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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Parler est-il le propre de l'homme ?</title>
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		<dc:date>2011-08-09T19:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Julie hgfjgfk hbngdfjgf</dc:creator>



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&lt;p&gt;Parler est-il le propre de l'homme ? De prime abord, il semble que m&#234;me les animaux communiquent, &#8216;parlent' entre eux m&#234;me si ce mode de communication est diff&#233;rent de celui des hommes.Cependant, l'esp&#232;ce humaine se distingue de toutes les autres esp&#232;ces animales dans le sens o&#249; l'homme est le seul &#234;tre de raison. Or, la parole suppose une certaine conscience de soi, un exercice de la pens&#233;e, de la raison dont l'animal est totalement d&#233;pourvu. Certains animaux semblent toutefois remettre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-dissertations-" rel="directory"&gt;Des dissertations.&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parler est-il le propre de l'homme ? De prime abord, il semble que m&#234;me les animaux communiquent, &#8216;parlent' entre eux m&#234;me si ce mode de communication est diff&#233;rent de celui des hommes.Cependant, l'esp&#232;ce humaine se distingue de toutes les autres esp&#232;ces animales dans le sens o&#249; l'homme est le seul &#234;tre de raison. Or, la parole suppose une certaine conscience de soi, un exercice de la pens&#233;e, de la raison dont l'animal est totalement d&#233;pourvu. Certains animaux semblent toutefois remettre en cause cette cause : on pourrait parfois parler de &#8216;langage animal'.Dans quelle mesure est-il possible d'affirmer que parler est le propre de l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est le plus &#233;volu&#233; des &#234;tres vivants et est traditionnellement d&#233;fini comme un &#8216;animal dou&#233; de raison'. C'est pour qu'il puisse s'entendre avec ses semblables que la nature l'aurait pourvu de langage ; c'est d'ailleurs un terme qu'il convient de d&#233;finir.Ainsi, il faut distinguer le langage - en tant que facult&#233; ou aptitude &#224; constituer un syst&#232;me de signes &#8211; de la langue qui est, justement, le syst&#232;me de signes verbaux en question.Il faut aussi diff&#233;rencier le langage de la parole qui est l'usage concret de la langue, sa mise en &#339;uvre par un individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le langage au sens large se rapporte &#224; tout syst&#232;me ou ensemble de signes permettant l'expression et la communication, le langage au sens strict est une institution universelle et sp&#233;cifique de l'humanit&#233;, qui comporte des caract&#233;ristiques propres.De cette fa&#231;on, le langage aurait 2 fonctions primordiales : l'expression et la communication. Communiquer, c'est mettre en commun, &#233;changer donc, et exprimer, c'est faire sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, dans son &lt;i&gt;essai sur l'origine des langues&lt;/i&gt;, Rousseau situe l'origine des langues dans les passions plut&#244;t que dans les besoins. Le cri, comme premier langage, est celui pouss&#233; lors de grands dangers ou de grandes souffrances ; c'est une sorte de cri de la nature, inn&#233; donc.Mais, ce m&#234;me cri, qui est l'expression naturelle du danger, de la souffrance ou de l'inqui&#233;tude de l'homme, ne lui est d'aucun secours dans le besoin de communiquer avec autrui. Ce n'est pas la relation &#224; la nature mais la relation aux autres qui prescrit l'usage de la parole. De m&#234;me que, ce sont les passions qui rapprochent les hommes et non pas les besoins. Le cri &#8216;naturel' est inn&#233;, primitif alors que la parole serait, selon Rousseau, acquise, po&#233;tique et musicale.La th&#232;se de Rousseau nous am&#232;ne &#224; consid&#233;rer que l'origine des langues se confond avec celle de l'homme. De ce fait, alors que pour Bergson l'homme se d&#233;finit d'abord comme &lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt; &#171; fabriquant d'outils, inventeur de techniques &#187;, pour le linguiste Claude Hag&#232;ge, il est plus fondamentalement encore &lt;i&gt;homo loquens &lt;/i&gt;&#171; homme de paroles &#187; : l'homme est avant tout un &#234;tre qui parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'homme est un &#8216;animal dou&#233; de langage'. Cette d&#233;finition, formul&#233;e par Aristote, signifie que si l'homme est un &#234;tre vivant parmi tous les autres, il s'en distingue cependant en ce que lui seul est dou&#233; du langage ou de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, cette premi&#232;re d&#233;finition est li&#233;e &#224; une seconde, suivant laquelle l'homme est un &#8216;animal politique' (Aristote) au sens de &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; &#171; la cit&#233; &#187;, autrement dit, l'homme est un &#234;tre qui ne saurait vivre qu'en communaut&#233; politique. C'est seulement parce que les hommes disposent d'un langage commun qu'ils sont capables de s'entendre et de vivre ensemble. Ainsi, l'&#233;pisode de la Tour de Babel, dans le Gen&#232;se, l'illustre clairement : la diversit&#233; des langues s&#232;me le trouble et la discorde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristote &#233;crit : &#171; il est &#233;vident que l'homme est un animal politique plus que n'importe quelle abeille et que n'importe quel animal gr&#233;gaire [&#8230;] la nature ne fait rien en vain. Or seul parmi les animaux l'homme a un langage &#187;. En ce sens, l'homme serait le seul animal vivant en communaut&#233; organis&#233;e et faisant usage de la parole et du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, on peut formuler deux objections &#224; la th&#232;se d'Aristote. Tout d'abord, il existe des animaux qui, eux aussi, vivent en communaut&#233;s organis&#233;es ; il en va ainsi des fourmis ou encore des abeilles par exemple. On peut n&#233;anmoins s'interroger sur ces &#8216;animaux gr&#233;gaires' (se dit des esp&#232;ces dont les individus vivent en troupes) : n'est-il pas possible qu'ils poss&#232;dent eux aussi un langage qui leur permette de communiquer entre eux et de poursuivre de t&#226;ches ou des buts communs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, on peut observer parmi certains animaux des formes d'expression ou de communication. Un chien, par exemple, sait manifester, par divers sons et/ou attitudes, sa joie, sa peur, son agressivit&#233;. Ne serait-ce pas l&#224; une sorte de langage, non verbal certes mais tout de m&#234;me signifiant ? Tout cela pourrait laisser penser que les animaux ont eux aussi un langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs l'hypoth&#232;se que Montaigne formule dans son &lt;i&gt;Apologie de Raimond Sebond&lt;/i&gt; . Pour lui, si nous supposons (&#224; tort) &#234;tre les seuls &#224; disposer d'un langage, c'est seulement parce que nous sommes incapables de comprendre le langage des autres animaux. Il remarque aussi qu'il existe bien une certaine communication de animaux entre eux. Par exemple, un cheval per&#231;oit tr&#232;s bien lorsqu'un chien est en col&#232;re. De m&#234;me, Montaigne constate que les animaux communiquent d'une certaine fa&#231;on avec nous les hommes, par des sons, des cris &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le linguiste fran&#231;ais Benveniste r&#233;cuse cette expression de &#8216;langage animal' : les animaux usent en r&#233;alit&#233; de signaux. Interpr&#233;tant les recherches du zoologiste Karl Von Frisch, il observe que la communication animale est st&#233;r&#233;otyp&#233;e (le signal a toujours la m&#234;me signification) et h&#233;r&#233;ditaire ( le signal est inn&#233;), et qu'elle ne permet pas d'&#233;change &#8216;linguistique' puisque les abeilles ne dialoguent pas mais r&#233;agissent &#224; un signal (stimuli naturel) par une action : par exemple, aller cherche de la nourriture.&lt;br class='manualbr' /&gt;on pourrait objecter que des animaux tel que le perroquet ou m&#234;me des machines tels que les robots parlent, utilisent le langage humain mais ce langage n'est qu'un syst&#232;me m&#233;canique, mim&#233;tique : le perroquet ne fait que r&#233;p&#233;ter ce qu'on lui a inculqu&#233;. On ne peut donc pas parler d'un langage animal. Seul l'homme invente, utilise intentionnellement et comprend des signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, pour Aristote, la voix est signifiante, elle est porteuse de sens : &#8216;phon&#234; semantik&#234;' &#171; voix propre &#224; signifier &#187;. Chez l'animal, les sons ne signifient rien m&#234;me s'ils leur servent &#224; communiquer. Au contraire, le langage (humain) exprime une id&#233;e et vise &#224; communiquer un sens ; il est articul&#233; et &#233;quivoque (polys&#233;mie), c'est &#224; dire qu'il peut comprendre plusieurs sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, Descartes d&#233;finit le langage comme sp&#233;cificit&#233; de l'homme dans sa &lt;i&gt;lettre au marquis de Newcastle &lt;/i&gt;. Pour lui, le langage t&#233;moigne d'une facult&#233; de penser et de raisonner propre &#224; l'homme qui utilise des signes pour communiquer ses pens&#233;es. Ces signes qu'il doit apprendre sont d'une toute autre nature que le cri inn&#233; et codifi&#233; des animaux : les sourds-muets parviennent ainsi &#224; communiquer en inventant un autre langage. Et si les animaux ne parlent pas, c'est faute de penser et non faute de moyens de communication puisqu'ils savent fort bien exprimer leurs &#8216;passions' .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le langage &#224; proprement parler ne se r&#233;duit pas &#224; un syst&#232;me clos, un nombre fini de signes comme peuvent en poss&#233;der les animaux. Il suppose la pr&#233;sence de raison, qui est un &#8216;instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres' (Descartes, &lt;i&gt;discours de la M&#233;thode&lt;/i&gt;, V ). L'homme, seul &#234;tre capable de parole, pet cr&#233;er un nombre infini de signes pour s'adapter &#224; un nombre illimit&#233; de situations. On peut citer &#224; nouveau l'exemple du sourd-muet qui invente un nouveau langage pour communiquer et s'exprimer : le &#8216;langage des signes'. Ce la montre bien la richesse du langage humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour Platon : le langage, c'est la pens&#233;e et donc c'est l'homme. Dans &lt;i&gt;Th&#233;et&#232;te&lt;/i&gt;, il d&#233;montre que le langage est l'essence m&#234;me de la pens&#233;e : le pens&#233;e est un langage, le dialogue de l'&#226;me avec elle-m&#234;me. L'homme peut penser sans parler mais il ne peut parler sans pens&#233;e : c'est le &lt;i&gt;cogito&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, c'est aussi en parlant que la pens&#233;e se met en forme et se construit : chercher ses mots, c'est aussi chercher ses id&#233;es. C'est pourquoi, pour Platon, le langage est aussi une condition de la pens&#233;e. De m&#234;me, pour Hegel, le langage est l'expression claire de la pens&#233;e confuse : il n'y a pas de pens&#233;e sans langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que la pens&#233;e est le propre de l'homme ! Tous les philosophes reconnaissent la raison comme la facult&#233; qui commande le langage et la pens&#233;e. Kant l'affirme aussi : la raison est le propre de l'homme dans la mesure o&#249; celui-ci est le seul animal qui pense. Li&#233; &#224; la pens&#233;e, le langage humain fait appel &#224; l'imagination et &#224; la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, le langage ne peut se concevoir hors d'un contexte culturel. D'ailleurs, pour le philosophe Ludwig Wittgenstein, le langage est de prime abord une activit&#233; sociale. C'est ce que disait aussi Aristote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le langage serait un &#8216;fait culturel par excellence' comme l'&#233;crit L&#233;vi-Strauss : le langage est un &#8216;produit' de la culture, il en est une partie int&#233;grante. En effet, c'est un &#233;l&#233;ment que l'homme a ajout&#233; &#224; son &#233;tat de nature, il l'a acquis. C'est un h&#233;ritage culturel qui n&#233;cessite un apprentissage : l'enfant apprend sa langue maternelle afin de s'int&#233;grer dans un groupe (famille, soci&#233;t&#233;&#8230;) et afin de comprendre sa culture. La langage appara&#238;t alors comme la condition de la culture : c'est le syst&#232;me culturel qui permet d'apprendre tous les autres (religion, art, justice, histoire...). L'enfant re&#231;oit en quelque sorte un h&#233;ritage dont l'histoire &#233;volue avec l'humanit&#233; . &#8216;nous pensons un univers que notre langue a d'abord model&#233;', &#233;crit Benveniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, la culture est une activit&#233; proprement humaine qui s'oppose &#224; la &#8216;nature' puisque c'est l'ensemble des processus par lesquels l'homme transforme la nature. C'est ce que cherche &#224; montrer &#8216;le mythe de Prom&#233;th&#233;e' : l'&#234;tre humain est un &#234;tre de culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas injurieux envers le monde animal de soutenir que parler est le propre de l'homme. C'est seulement montrer que parmi tous les syst&#232;mes de communication qui existent, celui de l'homme est indissociable des autres caract&#233;ristiques humaines. En effet, le langage n'est pas seulement un syst&#232;me de signes infinis servant &#224; communiquer entre individus, il est aussi un moyen de transmettre les pens&#233;es et m&#234;me de les mettre en place. D'autre part, alors que le syst&#232;me de communication des animaux est h&#233;r&#233;ditaire et st&#233;r&#233;otyp&#233;, celui de l'homme (parole ou langage) est articul&#233; et s'acquiert par apprentissage : il est le produit de la culture. Le langage r&#233;gule le monde que l'homme s'est construit et en fait partie dans son int&#233;grit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julie hgfjgfk hbngdfjgf&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avons-nous int&#233;r&#234;t &#224; la libert&#233; d'autrui ?</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Avons-nous-interet-a-la-liberte-d-autrui</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.caute.lautre.net/Avons-nous-interet-a-la-liberte-d-autrui</guid>
		<dc:date>2003-10-26T13:33:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maheu, Laurent</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Laurent, 2001-2002 &lt;br class='autobr' /&gt; Vivre avec autrui, c'est prendre un risque en incluant dans son cadre de vie un &#233;l&#233;ment dont on ne sait pas les v&#233;ritables motivations et capacit&#233;s. Toutefois, vivre avec autrui est un imp&#233;ratif pour les hommes, voir une pente naturelle parce que cet animal non adapt&#233; &#224; la Nature, doit sommer sa force avec les autres pour pouvoir survivre. &lt;br class='autobr' /&gt;
La vie avec l'autre est donc n&#233;cessaire mais porteuse de risques, voir de conflits qui sont du &#224; la possibilit&#233; de chacun d'agir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-dissertations-" rel="directory"&gt;Des dissertations.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Laurent, 2001-2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vivre avec autrui, c'est prendre un risque en incluant dans son cadre de vie un &#233;l&#233;ment dont on ne sait pas les v&#233;ritables motivations et capacit&#233;s. Toutefois, vivre avec autrui est un imp&#233;ratif pour les hommes, voir une pente naturelle parce que cet animal non adapt&#233; &#224; la Nature, doit sommer sa force avec les autres pour pouvoir survivre.&lt;br /&gt;
La vie avec l'autre est donc n&#233;cessaire mais porteuse de risques, voir de conflits qui sont du &#224; la possibilit&#233; de chacun d'agir comme il l'entend.&lt;br /&gt;
