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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Chercher la beaut&#233; r&#233;elle ou la r&#233;elle laideur est une vaine enqu&#234;te</title>
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		<dc:creator>Hume, David</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; La diff&#233;rence (...) est tr&#232;s vaste entre le jugement et le sentiment. Tout sentiment est juste, parce que le sentiment n'a r&#233;f&#233;rence &#224; rien au-del&#224; de lui-m&#234;me et qu'il est partout r&#233;el o&#249; l'homme en est conscient. Mais toutes les d&#233;terminations de l'entendement ne sont pas justes, parce qu'elles portent r&#233;f&#233;rence &#224; quelque chose au-del&#224; d'elles-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire, &#224; la r&#233;alit&#233;, et qu'elles ne sont pas toujours conformes &#224; cette norme. Parmi un millier d'opinions diff&#233;rentes que des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-100-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; La diff&#233;rence (...) est tr&#232;s vaste entre le jugement et le sentiment. Tout sentiment est juste, parce que le sentiment n'a r&#233;f&#233;rence &#224; rien au-del&#224; de lui-m&#234;me et qu'il est partout r&#233;el o&#249; l'homme en est conscient. Mais toutes les d&#233;terminations de l'entendement ne sont pas justes, parce qu'elles portent r&#233;f&#233;rence &#224; quelque chose au-del&#224; d'elles-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire, &#224; la r&#233;alit&#233;, et qu'elles ne sont pas toujours conformes &#224; cette norme. Parmi un millier d'opinions diff&#233;rentes que des hommes divers entretiennent sur le m&#234;me sujet, il y en a une, et seulement une, qui est juste et vraie. Et la seule difficult&#233; est de la d&#233;terminer et de la rendre certaine. Au contraire, un millier de sentiments diff&#233;rents, excit&#233;s par le m&#234;me objet, sont justes, parce qu'aucun sentiment ne repr&#233;sente ce qui est r&#233;ellement dans l'objet. Il marque seulement une certaine conformit&#233; ou une relation entre l'objet et les organes ou facult&#233;s de l'esprit, et si cette conformit&#233; n'existait pas r&#233;ellement, le sentiment n'aurait pu selon toute possibilit&#233; exister. La beaut&#233; n'est pas une qualit&#233; inh&#233;rente aux choses elles-m&#234;mes, elle existe seulement dans l'esprit qui la contemple, et chaque esprit re&#231;oit une beaut&#233; diff&#233;rente. Une personne peut m&#234;me percevoir de la difformit&#233; l&#224; o&#249; une autre per&#231;oit de la beaut&#233;. Et tout individu devrait &#234;tre d'accord avec son propre sentiment, sans pr&#233;tendre r&#233;gler ceux des autres. Chercher la beaut&#233; r&#233;elle ou la r&#233;elle laideur est une vaine enqu&#234;te, comme de pr&#233;tendre reconna&#238;tre ce qui est r&#233;ellement doux ou ce qui est r&#233;ellement amer. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;David Hume, &#034;De la norme du go&#251;t &#034; , &lt;i&gt;Essais esth&#233;tiques&lt;/i&gt;, GF, p. 126-127&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'origine de la justice : l'&#233;go&#239;sme et la g&#233;n&#233;rosit&#233; restreinte</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/L-origine-de-la-justice-l-egoisme-et-la-generosite-restreinte</link>
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		<dc:date>2009-03-04T18:55:09Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hume, David</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il faut avouer que, quoique les circonstances de la nature humaine puissent rendre n&#233;cessaire une union et que ces passions, le besoin sexuel et l'affection naturelle, puissent sembler la rendre in&#233;vitable, il y a cependant d'autres particularit&#233;s dans notre temp&#233;rament naturel et dans les circonstances ext&#233;rieures qui sont tr&#232;s incommodes et qui sont m&#234;me contraires &#224; l'union requise. Parmi les premi&#232;res, nous pouvons justement estimer que l'&#233;go&#239;sme est la particularit&#233; la plus importante. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Hume-" rel="directory"&gt;Hume&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il faut avouer que, quoique les circonstances de la nature humaine puissent rendre n&#233;cessaire une union et que ces passions, le besoin sexuel et l'affection naturelle, puissent sembler la rendre in&#233;vitable, il y a cependant d'autres particularit&#233;s dans notre &lt;i&gt;temp&#233;rament naturel &lt;/i&gt;et dans les &lt;i&gt;circonstances ext&#233;rieures&lt;/i&gt; qui sont tr&#232;s incommodes et qui sont m&#234;me contraires &#224; l'union requise. Parmi les premi&#232;res, nous pouvons justement estimer que l'&#233;go&#239;sme est la particularit&#233; la plus importante. Je suis conscient que, pour parler de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les repr&#233;sentations de cet attribut ont &#233;t&#233; pouss&#233;es trop loin et que les descriptions que certains philosophes prennent plaisir &#224; faire de l'humanit&#233; sur ce point sont aussi &#233;loign&#233;es de la nature que le sont les histoires de monstres que nous rencontrons dans les fables et les romans. Si loin de penser que les hommes n'ont aucune affection pour ce qui est au-del&#224; d'eux-m&#234;mes, je suis d'opinion que, quoiqu'il soit rare de rencontrer quelqu'un qui aime une autre personne plus que lui-m&#234;me, il est cependant aussi rare de rencontrer quelqu'un chez qui toutes les affections bienveillantes prises ensemble ne surpassent pas les affections &#233;go&#239;stes. Consultez l'exp&#233;rience courante. Ne voyez-vous pas que, quoique toutes les d&#233;penses de la famille soient g&#233;n&#233;ralement sous la direction du ma&#238;tre de maison, peu nombreux sont ceux qui n'accordent pas la plus grande partie de leur fortune au plaisir de leur femme et &#224; l'&#233;ducation de leurs enfants, se r&#233;servant la plus petite part pour leur propre usage et leur propre divertissement. C'est ce que nous pouvons observer chez ceux qui connaissent ces tendres liens et nous pouvons pr&#233;sumer qu'il en serait de m&#234;me pour les autres s'ils &#233;taient plac&#233;s dans une situation identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais, quoiqu'on puisse reconna&#238;tre que cette g&#233;n&#233;rosit&#233; est &#224; l'honneur de la nature humaine, on peut en m&#234;me temps remarquer qu'une si noble affection, au lieu de disposer les hommes &#224; de larges soci&#233;t&#233;s, leur est presque aussi contraire que l'&#233;go&#239;sme le plus &#233;troit. En effet, tant que chaque personne se pr&#233;f&#232;re &#224; toute autre personne et tant que, dans son amour pour autrui, elle porte la plus grande affection &#224; ses parents et &#224; ses familiers, cela doit n&#233;cessairement produire une opposition de passions et par suite une opposition d'actions qui ne peut &#234;tre que dangereuse pour l'union nouvellement &#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ais&#233; de remarquer qu'une affection cordiale rend toutes les choses communes entre amis et que les gens mari&#233;s, en particulier, perdent mutuellement leur propri&#233;t&#233; et ne connaissent pas le &lt;i&gt;mien&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;tien&lt;/i&gt; qui sont si n&#233;cessaires dans la soci&#233;t&#233; et qui y causent tant de troubles. Le m&#234;me effet na&#238;t d'un changement dans les circonstances o&#249; se trouve l'humanit&#233;, comme quand il y a une abondance telle de toutes choses pour satisfaire tous les d&#233;sirs des hommes que la distinction des propri&#233;t&#233;s se perd enti&#232;rement et que toutes les choses demeurent en commun. C'est ce que nous pouvons observer avec l'air et l'eau, quoiqu'il s'agisse des objets de la plus grande valeur. On peut ais&#233;ment conclure que si les hommes disposaient de toutes choses dans la m&#234;me abondance ou si &lt;i&gt;chacun&lt;/i&gt; avait la m&#234;me affection et la m&#234;me tendresse pour &lt;i&gt;tous les autres&lt;/i&gt; que pour lui-m&#234;me, la justice et l'injustice seraient &#233;galement inconnues parmi les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y a donc ici une proposition qui, je pense, peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme certaine, &lt;i&gt;que c'est seulement de l'&#233;go&#239;sme et de la g&#233;n&#233;rosit&#233; limit&#233;e joints &#224; la parcimonie avec laquelle la nature a pourvu l'homme pour ses besoins que la justice tire son origine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Hume, &lt;i&gt;Trait&#233; de la nature humaine&lt;/i&gt;, livre III, deuxi&#232;me partie, section II (trad. P. Folliot ; ou Aubier Montaigne, p.603-604 et 613)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La cr&#233;ature de l'univers qui a le d&#233;sir le plus ardent d'une soci&#233;t&#233;.</title>
