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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Id&#233;alisme et mat&#233;rialisme dans la conception de l'histoire</title>
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		<dc:date>2009-10-11T21:39:17Z</dc:date>
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		<dc:creator>JAUR&#200;S, Jean</dc:creator>



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&lt;p&gt;1894 : Discours &#224; un d&#233;bat contradictoire avec Paul Lafargue, (d&#233;cembre 1894 ou d&#233;but 1895 d'apr&#232;s d'autres sources). &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence de Jean Jaur&#232;s devant les &#201;tudiants collectivistes, d&#233;cembre 1894, salle d'Arras, &#224; Paris. &lt;br class='autobr' /&gt; Citoyennes et citoyens, &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous demande d'abord toute votre patience, parce que c'est &#224; une d&#233;duction purement doctrinale que j'entends me livrer ce soir devant vous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je veux aussi, tout d'abord, vous pr&#233;munir contre une erreur qui pourrait r&#233;sulter de ce fait que le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-JAURES-" rel="directory"&gt;JAUR&#200;S&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1894 : Discours &#224; un &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/L-idealisme-et-le-materialisme-dans-la-conception-de-l-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;bat contradictoire avec Paul Lafargue&lt;/a&gt;, (d&#233;cembre 1894 ou d&#233;but 1895 d'apr&#232;s d'autres sources).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence de Jean Jaur&#232;s devant les &#201;tudiants collectivistes, d&#233;cembre 1894, salle d'Arras, &#224; Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Citoyennes et citoyens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous demande d'abord toute votre patience, parce que c'est &#224; une d&#233;duction purement doctrinale que j'entends me livrer ce soir devant vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux aussi, tout d'abord, vous pr&#233;munir contre une erreur qui pourrait r&#233;sulter de ce fait que le sujet que je vais traiter devant vous, j'en ai d&#233;j&#224; parl&#233; il y a quelques mois. J'ai, alors, expos&#233; la th&#232;se du mat&#233;rialisme &#233;conomique, l'interpr&#233;tation de l'histoire, de son mouvement selon Marx ; et je me suis appliqu&#233; &#224; ce moment &#224; justifier la doctrine de Marx, de telle sorte qu'il pouvait apparaitre que j'y adh&#233;rais sans restriction aucune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 9 juillet 1894, Jean Jaur&#232;s avait fait une conf&#233;rence sur le mat&#233;rialisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois-ci, au contraire, je veux montrer que la conception mat&#233;rialiste de l'histoire n'emp&#234;che pas son interpr&#233;tation id&#233;aliste. Et, comme dans cette deuxi&#232;me partie de ma d&#233;monstration, on pourrait perdre de vue la force des raisons que j'ai donn&#233;es en faveur de la th&#232;se de Marx, je vous prie donc, pour qu'il n'y ait pas de m&#233;prise sur l'ensemble de ma pens&#233;e, de corriger l'une par l'autre, de compl&#233;ter l'une par l'autre, les deux parties de l'expos&#233; que nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de scinder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai montr&#233;, il y a quelques mois, que l'on pouvait interpr&#233;ter tous les ph&#233;nom&#232;nes de l'Histoire du point de vue du mat&#233;rialisme &#233;conomique, qui, je le rappelle seulement, n'est pas du tout le mat&#233;rialisme physiologique. Marx n'entend pas dire, en effet, le moins du monde, que tout ph&#233;nom&#232;ne de conscience ou de pens&#233;e s'explique par de simples groupements de mol&#233;cules mat&#233;rielles ; c'est l&#224; m&#234;me une hypoth&#232;se que Marx et plus r&#233;cemment Engels traitent de m&#233;taphysique et qui est &#233;cart&#233;e aussi bien par l'&#233;cole scientifique que par l'&#233;cole spiritualiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas non plus ce que l'on appelle parfois le mat&#233;rialisme moral, c'est-&#224;-dire la subordination de toute l'activit&#233; de l'homme &#224; la satisfaction des app&#233;tits physiques et &#224; la recherche du bien-&#234;tre individuel. Au contraire, si vous vous rappelez comment, dans son livre &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Marx traite la conception utilitaire anglaise, si vous vous rappelez comment il parle avec d&#233;dain, avec m&#233;pris, de ces th&#233;oriciens de l'utilitarisme comme J&#233;r&#233;mie Bentham, qui pr&#233;tendent que l'homme n'agit toujours qu'en vue d'un int&#233;r&#234;t personnel consciemment recherch&#233; par lui, vous verrez qu'il n'y a rien de commun entre ces deux doctrines. Bien mieux, c'est l'inverse ; car pr&#233;cis&#233;ment parce que Marx estime que les modes m&#234;me du sentiment et de la pens&#233;e sont d&#233;termin&#233;s dans l'homme par la forme essentielle des rapports &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; o&#249; il vit, par l&#224;, Marx fait intervenir dans la conduite de l'individu des forces sociales, des forces collectives, des forces historiques dont la puissance d&#233;passe celle des mobiles individuels et &#233;go&#239;stes. Ce qu'il entend, c'est que ce qu'il y a d'essentiel dans l'histoire, ce sont les rapports &#233;conomiques, les rapports de production des hommes entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est selon que les hommes sont rattach&#233;s les uns aux autres par telle ou telle forme de la soci&#233;t&#233; &#233;conomique, qu'une soci&#233;t&#233; a tel ou tel caract&#232;re, qu'elle a telle ou telle conception de la vie, telle ou telle morale, et qu'elle donne telle ou telle direction g&#233;n&#233;rale &#224; ses entreprises. De plus, suivant Marx, ce n'est pas selon une id&#233;e abstraite de justice, ce n'est