difficile de juger si, et &#224; quel point, les hommes de jadis se sont sentis plus heureux, et alors d'appr&#233;cier le r&#244;le jou&#233; par les conditions de leur civilisation. Nous aurons toujours la tendance &#224; concevoir la mis&#232;re de fa&#231;on objective, autrement dit &#224; nous transporter en pens&#233;e, tout en conservant nos exigences et notre sensibilit&#233; propre, dans les conditions des anciennes cultures pour nous demander alors quelles chances de bonheur ou de malheur nous auraient ainsi &#233;t&#233; offertes. Cette mani&#232;re de consid&#233;rer les choses, en apparence objective, en tant qu'elle fait abstraction des variations de la sensibilit&#233; subjective, est naturellement aussi subjective que possible, car elle substitue notre disposition d'esprit &#224; toutes les autres &#224; nous inconnues. Le bonheur est cependant une chose &#233;minemment subjective. Quelque horreur que nous inspirent certaines situations, celle par exemple du gal&#233;rien antique, ou du paysan de la guerre de Trente ans, ou de la victime de la sainte Inquisition, ou du Juif expos&#233; au pogrom, il nous est tout de m&#234;me impossible de nous mettre &#224; la place de ces malheureux, de deviner les alt&#233;rations que divers facteurs psychiques ont fait subir &#224; leurs facult&#233;s de r&#233;ceptivit&#233; &#224; la joie et &#224; la souffrance. Parmi ces facteurs, citons l'&#233;tat originel d'insensibilit&#233; h&#233;b&#233;t&#233;e, l'abrutissement progressif, le renoncement &#224; tout espoir, enfin les diverses mani&#232;res grossi&#232;res ou raffin&#233;es de s'&#233;tourdir. En cas de douleur extr&#234;me, certains m&#233;canismes psychiques de protection contre la souffrance peuvent aussi entrer en jeu. Mais il me semble vain de continuer d'approfondir cet aspect du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment est venu de consid&#233;rer l'essence de cette civilisation dont la valeur, en tant que dispensatrice du bonheur, a &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233;e en doute. Nous n'allons pas exiger une formule qui la d&#233;finisse en peu de mots avant m&#234;me d'avoir tir&#233; de son examen quelque clart&#233;. Il nous suffira de redire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. FREUD, L'avenir d'une illusion, trad. par Marie BONAPARTE, Paris, 1932.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que le terme de civilisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le texte allemand : &#171; Kultur &#187;. (N.d.T.)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;d&#233;signe la totalit&#233; des &#339;uvres et organisations dont l'institution nous &#233;loigne de l'&#233;tat animal de nos anc&#234;tres et qui servent &#224; deux fins : la protection de l'homme contre la nature et la r&#233;glementation des relations des hommes entre eux. Pour plus de clart&#233; nous examinerons l'un apr&#232;s l'autre les traits de la civilisation tels qu'ils apparaissent dans les collectivit&#233;s humaines. Nous nous laisserons guider sans r&#233;serve au cours de cet examen par le langage usuel ou, comme on dit aussi, par le &#171; sentiment linguistique &#187;, certain en cela de faire droit &#224; ces intuitions profondes qui se refusent aujourd'hui encore &#224; toute traduction en mots abstraits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e en mati&#232;re est ais&#233;e ; nous admettons comme civilis&#233;es toutes les activit&#233;s et valeurs utiles &#224; l'homme pour assujettir la terre &#224; son service et pour se prot&#233;ger contre la puissance des forces de la nature : c'est l'aspect de la civilisation le moins douteux. Afin de remonter assez haut, nous citerons &#224; titre de premiers faits culturels l'emploi d'outils, la domestication du feu, la