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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Merleau-Ponty, Politique et philosophie de l'histoire</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Merleau-Ponty-Politique-et-philosophie-de-l-histoire-1744</link>
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		<dc:creator>M. P.</dc:creator>



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&lt;p&gt;Essai d'explication de texte de Merleau-Ponty, Politique et philosophie de l'histoire. &lt;br class='autobr' /&gt; Si l'histoire est l'affaire de tous, Maurice Merleau-Ponty a v&#233;cu dans un contexte particuli&#232;rement favorable &#224; la r&#233;flexion sur ce sujet. Ce philosophe du XXe si&#232;cle (1908-1961) est l'auteur de Sens et non-sens parut en 1948, au lendemain de deux conflits qui, pour la premi&#232;re fois, ont vu le monde entier entrer en guerre.L'ouvrage est en ensemble d'essais r&#233;unis en trois grandes perspectives : l'art, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-explications-de-textes-" rel="directory"&gt;Des explications de textes.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Essai d'explication de texte de Merleau-Ponty, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Politique-et-philosophie-de-l-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Politique et philosophie de l'histoire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si l'histoire est l'affaire de tous, Maurice Merleau-Ponty a v&#233;cu dans un contexte particuli&#232;rement favorable &#224; la r&#233;flexion sur ce sujet. Ce philosophe du XXe si&#232;cle (1908-1961) est l'auteur de Sens et non-sens parut en 1948, au lendemain de deux conflits qui, pour la premi&#232;re fois, ont vu le monde entier entrer en guerre.L'ouvrage est en ensemble d'essais r&#233;unis en trois grandes perspectives : l'art, la philosophie et la politique. Le texte &#233;tudi&#233; porte sur cette derni&#232;re et son rapport &#224; l'histoire. Car l'histoire est avant tout affaire de politique, en tant que succession de ph&#233;nom&#232;nes mettant en sc&#232;ne les actions de la communaut&#233;.Ainsi l'auteur entreprend de maintenir une r&#233;flexion critique et politique en d&#233;pit des d&#233;ceptions engendr&#233;es par son si&#232;cle. Effectivement le chaos sans pr&#233;c&#233;dent, le d&#233;sordre universel qui en r&#233;sultent sont le fruits d'&#233;v&#233;nements d'une telle ampleur qu'ils ont forc&#233;ment nourris le questionnement du philosophe : O&#249; trouver un sens &#224; l'histoire ? Faut-il en trouver un ? Dans cet extrait Merleau-Ponty admet que l'histoire est intelligible &#224; condition d'&#234;tre libre de s'affranchir des conceptions de l'histoire pr&#233;con&#231;ues, de pouvoir y reconna&#238;tre &#224; la fois coh&#233;rence et incoh&#233;rence, sens et non-sens.C'est pourquoi le texte s'ouvre sur un rejet de la politique sceptique, fond&#233;e sur un postulat de l'homme se soustrayant &#224; la subjectivit&#233;. L'inanit&#233; de ce postulat est d&#233;montr&#233;e dans un second temps, puis l'auteur propose enfin sa propre conception d'une philosophie de l'histoire.Car l'histoire doit-elle se r&#233;duire &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme ob&#233;issant &#224; une direction, finalit&#233;, ou au contraire comme un encha&#238;nement disparate d'&#233;v&#233;nement ind&#233;pendants les uns des autres ?N'y a-t-il pas, enfin, une alternative &#224; de telles conceptions sch&#233;matis&#233;es, caricatur&#233;es de l'histoire ?On peut alors se demander dans quelle mesure l'homme est-il libre face aux choix de l'histoire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une prosopop&#233;e de l'homme historique sceptique qui, en introduisant cet extrait, en pr&#233;lude le fil conducteur : le rejet d'une politique sceptique en tant que n&#233;gation de la subjectivit&#233; de l'histoire.Effectivement le scepticisme soutient qu'aucune v&#233;rit&#233; peut &#234;tre d&#233;termin&#233;e avec certitude : ici il met en doute l'&#233;ventualit&#233; d'un sens de l'histoire en avan&#231;ant que la politique doit &#171; renoncer &#224; se fonder sur une philosophie de l'histoire &#187; (c'est &#224; dire une r&#233;flexion sur le sens et les finalit&#233;s du devenir historique). Pour parvenir &#224; &#234;tre aussi r&#233;aliste que possible face au concept d'histoire, l'homme sceptique pr&#244;ne le rejet de &#171; nos voeux, nos jugements ou nos r&#234;ves &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit les choix d'actions de la communaut&#233; doivent &#233;carter la notion de philosophie de l'histoire : et c'est en prenant le monde tel qu'il est, en mettant notre subjectivit&#233; de c&#244;t&#233; que l'on pourra d&#233;terminer les fins et les moyens engendr&#233;s par les faits.C'est bien ce mode d'agir, contraire &#224; l'humanit&#233; de l'homme, que r&#233;fute Merleau-Ponty : car la prosopop&#233;e, formul&#233;e sous la forme d'une interrogation, appelle une r&#233;ponse cat&#233;gorique du philosophe. &#171; On ne se passe pas de mise en perspective &#187;, puisque l'&#234;tre humain est celui qui, par essence, par n&#233;cessit&#233; aussi, va faire l'effort de se projeter dans l'avenir afin d'anticiper ses besoins et en pr&#233;voir les moyens. Car si l'histoire est le r&#233;cit de ces ph&#233;nom&#232;nes et de leur succession, elle est indissociable de la contingence qui d&#233;finit l'humanit&#233;, et par laquelle nous devons choisir selon nos &#171; voeux &#187; justement, nos &#171; jugements de valeur &#187;, qui d&#233;termineront alors les faits et leur succession. A cet &#233;tat de contingence, de libert&#233; dans les choix des moyens, nous sommes &#171; condamn&#233;s &#187; affirme Merleau-Ponty, faisant ainsi &#233;cho &#224; la c&#233;l&#232;bre formule de Sartre.Nous sommes ainsi oblig&#233;s d'envisager une philosophie de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'&#233;tayer son propos, l'auteur entreprend de d&#233;montrer le mensonge que dissimule le mode d'action d'une politique sceptique.Et en effet l'antagonisme de celle-ci se ressent d&#232;s lors qu'on l'applique au domaine pratique : car le sceptique se contredit lui m&#234;me &#233;tant donn&#233; qu'il soutient que l'histoire est absurde, irrationnelle (elle n'a pas de sens) mais que quand il agit, il prouve exactement le contraire...Ainsi le partisan d'une politique sceptique est, de par son appartenance &#224; la condition humaine, amen&#233; &#224; faire des choix.C'est pourquoi il y a toujours, dans notre mani&#232;re de traiter les actions, l'&#233;tablissement d'une hi&#233;rarchisation des faits. Deux phrases construites en parall&#232;le permettent d'illustrer l'insistance du philosophe sur ce point : envisager une conception de l'histoire, c'est forc&#233;ment traiter &#171; certains faits comme dominants et d'autres comme secondaires &#187;, &#171; certains faits comme plus importants que d'autres &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
De cette mani&#232;re adopter la conception du scepticisme historique, c'est d&#233;j&#224; &#233;tablir un ordre de priorit&#233; et par cons&#233;quent faire des choix, cela selon certains crit&#232;res faisant appel &#224; la raison.Il est par cons&#233;quent impossible de se d&#233;partir de notre subjectivit&#233;, alors m&#234;me que nous essayons de traiter les faits de mani&#232;re objective.C'est donc qu'il existe un lien entre les ph&#233;nom&#232;nes d&#233;coulant de notre comportement et l'action de notre conscience comme support de notre individualit&#233;.En ce sens le scepticisme historique n'est rien de plus qu'une philosophie de l'histoire qui se renie : car l'application m&#234;me de son principe d'action le d&#233;cr&#233;dibilise.Pour cela le scepticisme historique est &#171; toujours conservateur &#187;, dans la mesure o&#249; en pr&#233;tendant &#233;liminer toute &#171; perspective &#187; il impose son mode de pens&#233;e, un mode o&#249; le changement n'a pas sa place.C'est ainsi qu'il &#171; fige l'avenir &#187;, en abrogeant de l'histoire &#171; le changement &#187; et &#171; les volont&#233;s des hommes &#187; qui offraient la possibilit&#233; d'agir par soi-m&#234;me, et ce ind&#233;pendamment des circonstances ext&#233;rieures.L'histoire n'est alors plus ce qu'elle est : le produit d'une succession d'actions issues de la volont&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un dernier temps Merleau-Ponty apporte sa propre r&#233;ponse &#224; l'interrogation initiale du sceptique : afin d'&#234;tre pleinement objective et &#171; r&#233;aliste &#187; dans son approche de l'histoire, la politique doit bannir tous les &#171; postulats &#187; (c'est &#224; dire les id&#233;es pr&#233;con&#231;ues), toute philosophie pr&#233;tendant th&#233;oriser l'histoire. Car alors on lui imposerait des r&#232;gles qui retireraient &#224; l'histoire son caract&#232;re historique, c'est &#224; dire le fait qu'elle soit le r&#233;sultat d'une multitude de choix.De m&#234;me la politique, en tant qu'ensemble de d&#233;cisions d'actions qui guideront la communaut&#233; ne se soustrait pas &#224; la contingence.En cela le philosophe justifie son rejet du scepticisme historique : ce n'est pas l'objectif de sa politique (prendre &#171; le monde comme il est &#187;) mais bien les moyens et les postulats mis en &#339;uvre pour y arriver qu'il condamne.Deux conceptions de l'histoire sont alors inadmissibles : celle imposant un dessein, un &#171; plan &#187; &#224; l'histoire en tant que produit d'une logique et celle niant toute finalit&#233; &#224; l'histoire comme fruit du hasard et de l'impr&#233;vu.La premi&#232;re consid&#232;re que l'histoire suit un fil conducteur, dont les actions ne sont que les moyens permettant d'&#233;voluer vers une fin : c'est ce que l'auteur appelle le &#171; sens &#187; de l'histoire.Qu'elle soit l'objet d'une &#171; ruse de la Nature &#187; (Kant, Id&#233;e d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolite) ou d'une &#171; ruse de la Raison &#187; (Hegel, La Raison dans l'histoire), l'histoire est en tout cas soumise &#224; un d&#233;terminisme inh&#233;rent aux activit&#233;s humaines.La seconde &#233;cole de pens&#233;e, d'o&#249; est issu le scepticisme historique, contredit celle-ci : l'histoire est &#171; absurde &#187;, illogique et n'a aucune continuit&#233;. Il s'agit donc du &#171; non-sens &#187; de l'histoire. Mais si la succession de ph&#233;nom&#232;nes qui constituent l'histoire s'op&#233;rait de mani&#232;re totalement incoh&#233;rente, la soci&#233;t&#233; n'aurait pas de raison d'&#234;tre...Ces deux doctrines, apparemment antagonistes, peuvent &#234;tre qualifi&#233;es d'histoire d'&#233;v&#233;nements en tant &lt;i&gt;qu'evenire&lt;/i&gt; (latin : ce qui arrive et donc ce qui vient de l'ext&#233;rieur) par opposition &#224; une histoire de faits, d'actions donn&#233;es par l'exp&#233;rience et marqu&#233;es par la contingence : une histoire libre.Effectivement ni &#171; action &#187;, ni &#171; humanit&#233; &#187; ne sont pr&#233;sentes dans une vision impos&#233;e par une philosophie de l'histoire, car y est exclu cela m&#234;me qui d&#233;finit l'histoire : la libert&#233; de choix. Ainsi Merleau-Ponty apporte la seule solution coh&#233;rente pour &#234;tre &#171; pleinement r&#233;aliste &#187; face &#224; l'histoire : envisager celle-ci sans en imaginer le sens, en acceptant que tout n'y soit pas li&#233;, mais en sachant &#233;galement y distinguer une relation de causalit&#233;, une &#171; direction &#187; quand elle se pr&#233;sente.Afin de comprendre qu'elle est la r&#233;elle diff&#233;rence entre ces visions de l'histoire, on peut examiner l'exemple du tirage de la loterie.Si j'adopte une politique du non-sens, je dirais que le num&#233;ro gagnant est affaire de pur hasard : le fait que ce soit tel ou tel num&#233;ro qui sorte ne r&#233;sulte d'aucune logique, car on ne pouvait pas le pr&#233;voir.Si au contraire je choisis d'envisager une politique du sens, j'objecterais que ce num&#233;ro devait sortir ; puisqu'il faisait partie des possibles combinaisons gagnantes.Enfin en rejoignant la politique de Merleau-Ponty, je reconnais qu'il y a bien un lien de cause &#224; effet entre les num&#233;ros pouvant sortir, ceux propos&#233;s aux joueurs et et la combinaison effectivement gagnante. Mais j'admets &#233;galement qu'il est impossible de le d&#233;terminer &#224; l'avance, car si un tel syst&#232;me ne comportait aucun impr&#233;vu, ses acteurs n'auraient pas de choix r&#233;els &#224; faire, de risques &#224; prendre en y jouant.Ainsi la meilleure conception de l'histoire est celle du pr&#233;sent ouvert &#224; tous les possibles, o&#249; aucune r&#232;gle, aucune id&#233;e arr&#234;t&#233;e ne viendrait entraver la libert&#233; que notre subjectivit&#233;, en participant &#224; l'histoire, nous autorise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe se pose ici en d&#233;fenseur de la libert&#233; dans l'histoire, une libert&#233; pleine, totale car ne refusant aucune mani&#232;re de voir l'histoire.L'alternative propos&#233;e par Merleau-Ponty s'oppose ainsi &#224; la fois &#224; ceux qui expliquent les ph&#233;nom&#232;nes uniquement par la causalit&#233; (domaine ext&#233;rieur) et &#224; ceux qui pr&#233;tendent tout analyser &#224; partir de la pure conscience (domaine int&#233;rieur).&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque la politique est affaire d'individus, libres et pourvus de contingence, pourquoi restreindre le champs des possibles en fixant des principes pr&#233;-d&#233;termin&#233;s sur une m&#233;thode, un chemin &#224; suivre pour envisager l'histoire ?Cependant si l'individu seul peut sembler affranchi de toute r&#232;gle, qu'en est-il de la vie en soci&#233;t&#233;, organis&#233;e pour r&#233;pondre aux besoins de tous ?La conception d'une politique de l'histoire &#171; libre &#187; para&#238;t alors in&#233;vitablement li&#233;e &#224; l'&#233;tablissement de certaines r&#232;gles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la politique consiste &#224; regrouper des individus libres au sein d'une cit&#233;, elle implique la corr&#233;lation entre plusieurs individualit&#233;s et la n&#233;cessit&#233; de poser des lois afin de concilier les int&#233;r&#234;ts. De cette mani&#232;re envisager une politique de l'histoire, ou l'histoire dans la politique, revient &#224; se confronter &#224; ces deux imp&#233;ratifs.En premier lieu penser une conception de l'histoire, comme &#233;tude de faits anthropologiques, revient &#224; la conditionner en fonction de la nature humaine.Effectivement si l'historien en tant qu'&#234;tre humain ne peut adopter une attitude totalement neutre, d&#233;tach&#233;e des faits, c'est que les enjeux de l'histoire impliquent immanquablement des personnes, des subjectivit&#233;s et des situations devant lesquelles il pourra faire des hypoth&#232;ses interpr&#233;tatives sans jamais &#234;tre certain d'avoir raison.On ne peut pas d&#233;montrer de la m&#234;me mani&#232;re, par exemple, pourquoi deux individus en sont venus aux mains que l'on justifie le choc entre deux com&#232;tes...Dans tous les cas une suite d'&#233;v&#233;nements ne peut &#234;tre observ&#233;e, &#233;tudi&#233;e que r&#233;trospectivement : le choix d'une politique de l'histoire doit donc prendre ne compte le recul que l'on a face aux faits, qu'elle s'efforce de concilier avec la subjectivit&#233; inh&#233;rente &#224; l'homme.De fait plus que notre individualit&#233; peut-&#234;tre, c'est notre appartenance &#224; une soci&#233;t&#233;, &#224; un contexte culturel et temporel d&#233;finis qui influence la vision adopt&#233;e d'une conception historique.Ainsi l'homme est-il selon Hegel, &#171; le fils de son temps &#187; puisque sa perception du monde est fa&#231;onn&#233;e par l'esprit de l'&#233;poque et le contexte dans lequel il vit.D'une mani&#232;re in&#233;dite Virginia Woolf, c&#233;l&#232;bre romanci&#232;re anglaise, imagine au d&#233;but du XXe si&#232;cle le r&#233;cit biographique d'un individu qui, &#224; son r&#233;veil, se retrouve propuls&#233; dans une &#233;poque, une civilisation, voire m&#234;me un sexe diff&#233;rents. Du jeune noble de la cour &#233;lisab&#233;thaine du XVIe &#224; la femme &#233;crivain moderne des ann&#233;es 20, c'est bien une seule conscience qui traverse les si&#232;cles. Orlando, figure &#233;ponyme du roman, est alors une m&#233;taphore de l'individu qui voit sa subjectivit&#233; &#233;voluer au fur et &#224; mesure qu'il est confront&#233; &#224; l'histoire.Il symbolise ainsi la difficult&#233; de singulariser cette subjectivit&#233; au regard de l'influence de la soci&#233;t&#233; qui, &#224; travers ses codes, encadre la contingence humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien le reconna&#238;tre : d&#232;s notre plus jeune &#226;ge, nos esprits sont amen&#233;s &#224; reconna&#238;tre la conception de l'histoire comme succession d'&#233;v&#233;nements ayant une direction.Eb cela l'usage de la frise chronologique comme support de l'&#233;tude historique est r&#233;v&#233;lateur de ce choix politique. Et si l'on consid&#232;re chaque ph&#233;nom&#232;ne comme unique, on a du mal a imaginer que le r&#232;gne des Cap&#233;tiens ait jou&#233; un r&#244;le dans l'accession d'Elisabeth I au pouvoir, ni que le discours du G&#233;n&#233;ral de Gaulle ait influenc&#233; les massacre en Syrie...N&#233;anmoins ceci n'est que le choix d'une politique sp&#233;cifique &#224; une &#233;poque, une culture bien d&#233;finies.Mais si l'on a vu que de telles d&#233;cisions, de par l'influence qu'elles op&#232;rent, ne sont pas &#224; prendre &#224; la l&#233;g&#232;re, il est toutefois n&#233;cessaire d'&#233;tablir des r&#232;gles pour pouvoir acc&#233;der &#224; une forme de libert&#233;.Effectivement puisque l'homme est diff&#233;rent de l'animal, puisque son comportement n'est pas inn&#233; et donc pr&#233;visible, il doit s'imposer des principes, des lois afin de pouvoir pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre et habiter le monde : tel est le r&#244;le de la politique.Car enfin si, comme l'affirme Camus, il est vrai que &#171; nous ne pouvons &#233;chapper &#224; l'histoire &#187;(Ni victimes ni bourreaux), nous sommes n&#233;anmoins libres de nous positionner face &#224; elle, et ce justement gr&#226;ce aux limites que nous nous sommes nous-m&#234;mes impos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une histoire &#233;tant totalement tourn&#233;e vers une finalit&#233;, un sens ou bien compl&#232;tement incoh&#233;rente et vou&#233;e au non-sens ne r&#233;pond pas &#224; la complexit&#233; de la soci&#233;t&#233; humaine et ses sp&#233;cificit&#233;s.C'est pourquoi Merleau-Ponty, &#224; travers ce passage de Sens et non-sens, pr&#244;ne une philosophie de l'histoire d&#233;barrass&#233;e de tout pr&#233;suppos&#233; qui interdirait de concevoir l'histoire de telle ou telle mani&#232;re : nous sommes libres d'y reconna&#238;tre ordre et d&#233;sordre, sens et non-sens.Pourtant comment parler de libert&#233;, surtout dans un cadre politique, sans structure ni r&#232;gles &#233;tablies au pr&#233;alable ?N'&#233;tant pas condamn&#233;e &#224; recommencer de z&#233;ro &#224; chaque g&#233;n&#233;ration, l'humanit&#233; peut gr&#226;ce &#224; l'histoire &#233;voluer voire se perfectionner : c'est pour cela que l'individu vient au monde dans un univers d&#233;j&#224; structur&#233;, conditionn&#233; par les politiques pr&#233;c&#233;dentes.L'histoire est donc la r&#233;alisation de l'humanit&#233; en tant que telle : le probl&#232;me n'est pas de conna&#238;tre sa fin, mais de lui en donnait une comme l'affirmait Sartre.De fait en nous r&#233;v&#233;lant les r&#233;actions de l'homme face &#224; une succession de situations, les choix politiques permettent peu &#224; peu d'esquisser un portrait plus pr&#233;cis de l'humanit&#233;.Car c'est &#224; cela, en d&#233;finitive, que sert l'action politique en conduisant l'histoire : r&#233;v&#233;ler &#224; l'homme qui il est.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Merleau-Ponty, Politique et philosophie de l'histoire</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Merleau-Ponty-Politique-et-philosophie-de-l-histoire-1741</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M. O.</dc:creator>



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&lt;p&gt;Essai d'explication du texte de Maurice Merleau-Ponty, Politique et philosophie de l'histoire. &lt;br class='autobr' /&gt; La politique et l'histoire sont deux th&#232;mes essentiels pour l'homme qui a toujours tent&#233; de les comprendre et de les expliquer. Que devons nous donc saisir lorsque Merleau-Ponty, philosophe du XX eme si&#232;cle, nous annonce que le scepticisme dans l'histoire ne permet pas le fonctionnement lib&#233;r&#233; de la politique ? Autrement dit que les a priori, dans l'histoire, limitent notre libert&#233; politique. En (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-explications-de-textes-" rel="directory"&gt;Des explications de textes.&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Essai d'explication du texte de Maurice Merleau-Ponty, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Politique-et-philosophie-de-l-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Politique et philosophie de l'histoire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La politique et l'histoire sont deux th&#232;mes essentiels pour l'homme qui a toujours tent&#233; de les comprendre et de les expliquer. Que devons nous donc saisir lorsque Merleau-Ponty, philosophe du XX eme si&#232;cle, nous annonce que le scepticisme dans l'histoire ne permet pas le fonctionnement lib&#233;r&#233; de la politique ? Autrement dit que les &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, dans l'histoire, limitent notre libert&#233; politique. En effet, par la notion de scepticisme historique le philosophe entend une forme de rigidit&#233;, une histoire de l'&lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; et du classement, conforme &#224; un plan. Quand &#224; la libert&#233; politique, elle d&#233;signe la libert&#233; des actions et choix humains, qui selon Merleau-Ponty sont entrav&#233;s par le scepticisme. Dans un premier temps nous allons tenter de comprendre et d'analyser la r&#233;flexion du philosophe. Nous verrons donc comment le philosophe d&#233;finit le scepticisme historique et son influence sur la politique. Cette d&#233;finition est faite en trois temps : l'annonce de la th&#232;se du sceptique, la d&#233;nonciation de l'hypocrisie de celle-ci, pourtant montr&#233;e comme r&#233;aliste, et enfin la classification des ph&#233;nom&#232;nes que met en place implicitement la politique sceptique. Nous montrerons ensuite que Merleau-Ponty d&#233;nonce le scepticisme comme conservateur. Enfin, nous verrons comment l'auteur propose des solutions dans le rapport de la politique &#224; l'histoire, prenant ici pour exemple les hommes et leur rapport &#224; l'histoire et la soci&#233;t&#233;. Dans un second temps nous analyserons la th&#232;se implicite et oppos&#233; &#224; celle de l'auteur : Seule une politique septique et donc en rapport avec l'histoire et le pass&#233; peut permettre un progr&#232;s dans la politique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La politique ne doit-elle pas renoncer &#224; se fonder sur une philosophie de l'histoire, et , prenant le monde comme il est, quels que soient nos v&#339;ux, nos jugements ou nos r&#234;ves, d&#233;finir ses fins et ses moyens d'apr&#232;s ce que les faits autorisent ? &#187;. Ainsi Merleau-Ponty nous lance sur la r&#233;flexion de l'influence de l'histoire sur la politique et la piste d'une possible d&#233;finition du scepticisme historique.Il interroge tout d'abord le rapport entre politique et histoire, les deux th&#232;mes de son texte qui font ici office d'introduction. En effet, c'est un rapport tr&#232;s complexe qui unis ces deux notions fondamentales de nos soci&#233;t&#233;s. Il d&#233;bute donc sa r&#233;flexion par l'annonce de la th&#232;se du septique, celle qu'il veut combattre. C'est pour lui l'homme r&#233;aliste, qui traite les ph&#233;nom&#232;nes historiques dans un ordre de priorit&#233; &#233;tablis. Ainsi la premi&#232;re phrase soutient la th&#232;se selon laquelle la politique doit traiter les ph&#233;nom&#232;nes suivant un ordre, c'est &#224; dire traiter en priorit&#233; les ph&#233;nom&#232;nes majeurs qui se pr&#233;sentent sans ce soucier des conditions pr&#233;sentes. On peut pour &#233;clairer cette affirmation prendre un exemple actuel : la crise &#233;conomique. La position du septique face &#224; ce probl&#232;me serait de dire qu'il faut s'occuper de la crise aujourd'hui et maintenant, oublier ses r&#234;ves, ses promesses, ses v&#339;ux, et ne traiter que le soucis principal de notre soci&#233;t&#233; actuelle ; c'est &#224; dire celui qui concerne la plus grande partie des individus. Merleau-Ponty annonce donc, &#224; travers la parole du sceptique, une des caract&#233;ristiques de la politique qui est pour lui de g&#233;rer les probl&#232;mes auxquels sont confront&#233;s les hommes. Le septique est donc, selon l'auteur, celui qui souhaite une politique r&#233;aliste mais qui la fonde sur les a priori, se r&#233;f&#233;rant &#224; des faits pass&#233;s sans &#233;tudier l'&#233;volution et les cons&#233;quences de ceux ci dans le pr&#233;sent. Ensuite, il d&#233;nonce le sceptique comme r&#233;aliste mais hypocrite. En effet, si le scepticisme historique peut &#234;tre qualifi&#233; de r&#233;aliste, car il semble traiter les aspects prioritaires, il op&#232;re tout de m&#234;me des choix, afin de d&#233;cider de quel ph&#233;nom&#232;ne il va s'occuper en priorit&#233;. Par exemple si nous prenons le cas d'un capitaliste, il choisira de d'abord faire remonter l'&#233;conomie avant m&#234;me de se pr&#233;occuper du syst&#232;me de sant&#233;. Ainsi il va renflouer les banques mais r&#233;duire le budget des maisons de retraite et des h&#244;pitaux. Le scepticisme historique est donc d&#233;finit par Merleau-Ponty comme une vision des ph&#233;nom&#232;nes historiques assez peut objective. S'il vise la r&#233;alit&#233;, en traitant les aspects essentiels pour le sens commun et surtout pour lui m&#234;me, il op&#232;re tout de m&#234;me des choix et donc des jugements ; qui correspond &#224; diff&#233;rentes politiques. C'est finalement sur l'une des caract&#233;ristiques principales de l'homme que Merleau-Ponty fonde sa r&#233;flexion. En effet comme nous pouvons le voir dans &lt;i&gt;le mythe de Prom&#233;th&#233;e&lt;/i&gt; par Platon, l'homme ne poss&#232;de pas d'instinct ni de caract&#233;ristiques st&#233;r&#233;otyp&#233;s et immuables, il est donc oblig&#233; de faire des choix qui lui sont propres, puisque non pr&#233;sent dans sa nature m&#234;me. Le septique, influenc&#233; par le pass&#233;, va donc aborder le pr&#233;sent avec certains a priori. Ainsi on peut dire qu'une politique sceptique met en place une classification des ph&#233;nom&#232;nes. Celle ci se fait plus ou moins implicitement mais elle est bien pr&#233;sente. En effet, du point de vue du septique, &#171; Il faut bien, pour r&#233;gler l'action, consid&#233;rer certains faits comme dominants et d'autres comme secondaires &#187;. Face &#224; plusieurs probl&#232;mes politiques majeurs l'homme est en effet oblig&#233; de proc&#233;der &#224; un classement. Il ne peut pas traiter tous les ph&#233;nom&#232;nes dans le m&#234;me temps s'il veut v&#233;ritablement les r&#233;soudre. Une division et un ordre dans le traitement semblent donc essentiels. Une politique septique peut donc &#234;tre vue comme honteuse puisque totalement subjective, et c'est dans ce constat que s'installe Merleau-Ponty. On peut par exemple s'appuyer sur le cas du r&#233;gime Nazi, ph&#233;nom&#232;ne marquant de notre histoire. On &#224; vu par rapport aux actions de ce syst&#232;me politique na&#238;tre des r&#233;actions de n&#233;gationnisme visant &#224; nier les faits. C'est donc une histoire erron&#233;e qui nous &#224; &#233;t&#233; racont&#233; durant de nombreuses ann&#233;es. Le scepticisme, par son classement des ph&#233;nom&#232;nes influence les informations qui sont livr&#233;s &#224; l'homme en leurs donnant