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		<dc:date>2005-03-21T15:00:46Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hume, David</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Contexte : Notre estime des riches et des puissants.. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans toutes les cr&#233;atures qui ne font pas des autres leurs proies et que de violentes passions n'agitent pas, se manifeste un remarquable d&#233;sir de compagnie, qui les associe les unes les autres. Ce d&#233;sir est encore plus manifeste chez l'homme : celui-ci est la cr&#233;ature de l'univers qui a le d&#233;sir le plus ardent d'une soci&#233;t&#233;, et il y est adapt&#233; par les avantages les plus nombreux. Nous ne pouvons former aucun d&#233;sir qui ne se r&#233;f&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-100-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contexte : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Notre-estime-des-riches-et-des-puissants' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Notre estime des riches et des puissants.&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans toutes les cr&#233;atures qui ne font pas des autres leurs proies et que de violentes passions n'agitent pas, se manifeste un remarquable d&#233;sir de compagnie, qui les associe les unes les autres. Ce d&#233;sir est encore plus manifeste chez l'homme : celui-ci est la cr&#233;ature de l'univers qui a le d&#233;sir le plus ardent d'une soci&#233;t&#233;, et il y est adapt&#233; par les avantages les plus nombreux. Nous ne pouvons former aucun d&#233;sir qui ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; la soci&#233;t&#233;. La parfaite solitude est peut-&#234;tre la plus grande punition que nous puissions souffrir. Tout plaisir est languissant quand nous en jouissons hors de toute compagnie, et toute peine devient plus cruelle et plus intol&#233;rable. Quelles que soient les autres passions qui nous animent, orgueil, ambition, avarice, curiosit&#233;, d&#233;sir de vengeance, ou luxure, le principe de toutes, c'est la sympathie : elles n'auraient aucune force si nous devions faire enti&#232;rement abstraction des pens&#233;es et des sentiments d'autrui. Faites que tous les pouvoirs et tous les &#233;l&#233;ments de la nature s'unissent pour servir un seul homme et pour lui ob&#233;ir ; faites que le soleil se l&#232;ve et se couche &#224; son commandement ; que la mer et les fleuves coulent &#224; son gr&#233; ; que la terre lui fournisse spontan&#233;ment ce qui peut lui &#234;tre utile et agr&#233;able : il sera toujours mis&#233;rable tant que vous ne lui aurez pas donn&#233; au moins une personne avec qui il puisse partager son bonheur, et de l'estime et de l'amiti&#233; de qui il puisse jouir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Notre estime des riches et des puissants.</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Notre-estime-des-riches-et-des-puissants</link>
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		<dc:creator>Hume, David</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Rien ne nous porte davantage &#224; donner notre estime &#224; une personne que son pouvoir et ses richesses ; ou notre m&#233;pris que sa pauvret&#233; et sa m&#233;diocrit&#233; ; puisqu'il faut consid&#233;rer l'estime et le m&#233;pris comme des esp&#232;ces de l'amour et de la haine, il conviendra d'expliquer en cet endroit ces ph&#233;nom&#232;nes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se trouve ici, tr&#232;s heureusement, que la plus grande difficult&#233; est non pas de d&#233;couvrir un principe capable de produire un tel effet, mais de choisir le principe capital et pr&#233;dominant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Hume-" rel="directory"&gt;Hume&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rien ne nous porte davantage &#224; donner notre estime &#224; une personne que son pouvoir et ses richesses ; ou notre m&#233;pris que sa pauvret&#233; et sa m&#233;diocrit&#233; ; puisqu'il faut consid&#233;rer l'estime et le m&#233;pris comme des esp&#232;ces de l'amour et de la haine, il conviendra d'expliquer en cet endroit ces ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve ici, tr&#232;s heureusement, que la plus grande difficult&#233; est non pas de d&#233;couvrir un principe capable de produire un tel effet, mais de choisir le principe capital et pr&#233;dominant entre plusieurs qui se pr&#233;sentent. On peut attribuer &#224; trois causes diff&#233;rentes le &lt;i&gt;contentement&lt;/i&gt; que nous &#233;prouvons de la richesse d'autrui et l'&lt;i&gt;estime&lt;/i&gt; que nous avons pour son propri&#233;taire. &lt;i&gt;Premi&#232;rement&lt;/i&gt;, les objets qu'autrui poss&#232;de, tels que maisons, jardins, &#233;quipages ; ils sont agr&#233;ables en eux-m&#234;mes ; ils produisent donc n&#233;cessairement un sentiment de plaisir en qui les consid&#232;re ou les observe. &lt;i&gt;Deuxi&#232;mement&lt;/i&gt;, l'attente d'un avantage que nous pouvons recevoir du riche et du puissant en participant &#224; la possession de ses biens. &lt;i&gt;Troisi&#232;mement&lt;/i&gt;, la sympathie qui nous fait participer &#224; la satisfaction de quiconque nous approche. Tous ces principes peuvent concourir &#224; la production du pr&#233;sent ph&#233;nom&#232;ne. La question est de savoir auquel nous devons l'attribuer principalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement le premier principe, la r&#233;flexion sur des objets agr&#233;ables, a plus d'influence que nous ne serions port&#233;s &#224; l'imaginer au premier abord Nous r&#233;fl&#233;chissons rarement &#224; ce qui est beau ou &#224; ce qui est repoussant, &#224; ce qui est agr&#233;able ou &#224; ce qui est d&#233;sagr&#233;able, sans une &#233;motion de plaisir ou de malaise ; bien que ces sensations ne soient pas aussi apparentes dans notre mani&#232;re courante de penser, qui est impassible, on les d&#233;couvre ais&#233;ment quand on lit ou que l'on converse. Les hommes d'esprit orientent toujours la conversation sur des sujets susceptibles d'animer l'imagination : les po&#232;tes ne pr&#233;sentent pas d'objets d'une nature diff&#233;rente. M. Philips&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John PHIILIPS, 1676-1708, est aussi l'auteur d'une parodie de Milton, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a choisi &lt;i&gt;le Cidre&lt;/i&gt; comme sujet d'un excellent po&#232;me. La bi&#232;re n'e&#251;t pas &#233;t&#233; aussi heureuse, car elle n'est pas aussi agr&#233;able ni au go&#251;t ni aux yeux. Mais le po&#232;te aurait certainement pr&#233;f&#233;r&#233; le vin &#224; l'une et &#224; l'autre de ces boissons, si son pays natal lui avait offert un breuvage aussi agr&#233;able. Nous pouvons en apprendre que tout ce qui est agr&#233;able aux sens est aussi en quelque mesure agr&#233;able &#224; l'imagination et pr&#233;sente &#224; la pens&#233;e une image de la satisfaction que donne son application r&#233;elle aux organes du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si ces raisons peuvent nous conduire &#224; comprendre cette subtilit&#233; de l'imagination parmi les causes du respect que nous payons aux riches et aux puissants, il en est d'autres qui nous interdisent de la regarder comme la seule et principale cause. En effet, comme les id&#233;es de plaisir ne peuvent avoir d'influence que par leur vivacit&#233; qui les fait voisines des impressions, il est tr&#232;s naturel qu'aient cette influence les id&#233;es favoris&#233;es par les plus nombreuses circonstances et qui ont une tendance naturelle &#224; devenir fortes et vives ; telles sont nos id&#233;es des passions et sensations de toute cr&#233;ature humaine. Toute cr&#233;ature humaine nous ressemble et, pour cette raison, elle a l'avantage sur tout autre objet qui agit sur l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, si nous consid&#233;rons la nature de cette facult&#233; et la grande influence -qu'ont sur elle toutes les relations, nous nous persuaderons ais&#233;ment que, m&#234;me si les id&#233;es des agr&#233;ments dont jouit le riche, vins, musique, jardins, peuvent devenir vives et agr&#233;ables, l'imagination ne se confinera pas dans ces id&#233;es ; mais elle portera ses vues sur les objets reli&#233;s et, en particulier, sur la personne qui les poss&#232;de. Il est plus naturel que l'id&#233;e, ou l'image agr&#233;able produise ici une passion envers la personne par le moyen de sa relation &#224; l'objet : il est donc in&#233;vitable que la personne entre n&#233;cessairement dans la conception primitive, puisqu'elle est l'objet de la passion qui en d&#233;rive. Mais, si elle entre dans la conception primitive et si on la consid&#232;re en tant qu'elle jouit des objets agr&#233;ables, c'est la &lt;i&gt;sympathie&lt;/i&gt; qui est proprement la cause de l'inclination : le &lt;i&gt;troisi&#232;me&lt;/i&gt; principe est plus puissant et plus universel que le &lt;i&gt;premier&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutez &#224; cela que la richesse et le pouvoir, &#224; eux seuls, m&#234;me sans emploi, produisent naturellement l'estime et le respect ; par cons&#233;quent ces passions ne naissent pas de l'id&#233;e d'objets beaux ou agr&#233;ables. Il est vrai, l'argent implique une sorte de repr&#233;sentation de tels objets par le pouvoir qu'il apporte de les obtenir ; pour cette raison, on peut encore le juger capable d'amener les images agr&#233;ables qui peuvent engendrer la passion. Mais, comme cette perspective est tr&#232;s &#233;loign&#233;e, il nous est plus naturel de prendre un objet proche, &#224; savoir la satisfaction que ce pouvoir apporte &#224; la personne qui le poss&#232;de. Qu'il en soit ainsi, nous en serons plus pleinement convaincus, si nous consid&#233;rons que la richesse repr&#233;sente les biens de l'existence uniquement d'apr&#232;s la volont&#233; de celui qui s'en sert : qu'elle implique donc, par sa nature m&#234;me, l'id&#233;e d'une personne et qu'on ne peut la consid&#233;rer sans une sorte de sympathie avec les sensations et les jouissances de cette personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point, nous pouvons le confirmer par une r&#233;flexion qui para&#238;tra peut-&#234;tre &#224; , certains trop subtile et trop raffin&#233;e. J'ai d&#233;j&#224; observ&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trait&#233; de la nature humaine, Livre. I, partie. III, section. 14, et liv. II, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que le pouvoir, en tant qu'on le distingue de son exercice, ou bien n'a aucune esp&#232;ce de sens, ou bien n'est rien qu'une possibilit&#233; ou une probabilit&#233; d'existence qui fait progresser un objet vers la r&#233;alit&#233; et poss&#232;de sur l'esprit une influence sensible. J'ai aussi observ&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., Liv. II, part. 1, sect. 10.