pas selon une id&#233;e abstraite du droit, que les hommes se meuvent : ils se meuvent parce que le syst&#232;me social form&#233; entre eux, &#224; un moment donn&#233; de l'histoire, par les relations &#233;conomiques de production, est un syst&#232;me instable qui est oblig&#233; de se transformer pour faire place &#224; d'autres syst&#232;mes ; et c'est la substitution d'un syst&#232;me &#233;conomique &#224; un autre, par exemple de l'esclavage &#224; l'anthropophagie, c'est cette substitution qui entraine une correspondance naturelle, une transformation &#233;quivalente dans les conceptions politiques, scientifiques et religieuses : en sorte que, selon Marx, le ressort le plus intime et le plus profond de l'histoire, c'est le mode d'organisation des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nom du mat&#233;rialisme &#233;conomique s'explique donc en ce que l'homme ne tire pas de son cerveau une id&#233;e toute faite de justice, mais qu'il se borne &#224; r&#233;fl&#233;chir en lui, &#224; r&#233;fl&#233;chir dans sa substance c&#233;r&#233;brale, les rapports &#233;conomiques de production. En regard de la conception mat&#233;rialiste, il y a la conception id&#233;aliste sous des formes multiples. Je la r&#233;sumerai ainsi : c'est la conception selon laquelle l'humanit&#233;, d&#232;s son point de d&#233;part, a pour ainsi dire une id&#233;e obscure, un pressentiment premier de sa destin&#233;e, de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant l'exp&#233;rience de l'histoire, avant la constitution de tel ou tel syst&#232;me &#233;conomique, l'humanit&#233; porte en elle-m&#234;me une id&#233;e pr&#233;alable de la justice et du droit, et c'est cet id&#233;al pr&#233;con&#231;u qu'elle poursuit, de forme de civilisation en forme sup&#233;rieure de civilisation ; et quand elle se meut, ce n'est pas par la transformation m&#233;canique et automatique des modes de la production, mais sous l'influence obscur&#233;ment ou clairement sentie de cet id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sorte que c'est l'id&#233;e elle-m&#234;me qui devient le principe du mouvement et de l'action, et que bien loin que ce soient les conceptions intellectuelles qui d&#233;rivent des faits &#233;conomiques, ce sont les faits &#233;conomiques qui traduisent peu &#224; peu, qui incorporent peu &#224; peu, dans la r&#233;alit&#233; et dans l'histoire, l'id&#233;al de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est, ind&#233;pendamment des innombrables formules que la diversit&#233; des syst&#232;mes philosophiques ou religieux a donn&#233;es &#224; cette th&#232;se, la conception de l'id&#233;alisme dans l'histoire. Or, remarquez, citoyens, en fait, ces deux conceptions qui semblent s'opposer l'une &#224; l'autre, qui semblent &#234;tre exclusives l'une de l'autre, je dirai presque que dans la conscience contemporaine, elles sont &#224; peu pr&#232;s confondues et r&#233;concili&#233;es. Il n'y a pas, en fait, un seul id&#233;aliste qui ne convienne qu'on ne pourrait r&#233;aliser un id&#233;al sup&#233;rieur de l'homme sans une transformation pr&#233;alable de l'organisme &#233;conomique ; et, en revanche, il y a bien peu d'adeptes du mat&#233;rialisme &#233;conomique, qui ne se laissent aller &#224; l'id&#233;e de la justice et du droit, il y en a bien peu qui se bornent &#224; pr&#233;voir dans la soci&#233;t&#233; communiste de demain une r&#233;alisation plus haute de la justice et du droit. Y a-t-il l&#224; contradiction ? Marx a toujours voulu maintenir l'int&#233;grit&#233; un peu &#226;pre de sa formule et il n'a eu que railleries pour ceux qui croient ajouter &#224; la force de l'&#233;volution &#233;conomique et du mouvement socialiste, en faisant appel &#224; l'id&#233;e pure de justice ; il n'a eu que railleries pour ceux qui, selon sa parole,veulent jeter sur la r&#233;alit&#233; de l'histoire, sur le corps m&#234;me des faits, une sorte de voile tiss&#233; des fils les plus immat&#233;riels de la dialectique, bord&#233; de fleurs de r&#233;thorique et tremp&#233; de ros&#233;e sentimentale'.Il s'agit pour nous de savoir si cette conciliation entre la conception mat&#233;rialiste et la conception id&#233;aliste de l'histoire, qui est r&#233;alis&#233;e en fait dans notre pays par l'instinct, peut-&#234;tre aveugle, de la conscience socialiste, il s'agit de savoir si elle est th&#233;oriquement et doctrinalement possible ou s'il y a l&#224; une insoluble contradiction, si nous sommes oblig&#233;s de faire un choix d&#233;cisif entre les deux conceptions ou si nous pouvons logiquement et raisonnablement les consid&#233;rer l'une l'autre comme les deux aspects diff&#233;rents d'une m&#234;me v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est impossible de r&#233;soudre cette question particuli&#232;re sans la rattacher &#224; un probl&#232;me plus g&#233;n&#233;ral, sans dire comment, &#224; mon sens, se pose aujourd'hui, devant l'esprit humain, le probl&#232;me m&#234;me de la connaissance. Au point de vue o&#249;, pour ma part, je suis plac&#233;, je dis et je crois constater que l'effort de la pens&#233;e humaine depuis quatre si&#232;cles, depuis la Renaissance, c'est la conciliation, la synth&#232;se des contraires et m&#234;me des contradictoires : l&#224; est la marque, la caract&#233;ristique de tout le mouvement philosophique et intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Renaissance se trouvait devant une sorte de contradiction en apparence insoluble : l'esprit chr&#233;tien persistant et l'esprit de l'antiquit&#233; r&#233;veill&#233;. Or l'esprit de l'antiquit&#233; c'&#233;tait le culte, mieux que l'acceptation, l'adoration de la nature ; l'esprit chr&#233;tien, c'&#233;tait la condamnation, la n&#233;gation de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sorte que les hommes pensants, au sortir du moyen &#226;ge, se sont trouv&#233;s en face d'un h&#233;ritage intellectuel contradictoire, d'un dualisme &#224; concilier, &#224; ramener &#224; l'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me s'aggravait particuli&#232;rement par le d&#233;veloppement m&#234;me de l'esprit scientifique et de la science exp&#233;rimentale, car par l'&#233;tude rigoureuse, positive, des ph&#233;nom&#232;nes naturels, par l'application de la m&#233;canique, de la math&#233;matique &#224; l'&#233;tude des forces naturelles, la nature perdait ce prestige de beaut&#233;, cette apparence de vie int&#233;rieure et divine qu'elle avait eus pour les hommes antiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait, d'une part, concilier la nature telle que l'avait con&#231;ue l'antiquit&#233; avec la conception chr&#233;tienne ; il fallait, d'autre part, concilier la nature telle que la faisait la science nouvelle, la nature, simple enchainement de ph&#233;nom&#232;nes d&#233;termin&#233;s par des n&#233;cessit&#233;s purement m&#233;caniques, avec la libre aspiration de l'esprit humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord Descartes qui, par un singulier artifice de m&#233;thode, commence par s'enfermer, comme le chr&#233;tien, dans l'int&#233;rieur de sa conscience, par rejeter la vie ext&#233;rieure et &#233;carter la nature comme un fant&#244;me probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duit &#224; la constatation de sa pens&#233;e, il retrouve l'id&#233;e de Dieu, et r&#233;alise ainsi cette sorte d'isolement de la conscience et de Dieu, qui avec la r&#233;pudiation de la nature est la marque du christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, lorsqu'il s'est cr&#233;&#233; ainsi une premi&#232;re m&#233;thode, au lieu d'organiser simplement sa vie int&#233;rieure, comme le chr&#233;tien, il veut connaitre avec certitude la nature elle-m&#234;me ; en sorte qu'apr&#232;s avoir travers&#233; l'&#233;tat d'esprit chr&#233;tien, il ne s'en sert que pour fonder la science positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Leibnitz, vous voyez la m&#234;me tentative pour ramener &#224; l'unit&#233; l'homme et la nature, en montrant partout, jusque dans les forces purement mat&#233;rielles, jusque dans cette table, jusque dans ce sol sur lequel nous marchons, quelque chose d'analogue &#224; l'esprit, le d&#233;sir, le sens m&#234;me de la beaut&#233;, des rapports harmonieux, math&#233;matiques et certains, dans les lois de la physique et les combinaisons de la chimie. C'est la m&#234;me conciliation entre l'universel d&#233;terminisme et l'universelle libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, il affirme qu'il n'y a pas dans le monde un seul mouvement qui ne soit li&#233; &#224; l'infini &#224; d'autres mouvements. Le mouvement que je d&#233;termine en ce moment dans l'atmosph&#232;re par l'&#233;mission de la voix est la suite d'innombrables mouvements ant&#233;rieurs, et ce mouvement lui-m&#234;me sera r&#233;percut&#233; &#224; l'infini, &#233;branlant imperceptiblement la muraille m&#234;me de cette enceinte, par elle l'atmosph&#232;re ext&#233;rieure, et par l&#224; se transmettant sous des formes obscures ; nous ne pouvons produire un seul mouvement, d&#233;placer un seul grain de sable, sans modifier l'&#233;quilibre de l'univers tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps que cette liaison des mouvements, des ph&#233;nom&#232;nes, des faits, est universelle et illimit&#233;e, il n'y a pas une seule force qui proc&#232;de par la contrainte ; lorsqu'une boule de billard en choque une autre, cette derni&#232;re se met en mouvement ; mais elle ne le fait que suivant certaines lois d'&#233;lasticit&#233; qui lui sont propres, qui r&#233;sultent de sa contexture, et ce mouvement qui a l'air de venir du dehors, jaillit du dedans : il y a tout ensemble continuit&#233; et spontan&#233;it&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Spinoza, c'est la m&#234;me conciliation entre la nature et Dieu, entre le fait et l'id&#233;e, entre la force et le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Kant, vous le savez tous, le probl&#232;me philosophique consiste express&#233;ment &#224; trouver la synth&#232;se des affirmations contradictoires qui s'offrent &#224; l'esprit de l'homme : l'univers est-il limit&#233; ou infini ? Le temps est-il limit&#233; ou infini ? La s&#233;rie des causes est-elle limit&#233;e ou infinie ? Tout est-il soumis &#224; l'universelle et inflexible n&#233;cessit&#233;, ou y a-t-il une part pour la libert&#233; des actions ? Autant de th&#232;ses et d'antith&#232;ses, de n&#233;gations et d'affirmations, entre lesquelles h&#233;site l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effort de la philosophie kantienne est tout entier dans la solution de ces contradictions, de ces antinomies fondamentrales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, c'est Hegel qui vient donner la formule m&#234;me de ce long travail en disant que la v&#233;rit&#233; est dans la contradiction : ceux-l&#224; se trompent, ceux-l&#224; sont les jouets d'une logique &#233;troite, illusoire, qui affirment une th&#232;se sans lui opposer la th&#232;se inverse. En fait, dans la nature, dans la r&#233;alit&#233;, les contraires se p&#233;n&#232;trent, le fini par exemple et l'infini se p&#233;n&#232;trent : ce plateau est limit&#233;, c'est une surface restreinte et pourtant dans la limite de cette surface, je puis tracer ind&#233;finiment figures et figures ; en sorte que si vous vous bornez &#224; affirmer la limitation de carr&#233;, vous ne dites qu'une part de la v&#233;rit&#233;, vous &#234;tes dans l'erreur ; il est tout ensemble fini et infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me vous vous trompez en s&#233;parant ce qui est rationnel de ce qui est r&#233;el, et ce qui est r&#233;el de ce qui est rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'habitude, on s'imagine qu'une chose, parce qu'elle est, est une d&#233;rogation &#224; l'id&#233;al, qu'elle ne peut pas &#234;tre, par exemple la beaut&#233;, la v&#233;rit&#233; absolue ; on s'imagine que l'id&#233;al ne peut &#234;tre qu'une conception, que d&#232;s qu'il se r&#233;alise, il diminue. Ce sont l&#224; des id&#233;es arbitraires et fausses ; tout ce qui est rationnel rentre n&#233;cessairement dans la vie ; il n'y a pas une id&#233;e rationnelle qui ne soit traduite dans la r&#233;alit&#233; et il n'est pas une seule r&#233;alit&#233; qui ne puisse se ramener &#224; une id&#233;e et recevoir une explication rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grande formule de la synth&#232;se des contraires, de la conciliation des contradictions par l'identit&#233; du rationnel et de l'id&#233;al, a eu une influence profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne disons plus de telle ou telle p&#233;riode de l'histoire qu'elle n'est qu'une p&#233;riode de barbarie, nous disons : tout ce qui est, par cela seul qu'il est, tout ce qui a &#233;t&#233; par cela seul qu'il a &#233;t&#233;, avait sa raison et sa racine dans la raison, mais ce n'&#233;tait pas la raison compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois inutile de rappeler aux adeptes de la doctrine de Marx, que Marx a &#233;t&#233; le disciple intellectuel de Hegel ; il le d&#233;clare, il le proclame lui-m&#234;me dans son introduction du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; (et Engels, depuis quelques ann&#233;es, semble, par cette pente qui porte l'homme qui a longtemps v&#233;cu &#224; revenir vers ses origines, s'appliquer &#224; l'&#233;tude approfondie de Hegel lui-m&#234;me). Il y a une application saisissante de cette formule des contraires, lorsque Marx constate aujourd'hui l'antagonisme des classes, l'&#233;tat de guerre &#233;conomique, opposant la classe capitaliste &#224; la classe prol&#233;tarienne ; parce que cet antagonisme est n&#233; sous le r&#233;gime capitaliste, sous un r&#233;gime de guerre et de division, il pr&#233;pare un r&#233;gime nouveau de paix et d'harmonie. Selon la vieille formule d'H&#233;raclite, que Marx se plait &#224; citer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la paix n'est qu'une forme, un aspect de la guerre ; la guerre n'est qu'une forme, un aspect de la paix. Il ne faut pas opposer l'une &#224; l'autre ; ce qui est lutte aujourd'hui est le commencement de la r&#233;conciliation de demain. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e moderne de l'identit&#233; des contraires se retrouve encore dans cette autre conception admirable du marxisme : l'humanit&#233; a &#233;t&#233; jusqu'ici conduite, pour ainsi dire, par la force inconsciente de l'histoire, jusqu'ici ce ne sont pas les hommes qui se meuvent eux-m&#234;mes ; ils s'agitent et l'&#233;volution &#233;conomique les m&#232;ne ; ils croient produire les &#233;v&#232;nements ou s'imaginent v&#233;g&#233;ter et rester toujours &#224; la m&#234;me place, mais les transformations &#233;conomiques s'op&#232;rent &#224; leur insu m&#234;me, et &#224; leur insu elles agissent sur eux. L'humanit&#233; a &#233;t&#233;, en quelque sorte, comme un passager endormi qui serait port&#233; par le cours d'un fleuve sans contribuer au mouvement, ou du moins sans se rendre compte de la direction, se r&#233;veillant d'intervalles en intervalles et s'apercevant que le paysage a chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! Lorsque sera r&#233;alis&#233;e la r&#233;volution socialiste, lorsque l'antagonisme des classes aura cess&#233;, lorsque la communaut&#233; humaine sera ma&#238;tresse des grands moyens de production selon les besoins connus et constat&#233;s des hommes, alors, l'humanit&#233; aura &#233;t&#233; arrach&#233;e &#224; la longue p&#233;riode d'inconscience o&#249; elle marche depuis des si&#232;cles, pouss&#233;e par la force aveugle des &#233;v&#232;nements, et elle sera entr&#233;e dans l'&#232;re nouvelle o&#249; l'homme, au lieu d'&#234;tre soumis aux choses, r&#232;glera la marche des choses. Mais cette &#232;re prochaine de pleine conscience et de pleine clart&#233;, elle n'a &#233;t&#233; rendue possible que par une longue p&#233;riode d'inconscience et d'obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les hommes, &#224; l'origine incertaine de l'histoire, avaient voulu d&#233;lib&#233;r&#233;ment r&#233;gler la marche des &#233;v&#232;nements et des choses, ils auraient contrari&#233; simplement le cours de ces &#233;v&#232;nements, ils auraient gaspill&#233; les ressources de l'avenir, et pour avoir voulu agir trop t&#244;t avec pleine conscience, ils se seraient retir&#233; le moyen d'agir jamais avec pleine conscience ; comme l'enfant que l'on aurait appel&#233; trop t&#244;t &#224; la vie pleinement consciente de la raison r&#233;fl&#233;chie, et en qui l'on n'aurait pas laiss&#233; se produire l'&#233;volution inconsciente de la vie organique et des premi&#232;res manifestations de la vie morale, pour avoir &#233;t&#233; un penseur &#224; la premi&#232;re heure de la vie, aurait &#233;t&#233; incapable de penser ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, cette vie inconsciente &#233;tait la condition m&#234;me et la pr&#233;paration de la vie consciente de demain, et ainsi encore l'histoire se charge de r&#233;soudre une contradiction essentielle. Eh bien ! je demande si l'on ne peut pas, si l'on ne doit pas, sans manquer &#224; l'esprit m&#234;me du marxisme, pousser plus loin cette m&#233;thode de conciliation des contraires, de synth&#232;se des contradictoires, et chercher la conciliation fondamentale du mat&#233;rialisme &#233;conomique et de l'id&#233;alisme appliqu&#233; au d&#233;veloppement de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquez dans quel esprit - et je vous demande pardon de ces longs pr&#233;liminaires, mais il n'y a pas de question particuli&#232;re qui puisse &#234;tre r&#233;solue si l'on ne s'est entendu sur une philosophie g&#233;n&#233;rale, - remarquez dans quel esprit je cherche cette conciliation du mat&#233;rialisme &#233;conomique et de l'id&#233;alisme historique et moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas faire &#224; chacun sa part, je ne veux pas dire il y a une partie de l'histoire qui est gouvern&#233;e par les n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques et il y en a une autre dirig&#233;e par une id&#233;e pure, par un concept, par l'id&#233;e, par exemple, de l'humanit&#233; ou de la justice ou du droit ; je ne veux pas mettre la conception mat&#233;rialiste d'un c&#244;t&#233; d'une cloison, et la conception id&#233;aliste de l'autre. Je pr&#233;tends qu'elles doivent se p&#233;n&#233;trer l'une l'autre, comme se p&#233;n&#232;trent dans la vie organique de l'homme, la m&#233;canique c&#233;r&#233;brale et la spontan&#233;&#239;t&#233; consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis qu'il n'y a pas dans le cerveau un seul mouvement qui ne corresponde d'une fa&#231;on claire ou obscure &#224; un &#233;tat de conscience, et qu'il n'y a pas un seul &#233;tat de conscience qui ne corresponde &#224; un mouvement c&#233;r&#233;bral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'on pouvait ouvrir le cerveau et suivre l'infinie d&#233;licatesse des mouvements qui s'y produisent, s'y d&#233;terminent et s'y enchainent, on pourrait suivre par l'envers physiologique tout le travail psychologique de nos pens&#233;es, de nos conceptions, de nos volitions ; et pourtant il y a l&#224; une singuli&#232;re antinomie r&#233;solue par la vie sans que nous paraissions nous en douter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, au moment m&#234;me o&#249; je parle, mon id&#233;e, par quoi est-elle d&#233;termin&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est d&#233;termin&#233;e par une id&#233;e ant&#233;rieure avec laquelle elle a des rapports logiques, et toutes nos id&#233;es s'enchainent les unes aux autres selon certains rapports logiques, intelligibles, ou de ressemblance, ou d'opposition ou de causalit&#233;. En sorte que dans la trame de nos pens&#233;es, n'interviennent, en apparence, que des forces logiques, et que, de plus, il semble que toute l'activit&#233; pr&#233;sente dans mon esprit conscient soit d&#233;termin&#233;e par une id&#233;e de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je prononce en ce moment des paroles, c'est bien parce que l'id&#233;e que j'exprime en cette minute a &#233;t&#233; longuement amen&#233;e par une id&#233;e ant&#233;rieure et par toute la suite des id&#233;es ant&#233;rieures ; mais c'est aussi parce que je veux r&#233;aliser dans l'avenir que je vois devant moi, un but, une intention, une fin ; c'est parce que je veux aboutir &#224; une d&#233;monstration compl&#232;te que je conduis en ce moment mes pens&#233;es dans la direction qu'elles suivent, en sorte que ma pens&#233;e pr&#233;sente, en m&#234;me temps qu'elle est d&#233;termin&#233;e par la s&#233;rie des pens&#233;es ant&#233;rieures, semble provoqu&#233;e par une id&#233;e d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, dans le d&#233;veloppement physiologique, m&#233;canique des mouvements c&#233;r&#233;braux, celui qui accompagne en ce moment la pens&#233;e que j'exprime n'est d&#233;termin&#233; que par un mouvement ant&#233;rieur ; en sorte, citoyens, que notre vie est &#224; la fois physiologique et consciente, &#224; la fois m&#233;canique et spontan&#233;e. Dans l'enchainement des mouvements c&#233;r&#233;braux, le pr&#233;sent n'est d&#233;termin&#233; que par le pass&#233;, tandis que dans l'enchainement des id&#233;es, des concepts conscients, le pr&#233;sent semble d&#233;termin&#233; par l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dirait donc qu'il y a contradiction entre le mode selon lequel fonctionne ma vie c&#233;r&#233;brale et le mode selon lequel fonctionne le d&#233;veloppement conscient de nos id&#233;es et de nos pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, quoi qu'il y ait antinomie apparente entre ces deux modes, entre ces deux points de vue, la synth&#232;se est faite, la conciliation est faite, et il n'y a pas une seule de mes pens&#233;es qui ne corresponde &#224; un mouvement c&#233;r&#233;bral comme il n'y a pas un seul mouvement c&#233;r&#233;bral qui ne corresponde au moins &#224; un commencement de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il en est de m&#234;me dans l'histoire et en m&#234;me temps que vous pouvez expliquer tous les ph&#233;nom&#232;nes historiques par la pure &#233;volution &#233;conomique, vous pouvez aussi les expliquer par le d&#233;sir inquiet, permanent, que l'humanit&#233; a d'une forme sup&#233;rieure d'existence, et pour pr&#233;ciser la question, voici, citoyens, comment, &#224; mon sens, le probl&#232;me se pose, voici les explications compl&#233;mentaires que je suis oblig&#233; de demander aux th&#233;oriciens du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le cerveau humain ne cr&#233;e pas de lui-m&#234;me une id&#233;e du droit qui serait vaine et creuse ; il n'y a dans toute la vie, m&#234;me intellectuelle et morale de l'humanit&#233;, qu'un reflet des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques dans le cerveau humain. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! je l'accepte. Oui, il n'y a dans tout le d&#233;veloppement de la vie intellectuelle, morale, religieuse de l'humanit&#233; que le reflet des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques dans le cerveau humain ; oui, mais il y a en m&#234;me temps le cerveau humain, il y a par cons&#233;quent la pr&#233;formation c&#233;r&#233;brale de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; est le produit d'une longue &#233;volution physiologique qui a pr&#233;c&#233;d&#233; l'&#233;volution historique, et lorsque l'homme, selon cette &#233;volution physiologique, a &#233;merg&#233; de l'animalit&#233;, imm&#233;diatement inf&#233;rieure, il y avait d&#233;j&#224; dans le premier cerveau de l'humanit&#233; naissante des pr&#233;dispositions, des tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient-elles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait d'abord l'aptitude &#224; ce que j'appellerai les sensations d&#233;sint&#233;ress&#233;es. A mesure que l'on s'&#233;l&#232;ve dans l'&#233;chelle de la vie animale, on constate que les sens purement &#233;go&#239;stes se subordonnent peu &#224; peu aux sens esth&#233;tiques et d&#233;sint&#233;ress&#233;s. Aux rangs inf&#233;rieurs de l'animalit&#233;, la vue est peu d&#233;velopp&#233;e, l'ou&#239;e l'est peu, ce qui est d&#233;velopp&#233; c'est l'odorat, c'est la facult&#233; de pr&#233;hension ; c'est le go&#251;t, c'est-&#224;-dire tous les sens qui sont mis surtout en mouvement par la proie, tous les sens qui mettent surtout en mouvement l'app&#233;tit physique et &#233;go&#239;ste. Au contraire, &#224; mesure qu'on s'&#233;l&#232;ve dans l'animalit&#233;, voyez se d&#233;velopper le sens de l'ou&#239;e, et le sens de la vue. Et c'est par l'oeil qu'arrive &#224; l'animal l'image de la proie, qu'il devrait saisir il est vrai, mais en m&#234;me temps bien d'autres images lui arrivent qui ne peuvent mettre en mouvement son app&#233;tit animal ; par l'ou&#239;e, si l'animal recueille bien des bruits, des rumeurs qui peuvent le mettre sur la trace de la proie, ou qui peuvent l'avertir du danger, il lui arrive aussi bien des harmonies qui n'ont aucun rapport imm&#233;diat avec son app&#233;tit physique et les conditions positives de sa s&#233;curit&#233;. En sorte que, par la vue inond&#233;e d'images qui d&#233;passent la sensibilit&#233; imm&#233;diate de l'animal, par l'ou&#239;e p&#233;n&#233;tr&#233;e de sonorit&#233;s qui d&#233;passent le besoin imm&#233;diat de l'animal, l'univers p&#233;n&#232;tre dans l'animalit&#233;, sous une autre forme que celle de la lutte pour la vie. C'est d&#233;j&#224; dans l'animal le besoin, la joie, l'&#233;blouissement de la lumi&#232;re, c'est d&#233;j&#224; le besoin, la joie, l'enchantement de la m&#233;lodie et de l'harmonie ; du fond de la vie organique purement &#233;go&#239;ste va &#233;clore peu &#224; peu le sens esth&#233;tique et d&#233;sint&#233;ress&#233;, et dans la for&#234;t profonde, toute frissonnante de rumeurs et de clart&#233;, l'univers entre dans l'animal comme un roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre cette pr&#233;disposition premi&#232;re que l'homme-animal apportait au d&#233;but de la longue &#233;volution &#233;conomique, il y avait de plus la facult&#233;, d&#233;j&#224; &#233;veill&#233;e chez les animaux eux-m&#234;mes, de saisir le g&#233;n&#233;ral dans le particulier, le type de l'esp&#232;ce dans l'individu, de d&#233;m&#234;ler la ressemblance g&#233;n&#233;rique &#224; travers les diversit&#233;s individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les autres individus qui vont passer devant lui, avec lesquels les lois du d&#233;veloppement &#233;conomique le mettront en contact, l'individu homme, et l'animal homme, ne verra pas seulement des formes associ&#233;es ou ennemies, il verra des forces semblables et alors il y a en lui un premier instinct de sympathie imaginative qui, par la ressemblance saisie et constat&#233;e, lui permettra de deviner et de sentir les joies des autres, de deviner et d'&#233;prouver leurs douleurs. D&#232;s le d&#233;but de la vie, &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;go&#239;sme brutal, on trouve ce sentiment pr&#233;parant la r&#233;conciliation fraternelle de tous les hommes apr&#232;s les s&#233;culaires combats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, d&#232;s le d&#233;but de sa vie, avant la premi&#232;re manifestation de sa pens&#233;e, l'homme a ce que l'on peut appeler le sens de l'unit&#233;, la premi&#232;re manifestation de son mouvement intellectuel c'est la r&#233;duction de tous les &#234;tres, de toutes les formes et de toutes les forces, &#224; une unit&#233; vaguement entrevue ; voil&#224; comment on peut dire que l'homme est, d&#232;s sa premi&#232;re heure, un animal m&#233;taphysicien, puisque l'essence m&#234;me de la m&#233;taphysique, c'est la recherche de l'unit&#233; totale dans laquelle seraient compris tous les ph&#233;nom&#232;nes et envelopp&#233;es toutes les lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve de ce sens premier de l'unit&#233; est dans la cr&#233;ation spontan&#233;e de langage, avec ses hi&#233;rarchies de mots, qui ne font que repr&#233;senter des hi&#233;rarchies d'id&#233;es s'enveloppant les unes dans les autres, avec ses cat&#233;gories verbales traduisant les cat&#233;gories intellectuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, j'accorde &#224; Marx que tout le d&#233;veloppement ult&#233;rieur ne sera que le r&#233;fl&#233;chissement de ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques dans le cerveau, mais &#224; condition que nous disions qu'il y a d&#233;j&#224; dans ce cerveau, par le sens esth&#233;tique, par la sympathie imaginative et par le besoin d'unit&#233;, des forces fondamentales qui interviennent dans la vie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquez, encore une fois, que je ne juxtapose pas les facult&#233;s intellectuelles aux forces &#233;conomiques, que je ne veux pas reconstituer ce syndicat de facteurs historiques que notre &#233;minent ami Gabriel Deville a dispers&#233; avec tant de vigueur, il y a quelques mois. Non, je ne veux pas de cette juxtaposition, mais je dis qu'il est impossible que les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques constat&#233;s p&#233;n&#232;trent dans le cerveau humain, sans y mettre en jeu ces ressorts primitifs que j'analysais tout-&#224;-l'heure. Et voil&#224; pourquoi je n'accorde pas &#224; Marx que les conceptions religieuses, politiques, morales, ne sont qu'un reflet des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques. Il y a dans l'homme une telle p&#233;n&#233;tration de l'homme m&#234;me et du milieu &#233;conomique qu'il est impossible de dissocier la vie &#233;conomique et la vie morale ; pour les subordonner l'une &#224; l'autre, il faudrait d'abord les abstraire l'une de l'autre ; or, cette abstraction