une ordre dont celui-ci ignore la provenance. Il limite donc la libert&#233; politique, au sens de l'action humaine. Cette fa&#231;on de penser l'histoire et la politique fait ici office d'introduction et est ici parfaitement expos&#233; par l'auteur. L'explication claire qu'il donne lui permet par la suite de mieux discr&#233;diter le scepticisme historique au profit de sa propre th&#232;se quand au rapport de l'histoire &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, on peut dans la suite du texte d&#233;celer une seconde critique du scepticisme historique. Merleau-Ponty d&#233;nonce cette philosophie de l'histoire car il la juge conservatrice. Pour lui, contraindre les hommes a abandonner tout leurs r&#234;ves et projets c'est sugg&#233;rer qu'il ne faut rien changer. En effet, si comme nous venons de le voir le scepticisme porte dans son essence m&#234;me un rapport important avec le pass&#233;, c'est bien dans un but de conservation. Son attention &#233;tant port&#233; sur des faits pass&#233;s, il fige l'avenir et rejette le changement. C'est donc pour l'auteur une nouvelle raison de contredire cette philosophie de l'histoire qui est pour lui source de contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous avons pu voir que Merleau-Ponty utilise le d&#233;but de son texte pour clairement nous donner sa d&#233;finition du scepticisme historique. Mais cette explication n'est pas anodine, elle est pour lui une invitation au d&#233;bat qui va lui permettre, dans la seconde partie de son texte, de nous donner sa vision du rapport de l'histoire &#224; la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout d'abord sur la notion de r&#233;alisme que l'auteur va porter son regard. En effet, s'y l'on veut atteindre le r&#233;alisme, il faut, nous dit l'auteur, &#171; rejeter tout les postulats, toute philosophie a priori de l'histoire &#187;, et surtout prendre conscience des influences qui p&#232;sent sur l'homme. Autrement dit, si nous voulons percevoir la r&#233;alit&#233; de notre histoire il faut l'appr&#233;hender sans aucun a priori et donc la recevoir comme elle vient, dans sa pure neutralit&#233;. C'est ici le point central de la philosophie de Merleau-Ponty : aborder les ph&#233;nom&#232;nes simplement, sans se pr&#233;occuper des causes ext&#233;rieures ou du pass&#233;. Cette philosophie de l'histoire est donc compl&#232;tement oppos&#233; au scepticisme, elle vise une objectivit&#233; compl&#232;te et sans aucune hypocrisie. Mais cette objectivit&#233; n'est possible que sous certaines conditions que nous livre l'auteur. L'homme doit selon lui se confronter &#224; la r&#233;alit&#233; de sa condition et affronter toutes les influences qui p&#232;sent sur lui. Le philosophe inclus par ailleurs &#224; sa r&#233;flexion l'importance des m&#233;dias. Ces &#171; quelques habiles &#187; qui connaissent l'homme et qui le manipulent &#171; &#224; des fins ignor&#233;s &#187; par lui m&#234;me. La puissance m&#233;diatique est en effet un ph&#233;nom&#232;ne de plus en plus important qui peut &#234;tre rapproch&#233; du scepticisme historique : il classe les ph&#233;nom&#232;nes et les expose &#224; sa fa&#231;on en apportant son propre jugement. C'est donc une fois de plus une limite &#224; la libert&#233; politique des hommes, qui, du fait de l'intervention des m&#233;dias, ne peuvent acc&#233;der &#224; l'information premi&#232;re, d&#233;nou&#233; de tout jugement. Ensuite, Merleau-Ponty consid&#232;re qu'il n'y aurais pas d'histoire si tout les ph&#233;nom&#232;nes suivaient un fil pr&#233;d&#233;finit. Mais cependant, il n'y aurais pas plus d'histoire si tout &#233;tait absurde. En d'autres termes, la notion d'histoire suppose le hasard, mais pas le non-sens. Si tout &#233;tait d&#233;finit par avance, les ph&#233;nom&#232;nes historiques exceptionnels ne seraient pas consid&#233;r&#233;s comme tel. Mais si tout &#233;tait absurde et d&#233;pourvu de sens, on ne se poserais pas la question de l'importance des &#233;v&#233;nements historiques. C'est ici l'un des grands paradoxes de l'histoire que soul&#232;ve le philosophe : Est elle rationnelle, dirig&#233; par un plan et suivant une continuit&#233;, ou est elle au contraire le lieu de la libert&#233; humaine. L'auteur ne r&#233;pond pas fermement &#224; cette question, il se contente de l'&#233;voquer pour donner du corps &#224; sa r&#233;flexion. Cependant, cette &#233;bauche de d&#233;finition est pour lui l'occasion de nous proposer sa solution quand &#224; la complexit&#233; du rapport entre histoire et politique. Ainsi, la seule solution pour Merleau-Ponty est de se consacrer au pr&#233;sent de mani&#232;re compl&#232;te et fid&#232;le, sans pr&#233;juger le sens des ph&#233;nom&#232;nes, et en prenant en compte autant ce qui para&#238;t s&#233;rieux que se qui se rapproche du chaos et du non-sens. L'homme doit donc &#234;tre simplement spectateur de ce qui se passe sous ses yeux, et doit en permanence rester attentif afin de &#171; discerner en lui une direction et une id&#233;e, l&#224; o&#249; elles se manifestent &#187;. Autrement dit, pour que le rapport entre histoire et politique soit le plus sain et le plus &#233;quilibr&#233; possible, il faut que l'homme se contente d'observer les ph&#233;nom&#232;nes du pr&#233;sent, sans tenir compte des a priori, du pass&#233;, et des influences ou des avis ext&#233;rieurs. Il doit par ailleurs saisir toute r&#233;action qui se cr&#233;e en lui afin d'obtenir sa direction et son id&#233;e quand &#224; l'histoire. Il pourra ainsi pr&#233;tendre &#224; une totale libert&#233; politique, l'histoire lui servant de support &#233;tant parfaitement objective &#224; sa r&#233;ception, et pouvant &#234;tre modifi&#233; par son propre ressenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, ce texte est pour Merleau-Ponty une tentative d'explication du lien entre histoire et politique. Ainsi il va durant ce passage exposer sa philosophie dirig&#233;e par des axes majeurs : le rejet du pr&#233;jug&#233; et de l'a priori, une lecture neutre du pr&#233;sent et enfin une libert&#233; d'action pour les hommes. Cependant, le d&#233;but de ce texte met en lumi&#232;re un probl&#232;me. En effet, face &#224; la philosophie de l'auteur, on trouve une fa&#231;on de penser la politique et l'histoire bien diff&#233;rente : c'est celle du sceptique. Nous allons donc tenter de comprendre cet autre lien entre histoire et politique qui nous est propos&#233;, lien en totale contradiction avec la version de Merleau-Ponty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le scepticisme historique peut se d&#233;finir comme une fa&#231;on de penser le pr&#233;sent par rapport &#224; des a priori et des pr&#233;jug&#233;s qui viennent du pass&#233;. C'est dans une vis&#233; r&#233;aliste que certaines personnes pr&#233;f&#232;rent se r&#233;f&#233;rer au pass&#233; pour affronter leur pr&#233;sent. Nous allons donc tenter de comprendre le lien entre histoire et politique d'un point de vu sceptique et donc oppos&#233; &#224; celui de Merleau-Ponty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps nous pouvons tous constater que nos actions pr&#233;sentes sont guid&#233;es par notre pass&#233;. Qui ne s'est jamais pos&#233; la question, avant d'agir, des cons&#233;quences que de telles actions ont d&#233;j&#224; engendr&#233; auparavant ? C'est en effet une fa&#231;on bien rassurante d'aborder le pr&#233;sent en essayant de prendre le moins de risques possible. La politique, au sens de l'action humaine, est donc dirig&#233; par l'exp&#233;rience du pass&#233;. On trouve beaucoup d'exemples de ce ph&#233;nom&#232;ne dans notre quotidien. Ainsi, si nous prenons le cas des &#233;lections pr&#233;sidentielles, on peut constater qu'un syst&#232;me politique sortant, et ayant men&#233; des actions non appr&#233;ci&#233;s dans le pass&#233;, sera remplac&#233;, d&#232;s les &#233;lections suivantes, pas un parti politique oppos&#233;. Les citoyens tiennent donc compte de leurs exp&#233;riences v&#233;cu dans le pass&#233; pour organiser leur future vie politique. On remarque donc ici assez bien l'un des lien qui uni l'histoire et la politique. En effet, sans histoire, les hommes pourraient se retrouver perdu pour organiser leurs actions pr&#233;sentes, il ressentent donc le besoin de classer les ph&#233;nom&#232;nes marquants de leur histoire pour pouvoir les r&#233;investir dans le pr&#233;sent. L'homme est donc pouss&#233; &#224; aborder le pr&#233;sent avec des a priori ou des pr&#233;jug&#233;s qui resurgissent de leurs souvenirs face &#224; des ph&#233;nom&#232;nes qu'ils ont d&#233;j&#224; v&#233;cu. Une politique sceptique semble donc n&#233;cessaire au bien &#234;tre de la plus grande partie des hommes. On remarque par ailleurs que les actions pass&#233;es laissent des traces dans nos vies pr&#233;sentes. L'histoire &#224; donc une influence forte sur la politique. Ainsi peut on prendre l'exemple des deux guerres mondiales qui ont traumatis&#233; les populations du XX eme si&#232;cle. Ce traumatisme &#224; donc eu une r&#233;percussion n&#233;gatives sur leur existence dans l'apr&#232;s guerre, leur pr&#233;sent &#233;tant sans cesse dirig&#233; par la peur de r&#233;it&#233;rer les erreurs du pass&#233;. Cependant, nous sommes forc&#233; de constater que ces deux conflits mondiaux ont aujourd'hui quelques cons&#233;quences positives dans notre politique. Les hommes, voulant &#233;viter de revivre ces p&#233;riodes de grand trouble, ont choisis de modifier le fonctionnement de leur soci&#233;t&#233; et de leurs syst&#232;mes de gouvernement. Ainsi avons nous pu voir la cr&#233;ation de l'Union Europ&#233;enne, ou encore la cr&#233;ation de l'Otan. Ces deux syst&#232;mes d'alliances ont en effet pour but une unification des peuples et des cultures visant &#224; &#233;viter la formation de nouveaux conflits. Cet exemple nous montre donc que l'histoire est pour les hommes une source d'inspiration continu qui leur permet de mener de nouvelles actions en tenant compte de leurs exp&#233;riences. Les actions humaines pass&#233;es ont aussi des r&#233;percutions sur le pr&#233;sent, ce qui nous montre une fois de plus que le scepticisme historique permet une approche plus sereine et plus favorable du pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, si comme nous pouvons le voir dans &lt;i&gt;le mythe de Prom&#233;th&#233;e&lt;/i&gt; de Platon l'homme ne poss&#232;de pas de caract&#233;ristiques immuables et st&#233;r&#233;otyp&#233;s, il sait apprendre de son pass&#233; pour mieux aborder le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, nous pouvons dire que histoire et politique sont deux notions qui renferment des liens tr&#232;s forts mais tr&#232;s complexes. En effet, m&#234;me si les avis diff&#232;rent sur la question, nous sommes forc&#233;s de constater que l'histoire &#224; une influence sur la politique, celle ci n'est pas forc&#233;ment positive mais est n&#233;cessairement pr&#233;sente. Une philosophie de l'histoire sceptique semble donc universelle m&#234;me si elle est ici vivement repouss&#233;e par l'auteur. Il propose donc un certain nombre de solutions pour &#233;chapper &#224; l'influence qu'il consid&#232;re trop forte de l'histoire sur la politique et sur le pr&#233;sent. L'histoire est donc pour Merleau-Ponty le domaine de la libert&#233; humaine. En effet les hommes sont libre dans sa construction et dans son exploitation, leur politique peut en tenir compte, ou l'ignorer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Merleau-Ponty, Politique et philosophie de l'histoire</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Merleau-Ponty-Politique-et-philosophie-de-l-histoire-1740</link>
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		<dc:date>2012-11-17T20:42:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M. N.</dc:creator>



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&lt;p&gt;Essai d'explication du texte de Maurice Merleau-Ponty, Politique et philosophie de l'histoire. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce texte de Merleau-Ponty, philosophe du XX&#232;me si&#232;cle, est un extrait de Sens et non-sens, de l'&#233;dition Nagel (pages 297-299) paru en 1948, et est intitul&#233; 'Pour la v&#233;rit&#233;'. Il aborde les th&#232;mes de l'Histoire et de la politique. Hegel tente en effet de r&#233;pondre &#224; la question suivante : sur quelle vision de l'Histoire la politique doit-elle se baser ? Il parvient alors &#224; un probl&#232;me. L'Homme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-explications-de-textes-" rel="directory"&gt;Des explications de textes.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Essai d'explication du texte de Maurice Merleau-Ponty, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Politique-et-philosophie-de-l-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Politique et philosophie de l'histoire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte de Merleau-Ponty, philosophe du XX&#232;me si&#232;cle, est un extrait de &lt;i&gt;Sens et non-sens&lt;/i&gt;, de l'&#233;dition Nagel (pages 297-299) paru en 1948, et est intitul&#233; 'Pour la v&#233;rit&#233;'. Il aborde les th&#232;mes de l'Histoire et de la politique. Hegel tente en effet de r&#233;pondre &#224; la question suivante : sur quelle vision de l'Histoire la politique doit-elle se baser ? Il parvient alors &#224; un probl&#232;me. L'Homme essaye de trouver une vision g&#233;n&#233;rale de l'Histoire, et a r&#233;ussi &#224; garder deux visions : le scepticisme et le d&#233;terminisme. Cependant, toutes les deux sont absurdes, alors n'y aurait-il pas une autre mani&#232;re possible de voir l'Histoire ? En poursuivant dans ce sens, Merleau-Ponty parvient &#224; faire valoir sa th&#232;se, celle de dire qu'il n'y a pas une unique mani&#232;re de voir l'Histoire, que chacun est libre de prendre celle qui d&#233;sire, avec cependant certaines notions &#224; admettre : les Hommes sont faits par l'Histoire, n&#233;anmoins ce sont aussi eux qui la font.Pour ce faire, il montre quels sont les principes du scepticisme pour ensuite montrer l'incoh&#233;rence de ces pens&#233;es (lignes 1 &#224; 6). Puis il d&#233;veloppe son argumentation contre le scepticisme et fait le rapport entre la vision de l'Histoire du sceptique et son lien avec la politique conservatrice (lignes 6 &#224; 16). Ensuite il donne des conditions de lecture de l'Histoire et met en avant le probl&#232;me, en d&#233;montrant que ni le scepticisme ni le d&#233;terminisme ne peuvent &#234;tre une bonne vision de l'Histoire ( lignes 17 &#224; 24). Enfin, pour finir, il expose sa th&#232;se (lignes 25 &#224; 28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re phrase du texte, Merleau-Ponty &#233;nonce les grands principes de la vision sceptique de l'Histoire. Ces principes sont que pour avoir une bonne politique il ne faut prendre en compte ni le pass&#233; ('renoncer &#224; se fonder sur une philosophie de l'Histoire'), ni le futur ; et en ne prenant pas en compte le futur, oublier toute id&#233;e de perspective, de 'voeux' et de 'jugements', pour n'avoir &#224; se concentrer que sur les faits actuels, de mani&#232;re &#224; en faire notre priorit&#233;. S'occuper du pr&#233;sent avant tout.Cependant, dans la deuxi&#232;me phrase, Merleau-Ponty reprend trois termes de la premi&#232;re phrase pour contredire et montrer que la th&#232;se du sceptique est totalement absurde ; ces trois termes sont 'la philosophie de l'histoire', les 'voeux' et les 'jugements'. L'Homme est condamn&#233; &#224; avoir recours &#224; ces trois termes, alors que le sceptique base sa croyance sur leur n&#233;gation. D'abord il y a les voeux, qui sont des perspectives de changement, et qui montrent ce qui est n&#233;gatif dans notre soci&#233;t&#233;. L'imagination et la r&#233;flexion aident &#224; trouver des moyens de parvenir &#224; ces changements. Les voeux, synonymes donc de d&#233;sir de changement, d'&#233;volution, sont n&#233;cessaires &#224; l'Homme car l'utopie, le monde parfait, &#233;tant irr&#233;el, nous avons toujours une possibilit&#233; d'am&#233;lioration.Ensuite nous trouvons le jugement. Le jugement est l'&#233;nonciation d'une opinion propre &#224; chacun, qui d&#233;termine nos choix, nos voeux, et est obligatoire pour l'Homme, m&#234;me s'il ne d&#233;sire pas &#233;mettre de jugement ...Enfin le terme philosophie de l'Histoire est &#233;nonc&#233;. C'est ici le fait de lier pass&#233;, pr&#233;sent et futur pour faire de notre monde le meilleur qu'il puisse &#234;tre.La th&#232;se des sceptiques, formul&#233;e sous la forme d'une question est donc r&#233;fut&#233;e gr&#226;ce &#224; ces trois termes qui d&#233;finissent la condition humaine. Merleau-Ponty insiste sur le c&#244;t&#233; indubitable de cette facette de l'Homme, avec 'que nous le voulions ou non'. Dans leur mani&#232;re de penser les sceptiques ont donc l'impression de renoncer &#224; prendre en compte autre chose que les &#233;v&#233;nements pr&#233;sents, mais c'est faux, car aucun homme ne peut s'en passer.Avec une vision semblable de l'Histoire, comment les sceptiques peuvent-ils agir politiquement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur, une fois ayant montr&#233; l'absurdit&#233; de la th&#233;orie des sceptiques, montre des lignes 6 &#224; 16 leur mani&#232;re de mettre en action leurs pens&#233;es, et donc comment leurs actions politiques peuvent-elles &#234;tre.Si l'on s'en tient &#224; la doctrine sceptique, il est &#233;vident qu'aucune action serait possible puisque puisque tous les &#233;v&#233;nements seraient mis sur le m&#234;me pied d'&#233;galit&#233;, et il est impossible de r&#233;soudre plusieurs probl&#232;mes &#224; la fois. C'est sur ce point que le sceptique semble douteux. En effet, en th&#233;orie le sceptique ne se permet pas de faire des choix, mais il en fait obligatoirement. C'est ce que d&#233;fend Merleau-Ponty ; car comme il le dit, 'pour r&#233;gler l'action, il faut bien consid&#233;rer certains faits comme dominants et d'autres comme secondaires' : agir est par d&#233;finition faire des choix. Le principe du scepticisme est donc absurde puisque sa th&#233;orie ne peut &#234;tre mise en pratique. Les personnes affirmant appartenir au scepticisme sont donc hypocrites, car le choix est obligatoire dans chaque action humaine. Par exemple, pour r&#233;gler un probl&#232;me actuel comme la crise, il faut selon les sceptiques remettre de l'argent dans les caisses de l'Etat. Jusque-l&#224;, aucune perspective, aucun choix (si ce n'est dire que la crise est plus importante que la fonte de glaces). Mais pour que les caisses se renflouent, il faut bien trouver cet argent, et pour se faire, il est obligatoire de faire des choix pour r&#233;pondre &#224; la question 'o&#249; trouver cet argent ?'. Nous pouvons donc, gr&#226;ce aux diff&#233;rentes visions de l'Histoire observer leurs cons&#233;quences sur la vie politique. Ainsi, retrouver les sceptiques en politique est facile : il s'agit des conservateurs. Ils veulent par d&#233;finition conserver les structures d&#233;j&#224; mises en place, sans penser aux cons&#233;quences sur le futur. L'argent &#233;tant au centre de notre soci&#233;t&#233;, les conservateurs tendent vers une politique capitaliste puisqu'ils tentent de faire de l'argent &#224; tout prix, sans penser aux cons&#233;quences sur la nature ou les hommes. C'est ce fait l&#224; que Merleau-Ponty d&#233;nonce dans la ligne 16 : le sceptique, et donc le conservateur et le capitalisme ferme les yeux sur l'avenir. En continuant l'exemple de la crise, pour que l'argent des caisses de l'Etat augmente, il faut augmenter les gains et r&#233;duire les d&#233;penses ; en pratique augmenter les imp&#244;ts et diminuer les aides. Cependant, en faisant &#231;a, on ne pense pas aux personnes qui vont &#234;tre oblig&#233;es de faire de nombreux sacrifices pour vivre, et m&#234;me de plus en plus fr&#233;quemment pour survivre !Le sceptique, en agissant politiquement, est en contradiction avec ses principes car il fait des choix, mais n'en assume pas les responsabilit&#233;s en se cachant justement derri&#232;re cette th&#233;orie qu'il ne fait aucun choix ... D'o&#249; la d&#233;nonciation par Merleau-Ponty d'une 'philosophie de l'Histoire honteuse'.Ayant montr&#233; que le scepticisme n'est pas une bonne mani&#232;re de voir l'Histoire et par le fait d'agir politiquement, quelles peuvent &#234;tre les cl&#233;s d'une bonne lecture de l'Histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merleau-Ponty essaye donc de d&#233;finir ensuite quelles seraient les conditions pour avoir une bonne vision de l'Histoire. La premi&#232;re cl&#233; serait selon lui de n'avoir aucun pr&#233;jug&#233; en appr&#233;hendant les faits actuels, et de n'avoir aucune mauvaise influence d'une vision pr&#233;con&#231;ue, comme le scepticisme. En effet, pour pouvoir r&#233;soudre un probl&#232;me, il faut voir toutes les sources de ce probl&#232;me et s'interroger, car il n'est pas possible qu'un &#233;v&#233;nement n'ait qu'une seule cause ; et il faut aussi voir quelles sont les diff&#233;rentes possibilit&#233;s car, pareillement, un probl&#232;me n'a pas qu'une seule solution. Et puis, en disant cela, l'auteur soutient qu'il vaut mieux se fier aux faits r&#233;els qu'&#224; une doctrine th&#233;orique qui ne peut pas se concr&#233;tiser ... Il met aussi en avant le fait que les Hommes seraient peut-&#234;tre plus passifs par rapport &#224; l'Histoire que ce qu'ils croient. Une solution serait peut-&#234;tre d'admettre que ce n'est pas l'Homme qui d&#233;cide de son histoire, mais autre chose, et que l'Histoire serait d&#233;termin&#233;e d'avance ... C'est la th&#233;orie que d&#233;fend le d&#233;terminisme : il s'agit en effet de croire que l'Histoire est pr&#233;d&#233;termin&#233;e, que tout est d&#233;j&#224; pr&#233;vu &#224; l'avance, et que les causes sont reli&#233;es entre elles puisque les effets suivent n&#233;cessairement. Si l'on se base sur cette pens&#233;e, nous n'avons donc aucune responsabilit&#233; puisque tout est d&#233;j&#224; pr&#233;vu, y comprit les effets des causes actuelles. Selon le d&#233;terminisme, nous avons l'impression d'&#234;tre libre de nos choix, cependant ce n'est qu'une illusion car r&#233;ellement il n'en est rien ... L'Histoire serait comme un 'moteur' qui &#233;chapperait au contr&#244;le des Hommes. Prenons par exemple un Grand Homme de l'Histoire : Napol&#233;on. Il a chang&#233; le cours de l'histoire, certes, mais si le contexte &#233;conomique, politique et historique n'&#233;tait pas celui de son &#233;poque, il n'aurait jamais eu l'apparente importance qu'il a eu ; et si l'Homme qu'&#233;tait Napol&#233;on Bonaparte &#233;tait n&#233; &#224; une autre &#233;poque, jamais il n'aurait fait de coup d'Etat, et c'est un autre Homme qui serait devenu Empereur. Ceci serait le point de vue du sceptique. Cependant, c'est Napol&#233;on lui-m&#234;me qui a fait ses choix, et si ce n'&#233;tait pas lui, aurait-il &#233;t&#233;, par exemple, condamn&#233; &#224; perdre &#224; Waterloo et &#224; mourir &#224; St H&#233;l&#232;ne ? De la m&#234;me fa&#231;on, faut-il pardonner &#224; Hitler ce qu'il a fait pour la simple raison que c'&#233;tait ce qui &#233;tait pr&#233;vu pour lui, que c'est le contexte de la crise &#233;conomique des ann&#233;es 30 qui &#233;tait propice &#224; la mont&#233;e au pouvoir d'un dictateur ? Ce serait totalement absurde, car dans ce cas-l&#224; notre existence elle-m&#234;me serait absurde ...L'auteur montre cette absurdit&#233; en parlant des Grands Hommes &#224; travers le mot 'habiles' et en &#233;voquant 'des fins ignor&#233;es d'eux' pour le destin irr&#233;vocable qui serait n&#244;tre.C'est donc apr&#232;s avoir montr&#233; l'invraisemblabilit&#233; du d&#233;terminisme que Merleau-Ponty aborde le v&#233;ritable probl&#232;me (lignes 22 &#224; 24) : l'Histoire ne peut-&#234;tre envisag&#233;e ni du point de vue du d&#233;terminisme, o&#249; tout serait d&#233;j&#224; pr&#233;vu pour nous, ni de celui du scepticisme, o&#249; aucun choix ne devrait &#234;tre fait ... Dans ce cas-l&#224;, quelle est la v&#233;ritable vision de l'Histoire que l'Homme doit adopter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les quatre derni&#232;res lignes que Merleau-Ponty donne sa th&#232;se concernant la vision de l'Histoire. Il dit que nous devons prendre les faits comme ils viennent, sans avoir d'id&#233;es pr&#233;con&#231;ues, puisque chaque chose ne se produit jamais deux fois (par exemple deux villes situ&#233;es toutes les deux au bord de mer ne se d&#233;velopperont pas de la m&#234;me mani&#232;re, et &#224; la fin l'une peut atteindre le stade de prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique, alors que l'autre restera un petit village de p&#234;cheurs). Ensuite, il faut reconna&#238;tre 'le chaos et le non-sens', bien &#233;videmment, puisque contrairement &#224; ce que le d&#233;terminisme affirme, tous les faits ne sont pas forc&#233;ment reli&#233;s entre eux ; m&#234;me si il faut accepter une certaine relation cause/effet puisque chaque choix que nous faisons aura des r&#233;percussions sur nous, ou encore sur les g&#233;n&#233;rations futures, et sur la Terre en g&#233;n&#233;ral. Il faut enfin admettre que le monde, depuis toujours change et continuera de changer.C'est de cette mani&#232;re que nous pouvons avoir des projets pour l'avenir, dans une optique de changements positifs pour la soci&#233;t&#233; et pour l'humanit&#233;. Car enfin, m&#234;me si nous sommes chacun libres de nos actes et responsables de nos choix (de ce fait chaque Homme est libre d'avoir sa propre vision de l'Histoire s'il l'entend), l'Histoire ne concerne pas qu'un homme, mais la totalit&#233; de l'Humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merleau-Ponty, dans son texte, critique amplement tout d'abord le scepticisme, mais aussi le d&#233;terminisme ... Mais est-ce que ces deux visions sont si absurdes que ce qu'il dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description du scepticisme dans ce texte est en effet tr&#232;s caricatur&#233;e. Le sceptique essaye d'&#234;tre le plus objectif possible face &#224; l'Histoire ; et s'il essaye de faire le moins de choix possible, c'est parce qu'il a peur que les buts qu'il convoite soient inaccessibles et hors d'atteinte. Il se passe donc de jugement pour atteindre un stade de 'tranquilit&#233; de l'&#226;me', de 'sagesse', &#233;voqu&#233;e par certains philosophes de l'Antiquit&#233;.Ensuite, le sceptique doute sur le monde qui l'entoure, m&#234;me s'il est vrai que ne pas faire de choix est impossible. Hume, philosophe du XVIII&#232;me si&#232;cle, adepte du scepticisme mitig&#233;, du scepticisme dans la vie courante, explique 'on ne peut pas douter de tout, mais il est bon de savoir remettre en cause notre savoir'. Il rejoint donc sur ce point le fait que l'abstention de jugement est une certaine marque de sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;terminisme peut aussi parfois &#234;tre justifi&#233;. En effet, chaque chose qui arrive aurait-pu &#234;tre pr&#233;dite avant, en &#233;tudiant l'ensemble des causes qui l'ont produite. Car chaque chose est forc&#233;ment le r&#233;sultat d'une combinaison de causes. Et si les Hommes, au milieu de tout &#231;a, croient agir dans leur int&#233;r&#234;t particulier, ils participent au bon d&#233;roulement d'un plan d&#233;j&#224; pr&#233;vu (comme un 'fil conducteur de la Nature' &#233;voqu&#233; par Kant), sans m&#234;me s'en rendre compte.C'est ce qu'Hegel &#233;voque dans son oeuvre La Raison dans l'Histoire. Selon lui, en effet, il existe une sorte d'Esprit du monde (ce que les croyants pourraient apparenter &#224; un Dieu, ou des Dieux cr&#233;ateurs et r&#233;gissant le Monde) qui aurait pens&#233; notre Monde et qui nous impose son propre plan pour l'Humanit&#233; ; alors que l'Homme croit agir par lui-m&#234;me. Il appelle cela la 'ruse et la raison' ; le fait que nous ne sommes au final que des marionnettes qui pensent faire leurs propres choix de vie, ce que nous pensons &#234;tre NOTRE raison est en fait LA Raison, qui nous contr&#244;le malgr&#233; nous.Une deuxi&#232;me pr&#233;caution est &#224; prendre si l'on veut pouvoir appr&#233;hender le d&#233;terminisme avec s&#233;rieux : il s'agit de faire la distinction entre 'd&#233;termin&#233;' et 'conditionn&#233;'. En effet, l'Homme est conditionn&#233; : il est pris dans certaines conditions qu'il ne peut pas changer, que ce soient les contextes familiaux, &#233;conomiques, g&#233;ographiques, ... avec lesquels il vit (par exemple rares sont les personnes qui auraient choisi de vivre &#224; notre &#233;poque, alors que la crise est pr&#233;sente, que la Terre va mal, ...). Cependant, dans ces conditions qui nous sont impos&#233;es, nous pouvons nous d&#233;terminer chacun personnellement. Il est donc finalement possible de dire que l'Homme est fait par l'Histoire, mais qu'il agit aussi de son propre vouloir sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bonne vision de l'Histoire, avec les effets sur la Politique qu'elle comprend, ne peut se limiter ni au d&#233;terminisme ni au scepticisme. Il n'y a d'ailleurs pas une seule possibilit&#233;, car chacun a le choix de prendre celle qu'il veut. Il y a seulement certaines conditions &#224; prendre en compte : il faut d'une part prendre les faits comme ils viennent (n'avoir aucun pr&#233;jug&#233;) pour ne se fermer aucune porte, que se soit pour les causes d'un &#233;v&#233;nement ou pour les effets, car les deux ouvriront de multiples possibilit&#233;s ; et d'une autre part prendre chaque fait &#224; part, car il n'est pas possible que tout soit reli&#233; (le non-sens est pr&#233;sent de toute mani&#232;re). N&#233;anmoins certaines facettes du scepticisme comme du d&#233;terminisme peuvent &#234;tre &#224; retenir. Le scepticisme, par son d&#233;sir de ne pas porter de jugement tend vers une sagesse. Quand au d&#233;terminisme, m&#234;me s'il admet qu'un certain fil conducteur guide l'Humanit&#233;, chaque homme a la possibilit&#233; de faire certains choix dans sa vie, qui aura certaines cons&#233;quences sur son avenir.C'est donc en ayant recours &#224; un savant m&#233;lange du scepticisme et du d&#233;terminisme que l'Humanit&#233; pourra &#233;crire sa propre histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Merleau-Ponty, Politique et philosophie de l'histoire</title>
