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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Notre besoin de consolation est impossible &#224; rassasier </title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Notre-besoin-de-consolation-est-impossible-a-rassasier</link>
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		<dc:date>2008-08-06T20:11:37Z</dc:date>
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		<dc:creator>Dagerman, Stig</dc:creator>



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&lt;p&gt;(1952) Traduit du su&#233;dois par Philippe Bouquet &#224; voir absolument, la lecture en musique de ce texte par les T&#234;tes Raides, en public, le 19 fevrier 2008 : . &lt;br class='autobr' /&gt; Je suis d&#233;pourvu de foi et ne puis donc &#234;tre heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut &#234;tre heureux. Je n'ai re&#231;u en h&#233;ritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'o&#249; je puisse attirer l'attention d'un dieu : on ne m'a pas non plus l&#233;gu&#233; la fureur bien d&#233;guis&#233;e du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(1952) &lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit du su&#233;dois par Philippe Bouquet&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#224; voir absolument, la lecture en musique de ce texte par les T&#234;tes Raides, en public, le 19 fevrier 2008 : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=lTxBfk58X54&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=lTx...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis d&#233;pourvu de foi et ne puis donc &#234;tre heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut &#234;tre heureux. Je n'ai re&#231;u en h&#233;ritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'o&#249; je puisse attirer l'attention d'un dieu : on ne m'a pas non plus l&#233;gu&#233; la fureur bien d&#233;guis&#233;e du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l'ath&#233;e. Je n'ose donc jeter la pierre ni &#224; celle qui croit en des choses qui ne m'inspirent que le doute, ni &#224; celui qui cultive son doute comme si celui-ci n'&#233;tait pas, lui aussi, entour&#233; de t&#233;n&#232;bres. Cette pierre m'atteindrait moi-m&#234;me car je suis bien certain d'une chose : le besoin de consolation que conna&#238;t l'&#234;tre humain est impossible &#224; rassasier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout o&#249; je crois l'apercevoir dans la for&#234;t, je tire. Souvent je n'atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe &#224; mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d'un souffle de vent dans la cime d'un arbre, je me d&#233;p&#234;che de m'emparer de ma victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ai-je alors entre mes bras ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque je suis solitaire : une femme aim&#233;e ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis po&#232;te : un arc de mots que je ressens de la joie et de l'effroi &#224; bander. Puisque je suis prisonnier : un aper&#231;u soudain de la libert&#233;. Puisque je suis menac&#233; par la mort : un animal vivant et bien chaud, un c&#339;ur qui bat de fa&#231;on sarcastique. Puisque je suis menac&#233; par la mer : un r&#233;cif de granit bien dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi des consolations qui viennent &#224; moi sans y &#234;tre convi&#233;es et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir &#8211; aime-les tous ! Je suis ton talent &#8211; fais-en aussi mauvais usage que de toi-m&#234;me ! Je suis ton d&#233;sir de jouissance &#8211; seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude &#8211; m&#233;prise les hommes ! Je suis ton aspiration &#224; la mort &#8211; alors tranche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fil du rasoir est bien &#233;troit. Je vois ma vie menac&#233;e par deux p&#233;rils : par les bouches avides de la gourmandise, de l'autre par l'amertume de l'avarice qui se nourrit d'elle-m&#234;me. Mais je tiens &#224; refuser de choisir entre l'orgie et l'asc&#232;se, m&#234;me si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes d&#233;sirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n'est pas une excuse &#224; ma vie mais exactement le contraire d'une excuse : le pardon. L'id&#233;e me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma libert&#233; est trompeuse, qu'elle n'est que l'image r&#233;fl&#233;chie de mon d&#233;sespoir. En effet, lorsque mon d&#233;sespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n'est qu'une tr&#234;ve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Esp&#232;re, car chaque nuit n'est qu'une tr&#234;ve entre deux jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'humanit&#233; n'a que faire d'une consolation en forme de mot d'esprit : elle a besoin d'une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c'est-&#224;-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions &#233;taient d&#233;fendables, doit au moins avoir la bont&#233; de le remarquer lorsqu'il y parvient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;5&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH371/dagerman_mer-903d4.jpg?1779799100' width='500' height='371' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;mer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut &#233;num&#233;rer tous les cas o&#249; la consolation est une n&#233;cessit&#233;. Personne ne sait quand tombera le cr&#233;puscule et la vie n'est pas un probl&#232;me qui puisse &#234;tre r&#233;solu en divisant la lumi&#232;re par l'obscurit&#233; et les jours par les nuits, c'est un voyage