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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>L'esprit humain ne peut s'observer lui-m&#234;me.</title>
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		<dc:creator>Comte, Auguste</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il est sensible, en effet, que, par une n&#233;cessit&#233; invincible, l'esprit humain peut observer directement tous les ph&#233;nom&#232;nes, except&#233; les siens propres. Car, par qui serait faite l'observation ? On con&#231;oit, relativement aux ph&#233;nom&#232;nes moraux, que l'homme puisse s'observer lui-m&#234;me sous le rapport des passions qui l'animent, par cette raison anatomique, que les organes qui en sont le si&#232;ge sont distincts de ceux destin&#233;s aux fonctions observatrices. Encore m&#234;me que chacun ait eu occasion de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-84-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est sensible, en effet, que, par une n&#233;cessit&#233; invincible, l'esprit humain peut observer directement tous les ph&#233;nom&#232;nes, except&#233; les siens propres. Car, par qui serait faite l'observation ? On con&#231;oit, relativement aux ph&#233;nom&#232;nes moraux, que l'homme puisse s'observer lui-m&#234;me sous le rapport des passions qui l'animent, par cette raison anatomique, que les organes qui en sont le si&#232;ge sont distincts de ceux destin&#233;s aux fonctions observatrices. Encore m&#234;me que chacun ait eu occasion de faire sur lui de telles remarques, elles ne sauraient &#233;videmment avoir jamais une grande importance scientifique, et le meilleur moyen de conna&#238;tre les passions sera-t-il toujours de les observer en dehors ; car tout &#233;tat de passion tr&#232;s prononc&#233;, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment celui qu'il serait le plus essentiel d'examiner, est n&#233;cessairement incompatible avec l'&#233;tat d'observation. Mais, quant &#224; observer de la m&#234;me mani&#232;re les ph&#233;nom&#232;nes intellectuels pendant qu'ils s'ex&#233;cutent, il, y a impossibilit&#233; manifeste. L'individu pensant ne saurait se partager en deux, dont l'un raisonnerait, tandis que l'autre regarderait raisonner. L'organe observ&#233; et l'organe observateur &#233;tant, dans ce cas, identiques, comment l'observation pourrait-elle avoir lieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;tendue m&#233;thode psychologique est donc radicalement nulle dans son principe. Aussi, consid&#233;rons &#224; quels proc&#233;d&#233;s profond&#233;ment contradictoires elle conduit imm&#233;diatement ! D'un c&#244;t&#233;, on vous recommande de vous isoler, autant que possible, de toute sensation ext&#233;rieure, il faut surtout vous interdire tout travail intellectuel ; car, si vous &#233;tiez seulement occup&#233;s &#224; faire le calcul le plus simple, que deviendrait l'observation int&#233;rieure ? D'un autre c&#244;t&#233;, apr&#232;s avoir, enfin, &#224; force de pr&#233;cautions, atteint cet &#233;tat parfait de sommeil intellectuel, vous devez vous occuper &#224; contempler les op&#233;rations qui s'ex&#233;cuteront dans votre esprit lorsqu'il ne s'y passera plus rien !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;A. Comte, Cours de philosophie positive, Premi&#232;re le&#231;on (1830).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Th&#233;orie positive du langage humain</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Theorie-positive-du-langage-humain</link>
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		<dc:date>2003-08-29T22:54:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Comte, Auguste</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;LE LANGAGE, PROBL&#200;ME DE SOCIOLOGIE &lt;br class='autobr' /&gt;
La vraie th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du langage est essentiellement sociologique, quoique son origine normale soit n&#233;cessairement biologique. Elle doit, par cons&#233;quent, se construire surtout d'apr&#232;s le cas humain, qui, outre son int&#233;r&#234;t pr&#233;pond&#233;rant, peut seul assez d&#233;voiler les lois correspondantes, comme pour toutes les &#233;tudes c&#233;r&#233;brales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Faute de pouvoir s'&#233;lever au seul point de vue qui soit vraiment universel, la philosophie th&#233;ologico-m&#233;taphysique m&#233;connut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Comte-" rel="directory"&gt;Comte&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LE LANGAGE, PROBL&#200;ME DE SOCIOLOGIE&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du langage est essentiellement sociologique, quoique son origine normale soit n&#233;cessairement biologique. Elle doit, par cons&#233;quent, se construire surtout d'apr&#232;s le cas humain, qui, outre son int&#233;r&#234;t pr&#233;pond&#233;rant, peut seul assez d&#233;voiler les lois correspondantes, comme pour toutes les &#233;tudes c&#233;r&#233;brales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syst&#232;me de politique positive, tome II, 224 ; &#233;dition de la &#171; Librairie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de pouvoir s'&#233;lever au seul point de vue qui soit vraiment universel, la philosophie th&#233;ologico-m&#233;taphysique m&#233;connut toujours la nature profond&#233;ment sociale du langage humain. Il est, en lui-m&#234;me, tellement relatif &#224; la sociabilit&#233; que les impressions purement personnelles ne peuvent jamais s'y formuler convenablement, comme le prouve l'exp&#233;rience journali&#232;re envers les maladies. Sa moindre &#233;laboration suppose toujours une influence collective, o&#249; le concours des g&#233;n&#233;rations devient bient&#244;t non moins indispensable que celui des individus. Les plus grands efforts des g&#233;nies les plus syst&#233;matiques ne sauraient parvenir &#224; construire personnellement aucune langue r&#233;elle. C'est pourquoi la plus sociale de toutes les institutions humaines place n&#233;cessairement dans une contradiction sans issue tous les penseurs arri&#233;r&#233;s qui s'efforcent aujourd'hui de retenir la &lt;i&gt;philosophie au &lt;/i&gt;point de vue individuel. En effet, ils ne peuvent jamais exposer leurs sophistiques blasph&#232;mes que d'apr&#232;s une s&#233;rie de formules toujours due &#224; une longue coop&#233;ration sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 219-220&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#201;FINITION DU LANGAGE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Signe et langage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie d&#233;finition g&#233;n&#233;rale des signes qui composent un langage quelconque [...] consiste &#224; concevoir tout &lt;i&gt;signe &lt;/i&gt;proprement dit comme r&#233;sult&#233; d'une certaine liaison habituelle, d'ailleurs volontaire ou involontaire, entre un mouvement et une sensation [...] entre une influence objective et une impression subjective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 220-222&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Langage involontaire et langage volontaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[On doit placer] la distinction principale, entre le langage involontaire auquel se bornent les animaux inf&#233;rieurs, et le langage plus ou moins volontaire qui se d&#233;veloppe chez tous les animaux sup&#233;rieurs, m&#234;me &#224; partir du degr&#233; d'organisation o&#249; commence la pleine s&#233;paration des sexes. Dans le premier cas, les actes accomplis deviennent seuls les signes n&#233;cessaires des penchants qui les ont inspir&#233;s ou des projets qu'ils r&#233;alisent. Ce langage, auquel devrait exclusivement appartenir le nom de &lt;i&gt;langage d'action&lt;/i&gt;, est spontan&#233;ment entendu de tous les &#234;tres semblablement organis&#233;s [...]. N&#233;anmoins, quelle que soit l'importance de ce premier langage, il ne doit &#234;tre ici consid&#233;r&#233; que comme la base naturelle du second, seul objet de ce chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que volontaire, celui-ci est toujours artificiel [...]