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&lt;p&gt;Essai d'explication du texte de Maurice Merleau-Ponty, Politique et philosophie de l'histoire. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans le chapitre &#171; Pour la v&#233;rit&#233; &#187; tir&#233; de son &#339;uvre Sens et non-sens, Maurice Merleau-Ponty fait &#233;tat des liens entre la politique et l'histoire, ou plus pr&#233;cis&#233;ment philosophie de l'histoire. La philosophie de l'histoire doit-elle nourrir la politique ? A en croire les sceptiques la r&#233;ponse est clairement non. Il faut exercer une politique r&#233;aliste et objective se basant uniquement sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-explications-de-textes-" rel="directory"&gt;Des explications de textes.&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Essai d'explication du texte de Maurice Merleau-Ponty, &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Politique-et-philosophie-de-l-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Politique et philosophie de l'histoire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le chapitre &#171; Pour la v&#233;rit&#233; &#187; tir&#233; de son &#339;uvre &lt;i&gt;Sens et non-sens&lt;/i&gt;, Maurice Merleau-Ponty fait &#233;tat des liens entre la politique et l'histoire, ou plus pr&#233;cis&#233;ment philosophie de l'histoire. La philosophie de l'histoire doit-elle nourrir la politique ? A en croire les sceptiques la r&#233;ponse est clairement non. Il faut exercer une politique r&#233;aliste et objective se basant uniquement sur les faits tels qu'ils sont et tels qu'ils nous apparaissant, sans aucune interpr&#233;tation .Le but &#233;tant de r&#233;gler l'action sans &#234;tre influenc&#233; par une quelconque philosophie de l'histoire, ni par ses propres jugements ou r&#234;ves, la politique devant &#234;tre parfaitement objective. Merleau-Ponty r&#233;fute cette th&#232;se en affirmant qu'il est impossible de rester parfaitement objectif, par exemple de par le simple fait de se baser sur les faits, ce qui sous-entend de faire un tri implicite, entre eux. Il d&#233;montre l'absurdit&#233; du scepticisme historique afin d'affirmer au mieux sa th&#232;se dans un second temps. S'il ne croit pas &#224; l'absurdit&#233; de l'histoire pens&#233;e par les sceptiques, il s'oppose &#233;galement &#224; une histoire rationnelle. Il faudrait trouver un sens &#224; l'absurdit&#233;, l&#224; o&#249; il se pr&#233;sente. Mais doit-on pour autant nier, ou du moins douter d'une certaine logique de la succession des fais historiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premi&#232;res phrases du texte servent d'introduction &#224; la th&#232;se de l'auteur, et sont repr&#233;sentatives de la d&#233;marche suivie &#224; travers cet extrait pour en d&#233;montrer le bien-fond&#233;. Ainsi la premi&#232;re phrase correspond &#224; l'affirmation de la th&#232;se sceptique, sous la forme d'une question rh&#233;torique &#224; laquelle on est tent&#233; d'adh&#233;rer dans un premier temps. La politique doit &#171; renoncer &#224; se fonder sur une philosophie de l'histoire, et, prenant le monde comme il est, d&#233;finir ses fins et ses moyens d'apr&#232;s ce que les faits autorisent &#187;. Autrement dit, l'organisation de la vie en soci&#233;t&#233;, ses aspects &#233;conomiques, sociaux et diplomatiques, ne doit pas &#234;tre influenc&#233;e par une philosophie se basant sur l'histoire pour en d&#233;finir les raisons logiques, une histoire prescriptive dont la volont&#233; est de suivre un fil conducteur logique r&#233;gi par les faits pass&#233;s. Car il faut garder une objectivit&#233; totale dans la politique, ce &#224; quoi la philosophie de l'histoire s'oppose pr&#233;cis&#233;ment. Les autres termes se r&#233;f&#233;rant &#224; une part de subjectivit&#233; sont ensuite ni&#233;s tour &#224; tour. Il ne faut pas se fier &#224; nos r&#234;ves ni &#224; nos v&#339;ux, ne pas forc&#233;ment voir en nos d&#233;sirs une r&#233;alit&#233; possible mais en faire abstraction... Il faut garder les pieds sur terre et rester r&#233;aliste. Les jugements de valeur, c'est &#224; dire la valeur morale que l'on peut penser de nos actions, ne doivent pas non plus &#234;tre pris en compte car ils pourraient influencer certaines d&#233;cisions par notre pens&#233;e individuelle, et ainsi bloquer par exemple certaines actions ou les exercer d'une fa&#231;on trop personnelle. &#171; Il faut d&#233;finir ses fins et ses moyens d'apr&#232;s ce que les faits autorisent &#187;, ce qui oppose les faits &#224; toute forme de subjectivit&#233;, et prendre &#171; le monde tel qu'il est &#187;, en prenant en compte les faits pr&#233;sents dans leur globalit&#233;, contrairement aux faits pass&#233;s qui ob&#233;issent indubitablement &#224; la subjectivit&#233; de ceux qui les relatent. La fin correspond &#224; l'objectif voulu, qui doit &#234;tre atteint gr&#226;ce aux moyens mis en place, les d&#233;cisions politiques. Pour illustrer cela prenons un exemple d'actualit&#233;, &#224; savoir la crise de la dette souveraine. Pour y mettre un terme, ou en tout cas l'att&#233;nuer, il est indispensable de renflouer les caisses de l'&#201;tat, ce qui est la fin. Pour y parvenir il faut trouver l'argent l&#224; o&#249; il est, et la source la plus &#233;vidente pour cela est la population. Ainsi le moyen le plus &#233;vident sera de gagner de l'argent aupr&#232;s de la population, et donc sans aucun jugement de valeur ni philosophie de l'histoire cela se ferait de fa&#231;on arbitraire, en augmentant le taux de l'imp&#244;t sur le revenu de la m&#234;me proportion pour tous, &#233;lites comme classe populaire.Dans la phrase suivante, Merleau-Ponty &#233;met une objection tendant &#224; d&#233;montrer l'impossibilit&#233; d'appliquer une politique telle qu'elle est souhait&#233;e dans cette premi&#232;re phrase. Il explique qu'on &#171; ne se passe pas de mise en perspective &#187; , c'est &#224; dire qu'il faut s'imaginer la fin de notre action, les cons&#233;quences des moyens mis en place pour y parvenir afin de savoir vers o&#249; l'on va, et cela passe par une lecture du pass&#233;, c'est &#224; dire une philosophie de l'histoire qui permette de savoir quelles en seront les cons&#233;quences sur le pr&#233;sent et comment cela va conditionner notre avenir. Il faut donc y voir pass&#233;, pr&#233;sent et futur l&#224; o&#249; la th&#232;se affirm&#233;e pr&#233;c&#233;demment avait pour unique but de se baser sur le pr&#233;sent. Une mise en perspective passe immanquablement par l'affirmation d'un v&#339;u, qui repr&#233;sente la fin de l'action. C'est le cas o&#249; la d&#233;cision politique atteint immanquablement sa fin d&#233;sir&#233;e, et avec ce seul facteur on peut dire que la fin justifie les moyens. Mais les moyens sont d&#233;cid&#233;s en fonction des jugements de valeur, qui d&#233;termine si leur mise en place est moralement acceptable ou pas, et donc se posera la question de savoir si la fin justifie r&#233;ellement les moyens. La philosophie de l'histoire permet de d&#233;terminer vers quelles options se tourner, en consid&#233;rant aussi bien les moyens que la fin. Ainsi en reprenant ce m&#234;me exemple de la crise de la dette o&#249; il est n&#233;cessaire &#224; l'&#201;tat de reprendre de l'argent l&#224; o&#249; il est disponible, le d&#233;cisionnaire sera guid&#233; par le v&#339;u de faire gagner de l'argent &#224; l'&#201;tat, et &#233;tudiera toutes les possibilit&#233;s qui s'offrent &#224; lui avant d'en choisir une, d&#233;termin&#233;e par son jugement de valeur. Ainsi il pourra choisir de donner les m&#234;mes imp&#244;ts &#224; tous, &#233;ventuellement de taxer les plus riches, ou encore de diminuer tout simplement les d&#233;penses de l'&#201;tat. Apr&#232;s avoir r&#233;fl&#233;chit au fait qu'il serait d&#233;sastreux d'exiger des imp&#244;ts suppl&#233;mentaires aux plus modestes car il se trouveraient dans une situation difficilement supportable (non acceptable moralement) et de plus cela risquerait d'entra&#238;ner une r&#233;volte de leur part, peut-&#234;tre comparable &#224; celle qui a s&#233;vi dans les ann&#233;es 30 qui a encourag&#233; les gens d&#233;favoris&#233;s &#224; voter pour les extr&#234;mes, et a par exemple &#233;t&#233; la cause de l'av&#232;nement du nazisme. On conna&#238;t la suite... D'un point de vue aussi bien moral qu'historique, il serait donc impensable de taxer les plus d&#233;munis, et donc la solution se trouverait dans une hausse des imp&#244;ts bien plus significative pour les plus riches, ou alors en revoyant &#224; la baisse les d&#233;penses de l'&#201;tat. Les jugements de valeur, au m&#234;me titre que la philosophie de l'histoire, sont des marques de subjectivit&#233; qui semblent indispensables &#224; la mise en place d'une politique qui, en plus d'&#234;tre efficace, soit la plus juste possible afin d'en limiter les possibles cons&#233;quences n&#233;fastes. Ils sont d'ailleurs indissociables de la nature humaine et il est impossible de s'en passer, m&#234;me involontairement. Apr&#232;s cette introduction, Merleau-Ponty va d&#233;velopper un paragraphe afin de d&#233;montrer plus en d&#233;tails l'absurdit&#233; du scepticisme, aussi bien historique que politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la premi&#232;re phrase de ce paragraphe souligne d&#232;s lors l'absurdit&#233; du scepticisme-m&#234;me. Le sceptique croit en &#171; l'irrationalit&#233; de l'histoire &#187;, c'est &#224; dire en une succession de faits sans lien apparent qui constituent l'histoire, et il est impossible de trouver une logique quelconque &#224; son d&#233;roulement. Cette id&#233;e est d'ailleurs assez significative de la pens&#233;e sceptique, qui ne croit pas en une v&#233;rit&#233; absolue et impose de suspendre son jugement en permanence, sans donc jamais prendre position. Pour la simple raison que, comme le disait le chef sceptique Sextus Empiricus, &#171; A tout raisonnement on peut opposer un raisonnement de force &#233;gale &#187;. Il serait donc impossible d'avoir raison &#224; part en d&#233;tenant la v&#233;rit&#233; absolue, ce en quoi pr&#233;cis&#233;ment les sceptiques ne croient pas. S'il est &#233;vident que dans un premier temps le sceptique &#171; D&#233;montr[e] l'irrationalit&#233; de l'histoire &#187;, il devient au contraire assez inexplicable qu'il en vienne &#171; aux conclusions pratiques &#187; malgr&#233; &#171; ses scrupules de m&#233;thode &#187;. Ce terme-m&#234;me de &#171; conclusions pratiques &#187; est antith&#233;tique, associ&#233; au &#171; sceptique &#187;. Car ne doit-il pas suspendre son jugement et par l&#224;-m&#234;me ne jamais tirer de conclusions de quoi que ce soit, d'autant plus &#171; apr&#232;s avoir d&#233;montr&#233; l'irrationalit&#233; de l'histoire &#187; ? Car s'il tire des conclusions de l'histoire, il suit par cons&#233;quent une philosophie de l'histoire alors qu'il s'oppose &#224; cette pratique. Ce paradoxe est justifi&#233; par Merleau-Ponty dans la phrase suivante, o&#249; il affirme qu'il faut &#171; pour r&#233;gler l'action , consid&#233;rer certains faits comme dominants et d'autres comme secondaires &#187;. Ainsi pour prendre une d&#233;cision politique, ce sur quoi les sceptiques se basent, &#224; savoir les faits et rien que les faits, impliquent une part de subjectivit&#233;. Si objectifs et impartiaux que puissent &#234;tre en eux-m&#234;me les faits, leur &#233;tude est invariablement subjective puisqu'il faut bien consid&#233;rer certains faits comme plus importants que d'autres, ce qui sous-entend un choix fait de la part du politicien. Par exemple, si une banlieue difficile est le th&#233;&#226;tre d'&#233;meutes et d'affrontements violents entre jeunes et policiers, et que dans le m&#234;me temps un homme tabasse &#224; coups de poing un jeune policier dans un petit village en Creuse, il sera d&#233;cid&#233; en priorit&#233; d'envoyer des renforts dans la banlieue et non dans le village car le danger y est plus massif. Mais pour prendre cette d&#233;cision, il faut bien consid&#233;rer les &#233;v&#233;nements en banlieue comme plus importants que ceux que connaissent le petit village, c'est un choix aussi in&#233;vitable qu'&#233;vident. Et la notion-m&#234;me de choix renvoie donc &#224; la subjectivit&#233;, pourtant &#233;vit&#233;e &#224; tout prix par les sceptiques. Dans cette mesure, une politique sceptique &#171; renferme une philosophie de l'histoire honteuse &#187; car involontaire et dont il n'est m&#234;me pas conscient. Elle est qualifi&#233;e de philosophie de l'histoire &#233;tant donn&#233; qu'il s'agit de choisir &#224; partir des faits pr&#233;sents, qui d&#232;s qu'ils sont relat&#233;s appartiennent au pass&#233;, une id&#233;e directrice implicite afin de prendre une d&#233;cision pour le pr&#233;sent, voire pour un futur proche. Elle est aussi honteuse car &#171; v&#233;cue plut&#244;t que pens&#233;e &#187;, le sceptique vivant les faits dans le pr&#233;sent de fa&#231;on volontairement objective, et bien qu'il y trouve implicitement et involontairement une id&#233;e conductrice, il le fait sans y r&#233;fl&#233;chir de fa&#231;on s&#233;rieuse dans sa volont&#233; d'objectivit&#233;, tout comme il ne r&#233;fl&#233;chit pas non plus aux faits du pass&#233; et &#224; l'histoire, la trouvant soi-disant absurde. Cette philosophie de l'histoire est v&#233;cue sur le moment avant d'&#234;tre plus tard oubli&#233;e, et non pens&#233;e en amont. Cela permet d'affirmer que &#171; dans le fait, le scepticisme historique est toujours conservateur &#187; car il ne r&#233;fl&#233;chit pas &#224; une philosophie de l'histoire qui pourrait suivre une id&#233;e pr&#233;cise, une volont&#233; de changement pour un monde meilleur, mais au contraire s'obstine &#224; se baser sur les faits et y faire un tri implicite, ce qui les renforce dans ce qu'ils sont et s'oppose &#224; toute id&#233;e de changement. La volont&#233; de ne pas faire de mise en perspective renforce encore cette id&#233;e, puisque cela permet au pr&#233;sent de suivre son cours ind&#233;pendamment d'&#233;ventuelles esp&#233;rances pour le futur. La cause de cette volont&#233; conservatrice est la conviction du sceptique &#224; &#171; retranche[r] de l'histoire le changement et les volont&#233;s des hommes &#187; ce qui exclut bien &#233;videmment toute philosophie de l'histoire pens&#233;e en en retirant tout ce qui fait sa substance, car elle n'est qu'une succession de faits dont les plus importants et les plus marquants sont les principaux bouleversements caus&#233;s par la volont&#233; des hommes, ces volont&#233;s qui par d&#233;finitions sont subjectives, m&#234;mes partag&#233;es par un groupes de plusieurs personnes, et donc auxquelles les sceptiques s'opposent. Pour &#234;tre parfaitement objectif, il faut rester conservateur car tout changement est caus&#233; par un v&#339;u subjectif.Ainsi le scepticisme politique qui d&#233;fend une objectivit&#233; totale est tout simplement inenvisageable, car dans toute politique il y a forc&#233;ment une part de subjectivit&#233;, volontaire ou non. De plus, aussi loin que puisse &#234;tre pouss&#233;e l'objectivit&#233;, elle entra&#238;nera une politique conservatrice d'o&#249; les volont&#233;s des hommes et donc tout changement seraient retir&#233;es, ce qui en fait en ferait une politique absurde car d&#233;pourvue d'action. La r&#233;futation de la th&#232;se sceptique est pour Merleau-Ponty un bon moyen de mieux affirmer la sienne et de d&#233;montrer sa justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il adh&#232;re au principe d'&#234;tre &#171; dociles au faits et pleinement r&#233;alistes &#187;, qui est la base d'une politique sceptique, mais en rejette en grande partie les moyens d'y arriver. Il faut d'abord &#171; rejeter tous les postulats &#187;, c'est &#224; dire les causes premi&#232;res des faits, preuves &#233;videntes mais ind&#233;montrables sur lesquelles se basent les sceptiques. Il est ensuite donn&#233; justement l'exemple d'un postulat sceptique, selon lequel &#171; les hommes se conduisent toujours sottement, domin&#233;s par le pass&#233; et par les causes ext&#233;rieures, ou men&#233;s par quelques habiles, qui les connaissent, &#224; des fins ignor&#233;es d'eux. &#187;. Les sceptiques croient donc &#224; un Homme qui soit sot par nature, n'ayant aucun libre-arbitre puisque &#171; domin&#233; par le pass&#233; et les causes ext&#233;rieures &#187;. Ainsi il n'y aurait pas de volont&#233; propre &#224; l'homme, mais seulement conditionn&#233;e par sa nature sotte et sa passivit&#233; face aux faits pass&#233;s et pr&#233;sents, commune &#224; tous. Seuls les &#171; quelques habiles &#187;, d&#233;signant probablement les politiciens, philosophes, ou r&#233;volutionnaires se d&#233;marquent de cette masse. Ce sont eux qui sont libres et m&#232;nent les hommes l&#224; o&#249; ils le veulent, puisque ce sont les seuls ayant une volont&#233; propre. Ils sont suivis par la masse car ceux-ci se trouvent une volont&#233; &#224; travers ces meneurs. C'est d'ailleurs probablement la principale cause pour laquelle les sceptiques croient en &#171; l'irrationalit&#233; de l'histoire &#187;. En effet l'histoire ne serait qu'une suite d'&#233;v&#233;nements, dont les plus marquants sont le r&#233;sultat d'une volont&#233; de changement de la part des hommes (Il suffit de voir que les &#233;v&#233;nements historiques les plus connus nous sont les r&#233;volutions, les guerres qui ont marqu&#233; une rupture, et les diff&#233;rents p&#233;riodes historiques se distinguent entre elles par les diff&#233;rents modes de pens&#233;e des hommes, r&#233;sultat direct des &#233;v&#233;nements majeurs). Et ces changements seraient absurdes dans le sens o&#249; il ne seraient pas le fruit d'une opinion g&#233;n&#233;rale manifest&#233;e par tous et donc indiscutable, mais d'une opinion particuli&#232;re pens&#233;e par un et suivie par tous. L'histoire d&#233;pendrait des individus et non d'un collectif. Ainsi les guerres seraient seulement caus&#233;e par la volont&#233; des rois, les r&#233;volutions seulement par la volont&#233; d'un individu qui aurait r&#233;ussi &#224; exhorter le peuple &#224; lui tout seul, gr&#226;ce &#224; son talent. En imaginant que ces individus n'aient pas exist&#233;, le cours de l'histoire aurait probablement &#233;t&#233; tout autre et c'est en cela qu'elle est absurde, et non logique. Car l'histoire d&#233;pendrait seulement de la volont&#233; et du talent de quelques hommes, fussent-ils des illumin&#233;s tel Adolf Hitler qui a failli conqu&#233;rir l'Europe. Nous ne pouvons pas trouver de logique &#224; une suite d'&#233;v&#233;nements caus&#233;s &#224; la base par quelques individualit&#233;s. Et par cons&#233;quent les sceptiques de penser qu'une politique sceptique, donc conservatrice, pourrait donner un sens &#224; l'histoire car elle en retirerait les changements. N&#233;anmoins si Merleau-Ponty affirme &#234;tre oppos&#233; &#224; l'id&#233;e d'une histoire &#171; absurde &#187; car, dans ce cas &#171; il n'y aurait pas (&#8230;) d'histoire &#187; puisque aucune cause logique ni lien ne serait trouvable entre les &#233;v&#233;nements, il ne croit pas non plus &#224; une histoire qui ne serait &#171; que la r&#233;alisation visible d'un plan rationnel &#187; &#233;tant donn&#233; que tout serait pr&#233;d&#233;termin&#233;, donc toute action humaine pour en changer le cours serait inutile et l'on saurait immanquablement vers quoi nous allons, sans nous interroger sur les causes. Alors que l'histoire est justement une suite d'actions humaines. L'exemple le plus significatif en est probablement la croyance biblique d'un jour du Jugement dernier. Ce serait Dieu qui aurait cr&#233;&#233; le monde tel qu'il est, avec la nature, les animaux, la pr&#233;sence humaine etc, et ce serait donc lui qui d&#233;ciderait &#224; quelle heure et quel jour pr&#233;cis&#233;ment il y mettrait fin. Il prononcerait alors &#224; ce moment-l&#224; &#171; sa parole d&#233;finitive sur toute l'histoire, [les hommes] conna&#238;tr[aient] le sens ultime de toute l'&#339;uvre de la cr&#233;ation et les chemins vers lesquels la Providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime &#187;. Et c'est Dieu qui d&#233;ciderait que&#171; Ceux qui auront fait le bien ressuscite[nt] pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation &#187;. C'est la fin de l'histoire puisque apr&#232;s cela, tout serait fig&#233;, les bons conna&#238;traient la vie &#233;ternelle et les p&#234;cheurs la damnation &#233;ternelle. Dans une proportion moindre, Karl Marx d&#233;fendait &#233;galement l'id&#233;e d'une histoire rationnelle. Selon lui la r&#233;volution industrielle avait caus&#233; l'&#233;mergence de deux classes sociales dans les soci&#233;t&#233;s occidentales : la bourgeoisie (ceux qui commandent, les exploitants) et le prol&#233;tariat (ceux qui travaillent, les exploit&#233;s). Cette situation inacceptable pour le prol&#233;tariat d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; ob&#233;ir aux bourgeois et vivre dans le besoin en travaillant toute leur vie en gagnant bien moins d'argent que ces derniers doit logiquement entra&#238;ner une r&#233;volte de leur part contre la classe bourgeoise qui les asservit. De par son &#233;vidente sup&#233;riorit&#233; num&#233;rique, le prol&#233;tariat devrait en sortir vainqueur et ainsi demander l'abolition des privil&#232;ges pour la bourgeoisie, cr&#233;ant ainsi une soci&#233;t&#233; sans classes, ce qui serait la fin de l'histoire. En r&#233;futant aussi bien une histoire d&#233;pourvue de sens qu'une histoire rationnelle o&#249; toutes les actions ont un sens en vue d'une fin, Merleau-Ponty prend une position interm&#233;diaire entre ces deux points de vue, et entend bien appliquer cela &#224; la politique. Ainsi, comme les sceptiques, il estime que &#171; notre seul recours est dans une lecture du pr&#233;sent aussi compl&#232;te et fid&#232;le que possible, qui n'en pr&#233;juge pas le sens &#187;, ce qui t&#233;moigne d'un souhait d'objectivit&#233; puisque sans pr&#233;jug&#233;s, mais peut aussi aller &#224; l'encontre de la pens&#233;e sceptique qu'il a d&#233;crite, &#233;tant donn&#233; que dans ces pr&#233;jug&#233;s on peut voir le postulat sceptique cit&#233; plus haut dans le texte, qui ne veut justement trouver aucun sens &#224; l'histoire et aux faits. Mais l&#224; o&#249; Merleau-Ponty se d&#233;marque bien plus nettement du scepticisme, c'est en disant que la lecture du pr&#233;sent doit &#171; reconna&#238;[tre] le chaos et le non-sens l&#224; o&#249; ils se trouvent mais, ne refuse pas de discerner en lui une direction et une id&#233;e, l&#224; o&#249; elles se manifestent . &#187;. Bien qu'il reconnaisse un certain chaos dans ces faits, il faudrait y trouver une philosophie de l'histoire, une &#171; direction &#187; comme il le dit. Contrairement aux sceptiques, il croit donc en une philosophie de l'histoire, car non seulement nous ne pouvons pas y &#233;chapper mais en plus il est n&#233;cessaire qu'elle nourrisse toute politique, puisque bas&#233;e sur une lecture des faits. Il reconna&#238;t aussi bien l'absurdit&#233; que la rationalit&#233; de l'histoire, puisque il estime que l'on peut voir de l'absurdit&#233; se d&#233;gager une id&#233;e, une direction qui se rapporte donc &#224; la rationalit&#233;. Nous pouvons voir cela dans l'histoire du XX&#232; si&#232;cle, avec les totalitarismes et la Seconde guerre mondiale qui repr&#233;sentent en quelque sorte l'apog&#233;e de la b&#234;tise humaine. Des gens ont adh&#233;r&#233; &#224; un parti qui se voulait antis&#233;mite et a organis&#233; le g&#233;nocide le plus abominable et le plus massif de l'histoire, des millions de civils tu&#233;s de plein gr&#233; alors que les guerres par d&#233;finition sont cens&#233;es oppos&#233;es des militaires entre eux, la premi&#232;re utilisation de la bombe nucl&#233;aire qui serait &#224; m&#234;me de d&#233;truire toute civilisation &#224; la surface du globe. Les hommes ont cependant su tirer les enseignements de ces &#233;v&#233;nements d&#233;sastreux ; l'Organisation des Nations Unies fut cr&#233;&#233;e juste apr&#232;s dans l'espoir de pr&#233;server la paix, et la guerre a pris une forme nouvelle, moins d&#233;vastatrice &#224; travers la &#171; guerre froide &#187; que se sont livr&#233;s am&#233;ricains et sovi&#233;tiques, un guerre o&#249; les deux antagonistes ne se sont jamais livr&#233;s &#224; des combats directs, pr&#233;f&#233;rant une guerre d'intimidation sur fond de menace nucl&#233;aire et une course &#224; la technologie....Il a d&#233;montr&#233; l'absurdit&#233; de la politique sceptique en mettant en &#233;vidence l'impossibilit&#233; pour tout &#234;tre humain d'&#234;tre parfaitement objectif, et donc la part de subjectivit&#233; &#233;vidente en chacun de nous. Cette subjectivit&#233; est propre &#224; chaque homme, et nous y sommes tous &#171; condamn&#233;s &#187;. Cet adjectif employ&#233; par Merleau-Ponty revient &#224; dire que nous ne sommes pas libres de notre subjectivit&#233;, qu'elle fait partie de nous que nous le voulions ou non. Et les choix inh&#233;rents &#224; notre subjectivit&#233; alors, ne sont-ils pas &#233;galement d&#233;termin&#233;s par les circonstances ext&#233;rieures plut&#244;t que le fruit d'une r&#233;flexion parfaitement objective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque &#234;tre humain, au cours de sa vie, est amen&#233; &#224; faire des choix aux cons&#233;quences plus ou moins importantes, des choix d&#233;termin&#233;s par de nombreux facteurs. Ainsi serait-on tent&#233;s de dire que c'est notre caract&#232;re naturel qui nous pousse &#224; faire certaines actions. Mais ce m&#234;me caract&#232;re n'est-il pas lui-m&#234;me le fruit d'un concours de circonstances qui a permis de le forger ? Car il est &#233;vident que celui qui aura grandi dans le besoin et la mis&#232;re n'aura pas la m&#234;me conception de la vie qu'un autre individu du m&#234;me age qui aurait eu tout ce qu'il d&#233;sire &#224; disposition d&#232;s son plus jeune &#226;ge. Nous naissons tous identiques les uns aux autres, car &#224; la naissance nous ne sommes pas