est impossible : pas plus qu'on ne peut couper l'homme en deux et dissocier en lui la vie organique et la vie consciente, on ne peut couper l'humanit&#233; historique en deux et dissocier en elle la vie id&#233;ale et la vie &#233;conomique. Telle est ma th&#232;se, dont je trouve la confirmation partielle dans la philosophie grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Grecs n'ont pas commenc&#233; &#224; constater les antinomies &#233;conomiques, les lois qui &#233;tablissent l'ordre dans la cit&#233;, l'opposition et la conciliation des pauvres et des riches, pour projeter ensuite leurs observations &#233;conomiques sur l'univers ; non, ils ont d'un m&#234;me coup d'oeil et dans une m&#234;me conception r&#233;uni les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques et les ph&#233;nom&#232;nes naturels. Voyez H&#233;raclite, Emp&#233;docle, Anaximandre ; ils constatent dans des formules uniques les liens et les contradictions des &#233;l&#233;ments, que ces &#233;l&#233;ments appartiennent &#224; la nature, le chaud et le froid, le lumineux et le t&#233;n&#233;breux, ou &#224; l'organisme physiologique, les sains et les malades, ou &#224; la vie intellectuelle, le parfait et l'imparfait, l'&#233;gal et l'in&#233;gal, ils font une table unique de ces oppositions emprunt&#233;es soit &#224; la nature, soit &#224; la soci&#233;t&#233;, et c'est dans H&#233;raclite le m&#234;me mot &lt;i&gt;Cosmos&lt;/i&gt; qui formule tout &#224; la fois l'ordre du monde r&#233;sultant de la conciliation des contraires, et l'ordre dans la cit&#233; r&#233;sultant de la conciliation des factions. C'est d'une seule vue que les penseurs grecs saisissent l'ordre du monde se d&#233;brouillant du chaos social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pouvant en quelques paroles, &#224; la fois trop longues et trop br&#232;ves, qu'effleurer la question, je me borne &#224; adresser aux th&#233;oriciens marxistes une autre demande d'explications, et je leur dis ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel jugement portez-vous, si vous en portez un (et de cela je suis certain), sur la direction du mouvement &#233;conomique et du mouvement humain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de dire qu'une forme de la production succ&#232;de &#224; une autre forme de la production ; il ne suffit pas de dire que l'esclavage a succ&#233;d&#233; &#224; l'anthropophagie, que le servage a succ&#233;d&#233; &#224; l'esclavage, que le salariat a succ&#233;d&#233; au servage, et que le r&#233;gime collectiviste ou communiste succ&#232;dera au salariat. Non, il faut encore se prononcer. Y a-t-il &#233;volution ou progr&#232;s ? Et s'il y a progr&#232;s, quelle est l'id&#233;e d&#233;cisive et derni&#232;re &#224; laquelle on mesure les diverses formes du d&#233;veloppement humain ? Et encore, si l'on veut &#233;carter comme trop m&#233;taphysique, cette id&#233;e de progr&#232;s, pourquoi le mouvement de l'histoire a-t-il ainsi &#233;t&#233; r&#233;gl&#233; de forme en forme, d'&#233;tape &#233;conomique en &#233;tape &#233;conomique, de l'anthropophagie &#224; l'esclavage, de l'esclavage au servage, du servage au salariat, du salariat au r&#233;gime socialiste, et non pas d'une autre fa&#231;on ? Pourquoi, en vertu de quel ressort, je ne dis pas en vertu de quel d&#233;cret providentiel, puisque je reste dans la conception mat&#233;rialiste et positive de l'histoire, mais pourquoi, de forme en forme, le d&#233;veloppement humain a-t-il suivi telle direction et non pas telle autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi la raison en est simple, si l'on veut admettre l'action de l'homme comme homme, l'action de ces forces humaines initiales dont j'ai parl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que, pr&#233;cis&#233;ment parce que les rapports &#233;conomiques de production s'adressent &#224; des hommes, il n'y a pas une seule forme de production qui ne renferme une contradiction essentielle, tant que la pleine libert&#233; et la pleine solidarit&#233; des hommes n'aura pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Spinoza qui a d&#233;montr&#233; admirablement la contradiction intime de tout r&#233;gime tyrannique, de toute exploitation politique ou sociale de l'homme par l'homme, non pas en se pla&#231;ant au point de vue du droit abstrait, mais en montrant qu'on se trouvait l&#224; en pr&#233;sence d'une contradiction de fait. Ou bien la tyrannie fera &#224; ceux qu'elle opprime tant de mal qu'ils cesseront de redouter les suites que pourrait avoir pour eux une insurrection, et alors les opprim&#233;s se soul&#232;veront contre l'oppresseur, ou bien celui-ci, pour pr&#233;venir les soul&#232;vements, m&#233;nagera dans une certaine mesure les besoins, les instincts de ses sujets, et il les pr&#233;parera ainsi &#224; la libert&#233;. Ainsi, de toute fa&#231;on, la tyrannie doit disparaitre en vertu du jeu des forces, &lt;i&gt;parce que ces forces sont des hommes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en sera de m&#234;me tant que l'exploitation de l'homme par l'homme n'aura pas pris fin. C'est Hegel encore qui a dit, avec une pr&#233;cision souveraine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La contradiction essentielle de toute tyrannie politique ou &#233;conomique, c'est qu'elle est oblig&#233;e de traiter comme des instruments inertes des hommes qui, quels qu'ils soient, ne pensent jamais descendre &#224; l'inertie des machines mat&#233;rielles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et remarquez que cette contradiction est, tout &#224; la fois, une contradiction logique et une contradiction de fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une contradiction logique, puisqu'il y a opposition entre l'id&#233;e m&#234;me de l'homme, c'est-&#224;-dire d'un &#234;tre dou&#233; de sensibilit&#233;, de spontan&#233;&#239;t&#233; et de r&#233;flexion, et l'id&#233;e de machine. C'est une contradiction de fait puisqu'en se servant de l'homme, outil