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que ce progr&#232;s, par une illusion de l'imagination, para&#238;t beaucoup plus grand quand nous sommes nous-m&#234;mes dot&#233;s de ce pouvoir que lorsqu'un autre en jouit ; et que, dans le premier cas, les objets semblent se trouver au bord m&#234;me de la r&#233;alit&#233; et nous apportent presque un contentement aussi grand que si nous les poss&#233;dions effectivement. Or j'affirme que, lorsque nous estimons une personne en raison de sa richesse, nous devons entrer dans les sentiments du propri&#233;taire et que, sans cette sympathie, l'id&#233;e des objets agr&#233;ables que la richesse lui donne le pouvoir de faire surgir, n'aurait que peu d'influence sur nous. Un avare est respect&#233; pour son argent, bien qu'il soit &#224; peine dou&#233; d'un pouvoir ; c'est-&#224;-dire, il est &#224; peine probable, voire m&#234;me possible, que l'avare emploie son argent &#224; acqu&#233;rir les plaisirs et commodit&#233;s de l'existence. C'est &#224; lui seul que ce pouvoir semble parfaite entier ; nous devons donc recevoir ses sentiments par sympathie avant de pouvoir poss&#233;der une id&#233;e tr&#232;s intense de ses jouissances ou de l'estimer pour ces jouissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi avons-nous trouv&#233; que le &lt;i&gt;premier&lt;/i&gt; principe, &lt;i&gt;l'id&#233;e agr&#233;able dont la richesse apporte la jouissance&lt;/i&gt;, se ram&#232;ne dans une grande mesure au &lt;i&gt;troisi&#232;me&lt;/i&gt; et qu'il devient une sympathie avec la personne estim&#233;e ou aim&#233;e. Examinons maintenant le &lt;i&gt;second&lt;/i&gt; principe, &lt;i&gt;l'attente agr&#233;able d'un avantage&lt;/i&gt;, et voyons quelle force nous pouvons justement lui attribuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestement, bien que la richesse et l'autorit&#233; donnent sans aucun doute &#224; leur possesseur le pouvoir de nous rendre service, nous ne pouvons pourtant pas placer ce pouvoir au m&#234;me rang que le pouvoir apport&#233; au riche de se procurer &#224; lui-m&#234;me des plaisirs et de satisfaire ses propres app&#233;tits. L'amour de soi am&#232;ne le pouvoir tr&#232;s pr&#232;s de son exercice dans le dernier cas ; mais, pour produire un effet semblable dans le premier cas, nous devons admettre qu'&#224; la richesse se joignent l'amiti&#233; et la bienveillance. Sans cette circonstance, on con&#231;oit difficilement sur quoi nous pouvons fonder notre espoir de tirer avantage de la richesse d'autrui ; cependant rien n'est plus certain que notre estime et notre respect naturels des riches, avant m&#234;me que nous d&#233;couvrions en eux une telle disposition favorable &#224; notre endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pousse plus loin et j'observe que nous respectons les riches et les puissants non seulement lorsqu'ils ne montrent aucune inclination &#224; nous rendre service, mais aussi quand nous nous trouvons si en dehors de la sph&#232;re de leur activit&#233; que nous ne pouvons m&#234;me pas les supposer dou&#233;s de ce pouvoir. Des prisonniers de guerre sont toujours trait&#233;s avec le respect qui convient &#224; leur condition ; et certainement la richesse sert pour beaucoup &#224; d&#233;terminer la condition d'une personne. Si la naissance et la qualit&#233; y entrent pour une part, c'est encore un argument du m&#234;me genre en notre faveur. En effet qui appelons-nous un homme bien n&#233;, si ce n'est celui qui descend d'une longue suite d'anc&#234;tres riches et puissants et qui acquiert notre estime par sa relation &#224; des personnes que nous estimons ? Donc ses anc&#234;tres, bien que morts, sont respect&#233;s &#224; quelque degr&#233;, en raison de leur richesse ; par cons&#233;quent c'est sans attendre d'eux quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour ne pas remonter aux prisonniers de guerre et aux morts pour trouver des exemples d'une estime d&#233;sint&#233;ress&#233;e de la richesse, observons, avec quelque attention, les ph&#233;nom&#232;nes qui se pr&#233;sentent &#224; nous dans la vie et la conversation courantes. Un homme qui est lui-m&#234;me d'une situation ais&#233;e, quand il entre dans une soci&#233;t&#233; d'&#233;trangers, les traite naturellement avec diff&#233;rents degr&#233;s de respect et de d&#233;f&#233;rence, comme il est inform&#233; de leurs diff&#233;rentes fortunes et conditions ; pourtant il est impossible qu'il puisse jamais se proposer et peut-&#234;tre il n'accepterait d'eux aucun avantage. Un voyageur est toujours re&#231;u dans une soci&#233;t&#233; et trait&#233; avec plus ou moins de civilit&#233; selon la fortune, grande ou modeste, qu'expriment son train et son &#233;quipage. Bref, les diff&#233;rentes classes humaines sont dans une grande mesure r&#233;gl&#233;es par la richesse, et cela aussi bien &#224; l'&#233;gard des sup&#233;rieurs que des inf&#233;rieurs, des &#233;trangers que des familiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a certes une r&#233;ponse &#224; ces arguments, tir&#233;e de l'influence des &lt;i&gt;r&#232;gles g&#233;n&#233;rales&lt;/i&gt;. On peut pr&#233;tendre qu'accoutum&#233;s &#224; attendre secours et protection des riches et des puissants et &#224; les estimer pour cette raison, nous &#233;tendons les m&#234;mes sentiments &#224; ceux qui leur ressemblent pour leur prosp&#233;rit&#233;, mais dont nous ne pouvons jamais esp&#233;rer aucun avantage. La r&#232;gle g&#233;n&#233;rale l'emporte toujours et, parce qu'elle donne un penchant &#224; l'imagination, elle suscite la passion de la m&#234;me mani&#232;re que si son objet propre &#233;tait r&#233;el et existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il appara&#238;tra facilement que ce principe n'intervient pas ici si nous consid&#233;rons que, pour &#233;tablir une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale et l'&#233;tendre au del&#224; de ses propres limites, une certaine uniformit&#233; de notre exp&#233;rience est requise, et une grande sup&#233;riorit&#233; des cas conformes &#224; la r&#232;gle sur les cas oppos&#233;s. Mais ici il en va tout autrement. De cent hommes. de cr&#233;dit et de fortune que j'ai rencontr&#233;s, il n'en est peut-&#234;tre pas un dont je puisse attendre un avantage : aussi est-il impossible qu'aucune accoutumance puisse jamais l'emporter dans le cas pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Somme toute, il ne reste rien qui puisse nous donner de l'estime pour le pouvoir et la richesse et du m&#233;pris pour la faiblesse et la pauvret&#233;, si ce n'est l'orgueil de sympathie par lequel nous entrons dans les sentiments du riche et du pauvre et participons de leur plaisir et de leur g&#234;ne. La richesse donne du contentement &#224; son propri&#233;taire ; ce contentement passe &#224; l'observateur par l'imagination qui produit une id&#233;e semblable &#224; l'impression originale en force et en vivacit&#233;. Cette id&#233;e ou cette impression agr&#233;able est en connexion avec l'amour qui est une passion agr&#233;able. Elle provient d'un &#234;tre pensant et conscient qui est l'objet m&#234;me de l'amour. Cette relation d'impressions et cette identit&#233; d'id&#233;es engendrent la passion conform&#233;ment &#224; mon hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meilleure m&#233;thode pour nous familiariser avec cette opinion, c'est de faire une revue de l'univers et d'observer la force de la sympathie chez toutes les cr&#233;atures anim&#233;es et la facilit&#233; de la communication des sentiments d'un &#234;tre pensant &#224; un autre. En toutes les cr&#233;atures, qui ne font pas des autres leurs proies et que de violentes passions n'agitent pas, para&#238;t un remarquable d&#233;sir de compagnie qui les associe les unes aux autres sans qu'elles puissent jamais se proposer de recueillir de leur union quelque avantage. Ce d&#233;sir est encore plus manifeste chez l'homme ; celui-ci est la cr&#233;ature de l'univers qui a le d&#233;sir le plus ardent d'une soci&#233;t&#233; et il y est adapt&#233; par les avantages les plus nombreux. Nous ne pouvons former aucun d&#233;sir qui ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; la soci&#233;t&#233;. La parfaite solitude est peut-&#234;tre la plus grande punition que nous puissions souffrir. Tout plaisir est languissant quand nous en jouissons hors de toute compagnie, et toute peine devient plus cruelle et plus intol&#233;rable. Quelles que soient les autres passions qui nous animent, orgueil, ambition, avarice, curiosit&#233;, d&#233;sir de vengeance ou luxure, leur &#226;me, le principe de toutes, c'est la sympathie ; elles n'auraient aucune force, si nous devions les d&#233;gager enti&#232;rement des pens&#233;es et des sentiments d'autrui. Faites que tous les pouvoirs et tous les &#233;l&#233;ments de la nature s'unissent pour servir un seul homme et pour lui ob&#233;ir : faites que le soleil se l&#232;ve et se couche &#224; son commandement ; que la mer et les fleuves coulent &#224; son gr&#233; ; que la terre lui fournisse spontan&#233;ment tout ce qui peut lui &#234;tre utile ou agr&#233;able ; il sera toujours mis&#233;rable tant que vous ne lui aurez pas donn&#233; au moins une personne avec qui il puisse partager son bonheur et de l'estime et de l'amiti&#233; de qui il puisse jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conclusion tir&#233;e d'une vue g&#233;n&#233;rale de la nature, nous pouvons la confirmer par des exemples particuliers o&#249; la force de la sympathie est tr&#232;s remarquable. Pour la plupart, les diverses sortes de beaut&#233; proc&#232;dent de cette origine : m&#234;me quand nous consid&#233;rons d'abord quelque objet mat&#233;riel, inanim&#233; et insensible, il est rare que nous nous en tenions l&#224; et que nous ne portions pas nos vues sur son action sur des cr&#233;atures sensibles et raisonnables. Quand on nous montre une maison ou un &#233;difice, on prend un soin particulier, entre autres choses, &#224; nous marquer la commodit&#233; des appartements, les avantages de leur disposition, le peu de place perdu dans les escaliers, antichambres et couloirs : &#233;videmment, certes, la partie essentielle de la beaut&#233; se trouve dans ces traits. L'observation de la commodit&#233; procure un plaisir, puisque la commodit&#233; est une beaut&#233;. Mais de quelle mani&#232;re procure-t-elle un plaisir ? &#224; coup s&#251;r notre int&#233;r&#234;t personnel n'est nullement en jeu ; et puisque c'est une beaut&#233; d'int&#233;r&#234;t, et non de forme, pour ainsi dire, elle doit nous r&#233;jouir uniquement par communication et par sympathie avec le propri&#233;taire du logement. Nous entrons dans son int&#233;r&#234;t par la force de l'imagination et ressentons la m&#234;me satisfaction que les objets produisent naturellement