. Les signes volontaires acqui&#232;rent naturellement la fixit&#233; convenable, d'apr&#232;s leur origine &#233;l&#233;mentaire dans les signes involontaires, graduellement d&#233;compos&#233;s et simplifi&#233;s, sans cesser d'&#234;tre intelligibles. C'est ainsi que s'&#233;tablit n&#233;cessairement la liaison normale entre la vraie th&#233;orie sociologique du langage et sa simple th&#233;orie biologique. En effet, les signes volontaires sont toujours de v&#233;ritables institutions sociales, puisqu'ils furent primitivement destin&#233;s aux communications mutuelles. S'ils s'appliquent ensuite au perfectionnement de l'existence individuelle, surtout mentale, cette propri&#233;t&#233; indirecte, qui reste presque born&#233;e &#224; l'esp&#232;ce humaine, n'aurait jamais suffi pour d&#233;terminer leur formation. L'ancienne philosophie ne lui accordait une vicieuse pr&#233;pond&#233;rance que faute de pouvoir se placer au point de vue social. Outre que ce langage volontaire est r&#233;ellement le seul qui doive nous int&#233;resser directement, il comporte seul un progr&#232;s d&#233;cisif, &#224; mesure que la soci&#233;t&#233; se complique et s'&#233;tend&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 222-223&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DIFF&#201;RENTES ESP&#200;CES DE LANGAGE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tous les signes artificiels d&#233;rivent primitivement, m&#234;me dans notre esp&#232;ce, d'une simple imitation volontaire des divers signes naturels qui r&#233;sultent involontairement de l'existence correspondante. Cette origine spontan&#233;e peut seule expliquer &#224; la fois leur formation et leur interpr&#233;tation. Les mouvements qui les constituent doivent ordinairement, pour annoncer au dehors les impressions int&#233;rieures, s'adresser de pr&#233;f&#233;rence aux sens susceptibles d'&#234;tre affect&#233;s de loin. On serait ainsi conduit &#224; distinguer trois sortes de langage, concernant respectivement l'odorat, la vue, et l'ou&#239;e. Mais le premier sens est trop imparfait chez l'homme pour y susciter aucun v&#233;ritable syst&#232;me de signes [...]. L'organe c&#233;r&#233;bral du langage ne peut donc jamais employer que deux syst&#232;mes de signes ext&#233;rieurs, dont l'un s'adresse &#224; la vue, et l'autre &#224; l'ou&#239;e. Chacun d'eux a des avantages qui lui sont propres, et en vertu desquels tous deux sont usit&#233;s concurremment chez les animaux sup&#233;rieurs. Leur application caract&#233;ristique aux plus puissantes &#233;motions suscite partout une certaine &#233;bauche spontan&#233;e de l'essor esth&#233;tique, en faisant surgir les deux arts fondamentaux, la mimique et la musique, dont la source distincte n'emp&#234;che pas la combinaison naturelle. De ces deux souches spontan&#233;es r&#233;sultent ensuite tous nos signes artificiels, &#224; mesure que la communication affective s'affaiblit par l'extension des rapports sociaux, pour laisser pr&#233;valoir de plus en plus la transmission intellectuelle [...]. Cette alt&#233;ration croissante conduit enfin, chez les populations tr&#232;s civilis&#233;es, &#224; renverser totalement l'ordre naturel, en persuadant, au contraire, que l'art d&#233;rive du langage. Mais tout le r&#232;gne animal t&#233;moigne aussit&#244;t contre cette aberration th&#233;orique, en montrant les gestes et les cris employ&#233;s bien davantage &#224; communiquer les affections qu'&#224; transmettre les notions, ou m&#234;me &#224; concerter les projets. Un pareil contraste se manifeste parmi nous quand l'existence sociale s'y borne aux relations domestiques ou &#224; de faibles rapports politiques. D'apr&#232;s le d&#233;veloppement de notre activit&#233; et l'extension correspondante de notre soci&#233;t&#233;, la partie intellectuelle, &#224; la fois th&#233;orique et pratique, du langage humain dissimule graduellement la source affective, et par cons&#233;quent esth&#233;tique, d'o&#249; il r&#233;sulte toujours, et dont la trace ne se perd jamais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 226-227&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mimique et musique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de toute &#233;volution humaine, individuelle ou collective, la mimique pr&#233;vaut longtemps sur la musique, comme chez la plupart des animaux. Outre les avantages propres aux signes visuels, cette pr&#233;dilection spontan&#233;e r&#233;sulte de ce que les mouvements qui les produisent sont &#224; la fois plus faciles &#224; renouveler et mieux li&#233;s aux affections correspondantes. Toutefois, la fugacit&#233; naturelle de l'expression mimique conduit bient&#244;t &#224; modifier profond&#233;ment l'art fondamental, afin d'en fixer les r&#233;sultats essentiels, quoiqu'en diminuant leur &#233;nergie esth&#233;tique. C'est ainsi que la mimique primitive tombe graduellement en d&#233;su&#233;tude, quand elle a suffisamment engendr&#233; les deux principaux arts de la forme, d'abord la sculpture, et ensuite la peinture. La partie visuelle du langage humain finit par d&#233;river essentiellement de ceux-ci, et surtout du dernier, sans toutefois que l'origine indirecte puisse jamais cesser d'y devenir appr&#233;ciable aux philosophes positifs. Si toute &#233;criture provient d'abord d'un vrai dessin, tout dessin est aussi destin&#233; primitivement &#224; perp&#233;tuer une attitude expressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant maintenant la seconde source fondamentale du langage, on explique ais&#233;ment la pr&#233;f&#233;rence que l'expression musicale acquiert bient&#244;t, et d&#233;veloppe de plus en plus, sur l'expression mimique, d'abord pr&#233;pond&#233;rante. Quoique les sons se reproduisent moins ais&#233;ment que les formes, et sans qu'ils soient autant li&#233;s &#224; nos principales affections, leur plus grande ind&#233;pendance des temps et des lieux les rend mieux aptes aux communications peu distantes, entre tous ceux qui sont assez exerc&#233;s &#224; leur formation volontaire [...]. Ce pr&#233;cieux tuyau, qui semble d'abord ne pouvoir assister que la vie v&#233;g&#233;tative, fournit aux animaux sup&#233;rieurs le meilleur moyen d'agrandir l'existence c&#233;r&#233;brale par des communications mutuelles qui peuvent en retracer les moindres nuances [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux appr&#233;cier cette pr&#233;pond&#233;rance finale de l'expression vocale sur l'expression mimique, il importe d'y remarquer aussi deux propri&#233;t&#233;s essentielles, trop m&#233;connues ordinairement, l'une statique, l'autre dynamique. La premi&#232;re consiste dans l'intime d&#233;pendance de l'appareil correspondant envers le cerveau, d'o&#249; proviennent directement ses principaux. nerfs. Aucune autre partie du syst&#232;me musculaire n'est autant li&#233;e au centre nerveux. Elle &#233;tait donc la plus propre &#224; fournir des signes capables de bien exprimer nos &#233;motions et nos pens&#233;es, m&#234;me les plus d&#233;licates. Nulle esp&#232;ce sup&#233;rieure ne dut &#233;prouver beaucoup d'embarras &#224; d&#233;couvrir une telle aptitude, spontan&#233;ment indiqu&#233;e d&#233;j&#224; par les cris qu'arrachent la douleur et la joie. En second lieu, je dois ici rappeler [...] le privil&#232;ge &#233;vident, quoique inaper&#231;u jusqu'ici, que pr&#233;sente l'expression orale, compar&#233;e surtout &#224; l'expression mimique, de comporter naturellement un v&#233;ritable monologue, o&#249; chacun s'adresse &#224; lui-m&#234;me. Cette propri&#233;t&#233; compl&#232;te l'ensemble des caract&#232;res qui motivent la pr&#233;pond&#233;rance presque universelle d'un tel syst&#232;me de signes chez tous les animaux sup&#233;rieurs, et d'apr&#232;s laquelle les autres modes de communication ne sont qualifi&#233;s de &lt;i&gt;langage &lt;/i&gt;que par une extension m&#233;taphorique [...]. C'est ainsi que, parmi toutes les populations humaines, le langage visuel, qui d'abord pr&#233;valait, finit par devenir un simple auxiliaire du langage auditif [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que notre &#233;volution sociale d&#233;veloppa notre esprit, th&#233;orique ou pratique, et diminua la pr&#233;pond&#233;rance initiale de l'affection, le sens qui fournit le plus &#224; l'intelligence dut graduellement modifier le langage relatif au sens le mieux accessible au sentiment. Cette influence n&#233;cessaire a d&#251; rendre la langue primitive plus analytique et moins esth&#233;tique, afin de pouvoir embrasser les notions qui concernent l'ordre ext&#233;rieur et notre constante r&#233;action sur lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 228-231&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Musique et po&#233;sie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re modification profonde qu'&#233;prouvent &#224; la fois l'art et le langage, d'apr&#232;s cette r&#233;action croissante des signes visuels sur les signes auditifs, consiste &#224; d&#233;composer la musique primitive en deux branches distinctes, qui bient&#244;t se s&#233;parent nettement, quoique leur affinit&#233; persiste. Tandis que la plus affective garde la d&#233;nomination initiale, la plus intellectuelle constitue la &lt;i&gt;po&#233;sie &lt;/i&gt;proprement dite. Mais la seule &#233;tymologie du mot &lt;i&gt;musique &lt;/i&gt;suffirait, outre l'ensemble des t&#233;moignages que fournit toute l'antiquit&#233;, pour indiquer toujours quel fut le vrai caract&#232;re de l'art primordial, o&#249; la po&#233;sie resta longtemps absorb&#233;e dans la musique. Quand elle s'en d&#233;gagea, ce fut surtout afin de mieux seconder l'influence sacerdotale, qui devint le principal moteur de leur irr&#233;vocable s&#233;paration, d&#232;s