Publié : 9 juin 2004

EIV - Proposition 12


Une affection se rapportant à une chose que nous savons ne pas exister présentement et que nous imaginons comme possible est, toutes choses égales d’ailleurs, plus intense que si elle se rapportait à une chose contingente.

DÉMONSTRATION

En tant que nous imaginons une chose comme contingente, nous ne sommes affectés par aucune image autre que celle de cette chose et qui puisse en poser l’existence (Déf. 3) ; en revanche (suivant l’hypothèse), nous imaginons certaines choses qui en excluent l’existence présente. En tant, au contraire, que nous imaginons qu’une chose est possible dans le futur nous imaginons certaines choses qui en posent l’existence (Déf. 4) ; c’est-à-dire (Prop. 18, p. III) qui alimentent l’Espoir ou la Crainte ; et par suite l’affection se rapportant à une chose possible est plus vive. C.Q.F.D. [*]


Affectus erga rem quam scimus in præsenti non existere et quam ut possibilem imaginamur, cæteris paribus intensior est quam erga contingentem.

DEMONSTRATIO :

Quatenus rem ut contingentem imaginamur, nulla alterius rei imagine afficimur quæ rei existentiam ponat (per definitionem 3 hujus) sed contra (secundum hypothesin) quædam imaginamur quæ ejusdem præsentem existentiam secludunt. At quatenus rem in futurum possibilem esse imaginamur eatenus quædam imaginamur quæ ejusdem existentiam ponunt (per definitionem 4 hujus) hoc est (per propositionem 18 partis III) quæ spem vel metum fovent atque adeo affectus erga rem possibilem vehementior est. Q.E.D.

Notes

[*(Saisset :) Notre passion est plus forte, toutes choses égales d’ailleurs, pour un objet que nous savons ne pas exister présentement et que nous imaginons comme possible que pour un objet contingent. Démonstration En tant que nous imaginons un objet comme contingent, nous ne sommes affectés de l’image d’aucune chose qui pose l’existence de cet objet (par la Déf. 3), et au contraire (suivant l’hypothèse), nous imaginons certaines choses qui excluent son existence présente ; d’un autre côté, en tant que nous imaginons ce même objet comme possible dans l’avenir, nous imaginons certaines choses qui posent son existence (par la Déf. 4), c’est-à-dire (par la Propos. 18, part. 3) qui alimentent dans notre âme l’espérance ou la crainte ; d’où il suit que notre passion pour un objet possible est plus forte. C. Q. F. D.