construction d'habitations. Parmi ces faits, le second s'arroge une place &#233;minente en tant que conqu&#234;te tout &#224; fait extraordinaire et sans pr&#233;c&#233;dent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des donn&#233;es analytiques incompl&#232;tes et d'interpr&#233;tation incertaine, il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les autres ouvrirent &#224; l'homme une voie dans laquelle depuis lors il s'est engag&#233; toujours plus avant, et les mobiles qui l'y poussaient sont d'ailleurs faciles &#224; deviner. Gr&#226;ce &#224; tous ses instruments, l'homme perfectionne ses organes - moteurs aussi bien que sensoriels -, ou bien &#233;largit consid&#233;rablement les limites de leur pouvoir. Les machines &#224; moteur le munissent de forces gigantesques aussi faciles &#224; diriger &#224; son gr&#233; que celles de ses muscles ; gr&#226;ce au navire et &#224; l'avion, ni l'eau ni l'air ne peuvent entraver ses d&#233;placements. Avec les lunettes, il corrige les d&#233;fauts des lentilles de ses yeux ; le t&#233;lescope lui permet de voir &#224; d'immenses distances, et le microscope de d&#233;passer les limites &#233;troites assign&#233;es &#224; sa vision par la structure de sa r&#233;tine. Avec l'appareil photographique, il s'est assur&#233; un instrument qui fixe les apparences fugitives, le disque du gramophone lui rend le m&#234;me service quant aux impressions sonores &#233;ph&#233;m&#232;res ; et ces deux appareils ne sont au fond que des mat&#233;rialisations de la facult&#233; qui lui a &#233;t&#233; donn&#233;e de se souvenir, autrement dit de sa m&#233;moire. A l'aide du t&#233;l&#233;phone, il entend loin, &#224; des distances que les contes eux-m&#234;mes respecteraient comme infranchissables. A l'origine, l'&#233;criture &#233;tait le langage de l'absent, la maison d'habitation le substitut du corps maternel, cette toute premi&#232;re demeure dont la nostalgie persiste probablement toujours, o&#249; l'on &#233;tait en s&#233;curit&#233; et o&#249; l'on se sentait si bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dirait un conte de f&#233;es ! Et cependant, elles sont la r&#233;alisation directe de tous - non de la plupart des souhaits forg&#233;s dans les contes, ces &#339;uvres dont gr&#226;ce &#224; sa science et &#224; sa technique l'homme a su enrichir cette Terre o&#249; il est apparu tout d'abord comme une ch&#233;tive cr&#233;ature proche de l'animal, o&#249; chaque rejeton de sa race doit encore faire son entr&#233;e &#224; l'&#233;tat de nourrisson totalement impuissant : &lt;i&gt;O&lt;/i&gt; &lt;i&gt;inch of nature ! &lt;/i&gt;Et l'homme peut &#224; bon droit les consid&#233;rer comme des conqu&#234;tes de la civilisation. Il s'&#233;tait fait depuis longtemps un id&#233;al de la toute-puissance et de l'omniscience, et il l'incarnait en ses dieux, Il leur attribuait tout ce qui lui demeurait inaccessible, ou lui &#233;tait interdit. On peut donc dire que ces divinit&#233;s &#233;taient des &#171; id&#233;als culturels &#187;. Maintenant qu'il s'est consid&#233;rablement rapproch&#233; de cet id&#233;al, il est devenu lui-m&#234;me presque un dieu. Mais seulement, en v&#233;rit&#233;, &#224; la mani&#232;re dont les humains savent en g&#233;n&#233;ral atteindre &#224; leurs types de perfection, c'est-&#224;-dire incompl&#232;tement : sur certains points pas du tout, sur d'autres &#224; moiti&#233;. L'homme est devenu pour ainsi dire une sorte de &#171; dieu proth&#233;tique &#187;, dieu certes admirable s'il rev&#234;t tous ses organes auxiliaires, mais ceux-ci n'ont pas pouss&#233; avec lui et lui donnent souvent bien du mal. Au reste, il est en droit de se consoler &#224; l'id&#233;e que cette &#233;volution ne prendra pr&#233;cis&#233;ment pas fin avec l'an de gr&#226;ce 1930&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ann&#233;e o&#249; parut l'ouvrage. (N.d.T.)