lors consacr&#233;e par une religion o&#249; la musique proprement dite se subordonna bient&#244;t &#224; la po&#233;sie th&#233;ocratique. Cette nouvelle coordination obtint de plus en plus l'assentiment universel, &#224; mesure que l'essor intellectuel, tant th&#233;orique que pratique, fit sentir le besoin d'un langage moins synth&#233;tique, o&#249; les notions et les entreprises pussent &#234;tre mieux formul&#233;es. Malgr&#233; la diminution n&#233;cessaire que subit ainsi l'&#233;nergie esth&#233;tique, l'art acquit en g&#233;n&#233;ralit&#233; fort au del&#224; de ce qu'il perdit en intensit&#233;. En vertu de cette pl&#233;nitude sup&#233;rieure, la po&#233;sie est bient&#244;t devenue partout le premier de tous les beaux-arts, parmi lesquels la musique, quoique plus expressive, occupe seulement le second rang, &#224; la t&#234;te des arts sp&#233;ciaux, tous subordonn&#233;s &#224; l'art g&#233;n&#233;ral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., (II, 232-233&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Po&#233;sie et prose&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Une] nouvelle modification [...], sous l'impulsion croissante des m&#234;me motifs, d&#233;compose &#224; son tour le langage po&#233;tique, pour lui donner une constitution plus usuelle et encore moins expressive. De cette seconde r&#233;volution fondamentale, r&#233;sulte enfin la vraie constitution de la langue humaine, quand la &lt;i&gt;prose &lt;/i&gt;proprement dite, dont le nom rappelle clairement la source, permet seule un libre d&#233;veloppement de la destination active et sp&#233;culative du langage. Un nouvel essor th&#233;orique et pratique d&#233;termine n&#233;cessairement cette s&#233;paration d&#233;cisive, qui, chez toutes les populations civilis&#233;es, remonte jusqu'aux temps d&#233;pourvus de monuments directs Quant &#224; la destination affective du langage humain, elle acquiert ainsi plus d'extension, et m&#234;me plus de puret&#233;, quoique l'&#233;nergie esth&#233;tique devienne moindre, lorsque le langage po&#233;tique proprement dit diff&#232;re sensiblement de la langue usuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 233-234&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;FONCTIONS DU LANGAGE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LANGAGE ET SENTIMENT&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ais&#233; d'expliquer [...] la profonde r&#233;action de l'expression sur le sentiment. Car elle rentre dans les effets g&#233;n&#233;raux de l'exercice biologique. Nos penchants nous poussent &#224; exprimer leurs &#233;motions, m&#234;me dans l'existence solitaire-, comme &#224; agir pour les satisfaire. Les mouvements qui concourent &#224; l'expression, du moins quand elle reste mimique, co&#239;ncident essentiellement avec ceux qui servent &#224; l'action. En outre, chacun exprime le plus souvent ses affections afin de les mieux satisfaire, en d&#233;terminant ses semblables &#224; le seconder. Si donc l'expression r&#233;sulte, &#224; tous &#233;gards, du sentiment, elle doit, r&#233;ciproquement, tendre &#224; le d&#233;velopper et &#224; le consolider. Cette r&#233;action normale, qui appartient &#224; toutes les affections, convient surtout aux instincts sympathiques, dont l'expansion produit autour de nous des &#233;motions propres &#224; nous stimuler heureusement, par une alternative presque ind&#233;finie. Toutefois, l'expression ne constitue jamais le plus puissant moyen d'exciter l'affection, qui se trouve toujours fortifi&#233;e davantage d'apr&#232;s l'action m&#234;me qu'elle doit d&#233;terminer. Mais, apr&#232;s la pratique proprement dite, le langage devient certainement le meilleur stimulant g&#233;n&#233;ral du sentiment. Toutes les religions pr&#233;liminaires, et surtout le catholicisme, utilis&#232;rent profond&#233;ment, quoique d'une mani&#232;re empirique, cette pr&#233;cieuse aptitude, pour perfectionner notre culture morale par un exercice r&#233;gulier de la pri&#232;re. La religion finale en obtiendra syst&#233;matiquement une efficacit&#233; tr&#232;s sup&#233;rieure, en instituant, dans la vie subjective, l'essor direct des instincts sympathiques [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;action n&#233;cessaire du langage sur le sentiment devient, envers une affection quelconque, mais surtout bienveillante, d'autant plus vive et plus profonde que l'expression est plus compl&#232;te et plus &#233;nergique. Une telle gradation se manifeste nettement quand on compare les trois modes g&#233;n&#233;raux de la communication humaine, d'abord mimique, puis orale, et enfin &#233;crite. Quand la premi&#232;re reste seule, elle modifie moins qu'aucune autre l'interpr&#232;te, quoiqu'elle puisse affecter beaucoup le spectateur. L'expression orale, d'ailleurs accompagn&#233;e naturellement des gestes et attitudes convenables, a bien plus d'efficacit&#233; morale, con-me On le reconnut de tout temps pour la pri&#232;re religieuse. Mais l'expression &#233;crite, malgr&#233; son accomplissement silencieux et solitaire, nous modifie encore davantage, lorsqu'elle est assez spontan&#233;e. Les efforts int&#233;rieurs qu'elle exige deviennent une nouvelle source d'excitation affective, pourvu qu'ils n'absorbent pas l'intelligence. D'ailleurs elle seule comporte assez de pl&#233;nitude et de pr&#233;cision. Aussi les lettres de deux dignes amants sont-elles ordinairement plus tendres que leurs entretiens. La r&#233;action affective de l'expression se mesure donc toujours d'apr&#232;s sa propre intensit&#233; c&#233;r&#233;brale. Mais son influence morale s'&#233;tend m&#234;me au cas o&#249; le langage reste purement passif, c'est-&#224;-dire quand on y emploie des formules emprunt&#233;es ailleurs. Quoique les mod&#232;les de pri&#232;re contenus dans les livres religieux puissent rarement convenir assez &#224; la vraie situation de chaque croyant, leur usage bien appliqu&#233; ne laisse pas d'exercer une r&#233;action salutaire. Elle est seulement moindre que si le fid&#232;le avait compose sa propre effusion, soit &#224; l'instant de l'accomplir, soit m&#234;me longtemps auparavant. On en peut dire autant pour les passages des grands po&#232;tes que nous employons utilement &#224; perfectionner nos expansions spontan&#233;es. L'excellence de l'expression s'y trouve d'ailleurs fortifi&#233;e par le souvenir de toutes les sympathies qu'ils excit&#232;rent avant nous. N&#233;anmoins, le d&#233;faut d'opportunit&#233; et de spontan&#233;it&#233; ne permet jamais &#224; ces effusions passives autant d'efficacit&#233; qu'&#224; nos moindres expansions actives, malgr&#233; l'inf&#233;riorit&#233; esth&#233;tique de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale de la r&#233;action affective du langage, je l'ai suppos&#233; r&#233;duit &#224; sa partie la plus usuelle, compos&#233;e des signes proprement dits. Mais son influence morale devient encore plus prononc&#233;e, quoiqu'elle suive toujours les m&#234;mes lois, quand il s'&#233;l&#232;ve sp&#233;cialement &#224; la dignit&#233; d'art, en joignant &#224; ces signes artificiels un heureux emploi des images ext&#233;rieures naturellement r&#233;sult&#233;es des formes ou des sons. L'&#233;nergie sup&#233;rieure d'un tel langage ne lui permet pas seulement une puissante r&#233;action affective lorsqu'il est vraiment actif et spontan&#233;. Elle peut aussi compenser souvent l'absence totale de spontan&#233;it&#233;, et m&#234;me l'insuffisance d'opportunit&#233;, comme le montre fr&#233;quemment l'influence des c&#233;r&#233;monies religieuses et des productions esth&#233;tiques sur les plus passifs spectateurs. On abuse quelquefois d'une telle aptitude pour exciter des &#233;motions factices, d'apr&#232;s des formules ou des compositions qui correspondent &#224; des sentiments encore inertes. Quand je traiterai de la culture morale, je ferai soigneusement ressortir l'importance pratique du pr&#233;cepte normal qui toujours subordonne l'expression &#224; l'affection. Mais, sans que celle-l&#224; doive jamais pr&#233;c&#233;der celle-ci, elle peut &#234;tre utilis&#233;e, quoiqu'avec une grande r&#233;serve, pour provoquer dignement un prochain &#233;veil de nos meilleurs sentiments. Si cette excitation devient trop pr&#233;coce, les plus puissantes impressions esth&#233;tiques se bornent &#224; d&#233;poser des souvenirs, dont la r&#233;action morale n'aura lieu que lorsque l'organe c&#233;r&#233;bral du langage les reproduira spontan&#233;ment en temps opportun. Avant cette op&#233;ration int&#233;rieure, de telles anticipations offrent souvent le grave danger de disposer &#224; une affectation qui rendrait ult&#233;rieurement impossible toute v&#233;ritable &#233;motion. Il ne suffit pas m&#234;me que l'expression se rapporte toujours &#224; un sentiment effectif. On doit aussi la destiner constamment &#224; une communication r&#233;elle, d'ailleurs individuelle ou collective, mais qui peut autant &#234;tre subjective qu'objective. Si la pr&#233;sence ext&#233;rieure de l'&#234;tre ador&#233; &#233;tait regard&#233;e comme indispensable &#224; l'effet moral des effusions humaines, on ne saurait comprendre l'efficacit&#233; c&#233;r&#233;brale des pri&#232;res religieuses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 242-245&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LANGAGE ET PENS&#201;E&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communication [est la] vraie destination [du langage]. Un tel but constitue la seule &#233;preuve d&#233;cisive de la maturit&#233; de nos conceptions quelconques. Non seulement il v&#233;rifie leur r&#233;alit&#233;, en nous pr&#233;servant de prendre le subjectif pour l'objectif ; mais il constate surtout qu'elles ont acquis assez de pr&#233;cision et de consistance. Quand m&#234;me il s'agirait de conceptions uniquement destin&#233;es &#224; notre usage personnel, nous devrions regarder comme trop peu travaill&#233;es toutes celles qui ne seraient pas vraiment communicables. Car, si elles ne sont point essentiellement chim&#233;riques, cette seule &#233;preuve suffit pour les faire juger vagues, confuses, et flottantes. Or, le langage qui pr&#233;side imm&#233;diatement &#224; la communication doit beaucoup seconder aussi l'&#233;laboration qui la rend possible. Il ne se borne plus &#224; y fournir de simples notes &#233;parses, comme dans l'&#233;bauche initiale. Son office y produit un discours suivi, qui se d&#233;veloppe et s'&#233;claircit en m&#234;me temps que la m&#233;ditation, dont l'essor spontan&#233; devient ainsi difficile &#224; distinguer d'une telle assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette efficacit&#233; logique du langage se manifeste dans les deux modes g&#233;n&#233;raux que comporte la communication th&#233;orique, d'abord orale, puis &#233;crite. La premi&#232;re, moins parfaite et plus facile, constitue seulement, chez un vrai penseur, une &#233;preuve pr&#233;liminaire, priv&#233;e ou publique, de la maturit&#233; des conceptions. Quand elle r&#233;ussit, elle ne peut jamais suffire, parce que la rapidit&#233; de la production et de l'appr&#233;ciation ne sauraient y permettre un examen assez approfondi. Mais, en pronon&#231;ant d&#233;j&#224; sur la r&#233;alit&#233; et l'opportunit&#233; du travail, elle est propre &#224; nous indiquer aussi quels efforts il exige encore pour acqu&#233;rir la nettet&#233;, la pr&#233;cision, et la coh&#233;rence convenables &#224; la pl&#233;nitude et &#224; la stabilit&#233; du r&#233;sultat. Ce perfectionnement d&#233;finitif ne peut jamais provenir que de l'exposition &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement celle-ci, en conservant les notions obtenues, permet seule leur examen d&#233;cisif, &#224; l'abri de tout prestige oratoire ; mais la clart&#233; et la continuit&#233; qui lui sont propres nous conduisent, pendant son accomplissement graduel et solitaire, au dernier degr&#233; de pr&#233;cision et de consistance que comportent les pens&#233;es humaines. On ne peut jamais atteindre jusque-l&#224; quand on se borne &#224; la communication orale, m&#234;me publique. Toutes les grandes conceptions, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; suffisamment pr&#233;par&#233;es par la m&#233;ditation, n'ont irr&#233;vocablement surgi que sous la plume, pour accomplir une digne exposition &#233;crite. Aussi la participation th&#233;orique du langage devient-elle alors plus ins&#233;parable du simple effort mental, au point de v&#233;rifier le c&#233;l&#232;bre aphorisme que Buffon bornait trop aux compositions esth&#233;tiques. C'est l&#224; surtout qu'on peut souvent observer le ph&#233;nom&#232;ne c&#233;r&#233;bral [...] o&#249; le discours anticipe sur la pens&#233;e, sans alt&#233;rer leur parall&#233;lisme. L'organe du langage, alors plus actif que l'appareil de la m&#233;ditation, prend l'initiative partielle des prochaines propositions, en se guidant d'apr&#232;s l'ensemble des pr&#233;c&#233;dentes. Il fournit ainsi des expressions qui peuvent se trouver pr&#233;matur&#233;es, mais qui bient&#244;t conviendront ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 249-251&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;LANGAGE ET SOCI&#201;T&#201;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous [l'] aspect social, l'institution du langage doit &#234;tre finalement compar&#233;e &#224; celle de la propri&#233;t&#233; [...]. Car la premi&#232;re accomplit, pour la vie spirituelle de l'humanit&#233;, un office fondamental qui &#233;quivaut &#224; celui qu'exerce la seconde envers sa vie mat&#233;rielle. Apr&#232;s avoir essentiellement facilit&#233; l'acquisition de toutes les connaissances humaines, th&#233;oriques ou pratiques, et dirig&#233; notre essor esth&#233;tique, le langage consacre cette double richesse, et la transmet &#224; de nouveaux coop&#233;rateurs. Mais la diversit&#233; des d&#233;p&#244;ts &#233;tablit une diff&#233;rence capitale entre les deux institutions conservatrices. Pour des productions destin&#233;es &#224; satisfaire des besoins personnels, qui les d&#233;truisent n&#233;cessairement, la propri&#233;t&#233; doit instituer des conservateurs individuels, dont l'efficacit&#233; sociale est m&#234;me augment&#233;e par une sage concentration. Au contraire, envers des richesses qui comportent une possession simultan&#233;e sans subir aucune alt&#233;ration, le langage institue naturellement une pleine communaut&#233;, o&#249; tous, en puisant librement au tr&#233;sor universel, concourent spontan&#233;ment &#224; sa conservation. Malgr&#233; cette diff&#233;rence fondamentale, les deux syst&#232;mes d'accumulation suscitent des abus &#233;quivalents, pareillement dus au d&#233;sir de jouir sans produire. Les conservateurs des biens mat&#233;riels peuvent d&#233;g&#233;n&#233;rer en arbitres exclusifs de leur emploi, trop souvent dirig&#233; vers des satisfactions &#233;go&#239;stes. De m&#234;me, ceux qui n'ont vraiment rien mis au tr&#233;sor spirituel s'y parent de mani&#232;re &#224; usurper un &#233;clat qui les dispense de tout service r&#233;el. Cette tendance parasite est d'ailleurs plus facile et plus fr&#233;quente que l'autre, sans &#234;tre moins nuisible, parce que la nature collective du tr&#233;sor la seconde davantage. Le langage, que le Grand-&#202;tre met g&#233;n&#233;reusement &#224; la libre disposition de tous ses serviteurs pour communiquer et perfectionner leurs sentiments et leurs pens&#233;es, sert trop souvent &#224; formuler des &#233;motions factices, et surtout &#224; dissimuler l'absence de conceptions propres [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa seule existence rappelle [...] le Grand-&#202;tre qui le forme, le conserve, et le d&#233;veloppe par une incessante sollicitude, qu'aucune puissance personnelle ne pourrait remplacer. Depuis que la philosophie s'est enfin &#233;lev&#233;e au vrai point de vue universel, chacun doit ais&#233;ment appr&#233;cier ainsi la situation contradictoire de tous ceux qui m&#233;connaissent l'Humanit&#233;. Le d&#233;vot, chr&#233;tien ou musulman, qui remercie son dieu des bienfaits r&#233;ellement dus &#224; notre vraie providence, ne peut prof&#233;rer ses pri&#232;res anti-sociales que dans une langue toujours &#233;man&#233;e de l'&#202;tre-Supr&#234;me qu'il n'admet pas. Pareillement, le communiste ou socialiste, qui rejette aveugl&#233;ment la continuit&#233; humaine, pr&#234;che ses utopies anarchiques d'apr&#232;s des formules construites par l'ensemble des g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 254-256&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la soci&#233;t&#233; cr&#233;e le langage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si quelque classe sp&#233;ciale pouvait &#234;tre autoris&#233;e &#224; s'attribuer la principale institution du langage humain, un tel privil&#232;ge conviendrait surtout au sacerdoce. Car il en fait naturellement l'application la plus propre &#224; le d&#233;velopper comme &#224; le consacrer, pour accomplir un enseignement o&#249; la seule imitation devient insuffisante. Quand la th&#233;ocratie avorte ou se dissout, les po&#232;tes succ&#232;dent aux pr&#234;tres dans cette aptitude caract&#233;ristique, d'apr&#232;s laquelle ils cr&#233;&#232;rent jadis d'orgueilleuses fictions sur la fondation des langues. Les purs philosophes, et encore moins les simples savants, ne peuvent, &#224; cet &#233;gard, &#233;lever aucune pr&#233;tention raisonnable sauf envers quelques expressions doctorales, mal construites ordinairement. Mais les deux classes dont les titres &#224; ce monopole sont le mieux fond&#233;s n'ont r&#233;ellement fait que concourir, en proportion de leurs propres besoins, &#224; d&#233;velopper une institution toujours n&#233;e spontan&#233;ment d'un instinct collectif. L'enseignement sacerdotal et l'essor po&#233;tique supposent, &#233;videmment, le langage, sans