encore capables de nous faire une opinion sur quoi que ce soit, nous n'avons pas de caract&#232;re particulier tout simplement parce que nous sommes incapables de penser. C'est en cela que notre caract&#232;re se forge d&#232;s l'enfance, qui est certainement la p&#233;riode la plus d&#233;terminante de notre vie puisque d'un &#234;tre incapable d'&#233;mettre ni m&#234;me d'avoir un avis sur quoi que ce soit, nous acqu&#233;rons une personnalit&#233; qui nous est propre en devenant capable de penser. Mais il faut bien que cette aptitude &#224; penser nous soit, si ce n'est enseign&#233;e, inculqu&#233;e de fa&#231;on plus ou moins indirecte par notre entourage. Car par exemple un enfant qui grandirait avec des animaux, sans aucune pr&#233;sence humaine autour de lui, calquerait son comportement sur celui des ces animaux tout naturellement, et donc n'aurait aucune forme de pens&#233;e humaine. Il suffit de voir par exemple le cas de Victor l'enfant sauvage de l'Aveyron, qui se comportait de la m&#234;me fa&#231;on que les animaux sauvages qu'il avait certainement pu observer autour de lui ; rien dans ses attitudes n'indiquait une quelconque r&#233;flexion humaine, il ne savait m&#234;me pas parler. Car le langage, en plus de nous permettre de nous exprimer, nous permet tout simplement de penser. Sinon comment pourrions-nous seulement construire un raisonnement sans pouvoir mettre des mots sur ce &#224; quoi l'on pense ? La langue maternelle ne demande pas d'effort particulier pour &#234;tre apprise, puisque nous l'acqu&#233;rons &#224; force d'entendre notre entourage l'utiliser, facult&#233; qui dispara&#238;t d&#232;s que notre &#226;ge atteint quelques ann&#233;es, c'est un fait. Et si c'est le cas pour l'apprentissage de la langue, alors c'est aussi certainement le cas pour les premi&#232;res pens&#233;es que l'on d&#233;veloppe. De la m&#234;me mani&#232;re que nous acqu&#233;rons le langage gr&#226;ce &#224; un certain mim&#233;tisme sur notre entourage, il est logique que nous calquions nos premi&#232;res pens&#233;es sur notre entourage. N'ayant aucune notion de base pour s'opposer &#224; leurs convictions, nous ne pouvons qu'y adh&#233;rer. C'est ainsi que se forgent les premi&#232;res bases de notre caract&#232;re, puisque les manifestations d'un caract&#232;re sont justement les convictions que l'on exprime. En ce sens, la base de notre caract&#232;re n'est que le r&#233;sultat de ce que nous avons v&#233;cu, et entendu dans les premi&#232;res ann&#233;es de notre vie. Et c'est logiquement l&#224; que se forgent chacune de nos individualit&#233;s puisque, m&#234;me ayant v&#233;cu dans le m&#234;me milieu, il est impossible d'avoir v&#233;cu les m&#234;mes exp&#233;riences successives, ni m&#234;me d'&#234;tre entour&#233; et donc influenc&#233; par des personnes ayant les m&#234;mes caract&#232;res trait pour trait. C'est donc dans un premier temps le milieu social, et d'une fa&#231;on plus pr&#233;cise l'entourage proche, qui d&#233;terminent les bases du caract&#232;re d'un individu. Un enfant &#233;lev&#233; dans un milieu bourgeois va, d&#232;s son plus jeune &#226;ge apprendre &#224; parler avec la m&#234;me aisance, le m&#234;me vocabulaire que celui affich&#233; par ses parents et cela posera les bases de son &#233;ducation. De m&#234;me si ses parents se montrent particuli&#232;rement critiques envers une politique, l'enfant va obligatoirement adopter leur point de vue car n'ayant aucune notion dans ce domaine, il sera oblig&#233; d'accepter la v&#233;racit&#233; de ces propos. Enfin si par exemple son p&#232;re est un grand r&#226;leur et sa m&#232;re particuli&#232;rement susceptible, il adoptera certains de ces traits de caract&#232;re, n'ayant aucun caract&#232;re de base et donc aucun recul n&#233;cessaire. Mais d'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, &#224; bien plus grande &#233;chelle que le milieu social, c'est tout autant l'&#233;poque dans laquelle on vit qui d&#233;termine la personne que l'on est vou&#233; &#224; devenir. Chaque &#233;poque impose ses normes, par exemple sous le r&#232;gne de Louis XIV il n'est certainement venu &#224; personne l'id&#233;e de se r&#233;volter contre leur souverain, de par une grande admiration pour lui et bien s&#251;r la peur de la peine qui pourrait &#234;tre inflig&#233;e, le roi &#233;tant au-dessus de tout il peut ex&#233;cuter les gens comme bon lui semble. Par cons&#233;quent les individus &#233;taient naturellement soumis &#224; l'autorit&#233; du roi, probablement aussi &#224; toute forme d'autorit&#233; en g&#233;n&#233;ral, et t&#233;moignaient reconnaissance envers lui. Alors que seulement 1 si&#232;cle plus tard sous le pouvoir de Louis XVI, l'autorit&#233; royale &#233;tait contest&#233; notamment gr&#226;ce aux philosophes des Lumi&#232;res qui ont fait preuve d'un grand sens critique &#224; l'&#233;gard du pouvoir, ce qui a influenc&#233; les populations, et les a finalement exhort&#233;es &#224; se r&#233;volter. Ainsi, contrairement &#224; ce qui &#233;tait le cas 100 ans plus t&#244;t, les circonstances ext&#233;rieures ont apport&#233; aux individus un regard plus critique sur le pouvoir, et donc un esprit de r&#233;bellion, de r&#233;volte qu'ils ne connaissaient pas avant. C'est en cela que l '&#233;poque et les circonstances ext&#233;rieures qu'elle implique forge l'esprit des individus. Tous ces facteurs que sont le milieu social, l'entourage et l'&#233;poque dans laquelle on vit contribuent &#224; l'affirmation de la personnalit&#233; des individus, ce qui fait de chacun d'entre nous un &#234;tre unique, car toutes ces circonstances r&#233;unies ne peuvent pas co&#239;ncider et &#234;tre identiques ne serait-ce que pour deux individus diff&#233;rents. Nous avons chacun une subjectivit&#233; qui nous est propre, et de l&#224; il para&#238;t inconcevable d'imaginer pour n'importe qui de faire preuve d'une objectivit&#233; totale, objectivit&#233; qui ne soit remise en question par personne. Mais l'Histoire retient surtout, &#224; l'image de la R&#233;volution, des faits qui trouvent leur fondement dans une unit&#233; collective, une pens&#233;e et une action accomplies par un groupe de personnes. Car si chaque individu a une personnalit&#233;, et par cons&#233;quent des volont&#233;s qui lui sont propres, il trouve aussi des int&#233;r&#234;ts communs avec d'autres individus semblables, et de l&#224; s'affirme une forme de conscience collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce terme de &#171; conscience collective &#187; est d&#233;fini par &#201;mile Durkheim, premier sociologue moderne, dans Les formes &#233;l&#233;mentaires de la vie religieuse (1912), aux pages 632-634. Il y explique que la soci&#233;t&#233;, compos&#233;e par les individus, est elle-m&#234;me divis&#233;e en plusieurs groupes class&#233;s les uns par rapport aux autres. Cette classification est d&#233;termin&#233;e par le milieu social auquel chacun appartient. Ainsi des agriculteurs se c&#244;toieront mutuellement bien plus naturellement qu'ils ne c&#244;toieraient des &#233;tudiants par exemple. Ce sont deux diff&#233;rents groupes sociaux, car en raison de leur &#226;ge et des diff&#233;rentes &#233;ducations qu'ils ont pu recevoir, ils ne partageront probablement pas la m&#234;me opinion sur diff&#233;rents sujets. Certes il n'y a pas de position pr&#233;d&#233;termin&#233;e que ce soit pour les agriculteurs ou pour les &#233;tudiants, chaque individu &#233;tant diff&#233;rent naturellement, mais on retrouvera dans ces groupes certaines id&#233;es g&#233;n&#233;rales. La cause, mais aussi la manifestation de chaque groupe social se traduit par la &#171; portion d&#233;termin&#233;e d'espace &#187; qu'ils occupent, et qui sont visibles &#224; travers les diff&#233;rentes villes ou villages habit&#233;s, les quartiers dans les grandes villes... Les individus d'un m&#234;me groupe social se retrouvent, si ce n'est quotidiennement, r&#233;guli&#232;rement pour &#233;changer et pratiquer des activit&#233;s qui leur sont communes, &#224; &#171; des dates fix&#233;es, convenues et, par cons&#233;quent, [d']un temps commun que tout le monde con&#231;oit de la m&#234;me fa&#231;on &#187; . C'est cette entente commune sur le temps pass&#233; ensemble, la coexistence dans un espace d&#233;limit&#233; et commun ainsi qu'un environnement d'&#233;ducation plus ou moins similaire, qui forment la &#171; causalit&#233; collective &#187; et expliquent les pens&#233;es communes que partage un m&#234;me groupe social. Ils poursuivront ainsi une m&#234;me fin, en s'entendant sur les moyens qui permettent de l'atteindre d'une fa&#231;on collective, au-del&#224; des possibles exigences individuelles. Par exemple un gouvernement d&#233;cidera que, pour d&#233;terminer les mesures &#224; mettre en place afin de r&#233;gler le probl&#232;me de la dette, il se r&#233;unira tel jour, de telle heure &#224; telle heure, et qu'en cas de divergences trop prononc&#233;es sur la meilleure m&#233;thode &#224; adopter, la d&#233;cision se fera par vote &#224; la majorit&#233; relative. Certains pourraient pr&#233;f&#233;rer une autre date de r&#233;union mais viendront quand m&#234;me le jour pr&#233;vu dans l'int&#233;r&#234;t de tous, tout comme d'autres pourraient s'opposer aux d&#233;cisions prises par le groupe mais seront forc&#233;s d'y adh&#233;rer car cela aura &#233;t&#233; voulu par la majorit&#233;. C'est toujours l'int&#233;r&#234;t collectif qui pr&#233;vaut. Au-del&#224; de la contingence individuelle, de la libert&#233; de penser et d'agir dont chaque individu profite, qui pourrait aux premiers abords donner l'image d'une soci&#233;t&#233; d&#233;sordonn&#233;e voire chaotique, on voit &#224; travers la formation de diff&#233;rents groupes sociaux, plus caus&#233;e par un d&#233;terminisme ext&#233;rieur que par une volont&#233; propre &#224; chaque individu, l'&#233;mergence d'une &#171; conscience collective &#187; qui ob&#233;irait &#224; une certaine forme de logique, donnant un v&#233;ritable sens &#224; leurs actions. Un sens reconnu par tous, en accord sur une fin commune et les moyens mis en place pour y parvenir, au nom du collectif. C'est en cela que l'on trouve une logique aux faits, guid&#233;s par un d&#233;sir collectif et un accord commun sur la fa&#231;on d'y arriver, et donc &#224; l'histoire qui correspond &#224; la succession logique de ces m&#234;mes faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re qu'au-del&#224; de l'anarchie individuelle apparente, on peut voir se former une certaine coh&#233;rence dans les int&#233;r&#234;ts communs des individus selon leur groupe social, la somme de ces groupes sociaux pourtant bien diff&#233;rents, que l'on peut d&#233;gager de toute &#233;poque, ramen&#233;s &#224; l'&#233;chelle de l'humanit&#233; toute enti&#232;re forme une unit&#233; et un d&#233;roulement logique de l'histoire. Une logique incertaine dans le pr&#233;sent, que l'on ne peut pr&#233;voir, mais pourtant bel et bien &#233;vidente quand on regarde l'histoire de l'humanit&#233; d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale et ses faits pass&#233;s. C'est cette id&#233;e que Kant d&#233;veloppe dans l'introduction de ce qu'il a appel&#233; Id&#233;e d'une histoire universelle du point de vue cosmopolite, en comparant les actions humaines &#224; des &#233;v&#233;nements naturels, indubitables donc. Tout comme la nature conna&#238;t des &#171; ph&#233;nom&#232;nes m&#233;t&#233;orologiques instables &#187;, les hommes ne suivent pas tous les m&#234;me mouvement et certains vont m&#234;me &#224; contre-courant, chacun ayant sa volont&#233; propre. Cependant en regardant tout cela de fa&#231;on plus globale, on s'aper&#231;oit que l'histoire des hommes suit un cours naturel, un &#171; fil conducteur &#187; tout comme un ruisseau suivrait son cours de la fa&#231;on la plus paisible qui soit. L'histoire, au lieu de relater de fa&#231;on d&#233;sordonn&#233;e et absurde ce que serait l'histoire de la vie des individus de fa&#231;on particuli&#232;re, aborde une vision beaucoup plus collective de l'ensemble de l'humanit&#233; et de cette fa&#231;on elle nous appara&#238;t comme une succession de faits dont le d&#233;roulement ob&#233;irait &#224; une logique &#233;vidente. Cette histoire logique telle qu'elle nous est relat&#233;e nous appara&#238;t donc comme telle, comme une suite de &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187; puisque nous en sommes conscients. C'est l'histoire du pass&#233;. En revanche, l'histoire que nous sommes en train d'&#233;crire, celle du pr&#233;sent et le futur qu'elle implique, est absolument impr&#233;visible pour l'homme qui ne peut en anticiper la logique. Selon Kant cependant, ces faits pr&#233;sents ob&#233;issent toujours &#224; un d&#233;roulement voulu par la nature, que nous suivons sans m&#234;me nous en rendre compte. Ce sont les &#171; noum&#232;nes &#187;, ind&#233;pendants de notre conscience et appartenant &#224; une logique qui nous d&#233;passe &#224; laquelle nous sommes soumis. L'histoire humaine ne suit donc pas un plan concert&#233; &#224; l'avance, mais un plan inconscient dont nous ne pouvons d&#233;couvrir les rouages qu'apr&#232;s-coup. Lorsque des d&#233;cisions politiques sont prises, elles ne le sont pas pour suivre un quelconque d&#233;roulement logique de l'histoire mais simplement car ces d&#233;cisions ont &#233;t&#233; jug&#233;es comme les plus b&#233;n&#233;fiques au regard des seuls faits pr&#233;sents. Cependant lorsque nous les regarderons avec le recul historique n&#233;cessaire, elles nous para&#238;trons &#233;videntes, comme la suite d'un d&#233;roulement rationnel et l'on a du mal &#224; imaginer autre cas de figure alors m&#234;me que dans bien des cas elles n'auront pas &#233;t&#233; faciles &#224; prendre, et encore moins indiscutables sur le moment pr&#233;sent. Alors que nous avons l'illusion d'&#234;tre libres, que chacune de nos d&#233;cisions peut changer le cours de l'histoire, nous ne faisons qu'ob&#233;ir &#224; des &#171; lois naturelles &#187; qui r&#233;gissent nos actions de sorte &#224; ce qu'elles suivent le d&#233;roulement rationnel de l'histoire. Ainsi quand les Fran&#231;ais firent la R&#233;volution de 1789 et tranch&#232;rent d'un accord commun la t&#234;te de leur roi Louis XVI, ils pensaient certainement changer le cours de l'histoire et entra&#238;ner un bouleversement en &#233;tant l'un des premiers pays &#224; se r&#233;volter contre son souverain. Ce fut certes un tournant majeur dans l'histoire du monde, mais cela para&#238;t aujourd'hui comme un &#233;v&#233;nement destin&#233; &#224; aboutir &#224; un moment ou l'autre, d'une fa&#231;on ou d'une autre comme cela avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; le cas en Angleterre par exemple et comme d'autres pays ont suivi, car il nous para&#238;t aujourd'hui de fa&#231;on univoque qu'il est scandaleux qu'une seule personne gouverne un pays selon son bon vouloir, selon la croyance na&#239;ve qu'il est destin&#233; &#171; naturellement &#187; &#224; gouverner en raison de son nom. De l&#224; il est &#233;vident que la population &#233;tait vou&#233;e &#224; se r&#233;volter, et si cela n'avait pas &#233;t&#233; en 1789, ce se serait produit plus tard fort logiquement. Et c'est encore plus flagrant lorsque l'on consid&#232;re qu'aujourd'hui aucun roi ou reine n'a le pouvoir d'un pays, les rares monarchies qui se sont maintenues sont plus symbolique que v&#233;ritablement autoritaire, le pouvoir d&#233;cisionnel appartenant avant tout au Parlement et au Premier ministre puisqu'il est question de monarchies parlementaires. Et ceux qui ont pris le pouvoir par la force en s'autoproclamant unique chef d'&#201;tat et revendiquant tous les pouvoirs comme les eurent les rois auparavant, notamment dans les pays en difficult&#233;, sont d&#233;nonc&#233;s par la communaut&#233; internationale, et d&#232;s qu'elle en a la possibilit&#233; la population se soul&#232;ve comme ce fut le cas lors du r&#233;cent &#171; Printemps arabe &#187;. La R&#233;volution fran&#231;aise n'est donc pas un bouleversement ou changement impr&#233;vu du cours de l'histoire, mais au contraire un acte fondateur, irr&#233;m&#233;diable, qui a permis par la suite un progr&#232;s coh&#233;rent sur la fa&#231;on de gouverner un pays, de fa&#231;on &#224; ce qu'aujourd'hui la r&#233;publique soit un mod&#232;le adopt&#233; par une grande majorit&#233; des &#201;tats du monde. Elle &#233;tait vou&#233;e &#224; r&#233;ussir dans la logique des choses, une logique que l'on ne peut percevoir sur le moment mais qui nous appara&#238;t comme &#233;vidente d&#232;s que l'on poss&#232;de le recul n&#233;cessaire sur les faits. De la m&#234;me mani&#232;re dans le pr&#233;sent nous pouvons faire des choix dont nous ne voyons les cons&#233;quences - parfois minimes &#8211; que sur notre vie pr&#233;sente sans aucune consid&#233;ration pour le futur, et avons l'impression, justifi&#233;e, que ce choix ne d&#233;pend que de notre libre-arbitre, que nous sommes libres de choisir. Cependant nous ob&#233;issons inconsciemment dans chacun de nos choix aux &#171; lois universelles de la nature &#187;, ce que nous ne voyons que plus tard en constatant l'ineptie qu'aurait constitu&#233; un choix alternatif et, au contraire, la causalit&#233; et la continuit&#233; &#233;videntes que repr&#233;sentent le choix effectu&#233;. C'est ainsi que se serait construite l'histoire de l'humanit&#233;, non guid&#233;e par la volont&#233; des hommes qui auraient &#224; chaque fois d&#233;cid&#233; au fil du temps de la meilleure voie &#224; prendre, de la meilleure politique &#224; adopter avec les responsabilit&#233;s que cela implique, mais dans l'id&#233;e que ces choix auraient &#233;t&#233; d&#233;j&#224; pr&#233;d&#233;finis par diff&#233;rentes causes afin de poursuivre une continuit&#233; logique, une continuit&#233; que l'on pourrait qualifier de &#171; loi naturelle &#187; que nous suivons sans en &#234;tre conscients dans le pr&#233;sent et dont les ph&#233;nom&#232;nes nous apparaissent clairement d&#232;s que l'on regarde le pass&#233; dans sa globalit&#233;, avec le recul que cela impose. L'histoire est une &#233;volution perp&#233;tuelle vers l'id&#233;e d'un progr&#232;s qui se ferait &#233;tape par &#233;tape mais qui ne serait jamais arr&#234;t&#233;, suivant un &#171; fil conducteur &#187; impalpable au moment des faits, dont on ne voit clairement les contours qu'apr&#232;s-coup. En cela elle repr&#233;sente une continuit&#233; de faits se succ&#233;dant de fa&#231;on logique, c'est la rationalit&#233; de l'histoire. Et si elle n'a pas de fin en soi, on pourrait y voir l'espoir d'une progression en vue d'un monde en paix, d'o&#249; les conflictualit&#233;s &#8211; aujourd'hui nombreuses &#8211; entre les &#201;tats ou les diff&#233;rents peuples ne seraient plus qu'un mauvais souvenir. Les premi&#232;res avanc&#233;es vers cette id&#233;e ont d&#233;j&#224; eu lieu, d'une part avec la cr&#233;ation de la SDN apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, &#233;tant cens&#233;e garantir la paix entre les peuples, puis &#224; plus grande &#233;chelle celle de l'ONU apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, qui a su tirer les le&#231;ons de l'&#233;chec de la SDN, puisque aucun conflit de cette ampleur n'a encore &#233;clat&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui, pr&#232;s de 70 ans apr&#232;s sa cr&#233;ation. Peut-&#234;tre pouvons-nous esp&#233;rer que ce ne sont que les premi&#232;res &#233;tapes vers une paix internationale et que d'autres suivront irr&#233;m&#233;diablement, mais cela il nous est impossible de le deviner...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merleau-Ponty ne croyait pas en la possibilit&#233; de la r&#233;alisation d'une politique sceptique, puisque se voulant par d&#233;finition parfaitement objective, elle &#233;chapperait &#224; toute r&#233;alit&#233;. En effet le constat est simple : comment pr&#244;ner une objectivit&#233; &#224; toute &#233;preuve alors m&#234;me qu'on a des d&#233;cisions &#224; prendre et qu'elles sont bas&#233;es sur un tri implicite de l'importance des faits ? De l&#224;, impossible d'&#233;chapper &#224; toute forme de subjectivit&#233;. Et au niveau politique, cette subjectivit&#233; est surtout marqu&#233;e par la philosophie de l'histoire, indispensable pour toute mise en perspective, et par laquelle nous sommes influenc&#233;s que nous le voulions ou non quand il s'agit de baser nos d&#233;cisions sur les faits, pr&#233;sents ou pass&#233;s. Merleau-Ponty distingue ainsi 3 philosophies de l'histoire : une histoire absurde, d&#233;pourvue de sens telle que la voient les sceptiques, une histoire qui ne serait que la r&#233;alisation visible d'un plan rationnel, th&#233;orie &#224; laquelle il s'oppose &#233;galement car il voit en l'histoire de nombreuses absurdit&#233;s, mais des absurdit&#233;s en lesquelles on peut trouver un sens et une direction. Th&#233;orie n'&#233;tant ni partag&#233;e par Merleau-Ponty ni par les sceptiques, l'id&#233;e d'une histoire rationnelle semble pourtant largement d&#233;fendable au vu de la progression perp&#233;tuelle de l'humanit&#233; dans son ensemble, du premier australopith&#232;que jusqu'&#224; notre civilisation actuelle, ainsi que la logique &#233;vidente qui se d&#233;gage de la succession des faits dans l 'histoire, faits auxquels on peut toujours rattacher au moins une cause irr&#233;futable, m&#234;me &#224; ceux qui peuvent para&#238;tre comme les plus absurdes. Cependant, quoi qu'on en pense, il est clairement impossible de dissocier ses d&#233;cisions et actes de toute philosophie de l'histoire. Car, tous autant que nous sommes, avons au moins une culture historique de base, et de l&#224; il est impossible de ne pas porter d'avis, ne serait-ce qu'implicite, sur ces faits. Notre condition d'hommes nous pousse &#224; penser quelque chose sur tout, l'&#234;tre humain &#233;tant le seul &#234;tre vivant capable d'exercer sa raison et par l&#224; m&#234;me de manifester une subjectivit&#233; qui lui est propre. Et cette conscience ne peut pas &#234;tre objective puisqu'elle est conditionn&#233;e par les exp&#233;riences propres &#224; chacun de nous, celles-l&#224; qui nous rendent tous diff&#233;rents les uns des autres, tous des individus uniques. C'est pourquoi nous ne pouvons &#234;tre uniform&#233;ment objectifs, chacun d&#233;veloppant sa propre subjectivit&#233;, qu'il le veuille ou non. De m&#234;me il appartient aux sceptiques de voir en l'histoire une succession de faits absurdes, et c'est l&#224; un avis qu'ils partagent entre eux mais auquel tout le monde ne croira pas de fa&#231;on objective. C'est une philosophie de l'histoire possible, subjective par d&#233;finition et qui s'oppose donc &#224; leur volont&#233; d'objectivit&#233;. En niant toute philosophie de l'histoire, on en d&#233;veloppe par cons&#233;quent une autre. Aussi peut-on affirmer que toute politique, dans la r&#233;flexion comme dans la d&#233;cision, est forc&#233;ment soumise &#224; la philosophie de l'histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce que l'histoire n'est pas.</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guilloux, Fr&#233;d&#233;ric</dc:creator>



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&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998 &lt;br class='autobr' /&gt;
Commentaire du texte de A.A. Cournot : Ce que l'histoire n'est pas. &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; Ce texte de Cournot (Ce que l'histoire n'est pas.) se rapporte au th&#232;me de l'histoire, plus pr&#233;cis&#233;ment au probl&#232;me de sa d&#233;finition. Selon l'auteur l'histoire doit d&#233;crire les &#233;v&#233;nements en montrant les liens qui les unissent, mais sans pr&#233;senter ces liens comme absolument n&#233;cessaires. Le texte se divise en trois parties : l'auteur rejette d'abord deux id&#233;es oppos&#233;es que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-explications-de-textes-" rel="directory"&gt;Des explications de textes.&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentaire du texte de A.A. Cournot : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Ce-que-l-histoire-n-est-pas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ce que l'histoire n'est pas.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ce texte de Cournot (&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Ce-que-l-histoire-n-est-pas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ce que l'histoire n'est pas.