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'avenir lointain nous apportera, dans ce domaine de la civilisation, des progr&#232;s nouveaux et consid&#233;rables, vraisemblablement d'une importance impossible &#224; pr&#233;voir ; ils accentueront toujours plus les traits divins de l'homme. Dans l'int&#233;r&#234;t de notre &#233;tude, nous ne voulons toutefois point oublier que, pour semblable qu'il soit &#224; un dieu, l'homme d'aujourd'hui ne se sent pas heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous reconnaissons le niveau culturel &#233;lev&#233; d'un pays quand nous constatons que tout y est soigneusement cultiv&#233; et efficacement organis&#233; pour l'exploitation de la terre par l'homme, et que la protection de celui-ci contre les forces naturelles est assur&#233;e ; en un mot que tout y est ordonn&#233; en vue de ce qui lui est utile. En pareil pays, les fleuves aux crues mena&#231;antes verraient leur cours r&#233;gularis&#233;, et les eaux disponibles amen&#233;es par des canaux aux points o&#249; elles feraient d&#233;faut. Le sol serait cultiv&#233; avec soin et l'on y s&#232;merait des plantes appropri&#233;es &#224; sa nature ; les richesses min&#233;rales extraites assid&#251;ment du sous-sol y seraient employ&#233;es &#224; la fabrication des instruments ou des outils indispensables. Les moyens de communication y seraient abondants, rapides et s&#251;rs, les b&#234;tes sauvages et dangereuses extermin&#233;es, l'&#233;levage prosp&#232;re. Mais nous r&#233;clamons davantage &#224; la civilisation et nous souhaitons voir encore ces m&#234;mes pays satisfaire dignement &#224; d'autres exigences. En effet, nous n'h&#233;sitons pas &#224; saluer aussi comme un indice de civilisation - tout comme si nous voulions maintenant d&#233;savouer notre premi&#232;re th&#232;se - ce souci que prennent les hommes de choses sans utilit&#233; aucune ou m&#234;me en apparence plut&#244;t inutiles ; quand par exemple nous voyons dans une ville les jardins publics, ces espaces qui, en tant que r&#233;servoirs d'air et terrains de jeu, lui sont n&#233;cessaires, orn&#233;s par surcro&#238;t de parterres fleuris, ou encore les fen&#234;tres des maisons par&#233;es de vases de fleurs. Cet &#171; inutile &#187; dont nous demandons &#224; la civilisation de reconna&#238;tre tout le prix n'est autre chose, on s'en rend compte imm&#233;diatement, que la beaut&#233;. Nous exigeons de l'homme civilis&#233; qu'il honore la beaut&#233; partout o&#249; il la rencontre dans la nature, et que des mains mettent toute leur habilet&#233; &#224; en parer les choses. Il s'en faut que nous ayons &#233;puis&#233; la liste des requ&#234;tes que nous pr&#233;sentons &#224; la civilisation. Nous d&#233;sirons voir encore les signes de la propret&#233; et de l'ordre. Nous ne nous faisons pas une haute id&#233;e de l'urbanisme d'une ville de province anglaise, au temps de Shakespeare, quand nous lisons que devant la porte de sa maison paternelle, &#224; Stratford, s'&#233;levait un gros tas de fumier. Nous nous indignons et parlons de &#171; barbarie &#187;, c'est-&#224;-dire l'oppos&#233; de civilisation, lorsque nous voyons les chemins du &#171; Wienerwald &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;For&#234;ts pittoresques &#224; l'entour de Vienne. (N.d.T.)