Pour faire en sorte que cette vie avec autrui soit la moins conflictuelle et donc la plus efficace, il faut donc atteindre la libert&#233; d'action de chacun et lui imposer des limites, et pour cela m&#234;me il faut &#233;tablir un appareil qui contraigne &#224; respecter ces limites. La vie avec autrui passe par le contr&#244;le de la libert&#233; d'autrui.&lt;br /&gt;
Mais comment est-ce que ce contr&#244;le peut pr&#233;tendre atteindre notre libert&#233; ? Est-ce l&#224; un &#233;panouissement parce qu'il permet la stabilit&#233; des soci&#233;t&#233;s ou bien est-ce une r&#233;gression qui n'est pas dans notre int&#233;r&#234;t ?&lt;br /&gt;
Pour vivre en soci&#233;t&#233;, avec les autres, devrions nous nous assurer de l'action d'autrui en restreignant sa libert&#233; pour &#233;viter tout conflit ?&lt;br /&gt;
A priori, avec une telle formulation on peut dire que oui. Si autrui n'est plus libre, je ne prends plus de risques &#224; vivre avec lui. Cependant nous cherchons &#224; savoir quel est notre plus grand int&#233;r&#234;t. Contenir la libert&#233; d'autrui, ne pr&#233;sente t'il pas des inconv&#233;nients assez grand pour se demander si nous avons int&#233;r&#234;t &#224; la libert&#233; d'autrui.&lt;br /&gt;
II faut donc aussi bien voir comment spontan&#233;ment, la vie avec autrui s'institue comme le contr&#244;le de la libert&#233;, et comment cela peut &#234;tre d&#233;pass&#233; s'il y a l&#224; quelque int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; d'autrui est d'abord une libert&#233; manifeste d'action. L'autre peut agir sur moi, a priori comme bon lui semble, mais d&#233;fini comme autre, J &#034;e ne peux pas savoir quelles sont ses intentions. L'&#233;ventualit&#233; qu'il puisse me mettre en p&#233;ril est la premi&#232;re qui me pousse &#224; agir et &#224; pr&#233;venir cela. Ainsi autrui est surtout vu comme un facteur risque qu'il faut contenir : on a l'esquisse d'un rapport de domination ou autrui est vu comme devant &#234;tre domin&#233;.&lt;br /&gt;
Comme ce m&#234;me raisonnement s'applique &#224; tous, il y a des tentatives de dominations &#171; de tous contre tous &#187;, c'est &#224; dire des conflits permanents. Ceux ci sont issus de la libert&#233; totale d'action qui peut r&#233;veiller le sens de la conservation de l'&#234;tre de chacun et provoquer sa r&#233;action.&lt;br /&gt;
Pour rem&#233;dier &#224; cet &#233;tat de conflits permanents, il faut s'attaquer &#224; une de ses conditions que l'on peut modifier : la libert&#233; de chacun d'agir comme il veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette libert&#233; peut en effet &#234;tre contr&#244;l&#233;e. Spontan&#233;ment donc les hommes en vivant avec autrui tendent au contr&#244;le de la libert&#233; d'autrui pour mettre fin &#224; tout conflit possible mais comment cela est-il r&#233;alisable ? Les hommes renoncent en effet &#224; l'expression de leur tendance &#224; pers&#233;v&#233;rer dans l'&#234;tre par le conflit en limitant leur libert&#233; d'action : mais alors il faut bien un &#233;l&#233;ment qui puisse se charger de faire respecter &#224; tous cet engagement.&lt;br /&gt;
Pour rem&#233;dier aux conflits permanents, il y a le moyen qui est le contrat mutuel pass&#233; par chacun quant aux limites de sa libert&#233; et il y a le moyen du moyen, ou &#201;tat qui se charge de faire respecter ces contrats sous peines de sanctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre avec autrui implique dans cette perspective premi&#232;re une restriction de la libert&#233; d'autrui : les autres sont tels qu'ils doivent &#234;tre et s'il ne le sont pas, ils y sont forc&#233; par l'&#201;tat. L'institution de l'&#201;tat est celle d'un outil de r&#233;gulation qui doit faire accepter les limites de sa libert&#233; &#224; autrui pour qu'il acc&#232;de &#224; la vie commune. Ainsi la vie avec autrui est r&#233;gul&#233;e, stabilis&#233;e, sans conflits parce que l'autre est tel qu'il doit &#234;tre, et ce qu'il doit &#234;tre ne peut me mettre en p&#233;ril selon le contrat pass&#233;. L'impr&#233;visibilit&#233; de l'autre par sa libert&#233; ayant &#233;t&#233; domin&#233;, autrui est &#171; contenu &#187;, et je n'ai pas &#224; m'inqui&#233;ter.&lt;br /&gt;
Notre int&#233;r&#234;t semble r&#233;sider dans l'ali&#233;nation d'autrui &#224; la soci&#233;t&#233; sous la tutelle de l'&#201;tat. Cette ali&#233;nation r&#233;duit la libert&#233; d'autrui et l'oblige &#224; se d&#233;finir tel qu'on veut qu'il soit d&#233;fini. S'il &#233;tait totalement libre de ses actions, il serait de nouveau impr&#233;visible et vu comme une menace.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire que r&#233;duire la libert&#233; d'autrui ? Comment peut-elle &#234;tre accept&#233;e ou rejet&#233;e ? Quelle est sa r&#233;alit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car s'il y a besoin d'un &#201;tat pour contraindre &#224; limiter les libert&#233;s c'est que cette limite n'est pas spontan&#233;e et qu'elle peut &#234;tre mise en question.&lt;br /&gt;
Dans la th&#233;orie, tout autrui se plie au contrat r&#233;ciproque qui limite les libert&#233;s de chacun, et l'&#233;tat le v&#233;rifie. Mais si l'&#201;tat est un outil de r&#233;gulation, il comporte par son r&#244;le de r&#233;pression le risque de devenir un outil de domination qui devient l'instrument d'un petit nombre de dominants qui font autrui tels qu'ils veulent qu'ils soient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce rapport de domination, la l&#233;gitimit&#233; de l'&#233;tat est elle-m&#234;me atteinte. En effet, celui ci n'est plus objectif comme moyen du moyen mais passe sous le contr&#244;le d'une poign&#233;e d'homme. L'&#201;tat devient alors simplement moyen de domination. Mais comment et jusqu'o&#249; cet &#201;tat de fait et non plus de droit en quelque sorte peut-il se poursuivre ?&lt;br /&gt;
L'action de l'&#201;tat, ne passe ni par la force de la domination ni par la ruse, en effet la multitude, autrui, est tout &#224; fait capable de se r&#233;volter, y compris l'appareil de r&#233;pression de l'&#201;tat. L'action de l'&#233;tat passe par l'autorit&#233;, et n'a ni recours &#224; la force, ni &#224; la ruse, mais &#224; la simple ob&#233;issance de ceux qu'il gouverne et qui selon La Bo&#233;tie sont complices de cette servitude volontaire sous le poids de la tradition pass&#233;e. Le rapport de domination par l'&#233;tat tel qu'il vient d'&#234;tre d&#233;crit montre l'absence de libert&#233; de chacun, puisque tout autrui est totalement ali&#233;n&#233; &#224; l'&#233;tat donn&#233; des choses et ne veut en changer. II n'y a pas de libert&#233; dans le sens o&#249; il n'y a pas d'horizons nouveaux et cette perte de la libert&#233; est consentie par la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II y a aussi dans le discours de La Bo&#233;tie des hommes dits libres &#171; comme Ulysse &#187;, qui tiennent pour plus grande valeur leur libert&#233; et qui se d&#233;tachent du consensus social. Ils brisent le rapport de domination, la servitude volontaire et sont en quelques sortes les fissures d'un syst&#232;me qui rend esclave. L'histoire montre que ce sont souvent eux que les polices ont traqu&#233;s, autant que les criminels. (Socrate, Voltaire etc...)&lt;br /&gt;
D'autre part, &#224; force de vouloir flaire d'autrui ce que l'on veut qu'il soit, on provoque l'&#233;chec de la vie politique et de l'expression de la libert&#233; politique, et cet &#233;chec &#224; l'ext&#233;rieur, pousse au d&#233;veloppement d'une libert&#233; et d'une pens&#233;e int&#233;rieure, comme la conscience aigu&#235; mais cach&#233;e de la ruine d'un syst&#232;me qui asservit. A mesure que les abus de ce syst&#232;me grandissent, cette conscience se d&#233;veloppe jusqu'&#224; aboutir &#224; une remise en clause de la soci&#233;t&#233;, la vie avec autrui telle qu'elle est. Donc si la soumission &#224; l'&#201;tat para&#238;t &#234;tre notre int&#233;r&#234;t, celle ci ne semble pas pour autant durer tr&#232;s longtemps. Cette soumission commune est vite ressentie comme une domination de l'&#233;tat dont la l&#233;gitimit&#233; est remise en cause, et dont l'action ne d&#233;veloppe plus une libert&#233; politique mais une libert&#233; individuelle &#224; force de domination et d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, quand l'&#201;tat institue les relations avec autrui, il fait en sorte que chacun soit prot&#233;g&#233; de l'action des autres. En r&#233;duisant la- libert&#233; de l'autre, il formalise les relations de chacun &#224; tous et relie A &#224; B par un lien C. Mais cette relation n'est pas amen&#233;e &#224; changer tant que la soci&#233;t&#233; reste -telle qu'elle est.&lt;br /&gt;
Non seulement, en repoussant la libert&#233; de chacun dans son syst&#232;me, l'&#201;tat qui joue au jeu de la domination risque d'&#234;tre renvers&#233; mais plus grave encore : il est vou&#233; &#224; ne pas changer : le lien C ne change pas, c'est l'&#201;tat, la seule autorit&#233; qui l'a choisi.&lt;br /&gt;
En faisant des autres ce que l'on veut qu'ils soient, on ne fait qu'emprisonner autrui et on aboutit &#224; la fois &#224; une pauvret&#233; des actions et des relations et &#224; la fois &#224; un m&#233;contentement latent toujours capable de s'&#233;veiller.&lt;br /&gt;
Or ces deux effets ne sont pas dans notre int&#233;r&#234;t : une vie pauvre et m&#233;contente, qui risque d'&#234;tre renvers&#233;e n'est pas un id&#233;al. Ainsi renoncer &#224; sa libert&#233; pour la chose publique pose probl&#232;me : la cause est dans notre int&#233;r&#234;t, les effets ne le sont pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, il faut d&#233;passer la simple constitution d'une soci&#233;t&#233; o&#249; autrui est vu comme un simple obstacle et o&#249; il faut renoncer &#224; sa libert&#233; pour &#234;tre prot&#233;g&#233; des autres.&lt;br /&gt;
C'est que la conception que l'on a d'autrui est &#224; revoir, elle est r&#233;ductrice. Nous ne voyons qu'un objet qui interagit avec nous et qui peut nous faire obstacle, mais comme le sugg&#232;re Deleuze dans son commentaire de &lt;i&gt;Vendredi ou les limbes du pacifique&lt;/i&gt;, autrui est aussi le reflet de possibilit&#233;s, de perspectives libres c'est-&#224;-dire autonomes qui aboutissent &#224; une richesse de la pens&#233;e. Sans voir derri&#232;re moi, en regardant celui qui est en face je peux savoir si ce qu'il y a derri&#232;re mon dos est effrayant ou r&#233;jouissant.&lt;br /&gt;
En tenant compte de cela, la libert&#233; d'autrui doit aussi &#234;tre vu positivement, et il faut s'interroger sur l'int&#233;r&#234;t que cette nouvelle conception peut susciter. S'attacher &#224; ce qu'autrui ait sa libert&#233; c'est accepter de ne pas le voir tel que l'on voudrait qu'il soit et de prendre en compte non plus seulement ce qu'il est par rapport &#224; moi mais aussi ce qu'il est en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re cons&#233;quence de ceci c'est que tenir de la libert&#233; d'autrui aboutit &#224; une grande richesse des opinions que l'on tient tous en compte, ou du moins qui ont le droit de s'exprimer. Et plus g&#233;n&#233;ralement, cette libert&#233; &#233;vite toute monotonie et toute constance. La libert&#233; de chacun est porteuse de conflits mais ces conflits sont aussi la condition d'une &#233;volution. Socrate fonde sa philosophie sur le dialogue, c'est &#224; dire un d&#233;bat avec autrui. Permettre &#224; des antagonismes de coexister, permet surtout de progresser par la confrontation de ces antagonismes. C'est l&#224; o&#249; il y a des forces contraires que les choses changent. C'est ainsi que Kant expose son id&#233;e de l'insociable sociabilit&#233;. L'homme est sociable, il cherche la concorde mais malgr&#233; tout la nature fait en sorte qu'il soit encore et toujours confront&#233; &#224; des conflits car c'est ainsi qu'elle fait avancer l'humanit&#233;. L'homme est perfectible, et la libert&#233; d'autrui en est le moyen, voir la condition.&lt;br /&gt;
Si je ne vois que ce que je veux voir chez l'autre, alors ce n'est qu'un miroir et je ne cherche qu'&#224; me prot&#233;ger d'abord, et je n'ai aucun moyen de changer de comportement ; mais si je vois en autrui, un autre, alors la confrontation est susceptible de m'am&#233;liorer, de me faire apprendre des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, si je reconnais autrui comme tel, je comprends que je ne peux le modeler, en faire ce que je veux et totalement le dominer. Si j'accepte la libert&#233; d'autrui, j'attaque l'illusion m&#234;me de la domination et j'&#233;vite ainsi le douloureux retour &#224; la r&#233;alit&#233; quand la relation est renvers&#233;e. L'id&#233;e m&#234;me que malgr&#233; le refus d'accorder &#224; autrui une libert&#233;, celui ci se r&#233;volte montre que jamais l'on ne peut soumettre totalement un individu si ce n'est par le recours extr&#234;me &#224; la mort. Si cette reconnaissance de la libert&#233; d'autrui ach&#232;ve l'illusion de la domination, il n'en faut pas moins un appareil pour faire respecter ce nouveau constat et cet appareil a priori reste l'&#201;tat. Mais ce dernier dans ce contexte n'est pas cens&#233; devenir l'outil d'une domination, et l'effort commun se concentre alors pour en faire le moyen du moyen, aussi objectif que possible. L'&#201;tat lui-m&#234;me ne doit plus &#234;tre vu comme une police de r&#233;pression qui sanctionne mais comme l'agent qui oriente chacun et qui aide.&lt;br /&gt;
On est ainsi pass&#233; d'une soci&#233;t&#233; focalis&#233;e sur le bien commun &#224; prot&#233;ger, &#224; une soci&#233;t&#233; individualiste o&#249; le commun soutient l'individu. Dans cette perspective, la vie avec un autrui libre d'agir, de critiquer, d'aider ou punir est dans l'int&#233;r&#234;t de chacun et elle est aussi dans l'int&#233;r&#234;t de la communaut&#233; aussi, car elle pousse &#224; l'am&#233;lioration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au premi&#232;re abord, autrui et sa libert&#233; nous menacent et il nous faut pr&#233;venir ses actes. Je ne veux pas que l'autre soit une menace pour moi et je lui retire donc cette libert&#233;. Pour cela, on passe par un contrat avec autrui de renoncement &#224; cette libert&#233; et on se subordonne &#224; la tutelle d'un &#201;tat qui nous fait respecter nos promesses.&lt;br /&gt;
Sous cet &#201;tat, chacun est vu tel que les autres le veulent, et les relations avec autrui sont codifi&#233;es par l'&#201;tat et n'ont pas de raison de changer avec lui.&lt;br /&gt;
Cet &#233;tat des choses s'il est premier int&#233;r&#234;t puisqu'il permet l'association n'en est pas pour autant le plus grand. Cet &#233;tat ne peut rester ainsi, sans quoi il tombera dans l'immobilisme et le m&#233;contentement.&lt;br /&gt;
Notre int&#233;r&#234;t r&#233;side vraiment dans le droit &#224; autrui d'&#234;tre libre, c'est &#224; dire autonome et non tel qu'on veut qu'il soit. En effet, cette libert&#233; permet les divergences, les conflits dont il faut tirer un travail positif : celui de l'am&#233;lioration. La reconnaissance de la libert&#233; des autres nous r&#233;v&#232;le l'illusion de la domination sur les autres, de l'assurance que l'autre n'est plus une menace.&lt;br /&gt;
C'est pourquoi l'institution de l'&#201;tat ne doit pas se faire n&#233;gativement par la r&#233;pression mais positivement, en reconnaissant &#224; autrui sa libert&#233;. La vie en soci&#233;t&#233; s'avance alors sur le chemin de la perfectibilit&#233; et de la vie commune, &#224; plusieurs et &#233;vite celui de la rigidit&#233; et de la vie &#224; un seul, sans voir les autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'imagination est-elle le refuge de la libert&#233; ?</title>
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		<dc:date>2003-08-13T00:13:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guilloux, Fr&#233;d&#233;ric</dc:creator>



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&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998 &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