pouvoir jamais le cr&#233;er, pas plus que l'&#233;tat social, qui fut souvent attribu&#233; aux m&#234;mes influences. C'est &#224; une telle spontan&#233;it&#233; populaire, &#224; la fois conservatrice et progressive, que toutes nos langues doivent leur admirable rectitude. M&#234;me la plus syst&#233;matique et la moins &#233;tendue, l'&#233;criture hi&#233;roglyphique qui convient aux sp&#233;culations alg&#233;briques, r&#233;sulte aussi des communications mutuelles, par une lente &#233;laboration collective, qu'aucun g&#233;nie math&#233;matique ne remplacerait [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le public humain est donc le v&#233;ritable auteur du langage, comme son vrai conservateur. Une juste r&#233;pugnance aux innovations inopportunes garantit ainsi la convenance qui caract&#233;rise toujours ces acquisitions graduelles quand on remonte &#224; leur &#233;tymologie, parce qu'elles &#233;manent d'un besoin longtemps &#233;prouv&#233;. M&#234;me les ambigu&#239;t&#233;s, qu'on attribue d&#233;daigneusement &#224; la p&#233;nurie populaire, attestent souvent de profonds rapprochements, heureusement saisis par l'instinct commun, plusieurs si&#232;cles avant que la raison syst&#233;matique y puisse atteindre. Dans mon ouvrage fondamental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette expression d&#233;signe toujours le Cours de Philosophie Positive.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'en ai signal&#233; l'exemple le plus d&#233;cisif, envers les deux sens du mot &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt;, dont la philosophie positive a seule expliqu&#233; l'intime connexit&#233;. Je pourrais &#233;tendre ici cette remarque &#224; beaucoup d'autres &#233;quivoques vraiment admirables, comme envers les mots &lt;i&gt;juste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ordre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;humanit&#233;, peuple, etc&lt;/i&gt;.. Mais la qualification de positif doit d&#233;j&#224; suffire au lecteur pour le d&#233;veloppement spontan&#233; de cette utile appr&#233;ciation, si peu comprise aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la providence collective qui construit et maintient le langage humain l'applique aussi pour corriger, autant que possible, les aberrations d'un g&#233;nie th&#233;orique rest&#233; jusqu'ici radicalement inf&#233;rieur &#224; l'instinct pratique. Oblig&#233;s de s'entendre avec le public, les plus r&#234;veurs se trouvent pouss&#233;s &#224; se comprendre eux-m&#234;mes. La vraie logique universelle, si profond&#233;ment empreinte dans toute langue usuelle, signale et restreint les divagations d'une philosophie fantastique, et celles aussi d'une vaine science. Dispens&#233; de syst&#233;matiser les notions qu'il formule, le langage consacre spontan&#233;ment toutes les v&#233;rit&#233;s constat&#233;es, quelque oppos&#233;es qu'elles soient aux pr&#233;jug&#233;s th&#233;oriques. Par exemple, tandis que la philosophie, th&#233;ologique ou m&#233;taphysique, rejetait l'existence naturelle des affections bienveillantes, la po&#233;sie, meilleur interpr&#232;te de la commune sagesse, leur consacrait des tableaux d&#233;cisifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syst&#232;me de politique positive, II, 257-259&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Syst&#232;me de politique positive&lt;/i&gt;, tome II, 224 ; &#233;dition de la &#171; Librairie positiviste &#187; Georges Cr&#232;s &amp; Cie, 1912, &#233;dition &#171; identique &#224; la premi&#232;re &#187;. Les nombres entre parenth&#232;ses, au bas de chacun de ces textes, renvoient, le premier au tome, le second &#224; la page de cette &#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, II, 219-220&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, II, 220-222&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, II, 222-223&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, II, 226-227&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, II, 228-231&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, (II, 232-233&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, II, 233-234&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, II, 242-245&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, II, 249-251&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, II, 254-256&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette expression d&#233;signe toujours le &lt;i&gt;Cours de Philosophie Positive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Syst&#232;me de politique positive&lt;/i&gt;, II, 257-259&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Auguste Comte, &lt;strong&gt;Syst&#232;me de politique positive&lt;/strong&gt;, extraits du tome II, &#171; statique sociale &#187;, chapitre 4, &#171; th&#233;orie positive du langage humain &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cours de philosophie positive, Le&#231;on 2, II</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Cours-de-philosophie-positive</link>
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		<dc:date>2003-08-29T18:30:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Comte, Auguste</dc:creator>



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&lt;p&gt;Mais, avant d'ex&#233;cuter, dans un tel esprit d'observation, cette importante op&#233;ration encyclop&#233;dique, il est indispensable, pour ne pas nous &#233;garer dans un travail trop &#233;tendu, de circonscrire avec plus de pr&#233;cision que nous ne l'avons fait jusqu'ici le sujet propre de la classification propos&#233;e . &lt;br class='autobr' /&gt;
(1) Tous les travaux humains sont, ou de sp&#233;culation, ou d'action. Ainsi, la division la plus g&#233;n&#233;rale de nos connaissances r&#233;elles consiste &#224; les distinguer en th&#233;oriques et pratiques. Si nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Comte-" rel="directory"&gt;Comte&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais, avant d'ex&#233;cuter, dans un tel esprit d'observation, cette importante op&#233;ration encyclop&#233;dique, il est indispensable, pour ne pas nous &#233;garer dans un travail trop &#233;tendu, de circonscrire avec plus de pr&#233;cision que nous ne l'avons fait jusqu'ici le sujet propre de la classification propos&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Cours de Philosophie positive, Le&#231;on 2, I.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;) Tous les travaux humains sont, ou de sp&#233;culation, ou d'action. Ainsi, la division la plus g&#233;n&#233;rale de nos connaissances r&#233;elles consiste &#224; les distinguer en th&#233;oriques et pratiques. Si nous consid&#233;rons d'abord cette premi&#232;re division, il est &#233;vident que c'est seulement des connaissances th&#233;oriques qu'il doit &#234;tre question dans un cours de la nature de celui-ci ; car il ne s'agit point d'observer le syst&#232;me entier des notions humaines mais uniquement celui des conceptions fondamentales sur les divers ordres de ph&#233;nom&#232;nes, qui fournissent une base solide &#224; toutes nos autres combinaisons quelconques, et qui ne sont, &#224; leur tour, fond&#233;es sur aucun syst&#232;me intellectuel ant&#233;c&#233;dent. Or, dans un tel travail, c'est la sp&#233;culation qu'il faut consid&#233;rer ,&lt;i&gt; et non&lt;/i&gt; l'application, si ce n'est en tant que celle-ci peut &#233;claircir la premi&#232;re. C'est l&#224; probablement ce qu'entendait Bacon, quoique fort imparfaitement, par cette &lt;i&gt;philosophie premi&#232;re &lt;/i&gt;qu'il indique comme devant &#234;tre extraite de l'ensemble des sciences, et qui a &#233;t&#233; si diversement et toujours si &#233;trangement con&#231;ue par les m&#233;taphysiciens qui ont entrepris de commenter sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;) Sans doute, quand on envisage l'ensemble complet des travaux de tout genre de l'esp&#232;ce humaine, on doit concevoir l'&#233;tude de la nature comme destin&#233;e &#224; fournir la v&#233;ritable base rationnelle de l'action de l'homme sur la nature, puisque la connaissance des lois des ph&#233;nom&#232;nes, dont le r&#233;sultat constant est de nous les faire pr&#233;voir, peut seule &#233;videmment nous conduire, dans la vie active, &#224; les modifier &#224; notre avantage les uns par les autres. Nos moyens naturels et directs pour agir sur les corps qui nous entourent sont extr&#234;mement faibles et tout &#224; fait disproportionn&#233;s &#224; nos besoins. Toutes les fois que nous parvenons &#224; exercer une grande action, c'est seulement parce que la connaissance des lois naturelles nous permet d'introduire, parmi les circonstances d&#233;termin&#233;es sous l'influence desquelles s'accomplissent les divers ph&#233;nom&#232;nes, quelques &#233;l&#233;ments modificateurs, qui, quelque faibles qu'ils soient en eux-m&#234;mes, suffisent, dans certains cas, pour faire tourner &#224; notre satisfaction