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; jonch&#233;s de papiers &#233;pars. Toute malpropret&#233; nous semble inconciliable avec l'&#233;tat civilis&#233;. Nous &#233;tendons en outre au corps humain nos exigences de propret&#233;, et nous &#233;tonnons d'apprendre que le Roi-Soleil en personne d&#233;gageait une mauvaise odeur ; enfin nous hochons la t&#234;te quand, &#224; Isola Bella, on nous montre la minuscule cuvette dont Napol&#233;on se servait pour sa toilette du matin. Nous n'&#233;prouvons m&#234;me aucune surprise &#224; entendre dire que l'usage du savon est la mesure directe du degr&#233; culturel. Il en est de m&#234;me de l'ordre qui, tout autant que la propret&#233;, se rattache &#224; l'intervention humaine. Cependant, alors que nous ne pouvons nous attendre &#224; voir r&#233;gner la propret&#233; au sein de la nature, celle-ci en revanche, si nous voulons bien l'&#233;couter, nous enseigne l'ordre ; l'observation de la grande r&#233;gularit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes astronomiques a fourni &#224; l'homme, non seulement un exemple, mais encore les premiers points de rep&#232;re n&#233;cessaires &#224; l'introduction de l'ordre dans sa vie. L'ordre est une sorte de &#171; contrainte &#224; la r&#233;p&#233;tition &#187; qui, en vertu d'une organisation &#233;tablie une fois pour toutes, d&#233;cide ensuite quand, o&#249; et comment telle chose doit &#234;tre faite ; si bien qu'en toutes circonstances semblables on s'&#233;pargnera h&#233;sitations et t&#226;tonnements. L'ordre, dont les bienfaits sont absolument ind&#233;niables, permet &#224; l'homme d'utiliser au mieux l'espace et le temps et m&#233;nage du m&#234;me coup ses forces psychiques. On serait en droit de s'attendre qu'il se f&#251;t manifest&#233; d&#232;s l'origine et de lui-m&#234;me dans les actes humains ; il est &#233;trange qu'il n'en ait pas &#233;t&#233; ainsi, bien plus, que l'homme ait montr&#233; une tendance naturelle &#224; la n&#233;gligence, &#224; l'irr&#233;gularit&#233;, et &#224; l'inexactitude au travail, et qu'il faille tant d'efforts pour l'amener par l'&#233;ducation &#224; imiter l'exemple du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La beaut&#233;, la propret&#233; et l'ordre occupent &#233;videmment un rang tout sp&#233;cial parmi les exigences de la civilisation. Personne ne pr&#233;tendra que leur importance soit comparable &#224; celle, autrement vitale pour nous, de la domination des forces de la nature, ou &#224; celle d'autres facteurs qu'il nous faudra apprendre &#224; conna&#238;tre ; et cependant personne ne les rel&#233;guerait volontiers au rang d'accessoires. L'exemple de la beaut&#233;, dont nous ne pourrions accepter l'exclusion d'entre les pr&#233;occupations de la civilisation, suffit d&#233;j&#224; &#224; montrer combien celle-ci n'est point uniquement attentive &#224; l'utile. L'utilit&#233; de l'ordre saute aux yeux. Quant &#224; la propret&#233;, il faut consid&#233;rer que l'hygi&#232;ne elle aussi l'exige, et il est permis de supposer que cette relation n'&#233;tait pas compl&#232;tement &#233;trang&#232;re aux hommes, avant m&#234;me l'application de la science &#224; la pr&#233;vention des maladies. Le principe de l'utilit&#233; n'explique pourtant pas enti&#232;rement cette tendance ; il doit entrer en jeu autre chose encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous ne pouvons imaginer de trait plus caract&#233;ristique de la civilisation que le prix attach&#233; aux activit&#233;s psychiques sup&#233;rieures, productions intellectuelles, scientifiques et artistiques, ni d'indice culturel plus s&#251;r que le r&#244;le conducteur attribu&#233; aux id&#233;es dans la vie des hommes. Parmi ces id&#233;es, les syst&#232;mes religieux occupent le rang le plus &#233;lev&#233; dans l'&#233;chelle des valeurs. J'ai tent&#233; ailleurs de faire la lumi&#232;re sur leur structure compliqu&#233;e. A c&#244;t&#233; d'eux se rangent les sp&#233;culations philosophiques, puis enfin ce qu'on peut appeler les &#171; constructions id&#233;ales &#187; des hommes, id&#233;es d'une &#233;ventuelle perfection de l'individu, du peuple ou de l'humanit&#233; enti&#232;re, ou