Publié : 6 septembre 2005

TRE - 21



Voici maintenant comment nous concluons une chose d’une autre chose. Quand nous percevons clairement que nous sentons tel corps et n’en sentons aucun autre, nous concluons clairement de là que l’âme est unie [1] au corps et que cette union est la cause de cette sensation ; mais en quoi cette sensation, ou cette union, consiste, c’est ce que nous ne pouvons connaître absolument par là ; de même quand je connais la nature de la vision et aussi cette propriété à elle appartenant, qu’un même objet vu à grande distance paraît plus petit que si nous le regardons de près, j’en conclus [2] que le soleil est plus grand qu’il ne m’apparaît et autres propositions semblables.


Ex alia vero re hoc modo concludimus : postquam clare percipimus, nos tale corpus sentire et nullum aliud, inde, inquam, clare concludimus animam unitam esse corpori, quae unio est causa talis sensationis [3] ; sed quaenam sit illa sensatio et unio, non absolute inde possumus intelligere. [4] Vel postquam novi naturam visus, et simul, eum habere talem proprietatem, ut unam eandemque rem ad magnam distantiam minorem videamus, quam si eam cominus intueamur ; inde concludimus solem maiorem esse, quam apparet, et alia his similia.


Notes

[1On peut voir clairement par cet exemple ce que je viens de noter : par cette union nous n’entendons rien si ce n’est la sensation elle-même, duquel effet nous concluons une cause au sujet de laquelle nous n’avons aucune connaissance.

[2Une telle conclusion, bien que certaine, ne donne cependant pas une sécurité assez grande à moins qu’on ne soit au plus haut point sur ses gardes. A moins d’y veiller avec le plus grand soin, on tombera aussitôt dans l’erreur : quand on conçoit les choses de cette façon abstraite et non pas leur véritable essence l’imagination vient en effet aussitôt produire des confusions. Car les hommes se représentent par l’imagination ce qui est un, comme multiple : aux qualités conçues abstraitement, séparément, confusément, ils donnent des noms qu’ils emploient pour désigner d’autres choses plus familières ; par où il arrive qu’il imaginent les unes de la même façon que les autres auxquelles ils ont d’abord appliqué ces noms.

[3Ex hoc exemplo clare videre id est, quod modo notavi. Nam pr illam unionem nihil intelligimus praeter sensationem ipsam, effectus scilicet, ex quo causam, de qua nihil intelligimus, concludebamus. Sp.

[4Talis conclusio quamvis certa sit, non tamen satis tuta est, nisi maxime caventibus. Nam nisi optime caveant sibi, in errores statim incident. Ubi enim res ita abstracte concipiunt, non autem per veram essentiam, statim ab imaginatione confunduntur. Nam id, quod in se unum est, multiplex esse imaginantur homines. Nam iis, quae abstracte, seorsim et confuse concipiunt, nomina imponunt, quae ab ipsis ad alia magis familiaria significandum usurpantur ; quo fit, ut haec imaginentur eodem modo ac eas res imaginari solent, quibus primum haec nomina imposuerunt. Sp.