vivant, comme d'un outil mort, on violente la force m&#234;me dont on veut se servir et on aboutit ainsi &#224; un m&#233;canisme social discordant et pr&#233;caire. C'est parce que cette contradiction viole &#224; la fois l'id&#233;e de l'homme et la loi m&#234;me de m&#233;canique, selon laquelle la force homme peut &#234;tre utilis&#233;e, que le mouvement de l'histoire est tout &#224; la fois une protestation id&#233;aliste de la conscience contre les r&#233;gimes qui abaissent l'homme, et une r&#233;action automatique des forces humaines contre tout arrangement instable et violent. Qu'&#233;tait l'anthropophagie ? Elle &#233;tait doublement contradictoire, car en obligeant l'homme &#224; &#233;gorger l'homme en dehors m&#234;me de l'excitation du combat, elle faisait violence &#224; ce premier instinct de sympathie dont j'ai parl&#233; : contradiction morale ; - et, de plus, elle faisait de l'homme, qui a une aptitude certaine au travail r&#233;gl&#233;, &#224; la production, une sorte de b&#234;te de proie dont on ne peut utiliser que la chair : contradiction &#233;conomique. D&#232;s lors l'esclavage devait naitre, parce que la domestication de l'homme blessait moins l'instinct de sympathie et m&#233;nageait mieux l'int&#233;r&#234;t du maitre en tirant de l'homme, par le travail, beaucoup plus qu'il ne donnait par sa subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on ferait sans peine la m&#234;me d&#233;monstration pour l'esclavage, pour le servage, pour le salariat. D&#232;s lors, on comprend, puisque tout le mouvement de l'histoire r&#233;sulte de la contradiction essentielle entre l'homme et l'usage qui est fait de l'homme, que ce mouvement tende comme &#224; sa limite, &#224; un ordre &#233;conomique o&#249; il sera fait de l'homme un usage conforme &#224; l'homme. C'est l'humanit&#233; qui, &#224; travers des formes &#233;conomiques qui r&#233;pugnent de moins en moins &#224; son id&#233;e, se r&#233;alise elle-m&#234;me. Et il y a dans l'histoire humaine non seulement une &#233;volution n&#233;cessaire, mais une direction intelligible et un sens id&#233;al. Donc, tout le long des si&#232;cles, l'homme n'a pu aspirer &#224; la justice qu'en aspirant &#224; un ordre social moins contradictoire &#224; l'homme que l'ordre pr&#233;sent, et pr&#233;par&#233; par cet ordre pr&#233;sent, et ainsi l'&#233;volution des formes &#233;conomiques, mais en m&#234;me temps, &#224; travers tous ces arrangements successifs, l'humanit&#233; se cherche et s'affirme elle-m&#234;me, et quelle que soit la diversit&#233; des milieux, des temps, des revendications &#233;conomiques, c'est un m&#234;me soufle de plainte et d'esp&#233;rance qui sort de la bouche de l'esclave, du serf et du prol&#233;taire ; c'est ce soufle immortel d'humanit&#233; qui est l'&#226;me de ce qu'on appelle le droit. Il ne faut donc pas opposer la conception mat&#233;rialiste et la conception id&#233;aliste de l'histoire. Elles se confondent en un d&#233;veloppement unique et insoluble, parce que si on ne peut abstraire l'homme des rapports &#233;conomiques, on ne peut abstraire les rapports &#233;conomiques de l'homme et l'histoire, en m&#234;me temps qu'elle est un ph&#233;nom&#232;ne qui se d&#233;roule selon une loi m&#233;canique, est une aspiration qui se r&#233;alise selon une loi id&#233;ale. Et, apr&#232;s tout, n'en est-il pas de l'&#233;volution de la vie comme de l'&#233;volution de l'histoire ? Sans doute, la vie n'est pass&#233;e d'une forme &#224; une autre, d'une esp&#232;ce &#224; une autre, que sous la double action du milieu et des conditions biologiques imm&#233;diatement pr&#233;existantes et tout le d&#233;veloppement de la vie est susceptible d'une explication mat&#233;rialiste mais en m&#234;me temps on peut dire que la force initiale de vie concentr&#233;e dans les premi&#232;res granulations vivantes et les conditions g&#233;n&#233;rales de l'existence plan&#233;taire d&#233;terminaient d'avance la marche g&#233;n&#233;rale et comme le plan de la vie sur notre plan&#232;te. Ainsi, les &#234;tres sans nombre qui ont &#233;volu&#233;, en m&#234;me temps qu'ils ont subi une loi, ont collabor&#233; par une aspiration secr&#232;te &#224; la r&#233;alisation d'un plan de vie. Le d&#233;veloppement de la vie physiologique comme de la vie historique a donc &#233;t&#233; fait ensemble id&#233;aliste et mat&#233;rialiste. et la synth&#232;se que je vous propose se rattache &#224; une synth&#232;se plus g&#233;n&#233;rale que je ne puis indiquer sans la fortifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour revenir &#224; la question &#233;conomique, est-ce que Marx lui-m&#234;me ne r&#233;introduit pas dans sa conception historique l'id&#233;e, la notion de l'id&#233;al du progr&#232;s, du droit ? Il n'annonce pas seulement la soci&#233;t&#233; communiste comme la cons&#233;quence n&#233;cessaire de l'ordre capitaliste : il montre qu'en elle cessera enfin cet antagonisme des classes qui &#233;puise l'humanit&#233; : il montre aussi que pour la premi&#232;re fois la vie pleine et libre sera r&#233;alis&#233;e par l'homme, que les travailleurs auront tout ensemble la d&#233;licatesse nerveuse de l'ouvrier et la vigueur tranquille du paysan, et que l'humanit&#233; se redressera, plus heureuse et plus noble, sur la terre renouvel&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas reconnaitre que le mot justice a un sens, m&#234;me dans la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, et la conciliation que je vous propose, n'est-elle pas, d&#232;s lors, accept&#233;e de vous ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 9 juillet 1894, Jean Jaur&#232;s avait fait une conf&#233;rence sur &lt;i&gt;le mat&#233;rialisme &#233;conomique de Karl Marx&lt;/i&gt; devant les Etudiants collectivistes, &#224; l'h&#244;tel des Soci&#233;t&#233;s savantes, &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;source : &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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