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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Le paradoxe politique de l'esp&#232;ce</title>
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		<dc:date>2016-11-28T22:10:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sloterdijk, Peter</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le concept d'humanit&#233; est gros d'un paradoxe actif qui peut &#234;tre rapport&#233; &#224; la formule suivante : nous formons une communaut&#233; avec ceux avec qui nous n'avons rien de commun. (On peut aussi donner une dimension temporelle &#224; cette phrase : plus nous accumulons les exp&#233;riences avec ceux avec qui nous formons une comunaut&#233;, plus il est &#233;vident que nous navons rien en commun.) Mesur&#233;e &#224; ses effets, cette phrase est &#224; la fois porteuse d'un &#233;vangile et grosse effrayant message. L'histoire des id&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Sloterdijk-" rel="directory"&gt;Sloterdijk&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_292 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/IMG/jpg/1200px-pieter_bruegel_the_elder_-_the_tower_of_babel__vienna__-_google_art_project_-_edited.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.caute.lautre.net/IMG/jpg/1200px-pieter_bruegel_the_elder_-_the_tower_of_babel__vienna__-_google_art_project_-_edited.jpg' width='500' height='683' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'humanit&#233; est gros d'un paradoxe actif qui peut &#234;tre rapport&#233; &#224; la formule suivante : nous formons une communaut&#233; avec ceux avec qui nous n'avons rien de commun. (On peut aussi donner une dimension temporelle &#224; cette phrase : plus nous accumulons les exp&#233;riences avec ceux avec qui nous formons une comunaut&#233;, plus il est &#233;vident que nous navons rien en commun.) Mesur&#233;e &#224; ses effets, cette phrase est &#224; la fois porteuse d'un &#233;vangile et grosse effrayant message. L'histoire des id&#233;es politiques peut &#234;tre d&#233;crypt&#233;e comme une s&#233;rie de tentatives pour d&#233;samorcer ce paradoxe politique de l'esp&#232;ce. C'est pourquoi, dans la politologie classique, il est toujours question d'endiguer les drames qui ne peuvent manquer de surgir lorsque les horizons de l'apparetenance rapport&#233;e &#224; des groupes et des peuples s'&#233;largissent jusqu'aux dimensions d'un empire et m&#234;me de l'esp&#232;ce en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Sloterdijk, &lt;i&gt;Dans le m&#234;me bateau&lt;/i&gt;, p.12&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cogitor ergo sum</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Cogitor-ergo-sum</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Cogitor-ergo-sum</guid>
		<dc:date>2005-02-15T12:20:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sloterdijk, Peter</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un ogre qui d&#233;vore l'&#233;poque sans jamais dire s'il la trouve d&#233;lectable ou d&#233;testable. Adepte de la pens&#233;e dangereuse, explorateur des zones d'ombre des &#226;mes et des corps, Peter Sloterdijk entend penser le pire et persiste &#224; vivre le meilleur. Recteur de l'Acad&#233;mie des Beaux-Arts de Karlsruhe, ce franc-tireur venu du gauchisme et pass&#233; par le bouddhisme a &#233;t&#233; en 1999 au centre d'un retentissant scandale en Allemagne. Apr&#232;s la publication de ses R&#232;gles pour le parc humain, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Sloterdijk-" rel="directory"&gt;Sloterdijk&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Peter Sloterdijk : Cogitor ergo sum &#187; (avec Peter Sloterdijk et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; un ogre qui d&#233;vore l'&#233;poque sans jamais dire s'il la trouve d&#233;lectable ou d&#233;testable. Adepte de la pens&#233;e dangereuse, explorateur des zones d'ombre des &#226;mes et des corps, Peter Sloterdijk entend penser le pire et persiste &#224; vivre le meilleur. Recteur de l'Acad&#233;mie des Beaux-Arts de Karlsruhe, ce franc-tireur venu du gauchisme et pass&#233; par le bouddhisme a &#233;t&#233; en 1999 au centre d'un retentissant scandale en Allemagne. Apr&#232;s la publication de ses &lt;i&gt;R&#232;gles pour le parc humain&lt;/i&gt;, cet inlassable lecteur de Nietzsche et Heidegger est accus&#233; de d&#233;fendre un Projet Zarathoustra des &#234;tres humains, un plan d'am&#233;nagement g&#233;n&#233;tique fascisant. Les fant&#244;mes du pass&#233; rodent. D'ailleurs, l'assaut est men&#233; par J&#252;rgen Habermas, chef de file de la g&#233;n&#233;ration de la m&#233;moire et sourcilleux gardien du temple de la pens&#233;e convenable. C'est que Sloterdijk veut en finir avec le ressassement des crimes, la n&#233;vrose obsessionnelle du pass&#233;. Cette exp&#233;rience concr&#232;te de lynchage qu'il &#233;voque avec une lueur ironique dans le regard, alimente sans doute sa r&#233;flexion sur ce r&#232;gne m&#233;diatique qu'il diss&#232;que avec gourmandise et f&#233;rocit&#233;. Car pour employer une m&#233;taphore &#233;lectrique qu'il affectionne, Peter Sloterdijk est, en mati&#232;re de m&#233;dias, simultan&#233;ment conducteur et r&#233;sistant. Pour cet observateur du fascisme de divertissement cathodique, le journaliste est le prototype de l'homme porteur du message Z&#233;ro. Mais comme Peter Sloterdijk n'en est pas &#224; une ambigu&#239;t&#233; pr&#232;s, il anime sur la cha&#238;ne allemande ZDF une &#233;mission consacr&#233;e &#224; la philosophie. T&#233;l&#233;vision, philosophie, il nous dira entre autres, comment il se d&#233;brouille de cet apparent oxymore(E. L&#233;vy).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(entretien retranscrit et en partie remani&#233; par &lt;a href=&#034;mailto:rbessis@club-internet.fr&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;Rapha&#235;l Bessis&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entretien avec Peter Sloterdijk&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Avant toute chose, pourriez-vous nous expliquer ce que signifie cette maxime latine : &#8220;Cogito&lt;i&gt;r&lt;/i&gt; ergo sum&#8221; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; &#8220;Cogito&lt;i&gt;r&lt;/i&gt; ergo sum&#8221;. Le fait d'ajouter la lettre &#8220;r&#8221; fait que l'on transforme la phrase cart&#233;sienne classique qui &#233;tait active (&#8220;Cogito ergo sum&#8221;) en une phrase passive. &#8220;Cogito&lt;i&gt;r &lt;/i&gt;ergo sum&#8221; signifie que l'on pense &#224; moi, que je suis pens&#233; par quelqu'un d'autre : quelqu'un s'adresse &#224; moi, et c'est &lt;i&gt;la raison&lt;/i&gt; pour laquelle &lt;i&gt;je suis&lt;/i&gt;. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Mais ne pourrait-on pas, en prenant cette phrase &#224; un autre niveau, peut-&#234;tre un peu moins philosophique, en faire une sorte de slogan du monde des m&#233;dias aujourd'hui ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; C'est une phrase qui nous aide &#224; comprendre la nature extatique des processus m&#233;diateurs. Etre int&#233;gr&#233; dans une communication signifie que je suis &#224; l'endroit o&#249; l'extase de l'autre s'adresse. Etre l'adresse de quelqu'un, &#234;tre le point de l'extase, o&#249; une d&#233;pense de l'autre aboutit, c'est une mani&#232;re de dire qu'exister signifie : &#234;tre une adresse pour un autre. Le renversement de ce proc&#233;d&#233; m'am&#232;ne &#224; ce que nous connaissons tr&#232;s bien sous le titre d'une philosophie du dialogue qui a, d'une fa&#231;on ou d'une autre, impr&#233;gn&#233; toute la philosophie du XX&#232;me si&#232;cle. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Fran&#231;ois Colosimo&lt;/i&gt; : &#171; On se souvient de toutes les batailles franco-allemandes qui furent d'abord philosophiques, d'ailleurs avant d'&#234;tre militaires souvent, on se souvient peut-&#234;tre du mot de Roger Limier qui pensait que &#171; la philosophie c'est un peu comme la Russie, c'est plein de mar&#233;cages, et c'est souvent envahi par les allemands &#187;, mais est-ce qu'on est toujours aujourd'hui, dans l'empire de la communication, face &#224; ces guerres franco-allemandes ? Ou bien plut&#244;t, est-ce que les philosophes fran&#231;ais ou allemands, qui partagent aujourd'hui beaucoup de vocabulaire commun, ne sont pas pareillement menac&#233;s par le monde de la communication ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Je ne pense pas que la communication en tant que telle soit une menace, mais ce qui nous menace c'est &lt;i&gt;l'inondation de l'espace psychique&lt;/i&gt; par les communications non-voulues. La communication involontaire contribue &#224; cette couche de misanthropie qui se cache en nous, plus ou moins profond&#233;ment, et cette communication involontaire fait remonter la misanthropie de base. C'est l&#224; probablement une des raisons pour laquelle il faut se m&#233;fier de cette inondation m&#233;diatique, qui fait de nous dans l'avenir les voisins d'autres &#234;tres humains avec lesquels pourtant nous n'avons pas de fronti&#232;re commune. Il ne faut pas oublier qu'autrefois, le concept de voisin &#233;tait approximativement synonyme de celui d'ennemi. A pr&#233;sent, par la force des t&#233;l&#233;communications, il est devenu possible que des personnes qui n'ont rien en commun, surtout pas de mur commun ou de fronti&#232;re commune, des personnes qui ne sont pas voisins imm&#233;diats peuvent, aujourd'hui, se rendre malheureux r&#233;ciproquement, d'une fa&#231;on qui &#233;tait r&#233;serv&#233;e pourtant autrefois au voisin imm&#233;diat. C'est l&#224; le r&#233;sultat primordial de la communication, soit une sorte de &lt;i&gt;harc&#232;lement r&#233;ciproque globalis&#233;&lt;/i&gt; ou mondialis&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gilles Casanova&lt;/i&gt; : &#171; Votre maxime latine &#8220;Cogito&lt;i&gt;r&lt;/i&gt; ergo sum&#8221; semble aller un peu plus loin que vos derniers d&#233;veloppements, puisqu'elle contient l'id&#233;e que j'existe parce que l'on pense &#224; moi, et donc que je vis &#224; travers celui qui pense &#224; moi, que je vis &#224; travers le m&#233;dia. Or, ce dialogue me transforme en l'autre, c'est-&#224;-dire que je pense comme le m&#233;dia, et je finis par penser que c'est le m&#233;dia qui pense comme moi. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Je deviens ce que j'&#233;coute, et l'autre pense &#224; moi. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Il y a une &#233;poque, Peter Sloterdijk, o&#249; l'on a beaucoup pens&#233; &#224; vous, peut-&#234;tre trop &#224; votre go&#251;t, encore que je n'en suis pas si s&#251;r. En tous cas, &#8220;l'affaire Sloterdijk&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voyez L'affaire Sloterdijk.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vous a sans doute beaucoup appris sur l'ar&#232;ne m&#233;diatique. Le 17 juillet 1999 au cours d'un colloque sur Heidegger au ch&#226;teau d'Elmau, en Haute-Bavi&#232;re, vous prononcez cette conf&#233;rence intitul&#233;e : &#171; Des r&#232;gles du parc humain. Une r&#233;ponse &#224; &lt;i&gt;Lettre sur l'humanisme&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdijk, R&#232;gles pour le parc humain, Ed. Mille et une nuits, 2000.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce texte, qui reprend le concept platonicien de &#171; parc humain &#187; et l'id&#233;e nietzsch&#233;enne de &#171; domestication &#187;, vous analysez la crise de l'humanisme lettr&#233;, non sans me semble t-il une certaine m&#233;lancolie - mais cette m&#233;lancolie votre auditeur ne voulait pas l'entendre. C'est que face &#224; l'&#233;chec de l'&#233;ducation classique, vous vous demandez si les biotechnologies, et autres manipulations g&#233;n&#233;tiques, seront appel&#233;es &#224; l'avenir &#224; corriger le fatalisme de la naissance ? Le scandale est tonitruant, men&#233; notamment par Habermas qui vous traite de &#171; r&#233;visionniste g&#233;n&#233;rationnel &#187;. On vous accuse de pr&#244;ner un nouvel eug&#233;nisme, de jouer avec le mythe du surhomme. Sans aller tout &#224; fait &#224; faire de vous un nostalgique du III&#232;me Reich, on vous reproche de ne pas fonder votre identit&#233; sur la mauvaise conscience. Cette pol&#233;mique d'une grande brutalit&#233; confirme votre opinion sur une critique qui pense en troupeau : &#171; elle cherche &#224; remplacer l'auteur par le commentaire, ce qu'elle lit et ce qu'elle voit par ce qu'elle dit. &#187; Mais, tout d'abord pour ceux qui n'auraient pas suivi l'affaire ou qui l'auraient oubli&#233;e, &#233;coutons ce qu'en disait en f&#233;vrier 2000, lorsqu'elle a rebondi en France, le philosophe Rainer Rochlitz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il intervenait dans l'&#233;mission La suite dans les id&#233;es, sur France Culture, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a un certain nombre de r&#233;flexions, qui ont l'air assez d&#233;cousues, mais dont on peut d&#233;gager l'argument. Voici l'argument : l'humanisme - qui est un terme que Sloterdijk reprend en r&#233;pondant &#224; &#171; La lettre sur l'humanisme &#187; &#233;crit par Heidegger - l'humanisme a &#233;t&#233; fond&#233; sur &#171; la r&#233;publique des lettres &#187;, c'est-&#224;-dire sur une certaine culture humaniste, sur un syst&#232;me d'&#233;ducation, sur la volont&#233; de civiliser les &#234;tres humains par les lettres. La premi&#232;re th&#232;se de Sloterdijk, qu'il partage jusqu'&#224; un certain point avec Heidegger, est de dire que l'humanisme a &#233;chou&#233; &#224; civiliser l'humanit&#233;. Sloterdijk d&#233;veloppe, en paraphrasant tr&#232;s largement Heidegger, la th&#232;se selon laquelle les diff&#233;rentes formes d'humanisme moderne qui sont selon lui le christianisme, le marxisme et l'am&#233;ricanisme (qu'avec Heidegger, il semble mettre sur le m&#234;me plan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour Heidegger, l'am&#233;ricanisme, le nazisme et le bolchevisme, &#233;taient sur un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) sont des syst&#232;mes qui, non seulement, ont &#233;chou&#233; mais qui sont de plus porteur de violences effrayantes. De cette premi&#232;re th&#232;se, Sloterdijk tire une conclusion : si l'on souhaite encore civiliser l'humanit&#233;, il faut employer d'autres moyens. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le d&#233;but de cette fameuse &#8220;affaire Sloterdijk&#8221;, o&#249; vous &#234;tes tr&#232;s violemment attaqu&#233;, notamment par Habermas, en Allemagne. On vous accuse quasiment d'&#234;tre crypto-nazi, en tous cas votre refus de vous identifier &#224; la g&#233;n&#233;ration de la m&#233;moire horrifie. Est-ce que les journalistes et les personnes qui parlent de votre texte, durant toute cette pol&#233;mique, l'ont lu, et bien lu ? &#187; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Il faut comprendre que dans le syst&#232;me m&#233;diatique dans lequel nous vivons &lt;i&gt;les non-lecteurs sont au pouvoir&lt;/i&gt;. La m&#233;diation pr&#233;c&#232;de l'intelligence. Avec l'installation d'un syst&#232;me de mass-m&#233;dia, qui fut accompli vers le milieu du XVII&#232;me si&#232;cle, les conditions de formation de l'&#234;tre humain ont chang&#233;s dramatiquement. A partir de ce moment-l&#224;, l'&#233;criture et la lecture ne peuvent plus servir de matrice de formation pour devenir un humain cultiv&#233;. En effet, &lt;i&gt;la culture rime avec patience&lt;/i&gt; : il y a autant de culture qu'il y a de patience. Or, avec la civilisation de la communication de masse on assiste &#224; l'irruption de l'esprit d'impatience. C'est aussi le moment o&#249; la propagande fait son entr&#233;e dans le commerce symbolique des &#234;tres humains. La soci&#233;t&#233; de masse se d&#233;finit par le fait que l'&#233;criture se transforme en moyen de guerre des consciences. Cette guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e projette &#224; une tr&#232;s grande &#233;chelle la phrase hobbesienne : &#171; &lt;i&gt;La langue de l'homme est une trompette de guerre et de s&#233;dition&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Hobbes, De Cive, II, V, 5.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aujourd'hui, parler ressemble de plus en plus &#224; faire la guerre contre quelqu'un. La modernit&#233;, c'est toujours cette psychose des masses engendr&#233;e de fa&#231;on artificielle par &lt;i&gt;l'omnipr&#233;sence&lt;/i&gt; d'une communication mass-m&#233;diatis&#233;e. Cet hypnotisme de l'homme moderne, dont parlait Gabriel Tarde dans son livre : &lt;i&gt;Les lois de l'imitation &lt;/i&gt;(1890)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte que l'on trouvera en ligne &#224; cette adresse : http://www.uqac.uquebec.ca/z&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce somnambulisme social, qui serait selon lui l'&#233;tat normal de l'homme socialis&#233;, s'est manifest&#233; d'une fa&#231;on absolument ahurissante durant le XX&#232;me si&#232;cle. C'est la raison pour laquelle Karl Kraus a parl&#233; du d&#233;clin ou de la fin du monde par les moyens de la magie noire. Pour lui, les termes de &#171; magie noire &#187; renvoyait tout simplement &#224; la presse &#233;crite. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Ce que l'on entend de votre texte, c'est qu'il y a d'abord le fait que certains mots visiblement emp&#234;chent de penser. Ce qui est tr&#232;s &#233;tonnant d'une certaine fa&#231;on, c'est que personne, &#224; l'&#233;poque, ne semble entendre l'inqui&#233;tude que vous manifestez devant un possible retour de l'animalisation. Est-ce que le probl&#232;me n'est pas l&#224; : dans &lt;i&gt;la confusion en permanence op&#233;r&#233;e&lt;/i&gt;, par la moulinette m&#233;diatique, &lt;i&gt;entre la prescription et la description&lt;/i&gt; ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Cette confusion est constitutive du r&#232;gne m&#233;diatique&lt;/i&gt;. Parce que le m&#233;diateur, celui qui fait la communication publique, est condamn&#233; &#224; une provocation permanente. Il pr&#234;te sa provocation &#224; celui qui fournit, pour ainsi dire, la mati&#232;re premi&#232;re de l'indignation. Il ne faut pas oublier qu'un journaliste c'est quelqu'un qui travaille dans cette carri&#232;re de pierre o&#249; se trouvent les mati&#232;res premi&#232;res de l'&#233;toffe dont est issue la soci&#233;t&#233;. &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; est mise en coh&#233;rence par un stress th&#233;matique&lt;/i&gt; qui cr&#233;e une sorte de tension commune. Il y a l&#224; un miracle m&#233;diologique ou m&#233;diatique dont on ne s'&#233;tonne jamais suffisamment : il existe une sorte de coh&#233;rence symbolique parmi une population qui compte cinquante, soixante-dix ou m&#234;me cent millions de personnes. Que faut-il faire pour injecter du sens et de la coh&#233;rence dans une soci&#233;t&#233; pareille ? Cela se fait normalement par le moyen des &lt;i&gt;nouvelles excitantes&lt;/i&gt;. Ici, l'excitation correspond au &#8216;&#8216;sang chaud'' chez les mammif&#232;res, c'est-&#224;-dire que &lt;i&gt;la coh&#233;rence symbolique d'une soci&#233;t&#233; repose enti&#232;rement sur le pouvoir d'indignation partag&#233;e&lt;/i&gt;. C'est la raison pour laquelle, il faut constamment essayer de produire du scandale pour cr&#233;er cette ambiance de coh&#233;rence symbolique sur laquelle repose la soci&#233;t&#233; moderne. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; J'aimerais rappeler cette phrase de Nietzsche, dont vous &#234;tes un lecteur inlassable : &#8216;&#8216;Nul ne ment autant qu'un homme indign&#233;.'' &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gilles Casanova&lt;/i&gt; : &#171; Vous qui avez analys&#233; et per&#231;u &#224; quel point la coh&#233;sion dans nos soci&#233;t&#233;s m&#233;diatiques se r&#233;alise autour d'une &#233;motion diffus&#233;e par les m&#233;dias, largement construite comme &#233;motion et avec la fonction d'&#234;tre partag&#233;e globalement, vous qui avez &#233;tudi&#233; les ressorts de cette &#233;motion, comment avez vous pu ne pas voir que certains des mots que vous avez utilis&#233;s &#233;taient des pivots traditionnels de ces &#233;motions ? Ou bien avez vous choisi d'en jouer ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Je ne suis pas s&#251;r que je ne l'ai pas vu, mais je ne voulais pas me plier de fa&#231;on &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#224; cette censure absurde, &#224; cette gestion de vocabulaire. S'il y a eu un &#233;l&#233;ment de provocation dans mon texte, il se cachait peut-&#234;tre dans le fait effectivement que j'ai choisi le vocabulaire que vous pointez. Mais ce qui a d&#233;clench&#233; le scandale, c'est l'utilisation, l'instrumentalisation du texte par une volont&#233; du scandale, volont&#233; qui n'&#233;tait pas la mienne, pour qu'ensuite une v&#233;ritable surench&#232;re advienne. Ce qui &#233;tait absolument passionnant, c'&#233;tait de voir comment &lt;i&gt;la temp&#234;te s'engendre elle-m&#234;me&lt;/i&gt;. Je crois que c'est une exp&#233;rience qu'il faudrait souhaiter &#224; chaque personne qui doit agir en public, et qui devrait &#234;tre v&#233;cue au moins une fois dans sa vie. Etre au centre d'une temp&#234;te m&#233;diatique, c'est une exp&#233;rience tellement riche, qu'il faut en cons&#233;quence vivement regretter que la grande indignation soit un bien aussi rare que cela. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Vous dites d'ailleurs que ces scandales qui rythment notre vie publique sont pr&#233;cis&#233;ment la d&#233;monstration du pouvoir des m&#233;dias. Vous les avez &#233;voqu&#233;s tout &#224; l'heure comme le v&#233;ritable ciment qui offre la coh&#233;sion interne &#224; nos soci&#233;t&#233;s. Est-ce que vous pensiez &#233;galement en direction de ce ph&#233;nom&#232;ne, lorsque vous avez pu parler de &#171; fascisme de divertissement &#187; ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Oui. J'ai introduit cette id&#233;e lorsque j'ai voulu d&#233;montrer les liens qui existaient entre la soci&#233;t&#233; de masse actuelle et la premi&#232;re forme de culture de masse qui remonte &#224; l'Empire romain. Je crois que le &lt;i&gt;cirque romain&lt;/i&gt; est un ph&#233;nom&#232;ne enti&#232;rement sous-estim&#233;. Pour tous ceux qui veulent comprendre ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;e aujourd'hui, il est absolument n&#233;cessaire de remonter au &lt;i&gt;cirque romain&lt;/i&gt; pour comprendre &lt;i&gt;les m&#233;canismes des citations, les m&#233;canismes d'amusement&lt;/i&gt;, qui sont au pouvoir. Dans ces soci&#233;t&#233;s o&#249; la nuit est le pouvoir, on y trouve en m&#234;me temps, &lt;i&gt;l'amusement et l'indignation au c&#339;ur des m&#233;canismes du pouvoir&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; ces grandes &#233;motions livrent les &#233;nergies n&#233;cessaires pour synth&#233;tiser une grande foule. La raison pour laquelle la modernit&#233; rencontre l'antiquit&#233; au travers de ce syst&#232;me de l'ar&#232;ne peut &#234;tre &#233;galement compris sous l'angle d'une r&#233;flexion sur la tradition rh&#233;torique propre &#224; l'Antiquit&#233;. Chaque soci&#233;t&#233;, chaque civilisation hautement &#233;volu&#233;e, produit sa propre forme rh&#233;torique comme forme de gestion des &#233;motions collectives. La modernit&#233; a d&#233;velopp&#233; sa propre forme de rh&#233;torique qui est celle des mass-m&#233;dias. L'art de bien g&#233;rer une foule &#224; travers des &#233;motions partag&#233;es a atteint certainement son sommet pendant la premi&#232;re guerre mondiale, o&#249; la presse &#233;crite a lib&#233;r&#233; la preuve qu'il est possible de psychotiser les civilisations les plus avanc&#233;es de l'histoire du monde. En effet, notre soci&#233;t&#233; pleinement alphab&#233;tis&#233;e, compos&#233;e de cinquante millions de personnes, au bout seulement de quelques semaines ou de quelques mois d'une propagande n&#233;o-rh&#233;torique moderne, est rentr&#233;e dans une transe collective, o&#249; apr&#232;s s'&#234;tre reli&#233;e &#224; son adversaire ou &#224; son ennemi, s'est install&#233; dans &lt;i&gt;un d&#233;lire inter-parano&#239;aque&lt;/i&gt; qui dura quatre ans et demi. On a toujours pas suffisamment &#233;clairci les fondements psycho-dynamiques de ce ph&#233;nom&#232;ne. &#187; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Fran&#231;ois Colosimo&lt;/i&gt; : &#171; Je vous suis lorsque vous d&#233;crivez la rh&#233;torique romaine, qui trouve son acm&#233; dans la philanthropie et dans la religion imp&#233;riale, et dont le cirque est l'endroit d'effervescence collective, je vous suis encore lorsque vous d&#233;crivez la propagande, durant la premi&#232;re guerre mondiale, qui fonctionne en tant qu'il y a l&#224; un pouvoir pyramidal qui d&#233;tient encore l'information, mais lorsque aujourd'hui vous &#233;voquez un &#171; fascisme de divertissement &#187;, ou lorsque tout-&#224;-l'heure vous rappeliez la volont&#233; de faire scandale au sujet de votre intervention sur &#171; le parc humain &#187;, qui d&#233;tient alors cette volont&#233; &#224; l'&#232;re d&#233;mocratique ? O&#249; est le pouvoir &#224; l'&#232;re de la d&#233;mocratie ? Car, il n'y a plus de pouvoir pyramidal. A-t-on &#224; faire &#224; un pouvoir politique ? Qui organise le lynchage de Peter Sloterdijk ? Qui organise le &#171; fascisme de divertissement &#187; ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Qui est le &lt;i&gt;premier pouvoir&lt;/i&gt; ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; C'est une bonne question. Je crois que le titre de votre &#233;mission contient un programme de recherche. Il ne faut pas oublier que le terme de &#171; fascisme d'entretien ou de divertissement &#187; concernait d'abord exclusivement le syst&#232;me du cirque romain, et cette expression extr&#234;mement dure de &#171; fascisme &#187; a &#233;t&#233; choisi pour indiquer que &lt;i&gt;le cirque romain ne reculait pas devant la mort des participants&lt;/i&gt;. C'est cela le crit&#232;re du fascisme. Et le &#171; fascisme de divertissement &#187; serait alors la transformation de la soci&#233;t&#233; en un festival permanent, mais en incluant, en m&#234;me temps, la mise &#224; mort dans le festival. Ainsi donc, &lt;i&gt;on efface les fronti&#232;res entre le cas critique et le syst&#232;me d'amusement&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et l'on pense &#224; Running Man (1987) de Michael Glaser (adapt&#233; d'un roman de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cela est un crit&#232;re fort d'une d&#233;rive du syst&#232;me de communication moderne. On n'est jamais tr&#232;s &#233;loign&#233; de cette fronti&#232;re-l&#224;. Ce qui est inqui&#233;tant, c'est de voir combien il est facile de transformer une soci&#233;t&#233; &#233;clair&#233;e en une soci&#233;t&#233; qui se livre au plaisir de la chasse aux sorci&#232;res. Il n'y a qu'&#224; penser &#224; ce qui s'est produit aux Etats-Unis apr&#232;s le &#8216;&#8216;11 Septembre''. La psychotisation d'une grande civilisation s'est mis en place, simplement au bout de quelques semaines de communication dirig&#233;e en ce sens. Quelques semaines de communication dans ce style suffisent pour transformer la d&#233;mocratie la plus av&#233;r&#233;e, la plus solide du monde, en &lt;i&gt;un grand cirque&lt;/i&gt; o&#249; la chasse &#224; l'homme, la chasse &#224; l'ennemi, la chasse &#224; la sorci&#232;re peuvent recommencer. C'est l&#224;, de mon point de vue, un ph&#233;nom&#232;ne tout-&#224;-fait dramatique. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gilles Casanova&lt;/i&gt; : &#171; Dans nos soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes, o&#249; l'on pratique beaucoup la mise &#224; mort symbolique au travers des ph&#233;nom&#232;nes appel&#233;s &#171; lynchage m&#233;diatique &#187;, la mise &#224; mort y est purement symbolique. A cet &#233;gard, on peut y &#234;tre deux fois - trois fois pour les plus chanceux - victime d'une mise &#224; mort symbolique dans le jeu m&#233;diatique, c'est-&#224;-dire faire deux ou trois fois scandale, et du coup se mettre &#224; exister par le scandale que repr&#233;sente sa vie ou ses positions. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Vous avez raison. La possibilit&#233; de survivre &#224; cette mise &#224; mort symbolique offre un tr&#232;s grand avantage m&#233;diatique. Dans notre syst&#232;me, &lt;i&gt;la diff&#233;rence entre la gloire et la honte est effac&#233;e&lt;/i&gt;, tout simplement parce que &lt;i&gt;l'on vit sous le r&#232;gne de la citation&lt;/i&gt;, or la fr&#233;quence de la citation est devenu un crit&#232;re ontologique. Devenir l'objet d'un scandale veut dire &lt;i&gt;avoir la capacit&#233; &#224; forcer ton adversaire &#224; nommer ton nom&lt;/i&gt;. La loi de la publicit&#233; passe ici par l'adversaire. Il n'y a personne qui parle aussi bien de soi que l'ennemi. Or pour combattre quelqu'un il faut le nommer, et le geste de nomination implique d&#233;j&#224; une sorte de reconnaissance profonde. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Fran&#231;ois Colosimo&lt;/i&gt; : &#171; Lorsque vous &#233;voquez une psychotisation potentielle de la foule, j'aurais voulu conna&#238;tre, selon vous, les grands corps qui sont capables de psychotiser une foule ? Dans votre cas, par exemple, les premi&#232;res audiences, les premi&#232;res assembl&#233;es qui vous &#233;coutent, ne produisent pas le scandale, les audiences vous sont acquises, la foule est passive - m&#234;me s'il s'agit d'une petite foule, cela reste tout de m&#234;me une foule. Et puis tout d'un coup, vous nous d&#238;tes : &#171; cela d&#233;clenche ... &#187;. Qui d&#233;clenche le scandale ? Avec quelles fins ? Qui psychotise la foule, qui autrement serait passive ? Encore une fois, o&#249; se tient aujourd'hui ce pouvoir ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Pour expliquer ce genre de ph&#233;nom&#232;ne qui rel&#232;ve de la psychologie des masses il pourrait &#234;tre utile de renvoyer &#224; un ph&#233;nom&#232;ne qu'on a pu observer au XVII&#232;me si&#232;cle au Pays Bas. L&#224;, on a assist&#233; &#224; la premi&#232;re grande crise de bourse du monde moderne, connue sous le nom de &#171; la folie des tulipes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Au plus fort de la bulle sp&#233;culative, en 1636, un seul bulbe de tulipe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y avait pas d'organisateur. Tout ce qu'il y avait c'&#233;tait &lt;i&gt;un climat charg&#233; par l'hypoth&#232;se&lt;/i&gt; que dans les bulbes de cette sympathique plante se cachait des tr&#233;sors immenses, et que cette fleur repr&#233;sentait &lt;i&gt;une promesse de bonheur&lt;/i&gt; &#224; tous ceux qui l'achetaient. Au bout de deux ans, la bulle sp&#233;culative a &#233;clat&#233; : les acheteurs sont revenus &#224; un &#233;tat plus ou moins sobre. Mais, dans cette histoire, il n'y avait aucun agitateur, il suffisait de l'existence d'une bourse de tulipes accueillant chaque jour les acheteurs pendant une tr&#232;s longue p&#233;riode. Revenons &#224; votre question et transposons cette histoire &#224; notre actualit&#233;. Aujourd'hui, chaque sujet ou th&#232;me qui peuvent provoquer l'indignation collective, sont &#224; comprendre comme autant de tulipes. Et les journalistes, dans cette perspective, ne sont rien d'autre que &lt;i&gt;des vendeurs de tulipes&lt;/i&gt;, qui vous proposent des tulipes chaque jour. Ainsi, &#8216;&#8216;le 20 heures'' avec ces informations est le moment critique de la journ&#233;e o&#249; l'on propose &#224; une population une dizaine de sujets sur lesquels elle pourrait facilement s'indigner. Les th&#232;mes sont toujours choisis de telle sorte qu'ils contiennent &lt;i&gt;un certain potentiel d'indignation&lt;/i&gt;. Et de temps &#224; autre, l'affaire &#233;clate. La plupart du temps on passe sur cette proposition d'excitation, sur cette proposition d'indignation, tout simplement parce que la population est fatigu&#233;e : on ne peut gu&#232;re s'indigner tous les jours. Mais dans le m&#234;me temps on appr&#233;cie vivement le fait que les journalistes fassent leur travail, lequel consiste pr&#233;cis&#233;ment dans le fait de nous pr&#233;senter continuellement un r&#233;pertoire de possibilit&#233;s de nous indigner. De sorte que la temp&#233;rature d'indignation de la soci&#233;t&#233; reste toujours constante. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Fran&#231;ois Colosimo&lt;/i&gt; : &#171; Sur le march&#233; d'Amsterdam, qui est Habermas, par rapport aux marchands de tulipes ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Habermas est certainement un grand marchand de tulipes, mais en m&#234;me temps, il est surtout quelqu'un qui veut organiser la Bourse. Celui qui poss&#232;de une th&#233;orie de la communication fait ses investissements non seulement dans les journaux que l'on ach&#232;te et vend tous les jours, mais il exprime le d&#233;sir de s'occuper de l'organisation de la Bourse elle-m&#234;me, en contr&#244;lant l'admission de certains sujets au trafic quotidien. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Dans votre livre d'entretien avec Hans-J&#252;rgen Heinrichs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdijk, Ni le soleil, ni la mort : jeu de piste sous forme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vous parlez de nos soci&#233;t&#233;s comme des Bourses &#224; th&#232;mes : chaque soir on choisit nos th&#232;mes d'indignation devant notre journal t&#233;l&#233;vis&#233;, nous votons sur les sujets, les propositions d'&#233;motion qui nous sont faites. Loucatch disait &#224; propos du nazisme qu'il y avait une fusion entre la philosophie de l'existence allemande et la technique am&#233;ricaine de la r&#233;clame. Alors aujourd'hui vivons-nous sous le r&#232;gne du marketing ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Absolument. L'union sovi&#233;tique &#233;tait aussi une grande entreprise de &#8216;&#8216;public relations'' qui a vendu un produit qui s'appelait : &#171; r&#233;volution russe &#187;. Il &#233;tait beaucoup plus facile de trouver des acheteurs en dehors de l'union sovi&#233;tique, car le march&#233; int&#233;rieur &#233;tait inhib&#233; par la brutalit&#233; que vivait la population. On peut observer que pendant quelques d&#233;cades ce marketing r&#233;volutionnaire &#224; tr&#232;s bien fonctionn&#233;. Les premiers &#224; ne plus acheter des produits sovi&#233;tiques on &#233;t&#233; trait&#233; de tra&#238;tre par leurs camarades. Pensez au cas d'Arthur Koestler, ou &#224; celui d'Andr&#233; Gide de retour de l'U.R.S.S. : ces auteurs pour la premi&#232;re fois donnaient le conseil de ne plus acheter sovi&#233;tique. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gilles Casanova&lt;/i&gt; : &#171; Est-ce que l'on n'est pas aujourd'hui dans la mise en place du m&#234;me type de ph&#233;nom&#232;ne lorsque des campagnes m&#233;diatiques sont organis&#233;es pour convaincre telle ou telle population qu'il faut absolument faire tel ou tel type de r&#233;forme, qui pourtant lui est tr&#232;s profond&#233;ment d&#233;favorable, mais que l'on arrive n&#233;anmoins &#224; faire passer, en la lui pr&#233;sentant dans un premier temps sous un jour chatoyant : cette r&#233;forme n'ayant pour le moment pas eu lieu, pour qu'ensuite, &#224; l'aide des sondages qui permettent de dire que la population attend cette r&#233;forme, on finisse malgr&#233; tout par la r&#233;aliser, ce qui fait r&#233;agir la population concern&#233;e comme pr&#233;vu par un grand regret. Mais en attendant, la reforme ou l'intervention militaire a bien &#233;t&#233; mise en place. Il semblerait donc que les grands &#233;v&#233;nements structurant notre vie sociale soient l'objet d'une pr&#233;paration minutieuse, par une op&#233;ration m&#233;diatique qui consiste &#224; &lt;i&gt;vendre un produit qui n'existe pas&lt;/i&gt; encore, car s'il existait la population n'en voudrait pas. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Il est s&#251;r que nous sommes expos&#233;s &#224; ce genre d'&lt;i&gt;arrosage&lt;/i&gt; sur tous les claviers et les &#233;crans, et dans tous les domaines possibles. Il ne faut pas oublier que le travail de d&#233;-fascination n'est jamais fait une fois pour toutes, c'est l&#224; toujours une t&#226;che &#224; recommencer. Il est aussi vrai, surtout parmi les jeunes, que l'on observe de plus en plus une attitude avertie : ceux qui ont pass&#233; leur jeunesse en grand consommateur de la publicit&#233; sont capables de &lt;i&gt;s'immuniser&lt;/i&gt; contre &lt;i&gt;cette invasion permanente&lt;/i&gt;. Cette sous-culture de &#8220;l'attitude cool&#8221;, appartient aujourd'hui au courrant les Lumi&#232;res - elle appartient &#224; une certaine capacit&#233; critique - non pas par sa puissance argumentative, mais simplement par &#8220;son attitude&#8221; qui arrive &#224; contenir l'effet de fascination, dans la mesure o&#249; elle refuse cette croyance en la s&#233;duction par les produits. Or, c'est l&#224; l'attitude de base de cette &#8220;m&#233;chancet&#233; cool&#8221; qu'affiche une certaine partie de la jeunesse contemporaine. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Fran&#231;ois Colosimo&lt;/i&gt; : &#171; Ce qui caract&#233;rise l'invention par le syst&#232;me sovi&#233;tique de la grande propagande, par rapport &#224; la premi&#232;re guerre mondiale, c'est que durant la guerre de 14-18, l'ennemi est de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re, alors qu'avec la propagande sovi&#233;tique l'ennemi devient int&#233;rieur. Or, l'ennemi int&#233;rieur n'est autre que le pivot de la propagande : il faut le trouver, le d&#233;masquer. Est-ce que ce n'est pas l&#224; tout ce qui reste de la pens&#233;e progressiste, &#224; savoir &lt;i&gt;la n&#233;cessit&#233; pour se d&#233;finir de se trouver un ennemi int&#233;rieur&lt;/i&gt; ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Ce diagnostic est tout simplement trop triste pour r&#233;pondre par la positive. Mais je pense comprendre ce que vous d&#233;signer l&#224;. Finalement, les Lumi&#232;res se poursuivent non seulement sous la forme des diff&#233;rentes attitudes &#233;mergentes (&#8220;l'attitude cool&#8221;, etc.) mais aussi et surtout sous la forme de l'analyse concr&#232;te des m&#233;canismes psychiques sur lesquels reposent les interactions humaines. L'&#233;tude psycho-dynamique de la soci&#233;t&#233; a fait vraiment des progr&#232;s dans ce domaine. Il y a un nouveau savoir qu'il faut r&#233;pandre, et ce savoir concerne &lt;i&gt;les m&#233;canismes inter-parano&#239;aques&lt;/i&gt; par lesquels sont reli&#233;s des adversaires, que l'on devrait plut&#244;t appeler : &#171; partenaires de conflits &#187;, partenaires qui se pr&#233;supposent mutuellement pour se tenir dans leur bulle d'irr&#233;alit&#233;, laquelle est nourri par l'&#233;nergie parano&#239;aque. Il ne faut pas oublier qu'&lt;i&gt;Homo sapiens &lt;/i&gt;est un animal, et qu'il est dot&#233; d'une grande capacit&#233; de combat et d'un m&#233;canisme de stress inn&#233;. Le stress est un syst&#232;me endocrinologique qui est fond&#233;surlefaitquel'onpeut lib&#233;rer en quelques secondes d'&#233;normes &#233;nergies en coupant tous les syst&#232;mes organiques dont on n'a pas besoin sur le moment : en neutralisant donc la sexualit&#233;, la digestion, les activit&#233;s c&#233;r&#233;brales qui sont de nature plut&#244;t contemplative, etc. La quasi-totalit&#233; de l'&#233;nergie est mise alors &#224; la disposition de l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique du stress qui s'&#233;nonce comme suit : &#171; mobilise ton &#233;nergie pour combattre un danger imminent &#187;. En tant qu'animaux, nous sommes des ontologues. L'ontologie, c'est la croyance en la pr&#233;sence de l'ennemi. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Tout &#224; l'heure vous nous avez parl&#233; de messages non-d&#233;sir&#233;s, mais ils sont d'autant moins d&#233;sir&#233;s que nous voulons &#234;tre tous messagers. C'est ce que vous &#233;crivez dans votre livre d'entretien avec Hans-J&#252;rgen Heinrichs : &#171; Tout le monde veux assurer la r&#233;gie, tout le monde veut s'emparer des porte-voix pour dire quelque chose. Mais personne ne fait l'effort de recevoir un message. Il n'y a rien &#224; dire. Nous sommes &#224; l'&#233;poque des anges vides. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdijk, Ni le soleil, ni la mort : jeu de piste sous forme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; A l'&#233;poque des anges vides nous sommes tous journalistes, c'est cela ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Oui. Je crois qu'aujourd'hui le journaliste est le prototype de l'homme porteur d'un message Z&#233;ro. Le journaliste est pr&#233;cis&#233;ment celui qui se d&#233;clare pr&#234;t &#224; transporter une information : &lt;i&gt;mais ce n'est pas la sienne&lt;/i&gt;. Cependant, il existe des exceptions : des journalistes qui font l'effort de produire le message dont il vont &#234;tre le messager. Mais normalement ce sont des &#234;tres m&#233;diatiques : d'un c&#244;t&#233; ils re&#231;oivent, et de l'autre ils &#233;mettent. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; C'est-&#224;-dire qu'ils n'ont rien &#224; dire, mais ils veulent n&#233;anmoins le dire, absolument. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Le &#8220;vouloir dire&#8221; est tr&#232;s prononc&#233; chez eux, mais &#233;galement &#8220;l'&#234;tre pr&#234;t &#224; dire&#8221;. Pour ainsi dire, ce sont des fonctionnaires de l'information ou des c&#226;bles vivants. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Fran&#231;ois Colosimo&lt;/i&gt; : &#171; Je crois que c'est cela la d&#233;mocratie : le monde de la rumeur, o&#249; tout le monde est &#233;metteur et r&#233;cepteur en m&#234;me temps, et o&#249; il n'y a plus qu'un grand bruit parasite. Vous seriez d'accord pour cette d&#233;finition de la d&#233;mocratie ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Je me demande comment il est possible de cr&#233;er des processus qui m&#232;nent &#224; un r&#233;sultat majoritaire ? C'est tout de m&#234;me une grande &#233;nigme, au moment o&#249; l'on critique assez durement les m&#233;canismes de base de la d&#233;mocratie, on s'&#233;tonne d'autant plus que tous ces m&#233;canismes de base sont quand m&#234;me cr&#233;ateurs de r&#233;sultats moins ind&#233;sirables que toutes autres sortes d'organisation de la vie publique. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gilles Casanova&lt;/i&gt; : &#171; Les syst&#232;mes ont tendances &#224; saturer leurs espaces, et une fois accompli la chose, ils ont tendance &#224; &#233;touffer. Partant de ce point, peut-on analyser le fait que progressivement l'information et la publicit&#233; se soient m&#234;l&#233;es, d'abord par leurs m&#233;thodes, ensuite par le moment de leur diffusion, aujourd'hui par leur formes ? Et si l'indignation publicitaire et l'indignation informative sont maintenant m&#234;l&#233;es dans leur diffusion par les programmes de radio ou de t&#233;l&#233;vision, en revanche, les jeunes g&#233;n&#233;rations sont, elles, autant imperm&#233;ables aux unes qu'aux autres. Comment analysez-vous la prochaine &#233;tape de l'indignation publicitaro-informativo-culturelle ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; J'adore le concept d'imperm&#233;abilit&#233; que vous venez d'utiliser, ainsi que celui de saturation. Je crois qu'il faudrait remonter dans l'histoire de l'humanit&#233; jusqu'&#224; l'&#233;poque des tribus pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui. Sous un certain point de vue, la d&#233;mocratie correspond &#224; un retour &lt;i&gt;du tribalisme&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;chelle de l'Etat-nation. Le tribalisme analys&#233; en termes m&#233;diologiques, c'est &lt;i&gt;le r&#233;gime du comm&#233;rage absolu&lt;/i&gt;. Une tribu c'est une entit&#233; ethnique qui est absolument incapable de produire de la nouveaut&#233;. La communication tribale c'est la narration des mythes. Ainsi, la seule forme de nouveau que l'on puisse produire dans ce cadre est li&#233;e &#224; un &#233;ternel retour du m&#234;me sous la forme du comm&#233;rage. D'une certaine mani&#232;re, on organise l'aveuglement et la surdit&#233; collective : c'est aussi cela le r&#233;sultat de la communication par le Gossip. Le Gossip est une sorte de totalitarisme communicatif qui submerge tout l'espace public par ce que l'on a entendu dire. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Pardonnez-moi de vous interrompre, mais je n'aimerais pas que nous nous s&#233;parions avant que les auditeurs sachent que vous aussi &#234;tes un peu marchand de tulipe. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Passe le g&#233;n&#233;rique de l'&#233;mission philosophique qui s'intitule &#171; &lt;/i&gt;Das Philosophische Quartett &#187;&lt;i&gt; (sur la cha&#238;ne ZDF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'adresse internet suivante : http://www.zdf.de/ZDFde/inhalt/8/0,....&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) qui met en sc&#232;ne (six fois par an depuis Janvier 2002) Peter&lt;/i&gt; Sloterdijk et son confr&#232;re R&#252;diger Safranski et des invit&#233;s discutant autour d'un sujet d'actualit&#233;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Aaaa ... cela correspond au g&#233;n&#233;rique de notre &#233;mission. Cela d&#233;clenche un r&#233;flexe chez moi : normalement, je prononce cette phrase introductive : &#8220;Bonsoir, Messieurs, Dames, je vous salue pour cette nouvelle &#233;mission du &lt;i&gt;Quatuor Philosophique&lt;/i&gt; depuis l'Autostadt de Wolfsburg&#8221;, phrase qui s'adresse au public pr&#233;sent dans le studio, car nous avons choisi de ne pas produire l'&#233;mission &#8220;&#224; sec&#8221;. La forme que prend l'&#233;mission est une rencontre entre deux philosophes &#8216;&#8216;permanents'', R&#252;diger Safranski et moi-m&#234;me, et des invit&#233;s qui parlent pendant une heure sur des sujets d'actualit&#233;, avec n&#233;anmoins cette petite tendance &#224; une transcendance atemporelle. En d'autres termes, nous faisons un effort pour &lt;i&gt;d&#233;sactualiser &lt;/i&gt;les sujets.