les r&#233;sultats d&#233;finitifs de l'ensemble des causes ext&#233;rieures. En r&#233;sum&#233;, &lt;i&gt;science, d'o&#249; pr&#233;voyance ; pr&#233;voyance, d'o&#249; action&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : telle &lt;/i&gt;est la formule tr&#232;s simple qui exprime, d'une mani&#232;re exacte, la relation g&#233;n&#233;rale de la &lt;i&gt;science &lt;/i&gt;et de &lt;i&gt;l'art&lt;/i&gt; &lt;i&gt;, en &lt;/i&gt;prenant ces deux expressions dans leur acception totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, malgr&#233; l'importance capitale de cette relation, qui ne doit jamais &#234;tre m&#233;connue, ce serait se former des sciences une id&#233;e bien imparfaite que de les concevoir seulement comme les bases des arts, et c'est &#224; quoi malheureusement on n'est que trop enclin de nos jours. Quels que soient les immenses services rendus &#224; &lt;i&gt;l'industrie &lt;/i&gt;par les th&#233;ories scientifiques, quoique, suivant l'&#233;nergique expression de Bacon, la puissance soit n&#233;cessairement proportionn&#233;e &#224; la connaissance, nous ne devons pas oublier que les sciences ont, avant tout, une destination plus directe et plus &#233;lev&#233;e, celle de satisfaire au besoin fondamental qu'&#233;prouve notre intelligence de conna&#238;tre les lois des ph&#233;nom&#232;nes. Pour sentir combien ce besoin est profond et imp&#233;rieux, il suffit de penser un instant aux effets physiologiques de &lt;i&gt;l'&#233;tonnement, &lt;/i&gt;et de consid&#233;rer que la sensation la plus terrible que nous puissions &#233;prouver est celle qui se produit toutes les fois qu'un ph&#233;nom&#232;ne nous semble s'accomplir contradictoirement aux lois naturelles qui nous sont famili&#232;res. Ce besoin de disposer les faits dans un ordre que nous puissions concevoir avec facilit&#233; (ce qui est l'objet propre de toutes les th&#233;ories scientifiques) est tellement inh&#233;rent &#224; notre organisation, que, si nous ne parvenions pas &#224; le satisfaire par des conceptions positives, nous retournerions in&#233;vitablement aux explications th&#233;ologiques et m&#233;taphysiques auxquelles il a primitivement donn&#233; naissance, comme je l'ai expos&#233; dans la derni&#232;re le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;) J'ai cru devoir signaler express&#233;ment d&#232;s ce moment une consid&#233;ration qui se reproduira fr&#233;quemment dans toute la suite de ce cours, afin d'indiquer la n&#233;cessit&#233; de se pr&#233;munir contre la trop grande influence des habitudes actuelles, qui tendent &#224; emp&#234;cher qu'on se forme des id&#233;es justes et nobles de l'importance et de la destination des sciences. Si la puissance pr&#233;pond&#233;rante de notre organisation ne corrigeait, m&#234;me involontairement, dans l'esprit des savants, ce qu'il y a sous ce rapport d'incomplet et d'&#233;troit dans la tendance g&#233;n&#233;rale de notre &#233;poque, l'intelligence humaine, r&#233;duite &#224; ne s'occuper que de recherches susceptibles d'une utilit&#233; pratique imm&#233;diate, se trouverait par cela seul, comme l'a tr&#232;s justement remarqu&#233; Condorcet, tout &#224; fait arr&#234;t&#233;e dans ses progr&#232;s, m&#234;me &#224; l'&#233;gard de ces applications auxquelles on aurait imprudemment sacrifi&#233; les travaux purement sp&#233;culatifs ; car les applications les plus importantes d&#233;rivent constamment de th&#233;ories form&#233;es dans une simple intention scientifique, et qui souvent ont &#233;t&#233; cultiv&#233;es pendant plusieurs si&#232;cles sans produire aucun r&#233;sultat pratique. On en peut citer un exemple bien remarquable dans les belles sp&#233;culations des g&#233;om&#232;tres grecs sur les sections coniques, qui, apr&#232;s une longue suite de g&#233;n&#233;rations, ont servi, en d&#233;terminant la r&#233;novation de l'astronomie, &#224; conduire finalement l'art de la navigation au degr&#233; de perfectionnement qu'il a atteint dans ces derniers temps, et auquel il ne serait jamais parvenu sans les travaux si purement th&#233;oriques d'Archim&#232;de et d'Apollonius ; tellement que Condorcet a pu dire avec raison &#224; cet &#233;gard : &#171; Le matelot, qu'une exacte observation de la longitude pr&#233;serve du naufrage, doit la vie &#224; une th&#233;orie con&#231;ue, deux mille ans auparavant, par des hommes de g&#233;nie qui avaient en vue de simples sp&#233;culations g&#233;om&#233;triques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc &#233;vident qu'apr&#232;s avoir con&#231;u d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale l'&#233;tude de la nature comme servant de base rationnelle &#224; l'action sur la nature, l'esprit humain doit proc&#233;der aux recherches th&#233;oriques, en faisant compl&#232;tement abstraction de toute consid&#233;ration pratique ; car nos moyens pour d&#233;couvrir la v&#233;rit&#233; sont tellement faibles que, si nous ne les concentrions pas exclusivement vers ce but, et si, en cherchant la v&#233;rit&#233;, nous nous imposions en m&#234;me temps la condition &#233;trang&#232;re d'y trouver une utilit&#233; pratique imm&#233;diate, il nous serait presque toujours impossible d'y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;) Quoi qu'il en soit, il est certain que l'ensemble de nos connaissances sur la nature, et celui des proc&#233;d&#233;s que nous en d&#233;duisons pour la modifier &#224; notre avantage, forment deux syst&#232;mes essentiellement distincts par eux-m&#234;mes, qu'il est convenable de concevoir et de cultiver s&#233;par&#233;ment. En outre, le premier syst&#232;me &#233;tant la base du second, c'est &#233;videmment celui qu'il convient de consid&#233;rer d'abord dans une &#233;tude m&#233;thodique, m&#234;me quand on se proposerait d'embrasser la totalit&#233; des connaissances humaines, tant d'application que de sp&#233;culation. Ce syst&#232;me th&#233;orique me para&#238;t devoir constituer exclusivement aujourd'hui le sujet d'un cours vraiment rationnel de philosophie positive ; c'est ainsi du moins que je le con&#231;ois., Sans doute, il serait possible d'imaginer un cours plus &#233;tendu, portant &#224; la fois sur les g&#233;n&#233;ralit&#233;s th&#233;oriques et sur les g&#233;n&#233;ralit&#233;s pratiques. Mais je ne pense pas qu'une telle entreprise, m&#234;me ind&#233;pendamment de son &#233;tendue, puisse &#234;tre convenablement tent&#233;e dans l'&#233;tat pr&#233;sent de l'esprit humain. Elle me semble, en effet, exiger pr&#233;alablement un travail tr&#232;s important et d'une nature toute particuli&#232;re, qui n'a pas encore &#233;t&#233; fait, celui de former, d'apr&#232;s les th&#233;ories scientifiques proprement dites, les conceptions sp&#233;ciales destin&#233;es &#224; servir de bases directes aux proc&#233;d&#233;s g&#233;n&#233;raux de la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au degr&#233; de d&#233;veloppement d&#233;j&#224; atteint par notre intelligence, ce n'est pas imm&#233;diatement que les sciences s'appliquent aux arts, du moins dans les cas les plus parfaits il existe entre ces deux ordres d'id&#233;es un ordre moyen, qui, encore mal d&#233;termin&#233; dans son caract&#232;re philosophique, est d&#233;j&#224; plus sensible quand on consid&#232;re la classe sociale qui s'en occupe sp&#233;cialement. Entre les savants proprement dits et les directeurs effectifs des travaux productifs, il commence &#224; se former de nos jours une classe interm&#233;diaire, celle des &lt;i&gt;ing&#233;nieurs, &lt;/i&gt;dont la destination sp&#233;ciale est d'organiser les relations de la th&#233;orie et de la pratique. Sans avoir aucunement en vue le progr&#232;s des connaissances scientifiques, elle les consid&#232;re dans leur &#233;tat pr&#233;sent pour en d&#233;duire les applications industrielles dont elles sont susceptibles. Telle est du moins la tendance naturelle des choses, quoiqu'il y ait encore &#224; cet &#233;gard beaucoup de confusion. Le corps de doctrine propre &#224; cette classe nouvelle, et qui doit constituer les v&#233;ritables th&#233;ories directes des diff&#233;rents arts, pourrait sans doute donner lieu &#224; des consid&#233;rations philosophiques d'un grand int&#233;r&#234;t et d'une importance r&#233;elle. Mais un travail qui les embrasserait conjointement avec celles fond&#233;es sur les sciences proprement dites, serait aujourd'hui tout &#224; fait pr&#233;matur&#233; ; car ces doctrines interm&#233;diaires entre la th&#233;orie pure et la pratique directe ne sont point encore form&#233;es ; il n'en existe jusqu'ici que quelques &#233;l&#233;ments imparfaits, relatifs aux sciences et aux arts les plus avanc&#233;s, et qui permettent seulement de concevoir la nature et la possibilit&#233; de semblables travaux pour l'ensemble des op&#233;rations humaines. C'est ainsi, pour en citer l'exemple le plus important, qu'on doit envisager la belle conception de Monge, relativement &#224; la g&#233;om&#233;trie