exigences et aspirations qui s'&#233;l&#232;vent en eux sur cette base. Le fait que ces cr&#233;ations de l'esprit, loin d'&#234;tre ind&#233;pendantes les unes des autres, s'enchev&#234;trent au contraire &#233;troitement rend fort ardues leur formulation aussi bien que leur d&#233;rivation psychologique. Si nous admettons d'une mani&#232;re tr&#232;s g&#233;n&#233;rale que le ressort de toute activit&#233; humaine soit le d&#233;sir d'atteindre deux buts convergents, l'utile et l'agr&#233;able&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le texte allemand : gain de plaisir. (N.d.T.)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il nous faut alors appliquer ce m&#234;me principe aux manifestations culturelles dont il est ici question, bien que seules parmi elles les activit&#233;s scientifique et artistique le mettent en &#233;vidence. Mais on ne saurait douter que les autres ne correspondent &#233;galement &#224; des besoins humains tr&#232;s forts, mais qui peut-&#234;tre ne sont d&#233;velopp&#233;s que chez une minorit&#233; seulement. Ne nous laissons pas non plus &#233;garer par des jugements de valeur port&#233;s sur certains de ces id&#233;als ou de ces syst&#232;mes religieux et philosophiques. Que l'on cherche &#224; voir en eux la plus haute cr&#233;ation de l'esprit humain, ou simplement de d&#233;plorables divagations, on est de toute fa&#231;on oblig&#233; de reconna&#238;tre que leur existence, plus sp&#233;cialement leur pr&#233;dominance, indique un niveau &#233;lev&#233; de culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier, mais certes non le moindre trait caract&#233;ristique d'une civilisation, appara&#238;t dans la mani&#232;re dont elle r&#232;gle les rapports des hommes entre eux. Ces rapports, dits sociaux, concernent les &#234;tres humains envisag&#233;s soit comme voisins les uns des autres, soit comme individus appliquant leurs forces &#224; s'entraider, soit comme objets sexuels d'autres individus, soit comme membres d'une famille ou d'un &#201;tat. Parvenus &#224; ce point, il nous devient particuli&#232;rement difficile de discerner ce qu'on entend somme toute par le terme de &#171; civilis&#233; &#187;, sans pourtant nous laisser influencer par les exigences d&#233;finies de l'un ou de l'autre id&#233;al. Peut-&#234;tre recourra-t-on d'abord &#224; l'explication suivante : l'&#233;l&#233;ment culturel serait donn&#233; par la premi&#232;re tentative de r&#233;glementation de ces rapports sociaux. Si pareille tentative faisait d&#233;faut, ceux-ci seraient alors soumis &#224; l'arbitraire individuel, autrement dit &#224; l'individu physiquement le plus fort qui les r&#233;glerait dans le sens de son propre int&#233;r&#234;t et de ses pulsions instinctives. Et rien ne serait chang&#233; si ce plus fort trouvait plus fort que lui. La vie en commun ne devient possible que lorsqu'une pluralit&#233; parvient &#224; former un groupement plus puissant que ne l'est lui-m&#234;me chacun de ses membres, et &#224; maintenir une forte coh&#233;sion en face de tout individu pris en particulier. La puissance de cette communaut&#233; en tant que &#171; Droit &#187; s'oppose alors &#224; celle de l'individu, fl&#233;trie du nom de force brutale. En op&#233;rant cette substitution de la puissance collective &#224; la force individuelle, la civilisation fait un pas d&#233;cisif. Son caract&#232;re essentiel r&#233;side en ceci que les membres de la communaut&#233; limitent leurs possibilit&#233;s de plaisir alors que l'individu isol&#233; ignorait toute restriction de ce genre. Ainsi donc la prochaine exigence culturelle est celle de la &#171; justice &#187;, soit l'assurance que l'ordre l&#233;gal d&#233;sormais &#233;tabli ne sera jamais viol&#233; au profit d'un seul. Nous ne nous prononcerons pas sur la