en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarque s'&#233;tend aux tables, chaises, &#233;critoires, chemin&#233;es, voitures, selles, charrues et, en v&#233;rit&#233;, &#224; toutes les oeuvres des artisans ; car c'est une r&#232;gle universelle que leur beaut&#233; d&#233;rive essentiellement de leur utilit&#233; et de leur adaptation &#224; la fin &#224; laquelle on les destine. Mais cet avantage n'int&#233;resse que le propri&#233;taire : il n'y a rien que la sympathie qui puisse y int&#233;resser le spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment rien ne rend un champ plus agr&#233;able que sa fertilit&#233; ; il est rare que des avantages d'ordre ornemental ou de situation soient capables d'&#233;galer cette beaut&#233;. Le cas est le m&#234;me pour des plantes ou des arbres particuliers que pour le champ o&#249; ils poussent. Je ne sais si une plaine couverte d'ajoncs et de gen&#234;ts peut &#234;tre, en elle-m&#234;me, aussi belle qu'une colline couverte de vignes ou d'oliviers, bien qu'elle ne le paraisse jamais &#224; quiconque est familiaris&#233; avec la valeur des uns et des autres. Mais c'est l&#224; une beaut&#233; de pure imagination, sans fondement dans les apparences sensibles. La fertilit&#233; et la valeur se rapportent manifestement &#224; l'usage ; et celui-ci se r&#233;f&#232;re &#224; la richesse, &#224; la joie et &#224; l'abondance ; et, bien que nous n'ayons aucun espoir de partager, nous entrons pourtant dans ces avantages par la vivacit&#233; de l'imagination et, en quelque mesure, nous les partageons avec le propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En peinture, il n'y a pas de r&#232;gle plus raisonnable que celle de l'&#233;quilibre des formes : il faut les placer avec la plus grande pr&#233;cision sur leur propre centre de gravit&#233;. Une forme mal &#233;quilibr&#233;e est disgracieuse ; elle provoque en effet l'id&#233;e de sa chute et celles de dommage et de douleur ; ce sont des id&#233;es p&#233;nibles quand, par sympathie, elles acqui&#232;rent quelque degr&#233; de force et de vivacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutez &#224; cela que l'&#233;l&#233;ment principal de la beaut&#233; d'une personne est un air de sant&#233; et de vigueur et une structure des membres qui promette la force et l'activit&#233;. Cette id&#233;e de beaut&#233; ne peut s'expliquer que par la sympathie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., Liv. III, part. III, sect.1.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral nous pouvons remarquer que les esprits humains sont les miroirs les uns des autres, non seulement parce qu'ils peuvent refl&#233;ter les &#233;motions de tout autre esprit, mais aussi parce que ces rayons de passions, sentiments et opinions peuvent se r&#233;fl&#233;chir plusieurs fois et s'att&#233;nuer par degr&#233;s insensibles. Ainsi le plaisir que le riche re&#231;oit de ses biens, quand il est projet&#233; sur le spectateur, cause du plaisir et de l'estime ; ces sentiments, quand le propri&#233;taire les per&#231;oit &#224; son tour et qu'il sympathise avec eux, son plaisir s'en accro&#238;t ; et, apr&#232;s une nouvelle r&#233;flexion, il devient un nouveau principe de plaisir et d'estime pour le spectateur. II y a certainement un contentement initial de la richesse tir&#233; du pouvoir, qu'elle conf&#232;re, de jouir de tous les plaisirs de la vie ; puisque c'est l&#224; sa nature m&#234;me et son essence, ce doit &#234;tre la source premi&#232;re de toutes les passions qui en naissent. L'une des plus consid&#233;rables de ces passions est celle de l'amour ou de l'estime d'autrui, qui provient donc d'une sympathie avec le plaisir du possesseur. Mais le possesseur tire aussi une satisfaction secondaire de la richesse, celle qui na&#238;t de l'amour et de l'estime acquis gr&#226;ce &#224; elle ; cette satisfaction n'est rien qu'un second reflet du plaisir qui, primitivement, est parti de lui. Cette satisfaction, ou cette vanit&#233; secondaire, devient l'un des principaux charmes de la richesse et c'est la principale raison qui nous la fait d&#233;sirer pour nous-m&#234;mes ou estimer en autrui. Voil&#224; donc un troisi&#232;me rebondissement du plaisir initial apr&#232;s lequel il est difficile de distinguer les images et les reflets en raison de leur effacement et de leur confusion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John PHIILIPS, 1676-1708, est aussi l'auteur d'une parodie de Milton, The splendid shilling ; son po&#232;me didactique on Cider compte deux livres et il est remarquable pour l'exactitude du d&#233;tail de l'expression.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trait&#233; de la nature humaine, Livre. I, partie. III, section. 14, et liv. II, part. I, sect. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., Liv. II, part. 1, sect. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., Liv. III, part. III, sect.1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Hume, &lt;strong&gt; Trait&#233; de la nature humaine&lt;/strong&gt;, Livre II, 2&#232; partie, SECTION V.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'identit&#233; personnelle</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/L-identite-personnelle</link>
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		<dc:date>2004-12-04T21:56:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hume, David</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons &#224; tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi ; que nous sentons son existence et sa continuit&#233; d'existence ; et que nous sommes certains, plus que par l'&#233;vidence d'une d&#233;monstration, de son identit&#233; et de sa simplicit&#233; parfaites. La plus forte sensation et la plus violente passion, disent-ils, au lieu de nous distraire de cette vue, ne font que l'&#233;tablir plus intens&#233;ment ; elles nous font consid&#233;rer leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Hume-" rel="directory"&gt;Hume&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons &#224; tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; ; que nous sentons son existence et sa continuit&#233; d'existence ; et que nous sommes certains, plus que par l'&#233;vidence d'une d&#233;monstration, de son identit&#233; et de sa simplicit&#233; parfaites. La plus forte sensation et la plus violente passion, disent-ils, au lieu de nous distraire de cette vue, ne font que l'&#233;tablir plus intens&#233;ment ; elles nous font consid&#233;rer leur influence sur le &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; par leur douleur ou leur plaisir. Essayer d'en fournir une preuve plus compl&#232;te serait en affaiblir l'&#233;vidence ; car aucune preuve ne peut se tirer d'aucun fait dont nous ayons une conscience aussi intime ; et il n'y a rien dont nous puissions &#234;tre certains si nous doutons de ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement toutes ces affirmations positives sont contraires &#224; l'exp&#233;rience elle-m&#234;me, qu'on invoque en leur faveur ; et nous n'avons aucune id&#233;e du &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; &#224; la mani&#232;re qu'on vient d'expliquer ici. En effet, de quelle impression pourrait d&#233;river cette id&#233;e ? A cette question, il est impossible de r&#233;pondre sans contradiction ni absurdit&#233; manifestes ; pourtant c'est une question &#224; laquelle il faut n&#233;cessairement r&#233;pondre, si nous voulons que l'id&#233;e du moi passe pour claire et intelligible. Il doit y avoir une impression qui engendre toute id&#233;e r&#233;elle. Mais le moi, ou la personne, n'est pas une impression, c'est ce &#224; quoi nos diverses impressions et id&#233;es sont cens&#233;es se rapporter. Si une impression engendre l'id&#233;e du moi, cette impression doit demeurer invariablement identique pendant tout le cours de notre existence : car le moi est cens&#233; exister de cette mani&#232;re. Or il n'y a pas d'impression constante et invariable. La douleur et le plaisir, les passions et les sensations se succ&#232;dent les unes aux autres et jamais elles n'existent toutes en m&#234;me temps. Ce ne peut donc &#234;tre d'aucune de ces impressions, ni d'aucune autre qu'est d&#233;riv&#233;e l'id&#233;e du moi ; par cons&#233;quent une telle id&#233;e n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en outre, quel doit &#234;tre le sort de toutes nos perceptions particuli&#232;res dans cette hypoth&#232;se ? Elles sont toutes diff&#233;rentes, discernables et s&#233;parables les unes des autres ; on peut les consid&#233;rer s&#233;par&#233;ment et elles peuvent exister s&#233;par&#233;ment : elles n'ont besoin de rien pour soutenir leur existence. De quelle mani&#232;re appartiennent-elles donc au moi et comment sont-elles en connexion avec lui ? Pour ma part, quand je p&#233;n&#232;tre le plus intimement dans ce que j'appelle &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;, je bute toujours sur une perception particuli&#232;re ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumi&#232;re ou d'ombre, d'amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont &#233;cart&#233;es pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n'ai plus conscience de &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; et on peut dire vraiment que je n'existe pas. Si toutes mes perceptions &#233;taient supprim&#233;es par la mort et que je ne puisse ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer, ni ha&#239;r apr&#232;s la dissolution de mon corps, je serais enti&#232;rement annihil&#233; et je ne con&#231;ois pas ce qu'il faudrait de plus pour faire de moi un parfait n&#233;ant. Si quelqu'un pense, apr&#232;s une r&#233;flexion s&#233;rieuse et impartiale, qu'il a, de &lt;i&gt;lui-m&#234;me, &lt;/i&gt;une connaissance diff&#233;rente, il me faut l'avouer, je ne peux raisonner plus longtemps avec lui. Tout ce que je peux lui accorder, c'est qu'il peut &#234;tre dans le vrai aussi bien que moi et que nous diff&#233;rons essentiellement sur ce point. Peut-&#234;tre peut-il percevoir quelque chose de simple et de continu qu'il appelle &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt; : et pourtant je suis s&#251;r qu'il n'y a pas en moi de pareil principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si je laisse de c&#244;t&#233; quelques m&#233;taphysiciens de ce genre, je peux m'aventurer &#224; affirmer du reste des hommes qu'ils ne sont rien qu'un faisceau ou une collection de perceptions diff&#233;rentes qui se succ&#232;dent les unes aux autres avec une rapidit&#233; inconcevable et qui sont dans un flux et un mouvement perp&#233;tuels. Nos yeux ne peuvent tourner dans leurs orbites sans varier nos perceptions. Notre pens&#233;e est encore plus variable que notre vue ; tous nos autres sens et toutes nos autres facult&#233;s contribuent &#224; ce changement : il n'y a pas un seul pouvoir de l'&#226;me qui reste invariablement identique peut-&#234;tre un seul moment. L'esprit est une sorte de th&#233;&#226;tre o&#249; diverses perceptions font successivement leur apparition ; elles passent, repassent, glissent sans arr&#234;t et se m&#234;lent en une infinie vari&#233;t&#233; de conditions et de situations. Il n'y a proprement en lui ni &lt;i&gt;simplicit&#233; &lt;/i&gt;&#224; un moment, ni &lt;i&gt;identit&#233; &lt;/i&gt;dans les diff&#233;rents moments, quelque tendance naturelle que nous puissions avoir &#224; imaginer cette simplicit&#233; et cette identit&#233;. La comparaison du th&#233;&#226;tre ne doit pas nous &#233;garer. Ce sont les seules perceptions successives qui constituent l'esprit ; nous n'avons pas la connaissance la plus lointaine du lieu o&#249; se repr&#233;sentent ces sc&#232;nes ou des mat&#233;riaux dont il serait constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc la cause qui produit en nous une aussi forte tendance &#224; attribuer l'identit&#233; &#224; ces perceptions successives et &#224; admettre que nous poss&#233;dons l'existence invariable et ininterrompue pendant tout le cours de notre existence ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question, nous devons distinguer l'identit&#233; personnelle en tant qu'elle touche notre pens&#233;e ou notre imagination et cette m&#234;me identit&#233; en tant qu'elle touche nos passions ou l'int&#233;r&#234;t que nous prenons &#224; nous-m&#234;mes. La premi&#232;re, c'est notre sujet actuel ; pour l'expliquer parfaitement, nous devons prendre la question d'assez loin et rendre compte de l'identit&#233; que nous attribuons aux plantes et aux animaux : car il y a beaucoup d'analogie entre cette identit&#233; et celle d'un moi ou d'une personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons une id&#233;e distincte d'un objet qui reste invariable et ininterrompu &#224; travers une variation suppos&#233;e du temps ; cette id&#233;e, nous l'appelons id&#233;e &lt;i&gt;d'identit&#233; &lt;/i&gt;ou du &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt;. Nous avons aussi une id&#233;e distincte de plusieurs objets diff&#233;rents qui existent successivement et sont unis les uns aux autres par une relation &#233;troite. ; cette succession apporte a une vue attentive une notion de &lt;i&gt;diversit&#233; &lt;/i&gt;aussi parfaite que s'il n'y avait aucune mani&#232;re de relation entre les objets. Or, bien que ces deux id&#233;es d'identit&#233; et de succession d'objets reli&#233;s soient en elles-m&#234;mes parfaitement distinctes et m&#234;me contraires, il est pourtant certain que, dans notre mani&#232;re courante de penser, nous les confondons g&#233;n&#233;ralement l'une avec l'autre. L'action d&#233; l'imagination, par laquelle nous consid&#233;rons l'objet ininterrompu et invariable, et celle, par laquelle nous r&#233;fl&#233;chissons &#224; la succession des objets reli&#233;s, sont presque identiques &#224; la conscience ; et il ne faut pas beaucoup plus d'effort de pens&#233;e dans le deuxi&#232;me cas que dans le premier. La relation facilite la transition de l'esprit d'un objet &#224; un autre et rend son passage aussi &#233;gal que s'il contemplait un seul objet continu. Cette ressemblance est la cause de la confusion et de la m&#233;prise et elle nous fait substituer la notion d'identit&#233; &#224; celle d'objets reli&#233;s. Certes, &#224; un moment, nous pouvons consid&#233;rer la succession li&#233;e comme variable ou interrompue, mais, au suivant, certainement nous lui attribuons une parfaite identit&#233; et la regardons comme invariable et ininterrompue. La ressemblance indiqu&#233;e ci-dessus nous pousse si fort &#224; cette m&#233;prise que nous y tombons avant d'y prendre garde ; et, bien que, sans cesse, nous nous corrigions par la r&#233;flexion et que nous revenions &#224; une m&#233;thode plus soigneuse de penser, nous ne pouvons pourtant pas soutenir longtemps notre philosophie, ou arracher ce penchant de notre imagination. Notre derni&#232;re ressource est d'y c&#233;der et d'affirmer avec confiance que ces diff&#233;rents objets reli&#233;s sont effectivement identiques en d&#233;pit de leur interruption et de leur variabilit&#233;. Pour justifier &#224; nos yeux cette absurdit&#233;, nous imaginons souvent l'existence d'un principe nouveau et inintelligible qui relie les objets les uns aux autres et s'oppose &#224; leur interruption ou &#224; leur variation. C'est ainsi que nous imaginons l'existence continue de nos perceptions sensibles pour supprimer leur interruption ; c'est ainsi que nous donnons dans la notion d'&lt;i&gt;&#226;me&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;substance &lt;/i&gt;pour masquer la variation. Et nous pouvons noter en outre que, lorsque nous ne cr&#233;ons pas cette fiction, notre tendance &#224; confondre l'identit&#233; et la relation est si grande que. nous sommes port&#233;s &#224; imaginer un quelque chose d'inconnu et de myst&#233;rieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si le lecteur est curieux de voir comment un grand g&#233;nie peut &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui unisse les parties en sus de leur relation ; c'est le cas, je pense, de l'identit&#233; que nous attribuons aux plantes et aux v&#233;g&#233;taux. Et m&#234;me quand cette imagination n'intervient pas, nous sentons encore une tendance &#224; confondre ces id&#233;es, bien que nous soyons incapables de nous satisfaire pleinement sur ce point et que nous ne trouvions rien d'invariable ni d'ininterrompu pour justifier notre notion d'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la controverse sur l'identit&#233; n'est pas une discussion purement verbale. Car, quand nous attribuons l'identit&#233;, en un sens impropre, aux objets variables ou interrompus, notre m&#233;prise ne se limite pas &#224; la mani&#232;re de dire, elle s'accompagne commun&#233;ment de la fiction soit d'un quelque chose d'invariable et d'ininterrompu, soit d'un quelque chose de myst&#233;rieux et inexplicable, soit du moins d'une tendance &#224; de pareilles fictions. Il suffira, pour prouver cette hypoth&#232;se &#224; la satisfaction de tout enqu&#234;teur impartial, de montrer, d'apr&#232;s l'exp&#233;rience et l'observation quotidiennes, que les objets variables ou interrompus, qui sont cependant cens&#233;s demeurer les m&#234;mes, sont seulement ceux qui sont compos&#233;s de parties successives reli&#233;es ensemble par ressemblance, contigu&#239;t&#233; ou causalit&#233;. Car, puisqu'une pareille succession r&#233;pond &#233;videmment &#224; notre id&#233;e de diversit&#233;, ce ne peut &#234;tre que par m&#233;prise que nous lui attribuons l'identit&#233; ; et, puisque la relation des parties, qui nous pousse &#224; nous m&#233;prendre, n'est effectivement rien qu'une qualit&#233; g&#233;n&#233;ratrice d'une association d'id&#233;es et d'une transition ais&#233;e de l'imagination d'une partie &#224; une autre, ce ne peut &#234;tre que de la ressemblance que cet acte de l'esprit soutient avec celui par lequel nous contemplons un objet continu, que na&#238;t l'erreur. Notre t&#226;che principale doit donc &#234;tre de prouver que tous les objets, auxquels nous attribuons l'identit&#233; sans observer leur invariance et leur continuit&#233;, sont tels qu'ils se composent d'objets successifs et reli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce but, supposons qu'une masse mat&#233;rielle, dont les parties sont contigu&#235;s et reli&#233;es, soit plac&#233;e devant nous ; manifestement nous devons attribuer &#224; cette masse une identit&#233; parfaite, pourvu que toutes les parties en demeurent identiques sans interruption ni variation, quelque changement ou mouvement de lieu que nous puissions observer dans l'ensemble ou dans l'une quelconque des parties. Mais supposons qu'on ajoute &#224; la masse, ou qu'on en retire, une tr&#232;s &lt;i&gt;petite &lt;/i&gt;partie, une partie tout &#224; fait &lt;i&gt;n&#233;gligeable ; &lt;/i&gt;certes ce fait d&#233;truit absolument l'identit&#233; du tout, &#224; proprement parler ; pourtant, comme nous pensons rarement avec autant de pr&#233;cision, nous n'h&#233;sitons pas &#224; d&#233;clarer identique une masse mat&#233;rielle o&#249; nous d&#233;couvrons une modification aussi faible. Le passage de la pens&#233;e de l'objet avant le changement &#224; l'objet apr&#232;s le changement est si uni et si facile que nous percevons &#224; peine la transition et que nous sommes port&#233;s &#224; imaginer qu'il n'y a rien qu'une inspection continue du m&#234;me objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une circonstance tout &#224; fait remarquable accompagne cette exp&#233;rience ; bien que le changement d'une partie consid&#233;rable d'une masse mat&#233;rielle d&#233;truise l'identit&#233; du tout, nous devons pourtant mesurer la grandeur de la partie non pas absolument, mais &lt;i&gt;proportionnellement &lt;/i&gt;au tout. L'addition ou la soustraction d'une montagne ne suffirait pas &#224; produire quelque diversit&#233; dans une plan&#232;te mais le changement d'un tr&#232;s petit nombre de pouces serait capable de d&#233;truire l'identit&#233; de certains corps. Il sera impossible d'en rendre raison sauf si nous r&#233;fl&#233;chissons que les objets op&#232;rent sur l'esprit, brisent ou interrompent la continuit&#233; de ses actions, non pas en fonction de leur grandeur r&#233;elle, mais en fonction de leur rapport les uns aux autres ; aussi, puisque cette interruption fait qu'un objet cesse de para&#238;tre identique, ce doit &#234;tre