L'imagination, adul&#233;e par les uns, en particulier depuis la p&#233;riode romantique, rejet&#233;e par les autres comme vice de la conscience, est une donn&#233;e que certains peuvent chercher &#224; exalter, mais &#224; laquelle nul ne peut se soustraire. Il est certain que la r&#234;verie permet de s'&#233;chapper, de fa&#231;on &#233;ph&#233;m&#232;re au moins, des contraintes de la vie quotidienne. Pourtant, si l'on peut classer cette facult&#233;, ou les images qu'elle produit, dans la cat&#233;gorie des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-dissertations-" rel="directory"&gt;Des dissertations.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'imagination, adul&#233;e par les uns, en particulier depuis la p&#233;riode romantique, rejet&#233;e par les autres comme vice de la conscience, est une donn&#233;e que certains peuvent chercher &#224; exalter, mais &#224; laquelle nul ne peut se soustraire. Il est certain que la r&#234;verie permet de s'&#233;chapper, de fa&#231;on &#233;ph&#233;m&#232;re au moins, des contraintes de la vie quotidienne. Pourtant, si l'on peut classer cette facult&#233;, ou les images qu'elle produit, dans la cat&#233;gorie des ph&#233;nom&#232;nes, elle devient alors soumise au d&#233;terminisme et ne repr&#233;sente plus de libert&#233;. L'apparente libert&#233; li&#233;e &#224; l'imaginaire n'est-elle finalement qu'illusoire ? Ou bien l'imagination rend-elle l'homme libre, autrement dit est-elle un moyen d'&#233;vasion, d'&#233;mancipation ? Mais, la libert&#233; pouvant &#234;tre con&#231;ue comme ind&#233;pendance, ou autonomie, cette question devient alors : l'imagination est-elle autonome ? Seule une &#233;tude pr&#233;alable de l'imagination pourra permettre d'apporter une r&#233;ponse. Si la libert&#233; ne trouve pas de refuge dans l'imagination, elle perd son pouvoir moteur aupr&#232;s des hommes. C'est l'id&#233;e m&#234;me de libert&#233; qui a guid&#233; les hommes dans l'Histoire, c'est l'imagination de la libert&#233; qui a enfant&#233; les oeuvre d'Art. Cependant la question pos&#233;e ici est quelque peu diff&#233;rente, et introduit un premier pr&#233;suppos&#233; quant &#224; l'impossibilit&#233; de la libert&#233; dans le r&#233;el : il s'agit de savoir si la libert&#233; ne peut s'exprimer &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; dans l'imagination. En effet si la libert&#233; avait un champ d'application dans la r&#233;alit&#233;, nul besoin ne lui serait de trouver &#233;ventuellement &#034;refuge&#034; dans l'imagination. La libert&#233; est-elle donc possible dans la vie concr&#232;te des hommes ou bien doit-elle chercher un abri dans la l'imagination ?&lt;br /&gt; Dans l'Antiquit&#233;, le monde est con&#231;u comme Cosmos, c'est-&#224;-dire un monde &#034;clos&#034;, ordonn&#233; et harmonieux, au sein duquel chaque chose doit trouver son emplacement. Ceci ne laisse pas de place &#224; la libert&#233; de l'homme qui, en tant qu'il appartient &#224; ce cosmos, se doit de retrouver sa juste place au sein des choses, gr&#226;ce notamment &#224; la connaissance scientifique qui enseigne &#224; chacun la sagesse. En fait, cette vision du monde ne correspond pas &#224; celle que nous en avons aujourd'hui. Il se comprend d&#233;sormais comme un Univers. Dans cet Univers, la science ne peut plus avoir la vis&#233;e &#233;thique qui vient d'&#234;tre d&#233;crite. Par cons&#233;quent, l'homme n'est plus assign&#233; &#224; retrouver sa v&#233;ritable place. La science ne peut donc pas nous dicter nos devoirs, mais elle donne une connaissance des ph&#233;nom&#232;nes, en leur imposant une loi venant de l'esprit humain : la loi de la causalit&#233;, ou du d&#233;terminisme, selon laquelle tout ph&#233;nom&#232;ne observ&#233; est n&#233;cessairement entra&#238;n&#233; par des causes qui produisent toujours les m&#234;mes effets. Or cette connaissance d&#233;pend de deux facult&#233;s humaines que sont la sensibilit&#233;, ou facult&#233; &#224; recevoir des impressions par les sens, donc de faire des exp&#233;riences, et l'entendement (intelligence, capacit&#233; &#224; organiser le donn&#233; de l'exp&#233;rience). La sensibilit&#233; a pour origine le corps. Or par le fait que nous avons un corps, mat&#233;riel, nous sommes inscrits dans les ph&#233;nom&#232;nes naturels, donc soumis au d&#233;terminisme, &#224; la causalit&#233;. Mais les ph&#233;nom&#232;nes, m&#234;me l'existence de notre corps, peuvent &#234;tre mis en doute par la Raison, provenant de l'esprit et mettant en &#233;vidence l'essence de l'homme, qui n'est autre que le cogito. Cette Raison impose des lois aux ph&#233;nom&#232;nes afin de les expliquer, mais n'est pas elle-m&#234;me soumise &#224; la causalit&#233;. Elle impose au contraire des fins qui sont de l'ordre non pas de ce qui est mais de ce qui doit &#234;tre. Ces lois de la Raison, ou devoir, n'entra&#238;nent donc pas un d&#233;terminisme mais une finalit&#233;. Ainsi, si la personne humaine n'&#233;tait que sensibilit&#233;, elle serait d&#233;termin&#233;e naturellement par les lois de la nature, comme tout ph&#233;nom&#232;ne. Si au contraire elle &#233;tait seulement constitu&#233;e par sa Raison, elle ne pourrait qu'ob&#233;ir au devoir que celle-ci lui prescrit. Dans les deux cas, elle n'aurait pas le choix. La libert&#233;, si elle existe, ne peut donc provenir que du fait que l'homme soit &#224; la fois sensibilit&#233; et Raison. Dans ce cas en effet il doit choisir entre ces deux facult&#233;s, et les lois oppos&#233;es qui les accompagnent. Cette facult&#233; de choisir n'est autre que le libre-arbitre, ou la volont&#233;. La libert&#233; ne peut donc consister que dans ce choix, qui est libre &#224; condition que la volont&#233; ne soit pas soumise au d&#233;terminisme, &#224; savoir qu'elle ne soit pas un ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La libert&#233; du choix de la volont&#233; suppose donc que celle-ci ne soit pas contrainte par des causes ext&#233;rieures &#224; elle-m&#234;me, en un mot qu'elle soit libre. Or cette libert&#233; n'est jamais qu'un postulat m&#233;taphysique. En effet, la connaissance consciente ne peut avoir pour objet que des ph&#233;nom&#232;nes sensibles toujours soumis &#224; la causalit&#233;. La libert&#233; ne peut donc pas, par d&#233;finition, &#234;tre connue, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; elle ne peut pas &#234;tre d&#233;montr&#233;e. On peut donc s'interroger sur sa r&#233;alit&#233; : n'est-elle pas simplement une illusion ? Rien ne prouve que le choix que l'on doit op&#233;rer entre la sensibilit&#233; ou la Raison ne soit pas lui-m&#234;me d&#233;termin&#233; par une cause ant&#233;rieure. Cette cause pourrait &#234;tre par exemple le conatus. Ce conatus est l'effort que chaque chose met en oeuvre, dans la limite de ses capacit&#233;s afin de rester identique &#224; elle-m&#234;me malgr&#233; les attaques du milieu ext&#233;rieur qui tendent &#224; la modifier. C'est ce que l'on observe chez les animaux sup&#233;rieurs qui illustrent le ph&#233;nom&#232;ne d'hom&#233;othermie (ils tendent par nature &#224; conserver leur temp&#233;rature int&#233;rieure alors qu'ils sont dans un milieu qui a une temp&#233;rature inf&#233;rieure). L'hom&#233;ostasie, ou tendance &#224; rester le m&#234;me, permet aussi d'expliquer par exemple la cicatrisation, qui n'est autre qu'une r&#233;action physiologique par laquelle le corps tend &#224; retrouver son &#233;quilibre ant&#233;rieur &#224; la blessure entre son milieu int&#233;rieur et le milieu ext&#233;rieur. Spinoza affirme ainsi que &#034;chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de pers&#233;v&#233;rer dans l'existence&#034;. Cet effort, ou conatus, nous d&#233;termine donc n&#233;cessairement &#224; rechercher ce qui permettra de renforcer notre milieu int&#233;rieur, qui se heurte &#224; l'ext&#233;riorit&#233;, laquelle, d'apr&#232;s le second principe de la thermodynamique tend vers un nivellement o&#249; la vie n'est plus possible. Il se pourrait donc que ce conatus d&#233;termine notre volont&#233; &#224; choisir ce qui nous est le plus profitable. Ainsi dans &lt;i&gt;l'Ethique&lt;/i&gt;, Spinoza ajoute : &#034;Nous ne tendons vers une chose parce que nous la jugeons bonne, mais au contraire nous la jugeons bonne parce que nous tendons vers elle&#034;. Dans ces conditions, le choix n'est plus du tout libre car la volont&#233; ne juge pas de fa&#231;on ind&#233;pendante ; au contraire, il est enti&#232;rement d&#233;termin&#233; par notre constitution d'&#234;tre vivant, dot&#233; d'un conatus. La libert&#233; ne serait donc absolument pas accessible dans la r&#233;alit&#233; de nos choix. Il ne lui resterait comme seul refuge que l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cependant, avant cette question de la libert&#233; m&#233;taphysique, l'homme qui affirme ne trouver de libert&#233; que dans son imagination ressent surtout les d&#233;terminations ou contraintes ext&#233;rieures, en particulier dans sa vie &#034;de tout les jours&#034;. Ces contraintes peuvent &#234;tre de plusieurs natures. Il peut s'agir des contraintes dues &#224; la constitution de l'homme et son opposition &#224; la nature. Pour subsister, l'homme, qui est un &#234;tre vivant, doit donc produire ce qui lui est n&#233;cessaire : en premier lieu sa nourriture. L'homme est donc contraint au travail, ce qu'il apr&#233;hende comme une importante limite &#224; sa libert&#233;, si l'on consid&#232;re les efforts d&#233;ploy&#233;s depuis des mill&#233;naires pour s'en d&#233;barrasser (en le faisant par exemple ex&#233;cuter par quelqu'un d'autre ...). L'incapacit&#233; physique &#224; accomplir certaines actions, est pour un grand nombre de personnes une marque de leur absence de libert&#233; et de leur n&#233;cessaire soumission &#224; des r&#232;gles pr&#233;&#233;tablies. Un exemple d'une telle action peut &#234;tre celle qui consiste &#224; voler &#224; l'image des oiseaux, ce qui serait ressenti comme une lib&#233;ration vis-&#224;-vis des lois physiques qui s'imposent &#224; tous. Un autre type de contrainte peut &#234;tre repr&#233;sent&#233; par les r&#232;gles n&#233;cessaires &#224; la vie en soci&#233;t&#233;, qui imposent des interdits ou des obligation aux individus. Quel que soit l'int&#233;r&#234;t qu'ils peuvent tirer de ces r&#232;gles et les raisons qui ont pu les, motiver, elles semblent s'imposer &#224; l'individu et s'opposer &#224; son enti&#232;re libert&#233; Ce pourrait &#234;tre de disposer comme de la totalit&#233; de son argent au lieu de payer des imp&#244;ts, d'aller et venir ou bon lui semble sans &#234;tre limit&#233; par des fronti&#232;res, de vivre sans v&#234;tements quand le climat le permet, etc. Toutes ces contraintes ext&#233;rieures qui p&#232;sent sur l'homme dans sa vie r&#233;elle lui font conclure &#224; une absence de libert&#233;, ou tout au moins une limitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous voyons donc que les hommes peuvent, &#224; la suite d'une r&#233;flexion m&#233;taphysique, ou de fa&#231;on empirique en tirant des conclusions des exp&#233;riences et observations qu'ils peuvent faire quotidiennement, en venir &#224; consid&#233;rer que la libert&#233; leur est inaccessible dans leur vie et leur rapport au r&#233;el. La seule alternative permettant &#224; la libert&#233; de s'exprimer serait d'emprunter un moyen d&#233;tourn&#233; qui s'affranchirait du r&#233;el. Ce moyen peut &#234;tre pr&#233;cis&#233;ment la facult&#233; d'imagination. Mais il reste &#224; savoir si la libert&#233; peut s'y abriter. Dans quelle mesure peut-on donc affirmer que l'imagination est libre ou permet la libert&#233; de l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'imagination peut effectivement sous de nombreux abords donner l'impression de s'affranchir du r&#233;el.&lt;br /&gt; Tout d'abord, la perception par un sens, quel qu'il soit, est limit&#233;e &#224; la description de la r&#233;alit&#233;. La connaissance sensible est la connaissance de ce qui est, et la science pr&#233;dit des faits et explique des ph&#233;nom&#232;nes qui ont eu lieu ou sont en train de se d&#233;rouler. Mais l'imagination se situe sur un autre plan. Pour imaginer un objet, une personne, ou n'importe quelle autre chose, il est n&#233;cessaire que cette chose ne soit pas perceptible par les sens (on s'en tiendra toujours ici au sens qui semble le plus &#233;vident dans l'imagination, &#224; savoir la vue). En effet si cette chose &#233;tait enti&#232;rement visible, il ne serait pas utile de l'imaginer. Imaginer un objet, c'est donc le poser comme n'&#233;tant pas l&#224;. Le souvenir peut amener &#224; l'esprit la pens&#233;e ou l'image de quelque chose qui n'est pas actuellement l&#224;, mais qui s'inscrit pourtant dans une r&#233;alit&#233; pass&#233;e : elle a &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; mes sens, et je me rem&#233;more l'image telle qu'elle m'a &#233;t&#233; offerte. L'imagination se distingue donc fondamentalement du souvenir en ce sens que l'objet de l'imagination n'a absolument aucun pied dans le r&#233;el. Je peux ainsi imaginer une chose ou un &#233;v&#233;nement qui aurait pu se passer, mais contrairement au souvenir il faut pour que je l'imagine qu'il ne se soit pas pass&#233; dans la r&#233;alit&#233;. Je peux imaginer un &#233;v&#233;nement pass&#233; qui s'est r&#233;ellement d&#233;roul&#233;, mais duquel je n'ai jamais &#233;t&#233; t&#233;moin. On peut donc consid&#233;rer qu'il n'a jamais fait partie du r&#233;el sensible que je peux percevoir. Il en va de m&#234;me en ce qui concerne l'imagination portant sur le pr&#233;sent ou l'avenir. Il faut toujours que l'objet sur lequel porte l'imagination soit absolument hors de ma port&#233;e, o&#249; que je ne pense pas qu'il puisse l'&#234;tre dans l'avenir. Ceci pouvant se produire : soit parce que l'objet n'appartient absolument pas au r&#233;el (c'est le cas pour les cr&#233;atures chim&#233;riques) soit parce qu'il n'appartient pas au r&#233;el qui est offert &#224; mes sens (par exemple parce qu'il se trouve &#224; un autre endroit g&#233;ographique sans que je puisse le voir). L'objet de l'imagination est donc marqu&#233; par son absence. Sartre distingue ainsi, dans &lt;i&gt;l'imaginaire&lt;/i&gt;, l'imagination du souvenir : &#034;Si je me rappelle un &#233;v&#233;nement de ma vie pass&#233;e, je ne l'imagine pas, je m'en &lt;i&gt;souviens&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire que je ne le pose pas comme &lt;i&gt;donn&#233;-absent&lt;/i&gt;, mais comme &lt;i&gt;donn&#233;-pr&#233;sent&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;pass&#233;&lt;/i&gt;&#034;. L'imagination consiste donc en une n&#233;gation du r&#233;el (en tout cas du r&#233;el tel qu'il m'est pr&#233;sent&#233;). Et puisque la n&#233;gation porte sur une chose qui est ni&#233;e comme ne faisant pas partie du r&#233;el, on peut consid&#233;rer qu'imaginer, c'est refuser le r&#233;el, donc nier la n&#233;gation. L'objet que vise l'imagination ne nous est pas donn&#233;, ou alors donn&#233; comme hors d'atteinte. On voit donc qu'il peut s'agir d'une forme de libert&#233; : la libert&#233; de se repr&#233;senter cette image bien que l'objet soit absent, ce que ne permet en aucun cas la perception visuelle. Par exemple seule l'imagination me permet de me repr&#233;senter un ami, une situation, etc., alors qu'ils ne sont pas l&#224;. Ceci constitue une certaine libert&#233;.