&lt;/a&gt;) se rapporte au th&#232;me de l'histoire, plus pr&#233;cis&#233;ment au probl&#232;me de sa d&#233;finition. Selon l'auteur l'histoire doit d&#233;crire les &#233;v&#233;nements en montrant les liens qui les unissent, mais sans pr&#233;senter ces liens comme absolument n&#233;cessaires. Le texte se divise en trois parties : l'auteur rejette d'abord deux id&#233;es oppos&#233;es que certains ont pu avoir sur l'histoire. Il nous indique ainsi ce que l'histoire n'est pas : elle n'est ni un ensemble de faits enti&#232;rement d&#233;termin&#233;s et ob&#233;issant &#224; des lois strictes, ni un ensemble de faits enti&#232;rement ind&#233;pendants et contingents. L'expos&#233; de cette th&#232;se est suivie d'une application &#224; deux exemples pr&#233;cis - la loterie et les annales de l'Antiquit&#233; -, qui jouent le r&#244;le de contre-exemples : Cournot montre pourquoi leur r&#233;cit n'est pas historique. Il conclut en montrant que la relation au temps n'est pas suffisante pour parler d'Histoire. On commence &#224; approcher le probl&#232;me qui se pose : bien que le cours de l'histoire soit en apparence chaotique, l'exp&#233;rience historique permet de d&#233;gager certaines &#034;lois&#034;, mais celles-ci ne sont pas certaines. Ce probl&#232;me est d'ordre &#233;pist&#233;mologique : ces &#034;lois&#034;, qui sont ind&#233;montrables comme nous le verrons, doivent-elles pour autant &#234;tre rejet&#233;es ? On saisit, du m&#234;me coup, un enjeu du texte : hormis le r&#244;le de l'historien, qui varie consid&#233;rablement en fonction de la r&#233;ponse apport&#233;e, on se rend compte que la place laiss&#233;e &#224; la libert&#233; de l'homme dans ses actions historiques est totalement diff&#233;rente selon la vision que l'on a de l'histoire. Quelle d&#233;finition peut-on donc donner de l'histoire ? A quelles conditions des &#233;v&#233;nements peuvent-ils &#234;tre qualifi&#233;s d'historiques ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I/ ETUDE ORDONNEE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Dans une premi&#232;re partie du texte, l'auteur nous expose sa th&#232;se. Il le fait par n&#233;gation de la th&#232;se oppos&#233;e. On peut y distinguer deux temps. Dans un premier temps, Cournot rejette une premi&#232;re vision de l'histoire qu'il juge trop radicale. On note que l'histoire est envisag&#233;e ici comme l'&#233;tude des &#233;v&#233;nements pass&#233;s - en particulier ceux concernant le pass&#233; des soci&#233;t&#233;s humaines - et non ces &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire que l'histoire repr&#233;sente le travail de l'historien. Cournot montre ainsi que ne sont pas historiques des faits qui &#034;d&#233;rivent n&#233;cessairement et r&#233;guli&#232;rement les uns des autres&#034;. Or c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; la d&#233;finition du d&#233;terminisme, selon lequel les m&#234;mes causes produisent toujours les m&#234;mes effets. Des &#233;v&#233;nements n&#233;cessaires sont en effet des &#233;v&#233;nements qui n'auraient pas pu ne pas &#234;tre, et les liens sont r&#233;guliers s'ils ne varient pas au cours du temps, s'ils restent toujours les m&#234;mes. L'histoire, l'&#233;tude des &#233;v&#233;nements historiques, ne peut donc pas &#234;tre compar&#233;e aux sciences exactes qui pr&#233;tendent d&#233;couvrir des rapports immuables entre plusieurs ph&#233;nom&#232;nes. Ces rapports sont les &#034;lois constantes&#034;. L'auteur fait ici r&#233;f&#233;rence, parmi les sciences dites &#034;exactes&#034;, &#224; la physique et non aux math&#233;matiques. Il ne s'agit pas en effet ici d'un syst&#232;me construit par l'homme et o&#249; les lois sont d&#233;montr&#233;es par d&#233;duction logique, mais de lois naturelles sur lesquelles l'homme n'a aucune influence mais qu'il peut d&#233;couvrir en &#233;tudiant les ph&#233;nom&#232;nes o&#249; la causalit&#233; contenue dans ces lois s'exprime. Mais ces d&#233;couvertes s'effectuant dans un cadre pr&#233;cis, on ne peut affirmer la validit&#233; des lois d&#233;couvertes qu'&#233;galement dans un certain cadre, sous certaines conditions. On est donc amen&#233; par la suite &#224; d&#233;finir un &#034;syst&#232;me&#034;, qui est l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes &#233;tudi&#233;s et sur lesquels s'appliquent ces lois. L'histoire nous pr&#233;senterait, dans le cas d'un d&#233;terminisme historique total, cet ensemble d'&#233;v&#233;nements o&#249; les lois historiques s'appliqueraient. Or dans ce cas chaque &#233;v&#233;nement aurait comme cause un &#233;v&#233;nement pr&#233;c&#233;dent. Mais comme la connaissance que nous avons du pass&#233; nous enseigne que les &#233;v&#233;nements ne se r&#233;p&#232;tent pas, une cause ne pourrait jamais s'exprimer plus d'une fois. Il faudrait donc pour expliquer chaque &#233;v&#233;nement une loi particuli&#232;re. On voit donc que dans l'histoire il ne peut &#234;tre question uniquement de lois &#034;constantes&#034; et r&#233;guli&#232;res rendant compte de tous les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette premi&#232;re th&#232;se est rejet&#233;e, c'est essentiellement pour son caract&#232;re insuffisant. C'est en fait surtout &#224; la seconde qu'entend s'attaquer l'auteur, comme le prouve la suite du texte, ainsi que l'organisation de la premi&#232;re phrase : Cournot nous avertit tout d'abord des limites de la th&#232;se d'un d&#233;terminisme n&#233;cessaire. Toutefois, il semble que sa th&#232;se en soit assez proche, car toute la suite de la d&#233;monstration s'applique &#224; &#233;carter la th&#232;se oppos&#233;e. Ce que l'histoire n'est pas, c'est donc surtout le r&#233;cit d'une &#034;suite d'&#233;v&#233;nements qui seraient sans aucune liaison entre eux&#034;. En effet, si les &#233;v&#233;nements ne d&#233;pendent pas les uns des autres, c'est qu'ils sont soit le fruit d'un pur hasard, et que le principe m&#234;me d'une relation de causes &#224; effets est inad&#233;quate, soit issus d'une volont&#233; sup&#233;rieure et transcendantale, qui ne serait soumise &#224; aucune loi, d'origine divine ou humaine. L'auteur affirme donc ici que les &#233;v&#233;nements historiques ne sont pas contingents. Nous ne serions qu'en pr&#233;sence d'une suite d'&#233;v&#233;nements qui pourraient &#233;ventuellement &#234;tre d&#233;crits, mais en aucun cas compris. Cournot nous dit qu'ils ne peuvent pas, dans ce cas, s'inscrire dans une histoire, que l'histoire ne doit pas s'int&#233;resser &#224; des &#233;v&#233;nements contingents dans le cas o&#249; il y en ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'argumentation porte dans une deuxi&#232;me partie sur l'&#233;tude de deux exemples. Il s'agit dans les deux cas d'une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements ind&#233;pendants. L'auteur montre que pour cette raison leur &#233;tude ne peut pas repr&#233;senter une histoire. La loterie est bien une suite d'&#233;v&#233;nements, ou &#034;suite de coups singuliers&#034;, o&#249; les &#233;v&#233;nements sont les coups, c'est-&#224;-dire les num&#233;ros tir&#233;s successivement. Ils sont singuliers car ind&#233;pendants, ne se rapportant qu'&#224; eux-m&#234;mes. On peut dans le cas de la loterie parler d'un hasard quant aux coups ou num&#233;ros tir&#233;s. Le tirage d'un num&#233;ro plut&#244;t qu'un autre a pourtant bien une cause physique positive - voire plusieurs - mais cette cause ne peut donner lieu - c'est le principe du jeu - &#224; aucune pr&#233;vision car une diff&#233;rence tr&#232;s petite dans la cause ou dans l'assemblage des causes produit un effet consid&#233;rable et entra&#238;ne des variations tr&#232;s grandes dans les r&#233;sultats. Quoiqu'il en soit, m&#234;me si des causes existent, elles sont de toute fa&#231;on totalement ext&#233;rieures au syst&#232;me qui est &#233;tudi&#233;, &#224; savoir l'ensemble des coups tir&#233;s, et il n'existe aucune cause d'un coup qui puisse &#234;tre trouv&#233;e dans un coup pr&#233;c&#233;dent : chaque coup n'exerce &#034;aucune influence sur ceux qui [le] suivent&#034;. On ne peut donc &#233;noncer aucune r&#232;gle permettant, &#224; partir de certains des &#233;v&#233;nements, d'expliquer l'existence des autres, ni l'ordre dans lequel ils se sont d&#233;roul&#233;s. Il n'y a pas de liens logiques ou constants entre les coups : ils &#034;se succ&#232;dent sans s'encha&#238;ner&#034;. Par cons&#233;quent, d'apr&#232;s la th&#232;se expos&#233;e dans la premi&#232;re partie du texte, le compte rendu des r&#233;sultats n'est pas de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la m&#234;me raison, les annales de l'Antiquit&#233; ne sont pas historiques. Elles ne repr&#233;sentent en effet que des faits &#034;consign&#233;s&#034;. Les &#233;v&#233;nements, qui ont probablement eu lieu dans le pass&#233;, sont seulement d&#233;crits, mais pas expliqu&#233;s, on n'en conna&#238;t pas les causes ni les raisons. Les pr&#234;tres de l'Antiquit&#233; ne sont donc pas des historiens, bien qu'ils nous transmettent leur &#034;connaissance&#034; des faits pass&#233;s. La connaissance dont il est question ici n'est pas une connaissance intellectuelle qui permet de comprendre, et dans une certaine mesure de saisir l'essence des &#233;v&#233;nements, en &#233;tablissant entre eux des relations intelligibles de cause &#224; effet. C'est plut&#244;t une connaissance sensible. Les informations nous sont donn&#233;es par le texte comme elles nous seraient donn&#233;es par nos sens si nous assistions r&#233;ellement aux &#233;v&#233;nements. Cette connaissance - ou pr&#233;sence &#224; notre esprit sous forme d'une repr&#233;sentation - seule ne suffit pas en effet &#224; les rendre interpr&#233;tables et compr&#233;hensibles. Elle pourrait tout aussi bien s'appliquer aux coups de la loterie ou n'importe quel &#233;v&#233;nement contingent. Les &#233;v&#233;nements d&#233;crits ne sont pas expliqu&#233;s par des relations entre eux. Il faut donc faire intervenir soit le hasard, soit une force sup&#233;rieure - en l'occurrence probablement les dieux. Comme ces &#233;v&#233;nements paraissent ne pas &#234;tre n&#233;cessaires, que l'on peut penser qu'ils auraient pu ne pas &#234;tre - c'est-&#224;-dire qu'ils sont contingents -, ils sont du m&#234;me coup toujours inattendus. C'est pourquoi l'auteur peut parler par exemple de &#034;prodiges&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces exemples, qui ont illustr&#233; la th&#232;se expos&#233;e au d&#233;but, permettent &#233;galement de la pr&#233;ciser en montrant la relation entre l'histoire et la chronologie. L'histoire &#233;tudie des &#233;v&#233;nements pass&#233;s, c'est-&#224;-dire des &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s &#224; une &#233;poque diff&#233;rente de la n&#244;tre, &#224; un autre &#034;temps&#034;. Le premier attribut qui leur est donn&#233; est donc d'ordre temporel : on les caract&#233;rise par une date, relative &#224; un instant que l'on choisit comme origine, plus ou moins pr&#233;cise, qui permet de les classer chronologiquement. Ce travail n'est pas suffisant pour parler d'histoire car il n'explique pas les liens entre les &#233;v&#233;nements qui permettent de les comprendre. Ainsi les registres de la loterie ou les annales retracent des &#233;v&#233;nements dans l'ordre chronologique mais ces &#233;v&#233;nements paraissent &#234;tre sans liens entre eux si bien qu'il s'agit d'un ensemble, ordonn&#233;, de faits que l'on peut par ce moyen conna&#238;tre mais pas comprendre c'est-&#224;-dire que l'on peut savoir qu'ils ont exist&#233; mais pas pourquoi : ils paraissent contingents. Ceci montre bien que l'ordre chronologique est insuffisant. Il est toutefois n&#233;cessaire. On peut en effet comprendre la derni&#232;re ligne comme une nuance. L'auteur affirme que les annales ne relatent pas des &#233;v&#233;nements historiques mais il ajoute &#034;quoiqu'ils [ces &#233;v&#233;nements] se succ&#232;dent suivant un certain ordre chronologique&#034;. Ceci montre bien que les annales, qui prennent en compte le temps, ne sont pas de l'histoire, mais en m&#234;me temps on peut penser qu'elles apportent quand m&#234;me une contribution qui va dans le sens d'une histoire. On ne peut nier en effet que se caler dans le temps soit un premier niveau relationnel. Cette relation au temps est indispensable &#224; toute science historique : si celle-ci veut montrer des relations entre les &#233;v&#233;nements, elle ne peut nier, par exemple, que la cause pr&#233;c&#232;de toujours l'effet dans un ordre chronologique. Les pr&#234;tres de l'Antiquit&#233; n'ont donc pas fait de l'histoire. Pourtant ils ont servi d'une certaine mani&#232;re la cause historique.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II/ INTERET PHILOSOPHIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Cournot nous offre ici une conception mod&#233;r&#233;e (et prudente) de l'histoire, entre les deux extr&#234;mes que sont les conceptions comme d&#233;termin&#233;e ou contingente. Mais ce texte est plus un expos&#233; qu'une d&#233;monstration (celle-ci a peut-&#234;tre sa place ailleurs dans l'ouvrage). De plus il s'agit moins de l'affirmation d'une th&#232;se originale que du rejet de deux autres qui sont jug&#233;es insuffisantes. L'int&#233;r&#234;t r&#233;side donc surtout dans la question que soul&#232;ve l'auteur quant &#224; l'&#233;tude historique et les cons&#233;quences sur la conception de la libert&#233; et de la responsabilit&#233; humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La premi&#232;re interrogation porte sur le caract&#232;re scientifique de l'histoire. Le souci fondamental de l'historien est celui de l'objectivit&#233;. Ce souci s'est pos&#233; d&#232;s l'Antiquit&#233; grecque, depuis Thucydide qui tenta de retrouver objectivement des r&#233;alit&#233;s pass&#233;es - en particulier les &#233;v&#233;nements de la guerre du P&#233;loponn&#232;se - en confrontant diff&#233;rentes sources. Cette motivation de livrer &#224; ses contemporains une version la plus vraie possible des &#233;v&#233;nements pass&#233;s a longtemps &#233;t&#233; la plus forte. Toutefois Cournot nous montre ici que l'on ne peut pas parler d'histoire si le travail s'arr&#234;te &#224; la description des &#233;v&#233;nements, aussi fid&#232;le soit-elle. En effet une autre motivation a &#233;t&#233; par la suite de comprendre ces &#233;v&#233;nements pass&#233;s, c'est-&#224;-dire de les expliquer. Or expliquer, c'est donner la cause, les raisons, il faut relier les faits entre eux. Ceci introduit donc le probl&#232;me de la causalit&#233;. En effet seule la causalit&#233; historique permet d'expliquer un &#233;v&#233;nement historique : toutes les sciences ne peuvent expliquer un ph&#233;nom&#232;ne qu'en ayant recours au principe de causalit&#233;, selon lequel tout ph&#233;nom&#232;ne a une cause qui le d&#233;termine. Ce qui permet d'&#233;tablir un lien entre la cause et son effet, c'est le caract&#232;re n&#233;cessaire de la causalit&#233;. Donc si la causalit&#233; est n&#233;cessaire, la m&#234;me cause, dans les m&#234;mes conditions, est toujours suivie du m&#234;me effet. Aron affirme ainsi dans l'&lt;i&gt;Introduction &#224; la philosophie de l'Histoire&lt;/i&gt; que &#034;la causalit&#233; vise avant tout &#224; &#233;tablir des liens n&#233;cessaires en observant des r&#233;gularit&#233;s&#034;. Dans la pratique, le caract&#232;re n&#233;cessaire de la causalit&#233; est d&#233;duit de sa r&#233;p&#233;tition : on observe, en particulier lors d'exp&#233;riences, qu'un ph&#233;nom&#232;ne - que l'on nommera cause - est un tr&#232;s grand nombre, et &#224; chaque fois, suivi d'un autre ph&#233;nom&#232;ne - l'effet - ; on extrapole alors en affirmant que la liaison est n&#233;cessaire et que la cause sera toujours suivie de l'effet. C'est ici qu'appara&#238;t la difficult&#233; : l'extr&#234;me paradoxe de la causalit&#233; historique - qui seule peut donner une explication aux &#233;v&#233;nements - semble &#034;contingente&#034;, une causalit&#233; qui aurait pu ne pas &#234;tre ! En effet, la n&#233;cessit&#233; d'une causalit&#233; provient de son caract&#232;re p&#233;renne, permanent. Les sciences dites &#034;exactes&#034; &#233;tudient des ph&#233;nom&#232;nes reproductibles. Mais l'Histoire &#233;tudie des &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent dans le temps. Or ce temps n'est pas r&#233;versible, il s'&#233;coule inexorablement et toujours dans le m&#234;me sens. Un &#233;v&#233;nement historique est donc un ph&#233;nom&#232;ne qui n'arrive qu'une seule fois, qu'il soit consid&#233;r&#233; en tant que cause ou effet d'un autre &#233;v&#233;nement. Les m&#234;me conditions ne sont jamais r&#233;unies plusieurs fois. On ne peut pas exp&#233;rimenter des ph&#233;nom&#232;nes qui ne se produisent qu'une fois. On ne peut donc pas exp&#233;rimenter en histoire. Il est ainsi impossible en histoire d'observer une succession d'&#233;v&#233;nements exactement identiques dans les m&#234;mes conditions. Il semble donc impossible d'affirmer la n&#233;cessit&#233; stricte d'une causalit&#233;. La causalit&#233; suppose des rapports constants, or les faits historiques sont uniques. Si causalit&#233; il y a, elle ne peut fonctionner qu'une fois, ce qui semble rendre impossible la d&#233;monstration de sa n&#233;cessit&#233;. &lt;br /&gt; De plus toute science observe des ph&#233;nom&#232;nes particuliers mais &#233;tudie des ph&#233;nom&#232;nes g&#233;n&#233;raux en appliquant le principe de causalit&#233;. Ainsi l'observation de la chute de nombreux objets permet, &#224; partir du moment o&#249; on admet le caract&#232;re n&#233;cessaire de ces chutes, de d&#233;gager des lois qui expliquent a priori toute chute de corps dans les conditions particuli&#232;res de validit&#233; de la loi. Or en histoire il n'y a que des &#233;v&#233;nements particulier et non-reproductibles ; si elle ne peut pas affirmer la n&#233;cessit&#233; d'une relation entre les &#233;v&#233;nements historiques, l'&#233;tude historique ne peut pas, non plus, g&#233;n&#233;raliser les &#233;v&#233;nements particuliers pour faire des &#034;lois historiques&#034;. Sans lois, pas de science. Le but de toute science est en effet d'&#233;tablir des lois. &lt;br /&gt; En outre, toute science est par nature pr&#233;dictive. Puisque les lois d&#233;crivent des causalit&#233;s n&#233;cessaires, la connaissance des causes que sont les ph&#233;nom&#232;nes pr&#233;sents et de la loi qui les r&#233;git permet de pr&#233;dire - avec une certitude qui d&#233;pend essentiellement de la pr&#233;cision de la connaissance des ph&#233;nom&#232;nes pr&#233;sents - leurs effets, c'est-&#224;-dire les ph&#233;nom&#232;nes qui se d&#233;rouleront dans un futur plus ou moins proche. Par contre l'explication historique ne permet pas de pr&#233;dire l'avenir. Toute pr&#233;vision de l'avenir ne peut faire appel qu'&#224; une plus ou moins grande probabilit&#233;, et on ne peut en aucun cas justifier son caract&#232;re n&#233;cessaire. Le syst&#232;me boursier par exemple n'a pu fonctionner qu'&#224; cette condition. Finalement, on ne peut d&#233;gager aucune loi scientifique de l'Histoire, on ne peut donc prouver avec rigueur aucun lien entre les &#233;v&#233;nements. L'historien ne peut pas affirmer que l'hypoth&#232;se explicative d'un &#233;v&#233;nement qu'il formule soit la seule possible, et on ne peut pas non plus affirmer avec une totale certitude qu'une explication avanc&#233;e soit fausse. C'est ce qui explique le grand nombre d'avis diff&#233;rents sur les liens entre plusieurs &#233;v&#233;nements ou les causes d'un &#233;v&#233;nement. On vient de montrer pourquoi, &#224; l'inverse de la physique par exemple, l'Histoire ne pouvait pas d&#233;crire des &#233;v&#233;nements qui &#034;d&#233;rivent n&#233;cessairement et r&#233;guli&#232;rement les uns des autres en vertu de lois constantes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, on retrouve chez l'historien le m&#234;me id&#233;al de v&#233;rit&#233; et d'explication que chez le scientifique, et comme ce dernier il &#233;met des hypoth&#232;ses qu'il tente ensuite de valider. Il r&#233;actualise &#233;galement sans cesse la somme de v&#233;rit&#233; dont il dispose afin de s'approcher le plus possible de l'explication vraie. De plus, si l'ensemble des &#233;v&#233;nements historiques ne se r&#233;p&#232;te pas, certains peuvent toutefois le faire. On peut ainsi trouver des situations similaires : de nombreuses fois, quand les conditions ont &#233;t&#233; semblables, les cons&#233;quences l'ont aussi &#233;t&#233;, ce qui permet aux historiens de justifier une corr&#233;lation, sinon n&#233;cessaire, du moins tr&#232;s forte entre les deux. Ainsi &#224; d'innombrables reprises au cours du Moyen-&#226;ge, un hiver rigoureux a &#233;t&#233; suivi de mauvaises r&#233;coltes qui ont &#233;t&#233; suivies de famines et d'&#233;pid&#233;mies, lesquelles ont elles-m&#234;mes pr&#233;c&#233;d&#233; des p&#233;riodes de r&#233;volte contre l'autorit&#233;, puis de r&#233;pression de celle-ci. Ceci ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu d'&#233;volution, que les faits se soient r&#233;p&#233;t&#233;s de fa&#231;on identique. Il y eut au contraire de plus ou moins grandes variations des &#233;v&#233;nements. Cependant les ressemblances constantes entre les s&#233;ries d'&#233;v&#233;nements peuvent permettre &#224; l'historien de d&#233;montrer de fa&#231;on presque scientifique les liens entre les ph&#233;nom&#232;nes, en appelant cause d'un &#233;v&#233;nement celui qui le pr&#233;c&#232;de. La causalit&#233; &#034;qui ne fonctionne qu'une fois&#034; peut donc en fait &#234;tre d&#233;montr&#233;e contrairement &#224; ce qu'il semblait au premier abord. Le travail de l'historien consistant &#224; montrer des liens entre les &#233;v&#233;nements peut donc &#234;tre justifi&#233;, au moins dans certains cas. Pourtant il subsiste une difficult&#233; qui est li&#233;e au fait que l'on ne peut pas s&#233;parer les diff&#233;rentes causes d'un ph&#233;nom&#232;ne. Le probl&#232;me li&#233; &#224; l'impossibilit&#233; de l'exp&#233;rimentation n'est pas r&#233;solu. Les causes d'un &#233;v&#233;nement &#233;tant multiples, l'importance relative attribu&#233;e &#224; chacune ne semble pas toujours d&#233;montrable, et porte donc une part de subjectivit&#233;. La causalit&#233; stricte ne peut donc &#234;tre qu'une interpr&#233;tation de l'historien puisqu'il y a un faisceau de causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, avant de savoir si l'Histoire doit expliciter les liens de causalit&#233; entre les &#233;v&#233;nements, on peut se demander si ces liens existent r&#233;ellement. En d'autres termes, les &#233;v&#233;nements historiques sont-ils enti&#232;rement d&#233;termin&#233;s par ceux qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; ou ne sont-ils que contingents ? La question est d&#233;plac&#233;e sur une d&#233;finition de l'Histoire autre que celle dont il est question ici - mais qui est tout a fait li&#233;e. Cournot parle de l'Histoire comme de la science qui &#233;tudie les &#233;v&#233;nements pass&#233;s, mais on peut aussi appeler Histoire la succession m&#234;me de ces &#233;v&#233;nements. La seconde hypoth&#232;se peut &#234;tre tout de suite rejet&#233;e car il existe des niveaux o&#249; s'appliquent les lois physiques : les actions des hommes ont bien des cons&#233;quences sur leur environnement. Les hommes agissent sur leur milieu et agissent entre eux, et les effets de ses actions sont des ph&#233;nom&#232;nes qui ne sont pas du tout contingents mais bien d&#233;termin&#233;s par ces actions humaines. Cependant peut-on dire, &#224; l'inverse, que les &#233;v&#233;nements historiques sont &#224; tous les niveaux d&#233;termin&#233;s ? Si l'Histoire est enti&#232;rement r&#233;gie par le principe de d&#233;terminisme, le futur est d&#233;j&#224; contenu dans le pr&#233;sent de m&#234;me que celui-ci l'&#233;tait dans le pass&#233;. Or on a vu que la n&#233;cessit&#233; des causalit&#233;s est difficile &#224; &#233;tablir dans le domaine historique. De plus il y aurait alors un nombre presque infini de causes ayant d&#233;termin&#233; chaque &#233;v&#233;nement. On peut penser que l'&#233;v&#233;nement historique est construit de croisement de faits d&#233;termin&#233;s. L'Histoire n'est ainsi pas la succession d'&#233;v&#233;nements d&#233;coulant les uns des autres comme cha&#238;ne de causes &#224; effets, mais la jonction d'une multitude de cha&#238;nes de causes &#224; effets. L'&#233;v&#233;nement historique, instant de cette Histoire, est ainsi la rencontre &#224; un moment donn&#233; des diff&#233;rentes s&#233;ries causales. Mais plus le nombre de ces s&#233;ries, c'est-&#224;-dire le nombre de causes d'un &#233;v&#233;nement, augmente, et plus l'importance de chacun diminue. Or ce nombre est tr&#232;s grand et l'importance moyenne de chaque cause est donc tr&#232;s faible. C'est ce qui explique que le cours de l'Histoire puisse para&#238;tre chaotique. Lorsqu'il y a trop de causes diff&#233;rentes &#224; un &#233;v&#233;nement, c'est la causalit&#233; qui perd de sa valeur aux yeux des hommes, car elle n'est plus perceptible, compr&#233;hensible. Ainsi, m&#234;me si les causes d'un &#233;v&#233;nement existent, c'est leur rencontre, qui est &#224; l'origine de l'&#233;v&#233;nement, et faute de pouvoir donner des explications, on est parfois r&#233;duit &#224; parler de hasard pour cette rencontre et &#224; l'exprimer en termes de probabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il y a peut-&#234;tre plusieurs types de causes. Si sur une courte dur&#233;e, les &#233;v&#233;nements semblent se succ&#233;der en se r&#233;pondant - une mont&#233;e du ch&#244;mage est g&#233;n&#233;ralement suivie de la d&#233;faite du parti au pouvoir lors des &#233;lections suivantes -, on peut penser qu'il existe &#233;galement une longue dur&#233;e, celle des &#233;volutions &#233;conomiques et d&#233;mographiques par exemple. Quel type de cause faut-il alors privil&#233;gier pour expliquer un &#233;v&#233;nement. Celui constitu&#233; par des &#233;volutions lentes est beaucoup plus difficile &#224; mettre en &#233;vidence, pourtant ce sont probablement ces courants profonds qui expliquent le mieux les &#233;v&#233;nements &#224; l'&#233;chelle humaine, qui ne seraient que des &#034;agitations de surface&#034;. En effet, c'est en accordant de l'importance aux &#233;v&#233;nements brefs, &#034;anecdotiques&#034; que l'on per&#231;oit le plus l'Histoire comme livr&#233;e au hasard. En effet la cause la plus futile semble pouvoir changer consid&#233;rablement son cours. Pascal affirme ainsi dans ses pens&#233;es : &#034;Le nez de Cl&#233;op&#226;tre, s'il e&#251;t &#233;t&#233; plus court, toute la face de la Terre en e&#251;t &#233;t&#233; chang&#233;e&#034;, car selon lui la rencontre entre Cl&#233;op&#226;tre et C&#233;sar va &#234;tre d&#233;cisive pour l'Histoire. Ceci rend effectivement toute notre histoire d&#233;pendante d'un pur hasard - en l'occurrence g&#233;n&#233;tique, puisqu'il s'agit d'un caract&#232;re physique -. Il devient alors difficile de suivre Cournot en montrant les liaisons expliquant les &#233;v&#233;nements car le lien que nous venons de voir par exemple est compl&#232;tement irrationnel et peu compr&#233;hensible. Pourtant, si au contraire on laisse de c&#244;t&#233; ces &#233;v&#233;nements ponctuels pour s'int&#233;resser aux grandes &#233;volutions, on en vient &#224; la conclusion que si le nez de Cl&#233;op&#226;tre avait &#233;t&#233; plus court, cela aurait s&#251;rement chang&#233; les &#233;v&#233;nements sur le court terme, mais pas les grandes tendances. On peut ainsi expliquer l'Histoire des p&#233;riodes suivantes de fa&#231;on logique et rationnelle, ce que semble pr&#233;coniser Cournot dans le texte qui nous est donn&#233;, sans faire intervenir de mobiles qui paraissent contingent. Le choix de telle ou telle cause explicative d'un &#233;v&#233;nement &#233;tant celui de l'historien, l'int&#233;r&#234;t de ce texte r&#233;side donc aussi dans l'orientation qui est indirectement donn&#233;e &#224; celui-ci : il doit choisir les causes permettant une r&#233;elle explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cependant une autre question est enti&#232;rement li&#233;e &#224; cette interrogation sur l'Histoire : il s'agit de la question de la libert&#233; humaine, libert&#233; con&#231;ue comme s'opposant au d&#233;terminisme, libert&#233; qu'a l'homme de faire correspondre ses actes &#224; sa volont&#233;. Cette libert&#233; est &#224; la fois une explication et un enjeu du probl&#232;me soulev&#233; par Cournot. En effet si l'on admet , avec l'auteur, que les &#233;v&#233;nements historiques ne d&#233;rivent pas n&#233;cessairement les uns des autres, on peut admettre &#233;galement qu'il y a un &#233;l&#233;ment qui dans l'histoire introduit de la contingence. Or l'histoire est l'&#233;tude d'actes humains r&#233;alis&#233;s par des groupes humains qui ne se r&#233;p&#232;tent pas car les individus qui les constituent ne se r&#233;p&#232;tent pas. Ce qui est contingent, c'est l'individu qui survient et qui est unique. Il est vrai que tous les &#234;tres vivants sont &#233;galement uniques, cependant ils n'en ont pas conscience contrairement aux hommes. Le comportement des animaux est donc immuable et st&#233;r&#233;otyp&#233;. Leurs actions sont enti&#232;rement d&#233;termin&#233;es et semblables quel que soit l'animal particulier de la m&#234;me esp&#232;ce. A l'inverse l'homme, qui a conscience de sa propre identit&#233;, d'&#234;tre un individu diff&#233;rent des autres, ne s'appliquera pas &#224; avoir le m&#234;me comportement que tous les autres, c'est-&#224;-dire qu'il r&#233;agira diff&#233;remment des autres dans les m&#234;mes circonstances. Ceci est particuli&#232;rement visible dans le travail, humain : contrairement aux techniques animales, les techniques humaines sont sans cesse soumises au changement sans pour autant qu'il y ait toujours un changement du milieu. Ceci montre bien la libert&#233; dont il est question. Si l'histoire peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une science, elle ne peut donc pas fonctionner comme les autres sciences qui &#233;tudient des comportements absolument immuables et universels. L'histoire ne peut &#234;tre qu'une science humaine. On peut conserver le terme de science car les comportements humains ne sont pas totalement al&#233;atoires. En effet tout homme est porteur de son pass&#233;, de son &#233;ducation, des connaissances humaines qui ont &#233;t&#233; acquises avant lui, il ne surgit pas avec une intelligence et des connaissances nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de voir que la libert&#233; telle qu'elle a &#233;t&#233; d&#233;crite permet d'expliquer la position soutenue par Cournot d'une Histoire situ&#233;e entre la contingence et le d&#233;terminisme. Or cette position est, dans l'autre sens, la seule qui permette cette libert&#233;. En effet si l'Histoire, &#224; l'instar de la loterie, s'explique uniquement par des calculs ou lois de probabilit&#233;s, l'homme n'a pas de libert&#233;, car ses actes ne d&#233;pendent de rien, donc pas de sa volont&#233;. Envisager le monde comme contingent, c'est affirmer que les choses auraient pu se passer autrement, c'est-&#224;-dire se faire une raison, se r&#233;signer. Mais si les &#233;v&#233;nements sont d&#233;termin&#233;s et s'expliquent par des relations constantes, il n'a pas non plus de libert&#233;, car les &#233;v&#233;nements ne d&#233;pendent pas plus de sa volont&#233;, mais de causes que sont les &#233;v&#233;nements qui ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Dans ce dernier cas, on peut parler pour celui qui comprend le monde comme n&#233;cessaire et s'en d&#233;tache pour rechercher la s&#233;r&#233;nit&#233; int&#233;rieure de libert&#233; sto&#239;cienne d'ataraxie. Mais cette libert&#233; ne produit pas d'effet dans le monde, elle ne se retrouve pas dans les actes humains, dans les &#233;v&#233;nements, et donc pas non plus dans l'histoire. Ce n'est donc qu'entre les deux que peut se situer la libert&#233; humaine. &lt;br /&gt;