le progr&#232;s ininterrompu de la pens&#233;e qui constitue l'identit&#233; imparfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut le confirmer par un autre ph&#233;nom&#232;ne. Un changement dans une partie consid&#233;rable d'un corps d&#233;truit son identit&#233; ; mais il est remarquable que lorsque le changement se produit &lt;i&gt;graduellement &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;insensiblement, &lt;/i&gt;nous sommes moins port&#233;s &#224; lui attribuer le m&#234;me effet. Manifestement la raison ne peut &#234;tre que la suivante l'esprit, quand il suit les changements successifs du corps, sent que le passage est facile de l'inspection de son &#233;tat &#224; un moment donn&#233; &#224; la vue qu'il en prend &#224; un autre moment et qu'en aucun instant particulier il ne per&#231;oit d'interruption dans ses actions. C'est &#224; partir de cette perception continue qu'il attribue &#224; l'objet une existence continue et l'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de quelque pr&#233;caution que nous puissions user quand nous introduisons graduellement les changements et que nous les proportionnons &#224; l'ensemble, lorsque nous observons que les changements sont en d&#233;finitive devenus consid&#233;rables, nous nous faisons certainement scrupule d'attribuer l'identit&#233; &#224; des objets &#224; ce point diff&#233;rents. Il existe pourtant un autre artifice qui nous permet d'engager l'imagination &#224; s'avancer d'un pas plus loin ; c'est de montrer que les parties se rapportent les unes aux autres et qu'elles se combinent pour une &lt;i&gt;fin commune ou &lt;/i&gt;un dessein commun. Un navire, dont une partie importante a &#233;t&#233; chang&#233;e par de fr&#233;quentes r&#233;parations, est encore consid&#233;r&#233; comme identique ; la diff&#233;rence des mat&#233;riaux ne nous emp&#234;che pas de lui attribuer l'identit&#233;. La fin commune, &#224; laquelle conspirent les parties, reste la m&#234;me sous toutes leurs variations et elle fournit une transition facile &#224; l'imagination d'un &#233;tat du corps &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est encore plus remarquable quand.nous ajoutons une &lt;i&gt;sympathie &lt;/i&gt;des parties &#224; leur &lt;i&gt;communaut&#233; de fin &lt;/i&gt;et que nous admettons qu'elles soutiennent entre elles une relation r&#233;ciproque de cause &#224; effet dans toutes leurs actions et op&#233;rations. Tel est le cas pour tous les animaux ou v&#233;g&#233;taux ; non seulement leurs diverses parties se rapportent &#224; un dessein g&#233;n&#233;ral, mais encore elles d&#233;pendent mutuellement les unes des autres et elles sont en connexion les unes avec les autres. L'effet d'une relation aussi forte, c'est que, bien que tout le monde doive reconna&#238;tre qu'en tr&#232;s peu d'ann&#233;es v&#233;g&#233;taux et animaux souffrent un changement &lt;i&gt;total, &lt;/i&gt;nous leur attribuons pourtant encore l'identit&#233;, alors que leur forme, leur taille et leur substance sont enti&#232;rement modifi&#233;es. Un ch&#234;ne, qui cro&#238;t d'une petite plante &#224; un grand arbre, est encore le m&#234;me ch&#234;ne, bien qu'aucune de ses particules mat&#233;rielles, ni la forme de ses parties ne soient rest&#233;es les m&#234;mes. Un enfant devient un homme et parfois il est gros et parfois il est maigre, sans que change son identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons aussi consid&#233;rer les deux ph&#233;nom&#232;nes suivants qui sont remarquables dans leur genre. Le premier, c'est que, en d&#233;pit de notre capacit&#233; courante &#224; distinguer assez exactement l'identit&#233; num&#233;rique et l'identit&#233; sp&#233;cifique, il arrive pourtant parfois que nous les confondons et que nous les employons l'une pour l'autre dans nos pens&#233;es et raisonnements. Aussi, quand nous entendons un bruit fr&#233;quemment interrompu et renouvel&#233;, disons-nous que c'est encore le m&#234;me bruit, bien qu'&#233;videmment les sons ont seulement l'identit&#233; sp&#233;cifique ou une ressemblance et que rien n'est num&#233;riquement identique que la cause qui les produit. De m&#234;me mani&#232;re on peut dire, sans attenter &#224; la propri&#233;t&#233; du langage que telle &#233;glise, qui &#233;tait auparavant en briques, tomba en ruines et que la paroisse reconstruisit la m&#234;me &#233;glise en pierres de taille et selon l'architecture moderne. Ici ni la forme, ni les mat&#233;riaux ne sont les m&#234;mes : il n'y a rien de commun aux deux objets que leur rapport aux habitants de la paroisse ; et pourtant ce rapport suffit &#224; lui seul &#224; nous faire dire qu'ils sont identiques. Mais nous devons observer que, dans ces cas, le premier objet est en quelque sorte annihil&#233; avant que le second commence d'exister : de cette mani&#232;re, jamais, en aucun moment du temps, ne se pr&#233;sente &#224; nous l'id&#233;e de diff&#233;rence et de multiplicit&#233; ; c'est pour cette raison que nous avons moins de scrupule &#224; les appeler les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, nous pouvons remarquer que, bien que, dans une succession d'objets li&#233;s, il soit en quelque sorte n&#233;cessaire que le changement des parties ne soit ni subit, ni complet pour pr&#233;server l'identit&#233;, pourtant, quand les objets sont de nature variable et inconstante, nous acceptons une transition plus soudaine que celle qui serait autrement compatible avec cette relation. Ainsi, comme la nature d'un cours d'eau consiste dans le mouvement et le changement des parties, en d&#233;pit de ce que celles-ci sont totalement modifi&#233;es en moins de vingt-quatre heures, le cours d'eau n'en demeure pas moins identique durant plusieurs g&#233;n&#233;rations. Ce qui est naturel et essentiel &#224; une chose, en quelque sorte, on l'attend : et ce qu'on attend fait moins d'impression et para&#238;t de moindre importance que l'inhabituel et l'extraordinaire. Un changement consid&#233;rable du premier genre semble effectivement moindre &#224; l'imagination que la plus l&#233;g&#232;re alt&#233;ration du second ; il rompt moins la continuit&#233; de la pens&#233;e, il agit donc moins pour d&#233;truire l'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous passons maintenant &#224; l'explication de la nature de l'&lt;i&gt;identit&#233; personnelle, &lt;/i&gt;qui est devenue une question si importante en philosophie, surtout ces derni&#232;res ann&#233;es en Angleterre o&#249; l'on &#233;tudie les sciences les plus abstruses avec une ardeur et une application particuli&#232;res. Ici, &#233;videmment, doit continuer la m&#234;me m&#233;thode de raisonnement qui a si heureusement expliqu&#233; l'identit&#233; des plantes et des animaux, des navires, des maisons et de toutes les productions compos&#233;es et changeantes de l'art ou de la nature. L'identit&#233;, que nous attribuons &#224; l'esprit humain, est seulement une identit&#233; fictive, du m&#234;me genre que celle que nous attribuons aux corps v&#233;g&#233;taux et animaux. Elle ne peut donc avoir une origine diff&#233;rente et elle doit provenir d'une op&#233;ration analogue de l'imagination sur des objets analogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crains que cet argument ne convainque pas le lecteur, bien qu'&#224; mon avis il soit parfaitement d&#233;cisif ; qu'on p&#232;se donc le raisonnement suivant qui est encore plus serr&#233; et plus imm&#233;diat. &#201;videmment l'identit&#233;, que nous attribuons &#224; l'esprit humain, aussi parfaite que nous puissions l'imaginer, est incapable de fondre en une seule les diverses perceptions diff&#233;rentes et de leur enlever leurs caract&#232;res distinctifs et diff&#233;rentiels, qui leur sont essentiels. Il est encore plus vrai que toute perception distincte qui entre dans la composition de l'esprit est une existence distincte, qu'elle diff&#232;re, qu'elle peut se distinguer et se s&#233;parer de toute autre perception, contemporaine ou successive. Mais, comme, en d&#233;pit de cette distinction et de cette s&#233;parabilit&#233;, nous admettons que toute la s&#233;rie des perceptions est unie par identit&#233;, une question na&#238;t au sujet de cette relation d'identit&#233;, y a-t-il quelque chose qui lie effectivement ensemble nos diverses perceptions, ou bien y a-t-il quelque chose qui associe seulement leurs id&#233;es dans l'imagination ; c'est-&#224;-dire, en d'autres termes, quand nous d&#233;cidons de l'identit&#233; d'une personne, observons-nous un lien r&#233;el entre ses perceptions ou ne faisonsnous qu'en sentir un entre les id&#233;es que nous nous faisons des perceptions. Cette question, nous pourrions la r&#233;soudre ais&#233;ment, si nous nous rappelions ce que nous avons d&#233;j&#224; prouv&#233; tout au long, que l'entendement n'observe jamais de connexion r&#233;elle entre des objets et que l'union elle-m&#234;me de la cause et de l'effet, quand on l'examine strictement, se r&#233;sout en une association coutumi&#232;re d'id&#233;es. Car il suit &#233;videmment de ces remarques que l'identit&#233; n'est rien qui appartienne r&#233;ellement &#224; ces diff&#233;rentes perceptions et les unisse les unes aux autres ; c'est uniquement une qualit&#233; que nous leur attribuons par suite de l'union de leurs id&#233;es dans l'imagination, quand nous y r&#233;fl&#233;chissons. Or les seules qualit&#233;s qui peuvent unir des id&#233;es dans l'imagination sont les trois relations mentionn&#233;es plus haut. Ce sont les principes unissants du monde des id&#233;es ; sans eux, tout objet distinct est s&#233;parable par l'esprit ; il peut &#234;tre consid&#233;r&#233; s&#233;par&#233;ment et il n'a pas, appara&#238;t-il, plus de connexion avec aucun autre objet que si la plus grande diff&#233;rence et le plus grand &#233;cart l'en s&#233;paraient. C'est donc de certaines de ces trois relations de ressemblance, de contigu&#239;t&#233; et de causalit&#233; que d&#233;pend l'identit&#233; ; comme l'essence m&#234;me de ces relations consiste en ce qu'elles produisent une facile transition d'id&#233;es, par suite nos notions d'identit&#233; personnelle proviennent enti&#232;rement du progr&#232;s uni et ininterrompu de pens&#233;e le long d'une suite