&lt;br /&gt; Mais cela prouve aussi d'autres formes de libert&#233;. On peut ainsi affirmer, d'apr&#232;s ce qui pr&#233;c&#232;de, que l'imagination permet la libert&#233; car elle permet de mettre en doute le r&#233;el. L'imagination prouve en effet un possible recul par rapport au donn&#233;. Etant un ph&#233;nom&#232;ne conscient, elle prouve que la conscience n'est pas &#034;englu&#233;e&#034; dans le r&#233;el mais peut acc&#233;der &#224; une forme de d&#233;passement de celui-ci. Le donn&#233; n'est plus consid&#233;r&#233; comme n&#233;cessaire, puisque l'on peut se repr&#233;senter mentalement quelque chose qui n'en fait pas partie. Il est au contraire possible de sortir de ses limites, ce qui est bien une lib&#233;ration. Kant, dans la &lt;i&gt;Critique de la Facult&#233; de Juger&lt;/i&gt;, d&#233;finit ainsi l'activit&#233; de l'imagination comme un d&#233;passement de la nature : &#034;L'imagination a, en effet, une grande puissance pour cr&#233;er en quelque sorte une seconde nature&#034;. On peut aussi affirmer avec Sartre que l'imagination prouve la libert&#233; de la conscience car &#034;toute cr&#233;ation imaginaire serait totalement impossible &#224; une conscience dont la nature serait pr&#233;cis&#233;ment d'&#234;tre &#034;au-milieu-du-monde&#034;&#034;, c'est-&#224;-dire d&#233;termin&#233;e n&#233;cessairement comme tous les autres ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De fa&#231;on plus pr&#233;cise, l'imagination permet une autre lib&#233;ration, cette fois par rapport aux contraintes sociale, morale, ... . En effet l'homme, de par le fait qu'il vit en soci&#233;t&#233;, est soumis aux r&#232;gles du groupe, c'est-&#224;-dire aux lois positives. Celles-ci ne constituent pas une r&#233;elle obligation, mais bien une contrainte, car elles sont assorties de sanctions. Ainsi si l'homme n'agit pas conform&#233;ment &#224; ces lois, il risque de voir sa libert&#233; encore plus diminu&#233;e (par exemple sa libert&#233; de d&#233;placement s'il est emprisonn&#233;). Il doit donc renoncer &#224; certains d&#233;sirs, par exemple des d&#233;sirs &#233;rotiques. L'imagination permet dans ce cas la r&#233;alisation de ces d&#233;sirs. L'imagination, que ce soit sous forme de r&#234;ves ou de pens&#233;es &#233;veill&#233;es, n'est en effet pas soumise &#224; la pression de la soci&#233;t&#233;. Comme seul le sujet a connaissance de ces pens&#233;es, il ne peut pas &#234;tre question de sanction si elles ne sont pas conformes au devoir l&#233;gal ou au devoir inculqu&#233; par la soci&#233;t&#233;, en particulier les parents. L'imagination peut donc para&#238;tre comme un espace libre, lib&#233;r&#233; des contraintes sociales, car le sujet serait seul sans que les autres individus puissent avoir d'action r&#233;elle sur lui. Freud nous explique dans son &lt;i&gt;introduction &#224; la psychanalyse&lt;/i&gt; : &#034;Dans l'activit&#233; de sa fantaisie, l'homme continue donc &#224; jouir, par rapport &#224; la contrainte ext&#233;rieure, de cette libert&#233; &#224; laquelle il avait &#233;t&#233; oblig&#233; de renoncer depuis longtemps dans la vie r&#233;elle&#034;. La &#034;seconde nature&#034; cr&#233;&#233;e par l'imagination serait donc aussi un monde o&#249; il serait possible de faire tout ce que l'on veut, car tout est permis, ce qui peut justement para&#238;tre de prime abord comme un id&#233;al de libert&#233; absolue. On peut penser que cette libert&#233; joue un r&#244;le r&#233;gulateur, voire compensateur, de l'existence en donnant &#224; ressentir &#224; l'individu des &#233;tats affectifs qui lui sont impossibles dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il nous est permis de penser d'autre part que l'imagination r&#233;v&#232;le la libert&#233; cr&#233;atrice de l'homme qui produit quelque chose de nouveau. Il faut pour cela affiner l'id&#233;e que l'on a de l'imagination. On comprend tout d'abord l'imagination comme la formation mentale d'images. Mais l'exp&#233;rience nous montre que cela n'est pas suffisant. Comme on l'a montr&#233;, l'imagination ne peut en aucun cas &#234;tre une simple formation d'images d&#233;j&#224; per&#231;ues, puisque l'on ne peut imaginer que quelque chose que l'on ne per&#231;oit pas. Il faut donc accorder &#224; l'imagination quelque chose de plus. L'imagination doit donc pouvoir d&#233;former les images. En ce faisant, elle cr&#233;e de nouvelles images, soit &#224; partir de fragments emprunt&#233;s au r&#233;el, soit peut-&#234;tre m&#234;me, ce que l'on examinera plus tard, en en cr&#233;ant de toute pi&#232;ce sans &#233;l&#233;ment ext&#233;rieur. Bachelard introduit de cette fa&#231;on son essai &lt;i&gt;l'air et les songes&lt;/i&gt; : &#034;On veut toujours que l'imagination soit la facult&#233; de &lt;i&gt;former&lt;/i&gt; des images. Or elle est plut&#244;t la facult&#233; de &lt;i&gt;d&#233;former&lt;/i&gt; les images fournies par la perception, elle est surtout la facult&#233; de nous lib&#233;rer des images premi&#232;res, de &lt;i&gt;changer&lt;/i&gt; les images&#034;. La perception est, comme on l'a d&#233;j&#224; dit, limit&#233;e &#224; la description du r&#233;el. Par contre, on le voit ici, l'imagination n'a pas de limites. De plus, puisque les images ne se rapportent pas enti&#232;rement &#224; la r&#233;alit&#233;, elles ne peuvent avoir de mod&#232;le stable. Elle ne peuvent donc jamais rester identiques &#224; elles-m&#234;mes et sont toujours d&#233;form&#233;es par le temps. Les images ainsi obtenues sont donc sans cesse nouvelles. Or l'homme a la possibilit&#233; de former ces images une infinit&#233; de fois, et on d&#233;montre ainsi le caract&#232;re infini des possibilit&#233;s qui s'offrent &#224; l'imagination. Bachelard parle ainsi de l'imaginaire comme &#034;l'exp&#233;rience m&#234;me de la nouveaut&#233;&#034; et ajoute qu' &#034;imaginer, c'est s'absenter, c'est s'&#233;lancer vers une vie nouvelle&#034;. On est en effet assur&#233;, &#224; chaque fois que l'on utilisera cette facult&#233;, de vivre une exp&#233;rience nouvelle. Ceci manifeste bien la libert&#233; cr&#233;atrice de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;br /&gt; La libert&#233; de l'imagination s'exprime surtout &#224; travers l'art, en particulier dans le jugement esth&#233;tique. On peut admettre qu'il existe des crit&#232;res absolus de beaut&#233;. Cependant le jugement esth&#233;tique ne se pr&#233;occupe pas tant de l'objet consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me que de son effet sur la personne qui le regarde. On ne s'int&#233;resse donc pas vraiment &#224; la r&#233;alit&#233; concr&#232;te de l'objet, mais plut&#244;t &#224; son pouvoir &#233;vocateur et symbolique. Or ceci est principalement du domaine de l'imagination. L'art est diff&#233;rent de la connaissance scientifique : celle-ci tente de rassembler les ph&#233;nom&#232;nes sous des concepts g&#233;n&#233;raux de l'entendement, alors qu'il n'existe pour l'art pas de concepts pr&#233;&#233;tablis, le g&#233;nie artistique consistant justement &#224; ne pas appliquer des &#034;recettes&#034; ou des mod&#232;les, mais &#224; faire toujours surgir quelque chose de nouveau. L'art, en tant qu'activit&#233; esth&#233;tique sans valeur de connaissance, ne peut &#234;tre l'application de r&#232;gles ou d'un savoir pr&#233;alable. L'imagination dans le jugement artistique n'est donc pas contrainte par un concept ou une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, puisqu'&#224; chaque fois c'est le particulier qui est donn&#233;.&lt;br /&gt; L'oeuvre d'art n'&#233;tant donc pas a priori born&#233;e, l'interpr&#233;tation quant &#224; son sens ne semble pas non plus avoir de limite. On peut ainsi parler de &#034;libre jeu de l'imagination&#034;, qui ne se manifeste d'ailleurs pas que dans l'art. L'imagination peut en effet donner plusieurs sens &#224; ses repr&#233;sentations. Le symbolisme des images permet &#224; l'imagination de faire des rapprochements entre les images ou les id&#233;es, et ainsi de donner &#224; une repr&#233;sentation infiniment plus de sens que ce qui est r&#233;ellement contenu dans son concept. L'imagination permet un &#233;largissement de la signification des repr&#233;sentations, et cet &#233;largissement est illimit&#233; puisque le nombre des images qui peuvent s'offrir &#224; la repr&#233;sentation est illimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parce qu'elle semble enti&#232;rement d&#233;tach&#233;e du r&#233;el, de son d&#233;terminisme, des contraintes ext&#233;rieures que la soci&#233;t&#233; fait peser sur l'individu, et qu'elle ne semble pas conna&#238;tre de limites, l'imagination repr&#233;sente la libert&#233; enfin atteinte de l'homme. Ou en tout cas la vision empirique qu'il a de cette libert&#233;, comme absence de limitation et de contrainte. Mais cette premi&#232;re vision de l'imagination en explique-t-elle tous les m&#233;canismes, et le sentiment d'ind&#233;pendance, voire d'impunit&#233;, qui s'est d&#233;gag&#233; correspond-il &#224; une v&#233;ritable libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On se rend compte en fait que d'une part l'imagination ne peut &#234;tre totalement illimit&#233;e et d&#233;livr&#233;e du r&#233;el, et qu'elle est surtout d&#233;termin&#233;e par plusieurs facteurs, ce qui remet en doute la libert&#233; qu'elle peut procurer.&lt;br /&gt; On remarque d'abord que l'image imagin&#233;e est en fait plus pauvre et limit&#233;e que celle qui s'offre &#224; la perception. En effet dans la perception, les choses, qui s'inscrivent dans le r&#233;el, sont toutes li&#233;es par des causes qui les d&#233;terminent. Elles entretiennent donc les unes avec les autres une infinit&#233; de rapports. Or les lois qui relient toutes ces choses ne sont pas produites par l'homme : celui-ci doit au contraire essayer de percer ces liens. C'est la complexit&#233; et la richesse de ces liens qui permettent de comprendre le mal qu'a la conscience pour les d&#233;chiffrer. Sartre explique donc que &#034;l'objet de la perception d&#233;borde constamment la conscience&#034; et qu'il faudrait un temps infini pour &#233;puiser les richesses de cette perception. Par contre, ce que l'on a montr&#233; de l'imagination est qu'il s'agit d'une d&#233;formation des images par la conscience. L'image est donc un produit de la conscience qui a fix&#233; les liens entre les objets. Le chemin inverse, qui consiste &#224; comprendre cette image, est donc beaucoup plus ais&#233;. Ainsi Sartre ajoute : &#034;on peut observer ind&#233;finiment une image, on n'y d&#233;couvrira rien de plus que ce que l'on y a mis au d&#233;part&#034;. Ceci constitue une premi&#232;re limite &#224; la libert&#233; de l'imagination car on reconna&#238;t que ses produits sont en fait r&#233;duits.&lt;br /&gt; De surcro&#238;t, l'imagination est aussi limit&#233;e dans le choix des &#233;l&#233;ments qu'elle peut utiliser : ils doivent n&#233;cessairement &#224; un certain niveau &#234;tre r&#233;els. Les images des r&#234;ves o&#249; de l'imagination &#233;veill&#233;e peuvent &#234;tre compar&#233;es aux tableaux : elles ne sont compos&#233;es que d'&#233;l&#233;ments emprunt&#233;s au r&#233;el. Ainsi si les images form&#233;es ne correspondent &#224; aucune r&#233;alit&#233;, elles doivent au moins &#234;tre form&#233;es &#224; partir d'&#233;l&#233;ments r&#233;els. Ainsi les cr&#233;atures imagin&#233;es sont compos&#233;es de d&#233;tails anatomiques que l'on retrouve chez les &#234;tres vivants. De m&#234;me un paysage imagin&#233; ne peut comporter que les 4 &#233;l&#233;ments traditionnellement attribu&#233;s aux objets r&#233;els. M&#234;me si une image (comme un tableau) est abstraite, il faut bien qu'elle soit compos&#233;e &#224; partir des &#233;l&#233;ments fondamentaux de la g&#233;om&#233;trie : la droite, le cercle, le point, ... . Il faut en outre qu'elle ait des couleurs r&#233;elles, car on ne peut pas imaginer de couleurs qui ne seraient pas perceptibles par les sens. L'imagination ne peut donc pas d&#233;passer une simple recombinaison d'&#233;l&#233;ments r&#233;els, et ne cr&#233;e donc rien d'autre qu'un certain arrangement entre ces &#233;l&#233;ments. La libert&#233; de cr&#233;ation n'est donc pas totale, elle est en tout cas d&#233;pendante des sensations &#233;prouv&#233;es auparavant. Cette id&#233;e, d&#233;velopp&#233;e par Descartes dans la premi&#232;re m&#233;ditation est reprise par Kant qui affirme que l'imagination reste conditionn&#233;e par les mat&#233;riaux de l'existence empirique : &#034;Pour grande artiste et magicienne que soit l'Imagination, elle n'est pas cr&#233;atrice ; elle doit tirer des sens la mati&#232;re de ses images&#034;. Or on se souvient que c'est cette libert&#233; cr&#233;atrice qui avait permis de justifier l'id&#233;e selon laquelle l'imagination n'&#233;tait pas soumise au d&#233;terminisme. On peut donc remettre en cause cette affirmation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On en vient alors &#224; penser que les associations symboliques, qui repr&#233;sentent le travail de l'imagination, ont peut-&#234;tre &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme libres du simple fait que l'on ne conna&#238;t pas les causes r&#233;elles qui les d&#233;terminent. Or cela semble justement &#234;tre le cas : la cr&#233;ation attribu&#233;e spontan&#233;ment &#224; une volont&#233; o&#249; une inspiration autonome doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e en fait comme en effet n&#233;cessaire de causes d&#233;terminantes&lt;br /&gt; L'imagination est en premier lieu d&#233;termin&#233;e par le milieu ext&#233;rieur et l'histoire personnelle de l'individu qui imagine. On remarque que de nombreuses fois l'imagination r&#233;agit comme un r&#233;flexe : la m&#234;me image r&#233;elle initiale entra&#238;ne le m&#234;me type d'images form&#233;es, ce qui ressemble beaucoup au principe du d&#233;terminisme selon lequel les m&#234;mes causes produisent toujours les m&#234;mes effets. Par exemple la vue de la mer s'&#233;tendant &#224; l'infini fera souvent songer au voyage, tandis qu'une impression de vertige ressentie pendant une journ&#233;e risque d'entra&#238;ner peu de temps apr&#232;s des processus d'imagination fond&#233;s sur l'id&#233;e de chute. Autrement dit, le symbolisme qui est &#224; l'origine de l'imagination peut &#234;tre compar&#233; en fait &#224; un langage avec ses r&#232;gles propres. L'imagination n'est donc absolument pas ind&#233;pendante de la condition psychique de la personne au moment o&#249; elle imagine. On peut penser aussi, &#233;tant donn&#233; que l'imaginaire doit emprunter au r&#233;el les &#233;l&#233;ments constitutifs de ses repr&#233;sentations, que les liens symboliques qu'utilise l'imaginaire d&#233;coulent eux aussi en partie de l'exp&#233;rience sensible de l'individu, donc de son histoire.&lt;br /&gt; L'imagination est encore d&#233;termin&#233;e par l'inconscient de l'individu. On &#233;tudie pour cela le r&#234;ve, qui est un des moyens d'expression de l'imaginaire. Si l'imagination est libre, les r&#234;ves, qui en sont le produit, ne doivent d&#233;pendre d'aucun facteur ext&#233;rieur d&#233;terminant autre que cette imagination. Or la psychanalyse, en appliquant le principe du d&#233;terminisme au psychisme, montre que c'est pr&#233;cis&#233;ment le cas. L'analyse des r&#234;ves permet de supposer en effet que le r&#234;ve conscient, c'est-&#224;-dire son contenu manifeste, est en fait le produit d'une &#233;laboration de son contenu latent, qui est du domaine de l'inconscient. Ce contenu latent s'av&#232;re &#234;tre toujours constitu&#233; de d&#233;sirs de type sexuel, qui sont incompatibles avec les r&#232;gles morales du sujet. Mais ces d&#233;sirs, ou pulsion, &#233;tant essentiellement caract&#233;ris&#233;s par leur dynamisme, tendent &#224; s'exprimer en orientant le sujet vers un certain objet qui lui donnera satisfaction. Mais comme la conscience ne peut accepter de tels d&#233;sirs, ceux-ci doivent s'exprimer autrement. Le r&#234;ve n'est donc qu'une substitution des pulsions inconscientes qui prennent ainsi une forme acceptable pour la conscience. On avait vu que l'imagination permettait de s'affranchir des contraintes morales, mais on s'aper&#231;oit qu'elle est en fait d&#233;termin&#233;e. De ce point de vue, on ne peut donc pas parler de refuge pour la libert&#233;.