valeur &#233;thique d'un tel &#171; Droit &#187;. Poursuivant son &#233;volution, la civilisation semble alors s'engager dans une voie o&#249; elle tend &#224; ne plus faire du droit l'expression de la volont&#233; d'une petite communaut&#233; - caste, classe ou nation -, celle-ci se comportant &#224; son tour, &#224; l'&#233;gard d'autres masses de m&#234;me genre mais &#233;ventuellement plus nombreuses, comme un individu pr&#234;t &#224; recourir &#224; la force brutale. Le r&#233;sultat final doit &#234;tre l'&#233;dification d'un droit auquel tous - ou du moins tous les membres susceptibles d'adh&#233;rer &#224; la communaut&#233; - aient contribu&#233; en sacrifiant leurs impulsions instinctives personnelles, et qui d'autre part ne laisse aucun d'eux devenir la victime de la force brutale, &#224; l'exception de ceux qui n'y ont point adh&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; individuelle n'est donc nullement un produit culturel. C'est avant toute civilisation qu'elle &#233;tait la plus grande, mais aussi sans valeur le plus souvent, car l'individu n'&#233;tait gu&#232;re en &#233;tat de la d&#233;fendre. Le d&#233;veloppement de la civilisation lui impose des restrictions, et la justice exige que ces restrictions ne soient &#233;pargn&#233;es &#224; personne. Quand une communaut&#233; humaine sent s'agiter en elle une pouss&#233;e de libert&#233;, cela peut r&#233;pondre &#224; un mouvement de r&#233;volte contre une injustice patente, devenir ainsi favorable &#224; un nouveau progr&#232;s culturel et demeurer compatible avec lui. Mais cela peut &#234;tre aussi l'effet de la persistance d'un reste de l'individualisme indompt&#233; et former alors la base de tendances hostiles &#224; la civilisation. La pouss&#233;e de libert&#233; se dirige de ce fait contre certaines formes ou certaines exigences culturelles, ou bien m&#234;me contre la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne para&#238;t pas qu'on puisse amener l'homme par quelque moyen que ce soit &#224; troquer sa nature contre celle d'un termite ; il sera toujours enclin &#224; d&#233;fendre son droit &#224; la libert&#233; individuelle contre la volont&#233; de la masse. Un bon nombre de luttes au sein de l'humanit&#233; se livrent et se concentrent autour d'une t&#226;che unique : trouver un &#233;quilibre appropri&#233;, donc de nature &#224; assurer le bonheur de tous, entre ces revendications de l'individu et les exigences culturelles de la collectivit&#233;. Et c'est l'un des probl&#232;mes dont d&#233;pend le destin de l'humanit&#233; que de savoir si cet &#233;quilibre est r&#233;alisable au moyen d'une certaine forme de civilisation, ou bien si au contraire ce conflit est insoluble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En demandant tout &#224; l'heure au sens commun de nous indiquer les traits de la vie humaine m&#233;ritant le nom de civilis&#233;s, nous avons abouti &#224; une impression nette du tableau d'ensemble de la civilisation ; mais, certes, nous n'avons presque rien appris qui ne f&#251;t connu de tout le monde. En revanche, nous nous sommes gard&#233;s par l&#224; de tomber dans le pr&#233;jug&#233; selon lequel culture &#233;quivaudrait &#224; progr&#232;s et tracerait &#224; l'homme la voie de la perfection. Ici cependant s'impose &#224; nous une conception propre &#224; orienter diff&#233;remment notre attention. Le d&#233;veloppement de la civilisation nous appara&#238;t comme un processus d'un genre particulier qui se d&#233;roule &#171; au-dessus &#187; de l'humanit&#233;, et dont pourtant maintes particularit&#233;s nous donnent le sentiment de quelque chose qui nous serait familier. Ce processus, il nous est possible de le caract&#233;riser au moyen des modifications qu'il fait subir aux &#233;l&#233;ments fondamentaux