d'id&#233;es li&#233;es, d'apr&#232;s les principes expos&#233;s ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule question qui reste est donc de savoir quelles relations produisent le progr&#232;s ininterrompu de notre pens&#233;e, quand nous consid&#233;rons l'existence successive d'un esprit ou d'une personne pensante. &#201;videmment nous devons ici nous limiter &#224; la ressemblance et &#224; la causalit&#233; et nous devons n&#233;gliger la contigu&#239;t&#233; qui n'a que peu, ou pas d'influence dans le cas pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la &lt;i&gt;ressemblance&lt;/i&gt; : supposez que nous puissions voir clairement dans les pens&#233;es d'autrui et observer cette succession de perceptions qui constitue son esprit ou son principe pensant, supposez aussi qu'autrui conserve la m&#233;moire d'une partie consid&#233;rable de ses perceptions pass&#233;es, &#233;videmment rien ne pourrait contribuer davantage &#224; &#233;tablir une relation &#224; l'int&#233;rieur de cette succession au milieu de toutes ses variations. En effet, qu'est la m&#233;moire sinon la facult&#233; qui nous permet d'&#233;veiller les images des perceptions pass&#233;es ? Et, puisqu'une image ressemble n&#233;cessairement &#224; son objet, de fr&#233;quemment ins&#233;rer ces perceptions semblables dans la cha&#238;ne de la pens&#233;e, cela ne doit-il pas conduire plus facilement l'imagination d'un cha&#238;non &#224; un autre et faire que l'ensemble paraisse comme la persistance d'un objet unique ? Par cette particularit&#233;, la m&#233;moire ne d&#233;couvre donc pas seulement l'identit&#233;, elle contribue aussi &#224; la produire en produisant une relation de ressemblance entre les perceptions. C'est le m&#234;me cas, que nous nous consid&#233;rions nous-m&#234;mes ou que nous consid&#233;rions autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la &lt;i&gt;causalit&#233;, &lt;/i&gt;nous pouvons observer que la v&#233;ritable id&#233;e de l'esprit humain, c'est de le consid&#233;rer comme un syst&#232;me de diff&#233;rentes perceptions ou de diff&#233;rentes existences encha&#238;n&#233;es les unes aux autres par la relation de cause &#224; effet et qui se produisent, se d&#233;truisent, s'influencent et se modifient les unes les autres. Nos impressions engendrent leurs id&#233;es correspondantes ; ces id&#233;es, &#224; leur tour, produisent d'autres impressions. Une pens&#233;e en chasse une autre et en entra&#238;ne apr&#232;s elle une autre qui la chasse &#224; son tour. A cet &#233;gard, je ne peux comparer plus proprement l'&#226;me qu'&#224; une r&#233;publique ou &#224; une communaut&#233; o&#249; les diff&#233;rents membres sont unis par les liens r&#233;ciproques du gouvernement et de la subordination et engendrent d'autres personnes qui perp&#233;tuent la m&#234;me r&#233;publique dans les incessants changements de ses parties. Tout comme la m&#234;me r&#233;publique peut, sans perdre son individualit&#233;, changer non seulement ses membres, mais aussi ses lois et ses constitutions, de mani&#232;re analogue la m&#234;me personne peut varier son caract&#232;re et ses dispositions, aussi bien que ses impressions et ses id&#233;es, sans perdre son identit&#233;. Quelques changements qu'elle souffre, ses diverses parties sont toujours reli&#233;es par la relation de causalit&#233;. Et, &#224; cet &#233;gard, notre identit&#233; par rapport aux passions sert &#224; confirmer notre identit&#233; par rapport &#224; l'imagination ; car elle fait que nos perceptions &#233;loign&#233;es s'influencent les unes les autres et elle nous fait nous pr&#233;occuper dans le pr&#233;sent de nos douleurs et de nos plaisirs pass&#233;s et futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque la m&#233;moire seule nous fait conna&#238;tre la dur&#233;e et l'&#233;tendue de cette suite de perceptions, nous devons la consid&#233;rer, pour cette raison surtout, comme la source de l'identit&#233; personnelle. Si nous n'avions pas de m&#233;moire, nous n'aurions jamais de notion de causalit&#233;, ni par suite de cette cha&#238;ne de causes et d'effets, qui constituent notre moi et notre personne. Mais une fois que nous avons acquis de la m&#233;moire cette notion de causalit&#233;, nous pouvons &#233;tendre la m&#234;me cha&#238;ne de causes et par suite l'identit&#233; de nos personnes au del&#224; de notre m&#233;moire et nous pouvons y comprendre des temps, des circonstances et des actions que nous avons compl&#232;tement oubli&#233;s, mais dont nous admettons en g&#233;n&#233;ral qu'ils ont exist&#233;. Car combien il y a peu de nos actions pass&#233;es, dont nous ayons quelque m&#233;moire ? Qui peut me dire, par exemple, quelles furent ses pens&#233;es et ses actions le premier janvier 1715, le onze mars 1719 et le trois ao&#251;t 1733 ? Ou bien affirmera-t-on, parce qu'on a enti&#232;rement oubli&#233; les incidents de ces journ&#233;es que le moi pr&#233;sent n'est pas la m&#234;me personne que le moi de cette &#233;poque ; et, parce moyen, bouleversera-t-on toutes les notions les mieux &#233;tablies d'identit&#233; personnelle ? A cet &#233;gard, donc, la m&#233;moire ne &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt; pas tant qu'elle ne &lt;i&gt;d&#233;couvre &lt;/i&gt;l'identit&#233; personnelle, en nous montrant la relation de cause &#224; effet entre nos diff&#233;rentes perceptions. Il -incombera &#224; ceux qui affirment que la m&#233;moire produit enti&#232;rement notre identit&#233; personnelle, de donner une raison de ce que nous pouvons ainsi &#233;tendre notre identit&#233; au del&#224; de notre m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de cette doctrine nous conduit &#224; une conclusion qui est d'une grande importance dans la pr&#233;sente affaire : toutes les questions raffin&#233;es et subtiles sur l'identit&#233; personnelle ne peuvent sans doute &#234;tre tranch&#233;es et nous devons les regarder comme des difficult&#233;s grammaticales plut&#244;t que comme des difficult&#233;s philosophiques. L'identit&#233; d&#233;pend des relations d'id&#233;es ; ces relations produisent l'identit&#233; au moyen de la transition facile qu'elles occasionnent. Or, comme les relations et la facilit&#233; de la transition peuvent diminuer par degr&#233;s insensibles, nous n'avons pas de juste crit&#232;re pour &#234;tre &#224; m&#234;me de trancher toute discussion sur le moment o&#249; elles acqui&#232;rent ou perdent le droit au nom d'identit&#233;. Toutes les discussions sur l'identit&#233; des objets reli&#233;s sont purement verbales, sauf dans la mesure o&#249; la relation entre les parties engendre une fiction et un principe imaginaire d'union, comme nous l'avons d&#233;j&#224; remarqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'ai dit au sujet de la premi&#232;re origine et de l'incertitude de notre notion d'identit&#233;, en tant qu'elle s'applique &#224; l'esprit humain, peut s'&#233;tendre avec peu ou pas de variation &#224; celle de &lt;i&gt;simplicit&#233;&lt;/i&gt;. Un objet, dont les diff&#233;rentes parties coexistantes sont li&#233;es ensemble par une relation &#233;troite, agit sur l'imagination &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me mani&#232;re qu'un objet parfaitement simple et indivisible et il ne r&#233;clame pas, pour qu'on le con&#231;oive, un effort de pens&#233;e beaucoup plus grand. Cette similitude d'op&#233;ration nous lui fait attribuer la simplicit&#233; et nous imaginons un principe d'union pour supporter cette simplicit&#233; et comme centre de toutes les diff&#233;rentes parties et qualit&#233;s de l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce paragraphe constitue la conclusion de la quatri&#232;me partie du Livre I (&#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous avons termin&#233; notre examen des divers syst&#232;mes philosophiques, tant du monde intellectuel que du monde naturel, et notre mani&#232;re m&#234;l&#233;e de raisonner nous a conduits &#224; diverses consid&#233;rations qui, ou bien vont &#233;clairer et confirmer quelque partie ant&#233;rieure de cet expos&#233;, ou bien vont pr&#233;parer la voie &#224; nos opinions suivantes. Il est temps maintenant de retourner &#224; une &#233;tude plus serr&#233;e de notre sujet et d'avancer dans une anatomie soigneuse de la nature humaine, apr&#232;s cette compl&#232;te explication de la nature de notre jugement et de notre entendement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si le lecteur est curieux de voir comment un grand g&#233;nie peut &#234;tre influenc&#233;, aussi bien que le simple vulgaire, par ces principes, apparemment triviaux, de l'imagination, qu'il lise les raisonnements de my lord Shaftesbury sur le principe unissant de l'univers et sur l'identit&#233; des plantes et des animaux. Cf. ses Moralistes, ou Rhapsodie philosophique (H) ; III me partie, sect. I, toute la m&#233;ditation po&#233;tique sur l'unit&#233; de l'univers compar&#233;e &#224; l'unit&#233; d'un arbre, sur l'identit&#233; du moi et sur l'Un supr&#234;me ; et l'invocation au soleil et &#224; Dieu, qui suit cette m&#233;ditation apr&#232;s quelques pages sur l'ordre du monde et la nature du mal ; cf. aussi II me partie, sert. I, le passage sur la repr&#233;sentation sensible du genre d'un peuple ou du g&#233;nie du monde et II me partie, sect. VI, l'examen de l'id&#233;e de syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce paragraphe constitue la conclusion de la quatri&#232;me partie du Livre I (&#171; L'entendement &#187;) intitul&#233;e &#171; Le syst&#232;me sceptique et les autres syst&#232;mes philosophiques &#187; (jld).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;D. HUME, &lt;i&gt;Trait&#233; de la nature humaine&lt;/i&gt;, Livre I, Quatri&#232;me partie, Section VI (trad. Leroy, Aubier-Montaigne, 1968, t.1, pp.342-356).