impr&#233;visible entre des lieux qui n'existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout &#224; coup le d&#233;fi effroyable que l'&#233;ternit&#233; lance &#224; mon existence dans le mouvement perp&#233;tuel de la mer et dans la fuite perp&#233;tuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n'est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure &#8211; et quelle mis&#233;rable consolation, qui n'enrichit que les Suisses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux rester assis devant un feu dans la pi&#232;ce la moins expos&#233;e de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m'entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l'eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de s&#233;curit&#233; si ce n'est une consolation pour le fait que la mort est ce qu'il y a de plus proche de la vie &#8211; et quelle mis&#233;rable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu'elle veut nous faire oublier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donn&#233; que je cherche &#224; m'assurer que ma vie n'est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l'offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre &#224; contribuer au progr&#232;s de la litt&#233;rature &#8211; je ne d&#233;sire que ce que je n'aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touch&#233; le c&#339;ur du monde. Que devient alors mon talent si ce n'est une consolation pour le fait que je suis seul &#8211; mais quelle &#233;pouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux voir la libert&#233; incarn&#233;e dans un animal qui traverse rapidement une clairi&#232;re et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu d&#233;sires et n'aie pas peur des lois ! Mais qu'est-ce que ce bon conseil si ce n'est une consolation pour le fait que la libert&#233; n'existe pas &#8211; et quelle impitoyable consolation pour celui qui s'avise que l'&#234;tre humain doit mettre des millions d'ann&#233;es &#224; devenir un l&#233;zard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, je peux m'apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Oph&#233;lie et Himmler reposent c&#244;te &#224; c&#244;te. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la m&#234;me mort que le sage, et que la mort peut nous faire l'effet d'une consolation pour une vie manqu&#233;e. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne poss&#232;de pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l'eau ou l'oiseau dans le ciel. Tout ce que je poss&#232;de est un duel, et ce duel se livre &#224; chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu'accro&#238;tre mon impuissance et rendre plus profond mon d&#233;sespoir, et les vraies, qui me m&#232;nent vers une lib&#233;ration temporaire. Je devrais peut-&#234;tre dire : la vraie car, &#224; la v&#233;rit&#233;, il n'existe pour moi qu'une seule consolation qui soit r&#233;elle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un &#234;tre souverain &#224; l'int&#233;rieur de ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la libert&#233; commence par l'esclavage et la souverainet&#233; par la d&#233;pendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe d&#233;finitif de ma libert&#233; est le fait que ma peur laisse la place &#224; la joie tranquille de l'ind&#233;pendance. On dirait que j'ai besoin de la d&#233;pendance pour pouvoir finalement conna&#238;tre la consolation d'&#234;tre un homme libre, et c'est certainement vrai. A la lumi&#232;re de mes actes, je m'aper&#231;ois que toute ma vie semble n'avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m'apporter la libert&#233; m'apporte l'esclavage et les pierres en guise de pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres hommes ont d'autres ma&#238;tres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l'employer, de peur de l'avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j'ose &#224; peine &#233;crire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la d&#233;pression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand d&#233;sir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais r&#233;sidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacit&#233; de cr&#233;er de la beaut&#233; &#224; partir de mon d&#233;sespoir, de mon d&#233;go&#251;t et de mes faiblesses. Avec une joie am&#232;re, je d&#233;sire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-m&#234;me enseveli sous la neige de l'oubli. Mais la d&#233;pression est une poup&#233;e russe et, dans la derni&#232;re poup&#233;e, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l'esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, &#224; moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la libert&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, venant d'une direction que je ne soup&#231;onne pas encore, voici que s'approche le miracle de la lib&#233;ration. Cela peut se produire sur le rivage, et la m&#234;me &#233;ternit&#233; qui, tout &#224; l'heure, suscitait mon effroi est maintenant le t&#233;moin de mon accession &#224; la libert&#233;. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la d&#233;couverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun &#234;tre humain, n'a le droit d'&#233;noncer envers moi des exigences telles que mon d&#233;sir de vivre vienne &#224; s'&#233;tioler. Car si ce d&#233;sir n'existe pas, qu'est-ce qui peut alors exister ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n'a le droit d'exiger de la mer qu'elle porte tous les bateaux, ou du vent qu'il gonfle perp&#233;tuellement toutes les voiles. De m&#234;me, personne n'a le droit d'exiger de moi que ma vie consiste &#224; &#234;tre prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n'est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit &#224; des moments o&#249; je puisse faire un pas de c&#244;t&#233; et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l'on appelle la population du globe, mais aussi une unit&#233; autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en un tel instant que je peux &#234;tre libre vis-&#224;-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont caus&#233; mon d&#233;sespoir. Je peux reconna&#238;tre que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l'&#233;ternit&#233; se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l'&#233;ternit&#233; ? Ma vie n'est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilit&#233;s de ma vie ne sont limit&#233;es que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j'aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n'est pas l'&#233;talon qui convient &#224; la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n'atteint que les ouvrages avanc&#233;s de ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout ce qui m'arrive d'important et tout ce qui donne &#224; ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un &#234;tre aim&#233;, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer &#224; la voile, la joie que l'on donne &#224; un enfant, le frisson devant la beaut&#233;, tout cela se d&#233;roule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beaut&#233; l'espace d'une seconde ou l'espace de cent ans. Non seulement la f&#233;licit&#233; se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je soul&#232;ve donc de mes &#233;paules le fardeau du temps et, par la m&#234;me occasion, celui des performances que l'on exige de moi. Ma vie n'est pas quelque chose que l'on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n'est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche &#224; atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n'accomplit pas de performance : ce qui est parfait &#339;uvre en &#233;tat de repos. Il est absurde de pr&#233;tendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait &#8211; mais en conservant sa libert&#233;. Il est &#233;galement absurde de pr&#233;tendre que l'homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il &#233;crit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L'important est qu'il fasse ce qu'il fait en toute libert&#233; et en pleine conscience de ce que, comme tout autre d&#233;tail de la cr&#233;ation, il est une fin en soi. Il repose en lui-m&#234;me comme une pierre sur le sable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux m&#234;me m'affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me lib&#233;rer de l'id&#233;e que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa r&#233;alit&#233;. Mais je peux r&#233;duire &#224; n&#233;ant la menace qu'elle constitue en me dispensant d'accrocher ma vie &#224; des points d'appui aussi pr&#233;caires que le temps et la gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, il n'est pas en mon pouvoir de rester perp&#233;tuellement tourn&#233; vers la mer et de comparer sa libert&#233; avec la mienne. Le moment arrivera o&#249; je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l'oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconna&#238;tre, c'est que l'homme a donn&#233; &#224; sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. M&#234;me avec ma libert&#233; toute r&#233;cente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui p&#232;sent sur l'homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont in&#233;luctables. Selon moi, une sorte de libert&#233; est perdue pour toujours ou pour longtemps. C'est la libert&#233; qui vient de la capacit&#233; de poss&#233;der son propre &#233;l&#233;ment. Le poisson poss&#232;de le sien, de m&#234;me que l'oiseau et que l'animal terrestre. Thoreau avait encore la for&#234;t de Walden &#8211; mais o&#249; est maintenant la for&#234;t o&#249; l'&#234;tre humain puisse prouver qu'il est possible de vivre en libert&#233; en dehors des formes fig&#233;es de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis oblig&#233; de r&#233;pondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l'instant que je le fasse &#224; l'int&#233;rieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n'ai rien &#224; opposer que moi-m&#234;me &#8211; mais, d'un autre c&#244;t&#233;, c'est consid&#233;rable. Car, tant que je ne me laisse pas &#233;craser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots &#224; celle du monde, car celui qui construit des prisons s'exprime moins bien que celui qui b&#226;tit la libert&#233;. Mais ma puissance ne conna&#238;tra plus de bornes le jour o&#249; je n'aurai plus que le silence pour d&#233;fendre mon inviolabilit&#233;, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le d&#233;sespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la lib&#233;ration me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu'une consolation et plus grande qu'une philosophie, c'est-&#224;-dire une raison de vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Titre original : V&#226;rt behov av tr&#246;st &#169; Norstedt &amp; S&#246;ners, Stockholm &lt;br class='autobr' /&gt;
&#169; ACTES SUD, 1981 pour la traduction fran&#231;aise&lt;br class='autobr' /&gt;
SOURCE DU TEXTE : &lt;a href=&#034;http://pagesperso-orange.fr/chabrieres/texts/consolation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pagesperso-orange.fr/chabrieres/texts/consolation.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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