&lt;br /&gt; On peut m&#234;me consid&#233;rer que l'imagination est contraire &#224; la libert&#233;, si l'on s'attache au v&#233;ritable sens que doit prendre cette derni&#232;re. Dans un premier temps, la spontan&#233;it&#233; de l'image avait pu &#234;tre per&#231;ue comme marque de la libert&#233; cr&#233;atrice de l'esprit, mais, que l'image soit due au hasard ou qu'elle soit d&#233;termin&#233;e par d'autres causes, il n'y a dans tous les cas pas de r&#233;flexion, donc pas de libert&#233; du sujet conscient qui ne ma&#238;trise pas ses repr&#233;sentations. Mais surtout, la libert&#233; doit &#234;tre pens&#233;e comme autonomie, et non plus comme ob&#233;issance &#224; ses impulsions. En effet, lorsque l'individu pense r&#233;aliser ses d&#233;sirs par l'imagination, il ne fait en r&#233;alit&#233; que se laisser d&#233;terminer par ce qui en lui n'est que nature, c'est-&#224;-dire par ses pulsions, alors que la v&#233;ritable libert&#233; consiste &#224; ob&#233;ir aux lois de la Raison. La libert&#233;, comme possible conformit&#233; de l'acte avec ce que la Raison exige de nous, ne semble pas &#234;tre possible dans l'imagination puisque l'imagination ob&#233;it &#224; des r&#232;gles qui lui sont propres et est d&#233;termin&#233;e par plusieurs facteurs r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut m&#234;me montrer que la l'imagination a un r&#244;le n&#233;gatif dans la libert&#233; positive des hommes. En effet elle pourrait &#234;tre la source des dominations politique et sociale des puissants qui sauraient utiliser l'imaginaire du peuple. C'est en effet elle qui entra&#238;ne une confusion entre un signe ext&#233;rieur de pouvoir, comme un uniforme, une arme, et un caract&#232;re r&#233;el de la personne. L'imagination permet donc bien &#224; un pouvoir arbitraire d'exercer une influence consid&#233;rable sur le peuple.Or ce pouvoir n'est en r&#233;alit&#233; qu'une illusion, que l'imaginaire contribue &#224; maintenir. Pascal affirme ainsi dans ses &lt;i&gt;pens&#233;es&lt;/i&gt; : &#034;Qui dispense la r&#233;putation ? Qui donne le respect et la v&#233;n&#233;ration aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette facult&#233; imaginante ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On apprend donc que l'imagination n'est ni illimit&#233;e ni libre, et que le sujet qui imagine n'est pas libre non plus quand il imagine. Mais l'imagination semble aussi nuire &#224; la libert&#233; de l'individu dans sa vie r&#233;elle. Est-ce que ce dernier point est r&#233;ellement inh&#233;rent &#224; l'imagination ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'imagination a en effet &#233;t&#233; d&#233;crite comme &#034;ma&#238;tresse d'erreurs&#034;, ce qui peut se justifier notamment par la pauvret&#233; de ses repr&#233;sentations, et l'impossibilit&#233; de leur concordance avec le r&#233;el. Mais ce n'est en fait pas tant l'imagination qui est coupable que l'utilisation qui en est faite. Ainsi l'imagination ne trompe pas si, alors qu'on imagine, on est bien conscient du caract&#232;re irr&#233;el de nos repr&#233;sentations. A ces conditions, l'imagination cesse d'&#234;tre une source d'erreurs et de passions pour devenir une source d'invention. L'imagination permet en effet une repr&#233;sentation de l'avenir. La vie des soci&#233;t&#233;s est ainsi conditionn&#233;e par la repr&#233;sentation de possibles, attendus ou recherch&#233;s : utopies, messianismes, mill&#233;narismes, qui ont permis d'annoncer aux peuples un futur radieux sont li&#233;s &#224; une imagination qui d&#233;termine des croyances au progr&#232;s ou &#224; des apocalypses. L'imaginaire entra&#238;ne alors des formes d'engagement ou de d&#233;sengagement dans la Cit&#233; sous forme d'activismes sociaux violents ou au contraire d'imaginaire de replis intimiste sur la quotidiennet&#233;. L'imagination peut aussi avoir un r&#244;le positif dans l'&#233;volution des sciences : avant toute v&#233;rification exp&#233;rimentale ou th&#233;orique, l'hypoth&#232;se d'une r&#233;ponse &#224; un probl&#232;me donn&#233; ne peut &#234;tre qu'imagin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On observe ici que les relations entre l'imaginaire et le r&#233;el sont plus complexes que ce qu'il ne semblait au d&#233;part : non seulement l'imaginaire emprunte ses &#233;l&#233;ments au r&#233;el, mais l'&#233;change inverse existe aussi, &#224; savoir que le r&#233;el porte une certaine part des produits de l'imagination. On peut s'interroger sur les m&#233;canismes qui rendent cette remarque possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette &#233;tude permet d'&#233;tablir que c'est en tant que moyen d'expression des d&#233;sirs que l'imagination retrouve ses produits dans le r&#233;el, ce qui permet une certaine libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il convient avant tout de justifier cette expression &#034;moyen d'expression des d&#233;sirs&#034;. Le d&#233;sir est un mouvement, caus&#233; par un manque, qui me jette vers un objet que je con&#231;ois comme pouvant me satisfaire, c'est-&#224;-dire combler le manque. Il se diff&#233;rencie notamment du besoin, tendance spontan&#233;e, par son caract&#232;re conscient en tant que but con&#231;u que je me repr&#233;sente. La conception ou repr&#233;sentation de l'objet du d&#233;sir est donc n&#233;cessairement repr&#233;sentation d'un objet consid&#233;r&#233; comme hors d'atteinte, n'appartenant donc pas au r&#233;el. Il s'agit en outre d'une n&#233;gation du r&#233;el donn&#233; qui ne peut satisfaire le d&#233;sir. La facult&#233; permettant cette repr&#233;sentation ne peut &#234;tre que l'imagination, qui a &#233;galement, comme on l'a montr&#233;, cette capacit&#233; d'une double n&#233;gation. Ce vers quoi je tends dans le d&#233;sir, c'est donc la repr&#233;sentation imaginaire de l'objet du d&#233;sir. On comprend ainsi que le d&#233;sir, en tant qu'il tend vers un objet imaginaire, soit illimit&#233;. La repr&#233;sentation imaginaire est le moteur du d&#233;sir. Dans le d&#233;sir, l'imagination vient engendrer la repr&#233;sentation de l'objet manquant, qui peut &#234;tre aussi bien r&#233;el, mais situ&#233; ailleurs, qu'irr&#233;el. Rousseau montre cette relation dans &lt;i&gt;l'Emile&lt;/i&gt; : &#034;C'est l'imagination qui &#233;tend pour nous la mesure des possibles, soit en bien, soit en mal, et qui, par cons&#233;quent, excite et nourrit les d&#233;sirs par l'espoir de les satisfaire&#034;.&lt;br /&gt; Or l'&#233;tude des d&#233;sirs montre que m&#234;me s'il se heurte &#224; un monde ext&#233;rieur qui ob&#233;it &#224; un autre ordre, le d&#233;sir vise un transformation, donc une n&#233;gation, de ce qui est donn&#233;. Cette incompl&#233;tude nous pousse &#224; agir, c'est-&#224;-dire &#224; transformer la nature donn&#233;e, &#224; cause de la contradiction entre le manque et l'&#233;tat de chose donn&#233;. Dans l'action, la conscience se heurte &#224; cette nature, mais pour la modifier. C'est la n&#233;gation de cette nature et son d&#233;passement qui permet l'instauration d'un monde. Ce processus est illustr&#233; entre autre par la dialectique du ma&#238;tre et de l'esclave de Hegel. Le donn&#233; premier y est la nature, mais le caract&#232;re d&#233;sirant entra&#238;ne une n&#233;gation de cette nature et son d&#233;passement vers un monde technique qui est vis&#233; comme pouvant satisfaire le d&#233;sir. L'esclave se lib&#232;re ainsi des contraintes naturelles en imposant &#224; l'ext&#233;riorit&#233; les marques de sa conscience. Une libert&#233; donnant une ext&#233;riorit&#233; &#224; la forme de la conscience peut alors se r&#233;v&#233;ler dans l'action. Il s'agit bien dans ce cas d'une autonomie puisque la conscience se donne &#224; elle-m&#234;me ses lois qu'elle tend &#224; imposer &#224; l'ext&#233;rieur. Ainsi le d&#233;sir tend a d&#233;passer le donn&#233;. Mais encore faut-il que le donn&#233; soit d&#233;pass&#233; vers quelque chose. L'imagination, qui produit la repr&#233;sentation de l'objet pouvant satisfaire le manque, peut apporter ce quelque chose, et elle permet ainsi la libert&#233; de l'individu. &lt;br /&gt; Cette conclusion n'est pas contradictoire avec celle qui affirmait que cette libert&#233; &#233;tait impossible dans l'imagination. En effet il ne s'agit pas l&#224; d'une libert&#233; dans l'imagination, mais d'une libert&#233; dans la r&#233;alit&#233; qui est rendue possible en partie gr&#226;ce &#224; l'imagination (peu importe ici que l'imagination ne soit elle-m&#234;me pas libre).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'imagination se r&#233;v&#232;le, en fin de compte, comme une facult&#233; complexe, ambivalente, voire contradictoire dans ces effets comme dans ses modes de fonctionnement, et particuli&#232;rement dans ses rapports &#224; la libert&#233;. D'un c&#244;t&#233; elle est capable d'&#233;laborer des repr&#233;sentations nouvelles par des r&#233;seaux symboliques autonomes, mais de l'autre elle soumet le sujet &#224; des r&#233;actions d&#233;termin&#233;es qu'il ne ma&#238;trise pas, et m&#234;me ne comprend pas. L'homme qui imagine a l'impression de r&#233;aliser son r&#234;ve de libert&#233; absolue, mais en fait il n'est absolument pas libre car il ne fait que suivre ses pulsions, c'est-&#224;-dire sa sensibilit&#233;, sans que la Raison permette une autonomie dans l'imagination. Pourtant cette imagination, comme moteur du d&#233;sir, permet n&#233;anmoins l'expression de cette libert&#233; &#224; travers l'intervention de l'individu qui agit dans le monde r&#233;el. L'imagination ne peut donc pas vraiment &#234;tre qualifi&#233;e de refuge pour la libert&#233;, car ce n'est pas au cours du processus de l'imagination que la libert&#233; peut s'exprimer. La libert&#233; semble ne pouvoir se rencontrer que dans le r&#233;el. Pourtant l'imagination permet justement &#224; cette libert&#233; de s'exprimer dans la r&#233;alit&#233;. Tout ceci doit permettre de guider l'individu dans une but &#233;thique, visant sa libert&#233;, quant &#224; ses rapports avec son imaginaire. L'imaginaire est n&#233;cessaire &#224; la libert&#233;, mais en aucun cas un replis total, qui pourrait &#234;tre sugg&#233;rer par l'id&#233;e du refuge, sur l'imaginaire ne peut constituer une solution car l'exp&#233;rience de la libert&#233; ne peut &#234;tre faite que dans le r&#233;el. Notons que si l'homme est libre, l'imagination peut lui permettre d'acc&#233;der &#224; un &#233;tat qui n'est pas forc&#233;ment li&#233; &#224; cette libert&#233; : le bonheur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nier la libert&#233;, est-ce retirer toute signification &#224; la morale ?</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Nier-la-liberte-est-ce-retirer-toute-signification-a-la-morale</link>
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		<dc:date>2003-08-13T00:02:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guilloux, Fr&#233;d&#233;ric</dc:creator>



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&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998 &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; De premier abord nous sommes tent&#233; de rejeter la responsabilit&#233; d'une action sur celui qui nous l'a imposer, et de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale de mettre en doute toute valeur de la morale sous pr&#233;texte que l'action n'&#233;tait pas librement consentie. Mais la r&#233;signation est une solution de facilit&#233;. N'est-il pas envisageable de placer la morale &#224; un plus haut niveau ? La signification de la morale n'est-elle pas plus port&#233;e par la conscience que par la libert&#233; ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-dissertations-" rel="directory"&gt;Des dissertations.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; De premier abord nous sommes tent&#233; de rejeter la responsabilit&#233; d'une action sur celui qui nous l'a imposer, et de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale de mettre en doute toute valeur de la morale sous pr&#233;texte que l'action n'&#233;tait pas librement consentie. Mais la r&#233;signation est une solution de facilit&#233;. N'est-il pas envisageable de placer la morale &#224; un plus haut niveau ? La signification de la morale n'est-elle pas plus port&#233;e par la conscience que par la libert&#233; ? Autrement dit, la libert&#233; est-elle indispensable &#224; la morale ? Celle-ci garde-t-elle un sens s'il n'y a pas de libert&#233; ? Outre l'existence d'une morale universelle, absolue, d'un syst&#232;me de r&#232;gles pr&#233;&#233;tablit, externe &#224; toute civilisation (en effet, si la morale ne trouve sa signification qu'aupr&#232;s d'hommes libres, elle serait tr&#232;s relative), cette question entra&#238;ne celle du r&#244;le de l'individu dans l'Histoire : si la morale dispara&#238;t avec la libert&#233;, l'Homme qui a perdu sa libert&#233; ne peut plus &#234;tre consid&#233;r&#233; comme responsable moralement de ses actes ou de ses pens&#233;es. Dans quelle mesure peut-on donc affirmer que la morale pr&#233;suppose la libert&#233;, et, en particulier, quelle libert&#233; &#233;ventuelle la morale pr&#233;suppose-t-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. La morale semble pr&#233;supposer la libert&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) quelle libert&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La morale peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l'ensemble de r&#232;gles qu'un individu (ou un groupe d'individus) s'impose &#224; soi-m&#234;me et qui fait tendre son action vers l'id&#233;e qu'il a du bien. La morale doit donc jouer un r&#244;le actif dans la vie de cet individu ou de ce groupe. La morale semble donc pr&#233;supposer la possibilit&#233; d'agir selon la valeur que l'on a attribu&#233; &#224; l'action en fonction de l'id&#233;e que l'on a du bien (ou du mal). Il faut, pour que la morale d'un individu le fasse tendre vers une action (bonne) plut&#244;t qu'une autre, que ce choix entre au moins deux actions soit possible. La libert&#233; n&#233;cessaire pour que la morale puisse jouer son r&#244;le semble donc &#234;tre a libert&#233; de choix, c'est-&#224;-dire la libert&#233; d'agir sans qu'une contrainte ne vienne imposer une action ou, au contraire, en emp&#234;cher une autre, car alors l'action de l'individu ne serait pas d&#233;termin&#233;e par sa morale. Notre libert&#233;, permettant la morale, c'est donc la possibilit&#233; d'une conformit&#233; de l'acte avec ce que la Raison exige de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) si je ne suis pas libre, mon action ne peut pas &#234;tre morale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, on consid&#233;rera qu'un individu a agi moralement quand on pourra attribuer la cause d'une bonne action &#224; sa volont&#233;. En effet c'est par la volont&#233; qu'un individu peut agir de fa&#231;on &#224; respecter les r&#232;gles morales. Pour que l'on consid&#232;re que c'est la morale qui a d&#233;termin&#233; l'action de l'individu, il est donc n&#233;cessaire que cette action soit le produit de sa volont&#233;. Si je ne suis pas libre, mon action ne peut donc pas &#234;tre morale. En effet, si je suis contraint, par exemple par un autre individu, &#224; accomplir une action, la cause de cette action (bonne ou mauvaise) n'est pas ma volont&#233;, mais plut&#244;t la volont&#233; de celui qui me contraint. L'action ne peut donc dans ce cas pas avoir de signification morale puisque ce n'est pas la volont&#233; de l'agent qui l'a d&#233;termin&#233;e. Il faut en outre que l'agent accomplisse l'action de fa&#231;on tout &#224; fait d&#233;sint&#233;ress&#233;e, c'est-&#224;-dire sans porter attention &#224; ses &#233;ventuelles cons&#233;quences pour l'agent lui-m&#234;me. En effet une bonne action qui serait effectu&#233;e en fonction de ses cons&#233;quences pour l'agent, &#224; savoir en vue d'une r&#233;compense ou pour &#233;viter une sanction, ne serait pas morale car la cause de l'action reviendrait en grande partie &#224; l'instauration de sa condition (r&#233;compense ou sanction) : il suffit en effet de retirer cette condition pour l'action n'ait plus lieu.&lt;br /&gt;