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Le moi, un parfait n&#233;ant</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hume, David</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Pour ma part, quand je p&#233;n&#232;tre le plus intimement dans ce que j'appelle moi, je bute toujours sur une perception particuli&#232;re ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumi&#232;re ou d'ombre, d'amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont &#233;cart&#233;es pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n'ai plus conscience de moi et on peut (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-100-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Pour ma part, quand je p&#233;n&#232;tre le plus intimement dans ce que j'appelle &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;, je bute toujours sur une perception particuli&#232;re ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumi&#232;re ou d'ombre, d'amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont &#233;cart&#233;es pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n'ai plus conscience de &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; et on peut dire vraiment que je n'existe pas. Si toutes mes perceptions &#233;taient supprim&#233;es par la mort et que je ne puisse ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer, ni ha&#239;r apr&#232;s la dissolution de mon corps, je serais enti&#232;rement annihil&#233; et je ne con&#231;ois pas ce qu'il faudrait de plus pour faire de moi un parfait n&#233;ant. Si quelqu'un pense, apr&#232;s une r&#233;flexion s&#233;rieuse et impartiale, qu'il a, de &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, une connaissance diff&#233;rente, il me faut l'avouer, je ne peux raisonner plus longtemps avec lui. Tout ce que je peux lui accorder, c'est qu'il peut &#234;tre dans le vrai aussi bien que moi et que nous diff&#233;rons essentiellement sur ce point. Peut-&#234;tre peut-il percevoir quelque chose de simple et de continu qu'il appelle &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt; : et pourtant je suis s&#251;r qu'il n'y a pas en moi de pareil principe. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;David Hume, &lt;strong&gt;Trait&#233; de la nature humaine&lt;/strong&gt;,&lt;br /&gt;
Livre I, 4&#232; partie, Chapitre 4 : &#171; L'identit&#233; personnelle &#187;,&lt;br /&gt;
Aubier-Montaigne, 1968, tome 1, 343-344&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le principe de toutes les passions, c'est la sympathie</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/Le-principe-de-toutes-les-passions</link>
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		<dc:creator>Hume, David</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Texte donn&#233; au Bac 2001 - L. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le contexte : Notre estime des riches et des puissants, 15&#232; alin&#233;a. &lt;br class='autobr' /&gt; Expliquer le texte suivant &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans toutes les cr&#233;atures qui ne font pas des autres leurs proies et que de violentes passions n'agitent pas, se manifeste un remarquable d&#233;sir de compagnie, qui les associe les unes les autres. Ce d&#233;sir est encore plus manifeste chez l'homme : celui-ci est la cr&#233;ature de l'univers qui a le d&#233;sir le plus ardent d'une soci&#233;t&#233;, et il y est adapt&#233; par les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.caute.lautre.net/-Textes-brefs-100-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte donn&#233; au &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Bac-2001-L' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bac 2001 - L&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte : &lt;a href='https://www.caute.lautre.net/Notre-estime-des-riches-et-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Notre estime des riches et des puissants&lt;/a&gt;, 15&#232; alin&#233;a.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Expliquer le texte suivant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans toutes les cr&#233;atures qui ne font pas des autres leurs proies et que de violentes passions n'agitent pas, se manifeste un remarquable d&#233;sir de compagnie, qui les associe les unes les autres. Ce d&#233;sir est encore plus manifeste chez l'homme : celui-ci est la cr&#233;ature de l'univers qui a le d&#233;sir le plus ardent d'une soci&#233;t&#233;, et il y est adapt&#233; par les avantages les plus nombreux. Nous ne pouvons former aucun d&#233;sir qui ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; la soci&#233;t&#233;. La parfaite solitude est peut-&#234;tre la plus grande punition que nous puissions souffrir. Tout plaisir est languissant quand nous en jouissons hors de toute compagnie, et toute peine devient plus cruelle et plus intol&#233;rable. Quelles que soient les autres passions qui nous animent, orgueil, ambition, avarice, curiosit&#233;, d&#233;sir de vengeance, ou luxure, le principe de toutes, c'est la sympathie : elles n'auraient aucune force si nous devions faire enti&#232;rement abstraction des pens&#233;es et des sentiments d'autrui. Faites que tous les pouvoirs et tous les &#233;l&#233;ments de la nature s'unissent pour servir un seul homme et pour lui ob&#233;ir ; faites que le soleil se l&#232;ve et se couche &#224; son commandement ; que la mer et les fleuves coulent &#224; son gr&#233; ; que la terre lui fournisse spontan&#233;ment ce qui peut lui &#234;tre utile et agr&#233;able : il sera toujours mis&#233;rable tant que vous ne lui aurez pas donn&#233; au moins une personne avec qui il puisse partager son bonheur, et de l'estime et de l'amiti&#233; de qui il puisse jouir &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;D. Hume, &lt;strong&gt;Trait&#233; de la nature humaine&lt;/strong&gt;, Livre II, partie II, section V, GF, p. 211.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compr&#233;hension pr&#233;cise du texte, du probl&#232;me dont il est question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La passion ne peut &#234;tre d&#233;raisonnable</title>
		<link>https://www.caute.lautre.net/La-passion-ne-peut-etre-deraisonnable</link>
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		<dc:date>2003-08-17T23:05:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hume, David</dc:creator>



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&lt;p&gt;La raison est et ne doit &#234;tre que l'esclave des passions, elle ne peut jamais remplir un autre office que celui de les servir et de leur ob&#233;ir. Comme cette opinion peut para&#238;tre quelque peu extraordinaire, il n'est sans doute pas inutile de la confirmer par d'autres consid&#233;rations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une passion est une existence originelle, ou, si l'on veut, une modification originelle de l'existence ; elle ne contient aucune qualit&#233; repr&#233;sentative qui en fasse une copie d'une autre existence ou d'une autre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La raison est et ne doit &#234;tre que l'esclave des passions, elle ne peut jamais remplir un autre office que celui de les servir et de leur ob&#233;ir. Comme cette opinion peut para&#238;tre quelque peu extraordinaire, il n'est sans doute pas inutile de la confirmer par d'autres consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une passion est une existence originelle, ou, si l'on veut, une modification originelle de l'existence ; elle ne contient aucune qualit&#233; repr&#233;sentative qui en fasse une copie d'une autre existence ou d'une autre modification. Quand j'ai faim, je suis r&#233;ellement sous l'emprise de la faim et, de cette passion, je ne me r&#233;f&#232;re pas davantage &#224; un autre objet que lorsque j'ai soif, suis malade ou mesure plus de cinq pieds de haut. Il est donc impossible que la v&#233;rit&#233; et la raison puissent s'opposer &#224; cette passion ou que celle-ci puisse contredire celles-l&#224;, puisque toute contradiction consiste dans le d&#233;saccord des id&#233;es, consid&#233;r&#233;es comme des copies, avec les objets qu'elles repr&#233;sentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme, d'une part, rien ne peut &#234;tre contraire &#224; la raison ou &#224; la v&#233;rit&#233; sauf ce qui s'y r&#233;f&#232;re et comme, d'autre part, seuls les jugements de notre entendement ont cette r&#233;f&#233;rence, il s'ensuit que les passions ne peuvent &#234;tre contraires &#224; la raison que dans la seule mesure o&#249; elles s'accompagnent de quelque jugement ou de quelque opinion. Selon ce principe si &#233;vident ou si naturel, une affection ne peut seulement &#234;tre dite d&#233;raisonnable que dans les deux sens suivants. D'abord, quand une passion telle que l'espoir ou la crainte, le chagrin ou la joie, le d&#233;sespoir ou la s&#233;r&#233;nit&#233;, se fonde sur la supposition de l'existence d'objet qui, en r&#233;alit&#233; n'existent pas. En second lieu quand, pour satisfaire une passion, nous choisissons des moyens inappropri&#233;s &#224; la fin vis&#233;e et jugeons faussement des causes et des effets. Dans tout autre cas, la raison ne peut ni justifier une passion ni la condamner. Il n'est pas contraire &#224; la raison de pr&#233;f&#233;rer la destruction du monde entier &#224; une &#233;gratignure de mon doigt. Il n'est pas contraire &#224; la raison que je choisisse d'&#234;tre compl&#232;tement ruin&#233; pour emp&#234;cher le moindre malaise d'un Indien ou d'une personne qui m'est compl&#232;tement inconnue. Il n'est pas davantage contraire &#224; la raison que je pr&#233;f&#232;re, m&#234;me en connaissance de cause, un bien moindre &#224; mon plus grand bien, et que j'&#233;prouve une affection plus ardente pour le premier que pour le second. Un bien trivial peut, en des circonstances particuli&#232;res, produire un d&#233;sir sup&#233;rieur &#224; celui que suscite le contentement le plus consid&#233;rable et le plus estimable ; et il n'y a rien de plus extraordinaire en cela que de voir, en m&#233;canique, un poids d'une livre en soulever un de cent, gr&#226;ce &#224; l'avantage de la situation. En bref, une passion doit s'accompagner d'un jugement faux pour &#234;tre d&#233;raisonnable ; et m&#234;me alors, ce n'est pas la passion qui, &#224; proprement parler est d&#233;raisonnable, c'est le jugement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Hume, &lt;strong&gt;Trait&#233; de la nature humaine&lt;/strong&gt;, Livre II, partie III, section III.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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