bien connus que sont les instincts des hommes, instincts dont la satisfaction constitue cependant la grande t&#226;che &#233;conomique de notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain nombre de ces instincts se consumeront de telle sorte qu'&#224; leur place surgira quelque chose que nous nommerons chez l'individu une particularit&#233; du caract&#232;re. L'exemple le plus remarquable de ce m&#233;canisme nous a &#233;t&#233; fourni par l'&#233;rotique anale de l'enfant. L'int&#233;r&#234;t primitif attach&#233; par lui &#224; la fonction d'excr&#233;tion, &#224; ses organes et &#224; ses produits, se transforme au cours de la croissance en un groupe de qualit&#233;s bien connues de nous : parcimonie, sens de l'ordre et go&#251;t de la propret&#233;. Si elles sont en elles-m&#234;mes de grande valeur et fort bienvenues, elles peuvent n&#233;anmoins en s'accentuant acqu&#233;rir une pr&#233;pond&#233;rance insolite et donner lieu alors &#224; ce qu'on appelle le &#171; caract&#232;re anal &#187;. Nous ne savons pas comment cela se passe, mais aucun doute relatif &#224; l'exactitude de cette conception ne subsiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Caract&#232;re et &#233;rotique anale &#187;, 1908, FREUD, Oeuvres compl&#232;tes, t. V, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, nous avons vu que l'ordre et la propret&#233; font partie des requ&#234;tes essentielles de la civilisation, bien que leur n&#233;cessit&#233; vitale ne saute pas pr&#233;cis&#233;ment aux yeux et soit m&#234;me aussi peu &#233;vidente que leur aptitude &#224; constituer des sources de plaisir. Ce point &#233;clairci, la similitude existant entre le processus civilisateur et l'&#233;volution de la libido chez l'individu devait nous frapper imm&#233;diatement. D'autres pulsions instinctives seront port&#233;es &#224; modifier, en les d&#233;pla&#231;ant, les conditions n&#233;cessaires &#224; leur satisfaction, et &#224; leur assigner d'autres voies, ce qui dans la plupart des cas correspond &#224; un m&#233;canisme bien connu de nous : la &lt;i&gt;sublimation &lt;/i&gt;(du but des pulsions), mais qui en d'autres cas se s&#233;pare de lui. La sublimation des instincts constitue l'un des traits les plus saillants du d&#233;veloppement culturel ; c'est elle qui permet aux activit&#233;s psychiques &#233;lev&#233;es, scientifiques, artistiques ou id&#233;ologiques, de jouer un r&#244;le si important dans la vie des &#234;tres civilis&#233;s. A premi&#232;re vue, on serait tent&#233; d'y voir essentiellement la destin&#233;e m&#234;me que la civilisation impose aux instincts. Mais on fera mieux d'y r&#233;fl&#233;chir plus longtemps. En troisi&#232;me lieu, enfin, et ce point semble le plus important, il est impossible de ne pas se rendre compte en quelle large mesure l'&#233;difice de la civilisation repose sur le principe du renoncement aux pulsions instinctives, et &#224; quel point elle postule pr&#233;cis&#233;ment la non-satisfaction (r&#233;pression, refoulement ou quelque autre m&#233;canisme) de puissants instincts. Ce &#171; renoncement culturel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le texte, &#171; Kulturversagung &#187;, c'est-&#224;-dire plus exactement refus de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;r&#233;git le vaste domaine des rapports sociaux entre humains ; et nous savons d&#233;j&#224; qu'en lui r&#233;side la cause de l'hostilit&#233; contre laquelle toutes les civilisations ont &#224; lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il imposera &#224; notre investigation scientifique de lourdes t&#226;ches et nous aurons bien des points &#224; &#233;lucider. Il n'est pas facile de concevoir comment on peut s'y prendre pour refuser satisfaction &#224; un instinct. Cela ne va nullement