Ceci s'explique &#233;galement par le fait que la morale n'a plus d'instrument efficace, et donc plus de pouvoir sur l'individu. En effet l'action morale, pour faire aller l'individu vers le bien, consiste essentiellement &#224; limiter sa libert&#233; en orientant son activit&#233; dans telle ou telle direction. Un acte moral est donc un acte que je me contraint &#224; exercer contre ma nature ou mes instincts. Ainsi l'individu voit par sa morale certaine de ses actions prohib&#233;es, et d'autres prescrites. Or si la libert&#233; est d&#233;j&#224; emp&#234;ch&#233;e &#224; l'avance, la morale ne peut plus, alors, la limiter d'avantage. On peut envisager par exemple un individu qui se prive d'un certain confort pour aider financi&#232;rement une personne dans le besoin. Cette action est sans doute une bonne action. Elle peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme morale, et tout &#224; fait louable si le donneur y a consentit librement consenti, car c'est alors sa volont&#233; de bien faire qui l'a pouss&#233; &#224; un certain effort, cet effort &#233;tant rendu possible gr&#226;ce &#224; la volont&#233;. Mais si, &#224; l'inverse, la personne qui a aid&#233; l'autre ne l'a fait que sous la contrainte, c'est-&#224;-dire dans ce cas sous la menace, son action perd alors sa valeur morale. En effet dans ce second cas ce n'est pas sa volont&#233; d&#233;sint&#233;ress&#233;e qui a &#233;t&#233; &#224; l'origine de l'action. Ce n'est pas sa morale qui a pouss&#233; l'homme &#224; agir de cette fa&#231;on, m&#234;me si l'action peut &#234;tre par ailleurs compatible avec sa morale. Ce n'est pas sa morale qui lui a fait opter pour ce choix : il n'avait pas le choix. En un mot il n'&#233;tait pas libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) lois positives et lois morales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On est amen&#233; alors &#224; s'interroger sur l'aspect moral des lois positives, d'un &#233;tat par exemple. Et on se rend compte, d'apr&#232;s ce qui pr&#233;c&#232;de, que les lois positives ne sont pas morales et que, par cons&#233;quent, ce n'est pas faire preuve de morale que d'ob&#233;ir aux lois d'un pays. On peut trouver deux raisons &#224; cette &#034;non-moralit&#233;&#034; des lois positives. Tout d'abord, puisque la morale doit faire tendre l'action de l'individu vers l'id&#233;e qu'&lt;i&gt;il&lt;/i&gt; a du bien, il faut que ce soit &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; volont&#233; qui ait librement donn&#233; une valeur &#224; son action. Or ce n'est pas le cas des lois positives. En effet ce n'est pas l'individu ob&#233;issant &#224; ses lois et agissant en cons&#233;quence qui a donn&#233; une valeur (positive ou n&#233;gative) &#224; ses actions, mais ceux qui ont d&#233;cid&#233; cette loi. L'individu ne va donc pas forc&#233;ment vers l'id&#233;e qu'il a lui-m&#234;me du bien, et en cons&#233;quence l'action conforme &#224; la loi n'est pas morale. En second lieu, la loi, pour &#234;tre appliqu&#233;e, doit &#234;tre assortie d'une sanction, cette sanction s'appliquant en cas de non-respect de la loi, c'est-&#224;-dire selon l'action de l'individu. La sanction appara&#238;t donc comme une contrainte, et d'une certaine fa&#231;on nous ne sommes pas libres puisque notre action est en partie d&#233;termin&#233;e par ses cons&#233;quences (sanctions) &#233;ventuelles. Ce ne peut donc pas &#234;tre de fa&#231;on d&#233;sint&#233;ress&#233;e que la volont&#233; opte pour une action &#034;l&#233;gale&#034;, &#034;honn&#234;te&#034;, et cette action n'est alors pas morale. D'ailleurs, on rencontre dans le monde un tr&#232;s grand nombre de pays o&#249; les lois positives choque le sens le plus &#233;l&#233;mentaire que l'on peut avoir de la morale, et on ne peut donc pas penser qu'il puisse &#234;tre moral de leur ob&#233;ir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La morale semble donc pr&#233;supposer une certaine libert&#233; en vue d'&#234;tre appliqu&#233;e dans les faits en &#233;tant le moteur d'une action &#034;morale&#034;. Nous venons de voir que sans cette libert&#233; aucune action ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#034;morale&#034;. Est-ce &#224; dire pour autant que la morale n'a plus aucune signification ? La morale ne trouve-t-elle de sens que dans l'action qu'elle suscite ? Une action non-morale ne repr&#233;sente-t-elle rien pour celui qui l'accompli ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Pourtant, m&#234;me si l'on se voit contraint par un &#233;v&#233;nement ext&#233;rieur et que l'on perd sa libert&#233;, la morale peut garder un sens.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) on peut garder la distinction entre le bien &amp; le mal, et les actions gardents une valeurs m&#234;me si elles sont in&#233;vitables ou impossible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout d'abord, si la morale est un ensemble de r&#232;gles menant &#224; l'action, sa signification est la valeur qui est attribu&#233;e &#224; chaque action ce qu'elle repr&#233;sente pour l'agent, autrement dit la signification de la morale permet la distinction entre le bien et le mal &#224; travers l'action. Or m&#234;me lorsqu'un individu se voit priv&#233; de sa libert&#233; d'agir, il peut garder en lui cette distinction. Ainsi, m&#234;me lorsqu'un individu est contraint &#224; une action par la force, cette action peut repr&#233;senter pour lui une certaine valeur. C'est ce qui peut arriver dans le cadre d'un r&#233;gime totalitaire. L'individu peut &#234;tre contraint &#224; certaines actions qui s'opposent &#224; leur morale. Pourtant, m&#234;me si l'on consid&#232;re qu'il n'est absolument pas libre de s'y d&#233;rober, l'action qui est alors impos&#233;e et in&#233;vitable doit garder une signification morale. En effet aucune force ext&#233;rieure ne peut emp&#234;cher l'individu de consid&#233;r&#233; que cette action est mauvaise. Inversement, si certaines actions, que l'individu voudrait accomplir par devoir, sont rendues impossibles, cela ne retire pas leur valeur morale pour l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)la r&#233;f&#233;rence aux valeurs morales permet un homme de surmonter la perte de sa libert&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut aller plus loin et affirmer que dans certains cas la r&#233;f&#233;rence aux valeurs morales permet &#224; un homme de surmonter la perte de sa libert&#233;. La signification de la morale dans ce cas peut &#234;tre montr&#233;e par deux exemples. &lt;br /&gt;
Dans un premier temps, consid&#233;rons un individu qui perd sa libert&#233; de mouvement, donc de d&#233;placement, les causes de cette situation, peu importantes pour la suite, pouvant &#234;tre une d&#233;ficience physique, ou une d&#233;cision l&#233;gale (pour le cas d'un prisonnier). Cet individu peut sombrer dans le d&#233;sespoir ou, consid&#233;rant son malheur pr&#233;sent et son malheur &#224; venir, &#234;tre tent&#233; de mettre fin &#224; ses jours. Quelle est dans ce cas le sens de la morale ? Tout d'abord, et accessoirement, elle garde le sens de montrer le bien. Mais en plus elle prend un r&#244;le actif dans la vie de l'individu, a tel point que c'est souvent le seul facteur qui lui permette de surmonter la privation de sa libert&#233;. Le prisonnier qui domine sa peine le fait gr&#226;ce &#224; sa morale (qui peut &#234;tre diff&#233;rente de celle du groupe). Ainsi, loin de perdre toute signification, la morale conserve des valeurs dont la r&#233;f&#233;rence permet &#224; un homme de surmonter la perte de sa libert&#233;.&lt;br /&gt;
Ensuite, on s'int&#233;resse &#224; un homme, ou un groupe d'hommes, auquel on aurait retir&#233; ses libert&#233;s d&#233;mocratiques (libert&#233; d'expression, de culte, etc.) : quel est le r&#244;le de la morale si on prive un groupe d'homme de ses libert&#233;s ? Paradoxalement la morale devient une des seules libert&#233;s qui leur reste. M&#234;me s'ils sont dans l'impossibilit&#233; d'agir selon leur morale, ces personnes peuvent toutefois garder foi en cette morale et ses valeurs, ce qui leur permet de demeurer des individus, au lieu de devenir des &#034;choses&#034; passives enti&#232;rement asservies au groupe qui leur impose autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) une action contrainte, et par cons&#233;quent pas morale, peut trouver a posteriori une signification morale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous venons de voir que m&#234;me sans libert&#233;, une action peut conserver une valeur morale. On peut ajouter que m&#234;me si l'action n'a pas de signification au moment o&#249; elle est accomplie elle peut en acqu&#233;rir une par la suite. Ainsi une action contrainte, et par cons&#233;quent pas morale, peut trouver a posteriori une signification morale. Ceci provient du fait que de multiples raisons peuvent entra&#238;ner un homme libre &#224; ne pas agir selon sa morale, &#224; refuser d'accomplir une action &#224; laquelle pourtant il donne une valeur morale positive. Ces raisons peuvent &#234;tre par exemple la paresse ou une attirance inconsciente vers une autre action que sa conscience classe pourtant du c&#244;t&#233; du mal. Donc, si cet individu se voit forc&#233; &#224; agir dans le sens que lui pr&#233;conisait sa morale, cette action ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme morale, &#224; cause justement de l'absence de libert&#233;, mais elle garde toutefois un sens pour celui qui l'accomplit. On peut m&#234;me ajouter que celui qui a &#233;t&#233; contraint &#224; cette action pourra parfois &#234;tre par la suite satisfait de cette contrainte et renouveler l'action de fa&#231;on libre. On peut prendre l'exemple d'un enfant que ses parent contraignent &#224; respecter ses semblables. Ceci a la forme d'un ordre pour l'enfant mais il peut prendre conscience par la suite de la valeur morale de cette attitude, y consentir librement et s'y plier par sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d) la morale que l'on s'impose &#224; soi-m&#234;me lib&#232;re de la morale impos&#233;e par les autres. la morale peut nous lib&#233;rer d'une situation o&#249; on pensait &#234;tre d&#233;termin&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut m&#234;me voir dans la morale une force lib&#233;ratrice. En premier lieu, par sa morale l'Homme peut s'affranchir des lois de la nature. C'est en effet la morale qui permet la construction par le travail d'un monde humain o&#249; l'Homme n'ob&#233;it plus qu'aux lois qu'ils se fixe lui-m&#234;me. D'autre part, la morale que l'on s'impose &#224; soi-m&#234;me peut lib&#233;rer des r&#232;gles de ce qui se pr&#233;sente comme la morale collective. Ainsi, pendant la p&#233;riode de l'occupation, certain ont collabor&#233; en pr&#233;tendant ne faire qu'ob&#233;ir &#224; la loi repr&#233;sentant la morale collective. Ils se sont de cette fa&#231;on rendus &#224; la fois responsables et prisonniers d'un pouvoir et d'un syst&#232;me menant au crime et &#224; la destruction des Hommes. D'autres au contraire ont refus&#233; cette pseudo-morale, par respect pour leurs propres valeurs morales. Ils ont alors combattu le r&#233;gime en place, pourtant consid&#233;r&#233; par la majorit&#233; comme l&#233;gal, et, gr&#226;ce &#224; leur victoire, ils se sont lib&#233;r&#233;s des r&#232;gles qui leur avaient &#233;t&#233; impos&#233;es, et ils en ont par la m&#234;me occasion lib&#233;r&#233; ceux qui en &#233;taient prisonniers par leur faute. Ceci montre bien que m&#234;me lorsque l'on peut penser ne pas &#234;tre libre, la morale peut ne pas perdre pas son sens et devenir au contraire un moteur de lib&#233;ration. Enfin, la morale peut encore nous lib&#233;rer d'une situation o&#249; l'on pensait &#234;tre d&#233;termin&#233;. Certains ont pu penser par exemple qu'il &#233;tait dans la nature de l'Homme de venger syst&#233;matiquement de tout pr&#233;judice subi. Par nature l'Homme serait d&#233;termin&#233; &#224; se venger de fa&#231;on automatique : l'action du pr&#233;judice entra&#238;nerait invariablement et n&#233;cessairement la vengeance. La vengeance serait une part de l'animalit&#233; de l'homme. Mais la conscience morale peut permettre de stopper ce processus. La r&#233;action spontan&#233;e de l'homme peut &#234;tre de se venger mais la morale peut le pousser &#224; pardonner. L'Homme se lib&#232;re ainsi de cette part d'animalit&#233;, de d&#233;terminisme, ou certains se croient toujours enferm&#233;s. Hannah Arendt explique ce processus dans la Condition de l'homme moderne, et affirme, pour r&#233;sumer : &#034;le pardon est la seule r&#233;action qui ne se borne pas &#224; r&#233;-agir mais qui agisse de fa&#231;on nouvelle et inattendue, non conditionn&#233;e par l'acte qui l'a provoqu&#233;e&#034;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut pour cela que l'Homme refuse de se consid&#233;rer comme r&#233;git par un ordre naturel, et se consid&#232;re au contraire comme libre de choisir son action, auquel cas, nous venons de le voir, il le devient r&#233;ellement. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or cette libert&#233; dont nous venons de parler, qui est permise par la morale et lui est en m&#234;me temps n&#233;cessaire, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'autonomie, c'est-&#224;-dire cette facult&#233; qu'&#224; l'Homme de se fixer &#224; lui-m&#234;me les r&#232;gles auxquelles il doit ob&#233;ir (et se lib&#233;rant ainsi des lois naturelles qui pourraient le d&#233;terminer). Or, on retrouve ici la d&#233;finition de la morale. Morale et autonomie sont donc &#233;troitement li&#233;es, et on peut envisager que l'une ne puisse pas aller sans l'autre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant il faut, pour acc&#233;der &#224; cette autonomie, que l'homme se reconnaisse lui-m&#234;me libre. En effet, si l'Homme se consid&#232;re comme de toute fa&#231;on d&#233;termin&#233;, ou, plus g&#233;n&#233;ralement comme priv&#233; de libert&#233; et dans l'impossibilit&#233; d'agir comme lui ordonne sa volont&#233;, il ne pourra que trouver totalement inutile de se prescire des r&#232;gles auxquelles il ne pourra pas se tenir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un probl&#232;me capital se pose alors, car nier la libert&#233;, n'est-ce pas justement, de la part d'un individu, reconna&#238;tre soi-m&#234;me que l'on n'est pas libre ? La signification de la morale subsiste-t-elle si c'est l'individu qui nie lui-m&#234;me sa propre libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. n&#233;gation de sa popre libert&#233; : reconna&#238;tre que je ne suis pas libre =&gt; la morale n'a plus de sens.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) ce qui est n&#233;cessaire pour que la morale ait un sens, ce n'est pas la libert&#233; de l'agent, mais l'id&#233;e qu'il en a.