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elisabeth L&#233;vy&lt;/i&gt; : &#171; Mais tout de m&#234;me, vous d&#233;plorez le coup d'Etat m&#233;diatique, soit la destitution des gens de plume par les gens de cam&#233;ra et de micro, cependant qu'au final, en bon moderne, vous &#234;tes sur les lieux du crime &#224; l'heure du crime : en effet, on vous trouve &#224; la t&#233;l&#233;vision, o&#249; vous pr&#233;tendez m&#234;me parler de philosophie... N'est-ce pas un peu oxymorique ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; Oui, &#231;a l'est. Mais ce serait un signe de l&#226;chet&#233; de ne pas essayer. On ne peut pas l&#226;cher prise sous l'influence d'une analyse pessimiste du r&#232;gne m&#233;diatique. Il faut essayer de faire valoir d'autres tonalit&#233;s au sein du syst&#232;me lui-m&#234;me, sans quoi on abandonne des espaces libres sans v&#233;ritable n&#233;cessit&#233;. &#187; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gilles Casanova&lt;/i&gt; : &#171; Est-ce le fait d'avoir &#233;t&#233; projet&#233; dans l'ar&#232;ne ou dans le cirque &#224; la place du gladiateur qui vous a donn&#233; l'envie de vous tenir cette fois-ci aux c&#244;t&#233;s de l'Empereur ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; La place de l'empereur est &lt;i&gt;vide&lt;/i&gt; dans notre ar&#232;ne, car il a &#233;t&#233; remplac&#233; par la foule elle-m&#234;me. Il y a donc une foule imp&#233;riale, avec laquelle on ne peut jamais esp&#233;rer communiquer de fa&#231;on directe. Cependant, il existe aussi des voies d'influences indirectes. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Fran&#231;ois Colosimo&lt;/i&gt; : &#171; Lorsque l'on pense &#224; la r&#233;putation sulfureuse que l'on vous accorde - r&#233;putation nietzsch&#233;enne, heideggerienne -, et lorsque l'on entend la profession de foi que vous venez de faire pour une sorte de r&#233;formisme paisible et pacifique des m&#233;dias &#224; l'heure contemporaine, est-ce que vous admettrez que l'on puisse se sentir un peu d&#233;&#231;u par ce r&#233;formisme que vous professez ? &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peter Sloterdijk&lt;/i&gt; : &#171; R&#233;formisme ? Oui, pourquoi pas. Vous savez, ma radicalit&#233; se manifeste ailleurs. Je crois que pour &#234;tre radical il ne s'agit plus de monter sur les barricades, et de rejouer pour la ni&#232;me fois la r&#233;volte, ou de chanter l'hymne de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre tout ce qui existe. Je crois qu'une &lt;i&gt;analyse profonde&lt;/i&gt; des choses qui nous entourent contient beaucoup plus de radicalit&#233; qu'un radicalisme affich&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Peter Sloterdijk : Cogitor ergo sum &#187; (avec Peter Sloterdijk et les interventions de Gilles Casanova et Jean-Fran&#231;ois Colosimo) , in &lt;i&gt;Le premier pouvoir&lt;/i&gt; (anim&#233; par Elisabeth L&#233;vy), France Culture, Samedi 11 D&#233;cembre 2004. (Cette &#233;mission retranscrite fut remani&#233;e dans le sens d'une parole plus &#233;crite par Rapha&#235;l Bessis, afin que le lecteur rencontre un peu moins la r&#233;p&#233;tition ou l'impr&#233;cision propre &#224; l'&#233;change improvis&#233;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voyez &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/-L-affaire-Sloterdijk-34-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'affaire Sloterdijk&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Sloterdijk, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Regles-pour-le-parc-humain' class=&#034;spip_in&#034;&gt;R&#232;gles pour le parc humain&lt;/a&gt;, Ed. Mille et une nuits, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il intervenait dans l'&#233;mission La suite dans les id&#233;es, sur France Culture, en f&#233;vrier 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour Heidegger, l'am&#233;ricanisme, le nazisme et le bolchevisme, &#233;taient sur un m&#234;me plan, pr&#233;cise Rainer Rochlitz.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas Hobbes, &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, II, V, 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte que l'on trouvera en ligne &#224; cette adresse : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/classiques/tarde_gabriel/lois_imitation/&lt;br class='autobr' /&gt;
lois_imitation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/C...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et l'on pense &#224; &lt;i&gt;Running Man&lt;/i&gt; (1987) de Michael Glaser (adapt&#233; d'un roman de Stephen King, 1982). Los Angeles, 2019. Les Etats-Unis vivent &#224; l'heure de la dictature. Arme supr&#234;me au pouvoir, la t&#233;l&#233;vision diffuse un jeu, &#171; Running Man &#187;, suivi par des millions de spectateurs. Les concurrents s'affrontent jusqu'&#224; la mort dans une course poursuite. Les perdants sont sacrifi&#233;s en duel, les gagnants discr&#232;tement &#233;limin&#233;s. Mais depuis quelques temps, l'audience baisse. Pour relancer le show, la cha&#238;ne choisit un gibier de choix : Ben Richard, un ex-flic victime d'une machination... Est-il anodin qu'Arnold Schwarzenegger qui jouait &#224; l'&#233;poque le r&#244;le principal soit aujourd'hui en future comp&#233;tition pour la pr&#233;sidence des Etats-Unis en tant que d&#233;j&#224; gouverneur de Californie ? Qu'est-ce que cela nous dit sur l'imaginaire du complexe m&#233;diatico-politique ? (Note du retranscripteur, Rapha&#235;l Bessis.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Au plus fort de la bulle sp&#233;culative, en 1636, un seul bulbe de tulipe valait un carrosse, deux chevaux et tout leur harnachement &#187; nous rapporte Pierre-Antoine Delhommais dans son article &#171; Du krach des tulipes &#224; la bulle Internet &#187; publi&#233; dans Le Monde du 6 Juillet 2002. On se reportera &#233;galement avec &#8220;profit&#8221; &#224; l'ouvrage de John Kenneth Galbraith : &lt;i&gt;Br&#232;ve histoire de l'euphorie financi&#232;re&lt;/i&gt;, Ed. Seuil, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Sloterdijk, &lt;i&gt;Ni le soleil, ni la mort : jeu de piste sous forme de dialogues avec Hans-J&#252;rgen Heinrichs&lt;/i&gt;, Ed. Pauvert, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Sloterdijk, &lt;i&gt;Ni le soleil, ni la mort : jeu de piste sous forme de dialogues avec Hans-J&#252;rgen Heinrichs&lt;/i&gt;, Ed. Pauvert, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'adresse internet suivante : &lt;a href=&#034;http://www.zdf.de/ZDFde/inhalt/8/0,1872,1021352,FF.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.zdf.de/ZDFde/inhalt/8/0,...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#034;L'affaire&#034; Sloterdijk</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/L-affaire-Sloterdijk-1240</link>
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		<dc:date>2004-09-22T19:08:38Z</dc:date>
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		<title>R&#232;gles pour le parc humain.</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Regles-pour-le-parc-humain</link>
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		<dc:date>2003-08-10T13:22:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sloterdijk, Peter</dc:creator>



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