Publié : 28 juin 2004

EIV - Proposition 64


La connaissance d’un mal est une connaissance inadéquate.

DÉMONSTRATION

La connaissance d’un mal (Prop. 8) est la Tristesse même en tant que nous en avons conscience. Mais la Tristesse est un passage à une perfection moindre (Déf. 3 des Aff.) qui pour cette raison ne peut se connaître par l’essence même de l’homme (Prop. 6 et 7, p. III) ; par suite (Déf. 2, p. III), elle est une passion qui (Prop. 3, p. III) dépend d’idées inadéquates ; conséquemment (Prop. 29, p. II) la connaissance en est inadéquate, c’est-à-dire que la connaissance d’un mal est inadéquate. C.Q.F.D. [*]


Cognitio mali cognitio est inadæquata.

DEMONSTRATIO :

Cognitio mali (per propositionem 8 hujus) est ipsa tristitia quatenus ejusdem sumus conscii. Tristitia autem est transitio ad minorem perfectionem (per 3 affectuum definitionem) quæ propterea per ipsam hominis essentiam intelligi nequit (per propositiones 6 et 7 partis III) ac proinde (per definitionem 2 partis III) passio est quæ (per propositionem 3 partis III) ab ideis inadæquatis pendet et consequenter (per propositionem 29 partis II) ejus cognitio nempe mali cognitio est inadæquata. Q.E.D.

Notes

[*(Saisset) La connaissance du mal est une connaissance inadéquate. Démonstration La connaissance du mal, c’est la tristesse, en tant que nous en avons conscience (par la Propos. 8). Or, la tristesse, c’est le passage de l’homme à une moindre perfection (par la Déf. 3 des pass.), et par conséquent, elle ne se peut comprendre par l’essence même de l’homme (en vertu des Propos. 6 et 7, part. 3) ; d’où il suit (par la Déf. 2, part. 3) que c’est une affection passive qui ne dépend donc point des idées adéquates (par la Propos. 3, part. 3), et enfin que la connaissance de la tristesse ou du mal est une connaissance inadéquate (par la Propos. 29, part. 2). C. Q. F. D.