Mais comment peut on alors la d&#233;finir ? On a vu que les &#233;v&#233;nements historiques, les actions humaines, r&#233;sultaient d'une multitude de s&#233;ries causales, mais cela ne donne pas l'importance relative des causes, ni le r&#233;sultat, par exemple, de causes ayant a priori des effets contraires. C'est peut-&#234;tre par la connaissance de ces diff&#233;rentes causes et l'importance qui leur est consciemment attribu&#233;e que les hommes peuvent d&#233;cider, par leur volont&#233;, de se laisser d&#233;terminer par l'une ou l'autre de ces causes, c'est-&#224;-dire &#234;tre libres de leurs actes. En effet, l'importance des diff&#233;rentes causes ne semble pas &#234;tre donn&#233;e a priori. C'est donc chaque individu qui, en donnant plus d'importance &#224; certaines, oriente son action dans le sens d&#233;termin&#233; par ces causes &#034;choisies&#034;. Si cela rel&#232;ve d'une op&#233;ration de la volont&#233;, on peut alors parler de libert&#233;. Ceci suppose un autre degr&#233; de libert&#233; : la libert&#233; de choix. &lt;br /&gt;
On trouve un exemple de cette situation dans le choix entre deux facult&#233;s humaines qui peuvent d&#233;terminer notre action : la sensibilit&#233; - facult&#233; de recevoir des impressions par les sens - et la raison - facult&#233; intellectuelle des concepts universels. La sensibilit&#233; a comme origine le corps qui est inscrit dans les ph&#233;nom&#232;nes naturels. Nos penchants, qui rel&#232;vent de cette sensibilit&#233;, sont donc explicables par des lois. La raison oppose &#224; ces penchants le devoir, qui nous d&#233;termine &#224; agir par la repr&#233;sentation d'une fin. Nos penchants comme le devoir peuvent &#234;tre causes de notre action. S'il n'y avait qu'une de ces deux causes, l'homme serait d&#233;termin&#233;, soit par des lois naturelles, soit par la morale. C'est donc, comme on l'a vu, la coexistence de plusieurs causes qui permet la libert&#233;. Le poids de chacune de ces deux causes n'&#233;tant pas donn&#233; &#224; l'avance, c'est la volont&#233; qui op&#232;re un choix suppos&#233; libre. L'individu agit alors ensuite en fonction de la cause jug&#233;e la plus importante. On peut consid&#233;rer que dans les actions qui d&#233;coulent de ce choix, l'homme est libre. On voit bien que seule la conception de l'histoire qui a &#233;t&#233; retenue permet une telle libert&#233; car l'existence de plusieurs causes est indispensable. Quand cette prise de conscience des causes qui agissent sur lui se fait par un groupe d'individus, et que celui-ci choisit librement les causes qui vont le d&#233;terminer &#224; agir, il devient un peuple que ce choix a uni, et il agit librement dans l'Histoire. Le travail de l'historien sera alors ensuite de retrouver ces causes qui ont d&#233;termin&#233; les actions des hommes, c'est-&#224;-dire les causes auxquelles ces hommes ont choisi de donner le plus d'importance. Si l'homme dispose d'une telle libert&#233;, chacun devient responsable de l'avenir de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Quel est finalement le travail de l'historien ? Il ne s'arr&#234;te pas &#224; une simple d&#233;couverte et organisation chronologique des &#233;v&#233;nements pass&#233;s, m&#234;me si cette premi&#232;re phase est indispensable. L'historien doit surtout montrer les rapports qu'entretiennent les &#233;v&#233;nements entre eux. En particulier, lorsqu'il &#233;tudie le pass&#233; des hommes, il doit essayer de d&#233;couvrir et mettre en valeur les causes qui ont pouss&#233; les hommes &#224; agir comme ils l'ont fait. Quel est le r&#244;le des individus dans l'histoire ? Les hommes doivent prendre conscience de la libert&#233; - et dans un m&#234;me temps l'obligation - qui est la leur d'agir en fonction des causes d&#233;sign&#233;es par la volont&#233;. Si cette volont&#233; est libre de toute contrainte, on comprend alors que l'histoire ne puisse d&#233;crire ni des &#233;v&#233;nements li&#233;s n&#233;cessairement car la volont&#233; introduit une part de contingence - qui rend du m&#234;me coup le futur impr&#233;dictible - ni des &#233;v&#233;nements enti&#232;rement d&#233;li&#233;s et dus au hasard car chaque &#233;v&#233;nement peut trouver une explication dans ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233;. On pourra appeler cause cette explication, en donnant au mot un sens diff&#233;rent de celui qui est utilis&#233; en science, car il s'agit ici de cause non n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que l'histoire n'est pas.</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Ce-que-l-histoire-n-est-pas-210</link>
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		<dc:date>2007-03-25T20:20:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lesueur, Karine</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Karine, 1997-1998 &lt;br class='autobr' /&gt;
Commentaire du texte de A.-A. Cournot : Ce que l'histoire n'est pas. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans ce texte (Ce que l'histoire n'est pas.), Cournot, un auteur du XIX&#232;me si&#232;cle, a choisi de parler de l'histoire. Il essaie d'approcher du sens du mot histoire et s'int&#233;resse &#224; ce qu'est l'histoire. Mais cette &#233;tude est d&#233;licate car elle est source de paradoxes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour r&#233;pondre &#224; ce probl&#232;me, l'auteur a choisi de d&#233;finir pr&#233;cis&#233;ment ce que n'&#233;tait pas l'histoire. Il explicite ensuite ses deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-explications-de-textes-" rel="directory"&gt;Des explications de textes.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Karine, 1997-1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentaire du texte de A.-A. Cournot : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Ce-que-l-histoire-n-est-pas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ce que l'histoire n'est pas.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans ce texte (&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Ce-que-l-histoire-n-est-pas' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ce que l'histoire n'est pas.&lt;/a&gt;), Cournot, un auteur du XIX&#232;me si&#232;cle, a choisi de parler de l'histoire. Il essaie d'approcher du sens du mot histoire et s'int&#233;resse &#224; ce qu'est l'histoire. Mais cette &#233;tude est d&#233;licate car elle est source de paradoxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; ce probl&#232;me, l'auteur a choisi de d&#233;finir pr&#233;cis&#233;ment ce que n'&#233;tait pas l'histoire. Il explicite ensuite ses deux premi&#232;res affirmations par deux analogies, puis il conclue en introduisant la notion de temps dans la d&#233;finition de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension du concept d'histoire met enjeu la libert&#233; humaine dans le cours des &#233;v&#233;nements et le r&#244;le de l'homme dans l'encha&#238;nement dans ceux-ci. C'est pour cela qu'il est important de se demander avec l'auteur : Qu'est-ce que l'histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Explication du texte philosophique de Cournot&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce texte de Cournot d&#233;gage le sens du mot &#171; histoire &#187;. Ce mot est ambigu puisqu'il signifie &#224; la fois l'ensemble des faits pass&#233;s et l'&#233;tude de ces m&#234;mes &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;1. Premi&#232;re partie de la th&#232;se : &#171; S'il n 'v a pas (...) le syst&#232;me est r&#233;gi &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Cournot commence son texte par une affirmation qu'il semble avoir d&#233;montr&#233; auparavant : &#171; S'il n'y a pas d'histoire proprement dite l&#224; o&#249; tous les &#233;v&#233;nements d&#233;rivent n&#233;cessairement et r&#233;guli&#232;rement les uns des autres, en vertu des lois constantes par les quelles le syst&#232;me est r&#233;gi &#187;. Nous pouvons alors nous demander pourquoi Cournot pr&#233;suppose cela. La d&#233;finition que pose Cournot ressemble &#224; celle d'un syst&#232;me physique r&#233;git par des lois naturelles contre lesquelles on ne peut aller ce sont les&#171; lois constantes &#187;. L'auteur &#233;voque le d&#233;terminisme (c'est-&#224;-dire le fait que la m&#234;me cause produit toujours le m&#234;me effet) : &#171; tous les &#233;v&#233;nements d&#233;rivent n&#233;cessairement et r&#233;guli&#232;rement les uns des autres &#187;. Il affirme donc que l'histoire n'est pas n&#233;cessairement d&#233;termin&#233;e et qu'on ne peut parler de syst&#232;me physique r&#233;git par des lois naturelles. On peut se demander pourquoi l'auteur affirme une telle chose. L'histoire peut &#234;tre d&#233;finie comme l'&#233;tude des &#233;v&#233;nements et surtout comme l'&#233;tude de leurs causes. C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que se trouve l'explication de l'affirmation de Cournot. Le mot &#171; cause &#187; en histoire n'a pas le m&#234;me sens qu'en physique : En physique, la m&#234;me cause produit toujours le m&#234;me effet (je l&#226;che une bille ; elle tombe n&#233;cessairement ; les causes sont le poids de la bille et la force de pesanteur. La chute d'une bille n'aura jamais d'autres causes). En histoire, on peut justement se demander s'il y a r&#233;ellement des facteurs d&#233;terminants. Ainsi, si l'on prend l'exemple de l'assassinat d'un dirigeant, on se rend compte que cela n'a pas le m&#234;me effet selon le contexte : en 1914, l'assassinat de l'Archiduc Fran&#231;ois - Ferdinand a d&#233;clench&#233; la premi&#232;re guerre mondiale ; en 1963 l'assassinat du pr&#233;sident Kennedy n'a pas provoqu&#233; la moindre guerre. L'encha&#238;nement historique des &#233;v&#233;nements ne peut donc &#234;tre compris dans le sens d'un syst&#232;me physique n&#233;cessairement d&#233;termin&#233; puisque La signification du mot &#171; cause est chang&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;2. Deuxi&#232;me partie de la th&#232;se : &#171; II n'y a pas (..) entre eux &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
L'auteur poursuit l'exposition de sa th&#232;se qu'il va ensuite &#233;clairer par deux analogies : &#171; il n'y a pas non plus d'histoire, dans le vrai sens du mot, pour une suite d'&#233;v&#233;nements qui seraient sans aucune liaison entre eux. &#187;. Nous pouvons remarquer que Cournot, sans le d&#233;finir vraiment, insiste sur la signification de l'histoire : &#171; l'histoire, dans le vrai sens du mot &#187;. C'est d'ailleurs ce qui constitue le lien logique entre les deux parties de la phrase. L'auteur oppose le d&#233;terminisme au hasard complet : la &#171; suite d'&#233;v&#233;nements (...) sans aucune liaison entre eux &#187;. L'histoire, selon Cournot, ne consiste donc pas en une accumulation de faits qui n'auraient aucune relation les uns avec les autres. Il op&#232;re donc une distinction tr&#232;s nette entre le travail de l'historien et le travail de l'archiviste (l'archiviste est celui qui r&#233;pertorie tous les faits). Selon l'auteur, l'&#233;tude des &#233;v&#233;nements pass&#233;s consiste donc d'abord &#224; faire un tri des sources et des documents dont l'historien dispose et &#224; chercher autant que possible l'explication des faits qui lui sont soumis, autrement dit &#224; proc&#233;der &#224; une analyse causale de ces faits. L'histoire n'est donc pas, selon Cournot, le seul fruit du hasard mais l'explication de faits ayant des raisons et des causes bien pr&#233;cises. &#202;tre historien , c'est donc mettre en relation des faits, &#233;tudier leur encha&#238;nement . L'auteur reprend donc ici la th&#233;orie d'un courant apparu au XVIII&#232;me si&#232;cle : &#171; Il ne suffit plus d'&#234;tre objectif, de d&#233;crire un &#233;v&#233;nement, il faut l'expliquer &#187;, affirme Voltaire. On comprend alors pourquoi il n'y pas d'histoire &#171; pour une suite d'&#233;v&#233;nements qui seraient sans aucune liaison entre eux &#187;. Le travail de l'historien est en effet de trouver les liaisons entre les faits, d'unifier les histoires personnelles &#224; l'histoire universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Cournot, l'histoire n'est donc ni n&#233;cessairement d&#233;termin&#233;e, ni le seul fruit du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;3. &#201;tude des deux analogies : &#171; Ainsi (..) leur connaissance &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Ce sont les deux analogies suivantes qui nous permettent de comprendre que l'histoire n'est pas le simple fait du hasard. L'auteur prend d'abord l'exemple d'une loterie : &#171; Ainsi, les registres d'une loterie publique pourraient offrir une succession de coups singuliers, quelque fois piquants pour la curiosit&#233; mais qui ne constitueraient pas une histoire. &#187; En effet, le but d'une loterie publique est d'avoir le maximum de hasard possible pour que les chances de gagner soient &#233;parpill&#233;es. Seul un calcul de probabilit&#233; permet de concevoir le nombre de chances pour que, par exemple, le m&#234;me num&#233;ro sorte trois fois de suite, mais aucune cause ne permet de savoir si, effectivement, le m&#234;me num&#233;ro sera tir&#233; trois fois de suite. Une mise en relation des trois coups successifs est alors impossible : le travail de l'historien n'existe donc pas dans ce cas-l&#224;. C'est ce qu'explique l'auteur dans la fin de l'exposition de son exemple : &#171; car les coups se succ&#232;dent sans s'encha&#238;ner, sans que les premiers exercent aucune influence sur ceux qui les suivent &#187;. Il n'y a pas de causes dans le hasard, ce qui emp&#234;che l'analyse causale et par l&#224; m&#234;me, le travail de l'historien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur poursuit &#224; l'aide d'une deuxi&#232;me analogie : &#171; &#224; peu pr&#232;s comme dans ces annales o&#249; les pr&#234;tres de l'Antiquit&#233; avaient soin de consigner les monstruosit&#233;s et les prodiges &#224; mesure qu'ils venaient &#224; leur connaissance &#187;. Cela reprend l'id&#233;e du travail de l'archiviste. Ce dernier doit r&#233;pertorier tout ce qui se passe, tous les faits divers qui paraissent &#171; insignifiants &#187;, mais qui sont tout de m&#234;me v&#233;cus. C'est l'archiviste qui d&#233;coupe et classe les articles, les faits... Selon Cournot, ce travail est distinct du travail de l'historien, les &#233;v&#233;nements r&#233;pertori&#233;s par l'archiviste n'ayant aucune liaison les uns avec les autres. On ne peut donc pas parler d'histoire dans la consignation de faits divers. L'auteur insiste sur la notion de hasard &#224; travers les mots &#171; monstruosit&#233;s &#187; et &#171; prodiges &#187; qui montrent que ces faits &#233;taient exceptionnels, insolites. Le hasard &#233;tant, par d&#233;finition, l'antith&#232;se du d&#233;terminisme, l'&#233;tude des causes d'un &#233;v&#233;nement d&#251; au hasard n'a aucun sens (le propre d'un fait du au hasard &#233;tant justement de n'avoir aucune cause). Le travail de l'historien n'est donc pas possible dans ce cas - l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;4. Remarque conclusive : &#171; Tous ces &#233;v&#233;nements (..) chronologique &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&#171; Tous ces &#233;v&#233;nements merveilleux, sans liaison les uns avec les autres, ne peuvent former une histoire, dans le vrai sens du terme, quoiqu'ils se succ&#232;dent suivant un certain ordre chronologique &#187;, conclue Cournot. Dans cette conclusion, il insiste encore sur la signification de l'histoire. &#171; dans le vrai sens du terme &#187;. Cette conclusion permet &#224; l'auteur de r&#233;affirmer sa th&#232;se tout en compl&#233;tant sa d&#233;finition de l'histoire. En effet, Cournot fait une concession dans sa remarque conclusive : &#171; quoiqu'ils se succ&#232;dent suivant un certain ordre chronologique &#187;. L'auteur inclut donc la notion de temps dans sa d&#233;finition de l'histoire . La notion d'ordre chronologique est int&#233;ressante puisque Cournot pose ici le v&#233;ritable probl&#232;me. Il &#233;voque d'autres conceptions de l'histoire qui sont de consid&#233;rer comme histoire tout fait pass&#233;, tout ce qui appartient au pass&#233;. Avec cette id&#233;e d'ordre chronologique, Cournot indique que le temps est la condition primordiale et n&#233;cessaire de l'histoire : le travail de l'historien consiste non seulement &#224; mettre les &#233;v&#233;nements en relation mais aussi &#224; &#233;tudier leur encha&#238;nement dans le temps. Cependant, chez Cournot, l'ordre chronologique n'est pas une condition suffisante &#224; l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons donc confront&#233;s &#224; plusieurs probl&#232;mes li&#233;s en un L'auteur affirme que l'histoire ne s'applique pas &#224; des syst&#232;mes n&#233;cessairement d&#233;termin&#233;s et qu'elle ne s'applique pas non plus &#224; des &#233;v&#233;nements totalement hasardeux. En outre, Cournot soul&#232;ve le probl&#232;me du temps dans l'histoire et de la succession chronologique des &#233;v&#233;nements. Nous pouvons donc nous poser cette question : Qu'est-ce que l'Histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Int&#233;r&#234;t philosophique du texte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce texte nous expose en effet ce que n'est pas l'histoire et sous-entend ce qu'elle pourrait &#234;tre sans le dire clairement. N'&#233;tant ni d&#233;termin&#233;e, ni le fruit d'un complet hasard, elle d&#233;pend de ceux qui en sont les acteurs : les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;1. Cons&#233;quences de la libert&#233; humaine dans le cours des &#233;v&#233;nements&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Nous pouvons en effet nous int&#233;resser &#224; l'insertion de l'homme et de sa libert&#233; dans le cours des &#233;v&#233;nements. L'homme &#224; lui seul peut infl&#233;chir le cours de l'histoire. Si, par une op&#233;ration de sa volont&#233;, il a choisi la libert&#233; (c'est-&#224;-dire qu'il a d&#233;cid&#233; de se laisser d&#233;termin&#233; par sa raison et non par sa nature : il a choisi d'&#234;tre le ma&#238;tre de ses pulsions), il peut penser le cours de la vie et faire en sorte qu'il en soit selon sa pens&#233;e. Ainsi, Napol&#233;on a pens&#233; l'Europe comme conquise par la France, et il a mis en oeuvre tous les moyens pour qu'il en soit selon sa pens&#233;e. Or, l'homme, puisque ma&#238;tre de ses pulsions et de ses d&#233;sirs, n'est pas d&#233;termin&#233; &#224; agir de telle ou telle sorte. On comprend ainsi le point de vue de l'auteur qui affirme que l'histoire n'est pas une succession de faits d&#233;termin&#233;s par des &#171; lois constantes &#187;. En outre, elle n'est pas totalement due au hasard puisque l'&#233;v&#233;nement est pens&#233; auparavant dans un esprit humain : on ne peut donc pas parler de hasard dans ce cas l&#224; puisque l'homme aura librement choisi de donner telle ou telle allure &#224; un &#233;v&#233;nement. L'histoire est donc avant tout la conception d'une humanit&#233; libre, ma&#238;tresse d'elle-m&#234;me, capable de redresser le cours des choses. Cette conception de l'histoire peut d'ailleurs se rendre dans le cadre de la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit&lt;/i&gt; de Hegel : l'esclave apprend &#224; ma&#238;triser les conditions naturelles pour satisfaire les d&#233;sirs de son ma&#238;tre. Il parvient &#224; trouver son humanit&#233; en prenant une distance par rapport &#224; la Nature, en apprenant &#224; ma&#238;triser les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;2. Cons&#233;quences : histoires personnelles et histoire universelle&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
L'humanit&#233; a donc son r&#244;le dans l'histoire universelle. L'homme est acteur et chacun joue son propre r&#244;le comme il l'entend. Le travail de l'historien est justement de mettre en relation les histoires personnelles pour en faire l'histoire universelle. Les histoires particuli&#232;res ne doivent pas &#234;tre isol&#233;es : le monde forme un tout et l'histoire tend &#224; unifier ce tout. Les histoires individuelles ne sont pas des parties ind&#233;pendantes ou autonomes. Ainsi, il est du domaine de l'historien de mettre en relation l'histoire personnelle de ce petit ouvrier allemand, au ch&#244;mage en 1930, et la mont&#233;e soudaine du nazisme en 1933. Les hommes, sans qu'ils le sachent r&#233;ellement sont donc responsables d'une grande pi&#232;ce jamais inachev&#233;e ayant pour d&#233;cor le monde. Nous atteignons ici un autre probl&#232;me : Les histoires particuli&#232;res ne sont pas ind&#233;pendantes les unes des autres. L'historien doit veiller &#224; leur unification. Et pourtant, nous avons montr&#233; dans le texte qu'on ne pouvait appeler histoire la t&#226;che qui consistait &#224; consigner les faits divers, sans aucune liaison les uns avec les autres. Or, le travail d'unification n'est possible qu'&#224; la condition de conna&#238;tre ces histoires particuli&#232;res, par l'interm&#233;diaire du travail d'archiviste. Il y a donc un paradoxe dans l'&#233;tude des &#233;v&#233;nements et dans l'affirmation de Cournot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;3. Le travail de l'historien commence par le travail de l'archiviste&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le mot &#171; histoire &#187; vient du grec &lt;i&gt;historein&lt;/i&gt; , raconter. En effet, dans la tradition philosophique, l'histoire commence par &#234;tre le r&#233;cit simple des &#233;v&#233;nements pass&#233;s. Chez Aristote, l'histoire consiste &#224; amasser des documents, &#224; recueillir des donn&#233;es de faits, sans soucis de les syst&#233;matiser. Le travail historique commence dans l'Antiquit&#233; grecque avec Thucydide, qui d&#233;crit les &#233;v&#233;nements avec un grand soucis d'objectivit&#233;. Puis, le sens a d&#233;vi&#233; et l'histoire est devenue l'&#233;tude de l'encha&#238;nement des faits comme le pr&#233;suppose l'auteur. Cependant, le travail historique commence par la consignation des faits pour les mettre ensuite en relation. Le mot grec est d'ailleurs passer ensuite par le latin historia, enqu&#234;te. Or, le premier travail de l'enqu&#234;teur est bien de chercher &#224; conna&#238;tre tous les faits dans l'objectivit&#233; avant d'essayer de les expliquer. Peut-on alors raisonnablement s&#233;parer le travail de l'archiviste et celui de l'historien ? Les archives constituent en fait la premi&#232;re phase du travail de l'historien. Nous pouvons donc bien parler d'histoire dans le cas du travail de l'archiviste m&#234;me si les &#233;v&#233;nements r&#233;pertori&#233;s n'ont, apparemment, aucune liaison entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Peut-on r&#233;ellement penser l'histoire comme l'&#233;tude des causes des &#233;v&#233;nements ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, le but de l'histoire est de chercher &#224; conna&#238;tre la v&#233;rit&#233;, de trouver l'encha&#238;nement des &#233;v&#233;nements. L'histoire, c'est essayer de trouver une logique &#224; un &#233;v&#233;nement, c'est-&#224;-dire &#224; ce qui advient &#224; une certaine date et &#224; un certain lieu. L'&#233;v&#233;nement a donc un c&#244;t&#233; pr&#233;visible : il est attendu &#224; partir d'un encha&#238;nement . de causes. Mais en m&#234;me temps, il a le caract&#232;re de ce qui est unique, nouveau, singulier. L'histoire a d'abord &#233;t&#233; une chronique des &#233;v&#233;nements. Elle tend, et nous l'avons vu chez Cournot, &#224; &#234;tre de plus en plus une &#233;tude des &#233;v&#233;nements qui cherche &#224; les comprendre et &#224; en trouver la logique. La prospective se veut `connaissance de l'avenir, mais des &#233;v&#233;nements ayant une port&#233;e g&#233;n&#233;rale, pas des faits individuels. Reste &#224; savoir si l'&#233;v&#233;nement n'est pas fonci&#232;rement, ce qui r&#233;siste &#224; l'esprit et le surprendra toujours. L'&#233;v&#233;nement est donc par d&#233;finition ce qui n'a pas de logique en soi. Dans ce cas, peut-on vraiment expliquer un &#233;v&#233;nement tout en gardant son objectivit&#233;. Le travail de mise en relation des &#233;v&#233;nements, d'analyse causale semble donc impossible. Nous pouvons alors nous demander si le travail de l'archiviste n'est pas le seul travail historique possible. L'histoire en serait donc r&#233;duit &#224; une simple chronique d'&#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, Cournot d&#233;gage le probl&#232;me de l'histoire : il affirme qu'elle n'est pas n&#233;cessairement d&#233;termin&#233;e et qu'elle n'est pas le fruit total du hasard. Il sous-entend &#233;galement que l'histoire est l'analyse causale de l'encha&#238;nement des &#233;v&#233;nements. Cournot affirme donc que le concept de l'histoire ne trouve de raison d'&#234;tre que dans la pr&#233;sence de la libert&#233; humaine, capable d'aller contre les lois naturelles et capable de penser par avance le cours des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la d&#233;finition de l'histoire que l'auteur pose met justement en jeu cette libert&#233; humaine : si l'histoire est l'analyse des causes, c'est aussi la recherche d'une logique dans le cours des choses. Cette logique est en contradiction avec la condition n&#233;cessaire de la pr&#233;sence de la libert&#233; humaine : si les &#233;v&#233;nements ont une logique, cela signifie qu'ils ne sont pas d&#233;pendants de cette libert&#233;, mais qu'ils sont d&#233;termin&#233;s selon des r&#232;gles inconnues encore, extr&#234;mement complexes et diff&#233;rentes des lois naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t philosophique de ce texte est donc de proposer une d&#233;finition de l'histoire, qui malheureusement semble &#234;tre paradoxale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La principale perfection de l'homme est d'avoir un libre arbitre, ce qui le rend libre de louange ou de bl&#226;me.</title>
