Publié : 27 janvier 2007

Proposition4 - Scolie



Chacun aperçoit avec la plus grande certitude qu’il affirme, nie, doute, connaît, imagine, etc. ; c’est-à-dire qu’il existe en tant que doutant, connaissant, affirmant, etc. ; soit en un mot que pensant et il ne peut le révoquer en doute. C’est pourquoi ce jugement je pense, ou je suis pensant, est le fondement unique (par la proposition 1) et le plus assuré de toute la Philosophie. Et comme dans les sciences on ne peut, pour connaître les choses avec le plus de certitude, chercher ni désirer, autre chose que de tout déduire des principes les plus assurés et de tout rendre aussi clair et distinct que les principes d’où on le déduit, il suit de là que tout ce qui est pour nous aussi évident et tout ce que nous percevons aussi clairement et distinctement que ce principe déjà trouvé, et tout ce qui s’accorde avec ce principe et en dépend de telle sorte que, si nous en voulions douter il nous faudrait aussi douter du principe, nous devons le tenir pour très vrai. Pour avancer toutefois le plus prudemment qu’il se pourra dans l’énumération de ces choses, je n’admettrai d’abord comme également évidentes et perçues aussi clairement et distinctement, que celles que chacun observe en lui-même, en tant que pensant ; comme, par exemple, qu’il veut ceci et cela, qu’il a telles idées déterminées, et qu’une idée contient en elle plus de réalité et de perfection qu’une autre ; ainsi celle qui contient objectivement l’être et la perfection de la substance est beaucoup plus parfaite que celle qui contient seulement la perfection objective d’un accident ; celle enfin qui est de toutes la plus parfaite est celle qui a pour objet l’être souverainement parfait. Nous apercevons ces choses, dis-je, non seulement avec une évidence égale, une clarté et une distinction égales, mais peut-être encore plus distinctement. Car non seulement elles affirment que nous pensons mais de quelle manière nous pensons. De plus, nous disons aussi que s’accordent avec le principe posé ces choses qui ne peuvent pas être révoquées en doute, sans que ce fondement inébranlable soit du même coup révoqué en doute ; ainsi par exemple si quelqu’un veut mettre en doute s’il pourrait être sorti du néant, du même coup il pourra mettre en doute si nous existons, alors que nous pensons. Car, si je puis affirmer quelque chose du néant, à savoir qu’il peut être cause de quelque chose, je pourrai du même droit affirmer aussi du néant la pensée et dire que je ne suis rien alors que je pense. Comme cela m’est impossible, il me sera impossible aussi de penser que quelque chose vienne du néant. Après ces considérations, j’ai décidé de placer ici dans l’ordre convenable les principes qui nous sont maintenant nécessaires pour aller plus outre et de les mettre au nombre des Axiomes ; attendu que Descartes les propose comme des Axiomes à la fin de sa Réponse aux deuxièmes objections et que je ne veux pas être plus rigoureux que lui-même. Toutefois, pour ne pas m’écarter de l’ordre suivi au début, je m’appliquerai à les éclaircir le plus possible et à montrer comment ils dépendent l’un de l’autre et dépendent tous de ce principe : je suis pensant, ou s’accordent avec lui par l’évidence et la raison.