sans danger ; si on ne compense pas ce refus d'une mani&#232;re &#233;conomique, il faut s'attendre &#224; de graves d&#233;sordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous tenons cependant &#224; savoir &#224; quelle valeur peut pr&#233;tendre notre conception du d&#233;veloppement de la civilisation, consid&#233;r&#233; comme un processus particulier comparable &#224; la maturation normale de l'individu, il devient &#233;videmment n&#233;cessaire de nous attaquer &#224; un autre probl&#232;me et de nous demander tout d'abord &#224; quelles influences ce dit d&#233;veloppement doit son origine, comment il est n&#233;, et par quoi son cours fut d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Malaise-dans-la-civilisation-IV' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1779737561' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. FREUD, &lt;i&gt;L'avenir d'une illusion&lt;/i&gt;, trad. par Marie BONAPARTE, Paris, 1932.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le texte allemand : &#171; Kultur &#187;. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des donn&#233;es analytiques incompl&#232;tes et d'interpr&#233;tation incertaine, il est vrai, autorisent pourtant une hypoth&#232;se qui para&#238;tra extravagante touchant l'origine de ce haut fait humain. Les choses se seraient pass&#233;es comme si l'homme primitif avait pris l'habitude, chaque fois qu'il se trouvait en pr&#233;sence du feu, de satisfaire &#224; cette occasion un d&#233;sir infantile : celui de l'&#233;teindre par le jet de son urine. Quant &#224; l'interpr&#233;tation phallique originelle de la flamme s'&#233;levant et s'&#233;tirant dans les airs, il ne peut subsister aucun doute, trop de l&#233;gendes en font foi. L'extinction du feu par la miction - proc&#233;d&#233; auquel recourent encore ces tardifs enfants de g&#233;ants que sont Gulliver &#224; Lilliput et le Gargantua de Rabelais - r&#233;pondait ainsi &#224; une sorte d'acte sexuel avec un &#234;tre masculin, &#224; une manifestation agr&#233;able de puissance virile au cours d'une sorte de &#171; joute &#187; homosexuelle. Celui qui renon&#231;a le premier &#224; cette joie et &#233;pargna le feu &#233;tait alors &#224; m&#234;me de l'emporter avec lui et de le soumettre &#224; son service. En &#233;touffant le feu de sa propre excitation sexuelle, il avait domestiqu&#233; cette force naturelle qu'est la flamme. Ainsi, cette grande acquisition culturelle serait la r&#233;compense d'un renoncement &#224; une pulsion. En second lieu la femme aurait &#233;t&#233; choisie comme gardienne du feu capt&#233; et conserv&#233; au foyer domestique pour la raison que sa constitution anatomique lui interdisait de c&#233;der &#224; la tentation de l'&#233;teindre. Il y a lieu de relever aussi le rapport si constant qui existe, comme l'exp&#233;rience analytique en t&#233;moigne, entre l'ambition, le feu, et l'&#233;rotique ur&#233;trale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ann&#233;e o&#249; parut l'ouvrage. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;For&#234;ts pittoresques &#224; l'entour de Vienne. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le texte allemand : gain de plaisir. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#171; Caract&#232;re et &#233;rotique anale &#187;, 1908, FREUD, &lt;i&gt;Oeuvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, t. V, ainsi que les nouvelles et nombreuses contributions de E. Jones, entre autres, sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le texte, &#171; Kulturversagung &#187;, c'est-&#224;-dire plus exactement refus de la civilisation (&#224; laisser l'individu satisfaire ces dits instincts). (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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