descriptive, qui n'est r&#233;ellement autre chose qu'une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des arts de construction. J'aurai soin d'indiquer successivement le petit nombre d'id&#233;es analogues d&#233;j&#224; form&#233;es et d'en faire appr&#233;cier l'importance, &#224; mesure que le d&#233;veloppement naturel de ce cours les pr&#233;sentera. Mais il est clair que des conceptions jusqu'&#224; pr&#233;sent aussi incompl&#232;tes ne doivent point entrer, comme partie essentielle, dans un cours de philosophie positive qui ne doit comprendre, autant que possible, que des doctrines ayant un caract&#232;re fixe et nettement d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;) On concevra d'autant mieux la difficult&#233; de construire ces doctrines interm&#233;diaires que je viens d'indiquer, si l'on consid&#232;re que chaque art d&#233;pend non seulement d'une certaine science correspondante, mais &#224; la fois de plusieurs, tellement que les arts les plus importants empruntent des secours directs &#224; presque toutes les diverses sciences principales. C'est ainsi que la v&#233;ritable th&#233;orie de l'agriculture, pour me borner au cas le plus essentiel, exige une intime combinaison de connaissances physiologiques, chimiques, physiques et m&#234;me astronomiques et math&#233;matiques : il en est de m&#234;me des beaux-arts. On aper&#231;oit ais&#233;ment, d'apr&#232;s cette consid&#233;ration, pourquoi ces th&#233;ories n'ont pu encore &#234;tre form&#233;es, puisqu'elles supposent le d&#233;veloppement pr&#233;alable de toutes les diff&#233;rentes sciences fondamentales. Il en r&#233;sulte &#233;galement un nouveau motif de ne pas comprendre un tel ordre d'id&#233;es dans un cours de philosophie positive, puisque, loin de pouvoir contribuer &#224; la formation syst&#233;matique de cette philosophie, les th&#233;ories g&#233;n&#233;rales propres aux diff&#233;rents arts principaux doivent, au contraire, comme nous le voyons, &#234;tre vraisemblablement plus tard une des cons&#233;quences les plus utiles de sa construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sume, nous ne devons donc consid&#233;rer dans ce cours que les th&#233;ories scientifiques et nullement leurs applications. Mais, avant de proc&#233;der &#224; la classification m&#233;thodique de ses diff&#233;rentes parties, il me reste &#224; exposer, relativement aux sciences proprement dites, une distinction importante, qui ach&#232;vera de circonscrire nettement le sujet propre de l'&#233;tude que nous entreprenons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;) Il faut distinguer, par rapport &#224; tous les ordres de ph&#233;nom&#232;nes, deux genres de sciences naturelles : les unes abstraites, g&#233;n&#233;rales, ont pour objet la d&#233;couverte des lois qui r&#233;gissent les diverses classes de ph&#233;nom&#232;nes, en consid&#233;rant tous les cas qu'on peut concevoir ; les autres concr&#232;tes, particuli&#232;res, descriptives, et qu'on d&#233;signe quelquefois sous le nom de sciences naturelles proprement dites, consistent dans l'application de ces lois &#224; l'histoire effective des diff&#233;rents &#234;tres existants. Les premi&#232;res sont donc fondamentales, c'est sur elles seulement que porteront nos &#233;tudes dans ce cours ; les autres, quelle que soit leur importance propre, ne sont r&#233;ellement que secondaires, et ne doivent point, par cons&#233;quent, faire partie d'un travail que son extr&#234;me &#233;tendue naturelle nous oblige &#224; r&#233;duire au moindre d&#233;veloppement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction pr&#233;c&#233;dente ne peut pr&#233;senter aucune obscurit&#233; aux esprits qui ont quelque connaissance sp&#233;ciale des diff&#233;rentes sciences positives, puisqu'elle est &#224; peu pr&#232;s l'&#233;quivalent de Celle qu'on &#233;nonce ordinairement dans presque tous les trait&#233;s scientifiques, en comparant la physique dogmatique &#224; l'histoire naturelle proprement dite. Quelques exemples suffiront d'ailleurs pour rendre sensible cette division, dont l'importance n'est pas encore convenablement appr&#233;ci&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra d'abord l'apercevoir tr&#232;s nettement en comparant, d'une part, la physiologie g&#233;n&#233;rale, et d'une autre part, la zoologie et la botanique proprement dites. Ce sont &#233;videmment, en effet, deux travaux d'un caract&#232;re fort distinct, que d'&#233;tudier, en g&#233;n&#233;ral, les lois de la vie, ou de d&#233;terminer le mode d'existence de chaque corps vivant, en particulier. Cette seconde &#233;tude, en outre, est n&#233;cessairement fond&#233;e sur la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de la chimie, par rapport &#224; la min&#233;ralogie ; la premi&#232;re est &#233;videmment la base rationnelle de la seconde. Dans la chimie, on consid&#232;re toutes les combinaisons possibles des mol&#233;cules, et dans toutes les circonstances imaginables ; dans la min&#233;ralogie, on consid&#232;re seulement celles de ces combinaisons qui se trouvent r&#233;alis&#233;es dans la constitution effective du globe terrestre, et sous l'influence des seules circonstances qui lui sont propres. Ce qui montre clairement la diff&#233;rence du point de vue chimique et du point de vue min&#233;ralogiques quoique les deux sciences portent sur les m&#234;mes objets, c'est que la plupart des faits envisag&#233;s dans la premi&#232;re n'ont qu'une existence artificielle, de telle mani&#232;re qu'un corps, comme le chlore ou le potassium, pourra avoir une extr&#234;me importance en Chimie par l'&#233;tendue et l'&#233;nergie de ses affinit&#233;s, tandis qu'il n'en aura presque aucune en min&#233;ralogie ; et r&#233;ciproquement, un compos&#233;, tel que le granit ou le quartz, sur lequel porte la majeure partie des consid&#233;rations min&#233;ralogiques, n'offrira, sous le rapport chimique, qu'un int&#233;r&#234;t tr&#232;s m&#233;diocre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui rend, en g&#233;n&#233;ral, plus sensible encore la n&#233;cessit&#233; logique de cette distinction fondamentale entre les deux grandes sections de la philosophie naturelle, c'est que non seulement chaque section de la physique concr&#232;te suppose la culture pr&#233;alable de la section correspondante de la physique abstraite, mais qu'elle exige m&#234;me la connaissance des lois g&#233;n&#233;rales relatives &#224; tous les ordres de ph&#233;nom&#232;nes. Ainsi, par exemple, non seulement l'&#233;tude sp&#233;ciale de la terre, consid&#233;r&#233;e sous tous les points de vue qu'elle peut pr&#233;senter effectivement, exige la connaissance pr&#233;alable de la physique et de la chimie, mais elle ne peut &#234;tre faite convenablement, sans y introduire, d'une part, les connaissances astronomiques, et m&#234;me, d'une autre part, les connaissances physiologiques ; en sorte qu'elle tient au syst&#232;me entier des sciences fondamentales. Il en est de m&#234;me de chacune des sciences naturelles proprement dites. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour ce motif que la &lt;i&gt;physique concr&#232;te &lt;/i&gt;a fait jusqu'&#224; pr&#233;sent si peu de progr&#232;s r&#233;els, car elle n'a pu commencer &#224; &#234;tre &#233;tudi&#233;e d'une mani&#232;re vraiment rationnelle qu'apr&#232;s la &lt;i&gt;physique abstraite, &lt;/i&gt;et lorsque toutes les diverses branches principales de celle-ci eurent pris leur caract&#232;re d&#233;finitif, ce qui n'a eu lieu que de nos jours. Jusqu'alors on n'a pu recueillir &#224; ce sujet que des mat&#233;riaux plus ou moins incoh&#233;rents, qui sont m&#234;me encore fort incomplets. Les faits connus ne pourront &#234;tre coordonn&#233;s de mani&#232;re &#224; former de v&#233;ritables th&#233;ories sp&#233;ciales des diff&#233;rents &#234;tres de l'univers, que lorsque la distinction fondamentale rappel&#233;e ci-dessus sera plus profond&#233;ment sentie et plus r&#233;guli&#232;rement organis&#233;e, et que, par suite, les savants particuli&#232;rement livres &#224; l'&#233;tude des sciences naturelles proprement dites auront reconnu la n&#233;cessit&#233; de fonder leurs recherches sur une connaissance approfondie de toutes les sciences fondamentales, condition qui est encore aujourd'hui fort loin d'&#234;tre convenablement remplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen de cette condition confirme nettement pourquoi nous devons, dans ce cours de philosophie positive, r&#233;duire nos consid&#233;rations &#224; l'&#233;tude des sciences g&#233;n&#233;rales, sans. embrasser en m&#234;me temps les sciences descriptives ou particuli&#232;res. On voit na&#238;tre ici, en effet, une nouvelle propri&#233;t&#233; essentielle de cette &#233;tude propre des g&#233;n&#233;ralit&#233;s de physique abstraite ; c'est de fournir la base rationnelle d'une physique concr&#232;te vraiment syst&#233;matique. Ainsi, dans l'&#233;tat pr&#233;sent de l'esprit humain, il