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les exemples pr&#233;c&#233;dants ont en effet montr&#233; que ce qui est n&#233;cessaire pour que la morale ait un sens, ce n'est pas r&#233;ellement la libert&#233; de l'agent en elle-m&#234;me, mais l'id&#233;e qu'il en a. Le sens de la moral est ainsi conditionn&#233; par la repr&#233;sentation que l'on a de soi : m&#234;me en admettant que les Hommes n'ont aucune libert&#233;, la morale gardera un sens pour ce qui se croiront libre. A l'inverse, m&#234;me si les Hommes sont libre, il suffit de se croire d&#233;termin&#233;, ou dans l'impossibilit&#233; d'agir comme on le veut pour retirer tout sens &#224; la morale. C'est ainsi que si un prisonnier consid&#232;re que, bien que sa libert&#233; d'action soit r&#233;duite, sa volont&#233; est toujours libre, alors il pourra se b&#226;tir une morale ce qui le lib&#233;rera en partie de sa condition de prisonnier ne pouvant jamais que subir une punition. Et, d'un autre c&#244;t&#233;, un Homme qui, bien qu'&#233;tant libre de se r&#233;volter contre un pouvoir injuste, ou au moins de le fuir, nie cette libert&#233;, perdra toute morale puisque selon lui sa volont&#233; ne pourra jamais gouverner ses actes. Cette n&#233;gation de sa propre libert&#233; suffit &#224; ses yeux pour lui retirer, avec la morale, toute responsabilit&#233; quant &#224; ses actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) &#233;quivalence morale &lt;-&gt; autonomie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut donc penser qu'il y a une &#233;quivalence entre l'autonomie et la morale. En effet l'autonomie d'un individu &#233;tant la soumission aux lois humaines prescrites par sa Raison. Si l'individu n'est pas autonomes, il ne peut donc pas avoir de morale, la morale &#233;tant justement parmi ces lois celle qui font tendre son action vers le bien. On voit donc que l'autonomie est n&#233;cessaire &#224; l'instauration chez l'Homme d'une morale, mais elle n'est pas suffisante. En effet il faut en outre, pour que la morale ait un sens, que l'Homme ait une id&#233;e du bien et du mal, et pour pouvoir agir moralement, qu'il ait une volont&#233; suffisamment puissante pour lui permettre d'agir selon ce que lui prescrit la morale. Mais lorsque ces deux conditions sont r&#233;unies, il n'y a plus que de l'autonomie que d&#233;pend la morale. Or l'autonomie est possible &#224; partir du moment o&#249; l'Homme se d&#233;clare libre : si l'Homme se consid&#232;re comme libre, rien ne l'emp&#234;che de s'imposer des r&#232;gles, et donc de devenir autonome. Il pourra donc avoir une morale. Finalement celui pour qui la morale a un sens peut donc se d&#233;finir comme celui qui veut &#234;tre libre et se d&#233;clare tel. On se rend compte &#224; nouveau que celui qui nie sa propre libert&#233; n'accordera plus aucune signification &#224; la morale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Si nous voyons dans la n&#233;gation de la libert&#233; une action ext&#233;rieure visant &#224; la supprimer, l'action morale devient impossible, mais pourtant la morale garde une signification pour celui qui agit. Mais en fait nous avons vu que la n&#233;gation de la libert&#233; est plus s&#251;rement une action de celui qui refuse d'admettre sa propre libert&#233;. Dans ce cas on comprend que pour lui la morale n'ait plus de signification. Pourtant, la libert&#233; nous la portons potentiellement en nous m&#234;me, puisque l'Homme libre et moral est celui qui se d&#233;finit comme tel. La signification de la morale est finalement plus une question de morale. Elle ne n&#233;cessite pas d'autre libert&#233; que l'autonomie, elle-m&#234;me possible &#224; partir du moment ou l'Homme ne nie pas sa propre libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Que penser de la formule : &#034;Vaincre ses d&#233;sirs plut&#244;t que l'ordre du monde&#034; ?</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Que-penser-de-la-formule-Vaincre</link>
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		<dc:date>2003-08-12T23:52:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guilloux, Fr&#233;d&#233;ric</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998 &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; La premi&#232;re impression que laisse cette formule, &#034;vaincre ses d&#233;sirs plut&#244;t que l'ordre du monde&#034;, est celle d'une r&#233;signation n&#233;cessaire qui nous conduirait &#224; subir passivement l'&#233;volution naturelle du monde &#034;ordonn&#233;&#034; face auquel nous sommes impuissants, ainsi que les cons&#233;quences que cela entra&#238;ne sur nous. Toutefois, on est amen&#233; &#224; se demander s'il n'y a pas dans cette &#034;r&#233;signation&#034; quelque chose de plus profitable &#224; l'homme, ou de plus positif, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-dissertations-" rel="directory"&gt;Des dissertations.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La premi&#232;re impression que laisse cette formule, &#034;vaincre ses d&#233;sirs plut&#244;t que l'ordre du monde&#034;, est celle d'une r&#233;signation n&#233;cessaire qui nous conduirait &#224; subir passivement l'&#233;volution naturelle du monde &#034;ordonn&#233;&#034; face auquel nous sommes impuissants, ainsi que les cons&#233;quences que cela entra&#238;ne sur nous. Toutefois, on est amen&#233; &#224; se demander s'il n'y a pas dans cette &#034;r&#233;signation&#034; quelque chose de plus profitable &#224; l'homme, ou de plus positif, une sorte de &#034;libert&#233;&#034; acquise par la victoire sur ses d&#233;sirs. La question fondamentale qu'implique n&#233;cessairement cette affirmation est en effet celle de la libert&#233; : doit-on consentir &#224; la restreindre conform&#233;ment &#224; un &#034;ordre du monde&#034; ou la soumettre &#224; ses d&#233;sirs ? Mais avant de se soucier de la n&#233;cessit&#233; ou de l'opportunit&#233; d'appliquer ce pr&#233;cepte, il convient de s'int&#233;resser &#224; la possibilit&#233; d'une telle d&#233;marche : est-il donc possible de vaincre ses d&#233;sirs, et quels en sont les moyens &#233;ventuels ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Est-il possible de vaincre ses d&#233;sirs (et quels sont les moyens &#233;ventuels) ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;a) OUI, cela n'est th&#233;oriquement pas impossible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En effet, la question ne se posant que s'il est possible de vaincre ses d&#233;sirs, il est n&#233;cessaire de comprendre en tout premier lieu ce qu'est un d&#233;sir, afin d'envisager la possibilit&#233; offerte &#224; l'homme de le vaincre. En effet, deux objections pourraient &#234;tre formul&#233;es &#224; l'&#233;gard de cette possibilit&#233; : premi&#232;rement, si le d&#233;sirs appartient enti&#232;rement ou en partie au domaine de l'inconscient, il n'est pas envisageable de le vaincre par quelque action de la pens&#233;e que ce soit, puisque cette pens&#233;e ne peut s'appliquer qu'&#224; des objets conscients. En second lieu, si le d&#233;sir est l'essence de l'homme, l'homme ne peut pas non plus le vaincre, car il perdrait sa nature humaine.&lt;br /&gt;
Le d&#233;sir se d&#233;finit comme une tendance consciente, celle de la repr&#233;sentation d'une r&#233;alit&#233; comme source possible de satisfaction ; au niveau de l'inconscient, ce type de tendance n'est qu'une pulsion. Dans L'Ethique, Spinoza d&#233;finit le d&#233;sir comme &#034;l'app&#233;tit accompagn&#233; de la conscience de lui-m&#234;me&#034;. Donc, m&#234;me si le d&#233;sir peut avoir pour origine des pulsions inconscientes, d&#232;s lors qu'il appara&#238;t en tant que d&#233;sir nous en avons par d&#233;finition conscience. Ainsi, si un objet nous attire parce qu'il &#233;veille en nous des souvenirs inconscients (&#224; l'encontre desquels nous ne pouvons rien), cette attirance ne devient d&#233;sir qu'&#224; partir du moment ou une repr&#233;sentation consciente s'est &#233;tablie dans notre esprit. Par cons&#233;quent, la pens&#233;e peut exercer sur ce d&#233;sir son pouvoir r&#233;flexif, et l'&#233;ventualit&#233; de pouvoir le vaincre n'est pas pour le moment &#233;cart&#233;e. &lt;br /&gt;
Cependant, cette d&#233;finition du d&#233;sir peut nous faire penser quasiment avec certitude que l'homme est le seul &#234;tre &#224; conna&#238;tre des d&#233;sirs, puisqu'il est le seul &#224; pouvoir avoir conscience d'une telle repr&#233;sentation. Les animaux par exemple peuvent avoir des besoins mais pas des d&#233;sirs, dans la mesure ou le passage des premiers aux seconds se situe au niveau de la repr&#233;sentation, le besoin n'&#233;tant que l'expression d'un manque provoquant un &#233;tat de tension qui vise &#224; la satisfaction du besoin par l'acc&#232;s &#224; l'objet du manque. De la sorte, si les animaux &#233;prouvent le besoin de manger, ils sont incapable de d&#233;sirer un met qui leur serait inconnu de leurs sens. Le d&#233;sir &#233;tant propre &#224; l'homme, on pourrait &#234;tre tent&#233; de le consid&#233;rer comme son essence. Mais en fait nous n'avons pas plus montr&#233; par l'exemple pr&#233;c&#233;dant, ni sa g&#233;n&#233;ralisation, que le d&#233;sir &#233;tait une cause plut&#244;t qu'une cons&#233;quence de la nature humaine, c'est-&#224;-dire qu'en fait le d&#233;sir est cons&#233;cutif &#224; la constitution et &#224; la nature de l'homme, sans pour autant en &#234;tre une condition n&#233;cessaire ; la cons&#233;quence de cette remarque &#233;tant que, dans le cas ou le d&#233;sir n'est qu'un r&#233;sultat de la constitution de l'homme, l'on ne perd pas sa nature humaine, l'on ne &#034;s'animalise&#034; pas n&#233;cessairement si l'on n'a plus aucun d&#233;sir. Un contre-exemple suffit &#224; le d&#233;montrer : une personne en &#233;tat de comma n'a plus de repr&#233;sentations, ni m&#234;me aucune activit&#233;, mentale. Elle n'a donc plus de d&#233;sirs, et pourtant nous continuons &#224; la nommer &#034;homme&#034;. Un m&#234;me raisonnement peut d'ailleurs &#234;tre suivi concernant les personnes atteintes de graves troubles mentaux, ceux-ci les emp&#234;chant parfois de d&#233;passer le stade de la pulsion pour atteindre le d&#233;sir. Cependant ce sont tout de m&#234;me des hommes. &lt;br /&gt;
De toute fa&#231;on, la proposition ne nous invite pas &#224; nous d&#233;faire des d&#233;sirs, &#224; ne plus en avoir, mais &#224; les vaincre, c'est-&#224;-dire ne pas en devenir l'esclave, ne pas les laisser gouverner notre vie. Il n'est donc pas &#224; priori impossible de vaincre ses d&#233;sirs, mais encore faut-il pour cela des moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;b) 1er moyen : volont&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le premier moyen &#233;tudi&#233; est celui que nous propose Descartes : partant du principe qu' &#034;il n'y a rien qui soit enti&#232;rement en notre pouvoir que nos pens&#233;es&#034;, il affirme que seule la volont&#233; peut influer sur nos d&#233;sirs afin de les orienter vers ce qu'il nous est possible d'atteindre. Il s'agit donc de se persuader, par la volont&#233;, que tout ce qu'on n'a pas pu obtenir en faisant de notre mieux, est hors de port&#233;e, et qu'il n'y a donc plus lieu de le d&#233;sirer. Cette m&#233;thode soul&#232;ve toutefois deux objections : tout d'abord, cette m&#233;thode demande une grande sagesse, et n'est pas &#224; la port&#233;e du &#034;commun des mortels&#034;. Le d&#233;sir &#233;tant illimit&#233; et incessant, cette m&#233;thode requiert une attention de tous les instants, qu'il n'est pas possible de poss&#233;der dans la pratique &#224; moins d'une grande exp&#233;rience et d'un grand entra&#238;nement. En second lieu, une objection plus fondamentale peut &#234;tre faite : La volont&#233; et la raison ne peuvent s'appliquer &#224; vaincre que des probl&#232;mes rationnels. Or certains de nos d&#233;sirs sont conscients mais pas rationnels, comme le d&#233;sir amoureux qui d&#233;passe la rationalit&#233; du d&#233;sir sexuel. Ce moyen, utilisant la volont&#233;, ne peut donc pas &#234;tre appliqu&#233; dans tous les cas. C'est en quelque sorte une domination des d&#233;sirs par la force, qui ne constitue pas une victoire d&#233;finitive : le d&#233;sir n'est pas tu&#233;, mais seulement &#233;touff&#233;, &#034;comme sous un couvercle&#034;. De plus, comme la volont&#233; ne peut vaincre que ce qu'elle con&#231;oit clairement, ce moyen ne peut &#234;tre efficace que si le d&#233;sir est parfaitement compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;c) 2e moyen : compr&#233;hension&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il en r&#233;sulte le deuxi&#232;me moyen que l'on peut envisager pour vaincre les d&#233;sirs, &#224; savoir leur excellente compr&#233;hension. Il s'agit l&#224; de pouvoir saisir les d&#233;sir en les comprenant, de fa&#231;on &#224; pouvoir exercer sur eux un jugement. En faisant ceci, on retire au d&#233;sir une grande partie de sa valeur, car le d&#233;sir nous semble parfois plus &#034;consid&#233;rable&#034;, ou plus &#034;influent&#034; qu'il n'est r&#233;ellement, simplement par le fait qu'il n'est pas bien compris. Ainsi, si l'on arrive &#224; analyser le d&#233;sir, &#224; en comprendre les causes, les fa&#231;ons dont il se manifeste, ainsi que le poids qu'il exerce sur la conscience, un grand avantage est pris sur lui. Premi&#232;rement, c'est &#224; partir de ce moment que la volont&#233; peut &#234;tre utilis&#233;e, car on peut se persuader, par exemple, de son impossible satisfaction, c'est-&#224;-dire imposer &#224; l'esprit cette id&#233;e, qui s'appuie sur des fondements rationnels, les seuls de nature &#224; influencer la pens&#233;e. Plus efficacement encore, cette op&#233;ration permet de se d&#233;tacher de son d&#233;sir, et de ne plus &#234;tre, quand on r&#233;fl&#233;chis &#224; ce d&#233;sir, influenc&#233; de fa&#231;on plus ou moins consciente par le d&#233;sir lui-m&#234;me qui n'aurait pas &#233;t&#233; bien &#034;cern&#233;&#034;. Ce moyen l'emporte donc sur le pr&#233;c&#233;dant car il permet une victoire sur le d&#233;sir sans &#034;forcer&#034; son inclination. Le d&#233;sir dont l'essence est subjective dispara&#238;t naturellement, ou en tout cas est vaincu de fa&#231;on d&#233;finitive, puisqu'on parvient &#224; lui imposer notre objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est donc th&#233;oriquement possible de vaincre ses d&#233;sirs. Mais, une fois les d&#233;sirs vaincus, quel peut en &#234;tre l'apport positif, autrement dit, quels avantages l'homme peut-il trouver dans sa victoire sur les d&#233;sirs ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Quels sont les avantages que l'on peut en tirer ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;a) fin des frustrations, sentiment de se ma&#238;triser&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De tous les profits que l'homme peut tirer de ce contr&#244;le des d&#233;sirs, le premier que l'on ressent est sans doute la fin des frustrations, la fin de la sensation de manque, et l'apparition du sentiment de ma&#238;trise de soi. En effet, les d&#233;sirs sont par nature illimit&#233;s et peuvent nous d&#233;passer. En effet, d&#232;s qu'un d&#233;sir est satisfait, un nouveau d&#233;sir appara&#238;t, parfois contradictoire avec le premier, de sorte par exemple que lorsqu'une incapacit&#233; physique nous rend inactifs, nous d&#233;sirons agir, tandis que lorsque nous sommes redevenus actifs nous d&#233;sirons prendre du repos. On ne peut donc jamais &#234;tre satisfait, et si l'on ne vainc pas ses d&#233;sirs, ceux-ci peuvent devenir une obsession. Sans aller jusqu'&#224; ce cas extr&#234;me, si on laisse les d&#233;sirs nous dominer ou avoir trop d'emprise sur nous, on ne peut plus profiter de ce que l'on a, et on ne vit que dans le manque. Des d&#233;sirs secondaires peuvent, s'ils prennent trop d'importance, nous emp&#234;cher d'&#234;tre heureux de ce que l'on poss&#232;de ou de l'&#233;tat ou l'on se trouve, alors m&#234;me que l'on d&#233;sirerait ces objet ou ces &#233;tats si on ne les poss&#233;dait pas. Ainsi, celui qui, vivant en bonne sant&#233; et en temps de paix, a sa pens&#233;e obnubil&#233;e par le d&#233;sir d'&#234;tre riche, ne serait pas plus satisfait s'il devenait effectivement riche, et vit en ne ressentant ses d&#233;sirs qu'en tant que manque, ou regrets, sans jamais &#234;tre heureux. