Publié : 5 octobre 2006

Proposition 21



La substance étendue en longueur, largeur et profondeur existe réellement ; et nous sommes unis à une de ses parties.

La chose étendue, selon qu’il est perçu par nous clairement et distinctement, n’appartient pas à la nature de Dieu (par la Proposition 16) ; mais elle peut être créée par Dieu (par le Corollaire de la Proposition 7 et par la Proposition 8). D’autre part, nous percevons clairement et distinctement (comme chacun le trouve en soi en tant qu’il pense) que la substance étendue est une cause qui suffit à produire en nous le chatouillement, la douleur, et les idées semblables, c’est-à-dire les sensations qui se produisent continuellement en nous, malgré nous. Mais, si nous voulons forger une cause des sensations autre que la substance étendue, disons Dieu ou un Ange, nous détruisons aussitôt le concept clair et distinct que nous avons. Pour cette raison [1], aussi longtemps que nous sommes droitement attentifs à nos perceptions de façon à ne rien admettre que nous ne percevions clairement et distinctement, nous serons extrêmement portés, c’est-à-dire, nous ne serons nullement indifférents, à cette affirmation que la substance étendue est la seule cause de nos sensations ; et par suite qu’une chose étendue créée par Dieu existe. Et en cela nous ne pouvons être trompés (par la Proposition 14 avec le Scolie). Donc il est affirmé avec vérité que la substance étendue en longueur, largeur et profondeur existe. Ce qui était à démontrer en premier lieu.

En outre, nous observons une grande différence entre nos sensations qui (ainsi que nous venons de le démontrer) doivent être produites en nous par la substance étendue, à savoir quand je dis que je sens ou que je vois un arbre et quand je dis que j’ai soif, que je souffre, etc. Je vois d’ailleurs que je ne puis percevoir clairement la cause de cette différence, si je ne connais d’abord que je suis uni étroitement à une partie de la matière et non de même aux autres parties. Puisque je connais cela clairement et distinctement et que cela ne peut être perçu d’une autre manière par moi, il est donc vrai (par la Proposition 14 avec son Scolie) que je suis uni à une partie de la matière. Ce qui était le second point. Nous avons donc démontré C. Q. F. D.

OBSERVATION . - A moins que le lecteur ne se considère ici seulement comme chose pensante et sans corps, et ne renonce à toutes les raisons qu’il a eues auparavant de croire que le corps existe, comme étant des préjugés, il essaiera en vain d’entendre cette démonstration.


Notes

[1Voir la démonstration de la Proposition 14 et la Proposition 15, Scolie.