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&lt;p&gt;Commentaire, par EC, du texte de Descartes : I, &#167;37 : Que la principale perfection de l'homme est d'avoir un libre arbitre, et que c'est ce qui le rend digne de louanges ou de bl&#226;mes.. &lt;br class='autobr' /&gt; Math&#233;maticien et physicien, R&#233;n&#233; Descartes fut d'une certaine mani&#232;re confront&#233; &#224; une &#171; perfection &#187; scientifique. En philosophe, il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir sur l'homme, sa &#171; nature &#187;, et de ce fait &#224; ce qu'il consid&#232;re comme sa &#171; principale perfection &#187;. Ainsi, dans l'article 37 de la Premi&#232;re Partie des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-explications-de-textes-" rel="directory"&gt;Des explications de textes.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Commentaire, par EC, du texte de Descartes : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/I-p37-Que-la-principale-perfection-de-l-homme-est-d-avoir-un-libre-arbitre-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;I, &#167;37 : Que la principale perfection de l'homme est d'avoir un libre arbitre, et que c'est ce qui le rend digne de louanges ou de bl&#226;mes.&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Math&#233;maticien et physicien, R&#233;n&#233; Descartes fut d'une certaine mani&#232;re confront&#233; &#224; une &#171; perfection &#187; scientifique. En philosophe, il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir sur l'homme, sa &#171; nature &#187;, et de ce fait &#224; ce qu'il consid&#232;re comme sa &#171; principale perfection &#187;. Ainsi, dans l'article 37 de la Premi&#232;re Partie des &lt;i&gt;Principes de la Philosophie&lt;/i&gt;, il expose la th&#232;se selon laquelle la perfection de l'homme est la possibilit&#233; d'&#234;tre imparfait, d'avoir la libert&#233; de choix quant &#224; ses actions, ses jugements, ses opinions... De cette mani&#232;re, il soul&#232;ve le paradoxe du rapport entre la libert&#233; et la morale. Par son libre arbitre, par sa volont&#233;, l'homme construit un ensemble de normes auxquelles il soumet ses actions. L'apprentissage de la libert&#233; peut-il se faire sans contraintes ? sans les limites que nous impose la morale ? Toutefois, dans un second temps, cette morale que Descartes aborde implicitement ne restreint-elle pas notre libert&#233; ? En somme, en s'interrogeant sur l'homme, ou plut&#244;t sur la vision qu'il en a, le philosophe mesure en quelque sorte la capacit&#233; qu'a la volont&#233; de se d&#233;terminer sans contrainte. Une question se pose alors : o&#249; commence et o&#249; s'arr&#234;te la libert&#233; humaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans un premier temps, Descartes explique sa pens&#233;e : selon lui, le plus remarquable chez l'homme est cette chose &#233;trange qu'est le &#171; libre arbitre &#187;. Cette id&#233;e de perfection montre que le philosophe choisit de montrer un aspect de l'homme, un id&#233;al qui le diff&#233;rencie d'autre chose. Cet autre chose, c'est l'animal. En distinguant l'homme de l'animal, il &#233;tablit une d&#233;finition en mettant l'accent sur l'aspect qui lui semble le plus important. Le &#171; libre arbitre &#187; vient du latin &#171; liberum arbitrium &#187; qui se traduit comme &#171; libre jugement &#187;. Le libre arbitre est vu ici comme un don, comme quelque chose d'inn&#233; qui nous rend responsables de nos jugements, et donc de nos erreurs et de nos r&#233;ussites. Ainsi, le philosophe &#233;voque une id&#233;e de &#171; sentence &#187; d'autrui vis &#224; vis d'une action d'un homme. La perfection de l'homme est donc d'&#234;tre l'artisan du bien et du mal, de son propre salut. L'homme a la capacit&#233; de cr&#233;er ses propres capacit&#233;s. Il se d&#233;termine de fa&#231;on rationnelle &#224; agir et cr&#233;e ainsi une ind&#233;pendance.&lt;br /&gt; Dans un second temps, Descartes proj&#232;te son id&#233;e pr&#233;c&#233;dente en utilisant une image exposant la relation entre ouvrier et machine. Selon lui, les louanges ne doivent pas aller vers l'action finie que nous avons effectu&#233;e, mais plut&#244;t sur la ma&#238;trise de notre volont&#233; qui nous a permit ce r&#233;sultat. L'image de la relation entre cr&#233;ateur et la machine qui montre que les compliments vont plus l&#233;gitimement &#224; celui qui a donn&#233; l'impulsion d'une action plut&#244;t qu'&#224; celui qui l'a effectu&#233; nous permet de nous questionner : qu'est-ce qui d&#233;pend v&#233;ritablement de nous et fonde ainsi nos vrais m&#233;rites ? Selon le philosophe, ce n'est ni la richesse, le la beaut&#233;, ni la chance, ni m&#234;me l'intelligence mais le bon usage que nous faisons de notre volont&#233;. Cette id&#233;e d'une impulsion raisonn&#233;e et raisonnable est donc &#224; la base de notre construction. Comme la machine l'homme construit son fonctionnement, &#233;tablit une morale personnelle pour limiter une volont&#233; &#171; tr&#232;s &#233;tendue &#187;. La volont&#233; ma&#238;tris&#233;e par la morale est le libre arbitre en vertu duquel l'homme s'incline &#224; une chose plut&#244;t qu'&#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Enfin, apr&#232;s avoir prouv&#233; que cette libert&#233; du vouloir est infinie et qu'il existe un lien entre la volont&#233; et le corps, c'est-&#224;-dire que l'homme se sent oblig&#233; de diriger son corps en dirigeant son esprit, Descartes introduit l'id&#233;e d'une d&#233;termination post&#233;rieure. Quel est le sens du &#171; principe &#233;tranger &#187; qui termine l'extrait ? Est-ce un don qui restreint notre libert&#233; d'agir ? Pour Descartes, il est imp&#233;ratif de reconna&#238;tre que le vrai m&#233;rite r&#233;side dans le choix d'agir contre une volont&#233; qui nous &#171; contraint &#187;. Il existerait donc une force qui semble d'abord imma&#238;trisable et dont la ma&#238;trise accomplie m&#233;rite le respect. La libert&#233; est donc une chose complexe qui nous est donn&#233;e, que nous devons conserver pour nous construire et que nous devons faire l'effort de ne pas renier. L'homme est pr&#233;destin&#233; &#224; choisir par lui-m&#234;me la direction qu'il entreprend. Dans tout acte il y a une pens&#233;e qui commande, mais cette pens&#233;e est-elle vraiment celle de l'homme ? Contraint par cette force &#233;trang&#232;re l'homme n'est que subalterne. On voit donc une sorte de sentiment hi&#233;rarchique qui ressort de la r&#233;flexion de Descartes sur l'homme. En effet, si la r&#233;alit&#233; est soumise au r&#232;gne du d&#233;terminisme, comment l'id&#233;e m&#234;me de libert&#233; est-elle possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans cet extrait, Descartes a cherch&#233; &#224; convaincre son lecteur que la volont&#233; est le propre d'un &#234;tre agissant. D&#232;s lors, nous sommes tenter de nous interroger sur la possibilit&#233; de nier le r&#244;le de la conscience r&#233;fl&#233;chie, du libre arbitre, dans l'acte volontaire qu'&#233;voque le philosophe. En effet, conditionn&#233; par une morale qu'il construit pour amender sa volont&#233; l'homme prend le risque de se laisser enfermer par l'ensemble de ces normes et donc de se d&#233;tourner en quelque sorte de la volont&#233;. Si l'apprentissage de la libert&#233; se fait par les limites de la morale, cette libert&#233; peut-elle &#234;tre r&#233;ellement pens&#233;e ? L'id&#233;e d'un libre arbitre sous-tend une r&#233;flexion produite en amont de l'acte. Avant l'ex&#233;cution, l'homme passe par plusieurs phases : la conception, la d&#233;lib&#233;ration, la d&#233;cision. Mais en s'imposant un raisonnement avant l'accomplissement de sa pulsion, l'homme ne r&#233;fr&#232;ne-t-il pas sa &#171; passion &#187;, ne d&#233;truit-il pas la libert&#233; qui a fait de lui ce qu'il est ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans le texte il manque un &#233;l&#233;ment que Descartes pr&#233;cise dans les &lt;i&gt;Passions de l'&#226;me&lt;/i&gt; (1649) : la relation entre la &#171; principale perfection &#187; de l'homme, le libre arbitre, et l'acte n&#233;gatif, le mal. Dans une partie consacr&#233;e &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233;, Descartes reconna&#238;t qui si nous suivons le pire tandis que nous connaissons le meilleur &#171; nous faisons alors un plus grand usage de cette puissance positive &#187;. Ainsi peut-il y avoir dans la m&#233;chancet&#233; comme une ivresse de la libert&#233;. Le choix d'une action n&#233;gative lorsque nous avons la possibilit&#233; de distinguer le bien du mal est en fait une affirmation de notre volont&#233; d'agir, d'une ind&#233;pendance face &#224; la morale, ou &#224; notre morale personnelle. Le libre arbitre de l'homme, la possibilit&#233; de choisir sans contrainte, d'&#234;tre donc responsable de son &#233;l&#233;vation et de sa chute est source d'un plaisir paradoxal : celui de faire le bien alors que l'on est pouss&#233; par un force &#233;trang&#232;re du mal, ou de faire le mal pour affirmer sa libert&#233;. En m&#234;me temps cette capacit&#233; de se d&#233;terminer peut &#234;tre l'origine d'une double douleur : le non assouvissement de notre libert&#233; du fait de la morale qui p&#232;se sur nous, que nous nous imposons, mais aussi de l'abus de libert&#233; par l'outre passement des valeurs qui nous construisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;br /&gt;
Par ailleurs, l'id&#233;e d'un libre arbitre aborde le fait d'une contingence du futur que Descartes sous-tend dans ce texte, mais n'explique pas. En effet, l'avenir n'est l'aboutissement d'aucune n&#233;cessit&#233; puisque l'homme est responsable de son pr&#233;sent. Par son caract&#232;re r&#233;fl&#233;chit, la volont&#233; s'oppose au d&#233;sir : l'homme n'est pas d&#233;tourn&#233; de la r&#233;alit&#233; mais au contraire, par l'exercice de sa libert&#233; de jugement, est confront&#233; &#224; ce qui existe. Pour que la volont&#233; soit r&#233;ellement libre l'homme ne doit, nous l'avons vu, ni se soumettre &#224; ses inclinations personnelles, ni aux pressions subient par la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure. Il apprend &#224; conna&#238;tre le monde qui l'entoure, les obstacles &#224; sa libert&#233; (qu'ils soient impos&#233;s ou qu'ils soient cr&#233;&#233;s par lui-m&#234;me). De cette mani&#232;re il &#233;tablit une hi&#233;rarchie entre lui, la volont&#233; d'action, la libert&#233; et la morale. Il prend &#224; la fois conscience de lui, du monde et de l'avenir. Le libre arbitre n'est donc pas seulement la &#171; principale perfection &#187; de l'homme mais aussi une pi&#232;ce essentielle de la &#171; m&#233;canique &#187; humaine. Sans libert&#233; de choix, l'homme est-il homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous l'avons vu, la libert&#233; entendue par Descartes est l'ind&#233;pendance de l'homme (devenu arbitre) vis &#224; vis de la contrainte exerc&#233;e par les penchants de la sensibilit&#233; dans le but de la cr&#233;ation de la morale. Cette libert&#233; du vouloir est infinie et donc &#171; me fait conna&#238;tre que je porte l'image et la ressemblance de Dieu &#187; (Descartes, &lt;i&gt;M&#233;ditations M&#233;taphysiques&lt;/i&gt;, 1647). Dans cet extrait, le philosophe s'est efforc&#233; &#224; d&#233;montrer que l'homme est artisan de son devenir, et que l'artifice qu'il cr&#233;&#233; est une morale qui restreint la libert&#233; et qui est en m&#234;me temps la condition de celle-ci. L'homme est donc un &#234;tre double qui s'&#233;l&#232;ve dans la construction harmonieuse des paradoxes. Il ma&#238;trise la volont&#233; et est ma&#238;tris&#233; par elle. En m&#234;me temps il para&#238;t difficile de penser la libert&#233; supposant une cause spontan&#233;e, c'est-&#224;-dire non d&#233;termin&#233; par l'ext&#233;rieur mais par l'ant&#233;rieur. D&#232;s lors, il est possible de penser que l'apprentissage de la libert&#233; se fait par les limites qu'impose la morale et que la connaissance de la morale se fait par l'&#233;tendue de la libert&#233; humaine. De sorte que l'on peut admettre l'id&#233;e que le libre arbitre r&#233;sume la construction de l'homme, qui se fait par l'assimilation des rapports contradictoires (ici entre la libert&#233; et la morale). La complexit&#233; de l'homme viendrait ainsi du fait d'un lien au monde r&#233;el fait d'oppositions. Si la libert&#233; humaine n'a pas de limite ni d'harmonie, sommes nous r&#233;ellement libre ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*******&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La science repose sur une croyance</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/La-science-repose-sur-une-croyance-214</link>
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		<dc:date>2003-10-26T23:43:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Devergez, M&#233;lanie</dc:creator>



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&lt;p&gt;M&#233;lanie, 2001-2002 &lt;br class='autobr' /&gt;
Commentaire du texte de Nietzsche : La science repose sur une croyance &lt;br class='autobr' /&gt; Ce texte est un extrait de l'ouvrage intitul&#233; Le gai savoir &#233;crit par Nietzsche, dans lequel le philosophe soutient qu'il n'existe pas de science sans postulat. Cette th&#232;se peut para&#238;tre de prime abord paradoxale, &#233;tant donn&#233; que la science est per&#231;ue comme l'unique domaine de la certitude gr&#226;ce &#224; l'usage de la v&#233;rification et de la d&#233;monstration qui sont des preuves certaines. En effet, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-explications-de-textes-" rel="directory"&gt;Des explications de textes.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;M&#233;lanie, 2001-2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentaire du texte de Nietzsche : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/La-science-repose-sur-une-croyance' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La science repose sur une croyance&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est un extrait de l'ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Le gai savoir&lt;/i&gt; &#233;crit par Nietzsche, dans lequel le philosophe soutient qu'il n'existe pas de science sans postulat. Cette th&#232;se peut para&#238;tre de prime abord paradoxale, &#233;tant donn&#233; que la science est per&#231;ue comme l'unique domaine de la certitude gr&#226;ce &#224; l'usage de la v&#233;rification et de la d&#233;monstration qui sont des preuves certaines. En effet, le postulat qui est une donn&#233;e initiale pos&#233;e par convention semble incompatible avec la certitude scientifique. D'ailleurs, pour asseoir sa th&#232;se l'auteur d&#233;bute avec cet &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. En effet, dans une premi&#232;re partie, il explique que les convictions n'ont leur place dans le domaine scientifique uniquement sous la forme d'hypoth&#232;se. Puis, dans une seconde partie, il en arrive au fait que l'esprit scientifique est le refus de toute conviction. Enfin, il s'interroge sur le fait que le fondement d'une science n&#233;cessite l'existence de conviction, ainsi toute science reposerait sur au moins une hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me philosophique que soul&#232;ve l'auteur serait donc la question du fondement de la science : sur quoi repose l'&#233;difice scientifique ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re partie, de la premi&#232;re ligne &#224; la sixi&#232;me, Nietzsche explique qu'&#224; premi&#232;re vue, les convictions n'ont pas lieu d'&#234;tre dans le domaine de la science except&#233; lorsqu'elles prennent la forme de l'hypoth&#232;se. En effet, le milieu scientifique est le domaine du savoir, de la connaissance universelle qui repose sur des crit&#232;res pr&#233;cis de v&#233;rification permettant l'objectivit&#233; des r&#233;sultats, et en m&#234;me temps la certitude de leur v&#233;racit&#233;. La science permet donc d'&#233;noncer des v&#233;rit&#233;s et des certitudes est justement ce point qui montre l'incompatibilit&#233; de la science et de la conviction. Effectivement, cette derni&#232;re est une croyance ferme assur&#233;e en la v&#233;rit&#233; d'une th&#232;se, fond&#233;e sur une r&#233;flexion, un choix clair et lucide, cependant, bien diff&#233;rente d'une simple croyance ou d'une opinion non fond&#233;e, mais aussi diff&#233;rente d'une certitude qui s'inscrit dans le domaine de la science. Lorsque l'on &#233;nonce une conviction un doute persiste, la conviction reste subjective impossible &#224; fonder rationnellement, &#224; la diff&#233;rence de la certitude. Prenons l'exemple d'un math&#233;maticien : si celui-ci est intimement convaincu de la v&#233;racit&#233; d'une th&#232;se, c'est &#224; dire que tout laisse penser que cette th&#232;se est juste, mais, il lui est impossible d'en faire la preuve de fa&#231;on rigoureuse par la logique, alors il ne peut se servir de cette th&#232;se, elle ne lui est d'aucune utilit&#233; : elle n'a pas sa place dans la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'acc&#232;s &#224; la connaissance par la conviction est possible si et seulement si celle-ci rev&#234;t l'habit de l'hypoth&#232;se. En effet, l'hypoth&#232;se est la seule forme non prouv&#233;e, non certaine admise dans le domaine de la science. Il s'agit, du point de vue exp&#233;rimental c'est &#224; dire pour les sciences de la nature telles que la physique ou la biologie, d'une explication conditionnelle th&#233;orique et anticip&#233;e des faits qui demande toujours une v&#233;rification par l'exp&#233;rience et, du point de vue de la fiction r&#233;gulatrice c'est &#224; dire des sciences formelles bas&#233;es sur la d&#233;duction comme les math&#233;matiques, l'hypoth&#232;se est alors une donn&#233;e. L'outil hypoth&#232;se n'est qu'une forme provisoire, qui s'inscrit dans la d&#233;marche scientifique, car elle est destin&#233;e soit &#224; &#234;tre confirm&#233;e, dans ce cas elle devient certitude et elle obtient une place et une utilit&#233; dans la science, soit &#224; &#234;tre infirm&#233;e, elle est alors rejet&#233;e car consid&#233;r&#233;e comme fausse, elle n'a alors plus de place dans le domaine de la connaissance. Dans le cas des sciences exp&#233;rimentales, c'est la r&#233;ussite de l'exp&#233;rience qui tranchera alors que dans le cas des sciences formelles, l'hypoth&#232;se ayant &#233;t&#233; pos&#233; on en d&#233;duira tout ce qu'elle implique et si l'on arrive &#224; la fin &#224; une proposition vraie qui lui sera &#233;quivalente alors l'hypoth&#232;se sera vraie mais si au contraire on arrive &#224; une absurdit&#233; ou une contradiction, alors l'hypoth&#232;se sera rejet&#233;e. Ainsi, force est de reconna&#238;tre une certaine valeur &#224; l'hypoth&#232;se. En effet, l'hypoth&#232;se joue un r&#244;le capital dans l'orientation de la recherche scientifique et tout particuli&#232;rement dans la recherche exp&#233;rimentale comme le soutenait Claude Bernard, en effet c'est l'hypoth&#232;se qui fixe les conditions exp&#233;rimentales sans lesquelles l'exp&#233;rience ne pourrait &#234;tre valable. Ainsi on peut dire qu'une conviction peut acc&#233;der au domaine de la science si elle y entre sous la forme de l'hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans ce cas, cela signifie que c'est seulement lorsqu'une conviction cesse d'&#234;tre une conviction qu'elle peut prendre place dans le domaine scientifique, c'est ce qu'explique le philosophe de la ligne 7 &#224; la ligne 9 sous forme interrogative. En effet, une conviction n'est pas la m&#234;me chose qu'une hypoth&#232;se. La principale diff&#233;rence qui les oppose est le fait qu'une hypoth&#232;se admet d'&#234;tre infirm&#233;e alors que celui qui &#233;nonce une conviction n'accepte pas la falsifiabilit&#233; de sa pens&#233;e puisqu'il est convaincu de sa th&#232;se. Donc la conviction en elle-m&#234;me est incompatible avec la d&#233;marche scientifique qui est de supposer puis de v&#233;rifier, on ne peut pas partir convaincu. Ainsi, on peut affirmer que les convictions n'ont pas droit de cit&#233; dans la science, c'est bien ce qui &#233;tait dit, au tout d&#233;but du texte, ceci &#233;tant soulign&#233; par l'expression &#171; avec juste raison &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; que la conviction est totalement incompatible avec la science, on peut alors supposer que la science ou plut&#244;t la discipline de l'esprit scientifique d&#233;bute par le rejet de toute conviction. C'est-&#224;-dire qu'on pourrait d&#233;finir la m&#233;thode scientifique comme l'&#233;tablissement d'un raisonnement bas&#233; sur la logique et excluant toute conviction ou autrement dit, tout &#233;l&#233;ment dont la v&#233;racit&#233; ne peut &#234;tre elle-m&#234;me prouve &#187;Une preuve est un &#233;l&#233;ment mat&#233;riel ou une d&#233;monstration permettant d'&#233;tablir l'existence d'un ph&#233;nom&#232;ne ou la validit&#233; d'une th&#232;se. Lorsque la preuve est une d&#233;monstration rationnelle, c'est-&#224;-dire, une op&#233;ration permettant d'&#233;tablir une propri&#233;t&#233; en s'appuyant sur une argumentation appropri&#233;e reposant sur la logique, la preuve &#233;tablit alors la certitude, d'o&#249; le nom de sciences exactes, qui est donn&#233; aux sciences utilisant la d&#233;monstration. Si la preuve est mat&#233;rielle, c'est-&#224;-dire exp&#233;rimentale, alors elle confirme l'hypoth&#232;se initiale. Cette confirmation ne donne pas le m&#234;me degr&#233; de certitude &#224; l'hypoth&#232;se que si cette derni&#232;re avait &#233;t&#233; d&#233;montre&amp;par une preuve mais si l'exp&#233;rience est r&#233;p&#233;t&#233;e plusieurs fois et si elle confirme l'hypoth&#232;se alors cette derni&#232;re est en ad&#233;quation avec le r&#233;el ce qui est justement un crit&#232;re de v&#233;rit&#233;. Ainsi, la science qui &#233;tablit des propri&#233;t&#233;s en les prouvant, soit par la d&#233;monstration, soit par l'ad&#233;quation au r&#233;el, refuse toute conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ceci pose un probl&#232;me que Nietzsche soul&#232;ve dans les quatre derni&#232;res lignes, en effet, si tout &#233;l&#233;ment utilis&#233; doit &#234;tre appuy&#233; par une preuve, alors les autres &#233;l&#233;ments qui interviennent dans cette preuve doivent eux aussi &#234;tre d&#233;montr&#233;s et ainsi de suite. La science est donc un &#233;difice pourvu d'une totale coh&#233;rence interne, mais au niveau de sa base, de son fondement un probl&#232;me se pose : il a bien fallu d&#233;montrer le tout premier &#233;l&#233;ment, mais &#224; partir de quoi puisque celui-ci est le premier et que, par d&#233;finition, rien ne le pr&#233;c&#232;de. Il a donc bien fallu, au fondement de la science, poser des d&#233;finitions et les admettre. Il faut donc admettre que l'on ne peut tout d&#233;montrer et qu'il est n&#233;cessaire d'admettre des v&#233;rit&#233;s premi&#232;res ind&#233;montrables. Ainsi, la v&#233;rit&#233; des propositions &#233;tablies &#224; partir de ces hypoth&#232;ses devient relative &#224; ces derni&#232;res qui sont pos&#233;es comme postulats, qui sont des propositions ind&#233;montrables qui ne semblent cependant pas contestables, on parle alors d'une m&#233;thode hypoth&#233;tico-d&#233;ductive. Cette m&#233;thode est utilis&#233;e dans les math&#233;matiques par exemple. On voit ainsi que la science elle-m&#234;me repose sur une croyance, sur des postulats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dire que la science repose sur une croyance, c'est r&#233;duire &#224; n&#233;ant tout le labeur scientifique, et surtout, mettre en doute tous ses &#233;nonc&#233;s, toutes ses conclusions ? C'est retir&#233; toute sa cr&#233;dibilit&#233; &#224; la science ? De plus, dire que la science repose sur une croyance est paradoxal En effet, comment &#224; partir d'une croyance, la science peut-elle aboutir &#224; des v&#233;rit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce paradoxe nous am&#232;ne &#224; nous demander alors comment la science peut-elle, &#224; partir de simples postulats, &#233;noncer des v&#233;rit&#233;s c'est &#224; dire des propositions en ad&#233;quation avec la r&#233;alit&#233; ? A quoi sont donc dues l'exactitude et la v&#233;racit&#233; des r&#233;sultats scientifiques, si la science repose sur des postulats ind&#233;montrables ? En effet, une science exp&#233;rimentale comme la chimie peut pr&#233;voir par la d&#233;monstration que telle r&#233;action est exothermique et exp&#233;rimentalement on constate qu'effectivement cette r&#233;action d&#233;gage effectivement de la chaleur. Le probl&#232;me serait donc centr&#233; sur le rapport entre les fondements de la science et la r&#233;alit&#233;. En effet, il appara&#238;t que les postulats fondateurs ind&#233;montrables ne sont pas admis par hasard mais par &#233;vidence c'est &#224; dire que les postulats seraient des v&#233;rit&#233;s qui s'impose &#224; l'esprit sans qu'il soit n&#233;cessaire de les d&#233;montrer. Ainsi, il suffirait de conna&#238;tre par &#233;vidence les premiers principes de la connaissance et d'&#233;tablir tous les autres par d&#233;monstration, c'est &#224; dire en les d&#233;duisant de proche en proche, &#224; partir des premi&#232;res. Ainsi, pour Descartes l'&#233;vidence et la d&#233;duction sont les seules voies qui conduisent &#224; la v&#233;rit&#233;. L'&#233;vidence serait alors le crit&#232;re le plus parfait de certitude. Ainsi, on peut comprendre l'exactitude des math&#233;matiques, science qui repose sur des axiomes qui sont des propositions admises par &#233;vidence et des d&#233;finitions que l'on peut comparer &#224; des r&#232;gles du jeu de la math&#233;matique &#224; partir desquels se d&#233;duisent des th&#233;or&#232;mes prouv&#233;s de proche en proche. Ainsi, on peut dire que la science repose non pas sur une croyance mais au contraire sur l'&#233;vidence, ce qui rend toute sa cr&#233;dibilit&#233; &#224; la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce que l'&#233;vidence est assur&#233;ment une v&#233;rit&#233; ? L'&#233;vidence se d&#233;finit par le fait que la repr&#233;sentation d'une id&#233;e s'accompagne d'un sentiment de certitude, selon Leibniz. Mais, quel cr&#233;dit accorder &#224; ce sentiment ? Ce dernier semble se rapprocher de l'intuition or nous savons que l'intuition est parfois trompeuse par exemple : intuitivement, l'ensemble des entiers naturels semble deux fois plus grand que l'ensemble des entiers pairs, alors qu'ils ont, en un certain sens, le m&#234;me nombre d'&#233;l&#233;ments, puisqu'&#224; un &#233;l&#233;ment de l'ensemble IN, on peut toujours faire correspondre un entier pair en le multipliant par deux par exemple. Ainsi, l'&#233;vidence serait un crit&#232;re peu fiable car trop subjectif. Mais est-ce vraiment par intuition que nous &#233;non&#231;ons une &#233;vidence ? Ne peut-on pas dire plut&#244;t que l'on dit d'une proposition qu'elle est &#233;vidente si et seulement si elle est en ad&#233;quation avec la raison humaine ? En effet, un &#233;nonc&#233; est dit &#233;vident quand il est concevable, c'est-&#224;-dire raisonnable. Ainsi, la science reposerait sur la raison humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si, comme Nietzsche, on affirme que la science est bas&#233;e sur une croyance, on peut avoir raison dans le sens o&#249; la science repose sur la croyance que l'homme poss&#232;de en la raison. Alors, on peut affirmer que la science qui est le fruit de la raison repose, en fin de compte, sur une conviction, c'est-&#224;-dire sur la &#171; foi &#187; en la valeur de la rationalit&#233;. En effet, si l'homme &#233;tudie des ph&#233;nom&#232;nes, c'est tout simplement parce qu'il pense pouvoir les expliquer, ou autrement dit, il pense qu'il existe une cause, une raison ( de &lt;i&gt;ratio&lt;/i&gt; du latin mot &#224; l'origine du terme rationalit&#233;) qui provoque le ph&#233;nom&#232;ne. L'homme croit en la logique dont il est pourvu. Mais cette croyance ne lui appara&#238;t pas telle quelle. Les recherches scientifiques actuelles sur le g&#233;nome humain sont la preuve que nous croyons en la rationalit&#233;, en effet &#224; partir des diff&#233;rences du r&#233;el c'est-&#224;-dire les diff&#233;rences entre deux individus par exemple au niveau de la couleur de leurs yeux, nous avons cherch&#233; des causes rationnelles pouvant expliquer cette diff&#233;rence. Et les r&#233;sultats actuels nous permettent de dire que ces diff&#233;rences sont dues &#224; l'information g&#233;n&#233;tique qui est particuli&#232;re &#224; chaque individu. Un monde non rationnel nous est inimaginable car nous poss&#233;dons la raison, c'est d'ailleurs ce qui nous diff&#233;rencie des autres animaux. Ainsi, on peut dire que la science repose sur notre croyance en la rationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, on peut dire que ce texte de Nietzsche soul&#232;ve le probl&#232;me du fondement des sciences. En effet, le corps lui-m&#234;me de la science b&#233;n&#233;ficie d'une grande coh&#233;rence interne reposant sur la d&#233;monstration de tout &#233;l&#233;ment par contre au niveau de sa base il a bien fallu que des principes ind&#233;montrables soient pos&#233;s au fondement de la science. Nietzsche soutient que ces principes sont des croyances, des postulats. Mais cette th&#232;se est paradoxale en effet comment expliquer alors que la science &#233;nonce des v&#233;rit&#233;s &#224; partir de postulats. On peut alors penser que la science repose sur des principes admis au nom de l'&#233;vidence mais &#224; quelles conditions peut-on affirmer qu'un principe est &#233;vident ? Il est alors possible de dire que l'&#233;vidence est en fait une ad&#233;quation avec la rationalit&#233;. Ainsi, la science repose sur la raison et l'on peut m&#234;me dire sur la croyance humaine en la rationalit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La mati&#232;re provoque et rend possible l'effort.</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/La-matiere-provoque-et-rend</link>
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		<dc:creator>Guilloux, Fr&#233;d&#233;ric</dc:creator>



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&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998. &lt;br class='autobr' /&gt;