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que permet d'&#233;viter l'application de la maxime propos&#233;e, car on peut trouver &#224; l'inverse une dignit&#233; humaine &#224; ne pas se laisser emporter par ses d&#233;sirs. L'esprit humain peut trouver une satisfaction en ne laissant plus dominer par le d&#233;sir, et s'enorgueillir que ses pens&#233;es ne d&#233;pendent plus d'un sentiment qu'il ne contr&#244;le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;b) libert&#233; de choisir, de penser, sans cette &#034;contrainte int&#233;rieure&#034; que repr&#233;sente le d&#233;sir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ceci am&#232;ne donc une libert&#233; de la pens&#233;e. En effet, le d&#233;sir peut nous faire attribuer des valeurs aux personnes ou aux objets, lesquelles valeurs ne sont pas objectives et ne d&#233;coulent pas de la pens&#233;e, c'est-&#224;-dire plus clairement que le d&#233;sir entra&#238;ne des pr&#233;jug&#233;s. Dans ce cas, puisque le d&#233;sir peut influer sur notre raisonnement, la pens&#233;e n'est pas enti&#232;rement libre dans la mesure o&#249; une contrainte ext&#233;rieure &#224; elle-m&#234;me contrarie sa progression. Le d&#233;sir que l'on porte sur quelqu'un ou sur quelque chose sera bien s&#251;r fauss&#233; si on d&#233;sire cette personne ou cet objet, car il n'y a plus de distance critique, le d&#233;sir tendant &#224; nous faire nous rapprocher de ce qui est d&#233;sir&#233;. Or, si le d&#233;sir est vaincu, les valeurs que l'on attribue alors aux personnes ou aux objets deviennent celles que la pens&#233;es a reconnu de fa&#231;on objective. Le d&#233;sir est bien une entrave &#224; la libert&#233; de la pens&#233;e. A titre d'exemple, si l'on &#233;prouve un d&#233;sir de richesse, on portera sur les personnes qui repr&#233;sentent l'accomplissement de ce d&#233;sir un jugement irrationnel (on les enviera, ou on les jalousera), ce jugement sera en tout cas diff&#233;rent de celui qu'exerce naturellement la pens&#233;e lib&#233;r&#233;e de toute contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;c) le renoncement &#224; certains d&#233;sirs rend possible la vie en soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un dernier m&#233;rite de cette conception du d&#233;sir domin&#233; est de rendre possible la vie en soci&#233;t&#233;. En effet, cette vie en soci&#233;t&#233; est impossible si chacun n'a d'objectif que la satisfaction de ses d&#233;sirs personnels. Pour pouvoir vivre au sein d'une collectivit&#233;, il faut avant tout tol&#233;rer l'autre, et donc renoncer &#224; certains de ses d&#233;sirs. En tout premier lieu, la volont&#233; de puissance doit s'effacer en d&#233;mocratie devant l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Il faut accepter, dans l'optique d'une vie en soci&#233;t&#233;, que certaines d&#233;cisions, voire la totalit&#233; des d&#233;cisions, concernant la collectivit&#233; soient prise par d'autres personnes. Ceci peut &#234;tre discut&#233; dans le cas de celui qui exerce un pouvoir absolu, mais on ne peut pas vraiment parler d'un membre d'une soci&#233;t&#233;, et par d&#233;finition jamais une soci&#233;t&#233; ne pourrait &#234;tre form&#233;e seulement de cas comme celui-ci. Ce renoncement &#224; certains d&#233;sirs individuel est surtout int&#233;ressant dans un d&#233;mocratie, puisqu'il faut accepter que les d&#233;sirs collectifs, ou l'expression de la &#034;volont&#233; g&#233;n&#233;rale&#034; selon Rousseau, priment sur ses propres d&#233;sirs. De m&#234;me, les d&#233;sirs qui peuvent porter pr&#233;judice &#224; autrui sont th&#233;oriquement proscrits par la loi, elle-m&#234;me indispensable &#224; la vie en collectivit&#233;.&lt;br /&gt;
Cependant, si certains d&#233;sirs sont incompatibles avec la vie en soci&#233;t&#233;, il n'est pas non plus n&#233;cessaire pour la rendre possible de vaincre tous ses d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, si, comme on vient de le voir, il est pr&#233;f&#233;rable de vaincre certains d&#233;sirs, n'y aurait-il pas &#233;galement d'autres d&#233;sirs plus &#034;positifs&#034;, permettant une libert&#233; &#224; travers l'action, et, qui plus est, compatibles avec &#034;l'ordre du monde&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Mais certains d&#233;sirs peuvent &#234;tres positifs, et le monde n'est pas seulement un ordonnancement fig&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;a) Les d&#233;sirs peuvent aider &#224; se conna&#238;tre, &#224; prendre conscience de soi, et surtout &#224; agir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Certains d&#233;sirs peuvent en effet aider le sujet &#224; prendre conscience de lui-m&#234;me ou l'entra&#238;ner &#224; agir. Les d&#233;sirs se trouvent parmi ce qu'un sujet a de plus personnel, parmi ce qui le diff&#233;rencie d'un autre. C'est pour cette raison qu'il est si p&#233;nible et difficile d'avouer ses d&#233;sirs, la crainte &#233;tant soit d'&#234;tre incompris, soit au contraire de trop se r&#233;v&#233;ler aux yeux des autres. Hegel va plus loin en affirmant que &#034;C'est le d&#233;sir (conscient) d'un &#234;tre qui constitue cet &#234;tre en tant que Moi et le r&#233;v&#232;le en tant que tel en le poussant &#224; dire : &#034;Je...&#034;&#034;. En fait, ainsi que nous l'avons d&#233;montrer dans la premi&#232;re partie, ce n'est pas seulement le d&#233;sir qui nous constitue puisque la pens&#233;e, et donc la conscience de soi, n'est pas form&#233;e exclusivement du d&#233;sir, bien que ce dernier en soi un des constituants. &lt;br /&gt;
D'autre part, si les d&#233;sirs ne sont pas r&#233;alisables, ils nous entra&#238;nent quand m&#234;me &#224; agir. Le d&#233;sir peut &#234;tre compris comme une tendance, c'est-&#224;-dire un mouvement fondant et orientant l'activit&#233; d'un &#234;tre. Gr&#226;ce &#224; certains d&#233;sirs, la pens&#233;e se tourne, et tourne l'organisme auquel elle est li&#233;e vers une fin, dans une sorte de transcendance qui la fait s'&#233;lever au-dessus de la simple r&#233;flexion logique ou rationnelle. Le d&#233;sir est aussi une force unificatrice : lorsque l'on a conscience d'un d&#233;sir suffisamment important, il peut orienter nos actions et nos pens&#233;es vers un m&#234;me but qui est sa satisfaction, ce qui rend de toute fa&#231;on notre action plus efficace que si elle se dispersait sans objectif pr&#233;cis. On peut ainsi agir soit pour modifier quelque chose en vue d'acc&#233;der &#224; l'objet d&#233;sir&#233;, soit pour conserver ce qu'on a, car le d&#233;sir peut en effet porter sur quelque chose que l'on poss&#232;de d&#233;j&#224;. Le d&#233;sir amoureux par exemple est sans cesse renouvel&#233;, m&#234;me lorsqu'il a &#233;t&#233; satisfait une premi&#232;re fois. Ce d&#233;sir, sp&#233;cifiquement humain a pour objet un autre d&#233;sir, car ce que l'on d&#233;sire, c'est avant tout d'&#234;tre l'objet du d&#233;sir de l'autre, comme nous le dit Hegel. L'action consiste donc dans ce cas &#224; faire son possible pour perp&#233;tuer ce d&#233;sir. Il conduit donc &#224; une construction positive de l'individu qui cherche &#224; se rendre d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;b) Le monde dans lequel nous vivons d&#233;pend en grande partie de nous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le d&#233;sir peut avoir comme effet une action du sujet sur lui-m&#234;me, mais &#233;galement une action entra&#238;nant des changements non pas de l'ordre physique du monde, mais du monde lui-m&#234;me. En effet, le monde dans lequel nous vivons n'est pas seulement le monde fig&#233;, immuable et ob&#233;issant &#224; des lois naturelles impos&#233;es aux hommes dont semble faire &#233;tat l'intitul&#233; du sujet. Un &#034;ordre du monde&#034; existe bien si l'on entend par l&#224; les lois de la physique, ou des sciences en g&#233;n&#233;rale, qui r&#233;gissent le fonctionnement de l'univers, du monde naturel. L'homme n'a effectivement aucun pouvoir sur ces principes. Mais &#224; c&#244;t&#233; de ces principes rigides, il y a &#233;galement un monde &#034;humain&#034;, qui est le monde r&#233;el, comprenant un monde technique, regroupant les connaissances et les constructions de l'homme, et un monde social que forment les hommes r&#233;unis en soci&#233;t&#233;. Or l'homme, qui ne peut changer l'ordre du monde naturel, peut tout &#224; fait exercer son pouvoir sur ce monde humain. Ainsi, l'homme a le pouvoir de faire &#233;voluer le monde. En comprenant mieux l'ordre du monde naturel qu'il ne peut modifier, il peut se servir des r&#232;gles d&#233;couvertes pour changer l'ordre du monde humain en utilisant au mieux ces r&#232;gles. &lt;br /&gt;
Or si cette action semble &#224; priori possible, encore faut-il que quelque chose donne &#224; l'homme l'impulsion, la volont&#233; d'en faire usage. C'est le d&#233;sir qui peut entra&#238;ner cette dynamique, bien visible dans l'histoire des techniques : depuis l'invention des premiers outils par les hommes du paleolithique, jusqu'aux derni&#232;res inventions comme l'imprimerie ou l'informatique (toutes deux r&#233;cente dans l'histoire de l'humanit&#233;), l'homme a sans cesse modifi&#233; les donn&#233;es ext&#233;rieures d'un monde qui lui est originellement hostile, et cela dans l'unique but de satisfaire ses besoins, dans un premier lieu, puis ses d&#233;sirs. A d&#233;faut de vaincre l'ordre du monde, l'homme peut changer, c'est-&#224;-dire vaincre, le monde r&#233;el, qu'il concerne la nature (les barrages modifient le paysage et le fonctionnement &#034;naturel&#034; du cours d'eau) ou l'homme lui-m&#234;me (il a pu reculer l'&#226;ge de sa mort d'un vingtaine d'ann&#233;e au quadruple, ce qui lui et incontestablement favorable et repr&#233;sente un progr&#232;s, m&#234;me si pour autant son d&#233;sir d'immortalit&#233; n'est pas atteint). Le d&#233;sir repr&#233;sente dans ce cas un apport dynamique. Ce sont ces d&#233;sirs, qui nous font agir, que Spinoza nomme &#034;actions&#034;, par opposition aux &#034;passions&#034;, qui sont des d&#233;sirs que l'on subit passivement. On remarque que cette action est d'autant plus efficace que l'homme est organis&#233; en soci&#233;t&#233;. On se rend donc compte que du renoncement &#224; certains d&#233;sirs (individuels), na&#238;t la soci&#233;t&#233;, qui permet la satisfaction d'autres d&#233;sirs (communs ou partag&#233;s entre plusieurs hommes. Le rejet du d&#233;sir a dans ce cas permis une certaine libert&#233;, &#224; travers la mise en place de la soci&#233;t&#233;, et &#224; travers l'action commune vers l'accomplissement d'autres d&#233;sir. Il ne peut donc pas s'agir, en vue de la libert&#233;, de vaincre indiff&#233;remment tous ces d&#233;sirs. Il est &#233;galement un d&#233;sir fondamental qui doit de toute fa&#231;on &#234;tre exclu de la maxime propos&#233;e : le d&#233;sir de se reproduire qui, diff&#233;rent de la pulsion animale dont il est issu, a permis &#224; l'homme de s'imposer en dominant le monde, et de s'affranchir de ses origines animales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;c)La force des d&#233;sirs, en particulier dans la recherche de la libert&#233;, est prouv&#233;e par la force avec laquelle ceux qui ne veulent pas changer le monde, ou sa connaissance, les ont combattu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour se persuader du r&#244;le que joue le d&#233;sir dans la qu&#234;te de libert&#233;, il suffit de consid&#233;rer les efforts qui ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s historiquement par ceux qui ont entrav&#233; la libert&#233;, pour lutter contre les d&#233;sirs. Ceux qui dominent n'ont pas int&#233;r&#234;t &#224; changer l'ordre du monde, ni ses structures ni le monde en lui-m&#234;me. Or ceux-l&#224; ont tr&#232;s t&#244;t compris que c'est le d&#233;sir qui pousse &#224; changer le monde, g&#233;n&#233;ralement pour plus de libert&#233;. C'est pourquoi ce sont ceux qui ne veulent pas changer le monde, qui conseillent (dans le meilleur des cas) de vaincre les d&#233;sirs. Le d&#233;sir est censur&#233; et remplac&#233; par des valeurs comme la chastet&#233;, qui nie le d&#233;sir sexuel, ou l'humilit&#233;, qui nie le d&#233;sir de puissance et peut &#234;tre compris comme : &#034;ne cherchez pas &#224; prendre la place des puissants&#034;. Cette attitude fut par exemple celle de l'Eglise catholique au Moyen Age, qui consid&#233;rait le d&#233;sir comme un p&#233;ch&#233;. Elle est encore adopt&#233;e aujourd'hui, par ceux qui impose le syst&#232;me des castes en Inde. On impose la ma&#238;trise des d&#233;sirs, en promettant une r&#233;compense, et on impose surtout ainsi le respect de l'ordre &#233;tabli et immuable (celui de Dieu, voire de l'Eglise, celui des castes). Briser les d&#233;sirs est le meilleur moyen de d&#233;fense de la classe sup&#233;rieure, qui b&#233;n&#233;ficie de l'ordre social en place. Mais quand les d&#233;sirs sont trop forts, le monde, en l'occurrence l'ordre social, change, l'espoir &#233;tant &#224; ce moment toujours le m&#234;me : celui de la libert&#233;. Ceci est bien une justification de l'importance dynamique du d&#233;sir : si celui-ci n'&#233;tait pas si fort, s'il ne permettait pas de changer si radicalement le monde, nul besoin ne serait de le contenir &#224; tel point.&lt;br /&gt;
La m&#234;me d&#233;monstration peut s'appliquer au domaine des sciences : les savants en place ont longtemps d&#233;sirer briser les d&#233;sirs des jeunes savants qui peuvent casser ce qu'ils consid&#233;raient comme l'ordre du monde. Ceci est particuli&#232;rement visible aux quinzi&#232;me et seizi&#232;me si&#232;cle lors des bouleversement dans la conception traditionnelle du monde, mais &#233;galement plus tard, lorsque l'atome, consid&#233;r&#233; comme un ordre fondamental, est d&#233;tr&#244;n&#233; de sa place de plus petite partie de la mati&#232;re. L&#224; encore, c'est le d&#233;sir de savoir qui a pouss&#233; des hommes &#224; faire cette d&#233;couverte. Ils n'ont pas bris&#233; l'ordre physique du monde, mais l'ont au contraire mieux compris gr&#226;ce &#224; ce d&#233;sir.&lt;br /&gt;
On voit &#224; travers ces exemple que si nous comprenons l'ordre du monde non pas comme les lois naturelles, mais comme l'ordre &#233;tablit par les hommes eux-m&#234;mes s'appliquant &#224; &#034;leur&#034; monde, humain, il est dans ce cas tout &#224; fait possible, bien que difficile, et n&#233;cessaire, dans certains cas, de le vaincre en affirmant sa libert&#233; de chercher &#224; satisfaire ses d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour certains d&#233;sirs, &#034;actifs&#034;, le choix entre ces d&#233;sir et l'ordre du monde ne s'impose pas, puisque la recherche de la satisfaction des premiers ne remet pas en cause le second.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; On se rend compte donc finalement que la r&#233;ponse &#224; la question initiale, qui &#233;tait de savoir &#224; qui, des d&#233;sirs ou de l'ordre du monde, devait se soumettre la pens&#233;e, n'est pas la m&#234;me selon les diff&#233;rents d&#233;sirs consid&#233;r&#233;s. Ainsi, si la libert&#233; de pens&#233;e, et l'homme en g&#233;n&#233;ral, peut gagner &#224; vaincre les d&#233;sirs, ce qui est possible par leurs compr&#233;hension et &#233;ventuellement la volont&#233;, il y a aussi certains d&#233;sirs qui sont une force motrice et permettent de progresser en changeant le monde, tout en se maintenant dans le cadre des lois de la nature. Mais, pour changer le monde, il convient avant tout de mettre de l'ordre dans les d&#233;sirs, ce classement permettant d'ordonner les actions rendues alors plus efficaces. On peut par exemple faire les classements suivants : distinguer les d&#233;sirs &#034;actifs&#034; des d&#233;sirs &#034;passifs&#034;, ceux qui construisent l'individu de ceux qui le d&#233;truisent, les d&#233;sirs collectifs (dont l'action engendr&#233;e est plus efficace) des d&#233;sirs individuels (qui permettent n&#233;anmoins l'&#233;panouissement personnel) ... Cette classification ne peut &#234;tre que personnelle et propre &#224; chaque individu. Elle permet en outre une meilleure compr&#233;hension, et, d&#232;s lors, une r&#233;elle libert&#233; de choix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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