y aurait une sorte de contradiction &#224; vouloir r&#233;unir, dans un seul et m&#234;me cours, les deux ordres de sciences. On peut dire, de plus, que, quand m&#234;me la physique concr&#232;te aurait d&#233;j&#224; atteint le degr&#233; de perfectionnement de la physique abstraite, et que, par suite, il serait possible, dans un cours de philosophie positive, d'embrasser &#224; la fois l'une et l'autre, il n'en faudrait pas moins &#233;videmment commencer par la section abstraite, qui restera la base invariable de l'autre. Il est clair, d'ailleurs, que la seule &#233;tude des g&#233;n&#233;ralit&#233;s des sciences fondamentales est assez vaste par elle-m&#234;me, pour qu'il importe d'en &#233;carter, autant que possible, toutes les consid&#233;rations qui ne sont pas indispensables ; or, celles relatives aux sciences secondaires seront toujours, quoi qu'il arrive, d'un genre distinct. La philosophie des sciences fondamentales, pr&#233;sentant un syst&#232;me de conceptions positives sur tous nos ordres de connaissances r&#233;elles, suffit, par cela m&#234;me, pour constituer cette &lt;i&gt;philosophie premi&#232;re &lt;/i&gt;que cherchait Bacon, et qui, &#233;tant destin&#233;e &#224; servir d&#233;sormais de base permanente &#224; toutes les sp&#233;culations humaines, doit &#234;tre soigneusement r&#233;duite &#224; la plus simple expression possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas besoin d'insister davantage en ce moment sur une telle discussion, que j'aurai naturellement plusieurs occasions de reproduire dans les diverses parties de ce cours. L'explication pr&#233;c&#233;dente est assez d&#233;velopp&#233;e pour motiver la mani&#232;re dont j'ai circonscrit le sujet g&#233;n&#233;ral de nos consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en r&#233;sultat de tout ce qui vient d'&#234;tre expos&#233; dans cette le&#231;on, nous voyons : 1&#176; que la science humaine se composant, dans son ensemble, de connaissances sp&#233;culatives et de connaissances d'application, c'est seulement des premi&#232;res que nous devons nous occuper ici ; 2&#176; que les connaissances th&#233;oriques ou les sciences proprement dites, se divisant en sciences g&#233;n&#233;rales et sciences particuli&#232;res, nous devons ne consid&#233;rer ici que le premier ordre, et nous borner &#224; la physique abstraite, quelque int&#233;r&#234;t que puisse nous pr&#233;senter la physique concr&#232;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Cours de Philosophie positive, Le&#231;on 2, I.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La communication est la vraie destination du langage.</title>
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		<dc:creator>Comte, Auguste</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le contexte : Th&#233;orie positive du langage humain Expliquer le texte suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La communication est la vraie destination du langage. Un tel but constitue la seule &#233;preuve d&#233;cisive de la maturit&#233; de nos conceptions quelconques. Non seulement il v&#233;rifie leur r&#233;alit&#233; en nous pr&#233;servant de prendre le subjectif pour l'objectif ; mais il constate surtout qu'elles ont acquis assez de pr&#233;cision et de consistance. Quand m&#234;me il s'agirait de conceptions uniquement destin&#233;es &#224; notre usage personnel, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-84-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le contexte : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Theorie-positive-du-langage-humain' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Th&#233;orie positive du langage humain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Expliquer le texte suivant :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La communication est la vraie destination du langage. Un tel but constitue la seule &#233;preuve d&#233;cisive de la maturit&#233; de nos conceptions quelconques. Non seulement il v&#233;rifie leur r&#233;alit&#233; en nous pr&#233;servant de prendre le subjectif pour l'objectif ; mais il constate surtout qu'elles ont acquis assez de pr&#233;cision et de consistance. Quand m&#234;me il s'agirait de conceptions uniquement destin&#233;es &#224; notre usage personnel, nous devrions regarder comme trop peu travaill&#233;es toutes celles qui ne seraient pas vraiment communicables. Car, si elles ne sont point essentiellement chim&#233;riques, cette seule &#233;preuve suffit pour les faire juger vagues, confuses, et flottantes. Or, le langage qui pr&#233;side imm&#233;diatement &#224; la communication doit beaucoup seconder aussi l'&#233;laboration qui la rend possible. Il ne se borne plus &#224; y fournir de simples notes &#233;parses, comme dans l'&#233;bauche initiale. Son office y produit un discours suivi, qui se d&#233;veloppe et s'&#233;claircit en m&#234;me temps que la m&#233;ditation, dont l'essor spontan&#233; devient ainsi difficile &#224; distinguer d'une telle assistance. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;A. Comte, &lt;strong&gt;Syst&#232;me de politique positive&lt;/strong&gt;, tome II, &#171; statique sociale &#187;,chapitre 4, &#171; th&#233;orie positive du langage humain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compr&#233;hension pr&#233;cise du texte, du probl&#232;me dont il est question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Science, d'o&#249; pr&#233;voyance ; pr&#233;voyance, d'o&#249; action</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Science-d-ou-prevoyance-prevoyance</link>
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		<dc:creator>Comte, Auguste</dc:creator>


		<dc:subject>th&#233;orie</dc:subject>
		<dc:subject>pratique</dc:subject>

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&lt;p&gt;le contexte : Cours de philosophie positive, Le&#231;on 2, II &lt;br class='autobr' /&gt; Expliquer le texte suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sans doute, quand on envisage l'ensemble complet des travaux de tout genre de l'esp&#232;ce humaine, on doit concevoir l'&#233;tude de la nature comme destin&#233;e &#224; fournir la v&#233;ritable base rationnelle de l'action de l'homme sur la nature, puisque la connaissance des lois des ph&#233;nom&#232;nes, dont le r&#233;sultat constant est de nous les faire pr&#233;voir, peut seule &#233;videmment nous conduire, dans la vie active, &#224; les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-84-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-theorie-+" rel="tag"&gt;th&#233;orie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/+-pratique-+" rel="tag"&gt;pratique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;le contexte : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Cours-de-philosophie-positive' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cours de philosophie positive, Le&#231;on 2, II&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Expliquer le texte suivant :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans doute, quand on envisage l'ensemble complet des travaux de tout genre de l'esp&#232;ce humaine, on doit concevoir l'&#233;tude de la nature comme destin&#233;e &#224; fournir la v&#233;ritable base rationnelle de l'action de l'homme sur la nature, puisque la connaissance des lois des ph&#233;nom&#232;nes, dont le r&#233;sultat constant est de nous les faire pr&#233;voir, peut seule &#233;videmment nous conduire, dans la vie active, &#224; les modifier &#224; notre avantage les uns par les autres. Nos moyens naturels et directs pour agir sur les corps qui nous entourent sont extr&#234;mement faibles, et tout &#224; fait disproportionn&#233;s &#224; nos besoins. Toutes les fois que nous parvenons &#224; exercer une grande action, c'est seulement parce que la connaissance des lois naturelles nous permet d'introduire, parmi les circonstances d&#233;termin&#233;es sous l'influence desquelles s'accomplissent les divers ph&#233;nom&#232;nes, quelques &#233;l&#233;ments modificateurs, qui, quelque faibles qu'ils soient en eux-m&#234;mes, suffisent, dans certains cas, pour faire tourner &#224; notre satisfaction les r&#233;sultats d&#233;finitifs de l'ensemble des causes ext&#233;rieures. En r&#233;sum&#233;, &lt;i&gt;science, d'o&#249; pr&#233;voyance ; pr&#233;voyance, d'o&#249; action&lt;/i&gt; : telle est la formule tr&#232;s simple qui exprime, d'une mani&#232;re exacte, la relation g&#233;n&#233;rale de &lt;i&gt;la science et de l'art&lt;/i&gt; , en prenant ces deux expressions dans leur acception totale. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Auguste COMTE, &lt;strong&gt;Cours de philosophie positive&lt;/strong&gt;, Deuxi&#232;me le&#231;on, II, 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compr&#233;hension pr&#233;cise du texte, du probl&#232;me dont il est question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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