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Publié : 30 mars

La liberté individuelle n’est pas un bien de la culture.

La liberté individuelle n’est pas un bien de la culture. C’est avant toute culture qu’elle était la plus grande ; mais alors elle était le plus souvent sans valeur, parce que l’individu n’était guère en mesure de la défendre. Le développement culturel lui fait subir des restrictions, et la justice exige que ces restrictions ne soient épargnées à personne. Ce qui se meut dans une communauté humaine comme instinct de liberté peut être un soulèvement contre une injustice existante, et ainsi devenir favorable à un nouveau développement de la culture, en restant compatible avec la culture. Cela peut naître aussi de ce reste de la personnalité originelle indomptée par la culture, et devenir un fondement de l’hostilité à la culture. L’instinct de liberté se dirige alors contre certaines formes et exigences de la culture, ou contre la culture en général.
Il ne semble pas qu’on puisse, par quelque influence que ce soit, porter l’homme à transformer sa nature contre celle d’un termite, il défendra toujours son exigence de liberté individuelle contre la volonté de la masse. Une bonne part des luttes de l’humanité se concentre sur une seule tâche, trouver un équilibre approprié, c’est-à-dire qui rende heureux, entre ces exigences individuelles et les exigences culturelles de la masse ; c’est l’un des problèmes de son destin que de savoir si cet équilibre est accessible par une certaine configuration de la culture, ou si le conflit est irréconciliable.

Post-scriptum

Freud, Le malaise dans la culture, III, trad. Astor