Commentaire du texte de Bergson : La mati&#232;re provoque et rend possible l'effort. &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; Ce texte de Bergson (La mati&#232;re provoque et rend possible l'effort.) se rapporte au th&#232;me de la technique, comprise comme le rapport qu'entretient l'homme au r&#233;el - c'est-&#224;-dire &#224; la mati&#232;re - dans le but de la transformer. Il s'agit m&#234;me ici de l'interaction entre l'homme et ce r&#233;el. Selon l'auteur, la confrontation avec la mati&#232;re grandit l'homme en le poussant &#224; se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Des-explications-de-textes-" rel="directory"&gt;Des explications de textes.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric, 1997-1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentaire du texte de Bergson : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/La-matiere-provoque-et-rend-possible-l-effort' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La mati&#232;re provoque et rend possible l'effort.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ce texte de Bergson (&lt;a href='https://www.caute.lautre.net/La-matiere-provoque-et-rend-possible-l-effort' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La mati&#232;re provoque et rend possible l'effort.&lt;/a&gt;) se rapporte au th&#232;me de la technique, comprise comme le rapport qu'entretient l'homme au r&#233;el - c'est-&#224;-dire &#224; la mati&#232;re - dans le but de la transformer. Il s'agit m&#234;me ici de l'interaction entre l'homme et ce r&#233;el. Selon l'auteur, la confrontation avec la mati&#232;re grandit l'homme en le poussant &#224; se d&#233;passer. Le texte peut se diviser en trois parties : dans une premi&#232;re partie l'auteur montre, en utilisant notamment l'exemple de l'art, que sans mati&#232;re il ne peut y avoir d'effort. Or, nous explique-t-il dans une deuxi&#232;me partie , c'est cet effort qui grandit l'homme. Enfin, Bergson explique par quels m&#233;canismes la mati&#232;re rend n&#233;cessaire l'effort, et pousse ainsi l'homme &#224; se grandir. Le probl&#232;me des relations homme-mati&#232;re est ainsi mis en &#233;vidence dans le texte : la mati&#232;re, qui le fait vivre, semble pourtant &#234;tre un obstacle pour l'homme, mais c'est de cette fa&#231;on qu'elle lui est b&#233;n&#233;fique. Ceci peut mener &#224; un enjeu &#233;thique quant aux places de la technique et de la vie spirituelle dans la vie de l'homme. Finalement, que peut donc nous apporter la confrontation avec la mati&#232;re ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I/ ETUDE ORDONNEE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Dans la premi&#232;re phrase du texte, Bergson annonce que &#034;la mati&#232;re provoque et rend possible l'effort&#034;. Ceci constitue une partie de sa th&#232;se, et sera d&#233;montr&#233; &#224; la fin du texte, mais on se rend d&#233;j&#224; compte que la mati&#232;re est ici per&#231;ue &#224; la fois comme cause &#224; l'origine de l'effort et comme moyen de sa r&#233;alisation. L'auteur s'attache tout d'abord &#224; montrer, ce qui n'est pas tout &#224; fait &#233;quivalent, que tant que l'homme ne s'est pas heurt&#233; &#224; la mati&#232;re, on ne peut pas parler d'effort. L'effort, c'est la mobilisation par un sujet de son &#233;nergie, afin d'atteindre un objectif. &lt;br /&gt;
On voit tout d'abord que si l'objectif &#034;allait de soi&#034; , si la d&#233;pense d'&#233;nergie de la part du sujet n'&#233;tait pas absolument n&#233;cessaire, il n'y aurait pas d'effort de celui-ci. Il faut donc, pour pouvoir parler d'effort, qu'il y ait une r&#233;sistance emp&#234;chant la r&#233;alisation de l'objectif sans l'&#233;nergie apport&#233;e par le sujet. L'effort consiste donc &#224; vaincre cette r&#233;sistance, &#224; surmonter une difficult&#233;. Il ne peut donc s'agir que d'un acte conscient que l'homme est amen&#233; &#224; produire par sa volont&#233;. Notons que la r&#233;sistance peut &#234;tre ext&#233;rieure, lorsqu'il s'agit par exemple de produire une force susceptible de compenser une force physique (comme lorsqu'il faut soulever un objet pesant), mais qu'elle peut &#233;galement &#234;tre interne au sujet (ainsi on doit faire un effort de m&#233;moire pour retrouver un souvenir qui n'appara&#238;t pas imm&#233;diatement &#224; la conscience). &lt;br /&gt;
D'autre part, l'effort sur la mati&#232;re n'est pas forc&#233;ment un effort physique, mais il peut &#234;tre aussi intellectuel : c'est ce dernier effort que fournit l'ing&#233;nieur qui cherche &#224; vaincre th&#233;oriquement et a priori la r&#233;sistance de la mati&#232;re. Cette mati&#232;re est l'ensemble des &#233;l&#233;ments naturels qui sont soumis &#224; des forces r&#233;gies par les lois physiques. On peut donc l'assimiler, au niveau humain, &#224; la r&#233;alit&#233; du monde ext&#233;rieur. Ce sont g&#233;n&#233;ralement ces forces physiques qui constituent la r&#233;sistance que l'homme s'efforce de surmonter. &lt;br /&gt;
C'est pourquoi seule la mati&#232;re peut provoquer un effort de la part du sujet. Bergson identifie ici l'&#034;effort&#034; et la &#034;peine&#034;. En effet nous venons de voir que l'effort conduit &#224; une d&#233;pense d'&#233;nergie. Or on peut penser avec Spinoza que &#034;chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de pers&#233;v&#233;rer dans l'existence&#034;. En effet on remarque que les &#234;tre vivants par exemple tendent tous &#224; rester les m&#234;mes, c'est-&#224;-dire &#224; conserver l'&#233;quilibre de leur milieu ext&#233;rieur (l'hom&#233;othermie, la cicatrisation pour certains, la nutritions pour tous, sont autant de moyens utilis&#233;s par le vivant pour pr&#233;server le milieu interne pr&#233;c&#233;dant). Mais cet &#233;quilibre doit aussi &#234;tre un &#233;quilibre &#233;nerg&#233;tique, et chaque &#234;tre vivant tend naturellement &#224; conserver son &#233;nergie. Cette &#233;nergie n'&#233;tant pas illimit&#233;e, et &#233;tant indispensable &#224; la vie, l'&#234;tre vivant qui d&#233;pense son &#233;nergie voit donc diminuer les possibilit&#233; d'expression du conatus (qui est cette tendance &#224; pers&#233;v&#233;rer dans l'existence). Dans cette mesure, on peut dire que l'effort provoque un sentiment que l'on peut nommer &#034;tristesse&#034; , et qui peut &#234;tre associ&#233; &#224; la &#034;peine&#034;. D'apr&#232;s tout ceci, on comprend que &#034;la pens&#233;e qui n'est que pens&#233;e&#034; ne co&#251;te pas de la peine, car elle ne demande pas d'apport d'&#233;nergie, car il n'y a pas de r&#233;sistance &#224; ce que cette pens&#233;e vienne &#224; l'esprit. En effet, une pens&#233;e peut appara&#238;tre &#224; la conscience sans que le sujet en ait exprim&#233; la volont&#233;. Cette op&#233;ration, due probablement &#224; des associations d'&#233;motions, ne demande pas bien s&#251;r de d&#233;pense d'&#233;nergie physique. Elle ne demande pas non plus de d&#233;pense d'&#233;nergie intellectuelle, car lorsque cette &#233;nergie est utilis&#233;e, la pens&#233;e n'est plus seulement pens&#233;e, mais r&#233;fl&#233;chie, transform&#233;e, organis&#233;e. De m&#234;me, &#034;l'oeuvre d'art qui n'est que con&#231;ue&#034; est &#224; l'artiste un ensemble de sensations (visuelles, auditives, voire tactiles) m&#234;l&#233;es de sentiments. Comme dans le cas de la pens&#233;e, l'artiste qui n'a pas encore &#233;t&#233; confront&#233; &#224; la mati&#232;re et &#224; sa r&#233;sistance due &#224; ses propri&#233;t&#233;s physiques, n'a pas produit d'effort. Il en va de m&#234;me pour le po&#232;me. L'auteur utilise pour ce dernier exemple le verbe r&#234;ver qui montre bien qu'il ne s'agit pas d'un acte volontaire mais d'un &#233;tat - la r&#234;verie -. &lt;br /&gt;
Par contre il faut produire un effort pour transformer le r&#233;el afin de le rendre conforme &#224; la pens&#233;e ou l'image mentale, pour donner &#224; la mati&#232;re une forme se rapprochant de celle qui a &#233;t&#233; r&#234;v&#233;e, ce que Bergson nomme la &#034;r&#233;alisation mat&#233;rielle&#034;. En effet cette r&#233;alisation ne se fait pas spontan&#233;ment sans intervention humaine, et la mati&#232;re offre m&#234;me une certaine r&#233;sistance, ce qui sera repris plus tard dans le texte, et justifi&#233; &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le texte montre ensuite les avantages de l'effort. Certes, &#034;l'effort est p&#233;nible&#034;, car il nous oblige &#224; nous affaiblir en d&#233;pensant de l'&#233;nergie. Toutefois, on doit aussi en voir les aspects profitables. Tout d'abord cet effort, et lui seul, permet la r&#233;alisation mat&#233;rielle de la pens&#233;e ou de l'image, c'est-&#224;-dire qu'il permet &#224; l'esprit humain de produire des objets issus de lui-m&#234;me dans la r&#233;alit&#233; : il permet &#224; l'homme de produire une oeuvre. Mais ce n'est pas seulement pour cela que l'effort est &#034;pr&#233;cieux&#034;. L'oeuvre est en quelque sorte un produit de l'effort, mais l'effort est &#233;galement pr&#233;cieux en lui-m&#234;me ind&#233;pendamment de l'oeuvre. On a vu en effet que l'effort va en l'encontre de la tendance naturelle. Produire un effort, c'est donc refuser de se laisser d&#233;terminer n&#233;cessairement par sa nature. De plus, la r&#233;alisation mat&#233;rielle de l'oeuvre en question a demand&#233; auparavant la repr&#233;sentation de l'objectif &#224; atteindre - &#224; savoir cette r&#233;alisation mat&#233;rielle - ainsi que la repr&#233;sentation des moyens qui doivent &#234;tre mis en oeuvre pour parvenir &#224; cette fin. De cette fa&#231;on, l'homme se distingue des autres animaux par son travail, qui n'est autre que l'usage conscient de son &#233;nergie dans le but de produire l'oeuvre utile. L'homme se d&#233;termine donc non pas par sa constitution naturelle comme les autres animaux, mais par la fin qu'il se repr&#233;sente. Comme l'effort pour y parvenir est p&#233;nible, il faut que l'homme soumette ses tendances naturelles aux injonctions de son esprit ou de sa raison. Il se fixe donc des lois qu'il place au-dessus des lois naturelles. De cette fa&#231;on, lorsque par son effort il ob&#233;it &#224; ces injonctions qu'il s'est lui-m&#234;me fix&#233;es, l'homme se place au-dessus des autres &#234;tres vivants, et donc au-dessus de lui-m&#234;me en tant qu'&#234;tre naturel, il se situe au-dessus de la nature : Bergson affirme que l'homme s'est ainsi &#034;hauss&#233; au-dessus de [lui]-m&#234;me&#034;. De cela vient en partie la dignit&#233; de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'explication vient surtout dans la derni&#232;re partie du texte, dans laquelle l'auteur met en &#233;vidence les m&#233;canismes par lesquels la mati&#232;re et l'effort parviennent &#224; donner &#224; l'homme cette dignit&#233;.&lt;br /&gt;
Bergson souligne tout d'abord la r&#233;sistance qu'offre la mati&#232;re &#224; l'action de l'homme sur elle. En effet le principe d'hom&#233;ostasie &#233;nonc&#233; &#224; propos des &#234;tres vivants peut s'appliquer &#224; la mati&#232;re, donc m&#234;me aussi aux corps inertes. Ainsi le principe de l'inertie stipule que chaque corps conserve l'&#233;tat de mouvement ou de repos qui est le sien tant qu'aucune force ext&#233;rieure ne vient le modifier. La loi de Lenz affirme m&#234;me que le ph&#233;nom&#232;ne d'induction tend, par ses effets, &#224; s'opposer aux causes qui lui ont donn&#233; naissance. La mati&#232;re tend donc &#224; offrir une r&#233;sistance &#224; l'action de l'homme. En ce sens elle peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un obstacle &#224; la r&#233;alisation imm&#233;diate de l'oeuvre. On peut remarquer &#224; ce propos que ce n'est pas tant la mati&#232;re en elle-m&#234;me qui pr&#233;sente un obstacle, que les lois par lesquelles elle est r&#233;gie. N&#233;anmoins ces lois ne peuvent pas appara&#238;tre &#224; l'homme en dehors de la mati&#232;re. Ce n'est que par la mati&#232;re qu'elles peuvent se manifester. Il est donc naturel d'associer la mati&#232;re &#224; cet obstacle ou cette r&#233;sistance. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, l'oeuvre &#233;tant la r&#233;alisation mat&#233;rielle - ou r&#233;elle - de la pens&#233;e, seule la mati&#232;re peut permettre &#224; l'homme de la produire. L'effort ne pouvant &#234;tre fait que sur la mati&#232;re, celle-ci est donc &#034;l'instrument&#034; de la dignit&#233; humaine que l'on a per&#231;ue. Ceci est permis par sa &#034;docilit&#233;&#034;, car en effet la r&#233;sistance de la mati&#232;re n'est ni absolue ni invincible : sans les lois physiques, la mati&#232;re n'est pas en elle-m&#234;me r&#233;sistante &#224; l'action humaine. Une connaissance - th&#233;orique, empirique ou instinctive - de ces lois peut donc permettre de les utiliser au service de la fin qui est fix&#233;e. On peut ainsi, dans certaines limites, transformer la mati&#232;re, la d&#233;former, l'informer, de fa&#231;on &#224; obtenir une forme qui &#233;tait impossible sans l'action de l'homme : ainsi la mati&#232;re &#034;garde l'empreinte&#034; de l'action que l'homme &#224; eu sur elle. Sans cette docilit&#233;, tous les efforts resteraient vains. Enfin, la mati&#232;re ne peut jamais correspondre exactement &#224; la pens&#233;e ou &#224; l'image que l'on avait, car celles-ci sont imaginaires, alors que l'oeuvre mat&#233;rielle est r&#233;elle. Elle ne peut donc que s'approcher plus ou moins de l'id&#233;e que l'on en avait. Ainsi l'objectif n'est jamais enti&#232;rement atteint. On peut toujours produire un effort plus important pour tenter de s'approcher plus de l'objectif initial. Dans cette mesure, la mati&#232;re est bien un &#034;stimulant&#034; de l'action humaine. Finalement, on peut r&#233;sumer en affirmant que la mati&#232;re &#034;&#233;prouve notre force, en garde l'empreinte et en appelle l'intensification&#034;. La mati&#232;re n'est pas pour l'homme un simple objet de soumission comme pourrait le faire penser l'apparente facilit&#233; avec laquelle on agit sur elle dans la vie de tous les jours. L'action ne se fait pas seulement de l'homme vers la mati&#232;re, la mati&#232;re agit &#233;galement sur l'homme. Le r&#233;el n'est donc en quelque sorte pas si inerte, puisqu'il pousse l'homme &#224; agir. Il n'y a donc pas seulement action, mais interaction, ou actions r&#233;ciproques, entre l'homme et la mati&#232;re. La technique peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e d&#232;s lors comme la repr&#233;sentation de cette interaction. &lt;br /&gt;
C'est peut-&#234;tre de la conscience de cette action que la mati&#232;re exerce sur lui que vient la pathologie du h&#233;ros de Sartre dans son roman &lt;i&gt;la naus&#233;e&lt;/i&gt;. Roquentin se sent aggress&#233; par les objets, et la mati&#232;re en g&#233;n&#233;rale, il est angoiss&#233; et &#233;coeur&#233; de ne pas pouvoir dominer enti&#232;rement cette mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II/ INTERET PHILOSOPHIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ce texte de Bergson apporte en premier lieu des &#233;l&#233;ments au d&#233;bat sur la n&#233;cessit&#233; de la confrontation &#224; la mati&#232;re. Dans la Gr&#232;ce antique, la confrontation &#224; la mati&#232;re est consid&#233;r&#233;e comme d&#233;gradante, et elle est par cons&#233;quent confi&#233;e aux esclaves. Les t&#226;ches nobles sont les t&#226;ches intellectuelles, en particulier les r&#233;flexions sur l'organisation politique des hommes - qui, comme on l'a vu, ne peuvent pas &#234;tre mis au m&#234;me niveau que la mati&#232;re - ou les r&#233;flexions enti&#232;rement abstraites. L'art de la guerre n'y est pas la fabrication mat&#233;rielle d'arme mais la strat&#233;gie intervenant sur des actions humaines, c'est-&#224;-dire quelque chose qui n'est pas directement mat&#233;riel. Cette vision a conduit, &#224; travers les mill&#233;naires, certains hommes &#224; penser que ce qui fa&#238;te la dignit&#233; de l'homme, c'est son esprit et lui seul, dans la mesure o&#249;, contrairement aux animaux, il n'est pas limit&#233; &#224; l'appr&#233;hension du milieu et &#224; la confrontation avec la mati&#232;re, mais qu'il est capable d'imaginer des concepts enti&#232;rement immat&#233;riels (religieux par exemple), d'&#233;prouver des sentiments et non pas seulement des sensations, en un mot de se d&#233;tacher de la mati&#232;re. Cette pens&#233;e peut &#234;tre associ&#233;e &#224; une sorte d'asc&#233;tisme. La mati&#232;re est m&#233;pris&#233;e, et l'homme doit s'&#233;lever et atteindre sa dignit&#233; en se d&#233;barrassant des soucis mat&#233;riels. Dans cette optique, l'homme est au fa&#238;te de sa dignit&#233; lorsqu'il pense ind&#233;pendamment de la mati&#232;re qui l'entoure. C'est en effet seule cette pens&#233;e qui nous assure de notre existence affirme Descartes : &#034;Cogito ergo sum&#034;. Toute perception de la mati&#232;re passant par les sens, elle peut &#234;tre rejet&#233;e en doute car on ne peut pas se fier &#224; ses sens. L'homme peut par exemple penser en menant une r&#233;flexion philosophique, math&#233;matique, en ayant une existence uniquement spirituelle ou religieuse, etc. Un tel comportement permet de se lib&#233;rer des contraintes ext&#233;rieures. En effet toute r&#233;alisation mat&#233;rielle &#233;tant par nature imparfaite, elle ne peut que d&#233;cevoir au regard de l'objectif qui &#233;tait imagin&#233;. Nous ne sommes donc pas enti&#232;rement ma&#238;tre de nos r&#233;alisations mat&#233;rielles alors que nous pouvons l'&#234;tre de nos pens&#233;es. On peut voir alors l&#224; une forme de libert&#233; de l'individu consid&#233;r&#233; comme pur esprit.&lt;br /&gt;
Mais ce comportement conduit aussi &#224; renoncer &#224; transformer le r&#233;el, et emp&#234;che en outre le d&#233;veloppement des techniques. Or Bergson nous montre dans ce texte que ce n'est pas en rejetant la mati&#232;re que l'homme acquiert sa dignit&#233;, mais au contraire en s'y opposant, en agissant sur elle, car c'est l'effort que demande cette action qui permet &#224; l'homme de s'&#233;lever au-dessus de sa condition. De plus, les hommes ne peuvent pas progresser si les pens&#233;es des individus qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; ne peuvent pas &#234;tre transmises d'un fa&#231;on ou d'une autre &#224; ceux qui leur succ&#232;dent, car dans ce cas chacun devrait reprendre toute r&#233;flexion au point de d&#233;part sans pouvoir profiter des avanc&#233;es qui ont &#233;t&#233; faites. Or, si l'on exclue, ce qui ne semble pas poser de probl&#232;me, tout ph&#233;nom&#232;ne de communication directe entre plusieurs esprits (comme par exemple la t&#233;l&#233;pathie), cette transmission ne peut s'effectuer que par la mati&#232;re, que cette mati&#232;re soit l'air ou autre chose. Tout syst&#232;me de communication, que ce soit la parole, l'&#233;criture, ou des moyens mettant en oeuvre plus de technique, ne peut pas se passer de la mati&#232;re. Refuser toute confrontation avec la mati&#232;re, c'est donc refuser, du m&#234;me coup, toute communication. Or un philosophe ou un math&#233;maticien g&#233;nial qui n'aurait fait que penser ou r&#234;ver, est inutile &#224; tout autre que lui-m&#234;me s'il a refus&#233; de communiquer avec les autres. Il n'a pas dans ce cas pris en compte l'int&#233;r&#234;t de l'humanit&#233;, mais seulement son propre int&#233;r&#234;t qui &#233;tait de ne pas produire d'effort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En outre, la vision de Bergson permet elle aussi une certaine libert&#233; - comprise &#224; la fois comme autonomie et comme relative ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des lois de la nature -, et l'humanisation du monde, comme r&#233;alisation de la conscience. &lt;br /&gt;
Le second principe de la thermodynamique affirme que l'&#233;nergie de l'Univers tend vers une entropie maximale, vers un nivellement, cette &#233;nergie s'&#233;coulant inexorablement des sources chaudes vers les sources froides. Par cons&#233;quent, la mati&#232;re &#224; elle aussi tendance &#224; se disperser, c'est-&#224;-dire &#224; perdre sa forme. L'action humaine va donc consister &#224; rassembler la mati&#232;re pour lui donner une forme, pour l'organiser, donc pour l'unifier. Bergson affirme ainsi que &#034;la vie remonte la pente que la nature descend&#034;. Or unifier c'est le propre de la conscience. C'est donc en tant que conscient que l'&#234;tre humain produit de nouvelles formes mat&#233;rielles, car seule la conscience peut introduire dans le donn&#233; multiple des formes qui n'existaient pas auparavant. L'homme qui accomplit une telle action se distingue donc lui aussi par cette action des autres &#234;tre vivants, il s'&#233;l&#232;ve au-dessus d'eux car il prouve sa conscience, qui lui conf&#232;re sa dignit&#233;. La technique permet donc &#224; l'homme de construire un monde artificiel, qui n'est plus pour lui une ext&#233;riorit&#233; radicale car l'esprit s'y trouve &#034;chez lui&#034;, entour&#233; d'objets issus de lui-m&#234;me : la conscience trouve d'une certaine fa&#231;on une image d'elle-m&#234;me dans le r&#233;el. &lt;br /&gt;
En second lieu, si la technique trouve son origine dans la lutte entre les forces de la mati&#232;re et la force humaine, elle permet finalement de faire dispara&#238;tre cette lutte au profit de l'homme, ou au moins de l'att&#233;nuer. Prenons l'exemple du domaine agricole. L'homme est au d&#233;part enti&#232;rement assujetti aux al&#233;as de la nature dont il tire sa nourriture, &#233;tant donc limit&#233; &#224; ce que produit naturellement la terre. Au d&#233;but de l'agriculture, il franchit un pas &#233;norme vers son ind&#233;pendance, &#233;tant capable de produire lui-m&#234;me ce qui est d&#233;sir&#233; &#224; l'endroit o&#249; il le faut. Cependant sa production reste soumise aux lois naturelles (par exemple au climat). De nos jours l'homme est en passe de pouvoir en th&#233;orie s'affranchir presque enti&#232;rement de ces lois car il peut produire l'esp&#232;ce d&#233;sir&#233;e (et m&#234;me en cr&#233;er qui n'existaient pas dans la nature) dans les conditions qu'il souhaite car il produit &#233;galement ces conditions. M&#234;me la terre n'est plus indispensable car l'homme synth&#233;tise artificiellement les produits permettant la croissance des v&#233;g&#233;taux ainsi cultiv&#233;s. On voit bien l&#224; que les progr&#232;s techniques permettent, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, une ind&#233;pendance toujours plus grande &#224; l'&#233;gard de la nature.&lt;br /&gt;
Enfin Hegel nous a montr&#233;, dans la &lt;i&gt;ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit&lt;/i&gt;, que le travail, qui n'est autre que l'action accomplie gr&#226;ce &#224; l'effort, n'est pas spontan&#233; chez un individu naturel. Il faut donc penser que celui qui l'effectue est le perdant d'une lutte &#224; mort visant &#224; soumettre l'autre pour le faire travailler : il s'est laiss&#233; domin&#233; car il s'est soumis &#224; son instinct de conservation. Pour travailler, l'esclave, car c'est ainsi qu'il est nomm&#233;, doit soumettre ses impulsions aux buts conscients qu'il se prescrit. Ne se soumettant plus qu'&#224; ses propres lois, et non plus aux lois naturelles qui d&#233;terminent les animaux, l'esclave se fait ainsi &#034;l'homme de l'homme&#034; pour reprendre l'expression de Rousseau : en soumettant son action aux lois prescrites par son esprit et son instinct de conservation &#224; ses buts conscient, l'homme acquiert son autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'exemple de l'art est &#233;galement repr&#233;sentatif de l'int&#233;r&#234;t de la confrontation avec la mati&#232;re, le r&#233;el.&lt;br /&gt;
En effet, c'est cette action sur la mati&#232;re qui permet de distinguer l'art de l'imagination, et qui permet en fin de compte d'&#233;viter &#224; un sujet d'&#234;tre atteint de n&#233;vrose.&lt;br /&gt;
Si l'on consid&#232;re comme n&#233;cessaire l'hypoth&#232;se de l'inconscient, et que l'on accepte la description de l'appareil psychique pr&#233;sent&#233; par Freud, on se rend compte que la libido, principale force psychique, recherche par nature (c'est une pulsion) sa satisfaction. Mais cette satisfaction ne peut pas se faire imm&#233;diatement, car elle se heurte &#224; la contrainte du r&#233;el qui ne permet pas cette satisfaction imm&#233;diate. Elle est alors dans un premier temps refoul&#233;e dans l'inconscient par l'instance de censure, mais, dans un processus normal, elle trouve par la suite d'autres voies de satisfaction r&#233;elle gr&#226;ce &#224; sa plasticit&#233;. En effet, si par son dynamisme la pulsion tend &#224; combler un manque, l'objet qui satisfera ce manque n'est pas donn&#233; &#224; l'avance, et la pulsion peut donc changer d'objet - et devenir de cette fa&#231;on acceptable pour l'instance de censure. Toutefois, il arrive chez certains individus que l'instance de censure soit trop s&#233;v&#232;re, ou que la pulsion soit trop peu plastique. Le r&#233;sultat est alors qu'il n'y a plus pour la pulsion aucun espoir de satisfaction dans le r&#233;el. &lt;br /&gt;
Deux voies sont alors possible pour un tel individu, qui diff&#232;rent l'une de l'autre par leur rapport au r&#233;el et &#224; la mati&#232;re. Ainsi une premi&#232;re voie de substitution peut &#234;tre l'imagination. Celle-ci peut &#234;tre pens&#233;e comme un refuge pour la pulsion qui semble s'y satisfaire. C'est la formation d'un sympt&#244;me. Mais ce que l'imagination rend pr&#233;sent, ce ne sont jamais que des images mentales. La satisfaction propos&#233;e n'est donc elle-m&#234;me qu'imaginaire. Ce n'est donc bien qu'un substitution &#224; la satisfaction r&#233;elle que le r&#233;el refuse. Ce n'est pas une r&#233;elle satisfaction. Donc la pulsion continue toujours &#224; vouloir &#234;tre satisfaite, ce qui entra&#238;ne un enfermement dans l'imaginaire. &lt;br /&gt;
L'autre voie de r&#233;solution des conflits entre les pulsions et l'instance de censure est la sublimation, c'est-&#224;-dire l'&#233;l&#233;vation des pulsions vers des objets plus intellectuels, comme l'art. Dans le cadre du refoulement, l'artiste est celui qui est capable d'&#233;viter la n&#233;vrose en produisant un objet r&#233;el. Sans se r&#233;fugier dans son imaginaire, il rend r&#233;els les produits de son imagination. Cette capacit&#233; est due &#224; sa force psychique, mais aussi &#224; sa comp&#233;tence, c'est-&#224;-dire sa facult&#233; &#224; utiliser et transformer la mati&#232;re donn&#233;e pour lui donner une forme proche de ce qu'il a imagin&#233;. Nous venons justement de voir que ceci est la technique. &lt;br /&gt;
Dans son texte, Bergson montre que ce qui fait la diff&#233;rence entre &#034;l'oeuvre d'art qui n'est que con&#231;ue&#034; ou &#034;le po&#232;me qui n'est que r&#234;v&#233;&#034;, et la &#034;conception artistique&#034;, c'est que la derni&#232;re demande un effort car elle ne peut s'effectuer, contrairement aux deux premiers, sans se heurter &#224; la mati&#232;re. Le r&#244;le de la mati&#232;re &#224; la fois comme obstacle - il faut un savoir technique important, et donner de son &#233;nergie, pour parvenir &#224; lui donner la forme souhait&#233;e - et comme instrument est particuli&#232;rement visible dans l'art (on peut prendre l'exemple de la sculpture).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Que nous apporte donc l'effort r&#233;alis&#233; sur la mati&#232;re ? L'&#233;tude du texte permet de voir que ce que nous apporte cet effort, c'est notre dignit&#233; d'&#234;tre humain. En effet, contrairement aux autres &#234;tres vivants, l'homme est seul capable de r&#233;aliser un effort, car l'effort pr&#233;suppose la conscience. Par cet effort, l'homme montre qu'il peut s'&#233;lever au-dessus des lois naturelles en se fixant lui-m&#234;me des lois. Il peut en outre informer le r&#233;el donn&#233; en lui imprimant la marque de sa conscience. Enfin, l'artiste prouve que cet effort n'est pas r&#233;alis&#233; seulement dans un but utilitaire permettant la survie, mais que donner forme &#224; la mati&#232;re peut aussi faire partie d'activit&#233; intellectuelles sup&#233;rieure dont seul l'homme est capable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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